Certaines personnes s’avèrent particulièrement horripilantes. Non pas parce qu’elles ont beaucoup de talent, ce que l’on pardonne quand même aisément. Mais parce qu’elles ont beaucoup de talents, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Quentin Dupieux fait partie de ces gens-là. Parce qu’en plus d’être Quentin Dupieux, réalisateur, il est aussi connu pour être Mr Oizo, musicien électro qui a connu son heure de gloire au début des années 2000. Au cinéma, il s’est spécialisé dans les OVNI cinématographiques. Mais des OVNI de très grande qualité. Après Réalité et Au Poste !, il revient avec le Daim, un film qui a fait beaucoup parler de lui (en bien !) au dernier Festival de Cannes.
Comment Quentin Dupieux a-t-il pu imaginer cette histoire ? On se demande s’il n’a pas demandé à ses amis de lui donner un mot, le plus saugrenu possible, en leur promettant de faire un film autour de ça. C’est donc tombé sur le mot « daim ». Et cela aboutit à un film dont l’objet central est un blouson taillé dans le cuir de cet animal. Après avoir vu le Daim, vous pourrez donc dire que vous avez vu un film sur un blouson. Aussi étonnant que cela peut paraître cela résume assez bien ce film. En partant de ça, difficile de convaincre que ce film est drôle et étonnant, mais il l’est bel et bien. Il serait dommage d’aller plus avant dans un description des ressorts de ce film, tant il est plaisant de se laisser surprendre par cette histoire improbable.
La réussite du film doit beaucoup au couple actrice-acteur qui lui donne vie. Il faut dire que Quentin Dupieux parvient toujours à rassembler des castings de très haut niveau pour des films aussi courts à aussi petit budget. Preuve d’à quel point son talent est reconnu. Jean Dujardin est parfait, en faisant preuve d’une certaine retenue alors que le rôle appelait facilement le cabotinage. Cependant, il est presque éclipsé par une Adèle Haenel d’abord discrète mais qui donne une épaisseur progressive à son personnage, avant de crever l’écran. Ils parviennent tous les deux à rendre totalement crédible leur personnage respectif, ce qui n’était pas gagné d’avance (mais encore une fois, je ne dirai rien). En tout cas, que vous soyez fan ou non des blousons en cuir à franges, n’hésitez pas un seconde à aller voir le Daim.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : Atelier de production Réalisation : Quentin Dupieux Scénario : Quentin Dupieux Montage : Quentin Dupieux Photo : Quentin Dupieux Décors : Joan Le Boru Distribution : Diaphana Son : Guillaume Le Braz Durée : 77 min
Casting : Adèle Haenel : Denise Jean Dujardin : George Thomas Blanchard : Michael Albert Delpy : Monsieur B Panayotis Pascot : Johnny Youssef Hajdi : Olaf
Certains films reçoivent des avis négatifs de la part des spectateurs, non pas parce qu’ils sont de mauvaise qualité dans l’absolu, mais parce qu’ils créent de la déception en ne se révélant pas être ce qu’ils semblaient être au premier abord. On peut légitimement penser que c’est ce qui se passe avec Zombi Child dont le titre pourrait être celui d’un film d’horreur tout à fait classique. Mais quand on voit que Bertrand Bonello est derrière la caméra, on se doute alors qu’il s’agit d’une œuvre plutôt cérébrale et hors des sentiers battus. Faut-il encore savoir qui est Bertrand Bonello. Et puis, très honnêtement, même en sachant pertinemment ce que l’on va voir, on peut fort bien trouver ce film fort ennuyeux.
Le principal défaut de Zombi Child est qu’il ne s’y passe globalement pas grand-chose. On peut apprécier à sa juste valeur l’ambiance générale inquiétante et mystique. On peut saluer le montage assez habile qui met en parallèle deux époques. On peut souligner la qualité des personnages qui sont pour le coup très loin des clichés d’un film mettant en scène des zombis. On peut trouver fort intéressant d’en apprendre plus sur la culture vaudou. Mais tout cela ne change rien au fait que les péripéties sont peu nombreuses et que la narration reste quand même particulièrement lente et contemplative, à tel point que cela semble cacher un manque de matière pour un long métrage. Cela donne surtout l’impression d’une œuvre inaboutie qui aurait mérité d’être étoffée encore quelque peu.
Betrand Bonello se montre particulièrement habile avec une caméra et nous offre de très belles images, à l’esthétisme travaillé. Mais comme souvent avec lui, on a quelque peu l’impression qu’il s’en contente et oublie que de belles images n’ont jamais fait un film à elles toutes seules. Cette légère autosatisfaction contemplative se remarquait déjà dans Saint Laurent et se retrouve clairement dans Zombi Child. Cela noie aussi quelque peu la jolie performance d’ensemble du casting adolescent. Le résultat final s’avère donc plus décevant qu’enthousiasmant. On en ressort surtout avec une légère impression de gâchis car tous les éléments se trouvaient rassemblés pour proposer un film d’un tout autre intérêt.
LA NOTE : 10/20
Fiche technique : Production : My New Picture, Les Films du Bal Réalisation : Bertrand Bonello Scénario : Bertrand Bonello Montage : Anita Roth Photo : Yves Cape Décors : Katia Wyszkop Distribution : Ad Vitam Son : Nicolas Cantin, Nicolas Moreau, Jean-Pierre Laforce Musique : Bertrand Bonello Durée : 103 min
Casting : Wislanda Louimat : Mélissa Louise Labeque : Fanny Adilé David : Salomé Ninon François : Romy
La franchise Avengers vient de connaître un épilogue grandiose qui a fait la une de l’actualité et provoqué des queues sans fin au cinéma. L’autre grand univers cinématographique Marvel, celui des X-Men, connaît quant à lui une plongée progressive vers l’indifférence. Il faut dire que le précédent épisode s’avérait fort mauvais et les spin-offs n’ont vraiment valu le coup que lorsqu’ils se montraient franchement décalés (Logan et Deadpool). Alors ce X-Men : Dark Phoenix ne pouvait que redresser la barre. Mais force est de constater qu’il n’y parvient que de manière très limitée.
X-Men : Dark Phoenix est d’un médiocrité confondante, même dans ses défauts. Il ne parvient même pas à être franchement mauvais, tant il se contente du minimum syndical du film d’action pour nous préservé de l’ennui, mais sans jamais faire naître la moindre trace d’enthousiasme. La faute à des dialogue frôlant parfois l’indigence et une intrigue qui manque passablement d’épaisseur. Les scènes d’action ne propose aucun moment de bravoure susceptible de marquer les esprits. L’ambiance sombre et crépusculaire que Simon Kinberg tente d’insuffler n’est finalement ni vraiment sombre, ni franchement crépusculaire. Ce film constitue son premier passage derrière la caméra, après une très riche carrière de scénariste de blockbusters, et ce n’est pas vraiment une franche réussite. Tous les éléments du films manquent de souffle et d’ampleur.
X-Men : Dark Phoenix sous-exploite totalement son casting XXL. Les habitués de la franchise, James McAvoy, Michael Fassbender et Jennifer Lawrence nous proposent des performances paresseuses sans émotion. Ils donnent vraiment l’impression d’attendre avec impatience de passer à autre chose. Sophie Turner, occupant le premier rôle, y met un peu plus de cœur, mais elle est bien seule. Elle n’est même pas vraiment soutenue par Jessica Chastain. Les fans ne pouvaient que se réjouir de la voir rejoindre le casting d’un Marvel, mais elle y passe finalement relativement inaperçue. Les puristes noteront que ce film renonce totalement à refaire boucler la boucle avec les premiers films de Bryan Singer sortis il y a bientôt 20 ans. Et l’absence de scène pendant le générique montre bien que la franchise si elle doit survivre, va connaître une profond rafraîchissement. A l’occasion, d’un X-Men vs Avengers ?
LA NOTE : 08/20
Fiche technique : Production : 20th Century Fox, Bad Hat Harry Productions, Donners’ Company, Kinberg Genre, Marvel Entertainment, TSG Entertainment Distribution : 20th Century Fox France Réalisation : Simon Kinberg Scénario : Simon Kinberg, Dave Cockrum, Chris Claremont, John Byrne Montage : Lee Smith Photo : Mauro Fiore Décors : Claude Paré Musique : Hans Zimmer Durée : 113 min
Casting : James McAvoy : Pr Charles Xavier Michael Fassbender : Magneto Sophie Turner : Jean Grey Nicholas Hoult : Le fauve Jessica Chastain : Vuk Jennifer Lawrence : Raven Tye Sheridan : Cyclope Alexandra Shipp : Tornade Ato Essandoh : Jones
Une Palme d’Or est rarement un film comme les autres. On attend d’elle qu’elle soit suffisamment originale pour déstabiliser le spectateur. Alors on peut s’étonner de voir l’une d’entre elle vendue par les distributeurs comme étant « la Palme d’Or la plus accessible depuis Pulp Fiction ». Cependant, en découvrant le caractère dithyrambique des critiques de Parasite, on pouvait se dire qu’une exceptionnelle qualité compenserait largement le caractère quelque peu conventionnel. C’est donc avec beaucoup d’espoir que je me suis rendu dans une salle obscure pour découvrir ce film. L’espoir d’assister au chef d’œuvre annoncé. Incontestablement, j’aurais assisté à un très bon film.
Il suffit parfois d’une petite chose pour vous empêcher de rentrer totalement dans un film. Pendant un bon moment, je n’arrête pas de me dire que Parasite ressemblait quand même fortement à Une Affaire de Famille, Palme d’Or l’année dernière. Au final, les propos et surtout l’ambiance générale sont très différentes dans les deux films, mais cela m’a titillé l’esprit et quelque peu déçu. C’est peut-être pour ça que je n’ai pas réussi à trouver ce film génial. Simplement excellent, caractéristique qui apporte normalement beaucoup de satisfaction au spectateur, sauf quand il s’attend à encore mieux. Je ne peux cependant que saluer la maestria d’un scénario totalement maîtrisé, à défaut d’être profondément original.
Parasite méritait-il la Palme d’Or ? Voilà un passionnant débat… que je vais vous épargner. Le jury est souverain et la qualité globale du film mérite bien un prix. Celui-là ou un autre, ça reste à voir. Ce film prouve une nouvelle fois l’incroyable richesse du cinéma coréen, qui nous fait découvrir à chaque nouvelle production de nouveaux interprètes absolument formidables. Il faut dire que ce film offre une galerie de rôles particulièrement savoureuse. La réalisation est quant à elle relativement classique, mais totalement maîtrisée. Ici et ailleurs, il manque peut-être un vrai grain de folie pour faire basculer définitivement ce film dans une toute autre dimension. Mais la dimension où il se situe reste déjà inaccessible au commun des longs métrages.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Barunson, CJ Entertainment, Frontier Works Réalisation : Bong Joon-ho Scénario : Bong Joon-ho, Jin Won Han Montage : Jin-mo Yang Photo : Alex Hong Kyung-Pyo Distribution : Les Bookmakers, The Jokers Musique : Jaeil Jung Directeur artistique : Lee Ha-jun Durée : 132 min
Casting : Song Kang-ho : Ki-tek Cho Yeo-jeong : Yeon-Kyo So-Dam Park : Ki-Jung Hyae Jin Chang : Chun-sook Jung Hyeon-jun : Da-song Sun-kyun Lee : Mr Park
Avant d’écrire cette critique, on m’a posé une question assez bête, mais totalement légitime. En effet, après avoir mentionné que j’avais été voir John Wick Parabellum, j’ai précisé que j’avais trouvé le premier volet assez nul (je me cite). La question fut alors : pourquoi du coup être allé voir les deux autres ? J’ai bien eu du mal à répondre à cette question. En effet, je ne me rappelle absolument pas ce qui m’avait poussé à aller voir la première suite. Des critiques pas trop mauvaises je pense car c’est effectivement ce qui m’a poussé à aller voir ce troisième épisode. Je dois d’ailleurs leur donner raison. Dans une certaine mesure.
Le grand mérite de John Wick Parabellum est ne plus chercher à donner au spectateur autre chose que ce qu’il est venu chercher. A savoir des scènes de baston particulièrement spectaculaires et violentes. Ce film lui en offre en quantité, ce genre de moments occupant un pourcentage rarement atteint dans un long métrage. Pour la qualité, c’est autre chose. Elles ont un caractère quelque peu répétitif, s’étirent parfois beaucoup trop en longueur et sont rarement profondément originales. Et quand une d’entre elles échappe à un de ces défauts, il souffre des autres de manière particulièrement marquée. Par exemple, la meilleure idée du film, une scène de baston impliquant des chiens de combat parfaitement dressés, n’en finit plus de finir et finit surtout par lasser.
Malgré tous ces défauts, John Wick Parabellum possède une petite dose de charme inexplicable. L’univers qui tourne autour du personnage central continue de s’enrichir et rend l’histoire infiniment moins basique qu’au début de la saga. On a plaisir à y retourner et on aura plaisir à y revenir car la fin ouvre clairement sur un quatrième volet. Keanu Reeves continue d’être ce qu’il a toujours été, à savoir un acteur moyen mais avec un charisme suffisant pour qu’on ressente quand même du plaisir en le voyant à l’écran. En fait, cela résume parfaitement ce film. Un film moyen qui nous donne du plaisir quand même. Et pourquoi se priver d’un petit plaisir ?
LA NOTE : 11/20
Fiche technique : Réalisation : Chad Stahelski Scénario : Derek Kolstad, Shay Hatten, Chris Collins et Marc Abrams Décors : Kevin Kavanaugh Photographie : Dan Laustsen Montage : Evan Schiff Musique : Tyler Bates et Joel J. Richard Production : Basil Iwanyk Coproducteur : John R. Saunders Producteur délégué : Jeff G. Waxman Durée : 131 minutes
Casting : Keanu Reeves : Jonathan « John » Wick Ian McShane : Winston Halle Berry : Sofia Asia Kate Dillon : l’adjudicatrice Lance Reddick : Charon, le concierge du Continental Laurence Fishburne : le roi de la Bowery Mark Dacascos : Zero Anjelica Huston: la directrice Jerome Flynn : Berrada Said Taghmaoui : le Grand Maître Jason Mantzoukas : l’homme qui dit tic-tac Tiger Chen : un assassin Yayan Ruhian : un élève de Zero Cecep Arif Rahman : un élève de Zero Robin Lord Taylor : l’administrateur Boban Marjanovic : Ernest Randall Duk Kim : le docteur
Disney est sur le point de réussir son pari. Enfin un parmi les nombreux paris qui rythment la vie de cette entreprise. Après avoir tâté discrètement le terrain l’année dernière avec le Livre de la Jungle (que je n’ai pas vu et que je ne jugerai donc pas), la maison aux oreilles rondes a décidé de frapper fort cette, avec trois adaptations en prises de vue réelles de trois des plus emblématiques dessins-animés de son patrimoine. Le premier étage de la fusée, Dumbo, avait permis un décollage réussi. Mais avec un pilote aussi talentueux que Tim Burton, on pouvait s’y attendre. La suite, Aladdin, s’avérait plus risqué avec Guy Richie aux manettes. Mais il dirige finalement son vaisseau avec une maîtrise remarquable.
Guy Richie n’est pas franchement connu pour être le réalisateur le plus subtil qui soit. Certes, Snatch est pour moi un film culte et j’ai de la sympathie pour sa version de Sherlock Holmes (enfin surtout le premier épisode). Cependant, j’avoue qu’il sombre parfois dans un surenchère visuelle pouvant s’avérer fort lourdingue. Et lui confier la mise en image d’une histoire basée sur un génie, un tapis volant et beaucoup de magie ressemblait à un cadeau empoisonné, le poussant vers ses pires travers. Il fait au final preuve d’une étonnante sobriété qui fait d’Aladdin un divertissement plaisant, qui ne fait pas mal aux yeux à force de multiplier les plans de moins d’une demi-seconde. Guy Richie s’attache surtout à respecter à la lettre l’esprit du dessins-animé originel. Il n’en retire rien et ajoute quelques suppléments pour l’enrichir. Il a surtout su mettre parfaitement en valeur les chansons qui peuplaient l’original. Certains y verront peut-être un manque d’audace. Ceux qui, comme moi, ont eu les yeux énamourés en 1992 retrouveront quelques émotions d’alors.
Aladdin bénéficie d’un casting quelque peu inégal. Mena Massoud est assez falot et constitue très clairement la plus grande limite de ce film. A ses côtés, Will Smith est égal à lui-même, ce qui représente tout de même un joli compliment. Lui aussi fait preuve d’une certaine retenue bienvenue, qui tire le film vers le haut. Mais de toute façon, tout cela n’a que peu d’importance car ces deux-là sont totalement éclipsés par Naomi Scott dont le charme est foudroyant. Elle illumine littéralement l’écran et rien que pour elle, on aurait envie que le film se prolonge encore un peu. Tout le monde évolue dans des décors magnifiques et revêt des costumes sublimes. On comprend mieux alors pourquoi on passe un si bon moment devant ce divertissement familial de très bonne facture. Il nous donne surtout beaucoup d’espoir pour le dernier volet du triptyque, le Roi Lion, qui arrive très bientôt sur nos écrans.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique Réalisation : Guy Ritchie Scénario : John August et Guy Ritchie, d’après Aladin ou la Lampe merveilleuse et Les Mille et Une Nuits Direction artistique : Steve Summersgill Décors : Gemma Jackson Costumes : Michael Wilkinson Photographie : Alan Stewart Montage : James Herbert Musique : Alan Menken et Nas Lukas Production : Jonathan Eirich et Dan Lin Durée : 128 minutes
Casting : Mena Massoud : Aladdin Will Smith : le Génie / Le marin Naomi Scott : Jasmine Marwan Kenzari : Jafar Navid Negahban : le Sultan Nasim Pedrad : Dalia Billy Magnussen : le Prince Anders Jordan Nash : Omar Taliyah Blair : Lian Amir Boutrous : Jamal Numan Acar : Hakim Kevin Matadeen : le marchand de tapis Alan Tudyk : Iago Frank Welker : Abu / Rajah / la caverne
Quand on veut se marrer un grand coup, quand on veut assister à un spectacle léger et drôle, quand on veut assister à un film à grand spectacle qui vous en met plein la vue, il y a une chose à ne pas faire, jamais, en aucun cas : aller voir un film des frères Dardenne. Par contre, lorsque l’on veut assister à une œuvre aboutie, où le fond importe plus que la forme, émouvante et qui pousse à la réflexion, alors leur cinéma est parfait pour cela. Une nouvelle démonstration nous vient du Jeune Ahmed, où les cinéastes belges s’attaquent au sujet délicat de la radicalisation des plus jeunes vers une mouvance islamique extrême. Mais force est de constater qu’ils s’en sortent avec beaucoup de brio.
Le Jeune Ahmed est un film dans lequel on entre progressivement. En effet, le personnage principal n’inspire qu’assez peu de sympathie, voire même inspire une forte antipathie dès les premières minutes. Qu’importe son âge, son comportement nous est immédiatement dépeint sous un jour plutôt inquiétant. Mais peu à peu, on s’attache aux personnages qui gravitent autour de lui et qui essayent désespérément de le ramener vers la raison et la bienveillance. C’est pour eux qu’on souffre, ce sont leurs sentiments que l’on partage et qui nous touchent. Le propos prend donc un peu plus de force à chaque minute jusqu’à un dénouement particulièrement réussi.
Une nouvelle fois, les frères Dardenne ont décidé de faire de la sobriété une religion artistique. Comme la plupart de leurs œuvres (peut-être toutes, mais j’ai la flemme de vérifier), le Jeune Ahmed ne comporte aucune musique, à part au générique de fin. On se retrouve donc plongé vraiment dans un cinéma du réel, sans aucune fioriture. C’est là leur grande force et leur marque de fabrique, mais aussi la limite d’un septième art auquel on enlève certaines de ses dimensions. Le résultat aurait-il pu être encore plus frappant avec une réalisation différente, personne ne pourra jamais répondre. Mais quand un film est déjà aussi bon, il est de toute façon pas très utile d’en rajouter.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : Les films du fleuve, Archipel 35, France 2 Cinéma, Proximus, RTBF Réalisation : Jean-Pierre & Luc Dardenne Scénario : Jean-Pierre & Luc Dardenne Montage : Marie-Hélène Dozo Photo : Benoît Dervaux Décors : Igor Gabriel Distribution : Diaphana Durée : 84 min
Casting : Idir Ben Addi : Ahmed Olivier Bonnaud : l’éducateur Victoria Bluck : Louise Myriem Akheddiou : Inès
La mode des biopics ne semble pas vouloir faiblir. Le soucis est que le nombre de personnes célèbres dont la vie vaut bien un film qui n’a pas déjà été fait commence à faiblir. On reste désormais parfois circonspect sur les personnalités choisies, dont la vie est supposée donner naissance à un long métrage. J’avoue que je n’ai guère été emballé à l’idée d’assister au récit de la vie d’Elton John, surtout en découvrant que ce dernier produit lui-même ce film. Cela sentait le produit formaté pour les fans à plein nez. Il est vrai que Rocketman n’échappe pas tout à fait à ce reproche. Mais il possède assez de qualités par ailleurs, certaines inattendues, pour nous enthousiasmer aussi parfois.
La plus belle surprise vient de Taron Egerton. Que c’est étonnant me direz vous ! Un acteur de biopic dont la performance est salué, voilà qui n’a rien de bien surprenant, ce genre de numéro d’acteur (d’imitation ?) forçant généralement l’admiration. Ici, son grand mérite est justement de ne pas chercher à ressembler à tout prix à l’original. Certes, pour Rocketman, on l’a quand même affublé des dents du bonheur, mais au-delà de ça, la ressemblance n’est pas frappante. Cela donne des situations quelque peu décalées, quand il parle de ses complexes de « petit gros » par exemple, mais très étonnement cela marche parfaitement ! Et si c’était à cela que l’on reconnaît un vrai numéro d’acteur, au vrai sens vrai du terme ! Le débat reste ouvert.
La réalisation de Rocketman alterne de jolis moments avec, il est vrai, quelques passages un peu lourdingues, faciles ou encore totalement surfaits. Mais il y a à côté de cela beaucoup de sincérité sur l’alcoolisme d’Elton John qui reste quand même le fil rouge de l’histoire. Jamais il n’est présenté comme une victime, ce qui change quand même radicalement d’un Bohemian Rhapsody notamment. Certes, il y a un côté auto-célébration de la rédemption qui suit, mais au moins on ne cherche pas d’excuse au personnage. Alors on finit par être touché en découvrant qui est vraiment Elton John. Enfin, le film finit par nous entraîner avec lui par la musique. Que l’on soit fan ou pas, on ne pourra qu’être séduit par la manière dont les morceaux sont intégrés à l’histoire, flirtant parfois avec la comédie musicale. Cela permet surtout de se rappeler à quel point cet homme aura livré de nombreux tubes que l’on fredonne parfois en oubliant qu’ils sont de lui. On ressort donc de ce film avant une grande envie d’acheter tous ses albums. Signe quand même que le film reste avant tout réussi, malgré ses défauts.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Marv films, New Republic Pictures, Paramount Pictures, Pixoloid Studios, Rocket Pictures Réalisation : Dexter Fletcher Scénario : Lee Hall Montage : Chris Dickens Photo : George Richmond Décors : Marcus Rowland Distribution : Paramount Pictures France Musique : Matthew Margeson, Elton John Durée : 121 min
Casting : Taron Egerton : Elton John Jamie Bell : Bernie Taupin Richard Madden : John Reid Bryce Dallas Howard : la mère d’Elton John Steven Mackintosh : Stanley Gemma Jones : Ivy Kamil Lemieszewski : Dr Maverick
Lorsqu’un cinéaste venu d’un pays lointain connaît un succès soudain en France, il n’est pas rare que des distributeurs opportunistes en profitent pour ressortir sur les écrans hexagonaux une œuvre de jeunesse qui n’avait pas à son époque trouvée sa place chez nous. Le soucis, c’est que l’on réalise souvent assez vite pourquoi le film n’avait alors pas franchi les océans. Ryusuke Hamaguchi a connu les honneurs des critiques et des spectateurs avec Senses puis Askao I & II. Mais était-il vraiment la peine de nous offrir sur grand écran Passion, son deuxième film sorti au Japon en 2008 ? Après l’avoir vu, la question reste entièrement posée pour moi.
Je manque sans doute de courage en refusant de répondre clairement à cette question. En effet, d’un côté je me dis qu’il est toujours intéressant de pouvoir embrasser de manière globale l’œuvre d’un grand cinéaste, ce que Ryusuke Hamaguchi est incontestablement. De l’autre, on peut se demander pourquoi avoir choisi ce film, alors que sa filmographie compte bien d’autres longs métrages inédits en France. Il est vrai que l’on retrouve dans Passion ce qui avait pu nous séduire dans Senses notamment. Cette vision contemporaine et sans fard du Japon contemporain et surtout de ses habitants. Je n’ai évidemment aucune idée de ce à quoi ressemble ses autres œuvres inconnues sur nos écrans. L’amateur éclairé ne sera en tout cas pas dépaysé ici, mais pas forcément emballé non plus par un film qui apparaît moins abouti que ses successeurs.
Qui dit œuvre de jeunesse, dit aussi manque de moyen. Visuellement, Passion flirte parfois avec le téléfilm. Un téléfilm réalisé avec un certain sens de l’esthétisme certes, mais un téléfilm quand même. C’est aussi pour cela que l’on a un peu de mal à plonger totalement dans cette œuvre qui n’est au fond qu’une esquisse de ce qui suivra. Le propos ne manque pas totalement d’intérêt, les acteurs sont remarquablement bien dirigés, mais il manque ce petit supplément d’âme, cette touche de poésie qui nous charmera dans la suite de la filmographie de Ryusuke Hamaguchi. Cela a au moins le mérite de nous rendre curieux. Que peuvent bien valoir les 5 films tournés entre celui-ci et Senses ? Peut-être d’autres distributeurs opportunistes nous apporterons la réponse.
Certains réalisateurs ont acquis une notoriété suffisante pour que l’on parle de leurs films, quand ils sortent sur les écrans, comme le dernier untel. Parmi ceux-là, Pedro Almodovar occupe une place de choix. Ainsi, si j’ai été voir Douleur et Gloire, j’ai été voir par la même occasion le dernier Almodovar. Et cette fois, le réalisateur espagnol se montre totalement à la hauteur de sa réputation en nous offrant un petit chef d’œuvre qui restera comme un des éléments les plus marquants de sa longue filmographie. Ce qu’il y a de réellement fascinant chez lui, c’est de voir à quel point il parvient tout en gardant certaines obsessions à toujours se renouveler.
Je n’étonnerai personne en annonçant que parmi les thèmes abordés par Douleur et Gloire figurent l’homosexualité et surtout le rapport à la mère. Nous sommes donc là bien face à une œuvre qui aurait pu être difficilement signée par quelqu’un d’autre que Pedro Almodovar. Pourtant, il parvient à raconter une histoire profondément différence de toutes celles qu’il nous a livrées jusqu’à présent. Un film portrait d’une force éblouissante, où le spectateur reste porté par le cours des évènements en oubliant le reste de l’univers. Expliquer pourquoi cette histoire est à ce point passionnante s’avère particulièrement difficile. Mais c’est ce qu’il y a de bien avec le génie, c’est que cela ne s’explique pas justement. Et c’est très bien comme cela.
Antonio Banderas et Pedro Almodovar forment un de ces couples acteur-réalisateur qui nous font mieux comprendre la signification du mot synergie. Le réalisateur espagnol offre à son comédien fétiche un de ses plus beaux rôles, d’une subtilité et d’une profondeur rares. Rien de spectaculaire, mais beaucoup d’émotion transmise. Et que dire de la photographie absolument sublime. Douleur et Gloire est un beau film, dans tous les sens du terme, là aussi marqué par une sobriété qui montre que le vrai génie est fait souvent d’un certain sens de la discrétion. Pas besoin d’en faire trop quand on fait les choses parfaitement. En tout cas, après ce petit bijou, on espère encore avoir l’occasion bien des fois d’aller voir le dernier Almodovar.
LA NOTE : 15/20
Fiche technique : Production : El Deseo Réalisation : Pedro Almodovar Scénario : Pedro Almodovar Montage : Teresa Font Photo : José Luis Alcaine Décors : Antxon Gomez Distribution : Pathé Musique : Alberto Iglesias Durée : 112 min
Casting : Antonio Banderas : Salvador Mallo Asier Etxeandia : Alberto Crespo Leonardo Sbaraglia : Federico Nora Navas : Mercedes Penelope Cruz : Jacinta, jeune Julieta Serrano : Jacinto, vieille Cecilia Roth : Zulema Asier Flores : Salvador enfant César Vicente : Albanil
Commentaires récents