Le plus dur, c’est pour ceux qui restent. Cette sentence s’apparente à un cliché, mais peut résumer bien des excellents propos. Comme par exemple, celui qui sous-tend Mon Cher Enfant qui nous plonge dans l’enfer vécu par les parents, et en particulier le père, d’un jeune Tunisien parti faire le djihad en Syrie. Un point de vue largement aussi intéressant que celui de celui qui part. Un film d’une grande pudeur, qui évite tous les pièges du mélodrame. Mais peut-être un peu trop au final.
Mon Cher Enfant reste avant tout un film de personnage. Le fond géopolitique reste mineur, l’essentiel repose sur ce que ressentent les personnages et la manière dont ils réagissent. Or ces derniers ne sont pas du genre à s’épancher et restent souvent dans la retenu. Cela fait tout l’intérêt du propos et cette intériorisation des sentiments, qui conduit parfois à une forme de déni, constitue ce qui fait la singularité de cette histoire. Le film revient à se demander comment vivre des sentiments aussi violents quand on n’a jamais rien exprimé de toute sa vie. Mais cela constitue aussi au final la limite de ce film, qui transmet une émotion limitée au spectateur. On en reste au stade de l’intérêt intellectuel, réel, mais sans que cela ne prenne réellement au tripes. Cela donne certainement un plus grand réalisme au film, mais nous empêche de ressortir vraiment bouleversé.
La réalisation de Mohamed Ben Attia est sobre, très certainement du fait d’un manque de moyen. Mon Cher Enfant ressemble parfois quelque peu à un téléfilm. Mais évidemment, là n’est pas l’essentiel. On retiendra surtout la très belle performance de Mohamed Dhrif, tout en retenu, mais d’une justesse remarquable. Interpréter un tel rôle sans en faire jamais trop n’avait certainement rien de facile, car en comédie, qui peut le plus ne peut pas toujours le moins. Au final, le film ne possède pas tout fait l’impact que le sujet aurait mérité, mais la vision partagée par Mohamed Ben Attia mérite d’être reçue.
LA NOTE : 11,5/20
Fiche technique : Réalisation : Mohamed Ben Attia Scénario : Mohamed Ben Attia Photographie : Frédéric Noirhomme Montage : Nadia Ben Rachid
Casting : Mohamed Dhrif : Riadh Mouna Mejri : Nazli Zakaria Ben Ayyed : Sami Imen Cherif : Sameh
Quoi de mieux qu’un bon affrontement entre forces démocratiques et communistes pour nous offrir un bon film d’espionnage ? Le cinéma nous a offert de nombreuses histoires basées sur cette rivalité. Mais on oublie facilement que cela ne se résume pas à une lutte entre Américains ou Britanniques et les Soviétiques. La Corée constitue un autre théâtre d’opérations, qui de plus reste actuel. Le Pays du Matin Calme nous offre régulièrement d’excellents longs métrages, mais il manquait une œuvre marquante sur la rivalité entre Nord et Sud. C’est chose faite avec The Spy Gone North.
Le scénario de ce film est basé sur une histoire vraie. En plus de l’intrigue d’espionnage proprement dite, The Spy Gone North nous permet de découvrir de nombreuses facettes de la politique des deux moitié de la péninsule et leurs relations complexes qui ne se résument pas un affrontement. Cela donne un propos très riche et parfois passionnant. Il est teinté d’une pointe d’humour particulièrement bienvenue. On appréciera particulièrement la représentation de Kim Jong-Il, tourné légèrement en ridicule pour mieux démystifier cette figure inquiétante. Tout cela se marie particulièrement bien pour donner un résultat convaincant.
Ce qui finit de faire de The Spy Gone North un excellent film réside dans la qualité de ses personnages. Des protagonistes complexes et ambigus, mais auquel on finit par s’attacher. Aux enjeux géopolitiques réels s’ajoutent ainsi des enjeux personnels auxquels les spectateurs attachent une réelle importance. Cela ajoute encore une couche d’intérêt à ce film. Tout cela est porté par des comédiens remarquables et une réalisation sobre, mais élégante et efficace. On assiste donc à un peu plus qu’un simple film d’espionnage. On assiste surtout à un des films coréens les plus marquants de l’année.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Production : CJ Entertainment, Moonlight film, Sanai Pictures, Stone Comics EEnteratinment Réalisation : Jong-bin Yoon Scénario : Jong-bin Yoon, Sung-hui Kwon Montage : Jae-beom Kim, Sang-beom Kim Photo : Chan-min Choi Distribution : Metropolitan Filmexport Musique : Yeong-wook Jo Durée : 137 min
Casting : Jung-min Hwang : Suk-young Park Sung-min Lee : Myong-un Ri Jin-Woong Cho : Hak-seong Choi Ji-Hoon Ju : Mu-taek Jong
Le moment critique… celui où tout bascule, où l’histoire prend un tournant dramatique qui lui donne tout sa grandeur et toute sa force. Ce moment est évidemment crucial et pas question pour un réalisateur de le rater sous peine de voir tout l’édifice de son œuvre s’écrouler. Ou du moins prendre un peu de plomb dans l’aile. Difficile après de prendre tout le reste au sérieux, même quand le propos n’a plus rien de léger. C’est exactement ce qui arrive à Un Amour Impossible. Un film qui aurait pu être poignant et magnifique. Au final, le résultat est quelque peu bancal.
Je ne dirais évidemment rien sur ce twist raté. J’indiquerais simplement qu’une partie de la salle s’est mise à rire, quand elle aurait du être saisie d’une stupeur dramatique. Un rire un peu honteux, vu ce qui est dit à ce moment là, mais un rire sincère et incontrôlable. La manière est tellement maladroite qu’on ne peut s’en empêcher. La maladresse est un pêché véniel que l’on peur pardonner facilement. Le spectateur parvient tout de même à apprécier tout le reste et finira même par être ému par Un Amour Impossible. Mais jamais avec l’intensité qui aurait pu naître sans ce petit gâchis. Il reste tout de même une histoire qui valait bien un film et des personnages qui eux sont magnifiques.
J’ai maintes fois souligné ici la manière dont Virginie Efira devient, film après film, rôle après rôle, une belle et, désormais on peut le dire, grande actrice. Elle confirme dans Un Amour Impossible que son registre est large et qu’elle peut véritablement porter des émotions et les sublimer. A ses côtés, Niels Schneider est réellement éblouissant. Son jeu tout en retenu, mais parfaitement ciselé donne vraiment une dimension supplémentaire à son personnage. Globalement, la réalisation de Catherine Corsini est plutôt élégante et maîtrisée. Une maîtrise qui se relâche l’espace d’un instant. Mais un instant trop crucial pour passer inaperçu.
LA NOTE : 11/20
Fiche technique : Production : Chaz productions, Artémis Productions, France 3 Cinéma, Le Pacte, Shelter prod, Voo Distribution : Le Pacte Réalisation : Catherine Corsini Scénario : Catherine Corsini, Laurette Polmanss, inspiré du roman de Christine Angot Montage : Frédéric Baillehaiche Photo : Jeanne Lapoirie Décors : Toma Baqueni Musique : Grégoire Hetzel Durée : 135 min
La comédie est un genre cinématographique où le cinéma français possède une singularité qui fait sa grandeur. Et parmi tous ceux qui ont contribué à lui donner cet éclat, Pierre Salvadori occupe une belle et grande place. Cible Emouvante, les Apprentis, Dans la Cour, autant de films qui allient rire, intelligence et beaucoup d’humanisme. Avec En Liberté !, il signe un nouveau petit moment de pur bonheur cinématographique drôle, sympathique et parfois même émouvant. Avec le Grand Bain, il forme un duo qui nous rappelle ces derniers jours tout ce que le 7ème art tricolore a de meilleur. Et c’est vraiment bon !
En Liberté !, c’est avant tout un quatuor de personnages particulièrement réussis. Des personnages terriblement attachants, alors qu’ils auraient pu être terriblement antipathiques. Mais ils sont frappés d’une folie douce qui les rend aussi sympathiques qu’imprévisibles. Par la même occasion, ils rendent le scénario également imprévisible. Si on ajoute à cela, un rythme soutenu et des éclats de rire intenses et fréquents, le spectateur n’a pas le temps de s’ennuyer, ni de raison de bouder son plaisir. L’humour est présent à tous les degrés et se révèle remarquablement efficace. Une comédie riche et pleinement réussie donc.
Quatuor de personnages et donc quatuor d’acteurs. Audrey Tautou et Damien Bonnard jouent les seconds rôles, mais s’acquittent de leur tâche avec assez de talent pour que leur rôle soit tout de même réellement marquant. Pio Marmaï nous livre un numéro dont il a le secret. Rien de fondamentalement nouveau pour lui, mais Pierre Salvadori a su le pousser vers plus d’intensité et moins de cabotinage. La vraie star de En Liberté ! reste cependant Adèle Haenel qui confirme qu’elle est une actrice éblouissante sur tous les terrains. Elle apporte à ce film une touche de charme supplémentaire qui finit d’emporter l’adhésion du spectateur, qui serait bien rester prisonnier avec elle dans la salle encore un peu.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Les Films Pelléas, La Banque Postale Images, France 2, SOFICA Manon, Soficinema Réalisation : Pierre Salvadori Scénario : Pierre Salvadori, Benjamin Charbit, Benoît Graffin Photo : Julien Poupard Distribution : Memento films Durée : 107 min
Casting : Pio Marmaï : Antoine Adèle Haenel : Yvonne Vincent Elbaz : Jean Santi Damien Bonnard : Louis Audrey Tautou : Agnès
Les comédies représentent le genre cinématographique le plus susceptible de rassembler un très grand nombre de spectateurs devant les écrans hexagonaux. C’est pourquoi, on imagine bien la tentation pour un distributeur quand il s’agit de faire la promotion d’un film hybride. Insister sur les aspects du film qui font rire, quitte à en donner une vision partielle, pour ne pas dire faussée, constitue un travers courant. Ce fut une nouvelle fois le cas avec Le Jeu, dont la bande-annonce ne donnait absolument pas envie, donnant l’impression qu’il s’agissait uniquement d’une comédie lourdingue. Ont-ils eu peur de l’aspect beaucoup plus noir de ce film ? Peut-être bien !
Vous hésitez à lui vous engager en amour ? A lui dire oui pour la vie ? A construire un beau roman, une belle histoire supposée éternelle ? Alors, le Jeu n’est pas du tout fait pour vous. En effet, l’aspect léger du début tourne vite en une plongée assez vertigineuse dans une vision sombre du couple, dont la survie ne pourrait passer que par l’acceptation d’un nombre croissant de mensonges au cours des années. Ces deux faces du même film se marient remarquablement bien, dans un équilibre qui empêche chaque partie d’en faire trop ou de tourner en rond. Et surtout elles fonctionnent, l’une arrachant de vrais fous rires, l’autre étant étonnamment mordant. En tout cas, infiniment plus que ce que pouvait laisser penser la bande-annonce.
Fred Cavayé a bénéficié pour le Jeu d’un casting de premier ordre. Un casting quelque peu inégal, même si cela tient avant tout à des personnages pas tous parfaitement réussis. Petite déception du côté de Vincent Elbaz, pas totalement à l’aise dans le rôle du pote un peu beauf. A l’opposé, Stéphane De Groot est parfait, juste, avec ce qu’il faut de retenu dans son jeu. Mais c’est Grégory Gadebois qui donne une vrai supplément d’âme à ce film. Il apporte une petite touche d’émotion qui rend l’ensemble plus humain et pas uniquement taillé sur mesure pour faire rire. Au final, on ressort de ce film très agréablement surpris, mais avec l’envie conjointe de vivre seul et de jeter son portable.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Réalisation : Fred Cavayé Scénario : Fred Cavayé, d’après le scénario de Perfetti sconosciuti écrit par Paolo Genovese, Filippo Bologna, Paolo Costella, Paola Mammini et Rolando Ravello Décors : Philippe Chiffre Montage : Mickael Dumontier Musique : n/a Production : Stéphane Célérier, Valérie Garcia, Camilla Nesbitt et Pietro Valsecchi Durée : 90 minutes
Casting : Bérénice Bejo : Marie Vincent Elbaz : Thomas Suzanne Clément : Charlotte Roschdy Zem : Marco Doria Tillier : Léa Grégory Gadebois : Ben Stéphane De Groodt : Vincent Fleur Fitoussi : Margot
Michel Ocelot a bercé mon enfance avec la Princesse Insensible, qui passait à Récré A2 et qui m’a laissé de grands souvenirs, bien que son passage à l’écran fut assez court. Pendant les quinze ans qui suivirent, ses œuvres passèrent nettement plus inaperçues, avant qu’il ne connaisse un immense succès avec Kirikou. Depuis, il offre régulièrement sur grand écran, aux petits et aux grands, des films d’animation poétiques et esthétiques. Le dernier d’entre eux, Dilili à Paris ne restera peut-être pas comme son film le plus marquant. Mais il prouve qu’à 75 ans, ce grand artiste a encore bien de belles choses à nous proposer.
On retrouve dans Dilili à Paris un peu de Minuit à Paris de Woody Allen. Au fil de ses aventures, la jeune héroïne va croiser un nombre très important de figures marquantes du début du XXème siècle, qui vont jouer un rôle plus ou moins grand dans l’intrigue. Graphiquement, la grande originalité de ce dessin-animé est de proposer le plus souvent possible des images réelles de la capitale comme décor. Il y a clairement une volonté de Michel Ocelot de nous plonger au cœur d’une époque et de la faire revivre. Le regard porté sur les lieux et les protagonistes est clairement un regard amoureux. Un joli regard en tout cas, car ce mélange d’animation et d’images réelles fonctionne à la perfection et ajoute l’étonnement au ravissement devant la beauté graphique du résultat.
Le seul soucis est que tous les éléments que je viens de citer prennent du coup beaucoup de place. Cela se fait au final un peu au détriment de l’intrigue. L’histoire est sympathique, on ne s’ennuie pas, mais les rebondissements et les péripéties sonnent parfois un peu comme un prétexte pour mettre en scène tout le reste. On jette donc un regard curieux sur Dilili à Paris, pas un regard passionné et enthousiaste. Le film reste une sortie familiale réussie et intelligente, mais n’entretiendra pas forcément les conversations pendant les jours et les jours qui vont suivre. En tout cas, les amoureux de Paris auront tout de même grand plaisir à suivre la jeune Dilili.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Production : Wild bunch, Mars films Distribution : Mars films Réalisation : Michel Ocelot Scénario : Michel Ocelot Montage : Patrick Ducruet Photo : Michel Ocelot Musique : Gabriel Yared Durée : 95 min
Le cinéma polonais n’est pas forcement celui que l’on associe le plus facilement à l’amour. Pourtant, on s’aime partout dans le monde, il n’y a donc pas de raison qu’il ne nous offre pas un peu de romantisme. Par exemple avec Cold War. Bon par contre, pour entretenir les clichés, le film est en noir et blanc, possède un fond géopolitique très présent et ne s’assimile pas vraiment à une comédie légère et heureuse. Ca reste tout de même un film polonais. Mais ce n’est par contre pas la première fois qu’il nous offre un beau film tout simplement, même si celui-ci est loin d’être parfait.
Cold War comme beaucoup d’histoire d’amour nous raconte avant tout le destin de deux êtres unis par des sentiments très forts. Mais à travers eux, on parcourt aussi le destin d’un pays, celui de la Pologne de l’après-guerre. Cela donne au scénario une vraie richesse et des intérêts multiples. Je regrette simplement que le tout mène vers un dénouement à moitié convaincant. On ressort de ce film un peu circonspect, un peu triste de partir sur une mauvaise note, alors que l’histoire est globalement bien plus belle et forte que beaucoup d’autres du même type. Un sentiment mitigé qui ne doit pas nous faire totalement oublier les autres qualités que ce film présente par ailleurs.
Tout d’abord, la caméra de Pawel Pawlikowski est une des plus élégante du cinéma européen, comme il l’avait déjà prouvé avec Ida. Le recours au noir et blanc peut être vu comme un procédé facile pour donner du « style » à un film. Mais ici, le réalisateur fait preuve d’une rare maîtrise de la photographie. Le film est beau d’un point de vue purement esthétique et constitue un petit délice pour les yeux. Les images mettent surtout parfaitement en valeur le jeu subtil et maîtrisé du duo formé par Joanna Kulig et Tomasz Kot. Ils donnent vie aux sentiments et aux tourments de leurs personnages de manière convaincante. On croît à leur histoire et c’est finalement ce qui compte avant tout dans une histoire d’amour.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Production : MK Film Production, Opus Films Réalisation : Pawel Pawlikowski Scénario : Pawel Pawlikowski, Piotr Borkowski Montage : Jaroslaw Kaminski Photo : Lukasz Zal Distribution : Diaphana Durée : 84 min
Casting : Joanna Kulig : Zula Tomasz Kot : Wiktor Borys Szyc : Kaczmarek Agata Kulesza : Irena Jeanne Balibar : Juliette
Mettre sa propre vie en scène pour en faire un film, faire des membres de sa famille des acteurs plus ou moins volontaires, voilà une pratique singulière mais qui deviendrait presque une habitude au sein du cinéma français. La Guerre Est Déclarée avait montré la voie, dans un autre genre, Carré 35 avait suivi. Désormais, il y a aussi l’Amour Flou où Romane Bohringer et Philippe Rebbot nous racontent, ou plutôt reconstituent, leur séparation pas comme les autres. Il faut posséder une légère tendance au narcissisme pour penser que sa propre histoire est assez intéressante pour donner naissance à un long métrage. Mais le narcissisme n’est visiblement pas toujours un défaut.
L’Amour Flou reste avant tout une comédie. On a du mal à démêler la part de vérité dans les anecdotes racontées ici. Mais beaucoup d’entre elles nous arrachent de vrais éclats de rire, alors au final on s’en moque un peu. On imagine facilement que Romane Bohringer et Philippe Rebbot ont voulu apporter un témoignage, mais finalement le côté « vécu » reste avant tout un prétexte à ce moment de légèreté cinématographique. Cette histoire est au final trop grosse pour ne pas être vraie, mais elle est surtout drôle, originale, touchante. Il se dégage surtout énormément de positivité de ce récit qui en fait un feel good movie réjouissant.
Interpréter son propre rôle est-il encore jouer la comédie ? Dans l’Amour Flou, oui, clairement, car Romane Bohringer et Philippe Rebbot se mette réellement en scène. A tel point qu’on se dit que ce ne devait pas être un rôle si facile que ça. Trouver la bonne distance, ne pas en faire trop ou au contraire pas assez, ils y parviennent à la perfection et prennent ainsi à leur film de fonctionner. Ils prennent surtout un malin plaisir à donner vie à de nombreux seconds rôles tous très réussis. Un plaisir largement partagé par le spectateur qui parcourt cette grosse heure et demi le sourire aux lèvres et garde ce dernier un bon moment en sortant de la salle. Un film sur une jolie séparation qui donne au final très envie d’aimer.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Réalisation : Romane Bohringer et Philippe Rebbot Scénario : Romane Bohringer et Philippe Rebbot Photographie : Bertrand Mouly Montage : Claire Cloarec Musique : Arnaud Fleurent-Didier Producteur : Denis Carot et Sophie Révil Durée : 97 minutes
Casting : Romane Bohringer : Romane Philippe Rebbot : Philippe Rose Rebbot-Bohringer : Rose Raoul Rebbot-Bohringer : Raoul Reda Kateb : Reda Clémentine Autain : Clémentine Pierre Berriau : Ra Astrid Bohringer : la mère de Romane Lou Bohringer : la sœur de Romane Richard Bohringer : le père de Romane Delphine Berger Cogniard : Delphine Vincent Berger : Nicolas le promoteur Brigitte Catillon : la psy de Romane Aurélia Petit : la psy de Philippe Aurélien Chaussade : Aurélien Riton Liebman : le redresseur de stores Gabor Rassov : le directeur de l’école Roland Rebbot : le père de Philippe Nicolas Rebbot : le frère de Philippe Olivier Rebbot : le frère de Philippe Noémie Schmidt : Léa Céline Sallette : la femme qui dépoussière Michel Didym : le metteur en scène Valérie Crouzet : la femme qui veut tout Benoît Cohen : l’homme qui ne croit pas à la séparation
On mesure souvent la qualité d’un jeu d’acteur à l’émotion véhiculée par un visage et des expressions, par la manière dont l’intonation, le timbre d’une voix sublime un texte. On oublie aussi souvent que le corps d’un comédien constitue aussi un élément déterminant de sa performance. Evidemment, certains sujets mettent particulièrement en avant cet état de fait. Le rapport au corps est un thème pas toujours facile, mais qui a donné de très beaux films au cours de l’histoire du 7ème art. Girl est à ajouter à cette longue liste. Il prouve surtout encore une fois la capacité du cinéma belge de nous offrir des films audacieux et de très grande qualité.
Girl repose avant tout sur son personnage principal. Cependant, il ne se contente pas d’être un film portrait. Il traite à travers lui de nombreux sujets dont la portée est bien plus universelle qu’un simple destin individuel. Ce mélange d’attachement profond à une jeune fille que l’on apprend à connaître et d’une réflexion profonde donne toute sa richesse à ce film. Ce dernier interroge le spectateur, peut le troubler et lui apporte aussi beaucoup d’émotion directe et sincère. Le tout se terminera avec une scène qui peut difficilement laisser indifférent. Un moment d’intensité dramatique rare qui laisse le spectateur sur une sensation forte et profondément marquante.
Girl repose ainsi beaucoup sur la performance extraordinaire du jeune Victor Polster. C’est tout son être qu’il offre au film, son corps, mais aussi certainement une partie de son âme. Il est évident qu’un tel rôle ne laisse pas indemne et qu’il le marquera profondément. Il permet surtout au spectateur de découvrir une comédien hors du commun qu’on a hâte de revoir. La réalisation de Lukas Dhont est d’une rare élégance. Sa caméra reste très pudique, alors que le corps de ses personnages jouent un rôle central. Elle trouve la bonne distance pour faire de ce film un film aussi beau qu’il est intéressant. Seul bémol, un rythme de narration parfois un peu faible et qui nous fait parfois flirter avec l’ennui. Avec un petit quart d’heure de moins, ce long métrage aurait été tout simplement inoubliable.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Frakas productions, Topkapi films Réalisation : Lukas Dhont Scénario : Lukas Dhont, Angelo Tijssens Montage : Alain dessauvage Photo : Frank van den Eeden Distribution : Diaphana Musique : Valentin Hadjadj Directeur artistique : Philippe Bertin Durée : 105 min
Casting : Victor Polster : Lara Aieh Worthalter : Mathias Oliver Bodart : Milo Tjmen Govaerts : Lewis Katelijne Damen : le médedin Valentijn Dhaenens : Le psy Magali Elali : Christine
La chance du débutant existe-t-elle ? Vous avez quatre heures… Allez épargnons-nous ce débat passionnant, mais un peu vain. Et reconnaissons simplement l’immense talent de Gilles Lellouche en tant que réalisateur. Certes, nous n’avons à ce jour qu’un seul film pour en juger (bon techniquement, ce n’est pas tout à fait vrai, j’admets… passons…), mais Le Grand Bain est d’assez grande qualité pour lancer cette affirmation sans avoir trop peur de se tromper. Un condensé d’humour et de gravité particulièrement enthousiasmant qui donne envie de se jeter à l’eau. Gilles Lellouche l’a fait en osant passer seul de l’autre côté de la caméra et on ne pourra que le remercier de cette heureuse initiative.
Le Grand Bain bénéficie en premier lieu d’un excellent scénario. Il est remarquablement bien écrit, nous offrant une fantastique galerie de personnages. Et surtout, il ne se contente pas d’une série de portraits. L’histoire offre de vrais rebondissements et quelques jolis changements de perspective. On ne s’ennuie pas une seule seconde et on se demande jusqu’au bout où le récit va nous mener. Mais la plus grande qualité de ce scénario reste sa richesse. En effet, si on rit énormément, le film nous dévoile également le côté le plus pathétique des protagonistes, sans jamais rien édulcorer. Et ses opposés se marient ici dans une parfaite synergie pour nous livrer un résultat particulièrement étonnant et détonnant.
Mais la qualité de Le Grand Bain ne s’arrête pas là. Le film est aussi admirablement réalisé. La scène finale de ballet est un modèle à montrer dans toutes les écoles de cinéma. Si on ajoute à cela une direction d’acteur totalement maîtrisée (Benoît Poelvoorde ne cabotine jamais…), on ne peut que saluer la qualité artistique du cinéaste Gilles Lellouche. Certes, il bénéficie d’un casting relativement hors du commun, ce qui facilite grandement la tâche, mais il tire tout le monde vers le haut, même les rôles bénéficiant d’un interprète moins prestigieux sont remarquables. Le tout donne un grand moment de bonheur cinématographique dans lequel chacun pourra plonger sans aucune retenue.
LA NOTE : 15/20
Fiche technique : Production : Chi-fou-li productions, Cool Industrie, StudioCanal, TF1 Films production, Artémis productions, Voo, BeTV, RTBF Réalisation : Gilles Lellouche Scénario : Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi, Julien Lambroschini Montage : Simon Jacquet Photo : Laurent Tanguy Décors : Florian Sanson Distribution : StudioCanal Musique : John Brion Durée : 118 min
Casting : Félix Moati : John Philippe Katerine : Thierry Mathieu Amalric : Bertrand Benoit Poelvoorde : Marcus Guillaume Canet : Laurent Jean-Hugues Anglade : Simon Virginie Efira : Delphine Leïla Bekhti : Amanda Marina Foïs : Claire Alban Ivanov : Basile
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