Les grands combats méritent de grands films, à la hauteur des enjeux et de la grandeur de ceux qui les ont menés. Mais parfois, un film plus léger peut aussi à la hauteur et apporter sa modeste pierre. La preuve avec Comme des Garçons qui nous relatent la lutte de jeunes femmes déterminées… à jouer au football. En effet, il nous raconte comment l’Equipe de France féminine est née au début des années 70, des années après la plupart des autres pays d’Europe. C’est bien connu, la France est le pays des droits de l’Homme, pas forcément des droits des Femmes…
Commençons par ce qui fâche… Le football au cinéma. C’est un fait connu et reconnu, ce sport, aussi populaire et télévisuel soit-il, n’est absolument pas cinégénique. Cela sonne tout de suite faux et on voit immédiatement que les actrices n’ont clairement pas le niveau qu’elles sont censées avoir. Ce n’est d’ailleurs pas la seule chose qui n’est absolument pas réaliste dans ce film. Entre comédie et reconstitutions des faits, Julien Hallard choisit souvent clairement la première option, au détriment de la crédibilité historique. Mais au final, tout cela n’est pas bien grave.
En effet, malgré tout, Comme des Garçons fonctionne plutôt bien et on suit cette histoire avec un grand plaisir et le sourire aux lèvres. La galerie de personnages est vraiment réussie, portée par des comédienne beaucoup plus à l’aise dans jeu d’acteur que dans le jeu avec ballon. Par contre, si Max Boubil incarne clairement le personnage principal, on peut lui reprocher une légère tendance au cabotinage qui ne tire pas le film vers le haut. Il dégage cependant tout de même assez de capital sympathie pour qu’on s’y attache aussi, comme on s’attache en fait globalement à ce film imparfait mais tout de même réussi.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Réalisation : Julien Hallard Scénario : Jean-Christophe Bouzy et Julien Hallard, adaptation et dialogues par Julien Hallard et Claude Le Pape, avec la collaboration de Fadette Drouard1 Photographie : Axel Cosnefroy Montage : Jean-Christophe Bouzy Costumes : Charlotte David Décors : Johann George Musique : Vladimir Cosma Producteurs : Frédéric Jouve et Marie Lecoq Durée : 90 minutes
Casting : Max Boublil : Paul Coutard Vanessa Guide : Emmanuelle Bruno Bruno Lochet : Alain Lambert Solène Rigot : Corinne Fricoteau Carole Franck : Raymonde Deuquet Delphine Baril : Francine Marchand Zoé Héran : Annie Leroy Julie Moulier : Béatrice Bergeron Sarah Suco : Nicole Waquelin Mona Walravens : Jeanne Simon Luca Zingaretti : Giacomo Bruno Ludovic Berthillot : le mari de Francine Grégory Gatignol : le frère d’Annie Éric Naggar : le rédacteur en chef Jean-Louis Barcelona : le mari de Raymonde Wilfred Benaïche : Riboulet Christian Abart : le commissaire
Nombreux sont les polars où un tueur et un policier se livrent une guerre psychologique, chacun essayant de manipuler l’autre. Nombreux sont les films de procès où un avocat fait tout pour défendre un innocent, parfois contre la volonté de ce dernier. The Third Murder parvient à mélanger les deux approches pour une histoire originale qui bouscule les codes des films de ces deux genres. Un film qui repose sur des ressorts avant tout psychologiques qui plongent le spectateur dans la même perplexité que le personnage principal.
The Third Murder reste quand même très classique par certains côtés. Le scénario s’assimile à une quête de la vérité et dès qu’on pense la tenir, de nouveaux éléments viennent bouleverser les certitudes. L’histoire propose de vrais rebondissements, le plus souvent relativement imprévisibles. La profondeur des personnages apporte une deuxième couche d’intérêt à ce film au propos relativement riche. On n’est donc définitivement pas devant un énième polar ou un énième film de procès, mais bien devant une œuvre originale.
The Third Murder est marqué par un rythme de narration très japonais. Chacun connaît mon amour pour le cinéma asiatique, mais j’avoue qu’ici j’ai parfois un peu décroché. J’ai souligné la richesse du propos, mais force est de constater qu’elle est souvent diluée par quelques longueurs qui font baisser malencontreusement la tension. On revient vite dans l’histoire, mais avoir flirté ainsi avec l’ennui apporte un petit bémol qui nous empêche d’être totalement enthousiaste pour ce film.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Hirokazu Kore-eda Direction artistique : Yohei Taneda1 Photographie : Mikiya Takimoto1 Montage : Hirokazu Kore-eda1 Son : Tomita Kazuhiko1 Musique : Ludovico Einaudi1 Production : Matsuzaki Kaoru et Taguchi Hijiri Durée : 124 minutes
Casting : Masaharu Fukuyama : Tomoaki Shigemori Kôji Yakusho : Misumi Suzu Hirose : Sakie Yamanaka Yuki Saitō : la mère de Sakie Kōtarō Yoshida : Daisuke Settsu Shinnosuke Mitsushima : Kawashima Izumi Matsuoka : Akiko Hattori Mikako Ichikawa : Shinohara Isao Hashizume : Akihisa Shigemori Aju Makita : la fille de Tomoaki Hajime Inoue : Ono
Cette année, Steven Spielberg est le kiss-cool du 7ème art. Il y a le premier effet avec un superbe film hollywoodien extrêmement classique, Pentagon Papers. Puis il y a le deuxième avec un film de science-fiction visionnaire, Ready Player One. En deux mois, il aura offert plus de plaisir aux cinéphiles que bien des cinéastes en toute une vie. Plaisir, voilà qui résume bien l’effet produit par ce dernier film sur le spectateur. Un plaisir régressif mais immense. Un film qui confirme définitivement qu’il est peut-être le grand réalisateur de films de divertissement de l’histoire.
Commençons par un léger bémol, pour mieux l’écarter rapidement. Ready Player One a comme défaut d’être un peu trop… spielbergien. Il aurait pu être un film encore plus immense s’il avait su dépasser ce manichéisme absolu et cette absence quasi totale de politiquement incorrect. Mais il serait injuste de reprocher d’être juste lui-même quand on apprécie par ailleurs tout ce cette notion recouvre de positif. Ce film reprend la quintessence d’une partie de son œuvre et gommer ses défauts en nommerait aussi quelque peu sa personnalité.
Ready Player One rend un vibrant hommage à tout un pan de la culture populaire qui nourrit l’imaginaire de tant de personnes de part le monde. Il est certain que l’on apprécie pleinement ce film que si on est à même de saisir au moins une partie du foisonnement de références qui apparaît à chaque plan. On retrouve cette joie de reconnaître tous les clins d’œil, comme une chasse aux œufs de Pâques, comme on avait pu le faire devant Sucker Punch. Mais Steven Spielberg est un réalisateur d’une autre trempe que Zack Snyder et son film marquera assurément plus profondément les mémoires.
Une des forces de Ready Player One repose dans le nombre phénoménal de morceaux de bravoure cinématographiques qu’il nous offre. Ceci connaîtra un point d’orgue lors d’une des plus formidables scènes de bataille de l’histoire du cinéma. Du cinéma à immense spectacle, filmé avec le talent d’un des plus grands cinéastes. Chaque plan est maîtrisé, jamais l’action n’est confuse, alors qu’elles sont marquées par des déluges pyrotechniques d’une rare ampleur et d’une foule de protagonistes intervenant au même moment.
Ready Player One repose sur un scénario relativement complexe pour un film de ce genre, qui vient encore renforcer l’immense richesse de ce film. Un scénario qui a ses limites, je les ai évoquées plus haut mais qui tient en haleine le spectateur du début à la fin, sans quasiment aucune baisse de rythme. Ce film est tout simplement l’antithèse de l’ennui. On ne remerciera jamais assez Steven Spielberg d’avoir offert à son public une boîte de friandises aussi succulentes et fournies. Des friandises avec lesquelles on ne risque sûrement pas l’indigestion. Au contraire ! On en redemande encore et encore !
LA NOTE : 16/20
Fiche technique : Production : Amblin Entertainment, De Line Pictures, Reliance Entertainment, Village Roadshow Pictures, Warner Bros, Farah Films Distribution : Warner Bros Pictures France Réalisation : Steven Spielberg Scénario : Zak Penn, Ernest Cline, d’après son roman Montage : Sarah Broshar, Michael Kahn Photo : Janusz Kaminski Décors : Adam Stockhausen Musique : Alan Silvestri Durée : 140 min
Casting : Tye Sheridan : Wade Watts, Parzival Olivia Cooke : Samantha, Art3mis Ben Mendelsohn : Sorrento Lena Waithe : Helen, Aech T.J. Miller : I-R0k Simon Pegg : Ogden Morrow Mark Rylance : Halliday, Anorak Philip Zhao : Sho Win Morisaki : Daito
J’entretiens une relation passionnelle avec le cinéma d’Abdelatif Kechiche. Passionnelle, mais légèrement tumultueuse. Car si le cinéaste français a signé à mon sens avec la Vie d’Adèle un des films les plus extraordinaires de l’histoire du cinéma, récompensé par une des Palmes d’Or les plus mérités, il est également l’auteur de l’Esquive, qui est pour moi peut-être le plus mauvais film jamais récompensé par un César. Et entre les deux, se situe la Graine et le Mulet, dont la première moitié est aussi sans intérêt que la seconde est absolument fantastique. J’avais donc hâte de savoir où se situerait Mektoub, my Love : Canto Uno.
Autant lever le suspense tout de suite, Mektoub, my Love : Canto Uno est un film merveilleux. Commençons pas son seul défaut : il représente ce qu’Abdelatif Kechiche fait de mieux, mais sans rien de vraiment nouveau ou surprenant quand on connaît bien la carrière de ce dernier. Le film n’est donc pas une claque comme a pu l’être la Vie d’Adèle. C’est l’œuvre d’un cinéaste sûr de son génie et qui sait l’utiliser à la perfection. Certes, il ne sort pas de sa zone de confort, mais en a-t-il vraiment besoin quand on maîtrise à ce point l’art de la réalisation.
Mektoub, my Love : Canto Uno, comme tous ses films nous fait rentrer comme aucun autre dans l’intimité des sentiments des personnages. La caméra cadre leurs visages en plans serrés quasiment tout du long. Elle saisit avec une maestria rare les émotions qui les saisissent, même quand ils cherchent à les cacher. Cette proximité entre les protagonistes et les spectateurs donne l’impression à ces derniers de se situer au cœur de chaque scène. De ne pas assister à une représentation, mais de vraiment vivre les événements de l’intérieur.
Mektoub, my Love : Canto Uno est un film au sujet presque anodin, mais qui touchera chacun de nous. Un film sur l’amour, les souffrances, les déceptions, les humiliations familières qu’il fait vivre à chacun de nous. Quiconque a déjà senti son cœur se serrer douloureusement à un moment où il ne faut rien laisser paraître retrouvera toute la force de ces instants à l’écran. Le film est composé de longues scènes d’une banalité ordinaire, mais il nous fait partager les sentiments de son personnage principal avec une telle acuité, qu’elles ressemblent toutes à une épreuve que l’on vit avec la même intensité que lui.
Mektoub, my Love : Canton Uno est aussi un film d’une prodigieuse sensualité. Placé au cœur des événements, le spectateur à l’impression de sentir lui-même le frôlement des peaux que ce soit dans des moments tout ce qu’il y a des plus ordinaires, mais aussi dans des moments de totale intimité entre deux êtres qui s’aiment. Au-delà de la vue et de l’ouie, la caméra de Kechiche arrive à stimuler notre sens du toucher et l’on est pas loin de sentir chaque odeur ou chaque goût sur notre langue. Sensualité dans tous les sens du terme pour un film magnifique dont on savoure chaque seconde avec une profonde délectation.
LA NOTE : 16/20
Fiche technique : Production : Quat sous Films, Bianca film, France 2 Cinéma, Good films, Pathé Distribution : Pathé Réalisation : Abdellatif Kechiche Scénario : Abdellatif Kechiche, Ghalia Lacroix, d’après le roman de François Bégaudeau (La blessure, la vraie) Montage : Nathanaëlle Gerbeaux, Maria Giménez Cavallo Photo : Marco Graziaplena Décors : Ann Chakraverty Durée : 180 min
Casting : Shaïn Boumedine : Amin Ophélie Bau : Ophélie Salim Kechiouche : Tony Lou Luttiau : Céline Alexia Chardard : Charlotte Hafsia Herzi : Camélia Kamel Saadi : Kamel
La mort de Staline ne semble pas à première vue représenter un événement historique susceptible d’inspirer une pure comédie, mais plutôt un drame historique à la hauteur du personnage. A première vue seulement. La preuve en est avec un film simplement intitulé… la Mort de Staline. Preuve à moitié convaincante cependant. Dans l’histoire du cinéma, certains dictateurs auront inspiré des comédies infiniment plus marquantes. Mais n’est pas Charlie Chaplin ou Sacha Baron Cohen qui veut.
La Mort de Staline n’est pas totalement raté. Mais difficile de ne pas être déçu, tant la bande-annonce était prometteuse. Malheureusement, elle dévoilait l’essentiel des ressorts comiques utilisés et le film ne dévoile guère d’autres surprises. Du coup, ça tourne vite en rond et sans être réellement poussif, le film devient routinier et par la même occasion à moitié drôle. On peut saluer l’audace de l’idée de départ mais on a bien du mal à s’enthousiasmer réellement pour sa concrétisation. Un rendez-vous raté donc, ou en tout cas assez décevant.
Ce n’est pourtant pas la faute d’un casting qui fait tout son possible pour réjouir les spectateurs. Au moins les comédiens s’amusent follement et cela fait plaisir à voir, même si le plaisir n’est pas totalement partagé ! Steve Buscemi est évidemment génial mais tous sont au niveau. Mais ce n’est malheureusement pas suffisant pour donner un réel élan à la Mort de Staline. Comme pour In the Loop, Armando Iannuci parvient à créer une personnalité visuelle sans livrer un propos réellement convaincant. Espérons que la troisième sera là bonne.
LA NOTE : 10/20
Fiche technique : Production : Main Journey, Free Range Films, Quad Productions, Title Media Distribution : Gaumont Réalisation : Armando Iannucci Scénario : Armando Iannucci, David Schneider, Ian Martin, Peter Fellows, d’après la BD de Fabien Nury et Thierry Robin Montage : Peter Lamber Photo : Zac Nicholson Décors : Cristina Casali Musique : Christopher Willis Durée : 106 min
Casting : Steve Buscemi : Nikita Khrouchtchev Simon Russell Beale : Lavrenuy Beria Jeffrey Tambor : Georgy Malekov Olgra Kurylenko : Maria Yudina Michael Palin : Vyacheslav Molotov Andrea Riseborough : Svetlana Stalin Jason Isaacs : Georgy Zhukov Rupert Friend : Vasily Stalin Paddy Considine : Camarade Andryev
Lorsqu’un réalisateur cherche à nous dire quelque chose au travers d’un film, deux possibilités s’offrent à lui. Soit il expose clairement son propos et développe un à un les arguments qui doivent convaincre le spectateur. Soit il laisse planer jusqu’au bout le suspense quant à la conclusion de sa démonstration. Cette seconde possibilité est clairement le choix fait par Cédric Kahn avec la Prière. Une histoire forte dont on se demande jusqu’à l’ultime image où elle va nous mener.
Cette attente constitue un moyen efficace pour happer l’attention du spectateur. Cela permet surtout à ce dernier de suivre à la trace le chemin suivi par le personnage principal. Comme lui, on ne sait pas où tout cela va nous mener et on partage ses doutes et ses interrogations. Cela renforce évidemment l’attachement que l’on peut ressentir et démultiplie les émotions fortes véhiculées par cette histoire. En effet, la route que nous fait emprunter la Prière est loin d’être paisible et tranquille.
La Prière constitue aussi l’occasion de découvrir le talentueux Anthony Bajon qu’on avait déjà pu apercevoir nettement plus furtivement dans Rodin. Le rôle n’était vraiment pas facile mais il incarne son personnage avec force et conviction de la première à la dernière seconde, alors que ce dernier évolue énormément au cours du film. Une vraie révélation, récompensée par un ours d’argent à Berlin ! Au final Cédric Kahn signe là son film le plus marquant en orchestrant de main de maître la synergie entre son scénario et son personnage.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Les films du Worso Distribution : Le Pacte Réalisation : Cédric Kahn Scénario : Cédric Kahn, Fanny Burdino, Samuel Doux Montage : Laure Gardette Photo : Yves Cape Durée : 107 min
Casting : Anthony Bajon : Thomas Damien Chapelle : Pierre Alex Brendemühl : Marco Louise Grinberg : Sybille
Une bonne idée de base, deux très bonnes actrices, on peut se dire que cela constitue une très bonne base pour proposer un excellent film. Une base suffisamment bonne en tout cas pour attirer le spectateur en salle. Mais une fois que la lumière s’éteint, ce dernier, même pas spécialement exigeant, en attend plus. Et s’il ne trouve pas ce petit supplément, il ressort du cinéma forcément déçu. C’est exactement le sentiment qui m’a habité lorsque je suis ressorti de la Belle et la Belle.
Sophie Filières échoue à donner corps à son idée de départ. Cette dernière est certes intéressante, mais la réalisatrice ne sait pas vraiment quoi en faire. Le propos reste donc très superficiel et n’éveille guère d’intérêt chez le spectateur. On traverse le film en se demandant quand l’histoire va enfin décoller. Ce moment n’arrive jamais. La Belle et la Belle gâche donc son potentiel scénaristique. Ce n’est malheureusement pas tout.
Le duo formé par Sandrine Kimberlain et Agathe Bonitzer avait tout pour nous séduire. Mais au final, leur talent est lui aussi au final peu exploité. Les deux actrices ont bien du mal à donner vraiment de l’épaisseur à leurs personnages respectifs, malgré leurs efforts évident. Melvil Poupaud ère entre les deux, lui aussi un peu perdu, ne sachant pas comment rendre percutant des dialogues souvent assez creux. Bref, tout cela n’est vraiment pas enthousiasmant et ressemble à un beau gâchis.
LA NOTE : 08/20
Fiche technique : Réalisation : Sophie Fillières Assistant-réalisateur : 1) Guillaume Huin / 2) Hugo Fié Scénario : Sophie Fillières Photographie : Emmanuelle Collinot Montage : Valérie Loiseleux Costumes : Carole Gérard Décors : Emmanuel de Chauvigny Musique : Kasper Winding Son: Henri Maikoff Mixage : Jean-Pierre Laforce Casting : Constance Demontoy Productrice : Julie Salvador Durée : 95 minutes
Casting : Sandrine Kiberlain : Margaux Agathe Bonitzer : Margaux Melvil Poupaud : Marc Lucie Desclozeaux : Esther Laurent Bateau : Jérôme Théo Cholbi : le garçon éméché qui s’interroge sur Bocuse Anthony Paliotti : le hipster barbu Florence Muller : le médecin Aurélie Dupont : elle-même dans le TGV Brigitte Roüan : la mère de Margaux Christophe Odent : le père de Margaux
Les films de genre ont souvent ce charme particulier lié à un manque de moyen par rapport à ce qui serait nécessaire, le fantastique ou l’horreur exigeant souvent quelques effets spéciaux. Mais comme ce genre de film est le fruit de cinéastes plein d’imagination, ils se débrouillent souvent pour contourner ces contraintes en faisant beaucoup avec peu. Ce sont un peu les McGyver du cinéma. Au Brésil comme ailleurs. La preuve avec les Bonnes Manières, un film qui ne bénéficie certainement pas du budget le plus colossal de l’histoire du cinéma, mais de beaucoup de bonnes idées.
Raconter quoi que ce soit à propos de l’histoire de les Bonnes Manières serait relativement criminel. En effet pendant une bonne moitié du film, le scénario est construit pour nous dévoiler très lentement le fond de l’intrigue. La deuxième partie sera plus directe mais la première est un peu comme un strip-tease scénaristique. Anticiper l’effeuillage revient à priver le spectateur d’une partie du plaisir. En tout cas, la narration est remarquablement construite pour masquer le plus longtemps possible le fin mot de l’histoire. Cette première partie constitue vraiment l’aspect le plus intéressant de ce film, la seconde étant nettement plus classique.
Marco Dutra et Juliana Rojas signent donc un film imaginatif et qui tire pleinement partie des moyens à leurs dispositions. Les quelques effets spéciaux sont d’ailleurs plutôt réussis, même si on sent bien qu’il n’était pas possible d’en abuser. C’est un vrai plaisir de voir un film qui mise avant tout sur la qualité d’écriture du scénario, plutôt que dans la surenchère visuelle. Les Bonnes Manières n’en devient pas pour autant génial, mais il permet au spectateur de sortir de la salle pleinement satisfait.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Marco Dutra et Juliana Rojas Scénario : Marco Dutra et Juliana Rojas Costumes : Kiki Orona Photographie : Rui Poças Montage : Caetano Gotardo Musique : Guilherme Garbato et Gustavo Garbato Durée : 135 minutes
Casting : Isabél Zuaa : Clara Marjorie Estiano : Ana Miguel Lobo : Joel Cida Moreira : Mme Amélia Andrea Marquee : Ângela Felipe Kenji : Maurício Nina Medeiros : Amanda Neusa Velasco : Dona Norma Gilda Nomacce : Gilda Eduardo Gomes : le professeur Edu Hugo Villavicenzio : Hugo Adriana Mendonça : Cida Germano Melo : le docteur Ciro Poças
Prolétaires du monde entier, unissez-vous ! Tel pourrait être le slogan de Vent du Nord. Un film social qui nous emmène de France en Tunisie, autour de la délocalisation d’une usine et du destin d’un ouvrier d’ici et un de là-bas. Un film dans une pure tradition cinématographique française, mêlant portrait de personnage et message politique (de gauche) sous-jacent. Et ce qu’il y a de bien avec les traditions, c’est que même quand ce n’est pas génial, ce n’est pas mal quand même. Surtout quand le film a la bonne idée de ne pas livrer de propos manichéen ou caricatural.
Vent du Nord échappe totalement au travers le plus courant de ce genre de film, à savoir le misérabilisme. Aucun personnage n’est une pure victime, sans pour autant que cela vienne édulcorer les idées défendues. Le film brille donc par son équilibre, même si j’aurais personnellement opté pour une fin différente. La démonstration n’est pas la plus brillante et la plus profonde qui soit, mais elle est menée avec conviction et sincérité. On est du coup forcément touché par ces personnages qui n’ont pas la vie facile, même s’ils ne s’en laissent pas compter.
Vent du Nord a eu aussi le mérite de me faire apprécier pleinement un personnage interprété par Philippe Rebbot. J’avoue avoir beaucoup de mal avec cet acteur que je trouve le plus souvent antipathique. Ici, il fait vraiment corps avec son personnage et on ne peut s’empêcher de ressentir une grande tendresse pour ce dernier. Le casting tunisien est aussi à saluer, aussi bien Mohamed Amine Hamzaoui que la sublime Abir Bennani. La réalisation de Walid Mattar est sobre, mais dotée d’une certaine élégance qui met parfaitement en valeur les comédiens. Il fait au final un joli vent de révolte salutaire.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation : Walid Mattar Scénario : Leyla Bouzid, Claude Le Pape et Walid Mattar Photographie : Martin Rit Montage : Lilian Corbeille Costumes : Hélène Honhon et Catherine Cosme Décors : Marion Burger Musique : Malek Saied Producteur : Saïd Hamich Durée : 89 minutes
Casting : Philippe Rebbot : Hervé Lepoutre Mohamed Amine Hamzaoui : Foued Ben Slimane Kacey Mottet-Klein : Vincent Lepoutre Corinne Masiero : Véronique Lepoutre Abir Bennani : Karima Khaled Brahmi : Chiheb Thierry Hancisse : Bernard
Ces dernières semaines, nous avions déjà pu redécouvrir avec Hostiles à quel point les grands espaces américains étaient cinégéniques. On peut s’en persuader définitivement en allant voir The Rider. Même s’il y est question de cow-boys et de chevaux, ce film n’a cette fois rien d’un western. La magie des images restent pourtant la même, même pour un propos radicalement différent. Un décor ne fait pas un film. Mais un décor sublime peut tout de même aider à faire d’un beau film un très beau film.
The Rider est un film portrait. Celui d’une étoile montante du rodéo, privé de sa passion suite à un accident. Un tel pitch pourrait en arrêter certains, si jamais la musique country et les chevaux sauvages les laissent froid. Cela constituerait une grossière erreur car la quête du jeune homme pour trouver un nouveau sens à sa vie nous offre un propos d’une portée qui dépasse de très loin son point de départ. Certes, le décor est particulier, mais le thème développé est universel. Surtout quand il est développé avec autant de subtilité, de finesse et un rien de poésie.
The Rider est aussi un film remarquablement bien réalisé. J’ai déjà évoqué la beauté des décors de fond, mais ils sont surtout superbement mis en valeur par la caméra de Chloé Zhao. Elle parvient à nous livrer un film particulièrement intimiste, tout en nous faisant partager la splendeur de grands espaces ouverts à l’infini. Une contradiction surmontée avec un talent bluffant et la complicité d’un casting étonnant, les acteurs jouant leurs propres rôles. Mais qui pourrait douter que Brady Jandreau n’est pas un acteur professionnel. Le résultat en tout cas est un régal pour les yeux et le cerveau.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Caviar, Highwayman Films Réalisation : Chloé Zhao Scénario : Chloé Zhao Montage : Alex O Flinn Photo : Joshua James Richards Distribution : Les films du Losange Musique : Nathan Halpern, Ben Stokoler Durée : 104 min
Casting : Cat Clifford : Cat Clifford Lilly Jandreau : Lilly Blackburn Brady Jandreau : Brady Blackburn Tim Jandreau : Wayne Blackburn Lane Scott : Lane Scott
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