NEVADA : Le Beau et la Bête

nevadaafficheLa boxe et les chevaux ont un point commun. Dans la réalité, je n’en suis pas spécialement adepte (et c’est un euphémisme). Par contre, au cinéma, je dois admettre qu’ils peuvent être à la base de grands films et forcer mon admiration. Une nouvelle preuve avec Nevada, qui nous raconte la relation qui se noue entre un prisonnier et un cheval sauvage. L’histoire d’une rencontre donc, qui intervient entre deux vrais personnages, à la carrure et au charisme étonnants. Une sorte de Belle et la Bête, même si on ne sait pas très bien qui est qui dans l’histoire. En tout cas, cette dernière se montre convaincante et émouvante.

Nevada nous raconte bien le face à face entre deux personnalités et deux caractères. Le cheval est ici réellement un personnage à part entière, auquel il ne manque que la parole. Et encore, cette dernière ne s’avère pas forcément indispensable car son vis-à-vis ne se montre guère disert. C’est d’ailleurs sans doute ce point commun qui rend crédible la manière dont l’humain va évoluer au contact de l’animal… et réciproquement. Chacun apprivoise l’autre à sa manière, même si chacun gardera cette part de « sauvagerie » qui en feront des êtres à part. Le plus grand mérite de Laure de Clermont-Tonnerre est d’avoir réussi à nous raconter tout cela sans jamais nous proposer un film contemplatif, mais en offrant au contraire à son récit, et par là même au spectateur, une tension narrative constante. Il est vrai que le milieu carcéral offre bien des possibilités pour cela, par la violence omniprésente qui y règne.

nevadaNevada doit beaucoup au charisme hors du commun de Matthias Schoenaerts qui envahit l’écran de sa présence, même dans un rôle où on lui demande de parler assez peu. Il confirme aussi qu’il est particulièrement à l’aise dans des rôles d’une grande sensibilité, malgré un physique qui le prédisposerait plus à des films d’action. Laure Clermont-Tonnerre fait preuve d’un sens de la mise en scène remarquable, notamment dans les face à face entre l’homme et la bête. Un vrai moment de cinéma, où on comprend à quel point une image n’est pas un produit brut, mais dépend intimement du cadrage choisi ou de l’angle de vue. Sans cette réalisation de très grande qualité, le film n’aurait clairement pas été le même. Et ça aurait été bien dommage !

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Laure de Clermont-Tonnerre
Scénario : Brock Norman Brock, Mona Fastvold et Laure de Clermont-Tonnerre
Photographie : Ruben Impens
Montage : Géraldine Mangenot
Musique : Jed Kurzel
Direction artistique : Molly Bailey
Décors : Laurel Frank et Nova May
Costumes : April Napier
Production : Alain Goldman, co-production : Cédric Iland, Nadia Khamlichi et Adrian Politowski
Producteur exécutif : Robert Redford
Durée : 1h 36 min.

Casting :
Matthias Schoenaerts : Roman
Jason Mitchell : Henry
Gideon Adlon : Martha
Bruce Dern : Myles
Josh Stewart : Dan
Thomas Smittle : Tom
Keith Johnson : Elijah
Noel Gugliemi : Roberto
Connie Britton : la psy

TOY STORY 4 : Vers l’infini et c’est tant mieux

toystory4afficheIl est de bon ton ces derniers temps de gloser sur le manque d’imagination et de renouvellement chez les scénaristes. Surexploitation des franchises, suites à n’en plus finir, remake, reboot, prequel… Bref beaucoup de réchauffé et de recettes éculées et peu de nouveautés à se mettre sous les yeux des gourmets cinématographiques. Mais au milieu de tout ça, il reste quand même quelques bonnes raisons de se réjouir. La saga Toy Story en fait partie. Son quatrième volet, sorti ces dernières semaines, démontre avec brio qu’elle n’est toujours pas arrivée au bout de ce qu’elle peut nous offrir. En réalisation du changement dans la continuité, les studios Pixar nous émerveillent une nouvelle fois.

La grande force de la saga Toy Story a toujours été ses personnages. Qu’il s’agisse de jouets prenant vie ne retire rien à leur réelle profondeur et leur profond intérêt. Cela ne retire rien non plus à l’attachement particulièrement fort qu’ils nous font ressentir. Toy Story 4 vient encore enrichir la galerie en continuant de nous surprendre et de nous toucher. Le tout s’adresse avec la même réussite à notre cerveau d’adulte et à notre cerveau d’enfant, entre vraie réflexion et douce nostalgie. La qualité d’écriture du scénario et des dialogues fait vraiment la différence et explique largement le succès de cette saga à nulle autre pareil.

toystory4Toy Story 4 est aussi évidemment un divertissement familial, avec son lot d’aventures, de péripéties et de rebondissements. Le dosage entre action et réflexion autour des personnages est proche de la perfection. Le film nous propose quelques petits moments de bravoure franchement enthousiasmants. L’histoire est soutenue par un souffle épique qui ne laisse pas le spectateur s’ennuyer une seule seconde. Ces deux facettes du film sont réellement en synergie, ce qui lui confère une dimension incomparable par rapport aux autres sagas Pixar, qui sont déjà pour la plupart des nids à petits chefs d’œuvre. Il est tout à fait possible qu’après cette épisode, les producteurs ne résistent pas à la tentation de nous en proposer un cinquième. Bizarrement, on ne s’en plaindra pas.

LA NOTE : 15/20

Fiche technique :
Production : Pixar Animation Studios, Walt Disney Pictures
Distribution : Walt Disney Company France
Réalisation : Josh Cooley
Scénario : Andrew Stanton, Stephany Folsom
Montage : Axel Geddes
Décors : Bob Pauley
Musique : Randy Newman
Durée : 100 min

Casting :
Tom Hanks : Woody
Tim Allen : Buzz Lightyear
Annie Potts : Bo
Tony Hale : Fourchette
Joan Cusack : Jessie
Keegan-Michael Key : Ducky
Jordan Peele : Bunny
Keanu Reeves : Le duc Kaboom
Bonnie Hunt : Dolly

MEN IN BLACK INTERNATIONAL : Fallait pas

mibinternationalaffichePrendre un nouveau départ, repartir de zéro, faire table rase du passé pour recommencer sur de nouvelles bases. Voilà qui peut donner envie et permettre de rallumer une flamme que l’on pensait éteinte. Après un troisième volet décevant, la franchise Men In Black semblait être arrivée à son terme définitif. Mais toujours prêts à exploiter la moindre trace de nostalgie, les producteurs ont décidé qu’elle devait renaître de ses cendres, avec de nouveaux acteurs et même une nouvelle localisation, puisque Men In Black : International nous emmène en Europe, entre Londres et Paris. Mais parfois, il vaut mieux rester chez soi.

Men In Black : International n’est même pas franchement mauvais. Il est juste terriblement médiocre. Il représente surtout le niveau zéro de la prise de risque. Un pur produit formaté, sans grande imagination et d’une paresse absolue. C’est certes distrayant, mais ne constitue en rien une renaissance. Cela ne donne aucune envie particulière de retrouver ces nouveaux personnages, même si on ne doute pas une seule seconde qu’ils reviendront pour un deuxième épisode (que j’irai sûrement voir pour en dire tout le mal que j’en pense). C’est toujours regrettable de mobiliser autant de moyens financiers et quelques bons acteurs pour en tirer à peu près rien. Mais ne doutons pas que les producteurs rentreront dans leurs frais sans grands efforts.

mibinternationalLe casting parlons en. Il constituait le principal motif d’espoir d’assister à un nouveau départ réellement réjouissant. Chris Hemsworth n’est toujours pas le meilleur acteur du monde, mais dégage toujours cette aura de sympathie assez unique. Mais ici, il ne se donne vraiment pas la peine d’en faire plus que le strict nécessaire. Il est totalement éclipsé par Tessa Thompson qui est la seule à sembler y croire vraiment, mais sans parvenir à vraiment nous enthousiasmer. Quant à Liam Neeson et Emma Thomson, ils s’amusent visiblement, mais semblent chercher un rôle facile et amusant plutôt qu’à nous éblouir et postuler pour un Oscar. On leur pardonne de ne pas en faire plus que le minimum tant le scénario est parfois indigent et d’une totale platitude. On pardonne moins aux producteurs de nous imposer ça.

LA NOTE : 08/20

Fiche technique :
Réalisation : F. Gary Gray
Scénario : Art Marcum et Matt Holloway, d’après les comics Men in Black de Lowell Cunningham
Direction artistique : Thomas Brown
Décors : Charles Wood
Costumes : Penny Rose
Photographie : Stuart Dryburgh
Montage : Christian Wagner et Zene Baker
Musique : Chris Bacon et Danny Elfman
Production : Walter F. Parkes et Laurie MacDonald
Producteur délégué : Steven Spielberg
Durée : 115 minutes

Casting :
Chris Hemsworth : l’agent H / Henry
Tessa Thompson : l’agent M / Molly
Liam Neeson : High T
Kumail Nanjiani : Pawny
Rebecca Ferguson : Riza
Rafe Spall : l’agent C
Emma Thompson : l’agent O
Laurent et Larry Nicolas Bourgeois : Les Jumeaux
Kayvan Novak : Vungus
Tim Blaney : Frank le chien

LE DAIM : C’est l’histoire d’un blouson…

ledaimafficheCertaines personnes s’avèrent particulièrement horripilantes. Non pas parce qu’elles ont beaucoup de talent, ce que l’on pardonne quand même aisément. Mais parce qu’elles ont beaucoup de talents, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Quentin Dupieux fait partie de ces gens-là. Parce qu’en plus d’être Quentin Dupieux, réalisateur, il est aussi connu pour être Mr Oizo, musicien électro qui a connu son heure de gloire au début des années 2000. Au cinéma, il s’est spécialisé dans les OVNI cinématographiques. Mais des OVNI de très grande qualité. Après Réalité et Au Poste !, il revient avec le Daim, un film qui a fait beaucoup parler de lui (en bien !) au dernier Festival de Cannes.

Comment Quentin Dupieux a-t-il pu imaginer cette histoire ? On se demande s’il n’a pas demandé à ses amis de lui donner un mot, le plus saugrenu possible, en leur promettant de faire un film autour de ça. C’est donc tombé sur le mot « daim ». Et cela aboutit à un film dont l’objet central est un blouson taillé dans le cuir de cet animal. Après avoir vu le Daim, vous pourrez donc dire que vous avez vu un film sur un blouson. Aussi étonnant que cela peut paraître cela résume assez bien ce film. En partant de ça, difficile de convaincre que ce film est drôle et étonnant, mais il l’est bel et bien. Il serait dommage d’aller plus avant dans un description des ressorts de ce film, tant il est plaisant de se laisser surprendre par cette histoire improbable.

ledaimLa réussite du film doit beaucoup au couple actrice-acteur qui lui donne vie. Il faut dire que Quentin Dupieux parvient toujours à rassembler des castings de très haut niveau pour des films aussi courts à aussi petit budget. Preuve d’à quel point son talent est reconnu. Jean Dujardin est parfait, en faisant preuve d’une certaine retenue alors que le rôle appelait facilement le cabotinage. Cependant, il est presque éclipsé par une Adèle Haenel d’abord discrète mais qui donne une épaisseur progressive à son personnage, avant de crever l’écran. Ils parviennent tous les deux à rendre totalement crédible leur personnage respectif, ce qui n’était pas gagné d’avance (mais encore une fois, je ne dirai rien). En tout cas, que vous soyez fan ou non des blousons en cuir à franges, n’hésitez pas un seconde à aller voir le Daim.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Atelier de production
Réalisation : Quentin Dupieux
Scénario : Quentin Dupieux
Montage : Quentin Dupieux
Photo : Quentin Dupieux
Décors : Joan Le Boru
Distribution : Diaphana
Son : Guillaume Le Braz
Durée : 77 min

Casting :
Adèle Haenel : Denise
Jean Dujardin : George
Thomas Blanchard : Michael
Albert Delpy : Monsieur B
Panayotis Pascot : Johnny
Youssef Hajdi : Olaf

ZOMBI CHILD : Enfant perdu

zombichildafficheCertains films reçoivent des avis négatifs de la part des spectateurs, non pas parce qu’ils sont de mauvaise qualité dans l’absolu, mais parce qu’ils créent de la déception en ne se révélant pas être ce qu’ils semblaient être au premier abord. On peut légitimement penser que c’est ce qui se passe avec Zombi Child dont le titre pourrait être celui d’un film d’horreur tout à fait classique. Mais quand on voit que Bertrand Bonello est derrière la caméra, on se doute alors qu’il s’agit d’une œuvre plutôt cérébrale et hors des sentiers battus. Faut-il encore savoir qui est Bertrand Bonello. Et puis, très honnêtement, même en sachant pertinemment ce que l’on va voir, on peut fort bien trouver ce film fort ennuyeux.

Le principal défaut de Zombi Child est qu’il ne s’y passe globalement pas grand-chose. On peut apprécier à sa juste valeur l’ambiance générale inquiétante et mystique. On peut saluer le montage assez habile qui met en parallèle deux époques. On peut souligner la qualité des personnages qui sont pour le coup très loin des clichés d’un film mettant en scène des zombis. On peut trouver fort intéressant d’en apprendre plus sur la culture vaudou. Mais tout cela ne change rien au fait que les péripéties sont peu nombreuses et que la narration reste quand même particulièrement lente et contemplative, à tel point que cela semble cacher un manque de matière pour un long métrage. Cela donne surtout l’impression d’une œuvre inaboutie qui aurait mérité d’être étoffée encore quelque peu.

zombichildBetrand Bonello se montre particulièrement habile avec une caméra et nous offre de très belles images, à l’esthétisme travaillé. Mais comme souvent avec lui, on a quelque peu l’impression qu’il s’en contente et oublie que de belles images n’ont jamais fait un film à elles toutes seules. Cette légère autosatisfaction contemplative se remarquait déjà dans Saint Laurent et se retrouve clairement dans Zombi Child. Cela noie aussi quelque peu la jolie performance d’ensemble du casting adolescent. Le résultat final s’avère donc plus décevant qu’enthousiasmant. On en ressort surtout avec une légère impression de gâchis car tous les éléments se trouvaient rassemblés pour proposer un film d’un tout autre intérêt.

LA NOTE : 10/20

Fiche technique :
Production : My New Picture, Les Films du Bal
Réalisation : Bertrand Bonello
Scénario : Bertrand Bonello
Montage : Anita Roth
Photo : Yves Cape
Décors : Katia Wyszkop
Distribution : Ad Vitam
Son : Nicolas Cantin, Nicolas Moreau, Jean-Pierre Laforce
Musique : Bertrand Bonello
Durée : 103 min

Casting :
Wislanda Louimat : Mélissa
Louise Labeque : Fanny
Adilé David : Salomé
Ninon François : Romy

X-MEN : DARK PHOENIX : La renaissance attendra

xmendarkphoenixafficheLa franchise Avengers vient de connaître un épilogue grandiose qui a fait la une de l’actualité et provoqué des queues sans fin au cinéma. L’autre grand univers cinématographique Marvel, celui des X-Men, connaît quant à lui une plongée progressive vers l’indifférence. Il faut dire que le précédent épisode s’avérait fort mauvais et les spin-offs n’ont vraiment valu le coup que lorsqu’ils se montraient franchement décalés (Logan et Deadpool). Alors ce X-Men : Dark Phoenix ne pouvait que redresser la barre. Mais force est de constater qu’il n’y parvient que de manière très limitée.

X-Men : Dark Phoenix est d’un médiocrité confondante, même dans ses défauts. Il ne parvient même pas à être franchement mauvais, tant il se contente du minimum syndical du film d’action pour nous préservé de l’ennui, mais sans jamais faire naître la moindre trace d’enthousiasme. La faute à des dialogue frôlant parfois l’indigence et une intrigue qui manque passablement d’épaisseur. Les scènes d’action ne propose aucun moment de bravoure susceptible de marquer les esprits. L’ambiance sombre et crépusculaire que Simon Kinberg tente d’insuffler n’est finalement ni vraiment sombre, ni franchement crépusculaire. Ce film constitue son premier passage derrière la caméra, après une très riche carrière de scénariste de blockbusters, et ce n’est pas vraiment une franche réussite. Tous les éléments du films manquent de souffle et d’ampleur.

xmendarkphoenixX-Men : Dark Phoenix sous-exploite totalement son casting XXL. Les habitués de la franchise, James McAvoy, Michael Fassbender et Jennifer Lawrence nous proposent des performances paresseuses sans émotion. Ils donnent vraiment l’impression d’attendre avec impatience de
passer à autre chose. Sophie Turner, occupant le premier rôle, y met un peu plus de cœur, mais elle est bien seule. Elle n’est même pas vraiment soutenue par Jessica Chastain. Les fans ne pouvaient que se réjouir de la voir rejoindre le casting d’un Marvel, mais elle y passe finalement relativement inaperçue. Les puristes noteront que ce film renonce totalement à refaire boucler la boucle avec les premiers films de Bryan Singer sortis il y a bientôt 20 ans. Et l’absence de scène pendant le générique montre bien que la franchise si elle doit survivre, va connaître une profond rafraîchissement. A l’occasion, d’un X-Men vs Avengers ?

LA NOTE : 08/20

Fiche technique :
Production : 20th Century Fox, Bad Hat Harry Productions, Donners’ Company, Kinberg Genre, Marvel Entertainment, TSG Entertainment
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Simon Kinberg
Scénario : Simon Kinberg, Dave Cockrum, Chris Claremont, John Byrne
Montage : Lee Smith
Photo : Mauro Fiore
Décors : Claude Paré
Musique : Hans Zimmer
Durée : 113 min

Casting :
James McAvoy : Pr Charles Xavier
Michael Fassbender : Magneto
Sophie Turner : Jean Grey
Nicholas Hoult : Le fauve
Jessica Chastain : Vuk
Jennifer Lawrence : Raven
Tye Sheridan : Cyclope
Alexandra Shipp : Tornade
Ato Essandoh : Jones

PARASITE : Pensée parasite

parasiteafficheUne Palme d’Or est rarement un film comme les autres. On attend d’elle qu’elle soit suffisamment originale pour déstabiliser le spectateur. Alors on peut s’étonner de voir l’une d’entre elle vendue par les distributeurs comme étant « la Palme d’Or la plus accessible depuis Pulp Fiction ». Cependant, en découvrant le caractère dithyrambique des critiques de Parasite, on pouvait se dire qu’une exceptionnelle qualité compenserait largement le caractère quelque peu conventionnel. C’est donc avec beaucoup d’espoir que je me suis rendu dans une salle obscure pour découvrir ce film. L’espoir d’assister au chef d’œuvre annoncé. Incontestablement, j’aurais assisté à un très bon film.

Il suffit parfois d’une petite chose pour vous empêcher de rentrer totalement dans un film. Pendant un bon moment, je n’arrête pas de me dire que Parasite ressemblait quand même fortement à Une Affaire de Famille, Palme d’Or l’année dernière. Au final, les propos et surtout l’ambiance générale sont très différentes dans les deux films, mais cela m’a titillé l’esprit et quelque peu déçu. C’est peut-être pour ça que je n’ai pas réussi à trouver ce film génial. Simplement excellent, caractéristique qui apporte normalement beaucoup de satisfaction au spectateur, sauf quand il s’attend à encore mieux. Je ne peux cependant que saluer la maestria d’un scénario totalement maîtrisé, à défaut d’être profondément original.

parasiteParasite méritait-il la Palme d’Or ? Voilà un passionnant débat… que je vais vous épargner. Le jury est souverain et la qualité globale du film mérite bien un prix. Celui-là ou un autre, ça reste à voir. Ce film prouve une nouvelle fois l’incroyable richesse du cinéma coréen, qui nous fait découvrir à chaque nouvelle production de nouveaux interprètes absolument formidables. Il faut dire que ce film offre une galerie de rôles particulièrement savoureuse. La réalisation est quant à elle relativement classique, mais totalement maîtrisée. Ici et ailleurs, il manque peut-être un vrai grain de folie pour faire basculer définitivement ce film dans une toute autre dimension. Mais la dimension où il se situe reste déjà inaccessible au commun des longs métrages.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Barunson, CJ Entertainment, Frontier Works
Réalisation : Bong Joon-ho
Scénario : Bong Joon-ho, Jin Won Han
Montage : Jin-mo Yang
Photo : Alex Hong Kyung-Pyo
Distribution : Les Bookmakers, The Jokers
Musique : Jaeil Jung
Directeur artistique : Lee Ha-jun
Durée : 132 min

Casting :
Song Kang-ho : Ki-tek
Cho Yeo-jeong : Yeon-Kyo
So-Dam Park : Ki-Jung
Hyae Jin Chang : Chun-sook
Jung Hyeon-jun : Da-song
Sun-kyun Lee : Mr Park

JOHN WICK PARABELLUM : Petit plaisir

johnwickparabellumafficheAvant d’écrire cette critique, on m’a posé une question assez bête, mais totalement légitime. En effet, après avoir mentionné que j’avais été voir John Wick Parabellum, j’ai précisé que j’avais trouvé le premier volet assez nul (je me cite). La question fut alors : pourquoi du coup être allé voir les deux autres ? J’ai bien eu du mal à répondre à cette question. En effet, je ne me rappelle absolument pas ce qui m’avait poussé à aller voir la première suite. Des critiques pas trop mauvaises je pense car c’est effectivement ce qui m’a poussé à aller voir ce troisième épisode. Je dois d’ailleurs leur donner raison. Dans une certaine mesure.

Le grand mérite de John Wick Parabellum est ne plus chercher à donner au spectateur autre chose que ce qu’il est venu chercher. A savoir des scènes de baston particulièrement spectaculaires et violentes. Ce film lui en offre en quantité, ce genre de moments occupant un pourcentage rarement atteint dans un long métrage. Pour la qualité, c’est autre chose. Elles ont un caractère quelque peu répétitif, s’étirent parfois beaucoup trop en longueur et sont rarement profondément originales. Et quand une d’entre elles échappe à un de ces défauts, il souffre des autres de manière particulièrement marquée. Par exemple, la meilleure idée du film, une scène de baston impliquant des chiens de combat parfaitement dressés, n’en finit plus de finir et finit surtout par lasser.

johnwickparabellumMalgré tous ces défauts, John Wick Parabellum possède une petite dose de charme inexplicable. L’univers qui tourne autour du personnage central continue de s’enrichir et rend l’histoire infiniment moins basique qu’au début de la saga. On a plaisir à y retourner et on aura plaisir à y revenir car la fin ouvre clairement sur un quatrième volet. Keanu Reeves continue d’être ce qu’il a toujours été, à savoir un acteur moyen mais avec un charisme suffisant pour qu’on ressente quand même du plaisir en le voyant à l’écran. En fait, cela résume parfaitement ce film. Un film moyen qui nous donne du plaisir quand même. Et pourquoi se priver d’un petit plaisir ?

LA NOTE : 11/20

Fiche technique :
Réalisation : Chad Stahelski
Scénario : Derek Kolstad, Shay Hatten, Chris Collins et Marc Abrams
Décors : Kevin Kavanaugh
Photographie : Dan Laustsen
Montage : Evan Schiff
Musique : Tyler Bates et Joel J. Richard
Production : Basil Iwanyk
Coproducteur : John R. Saunders
Producteur délégué : Jeff G. Waxman
Durée : 131 minutes

Casting :
Keanu Reeves : Jonathan « John » Wick
Ian McShane : Winston
Halle Berry : Sofia
Asia Kate Dillon : l’adjudicatrice
Lance Reddick : Charon, le concierge du Continental
Laurence Fishburne : le roi de la Bowery
Mark Dacascos : Zero
Anjelica Huston: la directrice
Jerome Flynn : Berrada
Said Taghmaoui : le Grand Maître
Jason Mantzoukas : l’homme qui dit tic-tac
Tiger Chen : un assassin
Yayan Ruhian : un élève de Zero
Cecep Arif Rahman : un élève de Zero
Robin Lord Taylor : l’administrateur
Boban Marjanovic : Ernest
Randall Duk Kim : le docteur

ALADDIN : Le rêve est toujours bleu

aladdinafficheDisney est sur le point de réussir son pari. Enfin un parmi les nombreux paris qui rythment la vie de cette entreprise. Après avoir tâté discrètement le terrain l’année dernière avec le Livre de la Jungle (que je n’ai pas vu et que je ne jugerai donc pas), la maison aux oreilles rondes a décidé de frapper fort cette, avec trois adaptations en prises de vue réelles de trois des plus emblématiques dessins-animés de son patrimoine. Le premier étage de la fusée, Dumbo, avait permis un décollage réussi. Mais avec un pilote aussi talentueux que Tim Burton, on pouvait s’y attendre. La suite, Aladdin, s’avérait plus risqué avec Guy Richie aux manettes. Mais il dirige finalement son vaisseau avec une maîtrise remarquable.

Guy Richie n’est pas franchement connu pour être le réalisateur le plus subtil qui soit. Certes, Snatch est pour moi un film culte et j’ai de la sympathie pour sa version de Sherlock Holmes (enfin surtout le premier épisode). Cependant, j’avoue qu’il sombre parfois dans un surenchère visuelle pouvant s’avérer fort lourdingue. Et lui confier la mise en image d’une histoire basée sur un génie, un tapis volant et beaucoup de magie ressemblait à un cadeau empoisonné, le poussant vers ses pires travers. Il fait au final preuve d’une étonnante sobriété qui fait d’Aladdin un divertissement plaisant, qui ne fait pas mal aux yeux à force de multiplier les plans de moins d’une demi-seconde. Guy Richie s’attache surtout à respecter à la lettre l’esprit du dessins-animé originel. Il n’en retire rien et ajoute quelques suppléments pour l’enrichir. Il a surtout su mettre parfaitement en valeur les chansons qui peuplaient l’original. Certains y verront peut-être un manque d’audace. Ceux qui, comme moi, ont eu les yeux énamourés en 1992 retrouveront quelques émotions d’alors.

aladdinAladdin bénéficie d’un casting quelque peu inégal. Mena Massoud est assez falot et constitue très clairement la plus grande limite de ce film. A ses côtés, Will Smith est égal à lui-même, ce qui représente tout de même un joli compliment. Lui aussi fait preuve d’une certaine retenue bienvenue, qui tire le film vers le haut. Mais de toute façon, tout cela n’a que peu d’importance car ces deux-là sont totalement éclipsés par Naomi Scott dont le charme est foudroyant. Elle illumine littéralement l’écran et rien que pour elle, on aurait envie que le film se prolonge encore un peu. Tout le monde évolue dans des décors magnifiques et revêt des costumes sublimes. On comprend mieux alors pourquoi on passe un si bon moment devant ce divertissement familial de très bonne facture. Il nous donne surtout beaucoup d’espoir pour le dernier volet du triptyque, le Roi Lion, qui arrive très bientôt sur nos écrans.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique
Réalisation : Guy Ritchie
Scénario : John August et Guy Ritchie, d’après Aladin ou la Lampe merveilleuse et Les Mille et Une Nuits
Direction artistique : Steve Summersgill
Décors : Gemma Jackson
Costumes : Michael Wilkinson
Photographie : Alan Stewart
Montage : James Herbert
Musique : Alan Menken et Nas Lukas
Production : Jonathan Eirich et Dan Lin
Durée : 128 minutes

Casting :
Mena Massoud : Aladdin
Will Smith : le Génie / Le marin
Naomi Scott : Jasmine
Marwan Kenzari : Jafar
Navid Negahban : le Sultan
Nasim Pedrad : Dalia
Billy Magnussen : le Prince Anders
Jordan Nash : Omar
Taliyah Blair : Lian
Amir Boutrous : Jamal
Numan Acar : Hakim
Kevin Matadeen : le marchand de tapis
Alan Tudyk : Iago
Frank Welker : Abu / Rajah / la caverne

LE JEUNE AHMED : La religion de la sobriété

lejeuneahmedafficheQuand on veut se marrer un grand coup, quand on veut assister à un spectacle léger et drôle, quand on veut assister à un film à grand spectacle qui vous en met plein la vue, il y a une chose à ne pas faire, jamais, en aucun cas : aller voir un film des frères Dardenne. Par contre, lorsque l’on veut assister à une œuvre aboutie, où le fond importe plus que la forme, émouvante et qui pousse à la réflexion, alors leur cinéma est parfait pour cela. Une nouvelle démonstration nous vient du Jeune Ahmed, où les cinéastes belges s’attaquent au sujet délicat de la radicalisation des plus jeunes vers une mouvance islamique extrême. Mais force est de constater qu’ils s’en sortent avec beaucoup de brio.

Le Jeune Ahmed est un film dans lequel on entre progressivement. En effet, le personnage principal n’inspire qu’assez peu de sympathie, voire même inspire une forte antipathie dès les premières minutes. Qu’importe son âge, son comportement nous est immédiatement dépeint sous un jour plutôt inquiétant. Mais peu à peu, on s’attache aux personnages qui gravitent autour de lui et qui essayent désespérément de le ramener vers la raison et la bienveillance. C’est pour eux qu’on souffre, ce sont leurs sentiments que l’on partage et qui nous touchent. Le propos prend donc un peu plus de force à chaque minute jusqu’à un dénouement particulièrement réussi.

lejeuneahmedUne nouvelle fois, les frères Dardenne ont décidé de faire de la sobriété une religion artistique. Comme la plupart de leurs œuvres (peut-être toutes, mais j’ai la flemme de vérifier), le Jeune Ahmed ne comporte aucune musique, à part au générique de fin. On se retrouve donc plongé vraiment dans un cinéma du réel, sans aucune fioriture. C’est là leur grande force et leur marque de fabrique, mais aussi la limite d’un septième art auquel on enlève certaines de ses dimensions. Le résultat aurait-il pu être encore plus frappant avec une réalisation différente, personne ne pourra jamais répondre. Mais quand un film est déjà aussi bon, il est de toute façon pas très utile d’en rajouter.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Les films du fleuve, Archipel 35, France 2 Cinéma, Proximus, RTBF
Réalisation : Jean-Pierre & Luc Dardenne
Scénario : Jean-Pierre & Luc Dardenne
Montage : Marie-Hélène Dozo
Photo : Benoît Dervaux
Décors : Igor Gabriel
Distribution : Diaphana
Durée : 84 min

Casting :
Idir Ben Addi : Ahmed
Olivier Bonnaud : l’éducateur
Victoria Bluck : Louise
Myriem Akheddiou : Inès