THE GENTLEMEN : Tant qu’il y aura des hommes

thegentlemenafficheAvoir un style bien à soi et reconnaissable entre tous représente un atout incontestable quand on est un artiste. Cela permet de se démarquer de la masse et de trouver son public. Celui de Guy Richie est suffisamment marqué pour ne pas passer inaperçu. Par contre, à mesure que la carrière avance et que la filmographie se remplit, cette qualité peut tourner en défaut quand le public commence à avoir un sentiment de déjà-vu. The Gentlemen est un film particulièrement réussi, drôle et rythmé, mais il sonne aussi comme un avertissement. En signant un quasi-remake de Snatch, le film qui l’a fait connaître, Guy Richie peut donner l’impression d’un cinéaste en panne d’inspiration.

La nostalgie est un sentiment à la mode. Alors peut-être simplement que Guy Richie a voulu rajeunir ceux pour qui Snatch est un film culte. Vous aviez aimé la transformation de Brad Pitt en gitan incompréhensible, vous aimerez celle de Hugh Grant en paparazzi maître chanteur ! Ce film prouve en tout cas une nouvelle fois la capacité de ce réalisateur à bénéficier de casting particulièrement prestigieux et d’employer certaines stars, aussi immenses soient-elles, relativement à contre-emploi. Il continue plus globalement de briller par sa capacité à créer des galeries de personnages particulièrement savoureux et hauts en couleurs. Ils représentent un vecteur très efficace d’humour, même si The Gentlemen mise aussi sur quelques gags visuels et surtout quelques dialogues parfois politiquement assez incorrects (et ça fait du bien!).

thegentlemenLes films de Guy Richie se reconnaissent aussi par leur style visuel. Celui-ci tourne parfois à l’insupportable, comme dans ses deux Sherlock Holmes. Dans The Gentlemen, il fait preuve d’une certaine mesure et utilise son talent à bon escient, se servant des images pour insuffler du rythme et de l’énergie dans son récit. Du coup, on ne s’ennuie pas une seule seconde, même quand certains rebondissements sont clairement hyper prévisibles. Le film fonctionne tout simplement et remplit pleinement sa mission qui reste avant tout de divertir. On passe un excellent moment, avec quelques vrais fous rire et quelques paillettes dans les yeux, semées par la classe du casting. Effectivement, tout cela à un air de déjà-vu, mais pas encore assez pour ressentir une réelle lassitude.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Guy Ritchie
Scénario : Guy Ritchie, d’après une histoire d’Ivan Atkinson, Marn Davies et Guy Ritchie
Direction artistique : Oliver Carroll et Fiona Gavin
Décors : Gemma Jackson
Costumes : Michael Wilkinson
Photographie : Alan Stewart
Montage : James Herbert
Musique : Christopher Benstead
Production : Guy Ritchie
Coproducteurs : Ivan Atkinson et Max Keene
Producteur délégué : Alan J. Wands
Durée : 113 minutes

Casting :
Matthew McConaughey : Mickey Pearson
Charlie Hunnam : Raymond
Michelle Dockery : Rosalind
Jeremy Strong : Mathew
Lyne Renée : Jackie
Colin Farrell : Coach
Henry Golding : « Œil Sec »
Tom Wu : Lord George
Hugh Grant : Fletcher
Eddie Marsan : Big Dave
Jason Wong : Phuc
Eliot Sumner : Laura Pressfield
Eugenia Kuzmina : Misha
Brittany Ashworth : Ruby
Togo Igawa : Wang Yong
Samuel West : Lord Pressfield
Franz Drameh : Benny

NOONDAY DREAM (Ben Howard), C’EST LA VIE (Phosphorescent), GOAT GIRL (Goat Girl) : Pas de quoi devenir chèvre

noondaydreambenhowardOn débute cet avis musical par un artiste britannique, Ben Howard et son album Noonday Dream, sorti en 2018. Il y une livre une musique assez douce, de facture relativement classique. Sa voix n’est pas désagréable, mais sans plus. Cela donne un résultat globalement assez tristounet, dans une ambiance passablement éthérée. Le tout manque d’énergie. L’étincelle attendue ne vient jamais, nous livrant une œuvre où l’auteur semble toujours en-dedans.

cestlaviephosphorescentOn franchit l’Atlantique pour découvrir Phosphorescent, qui est en fait le pseudonyme d’un artiste solo, Matthew Houck de son vrai nom. Son album C’est la Vie, contrairement à ce qu’on pourrait penser, est bien écrit en anglais. Il nous fait découvrir une pop aux sonorités électro. Le résultat est assez mélodieux, portée par une belle voix, bien posée. C’est un rien sucré, souvent dynamique. Le tout est plutôt sympa, sans être totalement enthousiasmant non plus. C’est cependant assez varié pour se laisser écouter, même si certains titres s’étirent un peu trop en longueur parfois.

goatgirlgoatgirlRetour en Angleterre avec Goat Girl et son album éponyme. J’étais un peu curieux de découvrir un groupe ayant pris un tel nom. Leur musique est quelque peu déstructurée, mais pleine de conviction. Cela rappelle parfois PJ Harvey, en un peu moins éthéré. Cela a un côté un peu bordélique, mais on sent que l’on entre dans un univers musical très personnel. On prend un vrai plaisir à y entrer. L’album compte beaucoup de titres (19) et s’avère du coup quelque peu inégal. Un format resserré aurait été préférable. Après à chacun de se faire sa sélection.

TOUCHEZ PAS AU GRIZZLY (Jean-Pierre Huster) : Poulpe inhabituel

touchezpasaugrizzlyTouchez pas au Grizzly est un épisode des aventures du Poulpe particulier à bien des titres. Bon, le principe même de cette série, un auteur différent par roman, en fait une œuvre toujours renouvelée, mais cette fois celui qui tient la plume est Jean-Pierre Huster, le frère de Francis. Bon, me direz-vous, cette particularité est assez anecdotique et ne dit pas grand chose du contenu. Et c’est quand même sur ce dernier que l’on juge la qualité d’un livre.

Déjà, ce volume se démarque de ses petits copains par son épaisseur. Je rassure les allergiques des pavés, il ne pèse tout de même pas bien lourd. Mais avec deux cents pages, il en compte une cinquantaine de plus de la moyenne de la série. Il faut dire Touchez pas au Grizzly déroule une intrigue un petit peu plus complexe. On navigue entre des événements se déroulant à des époques différentes et de multiples personnages. Le récit de Jean-Pierre Huster est moins direct que d’habitude et prend plus son temps. C’est dans l’ensemble plutôt une qualité car cela donne une réelle envie au lecteur de savoir où tout cela va le mener.

Malheureusement, tout cela va mener à un dénouement franchement décevant. On reste vraiment sur sa faim, comme face à un soufflé qui retombe alors qu’il nous avait ouvert l’appétit. C’est vraiment dommage car une fin à la hauteur aurait pu faire de Touchez pas au Grizzly un des meilleurs épisodes de la série. Il restera donc un Poulpe particulièrement original, mais au final assez moyen. Ou du moins, très inégal, avec du très bon et du moins bon. Mais ainsi va la vie du Poulpe. Jamais le même, toujours différent, pour le meilleur et pour le pire parfois.

LA LLORONA : Audacieux mélange des genres

lalloronaafficheComme vous le savez, si vous êtes un lecteur assidu de ces pages, j’apprécie particulièrement d’aller voir un film en ne sachant strictement rien sur lui à l’avance. Quel bonheur de se faire surprendre ! Surtout si la surprise est bonne. Et encore plus si la surprise est réellement surprenante. J’ai vécu cette expérience délicieuse au travers de la Llorona. Un film particulièrement original en parvenant à mélanger, avec beaucoup de bonheur, deux genres cinématographiques qui semblent à première vue impossibles à concilier. Comme quoi rien n’est jamais réellement impossible dans la vie.

Les premières minutes de la Llorona vous plonge dans l’ambiance angoissante d’un film d’horreur, tendance maison hantée. Puis tout cela s’efface pour laisser place à un film politique sur le passé dictatorial du Guatemala et la difficile mémoire de cette époque. On se dit alors que les premières minutes n’étaient qu’un leurre. Puis les deux aspects commencent à se mélanger pour donner une histoire qui tient parfaitement debout pour les deux aspects. Un mélange étonnant et audacieux donc. Mais qui ravit le spectateur grâce à la qualité d’écriture du scénario.

lalloronaLa Llorana confirme que le Guatemala occupe une vraie place sur la carte du cinéma mondial. Au-delà de la qualité du scénario déjà évoqué, la réalisation et l’interprétation sont de premier ordre et n’ont rien à envier aux grands pays du 7ème art. Le caractère audacieux de ce film rappelle celui dont fait preuve plus volontiers le cinéma est-asiatique. La seule limite de ce film est qu’au-delà de l’originalité du mélange, chaque aspect du scénario pris séparément s’avère particulièrement classique. Ce n’est pas un problème en soit et ne gâche pas le plaisir rare et sincère ressenti par le spectateur.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Les films du volcan, La casa de produccion
Distribution : ARP Sélection
Réalisation : Jayro Bustamante
Scénario : Jayro Bustamante, Lisandro Sanchez
Montage : Jayro Bustamante, Gustavo Matheu
Photo : Nicolas Wong Diaz
Musique : Pascal Ruez
Directeur artistique : Sebastian Munoz
Durée : 97 min

Casting :
Maria Mercedes Coroy : Alma, la Llorona
Margarita Kénefic : Carmen
Sabrina de la Hoz : Natalia
Julio Diaz : General Monteverde
Maria Telon : Valeriana
Juan Pablo Oluslager : Letona
Ayla-Elea Hurtado : Sara

SWALLOW : Dur à digérer

swallowafficheEtre mal à l’aise n’est pas un sentiment très agréable en soi. C’est rarement quelque chose que l’on recherche. Pourtant, certains films provoquent volontairement ce genre d’impression et parfois le spectateur y prend beaucoup de plaisir. Masochisme ? Peut-être… mais il est vrai que l’on va aussi au cinéma pour des sensations fortes que l’on a pas forcément envie de retrouver dans la vraie vie, comme la peine ou la peur. Mais évidemment, il faut que ceci ne vienne pas non plus sans raison et trop gratuitement, sinon cela tourne vite à une certaine forme de torture. Swallow est un film profondément malaisant. Et sans profond intérêt. Le mélange de ces deux caractéristiques ne prête guère à l’enthousiasme.

Swallow nous raconte l’histoire d’une femme qui, pour exprimer son mal être, se met à avaler tout et n’importe quoi. D’où le titre. Ainsi, le film nous offre une scène mémorable où la jeune femme avale une punaise. Dis comme ça, ça paraît plus curieux qu’autre chose, mais en fait, cela plonge le spectateur dans un profond malaise. Il n’a absolument aucune envie d’assister à ce spectacle et souffre presque autant que l’héroïne. Et ce genre de scène va se répéter plusieurs fois, sans autant étirer les événements en longueur, mais suffisamment pour faire frisonner plus d’une fois. D’un point de vue purement visuel, le film n’est guère spectaculaire. C’est l’idée même du geste que la jeune femme est en train d’accomplir qui provoque ce sentiment très désagréable.

swallowPendant une bonne heure, le spectateur se demande inlassablement quel peut être le sens de tout cela. Les explications viendront avec le temps et l’histoire prendra un autre tournant. Mais tout cela ne mène nul part. Le dénouement est flou et le spectateur reste circonspect, ne sachant vraiment pas ce qu’il était supposé comprendre. Du coup, cela rend assez vain tout ce qui a suivi auparavant et il devient difficile de pardonner les mauvaises sensations que Swallow aura provoqué. Haley Bennett n’aura vraiment rien à se reprocher car c’est bien la qualité de son interprétation qui permet malgré tout de croire à cette histoire quelque peu invraisemblable (même si la pathologie existe bel et bien). Il est rare que je regrette d’être allé voir un film, même un très mauvais. Mais pour celui-là, j’aurais clairement mieux fait de m’abstenir.

LA NOTE : 06/20

Fiche technique :
Réalisation et scénario : Carlo Mirabella-Davis
Décors : Erin Magill
Costumes : Liene Dobraja
Photographie : Katelin Arizmendi
Montage : Joe Murphy
Musique : Nathan Halpern
Production : Mynette Louie, Mollye Asher, Carole Baraton et Frédéric Fiore
Durée : 94 minutes

Casting :
Haley Bennett : Hunter
Austin Stowell : Richie
Denis O’Hare : Erwin
Elizabeth Marvel : Katherine
David Rasche : Michael
Luna Lauren Velez : Lucy
Zabryna Guevara : Alice
Laith Nakli : Luay
Babak Tafti : Aaron
Nicole Kang : Bev

K CONTRAIRE : Cas d’école

kcontraireafficheLe cinéma français a fait du film social une de ses spécialités, sans guère d’équivalent (même si Ken Loach…). Du coup, il devient difficile de proposer un film dans ce genre qui retienne vraiment l’attention et se démarque de la masse. K Contraire n’est pas du tout un mauvais film, mais il est vrai qu’il aborde des thématiques déjà traitées à de nombreuses reprises par d’autres productions hexagonales, parfois de manière plus brillantes ou originales. Les lois de la concurrence sont parfois rudes. Mais il serait injuste de ne pas souligner tout de même les réelles qualités de ce film, qui a enfin de compte beaucoup de mérite d’exister.

K Contraire nous raconte le parcours d’un jeune homme qui sort de prison et replonge immédiatement dans le trafic de stupéfiants pour pouvoir assumer la charge de sa mère profondément dépressive. Un tableau guère réjouissant donc, mais traité tout de même avec beaucoup d’humanité. Les personnages ne sont pas particulièrement attachants. Ils possèdent cependant une grande profondeur qui donne tout son intérêt à ce film, bien plus que les seules péripéties vécues par les protagonistes. Le scénario n’est ni naïvement optimiste, ni désespérément pessimiste. Un juste milieu qui donne de la crédibilité et de quoi nourrir la réflexion du spectateur, qui ne sort donc pas sans rien de la salle.

kcontraireK Contraire permet en tout cas d’admirer un casting brillant. On n’est évidemment pas surpris de la performance de Sandrine Bonnaire, qui a la très bonne idée de ne pas chercher à en faire trop pour garder la crédibilité de son personnage. Elle laisse toute la lumière au jeune Sandor Funtek qui s’empare avec beaucoup d’énergie de son premier grand rôle. Il tient vraiment le film sur ses épaules avec une assurance étonnante. On peut également apprécier la performance remarquée d’Alexis Manenti, à nouveau dans un rôle secondaire, mais une nouvelle fois remarquable. Tout ce petit monde confirme que la qualité de l’interprétation est une marque de fabrique des films sociaux à la française, même si celui-ci ne marquera pas forcément profondément les mémoires.

LA NOTE : 11,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Sarah Marx
Scénario : Sarah Marx, Hamé, Ekoué
Montage : Karine Prido
Photographie : Yoan Cart
Producteur : Hamé Bourokba, Antoni Gimel-Lécosse, Ekoué Labitey, Amaury Markey
Durée : 85 minutes

Casting :
Sandor Funtek : Ulysse
Sandrine Bonnaire : Gabrielle
Alexis Manenti : David
Lauréna Thellier : Laurie
Moussa Sylla : le codétenu

LE PHOTOGRAGHE : L’histoire sans fin

lephotographeafficheL’amour impossible est un sujet aussi ancien que l’existence des conventions sociales, c’est à dire depuis un petit moment. Et ce genre d’histoire prendra d’autant plus facilement naissance dans un pays où ces conventions pèsent particulièrement lourd. L’Inde est un parfait exemple de telle société, même dans l’Inde urbaine et tournée vers la modernité. C’est d’ailleurs un sujet extrêmement classique dans le cinéma de ce pays. Ritesh Batra n’est pas tout à fait un réalisateur typique du style Bollywood. Avec le Photographe, il dépeint une nouvelle fois avec beaucoup de subtilité et de délicatesse l’Inde d’aujourd’hui.

Le Photographe renverse quelque peu le schéma classique puisque dans cette histoire d’amour contrariée par la distance sociale. En effet, il raconte la rencontre entre un homme d’extraction sociale modeste avec une femme de la haute société. Mais l’histoire fonctionne car le scénario se montre particulièrement intelligent et réserve quelques belles surprises. Il nous fait découvrir une très belle galerie de personnages, au-delà des deux personnages principaux. Il nous fait surtout découvrir une Inde des grandes villes déchirée entre le poids de traditions extrêmement encore présentes et une modernité occidentale à laquelle elle aspire.

lephotographeLe Photographe est un beau film, mais un film quelque peu frustrant. En effet, le dénouement… ne ressemble pas tout à fait à un dénouement. L’histoire semble s’arrêter avant sa conclusion. Certes cela laisse beaucoup de place à l’imagination du spectateur mais ce dernier ne sait pas trop quoi en penser. Cela affaiblit la portée du propos comme si Ritesh Batra n’avait pas osé aller au bout de ses idées. On retiendra tout de même la finesse de sa réalisation et la justesse de sa direction d’acteurs. Suffisant en tout cas pour apprécier ce joli moment de cinéma.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Réalisation et scénario : Ritesh Batra
Décors : Adam Inglis, Arundhati Barkataky et Diya Mukerjea
Costumes : Niharikha Bhasin Khan
Photographie : Tim Gillis et Ben Kutchins
Montage : John F. Lyons
Musique : Peter Raeburn
Producteur : Ritesh Batra, Viola Fügen, Neil Kopp, Michel Merkt, Vincent Savino, Anish Savjani et Michael Weber
Durée : 109 minutes

Casting :
Nawazuddin Siddiqui : Rafi
Sanya Malhotra : Miloni
Farrukh Jaffar : Dadi
Abdul Quadir Amin : Amjad
Vijay Raaz : le fantôme de Tiwari
Geetanjali Kulkarni : Rampyaari
Jim Sarbh : Anmol Sir
Akash Sinha : Banke
Ramesh Deo : le médecin

SCANDALE : Fox pigs

scandaleafficheVue l’importance prise par le mouvement « me too » et plus largement par la prise de conscience du poids du harcèlement sexuel dans de nombreux secteurs d’activité, il n’est pas étonnant de voir Hollywood s’emparer déjà du sujet. On aurait pu plutôt s’attendre à un film sur l’affaire Weinstein, mais sans doute le procès en cours pousse les scénaristes à attendre son dénouement pour proposer une histoire dont elle sera le sujet central. C’est donc à travers une affaire moins connue de ce côté-ci de l’Atlantique que la thématique surgit. En effet, Scandale nous relate la chute du créateur et directeur de la rédaction de Fox News en 2016.

Scandale est un film parfaitement hollywoodien en terme d’efficacité scénaristique et artistique. Un produit un rien formaté donc, mais qui fonctionne à la perfection. On ne se plaindra pas que pour une fois, tout cela soit mis au service d’une grande et belle cause. La dénonciation est salutaire, surtout qu’elle ne porte pas uniquement sur le harcèlement sexuel qui sévissait chez Fox News. Leur ligne éditoriale et l’éthique journalistique et intellectuelle dont ils usent sont largement éreintées également. Evidemment, quand le propos prêche un convaincu, comme moi, cela ne peut que provoquer une adhésion enthousiaste et immédiate. Mais les qualités du film sont suffisantes pour gagner celle d’un public un peu moins conquis d’avance.

scandaleScandale bénéficie d’un casting prestigieux. En particulier son casting féminin avec Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie, excusez du peu ! Elles livrent toutes les trois une prestation brillante, à la hauteur de leur réputation. On sent un réel investissement dans leur rôle et le spectateur apprécie l’effort à sa juste valeur. Le film est aussi l’occasion de voir Jonh Lithgow dans un rôle nettement plus marquant qu’à son habitude, lui qui figure parmi les éternels seconds rôles du cinéma hollywoodien. Une récompense méritée pour cet acteur qui aura incarné des personnages extrêmement variés durant sa longue carrière, passée dans l’ombre. Tout cela contribue à la réussite de ce film qui atteint pleinement son but.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Denver et Delilah productions, Lighthouse Media, Lionsgate
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Jay Roach
Scénario : Charles Randolph
Montage : Jon Poll
Photo : Barry Ackroyd
Décors : Mark Ricker
Musique : Theodore Shapiro
Durée : 109 min

Casting :
Charlize Theron : Megyn Kelly
Nicole Kidman : Gretchen Carlson
Margot Robbie : Kayla Posisil
John Lithgow : Roger Ailes
Allisson Janney : Susan Estrich
Malcolm McDowell : Rupert Murdoch
Kate McKinnon : Jess Carr
Mark Duplass : Doug Brunt

1917 : A very good plan

1917afficheAu Panthéon des réalisateurs, certains occupent une place que personne ne contestera et que personne n’oubliera de leur accorder : Orson Wells, Akira Kurosawa, Stanley Kubrick, Steven Spielberg… Mais d’autres seront éventuellement injustement oublié. Non que leur talent soit moindre, mais pas forcément reconnu. Sam Mendes fait partie de ces immenses cinéastes dont la renommé n’est pas la hauteur de la qualité de leur œuvre. On connaît ses films, mais sans forcément se rappeler que c’était lui qui se trouvait derrière la caméra. Peut-être que 1917 contribuera à réparer cette injustice. Même si Sam Mendes est sans doute passé à côté de quelque chose d’encore plus grand.

Artistiquement parlant, 1917 est un film en de nombreux points hors du commun. Qu’il ne soit formé que d’un seul et même plan séquence (enfin plutôt deux, si on est vraiment tatillon) tient presque de l’anecdote par rapport à la qualité de la photographie et de la réalisation. Rarement un même long métrage n’aura proposé autant de plans à couper le souffle. Le travail sur la lumière, les mouvements de caméra est absolument fabuleux par la maîtrise absolue avec lequel ils est mené. Ils sont surtout au service d’une histoire qui vous happe dès les premières secondes pour ne plus jamais vous lâcher. Le spectacle proposé est incroyablement haletant et profondément immersif.

1917Mais 1917 se heurte tout de même à ses limites. Même si le scénario n’est pas dénué de fond, le film ressemble au final quelque peu à un exercice de style. L’histoire est forte, mais ce n’est pas une grande histoire, à la hauteur de la magnificence de la réalisation. Certains éléments paraissent même un peu artificiels pour souligner l’horreur de la guerre et rendre le tout un peu plus spectaculaire. Cela ne gâche en rien le plaisir d’assister à un tel moment de bravoure cinématographique. Mais avec le recul, cela fait naître un tout petit peu de frustration. C’est toujours injuste de reprocher à quelque chose de grand de ne pas l’être encore plus. Décidément, même moi, je finis par me montrer injuste envers Sam Mendes.

LA NOTE : 15,5/20

Fiche technique :
Production : Neal Street Productions, Amblin Partners, Reliance Entertainment, DreamWorks SKG
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Sam Mendes
Scénario : Sam Mendes, Krysty Wilson-Cairns
Montage : Lee Smith
Photo : Roger Deakins
Musique : Thomas Newman
Directeur artistique : Dennis Gassner
Durée : 119 min

Casting :
George MacKay : Schofield
Dean-Charles Chapman : Blake
Richard Madden : lieutenant Blake
Andrew Scott : lieutenant Leslie
Mark Strong : capitaine Smith
Colin Firth : général Erinmore
Benedict Cumberbatch : colonel MacKenzie

LE REVE (Emile Zola) : Parenthèse plus ou moins enchantée

lereveLa saga des Rougon-Macquart, née sous la plume d’Emile Zola, représente une des œuvres littéraires les plus ambitieuses de l’histoire. Chaque roman nous plonge dans une réalité différente d’une même époque. Cela donne à la fois une réelle unité et une grande diversité à l’ensemble. Cependant, certains volumes se démarquent des autres pour nous plonger dans des histoires plus centrée sur l’intime que sur la fresque sociale. C’était le cas de la Faute de l’Abbé Mouret. Cela l’est à nouveau avec le Rêve. Un livre qui se démarque vraiment des autres épisodes.

Le Rêve est, de loin je pense, l’épisode des Rougon-Macquart le plus court. Il ressemble vraiment à une parenthèse dans la saga. Le roman a été ajouté par Zola pour prouver à ses détracteurs qu’il était aussi capable de dépeindre les beaux et grands sentiments, pas seulement les pires noirceurs de l’âme humaine. Il y parvient parfaitement, mais à sa manière. Car sur la fin la dimension sociale reprendra le dessus. L’auteur tombera aussi dans son travers de rendre ses histoires quelque peu improbables pour les rendre dramatiques. Cela prive le final de la force qui aurait pu être la sienne car le lecteur a bien du mal à croire aux événements relatés.

Tout cela reste évidemment merveilleusement bien écrit et on se régale à chaque page. On est intrigué par cette histoire qui diffère vraiment de celles racontée par Zola auparavant. Laisser plus de place aux personnages et un peu moins à la description sociale rend ce roman plus « léger » et on le parcourt avec beaucoup de facilité. On se retrouve à l’avoir fini plus vite que ce que l’on attendait, pas seulement du fait d’un nombre de pages inférieur. Le Rêve ne reste pas le tome des Rougon-Macquart le plus marquant, mais apporte un peu de fraîcheur (mais pas trop non plus) dans ce sommet de la littérature française.