Pour faire un bon film, un immense talent ne suffit pas toujours, comme on a pu le constater avec Ma Vie avec John F. Donovan. Avec beaucoup moins de talent, mais de l’énergie et du peps, on arrive par contre à proposer de longs métrages qui donnent beaucoup de plaisir au spectateur. Peut-être pas des chefs d’œuvre, peut-être par des moments inoubliables, mais de vrais bons moments, aussi éphémères soient-ils. Rebelles ne marquera pas profondément l’histoire du 7ème art. Mais en ne cherchant pas à être autre chose que ce qu’il est, ce film atteint parfaitement son but et nous en donne pour notre argent. Sans compter la présence de Cécile de France…
L’idée de départ de Rebelles n’a vraiment rien d’original. A tel point, qu’on peut encore voir sur nos écrans la Chute de l’Empire Américain qui possède à peu près le même. Mais qu’importe, l’essentiel est ailleurs. Cela fait des siècles que l’imagination des humains fait naître des vaudevilles de toute sorte et on n’en a toujours pas fait le tour. Quand c’est drôle, rythmé, riche en rebondissements, même s’ils sont parfois un peu prévisibles, on ne boude pas notre plaisir. Le film dure un tout petit moins d’une heure et demi, ce qui prouve qu’Allan Mauduit sait aller à l’essentiel et on l’en remercie. On avait déjà pu le constater dans un genre radicalement différent lorsqu’il avait signé le scénario d’Arès qui ne durait qu’une heure vingt.
Allan Mauduit bénéficie d’un beau casting qu’il exploite à merveille. Vous l’aurez compris, la simple présence à l’écran de Cécile de France me ravit. Elle prouve une nouvelle fois à quel point, elle est capable d’incarner des femmes toujours différentes avec le même bonheur (pour nous) et le même talent. Elle est parfaitement secondée par Yolande Moreau et Audrey Lamy dans des registres habituels pour elles, mais qui donnent vie à leur personnage avec assez d’enthousiasme pour être convaincante. Au final, Rebelles reste un divertissement sans prétention. Mais l’absence de prétention est une qualité qu’il faut savoir apprécier à sa juste valeur.
LA NOTE : 11,5/20
Je reconnais à Xavier Dolan un talent de réalisateur totalement hors du commun. Mommy reste pour moi un pur chef d’oeuvre, déchirant sur le fond, terriblement original sur la forme. Un talent comme celui-là doit lui permettre de nous offrir encore et toujours de nouveaux chefs d’œuvre. Juste la Fin du Monde m’avait plutôt déçu pour plusieurs raisons, mais j’espérais là qu’il ne s’agissait là que d’un simple accident de parcours. Malheureusement, après avoir vu Ma Vie avec John F. Donovan, je crains de devoir poser un diagnostic que j’espère sincèrement ne pas être définitif : le génie a disparu sous son propre égo.
histoire de Ma Vie avec John F Donovan devrait nous tirer des torrents de larmes. Moi qui pleure pourtant facilement au cinéma, je n’en ai pas versé la moindre. Je pourrais pourtant également dire tout le bien de l’interprétation car Xavier Dolan est également un excellent dans la direction d’acteurs. Mais trop, c’est trop. La forme est au service du fond, pas l’inverse. On a ici vraiment l’impression que le réalisateur cherche à empêcher quoique ce soit s’éclipser son propre talent, que ça soit le scénario ou les comédiens. Mais au final, il donne surtout envie au spectateur de s’éclipser pour ne pas cautionner ce moment regrettable d’auto-satisfaction.
Face à un film avec une actrice qu’on adore et un acteur qui nous horripile, notre cœur balance. Le mien a longtemps hésité devant le Mystère Henri Pick. En effet, je suis loin d’être le plus grand admirateur de Fabrice Lucchini, quand j’ai une affection particulière pour Camille Cottin. Pendant longtemps la réponse a plutôt penché vers la négative. Mais les conseils d’un collègue et, il faut l’avouer, le hasard des horaires m’ont conduit à aller le voir. Au final, il ne souffre pas des défauts que je pouvais lui prêter a priori. Malheureusement, il en possède d’autres qui ne permettent pas à cette histoire de se montrer assez convaincante pour emporter une totale adhésion.
Et si je parle de charme, vous vous doutez bien que Camille Cottin n’y est pas pour rien. Je ne suis peut-être pas très objectif, mais elle fait preuve une nouvelles fois d’une très belle présence à l’écran avec un naturel et une simplicité déconcertants. Le duo qu’elle forme avec Fabrice Lucchini fonctionne parfaitement bien et on ne peut vraiment rien leur reprocher. Il restera donc un des films de Rémi Bezançon que j’aurais le moins apprécié, même si sa carrière (voire même les différentes parties de ses films) a toujours été assez inégale. Enfin, il aura bien l’occasion de faire mieux la prochaine. C’est en tout cas, tout le mal qu’on lui souhaite.
Depuis la série Alias au début des années 2000, même le plus macho des spectateurs a déjà ressenti le plaisir de voir un personnage féminin se battre avec énergie contre des adversaires particulièrement baraqués de sexe masculin. Le monde des super-héros est souvent vu comme très marchiste, vu la plastique toujours très avantageuses des héroïnes. Pourtant, les lecteurs de comics connaissent depuis longtemps cette joie puisque des super-héroïnes particulièrement puissantes sont nées il y a bien longtemps déjà. Mais il est vrai que lors de leur passage sur grand écran, elles n’ont pas forcément occupé leur place légitime. Le mal a été quelque peu réparé chez DC grâce au succès de Wonder Woman. Marvel lui emboîte le pas avec Captain Marvel. Un film qui a reçu un accueil critique plutôt tiède, alors qu’il possède bien des qualités. Comme quoi, on est toujours plus exigeant avec les femmes que les hommes.
Brie Larson joue un rôle central dans la réussite de Captain Marvel. Ceux qui voient le verre à moitié vide souligneront qu’on pouvait s’attendre à une performance plus marquante d’une actrice oscarisée. Ceux, espérons-le plus nombreux, qui voient le verre à moitié plein souligneront au contraire l’aura de sympathie qu’elle fait naître immédiatement autour de son personnage. Elle n’a pas la beauté d’une Gal Gadot, mais on a envie d’aller boire un verre avec elle au premier regard. Finalement, celui qui se contente vraiment du minimum est Jude Law, même s’il ne bénéficie pas ici du rôle le plus intéressant de sa carrière. De toute façon, les vraies stars de ce film restent un chat… et Stan Lee qui fait là son ultime caméo. En tout cas, ce film est un bon film pop-corn qui permet de patienter un peu avant Avengers : Endgame.
L’effort de promotion dont bénéficie un film n’est en rien corrélé avec sa qualité. Le contraire se saurait depuis le temps. Ainsi, nos écrans accueillent quelques vraies pépites qui passent trop injustement inaperçues. Nos Vies Formidables fait partie de celle-ci. Certes, aucune vedette à l’écran et un sujet, la vie dans un centre de désintoxication, tout cela ne poussait pas vraiment ce film à faire la une des médias. Pourtant, il est à proprement parler formidable par ses nombreuses qualités et l’intelligence et l’humanisme avec lesquels il déroule son propos.
Julie Moulier tient avec Nos Vies Formidables son premier très grand rôle. Et elle s’acquitte de la tâche avec un talent assez sensationnel. C’est vraiment tout le casting qui est à saluer, tant les rôles sont plus difficiles les uns que les autres, mais tous interprétés avec une conviction et une intensité impressionnantes. L’histoire en tire une profonde crédibilité et surtout une densité émotionnelle hors du commun. C’est grâce à eux, sous la caméra remarquable de Fabienne Godet que le film nous touche autant. La réalisation, toujours au plus près des personnages, nous plonge dans une intimité qui décuple encore les sentiments du spectateur. On en ressort bien secoué mais heureux de ne pas être passé à côté de ce formidable moment.
La naïveté est généralement considérée comme un défaut. Pourtant, comme tout trait de caractère, son caractère positif ou négatif dépend des circonstances. Et comme tout trait de caractère, il passe d’autant mieux s’il est pleinement assumé. Damien Veut Changer le Monde est d’un film d’une naïveté assumée. C’est ce qui fait sa limite, mais c’est aussi ce qui lui donne un charme réel. Dans une période où les lourdeurs sont nombreuses et les nuages souvent sombres, un peu de fraîcheur fait vraiment du bien et aère aussi bien les poumons que l’esprit. Un plaisir léger mais salutaire.
Damien Veut Changer le Monde nous offre un casting de second rang, mais qui s’acquitte de sa tâche avec une énergie dont devrait bien s’inspirer bien des stars trop sûres d’elles. Franck Gastambide n’aura certainement pas de César pour sa prestation, mais il nous donne une sévère envie de le rejoindre dans son combat. Le duo formé par Camille Lellouche et Gringe apporte sa pierre à l’édifice et on tombe immédiatement sous leur charme. Melisa Sözen confirme tout son talent entrevu dans le Bureau des Légendes, mais aussi déjà sur grand écran dans Winter Sleep, Palme d’Or à Cannes en 2014. Voilà un prix que ce film ne remportera pas, mais personne n’aura l’idée de le lui reprocher.
Des films dressant un panorama de la société chinoise sortent régulièrement sur nos écrans. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela est rarement reluisant. Violence sociale, déshumanisation des relations entre individus, absence totale d’espoir dans un avenir meilleur qui effectivement ne vient jamais… Une vision sombre de ce pays pourtant amené à jouer un rôle de plus en plus central dans la marche du monde. Une nouvelle preuve avec Les Eternels. Une histoire centrée sur le destin de deux individus, mais qui a pour toile de fond la pègre chinoise et un tissu social en lambeaux.
Les Eternels est marquée par une ambiance visuelle aussi sombre que la société qu’il décrit. On retrouve la maîtrise de Jia Zhangke que l’on avait appréciée dans A Touch of Sin, même si le propos est ici moins marquant. Les deux acteurs principaux, Zhao Tao et Fan Liao, incarnent leurs personnages avec talent, mais leur manque d’expressivité nous empêche de réellement s’y attacher. Tout cela contribue à une forme d’indifférence envers tout ce qui peut leur arriver et aucune impatience particulière vis-à-vis du dénouement. On y parvient après deux heures et demi avec un léger soulagement que cela soit terminé. Non que l’on ait forcément passé un mauvais moment, mais un long moment, ça, c’est certain.
Imaginer une histoire valant le coup d’être racontée, avec une grande et belle intrigue et de grands et beaux personnages, représente un exercice difficile. Heureusement, l’Histoire, celle avec un grand h, recèle déjà bien des épisodes pouvant rassembler ces deux caractéristiques. Il suffit d’en s’en inspirer pour en faire un film. C’est ce que Josie Rouke a fait pour nous proposer Marie Stuart, Reine d’Ecosse. Une réalisatrice qui quitte le monde du théâtre pour rejoindre celui du 7ème art. Ses débuts sur grand écran sont au final plutôt réussis, même si le film n’est pas dénué d’imperfections.
Josie Rourke a bénéficié pour Marie Stuart, Reine d’Ecosse d’un casting de premier ordre qu’elle dirige avec maestria. Saoirse Ronan livre là une prestation remarquable, confirmant, après Ladybird, qu’elle est une actrice extraordinaire, encore bien trop sous-utilisée. En face d’elle, Margot Robbie, découverte dans Suicide Squad, prouve qu’elle peut être promise à une immense carrière d’actrice pouvant changer de peau à chaque rôle. Ce merveilleux duo de commédiennes est parfaitement mis en valeur par une réalisation élégante, même si elle sombre parfois dans quelques petits excès. Les costumes et les décors ne transpirent pas les moyens sans limite, mais parviennent à donner vie à cette histoire de manière réaliste, à défaut d’être particulièrement spectaculaires. Beaucoup de raisons d’apprécier ce film au final donc.
Personnellement, je connaissais avant tout les Naive New Beaters à travers leurs facéties à la radio sur Ouï FM et celles au cinéma de leur chanteur. J’en oubliais donc presque qu’il s’agit avant tout d’un très bon groupe de rock-électro français. D’habitude, les sonorités électro ne constituent pas vraiment ma tasse de thé, mais je dois avouer que j’ai vraiment apprécié leur album A la folie. Leur univers est plutôt sucré et surtout marqué par un sens aigu de la fantaisie. C’est un peu bordélique parfois, mais interprété avec assez de conviction pour être vraiment bon. La qualité reste constante et les titres sont variés. On retiendra avant tout le single Heal Tomorrow.
A l’inverse, je ne connaissais ni d’Eve, ni d’Adam Michael Head, un compositeur-interpréte anglais, auteur de Adios Senor Pussycat, sorti en 2017. Il nous propose un rock très classique, mais interprété avec une voix quelque peu éteinte. Beaucoup de titres s’apparentent à des ballades, mais l’album ne brille pas particulièrement pour son harmonie. Au final, c’est un peu transparent, sans être totalement désagréable à écouter. Surtout que l’on échappe à la monotonie, grâce à des titres assez différents les uns des autres.
On termine avec une valeur sûre du rock français, Raphaël et son album Anticyclone. Les fans ne seront pas déstabilisés car il reste dans ce qu’il sait faire. Mais le résultat reste quelque peu répétitif, avec des textes pas particulièrement marquants. On notera cependant des instrumentations soignées et surtout une articulation des textes bien meilleures. En cessant de marmonner, il donne à sa musique une certaine maturité et cela nous permet de mieux apprécier sa voix claire. Malgré cela, cet album ne restera pas comme le plus marquant de sa carrière.
La Chute de l’Empire Américain clôt la trilogie de Denis Arcand commencée en 1987 avec le Déclin de l’Empire Américain. C’est du moins ce qu’on peut lire parfois, même si certains rappellent qu’elle a plutôt été conclue par l’Age des Ténèbres. Le débat n’est guère intéressant et il est vrai qu’à part le parallèle entre les deux titres, le film qui squatte actuellement nos grands écrans n’a pas grand chose à voir avec les précédents. Le réalisateur québecois nous offre ici une comédie policière où on retrouve le regard ironique qu’il pose sur l’existence et la société, mais sans aller très loin dans l’analyse psychanalytique de l’époque. C’est avant tout léger et ma foi fort sympathique.
La réalisation de Denis Arcand reste particulièrement sobre. Il parvient cependant à créer une certaine tension lors des scènes où il y a un peu d’action (cela reste très relatif). Bref, pas de superflu, mais un minimum de maîtrise. Niveau interprétation, la plus belle révélation s’appelle Maripier Morin qui éclabousse l’écran de son charme et son charisme. Mais tout le casting œuvre pour donner vie à cette histoire et en faire un spectacle plaisant. Il prouve une nouvelle fois la bonne santé du cinéma québecois qui nous offre chaque année plusieurs longs métrages de qualité. Nos cousins d’outre-Atlantique contribuent donc pleinement au rayonnement du cinéma francophone. Merci à eux !
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