Si Ozon osait… Je me rappelle avoir utilisé ce titre pour la critique d’un film de François Ozon (Angel, je crois). Cela résume assez bien ce que je pense de celui qui reste un des plus brillants réalisateurs français en termes de maîtrise artistique et même narrative, mais à qui il avait jusqu’alors toujours manqué une réelle audace dans les sujets et les traitements pour nous offrir de vrais grands films qui parlent plus aux tripes qu’à l’intellect. Etre doué, c’est très bien, savoir prendre de risque, c’est mieux et vous permet d’accéder à un tout autre statut. Avec Grâce à Dieu, enfin, il ose vraiment avec une film et une démarche salutaire.
Le cinéma français a beaucoup de mal à affronter son histoire contemporaine sur grand écran, même si c’est une démarche qu’il entreprend de plus en plus souvent. Grâce à Dieu marque une nouvelle étape puisque les événements qu’il décrit n’ont toujours pas connu leur conclusion judiciaire. Et le moins que l’on puisse dire est que François Ozon a décidé de prendre parti. Il se plonge réellement dans son sujet pour nous délivrer un message qui mêle les faits et les émotions. Tout cela donne une puissance formidable au propos qui frappe l’esprit et le cœur avec la même force. On en ressort bouleversé, ému et à vrai dire assez en colère.
Le sujet de Grâce à Dieu déborde largement des seuls faits criminels. Il dresse le portrait sans concession de toute une société renvoyée à sa lâcheté et son hypocrisie. Le seul point où François Ozon garde une certaine neutralité est finalement le rapport à la foi en nous renvoyant aux différences qui séparent à ce niveau-là ses personnages. Un choix judicieux qui pousse le spectateur à mener sa propre réflexion, qui se fait elle-aussi avec l’esprit et le cœur. Cela montre toute l’intelligence de ce film, qui bénéficie par ailleurs d’une formidable interprétation et d’une réalisation soignée, mais qui sait s’effacer devant la profondeur du sujet et le talent des interprètes. Merci pour cette audace Monsieur Ozon !
LA NOTE : 15/20
Fiche technique :
Production : Mandarin cinéma, FOZ, France 2 cinéma
Distribution : Mars Films
Réalisation : François Ozon
Scénario : François Ozon
Montage : Laure Gardette
Photo : Manu Dacosse
Musique : Evgueni Galperine, Sacha Galperine
Durée : 137 min
Casting :
Melvil Poupaud : Alexandre Guérin
Denis Ménochet : François Debord
Swann Arlaud : Emmanuel Thomassin
Josiane Balasko : Irène, la mère d’Emmanuel
Eric Caravaca : Gilles Perret
Hélène Vincent : Odile Debord
Frédéric Pierrot : le capitaine Courteau
Aurélia Petit : Marie Guérin
Jeanne Rosa : Dominique Perret
François Mathouret : le cardinal Barbarin
Le film de sous-marin constitue un genre mineur et rare du cinéma, mais qui a offert quelques jolis moments au 7ème art. Ainsi, A la Poursuite d’Octobre Rouge est devenu un des films cultes du début des années 90. On ne s’attendait pas à voir le cinéma français s’y attaquer. C’est donc avec une certaine surprise que l’on a vu arriver sur nos écrans Le Chant du Loup. Avec une bande-annonce qui faisait vraiment envie, la surprise était même double. Du coup, ressortir de la salle en ayant la sensation d’avoir vu une vrai bon film n’en représentait plus vraiment une. Mais le plaisir, lui, était intact.
Le Chant du Loup bénéficie d’un casting particulièrement prestigieux. Voir Omar Sy relégué dans un second rôle n’est plus si fréquent. Mais il partage l’affiche avec d’autres comédiens de renom qui interprètent tous leur partition avec le plus grand des talents. Cependant, le premier et le plus beau rôle revient au moins connu d’entre eux, François Civil, qui livre là une prestation remarquée. Antonin Baudry nous offre un premier film réellement abouti, après avoir un été un auteur de bande-dessinée et un scénariste de talent. Ces artistes avec autant de cordes à leur arc sont quelque peu énervants. Mais vu la qualité de ce qu’ils nous proposent et les bons moments qu’ils nous font passer, on leur pardonne aisément.
On débute avec un groupe américain au nom évocateur, Cigarettes After Sex, qui est aussi le nom de leur premier album sorti en 2017. Il débute d’ailleurs dans une ambiance assez sensuelle, crée par la lenteur de cette musique éthérée. On constate cependant assez vite que cela manque cruellement de punch. Le groupe fait preuve d’une grande maîtrise. Peut-être un peu trop justement. Le résultat est au final relativement monotone et monocorde, avec des instrumentations minimalistes qui tiennent plus de la paresse que d’une réelle ambition artistique.
Peter Perrett est un artiste anglais qui a sévi à la fin des années 70 avec le groupe The Only Ones. Ce n’est que récemment qu’il signe son premier album solo, intitulé How the West Was Won. Une musique aux allures de dandy avec un chant le plus souvent légèrement désynchronisé de la musique. Cela nous plonge dans une ambiance assez sympathique entre rock et jazz. Cela rappelle aussi quelque peu le groupe Pulp. Peter Perrett fait preuve d’une réelle maîtrise et la qualité des titres reste constante. Cela manque cependant d’un vrai tube pour rendre l’album vraiment marquant.
Randy Newman est avant tout connu comme un musicien auteur de nombreuses bandes-originales de films à succès (comme la saga Toy Story par exemple). Mais il a également signé quelques albums solo comme Dark Matter. L’album ressemble d’ailleurs comme la BO d’une vieille comédie musicale, à l’univers jazzy. La voix parle presque autant qu’elle chante, mais l’univers musical est ici fantaisiste et énergique, qui rappelle quelque peu celui du groupe Dionysos.En tout cas, le résultat est fort sympathique et se laisse écouter avec un grand plaisir.
Se rendre dans une salle obscure pour voir l’adaptation d’une œuvre dont on est fan par ailleurs s’apparente à une manœuvre particulièrement risquée. En effet, on regardera le film en question avec un œil particulier et critique, scrutant le moindre détail qui pourrait s’apparenter à une trahison et ne fera preuve d’aucune indulgence face au moindre écart de ce qu’on considère comme étant un canon dont il est criminel de s’écarter. Gumn fait partie des œuvres pour laquelle j’ai une tendresse particulière et que je suis avec la plus grande attention, puisque le manga continue d’être régulièrement publié. J’ai donc été voir Alita : Battle Angel avec cet œil particulier et une certaine appréhension suite à une bande-annonce pas vraiment convaincante. Le résultat est meilleure qu’espéré, mais loin d’être transcendant.
Certaines scènes de Alita : Battle Angel sont franchement ratées et flirtent parfois carrément avec le ridicule. Pas au point de nous faire sortir totalement du film, mais suffisamment pour ne pas s’enthousiasmer comme on l’aurait aimé pour cette œuvre de science-fiction qui restera sympathique mais mineure. Et vue la direction que semble prendre l’histoire à la fin du film, il semble difficile d’espérer que la suite de la saga remontera le niveau général. Je peux bien sûr me tromper. Au final, Robert Rodriguez nous offre un film quelque peu inabouti, réalisé avec un certain talent (mais il n’est pas Guillermo Del Toro non plus), qui aurait mieux fait de coller totalement à l’histoire imaginée par Yukito Kishiro. C’est peut-être le fan qui parle, mais surtout, je pense, l’amateur de grandes et belles histoires.
La culture geek est désormais bien installée dans le paysage culturel global. Elle s’est enrichie à un tel point qu’elle peut désormais se nourrir d’elle-même et nous proposer des œuvres reposant entièrement sur des références issues de celle-ci. Les Mondes de Ralph appartient à cette dernière catégorie, au même titre que Sucker Punch ou Ready Player One. Le premier volet avait représenté une belle réussite, alliant humour, aventure et beaucoup de nostalgie pour les spectateurs de ma génération qui ont grandi à proximité d’un Commodore 64 puis de consoles Nintendo. Ce succès ne pouvait conduire qu’à une suite, intitulée Ralph 2.0. La règle veut qu’elle soit moins intéressante que l’épisode originel. Parfois les règles sont suivies.
Ralph 2.0 porte un message moralisateur, comme les productions américaines ont le secret. Alors que cela est souvent plutôt synonyme de lourdeur, on apprécie ici le propos qui ne manque ni d’intelligence, ni de subtilité. Une petite leçon de vie qui ne fera pas de mal aux enfants qui regarderont ce film. Certes, on reste loin de Bettelheim, mais cela reste appréciable. Au final on a été heureux de retrouver les deux personnages principaux particulièrement attachants. Ils auraient mérité un peu d’audace et d’imagination débridée. On ignore encore s’ils reviendront pour un troisième tour. Mais ce second épisode nous fait penser que ce n’est pas pas indispensable.
L’avantage des histoires sur la famille, c’est qu’encore plus que pour les histoires d’amour, on peut imaginer une infinité de configurations. Deux Fils porte assez bien son nom, puisqu’il nous parle de la relation de deux frères et de leur père. Vous me direz, s’il portait parfaitement son nom, il se serait appelé Deux Fils et leur Père, mais la perfection n’est pas de ce monde. Ce film n’est d’ailleurs pas parfait dans sa globalité mais il parvient tout de même à séduire le spectateur par ses nombreuses qualités. Et puis, avouons-le, les rares familles parfaites (ou modèle) que nous connaissons font rarement très envie !
Deux Fils constitue un nouveau film français portant la marque de l’immense talent de Vincent Lacoste. J’ai bien conscience de me répéter, mais la dimension qu’il prend m’étonne moi-même, vu comme je ne l’appréciais guère à ses débuts. Benoît Poelvoorde est une nouvelle fois excellent dans un rôle un peu pathétique. Et le très jeune Matthieu Capella n’a rien à envier à ses deux illustres collègues. Enfin, Anaïs Demoustier apporte le supplément de charme qui la caractérise. Felix Moati a donc plutôt réussi son premier film, même si je reste convaincu qu’il nous en offrira des plus aboutis. A revoir de ce côté de la caméra donc.
L’engagement militant est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, vu mon propre parcours. Je sais trop bien à quel point il peut donner lieu à des réflexions et parfois des crises existentielles. Personnellement, j’ai toujours cherché à avoir un minimum de recul par rapport à cet engagement. Mais pour certains, c’est toute leur vie, voire même dans certain cas toute leur histoire familiale. Tout ce qu’il me Reste de la Révolution nous fait découvrir un personnage que l’on peut clairement ranger dans la dernière catégorie. Et cela est loin d’être facile à vivre tous les jours. Pour elle-même et pour les autres.
On sent bien à quel point Judith Davis s’est investie dans ce film, à l’écriture, derrière et devant la caméra. Elle y a mis clairement une partie d’elle-même. On peut reconnaître à Tout ce qu’il me Reste de la Révolution une vraie sincérité qui rend tout de même le film touchant, malgré une forme quelque peu bancale. Elle vit son personnage largement autant qu’elle l’interprète. Pour cela, on ne peut que saluer le courage d’avoir fait ce film qui ressemble à un cri face à des travers de notre monde que l’on a tous envie de dénoncer. Peut-être pas de cette manière, mais les cris maladroits valent souvent mieux que les silences complices.
Proposer un film à thèse constitue un exercice difficile qui peut faire sortir le réalisateur de fiction de son rôle. Raconter une histoire n’est pas tout à fait la même chose qu’établir des faits et chercher la vérité. Quand la frontière entre fiction et documentaire se brouille, la démarche artistique peut devenir discutable. Et ce, quel que soit le génie du cinéaste derrière la caméra. La magie d’une narration réussie réside dans la capacité à nous faire croire à l’histoire qu’elle raconte. Quand il s’agit uniquement de faits imaginaires, cela ne pose pas de problème. Pour les faits historiques, c’est tout autre affaire. Nouvel exemple avec Vice, film formellement génial, mais dont le fond pose tout de même question.
Une fois cela dit, on ne peut que souligner et saluer le génie de Adam McKay que l’on avait déjà pu admirer dans The Big Short. En effet, Vice est un vrai film de réalisateur, plein de créativité et d’idées aussi brillantes que parfois loufoques pour souligner les points forts de son propos. L’humour et l’ironie n’enlèvent rien à la force de la démonstration, bien au contraire. Le génie est aussi la marque de la prestation de Christian Bale qui nous offre une transformation physique particulièrement impressionnante. Tout cela ne peut que forcer l’admiration et peut justifier, si on considère bien qu’il s’agit d’un film sans valeur documentaire, un enthousiasme débordant. Le mien est un peu plus mitigé.
La longue saga des Rougon-Macquart d’Emile Zola reste certainement une des entreprises littéraires les plus ambitieuses de l’histoire. Dresser un tableau aussi exhaustif d’une époque et de tout un pays représente un travail titanesque qui va forcément entraîner l’auteur sur des terrains qu’il ne connaît pas. Malgré tout le travail de documentation qu’il pourra réaliser, il restera toujours une part d’idées reçues trop profondément ancrées pour totalement s’en débarrasser. De mon point de vue, et même si je ne suis pas un spécialiste de la paysannerie du XIXème siècle, la Terre est un roman qui traduit plus une vision préconçue de son auteur qu’un portrait fidèle. Et du coup, il peine à convaincre.
La néo-zélandaise Aldous Harding avec l’album Party nous fait découvrir sa voix claire, mais qui reste malheureusement un peu trop discrète. Cela donne une musique particulièrement épurée, douce et mélodieuse, toutefois aussi bien trop transparente. Là aussi, j’emploierai le mot gentillet. Certains titres dans la deuxième moitié de l’album deviennent même carrément lancinants et par la même un peu pénibles.
On termine avec Timber Timbre, un groupe canadien dont j’ai déjà pu apprécier trois précédents albums. Je serai cependant un peu plus réservé en ce qui concerne Sincerly, Future Pollution. Là aussi la douceur est de mise. Je parlerai même de retenue. Ils font preuve d’une vraie maîtrise qui donne beaucoup de charme à la première moitié de l’album, dans une ambiance très intimiste. Mais plus les titres défilent, plus on se dit que ce n’est pas non plus hyper marquant et on ne peut constater que l’album s’éteint progressivement. On trouve même sur la fin de longs titres instrumentaux particulièrement ennuyeux.
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