LES SAVEURS DU PALAIS : L’eau à la bouche

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lessaveursdupalaisafficheLa bouffe et la politique, deux passions bien françaises qui n’attendaient plus qu’une histoire pour être enfin réunies. C’est chose faite avec les Saveurs du Palais, qui rencontre un beau succès en salle… Enfin moins que Taken 2 qui écrase tout cette semaine, ce qui prouve que si les spectateurs avaient bon goût, ça se saurait. Bref, voici un film qui donne l’eau à la bouche du début à la fin et qui provoque une furieuse envie de se mettre derrière ses fourneaux.

Hortense Laborie est une cuisinière réputée vivant dans le Périgord. A sa grande surprise, on lui apprend que le Président Mitterrand lui propose de devenir la chef des cuisines privées de l’Elysée. Un poste qu’elle ne peut évidemment refuser. Mais elle se rendra vite compte que tout le monde n’apprécie pas cette nomination. Du coup, son caractère bien trempé va vite faire des étincelles dans un monde où la simplicité n’est pas de mise, au contraire de ses menus.

Il est difficile de ressortir de Les Saveurs du Palais sans un grand appétit ouvert. Ce film est un très bel hommage à la cuisine, pas forcément la grande, mais la bonne, celle faite de bons produits, d’un rien d’imagination et de beaucoup de savoir faire. Les plats, les recettes défilent pendant une heure et demi et les yeux du spectateur brille d’envie. L’envie d’y goûter bien sûr, mais aussi l’envie de se mettre soit même à concocter d’aussi délicieux morceaux de gastronomie.

Mais la gastronomie n’est que le décor de Les Saveurs du Palais. Un magnifique décor certes, mais qui n’aurait pas justifier à lui seul un long métrage. Le vrai fil rouge de ce film reste le portrait de ce personnage au fort caractère et au bon sens provincial dans ce monde plein de conventions et surtout d’hypocrisie. Un tel sujet aurait pu facilement tomber dans le ramassis de clichés et dans les ficelles comiques grossières. Il n’en est rien, car le tout est traité avec une certaine finesse et une grande intelligence.

Les Saveurs du Palais reste un film léger, mais n’a rien d’une pure comédie. Ce n’est pas non plus un portrait au vitriol des coulisses du pouvoir. C’est au final une histoire presque anecdotique, mais qui en dit long sur notre culture. Un thème qui parle à notre imaginaire, bien au-delà de nos simples papilles. Du coup, on pardonne aisément le léger manque de consistance de ce scénario, raconté en flash-back, procédé qui ici semble avoir pour principal intérêt de donner à cette histoire une durée compatible avec un long métrage. Mais pourtant, jamais on ne s’ennuie.

lessaveursdupalaisEt la politique dans tout cela ? Elle ne constitue pas le cœur de Les Saveurs du Palais. Cependant, le mythe mitterrandien reste tout de même bien présent. L’aura de mystère qui l’a toujours entouré, la fascination qu’il a pu exercer se retrouvent ici, là encore traité sans lourdeur, mais avec beaucoup de déférence. Evidemment, voir ce personnage historique incarné par un homme qui aura passé une bonne partie de sa vie à le combattre. Mais cette idée saugrenue montre bien à quel point l’ancien patron du Figaro ressent un profond respect pour son ancien adversaire.

La star de ce film, niveau casting, n’est pas Jean d’Ormesson qui a cependant la bonne idée de ne pas chercher à imiter Miterrand. Les Saveurs du Palais met en lumière l’immense talent de Catherine Frot. Ceux qui ont été consternés par Associés Contre le Crime seront heureux de retrouver cette merveilleuse actrice au sommet de sa forme, n’ayant aucun soucis pour porter à elle seule le film sur ses épaules.

Les Saveurs du Palais est donc un film très plaisant, simple comme la bonne cuisine. Un film qui vous poussera dans la cuisine aussitôt sorti du cinéma.

Fiche technique :
Production : Armada Films, Vendôme production
Distribution : Wild Bunch distribution
Réalisation : Christian Vincent
Scénario : Christian Vincent, Etienne Comar
Montage : Monica Coleman
Photo : Laurent Dailland
Décors : Patrick Durand
Musique : Gabriel Yared
Durée : 95 mn

Casting :
Catherine Frot : Hortense
Jean d’Ormesson : Le Président
Hippolyte Girardot : David Azoulay
Arthur Dupont : Nicolas Bauvois
Arly Jover : Mary

CAMILLE REDOUBLE : Nostalgie réincarnée

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camilleredoubleafficheJ’ai récemment souligné, à l’occasion de ma critique de The We and The I, la difficulté de parler de l’adolescence au cinéma. Je vais une nouvelle fois disserter sur le sujet en vous parlant de Camille Redouble, un film plutôt réussi, mais qui souffre tout de même des habituels clichés sur cette période si délicate de la vie de chacun. Noémie Lvovsky a sûrement mis beaucoup d’elle dans ce film qui reste quand même globalement touchant.

A 40 ans, Camille voit son grand amour, Eric, qu’elle a rencontré à 16 ans, la quitter pour une femme plus jeune. Alcoolique, actrice plus ou moins ratée, sa vie prend une mauvaise tournure. A l’occasion du Réveillon du Nouvel An, elle retrouve ses vieilles copines de lycée. Sur le chemin, elle entre chez un étrange horloger. Un peu plus tard dans la soirée elle s’évanouira pour se réveiller dans son propre passé, adolescente, juste avant de rencontrer l’homme de sa vie.

Noémie Lvovsky n’est pas la première à utiliser cette idée de réincarnation d’un personnage dans son propre passé. Le synopsis de Camille Redouble ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de Peggy Sue S’est Mariée de Coppola. Mais il serait bien sévère de le lui reprocher, quand le cinéma sait recycler à l’infini les mêmes concepts jusqu’à écœurement. J’ignore quelle est la part d’autobiographie dans ce film, mais la réalisatrice a avant tout voulu nous parler d’une histoire et de sentiments qui la touchent. L’idée de départ ne constitue qu’un prétexte.

Commençons cependant par ce qui fâche un tantinet. Le film nous raconte donc comment une adulte a la « chance » de revivre son adolescence avec toute sa mémoire et son expérience. Mais j’ai trouvé que du coup la vision de cet âge qui est proposée ici est une vision passée sous le filtre de l’adulte, avec beaucoup de raccourcis et d’idées toutes faites très attendues. Il y a une volonté chez Noémie Lvovsky de donner une certaine légèreté à son propos, mais comme trop souvent, cela tourne du coup à la caricature. On s’habituerait presque à cette vision faussée de l’adolescence au cinéma, mais cela continue de me gêner quelque peu.

Le film aborde deux sujets principaux. Tout d’abord, la fatalité. Sommes-nous condamnés à faire toujours les mêmes erreurs ? Si c’était à refaire, aurions-nous forcément la même vie ? Le film apporte une réponse assez subtile et intelligente, sous forme de ni oui, ni non. Cela constitue aussi le fil rouge narratif, en créant un suspense autour de la relation entre Camille et Eric, dont on ignore si elle est inexorable. C’est pour moi l’aspect du film le plus réussi.

L’autre sujet largement traité est le rapport aux parents lors de l’adolescence et les regrets qu’ils peuvent laisser. Là encore, le sujet n’est pas nouveau. Camille Redouble tient là le principal ressort émotionnel. On ne peut qu’admettre que cet aspect est assez touchant et assez bien maîtrisé. Cependant, Noémie Lvovsky ne va pas non plus très loin dans la réflexion. Cette dernière ne se révèle au final pas d’un intérêt immense. Mais au moins, cela ne plombe pas ce film parcouru par une nostalgie légère qui reste tout de même très agréable.

camilleredoubleSi Noémie Lvosky se révèle une réalisatrice imparfaite, au moins est-elle toujours une actrice débordante d’énergie et de spontanéité. Elle offre aux cinémas français d’excellents seconds rôles, alors on est heureux de la voir cette fois-ci en haut de l’affiche. A ses côtés, Samir Guesmi est un peu plus en retrait, pas aidé il est vrai, par un maquillage en adolescent qui rend son personnage comique, même quand il ne devrait pas l’être. Le couple des parents, formés par Yolande Moreau et Michel Vuillermoz, est quant à lui très juste, tout comme Denis Podalydes. Camille Redouble est aussi marquée par des apparitions plus ponctuelles, mais souvent un peu ridicule comme celle de Matthieu Almaric (et oui, je peux dire du mal de lui!) ou encore Jean-Pierre Léaud.

Au final, Camille Redouble est un film sympathique, mais inégal. Les amateurs de douce nostalgie seront par contre ravis.

Fiche technique :
Production : Gaumont, F comme Film, Ciné@, France 2 Cinéma
Réalisation : Noémie Lvovsky
Scénario : Noémie Lvovsky, Maud Ameline, Pierre-Olivier Mattei, Florence Seyvos
Montage : Annette Dutertre
Photo : Jean-Marc Fabre
Décors : Frédéric Lapierre
Distribution : Gaumont distribution
Son : Olivier Mauvezin
Musique : Gaëtan Roussel
Durée : 115 mn

Casting :
Noémie Lvovsky : Camille Vaillant
Samir Guesmi : Eric
Judith Chemla : Josepha
India Hair : Alice
Julia Faure : Louise
Yolande Moreau : la mère
Michel Vuillermoz : le père
Denis Podalydès : Alphonse
Vincent lacoste : Vincent

 

JASON BOURNE : L’HERITAGE : Jason Bourne et le Paic Citron, même combat !

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jasonbournelheritageafficheHollywood nous a prouvé à de nombreuses reprises sa capacité à exploiter jusqu’au dernier centime tous les concepts, tous les personnages, toutes les idées pouvant donner vie à une franchise. Avec Jason Bourne, il nous avait livré une trilogie très réussie (même si personnellement je ne suis pas totalement fan). On pensait que les producteurs allaient s’arrêter là puisque l’histoire semblait bel et bien terminée. Mais le cinéma fait parfois encore plus fort que le Paic Citron dans la logique du « quand y en a plus, y en a encore ! » avec ce Jason Bourne : l’Héritage totalement dénué d’intérêt.

Jason Bourne n’était pas seul. Un programme secret avait donné naissance à plusieurs agents aux capacités artificiellement améliorées. Mais une possibilité de fuite dans la presse pousse les autorités à mettre fin au programme, même si cela signifie éliminer tous les « cobayes » présents sur le terrain. Cependant, l’un d’eux va échapper à la tentative d’assassinat. Et il n’est pas content !

Jason Bourne : l’Héritage ressemble à un mauvais remake de la trilogie initiale. On retrouve le concept de base, l’agent quasi surhumain poursuivi par la meute, mais avec beaucoup moins des à-côtés, notamment la recherche d’identité. Tout cela a perdu toute sa complexité, toute sa profondeur, bref tout son intérêt. On se retrouve face à un film hyper basique, au scénario parfaitement linéaire, où rebondissements et surprises sont totalement absents.

Jason Bourne : l’Héritage a quand même la caractéristique remarquable de citer dans son titre un personnage qui n’apparaît même pas dans le film. C’est à dire à quel point, on compte attirer le spectateur en le trompant sur la marchandise. Aaron Cross n’a pas le début du charisme de son prédécesseur devenu quasi-mythique. A l’image du film, il est lisse, sans aucune originalité et le spectateur n’a aucune raison de le trouver sympathique. Même le début d’humour pince sans rire ne vient pas allumer la moindre flamme dans l’œil du spectateur.

Après, on peut toujours présenter l’éternel même contre-argument pour défendre Jason Bourne : l’Héritage en me posant la question : est-ce que je me suis ennuyé ? La réponse honnête est non, car le film propose une série de scènes d’action spectaculaires et assez bien foutues pour passer tout de même un bon moment. Mais trente secondes après avoir quitté la salle, vous réaliserez à quel point tout cela ne vous a pas marqué et reste incroyablement facilement oubliable.

jasonbournelheritageLe plus inquiétant reste le fait que visiblement, les producteurs ne semblent pas vouloir s’arrêter là et Jason Bourne : l’Héritage semble destiné à faire lui aussi des petits. Mais il est clair que la franchise est déjà complètement à bout de souffle. Le but de cet épisode était de repartir sur des nouvelles bases pour mieux repartir, mais il ne fait en fait que souligner à quel point tout cela sent le réchauffé. Ce côté un peu pathétique gâche un peu le plaisir que l’on aurait pu ressentir devant ce film, s’il ne situait pas dans une lignée aussi prestigieuse.

J’aime beaucoup Jeremy Renner, mais il faut être honnête, il n’a pas le charisme de Matt Damon. Mais on sent bien qu’il donne tout de même le maximum et son professionnalisme très hollywoodien lui permet d’échapper à des reproches immérités. On sera un peu plus sévère avec Edward Norton qui passe deux heures à se gratter le front, pas aider il est vrai par des dialogues obscures dont le seul but est de masquer l’absence de complexité de l’intrigue. Quant à Rachel Weisz, elle fait preuve de son charme habituel, ce qui est déjà pas mal.

Jason Bourne : l’Héritage nous fait aimer Jason Bourne. Mais les vrais, ceux où Jason Bourne est vraiment présent. Pas cette pseudo-suite sans grand intérêt.

Fiche technique :
Production : Relativity Media, Universal Pictures, Kennedy / Marshall, Captivate Entertainment
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Tony Gilroy
Scénario : Tony Gilroy, Dan Gilroy, d’après la série Jason Bourne créée par Robert Ludlum
Montage : John Gilroy
Photo : Robert Elswitt
Décors : Kevin Thompson
Musique : James Newton Howard
Durée : 136 mn

Casting :
Jeremy Renner : Aaron Cross
Rachel Weisz : Dr. Marta Shearing
Edward Norton : Col. Eric Byer
Stacy Keach : Amiral Mark Turso
Ezra Kramer : Scott Glenn
Oscar Isaac : Outcome #3
Louis Ozawa Changchien : Larx #3
Joan Allen : Pam Landy
David Strathairn : Noah Vosen

VOUS N’AVEZ ENCORE RIEN VU : Un amour dévorant

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vousnavezencorerienvuafficheJ’aime bien Alain Resnais. J’apprécie Alain Resnais. J’ai pour Alain Resnais le plus grand respect. Je reconnais à Alain Resnais un grand talent. Mais voilà, je n’adore pas Alain Resnais, je ne l’idôlatre pas, je ne le trouve pas absolument génial. A chaque fois qu’il présente un film à Cannes, toute la critique hexagonale y voit une Palme d’Or injustement non attribuée. Moi j’y vois seulement des films originaux et sympathiques. Vous N’Avez Encore Rien Vu n’a pas échappé à la règle.

Antoine, célèbre dramaturge, vient de se suicider et a demandé à son majordome de rassembler dans sa résidence tous les acteurs qui ont joué précédemment sa plus grande œuvre, Eurydice. Une troupe de jeunes comédiens avait sollicité l’auteur pour la monter et lui avait fait parvenir une représentation filmée. Elle est projetée aux convives afin qu’ils donnent leur accord. Mais à travers le film, ils vont revivre leur propre interprétation.

Vous N’Avez Encore Rien Vu consiste donc en une triple interprétation du même texte, à savoir l’Eurydice de Jean Anouilh. On passe des jeunes comédiens, au couple Azéma-Arditi ou à celui formé par Anne Consigny et Lambert Wilson. Les scènes se succèdent ou parfois même se répètent, nous offrant plusieurs interprétations du même passage. Une idée plutôt originale, qui peut passer pour saugrenue, mais qui finalement fonctionne plutôt bien.

Alain Resnais aime les acteurs, ce n’est pas nouveau. Son œuvre est relativement dépourvu d’effets spéciaux, mais de vraiment moments de liberté d’expression dramatique offerts à ses comédiens. Certes, ils se sont souvent appelés Pierre Arditi et Sabine Azéma, mais bien d’autres ont tourné avec lui. D’ailleurs, le casting de Vous N’Avez Rien Vu montre bien que tourner avec Resnais ne se refuse pas. Il est vrai que ce film constitue une bel hommage à cette merveilleuse profession, puisque le film ne repose que sur le pur talent.

Vous N’Avez Rien Vu n’en reste pas moins avant tout un exercice de style. Un exercice réussi, certes, mais un exercice quand même. On peut trouver le concept génial, surtout que la mise en image est parfaitement maîtrisée. Alain Resnais se fait plaisir, nous fait plaisir, mais l’originalité de la forme ne confère pas à mon sens à ce film le statut de chef d’œuvre dont certains parlent, restant avant tout un divertissement sans beaucoup de fond. Ca éveille la curiosité, mais ça ne passionne pas. On est admiratif, mais cela reste un film que l’on contemple, sans vraiment rentrer dedans.

vousnavezencorerienvuDe plus, il y a quelque chose qui me gène toujours avec Alain Resnais. Il aime les acteurs. Sa fidélité au duo formé par Pierre Arditi et Sabine Azéma est tout à son honneur. Mais au fond, ne les aime-t-il pas un peu trop ? En effet, il les laisse faire ce qu’ils font de mieux, des interprétations que l’on connaît par cœur chez ses acteurs. Il ne les pousse vers aucun retranchement, ne les pousse pas à se dépasser et ne cherche pas à nous surprendre. Bref, il leur offre peut-être une grande liberté, mais sûrement pas les rôles de leur vie. Et dans un film qui repose autant sur ses comédiens, cela constitue forcément une limite.

Après, on peut tout de même apprécier le jeu de tous ses acteurs. Je noterai quand même la performance de Anne Consigny, qui n’est pas du tout écraser par la comparaison avec Sabine Azéma. Elle à la hauteur du charisme de Lambert Wilson et c’est en soi une belle performance. Enfin, je ne peux que souligner le talent immense de Matthieu Almaric. Certes, il fait ce qu’il fait d’habitude, mais c’est tellement génial que l’on en redemande encore et encore.

Vous N’Avez Encore Rien Vu est sans doute le film le plus original de cette année. Un exercice de style réussi et plaisant, mais qui n’a rien d’une Palme d’Or.

Fiche technique :
Production : F comme film, StudioCanal, France 2 Cinéma, Alamode Filmdistribution, Christmas in July
Réalisation : Alain Resnais
Scénario : Laurent Herbiet, Alex Réval, d’après Euridyce et Cher Antoine de Jean Annouilh
Montage : Hervé de Luze
Photo : Eric Gautier
Décors : Jacques Saulnier
Distribution : StudioCanal
Musique : Mark Snow
Durée : 115 mn

Casting :
Sabine Azéma : elle même, Eurydice
Pierre Arditi : lui même, Orphée
Anne Consigny : elle même, Eurydice
Lambert Wilson : lui même, Orphée
Mathieu Amalric : lui même, Monsieur Henri
Michel Piccoli : lui même, le père d’Orphée
Anny Duperey : elle même, la mère d’Eurydice
Denis Podalydès : Antoine d’Anthac
Andrzej Seweryn : Marcelin, le majrodome

CHANTONS SOUS LA PLUIE : Averses éternelles

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chantonsouslapluieafficheIl y a peu, dans ma critique de West Side Story, j’avais qualifié ce dernier de plus grand classique de l’histoire du 7ème art. Mais il est vrai qu’il y a une autre comédie musicale qui pourrait lui contester ce titre. Il s’agit de Chantons sous la Pluie. Un film à la magie intemporelle, produit par un cinéma hollywoodien qui était alors au sommet de son âge d’or. En cette année 1952, cet art n’avait plus rien de nouveau et pouvait parler de lui-même pour écrire une des plus belle page de sa propre légende.

Don Lockwood forme avec Lina Lamont le couple le plus emblématique du cinéma muet. Mais cette année 1927 allait voir arriver un procéder révolutionnaire : le cinéma parlant. S’y adapter n’est pas chose facile, mais le public ne veut plus voir autre chose. Le seul problème est que Lina Lamont a une voix absolument insupportable, tout comme son caractère. Une seule solution, la faire doubler à son insu par la jeune Kathy Selden, dont Don Lockwood est tombé éperdument amoureux.

Chantons sous la Pluie nous a légué quelques airs inoubliables. Tout le monde connaît l’air de Singing in the Rain ou de Make ’em Laugh, même si pour ce dernier, certains croient qu’il s’agit en premier lieu de l’air de la pub pour les matelas Merinos. Mais la légende efface souvent la vérité, car la plupart des chansons ne sont pas des œuvres originales. Les scénaristes ont écrit une histoire dans laquelle ils ont inséré des morceaux déjà existants. Y compris le morceau titre.

Pour continuer dans l’anecdotique, Singing in the Rain n’a pas du tout été considéré à sa sortie comme un chef d’œuvre. D’ailleurs, il n’a pas du tout triomphé aux Oscars. Il ne reçu que deux nominations, mais aucun prix, même pas celui de la meilleure musique, le vainqueur de ce dernier étant Un Refrain Dans Mon Coeur, qui n’a pas connu la même postérité. Comme quoi le destin d’un œuvre se joue parfois dans la durée et bien malin est celui qui saura quelles sont celles qui la mémoire collective retiendra.

Singing in the Rain représente l’apogée du plus grand acteur-danseur de l’histoire du cinéma. Ok, on peut débattre sur le fait que ce titre revient en fait à Fred Astaire, mais Gene Kelly reste tout de même un génie absolu. Pas tant par sa technique de claquettes, mais ce qu’il arrive à faire avec le haut du corps pendant que ses pieds tapent en rythme. Bon, je suis peut-être particulièrement admiratif parce que je ne brille pas par ma dextérité et ma coordination. Mais les passages dansés de ce film restent parmi les plus légendaires.

chantonssouslapuieDe plus, Gene Kelly est loin d’être seul à l’écran. Son compère Donald O’Connor est lui aussi rentré dans la légende, pendant son interprétation de Make em Laugh, grâce à un double salto arrière avec appui sur un mur, qui fascina des générations de cinéphiles, intrigués et curieux de savoir si tout cela a bien été réalisé sans trucage. Cela l’a bien été, le tout filmé dans un plan séquence qui valu à l’acteur une semaine de repos tant il y met d’énergie. Bref, Singing In The Rain représente peut-être l’apogée d’un cinéma hollywoodien qui reposait presque exclusivement sur le talent de ses acteurs et de ses actrices.

Singing In The Rain est une vraie comédie musicale, car il reste avant tout une comédie. Un vaudeville savoureux, assez classique, mais aux personnages inoubliables. On rit plusieurs fois de bon cœur, y compris pendant les numéros musicaux qui rivalisent de loufoquerie. Bien sûr, une belle histoire d’amour est présente. Une romance qui a donné à tous les amoureux du monde l’envie de chanter sous la pluie ! Bref, on ne s’ennuie pas 1h40. Allez, je vous accorde que le morceau Broadway Melody est un peu long, mais c’est bien parce qu’à être trop dithyrambique, on finit par ne plus sembler honnête.

Chantons Sous la Pluie reste et restera longtemps un moment légendaire de cinéma, un film que tout le monde connaît même sans l’avoir vu. Bref, un classique éternel.

Fiche technique :
Réalisation : Stanley Donen et Gene Kelly
Scénario : Betty Comden, Adolph Green
Chansons : Arthur Freed
Musique : Nacio Herb Brown
Direction musicale : Lennie Hayton
Arrangements vocaux : Jeff Alexander
Orchestrations : Wally Heglin, Skip Martin, Conrad Salinger
Chorégraphie : Gene Kelly
Direction artistique : Cedric Gibbons, Randall Duell
Décors : Edwin B. Willis, Jacques Mapes
Costumes : Walter Plunkett
Photographie : Harold Rosson
Effets spéciaux : Warren Newcombe, Irving G.Ries
Montage : Adrienne Fazan
Son : Douglas Shearer
Durée : 103 minutes
Dates de sortie : États-Unis : 27 mars 1952 (première mondiale à New York), 11 avril 1952 (sortie nationale) ; France : 11 septembre 1953

Casting :
Gene Kelly : Donald « Don » Lockwood, vedette du cinéma muet
Donald O’Connor : Cosmo Brown, pianiste et partenaire de Don
Debbie Reynolds : Kathy Selden, chorus girl
Jean Hagen : Lina Lamont, vedette du cinéma muet
Millard Mitchell : R. F. Simpson, président de Monumental Pictures
Cyd Charisse : une danseuse (Broadway Melody)
Douglas Fowley : Roscoe Dexter, réalisateur pour Monumental Pictures
Rita Moreno : Zelda Zanders, dite « la fille Zip », actrice
Madge Blake : Dora Bailey, chroniqueuse mondaine
Dawn Addams : une dame d’honneur
Jimmy Thompson : un chanteur (Beautiful Girl)

QUELQUES HEURES DE PRINTEMPS : Emotion taboue

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quelquesheuresdeprintempsafficheLa mort est omniprésente au cinéma. Il suffit du moindre film d’action, sans même parler d’un film de guerre, pour voir des êtres humains tomber comme des mouches. Mais en en faisant quelque chose de banal, le 7ème art nie la mort plus qu’elle n’en parle vraiment. En faire un sujet central d’un long métrage représente une toute autre démarche, beaucoup plus délicate. C’est celle entreprise par Stéphane Brizé avec Son Quelques Heures de Printemps.

Alain Evrad, 48 ans, ancien routier, sort de 18 mois de prison et se voit obliger de retourner vivre chez sa mère. La cohabitation va vite se révéler très compliqué, la fracture entre ces deux êtres incapables de communiquer semble terriblement profonde. Pourtant, la vieille dame n’en a plus pour très longtemps, atteinte de tumeurs au cerveau.

Bon, là je suis partagé sur le contenu de ma critique. Ceux qui auraient vraiment l’intention de voir ce film et qui aime en savoir le moins possible avant de se rendre dans une salle obscure vont devoir s’arrêter là. En effet, je vois mal comment parler de Quelques Heures de Printemps sans évoquer le rebondissement principal du film (présent dans le moindre synopsis de presse, mais bon…). Je remercie d’avance les autres pour la poursuite de la lecture… Un peu de fayotage auprès de son public ne fait jamais de mal…

En effet, Quelques Heures de Printemps évoque le douloureux problème de l’euthanasie puisqu’on découvre que la mère d’Alain a contacté une association suisse qui propose une procédure de suicide assisté. C’est donc un sujet particulièrement sensible auquel s’est attaqué Stéphane Brizé. Mais il le fait avec une délicatesse, une intelligence et une sensibilité absolument remarquables. La dernière demi-heure de ce film représente le plus beau moment d’émotion pure de cette année cinématographique. Un vrai moment de grâce qui justifie largement de le voir et de l’apprécier.

Malheureusement, tout le film ne se situe pas à ce niveau-là. De mon point de vue, le problème se situe au niveau du personnage d’Alain qui, au final, n’est ni intéressant, ni très utile. Les problèmes de communication entre parents et enfants représentent un thème extrêmement classique et Quelques Heures de Printemps n’apporte pas grand chose de nouveau sur ce plan-là. Bien sûr, l’émotion finale puise largement dans la situation initiale et dans l’évolution de la relation entre la mère et le fils. Mais d’autres éléments, comme la tentative de romance d’Alain, ne sont guère passionnants et le rendent le personnage du fils plutôt antipathique, ce qui bride quelque peu l’empathie.

quelquesheuresdeprintempsQuelques Heures de Printemps est donc un film inégal, qui a eu tort de ne pas se centrer uniquement sur son sujet principal. Le scénario flotte pendant une heure avant de vraiment nous saisir. Encore une fois, on reste sur une telle impression finale que l’on ne regrette pas d’être venu. Mais on se dit que ce film aurait pu prendre encore une ampleur supplémentaire. Les sujets secondaires nous détournent plutôt de l’émotion, au lieu de la sublimer.

Quelques Heures de Printemps sent le rôle à César. Il faut dire que Hélène Vincent est tout simplement époustouflante, signant là le rôle de sa vie, après 40 ans de carrière. Si elle reçoit bien la petite statuette, ce que je suis prêt à parier, cela sera amplement mérité tant elle joue avec une formidable justesse et une sublime émotion. A ses côtés, Vincent Lindon est presque reléguer au rang de faire-valoir, malgré une prestation elle-aussi de tout premier ordre.

Quelques Heures de Printemps reste un film remarquable par la manière dont il traite un sujet difficile et encore particulièrement tabou. Mais il n’a pas su s’enrichir d’autres éléments vraiment intéressants.

Fiche technique :
Production : TS Productions, F comme Film, ARTE France Cinéma
Distribution : Diaphana
Réalisation : Stéphane Brizé
Scénario : Stéphane Brizé, Florence Vignon
Montage : Anne Klotz
Photo : Antoine Héberlé
Décors : Valérie Saradjian
Musique : Nick Cave
Durée : 108 mn

Casting :
Vincent Lindon : Alain Evrard
Hélène Vincent : Yvette Evrard
Emmanuelle Seigner : Clémence
Olivier Perrier : Monsieur Lalouette
Silvia Kahn : le docteur Mathieu
Ludovic Berthillot : le copain

THE WE AND THE I : A plus dans le bus !

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theweandtheiafficheLes réalisateurs français qui franchissent l’Atlantique réalisent souvent un rêve, mais y perdent souvent leurs illusions. La liberté artistique est rarement aux mains des metteurs en scène à Hollywood, mais dans celles des producteurs. Ils y signent alors des films sans âme comme le Gothika de Mattieu Kassovitz ou même le Alien 4 de Jean-Pierre Jeunet (oui, je sais, il y a matière à débat, mais je n’aime pas du tout ce film). Sans même parler de Louis Leterrier (le Choc des Titans) qui assume son statut de carpette. Mais il existe des exceptions. Il y eu Jean Renoir dans les années 30, il y a désormais Michel Gondry qui tourne aux Etats-Unis de vrais films d’auteur. Son dernier en date, The We an the I, un film qui a su capturer l’adolescence comme jamais, mais qui pêche par certaines longueurs.

Les grandes vacances sont arrivées. Les élèves d’un lycée du Bronx prennent donc une dernière fois le bus qui va les ramener chez eux. Le trajet apparaît alors comme une résumé de la vie avec ses drames, ses joies, ses amitiés, ses fâcheries, ses rapprochements, ses ruptures. Et au fur et à mesure que le bus se vide, ses occupants changent aussi.

The We and the I est un film à la Michel Gondry, c’est à dire avec un concept derrière, mais réalisé avec minutie et imagination. Tourné avec des acteurs amateurs, qui interprètent des personnages proches de leur propre vie, rien n’est laissé à l’improvisation. On retrouve un peu le principe de Derrière les Murs, mais avec une complexité visuelle et surtout une direction d’acteurs beaucoup plus poussée. Seule entorse à cette impression de réel, cette ligne de bus fictive qui nous entraîne dans un improbable voyage de 1h43. 

Je profite de cette habile transition pour passer directement à ce qui fâche. En effet, The We and the I a une défaut : il est trop long ! Certes, 103 minutes, ce n’est pas non plus exceptionnel, mais le film ne propose pas assez de contenu pour que l’on ne décroche pas à un moment donné. Disons que tout part un peu dans tous les sens pendant trop longtemps. On apprend à connaître les personnages, mais au bout d’une heure, on ne sait toujours pas bien où Michel Gondry veut en venir et du coup quel est l’intérêt de tout ça. Bref, à un moment donné, on s’ennuie !

La dernière demi-heure nous éclaire et donne réellement un sens à tout ce qui a précédé. Mais le mal est fait malheureusement. Et c’est vraiment malheureux car au final le propos est sûrement le plus intelligent jamais tenu sur l’adolescence. Michel Gondry a su capter de manière incroyablement pertinente et intelligente. Et dieu sait si des réalisateurs et scénaristes se sont cassés la gueule sur ce sujet épineux. Le Français balaye tout ce qui définit cette période si particulière. Je citerai deux points qui m’ont réellement marqué : la cruauté des adolescents entre eux et l’effet du groupe sur les comportements. La manière dont The We and The I nous parle aussi brillamment de ses sujets dans un film dont la forme est quasi-minimaliste montre bien le génie du réalisateur français.

theweandtheiEmployer des acteurs amateurs a parfois donné le pire et le meilleur au cours de la longue histoire du cinéma. Faire tourner des adolescents aussi d’ailleurs. Mais dans The We and The I, Michel Gondry arrive à leur faire garder un naturel déconcertant, tout en échappant totalement à l’impression d’une improvisation permanente. On citera notamment le couple Michael Brody et Teresa Lynn qui interprètent les deux personnages les plus marquants du film. Mais encore une fois, c’est vraiment tout le casting qu’il faudrait féliciter.

Michel Gondry a une nouvelle fois réussi à nous surprendre à The We and The I. Il a à nouveau su inventer un concept et s’est montré incroyablement pertinent dans son propos. Mais la forme nous plonge dans l’ennui pendant un moment un peu trop long pour que l’on crie au génie.

Fiche technique :
Production : Partizan Films
Réalisation : Michel Gondry
Scénario : Michel Gondry, Jeffrey Grimshaw, Paul Proch
Montage : Jeff Buchanan
Photo : Alex Disenhof
Distribution : Mars Distribution
Durée : 103 mn

CHERCHEZ HORTENSE : Sujets inégaux

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cherchezhortenseafficheDerrière les réalités sociales, il y a des gens… Ah ça vous la coupe, une introduction aussi profonde et philosophique ! Vous ne vous y attendiez pas ?… Ok, bon je vois en fait que cela n’a pas l’impact escompté. Sans doute, ai-je démarré dans des sphères trop hautes pour le commun des mortels. Tant pis, j’enchaîne en allant directement vous but pour vous parler de Cherchez Hortense, un film à la fois social et humain, avec du Jean-Pierre Bacri dedans.

Damien est le fils du Président du Conseil d’Etat. Sous la pression de sa femme, il accepte de demander l’intervention de son père pour éviter qu’une certaine Zorica ne soit expulsée. Le problème est que sa relation avec son géniteur est quelque peu compliquée et distendue. Comme l’est de plus en plus sa relation avec sa femme. Seule Aurore, une jeune fille croisée dans les alentours du café qu’il fréquente, semble lui porter un minimum d’attention.

Cherchez Hortense aborde donc beaucoup de sujet : la relation père-fils, la routine dans un couple et les drames liées aux expulsions de clandestins. Il y avait donc de quoi faire pour que Pascal Bonitzer nous offre facilement un film aux intérêts multiples. Il y parvient malheureusement de manière inégal, car tous les sujets ne sont pas traités avec le même bonheur. Le tout donne tout de même un propos plutôt convaincant, même si tout cela manque un peu de rythme.

La relation père-fils forme vraiment le cœur de ce film. C’est de loin l’aspect le plus réussi et le plus intéressant de Cherchez Hortense. Les deux personnages, incarnés par deux grands acteurs, forment un duo savoureux. Certes, les circonstances sont assez exceptionnelles, mais les problèmes de communication entre les deux peuvent très bien se rencontrer dans une vie plus ordinaire. Je pense que de nombreux spectateurs peuvent s’identifier à ces dialogues de sourds permanents. La conclusion constitue d’ailleurs le seul moment réellement inattendu de ce film.

Par contre, les problèmes de couple de Damien sentent largement le déjà-vu mille fois et manquent passablement d’intérêt. L’attachement que l’on ressent pour les personnages ne suffit pas nous faire ressentir de vraies émotions devant cette histoire désespérément ordinaire. Même la personnalité marquante de leur collégien de fils n’arrive pas à donner du relief au propos. Quant aux problèmes d’immigration, il s’agit plus d’un prétexte narratif que d’une vraie réflexion sur le sujet. Mais au moins Cherchez Hortense échappe-t-il aux clichés habituels.

cherchezhortensePascal Bonitzer parvient tout de même à nous faire passer un moment plaisant, mais parfois un peu frustrant. D’ailleurs, la fin du film est assez révélatrice. En effet, elle s’étire désespérément en longueur, comme si le réalisateur était étonné de ne pas être arrivé à tenir plus de 90 minutes avec ses idées initiales. Cela ressemble un peu un aveu de faiblesse, une preuve qu’il n’a pas su tirer tout ce qu’il y avait à tirer des différents sujets qu’il aborde.

Pascal Bonitzer se montre tout de même un excellent directeur d’acteurs. Vous me direz, avec un tel casting, il était difficile de se planter. Le duo Claude Rich – Jean-Pierre Bacri fonctionne à la perfection avec des rôles qui semblent taillés pour eux. A leurs côtés, Kristin Scott-Thomas et Isabelle Carré font preuve de leur talent et de leur charme ordinaires, ce qui est un gage réelle de qualité. On notera aussi le très bon second rôle de Jackie Berroyer que l’on n’avait pas vu depuis longtemps.

Au final, Cherchez Hortense n’est pas un film raté. C’est un film partiellement réussi, sans qu’on comprenne vraiment pourquoi Pascal Bonitzer n’est pas parvenu à le réussir totalement.

Fiche technique :
Production : SBS Films, Le Pacte
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Pascal Bonitzer
Scénario : Pascal Bonitzer, Agnès de Sacy
Montage : Elise Fievet
Photo : Eomain Winding
Décors : Manu de Chauvigny
Musique : Alexeï Aïgui
Costumes : Marielle Robaut
Durée : 100 mn

Casting :
Jean-Pierre Bacri : Damien
Kristin Scott-Thomas : Iva
Isabelle Carré : Aurore
Marin Orcand Tourres : Noe
Claude Rich : Sebastien Hauer
Arthur Igual : Antoine
Jackie Berroyer : Lobatch
Benoît Jacquot : Kevadian
Masahiro Kashiwagi : Satoshi

DES HOMMES SANS LOI : Des gangsters qui marchent droit

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deshommessansloiafficheLorsque le gouvernement des Etats-Unis a imposé la prohibition en 1919, il ne se doutait pas de l’offrande qu’il faisait à l’humanité. Non que cette loi se ait été généralisée pour créer un monde sans alcool (heureusement !), mais parce que cette période allait constituer une source d’inspiration pour de nombreux auteurs. En effet, c’est à cette époque qu’est né la figure du gangster qui hante régulièrement la littérature et le cinéma. Dernier exemple en date, Des Hommes Sans Loi.

Les trois frères Bondurant font partie des nombreux des producteurs d’alcool de contrebande du comté de Franklin en Virginie. A leur tête, Forrest qui possède la réputation d’être invincible, acquise lors de la guerre de 14. Howard est l’aîné, mais se montre souvent trop bagarreur sous l’emprise de l’alcool. Enfin, le plus jeune, Jack est prêt à commettre bien des imprudences pour gagner le respect de ses frères. En refusant de se faire racketter par une police corrompue, ils déclenchent une guerre qu’ils pourraient bien ne pas gagner.

Commençons par ce qui fâche et qui fait de Des Hommes Sans Loi un film à l’intérêt somme toute limité. Le scénario est d’une linéarité totale et absolument sans surprise. Certes, le film se veut de facture classique, mais cela ne l’empêchait pas de proposer d’autres choses que les péripéties les plus attendues. Les personnages ne connaissent qu’une évolution minime, si ce n’est celle que l’on devine dès les premières secondes.

Le scénario est pourtant signé de quelqu’un d’un peu inattendu, à savoir le chanteur australien Nick Cave. Ce n’est pas son coup d’essai, mais le premier pour une production de cette envergure. Il s’appuie sur un roman, signé par un des membres de la famille Bondurant. Il s’inspire donc de faits réels, mais peut-être aurait-il du plus romancer pour nous offrir une histoire moins linéaire. Cela reste très manichéen et ne propose rien qu’on ait déjà vu.

Du coup, on n’apprécie pas à sa juste valeur les autres qualités de Des Hommes Sans Loi. Tout dans le scénario n’est pas à jeter. Il est assez rythmé pour que l’on ne s’ennuie pas et surtout les personnages arrivent à attirer notre sympathie, malgré leur aspect un rien caricatural. Il n’aurait pas fallu grand chose pour que le film ait une autre saveur. En gros, les ingrédients sont de qualité, la recette est respectée à la lettre, mais il manque le bouquet d’épices qui fasse vraiment frétiller les papilles du spectateur.

deshommessansloiC’est d’autant plus regrettable que Des Hommes Sans Lois est filmé avec une certaine élégance, très classique elle-aussi, mais qui porte la marque d’un vrai talent. En fait, Des Hommes Sans Loi rappelle un peu le film précédent de John Hillcoat, La Route. Un film qui se distinguait lui aussi par de vraies qualités esthétiques, mais un scénario décevant. Le réalisateur australien sait donc parfaitement mettre en image les histoires, mais ne sait pas vraiment les raconter.

Le casting de Des Hommes Sans Loi est assez prestigieux, avec comme bonne surprise un Shia LeBeouf qui jouerait presque la comédie. Bon je vous rassure, il n’est toujours pas le plus grand comédien que la terre n’ait jamais porté, mais il arrive déjà à être convaincant. C’est un bon début ! Mais il est éclipsé par le charisme de Tom Hardy, même si ceux qui viennent de voir The Dark Knight Rises auront l’impression d’entendre Bane dès qu’il ouvre la bouche. Ce film est aussi la confirmation du charme ravageur de Jessica Chastain et Mia Masikowsa.

Des Hommes Sans Loi est donc un film élégant mais décevant par la linéarité d’un scénario qui nous prive de la moindre surprise.

Fiche technique :
Production : Benaroya Pictures, FilmNation Entertainment, Ana^purna Pictures, BlumHansonAllen Films
Réalisation : John Hillcoat
Scénario : Nick Cave, d’après le livre de Matt Bondurant
Montage : Dylan Tichenor
Photo : Benoît Delhomme
Décors : Chris Kennedy
Distribution : Metropolitan FilmExport
Musique : Nick Cave, Warren Ellis
Costumes: Margot Wilson
Durée : 115 min

Casting :
Shia LaBeouf : Jack
Tom Hardy : Forrest
Jason Clarke : Howard
Jessica Chastain : Maggie
Mia Wasikowska : Bertha
Guy Pearce : Charlie Rakes
Gary Oldman : Floyd Banner

KILLER JOE : William Friedkin tire encore

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killerjoeafficheWilliam Friedkin compte dans sa filmographie deux des films les plus légendaires de l’histoire du 7ème art, à savoir French Connection et l’Exorciste. Mais nous étions alors dans les années 70. En fait, je n’étais pas, puisque je n’étais pas encore né. Depuis, il a signé beaucoup de films nettement moins marquants, dont le dernier, Bug, en 2006, ne m’avait guère emballé. Cependant, à 77 ans, il a encore de très beaux restes puisqu’il nous livre cet excellent Killer Joe.

Chris a trouvé un bon moyen pour régler ses problèmes d’argent. Faire assassiner sa mère et toucher l’argent de son assurance vie, via sa jeune sœur, Dottie, qui en est la bénéficiaire. Mais n’ayant ni le courage, ni les compétences pour faire ça lui-même, il fait appel à Joe, inspecteur de police et tueur à gages à ses heures perdues. Petit problème, il n’a pas de quoi le payer en avance comme le tueur le réclame. Ce dernier exige alors une caution : Dottie…

Killer Joe revisite le film noir américain, mais avec un grand recul et un humour particulièrement prononcé. On sent qu’avec l’âge, William Friedkin ne cherche qu’à se faire plaisir, à s’amuser et surtout à nous amuser. Si vous n’imaginez pas comment on peut tourner une scène épique à base de fellation et de « chicken wings », ce film vous prouvera que c’est possible. Il réserve comme ça quelques vrais moments de bravoure, plus ou moins autoparodiques, mais toujours tournés de main de maître.

William Friedkin se fait plaisir, mais peut-être quand même un peu trop. En effet, s’il y a un reproche à formuler envers Killer Joe, c’est peut-être un léger manque de rythme avec des scènes un peu trop longues. Ca n’enlève pas beaucoup de plaisir, mais on se dit qu’avec dix minutes de moins, le film aurait été définitivement génial. On n’en est pas passé loin, mais il constitue tout de même une très bonne surprise…

… car très surprenant. En effet, le scénario est tout sauf prévisible. Si le point de départ peut apparaître comme celui d’un film noir très classique, la suite va nous démontrer que Tracy Lets, auteur de la pièce originale et du scénario qui en est tiré, ne manque vraiment pas d’imagination. Le second degré omniprésent permet de contourner tous les poncifs du genre. Jusqu’à la dernière seconde, on ignore totalement où tout cela va nous mener, surtout que William Friedkin arrive toujours parfaitement à brouiller les pistes jusqu’aux derniers instants qui précédent un rebondissement.

killerjoeLe tout est mis en image de manière particulièrement élégante par William Friedkin, qui nous rappelle que sur ce plan, il n’a rien perdu de son immense talent. Il arrive parfaitement à donner une personnalité visuelle à Killer Joe qui sert vraiment son propos. Le travail de photographie nous en dit plus sur ses personnages que les dialogues. Les décors, les costumes, chaque élément de l’image jouent un rôle et nous racontent quelque chose. Bref, c’est du cinéma, du vrai !

Killer Joe nous confirme que Matthew McConaughey est bien l’acteur du moment ! Il éclabousse ce film de sa classe ! On sent une véritable osmose entre la personnalité qu’il insuffle à son personnage et la merveilleuse direction d’acteurs de William Friedkin. Cette dernière permet d’ailleurs à l’ensemble du casting de s’exprimer avec un talent étonnant, notamment Juno Temple et Thomas Haden Church.

Killer Joe s’impose donc comme un des meilleurs films de cette rentrée. Un film qui nous rappelle qui est William Friedkin. Il est des rappels particulièrement salutaires.

Fiche technique :
Réalisation : William Friedkin
Scénario : Tracy Letts d’après sa pièce
Direction artistique : Franco-Giacomo Carbone
Décors : Franco-Giacomo Carbone
Costumes : Peggy A. Schnitzer
Photographie : Caleb Deschanel
Montage : Darrin Navarro
Musique : C.C. Adcock
Durée : 103 minutes

Casting :
Matthew McConaughey : « Killer » Joe Cooper
Emile Hirsch : Chris Smith
Thomas Haden Church : Ansel Smith
Gina Gershon : Sharla
Juno Temple : Dottie Smith