AMOUR : Sentiments extrêmes

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amourafficheLes Palmes d’Or divisent souvent critiques et spectateurs. En effet, l’esprit du Festival de Cannes est de récompenser un film qui ne laisse pas indifférent. Personnellement, autant j’ai détesté Oncle Boonme, primé en 2010, autant j’avais succombé devant la beauté de The Tree of Life, ayant remporté le prix suprême l’année dernière. Cette année, le vainqueur, Amour, possède lui aussi ses admirateurs et ses détracteurs. Y compris au sein de moi-même…

Georges et Anne ont un peu plus de 80 ans et profitent de leurs vieux jours. Un matin, elle a une absence de quelques minutes, signe d’une première attaque. D’autres suivront l’enfonçant chaque fois un peu plus dans la paralysie physique puis intellectuelle. Lui, reste à ses côtés et tient la promesse qui lui a faite de la maintenir à domicile. Mais comment supporter voir celle avec qui on a vécu toute son existence sombrer dans un tel déclin de plus en plus humiliant ?

Amour est un film extrêmement fort. Comme à son habitude, Michael Haneke nous offre une oeuvre qui pourrait sembler épurée, mais qui est en fait méticuleusement construits. Encore une fois, il nous montre les évènements d’une manière crue, froide et sans réelle distanciation. On ne voit pas ce film, on y est confronté de manière directe et violente. On ne peut échapper à la déferlante d’émotion et de sentiments qui affluent de manière particulièrement intense.

Pour ces raisons, Amour est un film magnifique. Il nous montre ce que notre société cache encore, alors que le vieillissement de la population rend ce genre de situation de plus en plus fréquente. Seuls le troisième âge bien portant et dynamique a droit de citer dans les médias. Mais on sait que vieillir n’est pas toujours un doux voyage. Alors qu’on parle de beaucoup de la dépendance dans les journaux du fait de son coût qu’il faut désormais financer, on y voit rarement de personnes dépendantes. Tabou d’une époque parfois schizophrénique. Un tabou que cherche à briser Michael Haneke dans une entreprise salutaire. Il s’agit aussi d’une magnifique histoire d’amour, l’amour qui dure toute la vie, malgré tout, jusqu’au bout.

Pour ces raisons, Amour est aussi un film détestable. Encore une fois, Michael Haneke confond cinéma et voyeurisme. Il n’a aucun recul sur son sujet. Il montre certes, mais ne dit rien. Il dérange pour déranger, sans chercher à faire passer le moindre message. Le propos est au final malsain, oubliant de mettre en avant que l’horreur de la situation vient aussi du choix envers et contre tout du maintien à domicile. Les hôpitaux ne sont pas là que pour cacher les malades au reste de la société, mais aussi pour soigner et soulager.

Cette dualité est renforcée par un dénouement qui pousse à son paroxysme ce que véhicule Amour. Il est peu probable que vous entendiez la moindre mouche voler dans la salle à ce moment là. Ce film est de ceux où le silence reste encore pesant lorsque la lumière se rallume. Chaque spectateur est encore KO, incapable de sortir assez vite de l’histoire pour simplement parler à son voisin. Un film qui marque, quelque soit le sentiment qui vous habite après l’avoir vu.

amourCependant, il est une chose qui fait l’unanimité à propos de Amour : la qualité de son interprétation. Pourtant, pendant les premières minutes, le jeu du couple Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva est un peu hésitant, un peu trop théâtral pour du cinéma. Mais au fur et à mesure, ils se mettent à habiter leur personnage, à sublimer leur émotions et à les transmettre avec une force incroyable au spectateur. Deux rôles différents, mais tout aussi difficiles et qui resteront parmi les plus marquants de leurs longues carrières.

Je ne sais donc toujours pas vraiment si Amour est un des plus beaux films que je n’ai jamais vus ou bien un des plus détestables. Mais l’idée même de ce débat montre que nous sommes quand même là devant un grand moment de cinéma qui ne peut laisser personne indifférent.

Fiche technique :
Production : Les films du Losange, XFilmen Wega Film, France 3 Cinéma, ARD Degeto, Canal +
Réalisation : Michael Haneke
Scénario : Michael Haneke
Montage : Monika Willi, Nadine Muse
Photo : Darius Khondji
Décors : Jean-Vincent Puzos
Distribution : Les films du Losange
Son : Guillaume Sciamma, Jean-Pierre Laforce
Durée : 127 mn

Casting :
Jean-Louis Trintignant : Georges
Emmanuelle Riva : Anne
Isabelle Huppert : Eva
Alexandre Tharaud : Alexandre
Ramon Agirre : Le concierge
Rita Blanco : la concierge
William Shimmell : Geoff

FRANKENWEENIE : Tim Burton est immortel

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frankenweenieafficheUn nouveau film de Tim Burton constitue le plus souvent un événement cinématographique majeur. Mais le dernier en date, Frankenweenie, est sorti dans une certaine discrétion. Peut-être parce que le précédent, Dark Shadows, n’était pas non plus terrible, mais plus certainement parce qu’on continue de considérer le cinéma d’animation comme un sous-cinéma. C’est bien dommage car la critique est unanime pour saluer la grande qualité de ce film. Et moi, le premier !

Victor (Frankenstein de son nom de famille évidemment!) est inséparable de son chien Sparky. C’est en fait son seul ami, avec qui il passe des heures au grenier à réaliser des films avec tout ce qui lui tombe sous la main. Son père aimerait pourtant bien qu’il se mette au sport. Il le force à participer à un match de baseball. A la surprise générale, il réussit à envoyer la balle très très loin…. Si loin que Sparky la poursuit et se fait renverser par une voiture. Victor est inconsolable. Mais après un cours de son nouveau professeur de sciences, il décide de faire revenir son compagnon à la vie.

Dans les commentaires qui ont accompagné la sortie de ce film, on a beaucoup parlé de retour aux sources. Il est vrai que l’on retrouve beaucoup des éléments qui ont toujours marqué l’œuvre de Tim Burton. L’aspect gothique, la noirceur bien sûr. Une volonté de dédramatiser la mort aussi certainement. Mais surtout un miroir vers la propre enfance du réalisateur qui fait remonter ici une partie de sa propre histoire. On ne crée pas un cinéma peuplé d’un si grand nombre de gens différents, inadaptés à la sociabilité considérée comme normale, sans s’être soi-même senti à part pendant.

Tim Burton a mis sûrement beaucoup de lui-même dans Frankenweenie. Cela se sent et cela donne une vraie profondeur à cette histoire qui est bien plus qu’une version un peu enfantine du mythe de Frankenstein. Il s’agit d’un film touchant et sincère et au final bien moins enfantin qu’il en a l’air. Ou plutôt, même en tant qu’adultes, ce film parlera à notre part d’enfance qui jamais ne s’éteint, celle qui a peur de la mort, celle qui voudrait vivre une éternelle jeunesse.

A côté de ça, Frankenweenie est aussi un film d’aventures, notamment dans sa dernière partie. C’est sans doute dans ce domaine que le film connaît certaines limites. En effet, cela reste quand même assez naïf et assez basique. Cela reste certes fort sympathique et jamais ennuyeux, mais c’est l’aspect du film qui est le plus enfantin, au mauvais sens du terme. Et ce n’est pas l’ambiance sombre et gothique qui y change grand chose. C’est pourquoi, ce film n’est pas tout à fait au niveau d’un Sleepy Hollow ou d’un Etrange Noel de Monsieur Jack.

Frankenweenie est aussi un régal par son humour typique de Tim Burton. Un humour pas vraiment noir, mais un peu à froid et pince sans rire. Le réalisateur s’amuse aussi à rendre hommage aux grands classiques des genres qu’il affectionne. A Frankenstein avant tout bien sûr (surtout le film de 1931 avec Boris Karlov), mais aussi beaucoup d’autres. Si la voisine de Victor s’appelle Van Helsing, comme le principal adversaire de Dracula, ce n’est pas non plus par hasard.

frankenweenieFrankenweenie brille enfin par sa qualité visuelle. Tim Burton reste Tim Burton, à l’imagination fertile et à la maîtrise artistique parfaite. Le film est vraiment beau. L’image est toujours construite avec minutie, les scènes bénéficient d’une réalisation soignée. Bref, du cinéma, du vrai. Le tout est évidement sublimé par la musique de Danny Elfman. On ne change pas une équipe qui gagne !

Le casting voix est assez anonyme. La voix de Victor a été confié à un acteur de l’âge du personnage. On notera la présence de Martin Short, que l’on a pu apercevoir dans plusieurs séries récemment (How I Met Your Mother, Damages, Weeds…), et surtout de Winona Ryder et Martin Landau dans des seconds rôles.

Frankenweenie n’est certainement pas le meilleur des films de Tim Burton, même en se limitant aux films d’animation. Mais il reste néanmoins un des tous meilleurs de sa catégorie en cette année 2012.

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures, Tim burton Animation Co, Tim Burton Productions
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International France
Réalisation : Tim Burton
Scénario : John August, Lenny Ripps, d’après le court métrage de Tim Burton
Montage : Chris Lebenzon, Mark Solomon
Photo : Peter Sorg
Décors : Rick Heinrichs
Musique : Danny Elfman
Directeur artistique : Tim Browning, Alexandra Walker
Durée : 87 mn

Casting :
Charlie Tahan : Victor Frankenstein
Catherine O’Hara : Mme Frankenstein, la drôle de fille, la prof de sport
Martin Short : Monsieur Frankenstein, Nassor, M. Burgemeister
Martin Landau : M. Rzykruski
Atticus Shaffer : Edgar « E » Gore
Winona Ryder : Elsa Van Helsing

ARGO : Suspense historique

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argoaffichePour créer un suspense insoutenable, on peut choisir de présenter des événement extraordinaires et improbables, mais dont la conjonction nous plonge dans une tension intense. On peut multiplier les fausses pistes, afin de perdre le spectateur. On peut proposer rebondissements sur rebondissements, comme dans la série 24h. Mais lorsqu’on relate des évènements historiques, on ne peut pas non plus trop en faire. Il faut alors être un réalisateur de grand talent. Et Ben Affleck, avec Argo, nous confirme qu’il en est bien un.

1979, l’ambassade des Etats-Unis en Iran est prise d’assaut au cœur de la révolution islamique. 52 employés sont pris en otage. Dans la panique, six autres ont réussi à s’échapper et à se cacher au domicile de l’ambassadeur du Canada. Mais ils savent que s’ils sont découverts, leur sort est très incertain. Un agent de la CIA, spécialiste de l’exfiltration, va alors monter un plan un peu fou pour les faire rentrer au pays. Un plan qui passe par Hollywood.

Argo est une histoire vraie. Après, évidemment, tout est forcément un tantinet romancé. Mais la grande force de ce film et le grand mérite de Ben Affleck sont de se reposer sur des éléments tout à fait plausibles. J’ignore donc si cela s’est vraiment passé comme ça, mais ça aurait pu se passer comme ça. On n’est donc loin d’un film d’espionnage à la James Bond ou un film d’action, où un agent de la CIA multiplie les prouesses physiques pour sauver six otages.

Ben Affleck arrive donc à créer une tension constante à partir de rien, ou pas grand chose. Comme quoi, au cinéma, la forme peut sublimer le fond. Il nous réserve notamment une longue scène finale à l’aéroport de Téhéran, où il arrive à transformer chaque guichet en piège mortel potentiel. Le travail cinématographique est vraiment remarquable. Jamais il ne cherche à enjoliver les choses, à parsemer son récit d’évènements clairement romancés pour renforcer le côté spectaculaire du film. Un choix courageux qui est merveilleusement assumé.

Argo est donc vraiment prenant de la première à la dernière seconde. L’histoire est assez surprenante pour ne pas être cousue de fil blanc. L’intérêt historique est aussi réel, décrivant avec minutie ces évènements qui ont profondément marqué leur époque. Une page de l’histoire américaine qui méritait un grand film. Elle l’a désormais ! La seule petite réserve que je formulerais repose sur le fait que Ben Affleck ne résiste pas, dans son générique de fin, à nous montrer des photos d’archive des vrais protagonistes. C’est vrai que le procédé est sympa, mais il devient vraiment systématique dans les films de ce genre, comme pour apporter la preuve que la reconstitution est bien fidèle.

argoSi Ben Affleck peut définitivement être considéré comme un excellent réalisateur, il n’en reste pas moins aussi un acteur d’exception. On a longtemps ironisé sur son côté bellâtre pour film d’action, mais sa filmographie a depuis prouvé qu’il était bien plus que ça. Nouvelle preuve avec Argo, où il a en plus la tâche toujours délicate de se diriger lui-même. Mais à ses côtés, c’est tout le casting qui est remarquable. D’un côté, les dessous d’Hollywood sont parfaitement incarnés par deux vieux routiers du circuit : John Goodman et Alan Arkin. Mais ce sont surtout les acteurs interprétant les six otages qu’il faut saluer, sans pouvoir en ressortir un plutôt qu’un autre. Enfin, les amateurs d’Alias seront heureux d’apercevoir Victor Garber en ambassadeur du Canada.

Argo est une belle et grande réussite qui place désormais définitivement Ben Affleck dans le haut du panier des réalisateurs hollywoodiens.

Fiche technique :
Production : GK Films, Smokehouse pictures, Warner Bros.
Distribution : Warner Bros Entartainment France
Réalisation : Ben Affleck
Scénario : Chris Terrio, d’après le roman d’Antonio J. menez et l’article de Joshuah Bearman
Montage : William Goldenberg
Photo : Rodrigo Prieto
Décors : Sharon Seymour
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 119 mn

Casting :
Ben Affleck : Tony Mendez
Bryan Cranston : Jack O Donnell
Alan Arkin : Lester Siegel
John Goodman : John Chambers
Victor Garber : Ken Taylor

LOOPER : La seconde où tout bascule

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looperafficheParfois une histoire bascule en quelques secondes. Celles d’un dénouement, d’une conclusion qui va vraiment décider si le tout est convaincant, a un sens ou est tout simplement intéressant. Jouer sur le « mais comment tout cela va-t-il finir ? » permet de garder l’attention du spectateur jusqu’à la fin, mais fait prendre le risque d’une brutale déception qui effacera toutes les qualités de ce qui a précédé. Mais quand la fin est bonne, le film l’est aussi du coup. C’est exactement le cas de Looper, un film de science-fiction sûrement pas révolutionnaire, mais se révèle au final convaincant.

Joe est un looper. Il est chargé par une mafia du futur d’éliminer ceux qu’elle envoie dans le passé pour qu’ils disparaissent à jamais. Un travail grassement payé, mais qui n’a qu’un temps. Un jour, il faut boucler la boucle, tuer son « moi du futur » et profiter des 20 ans qui reste à vivre. Mais au moment de le faire, la main de Joe tremble et son alter-ego du futur s’échappe dans le présent.

Les voyages temporels peuplent la science-fiction depuis Georges Orwell en 1895 et sa Machine à Explorer le Temps. C’est donc un thème largement exploité, pour ne pas dire surexploité, mais qui offre tellement de possibilités que l’imagination humaine n’a pas fini d’y puiser de l’inspiration pour nous livrer encore et encore de nouvelles histoires. Looper se situe donc dans cette grande tradition et si l’idée de base est inédite dans ses détails, le principe général du film est lui assez classique.

Tout se joue donc sur la fin. Heureusement, le dernier rebondissement est à la fois inattendu et convaincant. Il fait définitivement basculer le film du côté de la réussite et donne une toute autre ampleur au scénario. On tient là une bonne histoire, du début à la fin, qui nous tient plus en curiosité qu’en haleine, mais qui en tout cas, nous maintient loin de l’ennui et suscite même chez le spectateur un réel intérêt et une vraie impatience de connaître le dénouement.

Sans cela Looper aurait été vraiment raté, car c’est avant tout sur son scénario qu’il repose. On se situe dans un futur très proche. Du coup, rien de très spectaculaire niveau progrès technologiques ou anticipation de nos futurs modes de vie. Le scénario alterne scènes d’action et avancées de l’intrigue, mais ne tombe jamais dans la surenchère visuelle. On est plus dans l’ambiance d’un film noir, et certainement pas dans un space-opera. Le voyage temporel est un prétexte pour développer une histoire complexe et faire vivre des personnages, pas simplement contenter les amateurs de science-fiction pure et dure.

looperLa réalisation est donc plutôt sobre et totalement au service de l’histoire. C’est là que réside la principale limite de Looper qui ne dépasse pas à cause de cela le stade de divertissement très réussi. Il n’y a pas là matière à film culte, comme Blade Runner ou Minority Report. Il lui manque un brin d’esthétisme qui aurait pu pourtant coller avec l’ambiance parfois assez sombre. Mais ceci n’est qu’un léger regret car, encore une fois, on est assez pris dans l’histoire tout au long du film pour ne pas penser à tout ça et pour que le plaisir ne soit en rien gâché.

Le casting est très professionnel. Aussi bien Bruce Willis, que Joseph Gordon-Levitt et Emily Blunt s’acquitte de leur rôle de manière convaincante, sans y mettre cependant trop de génie. Mais là aussi, c’est aussi avant tout parce que c’est l’intrigue qui compte avant tout et la sobriété de leur jeu leur permet simplement d’être au service de l’histoire et c’est sans doute mieux comme ça.

Au final Looper restera un des bons moments de science-fiction de cette année 2012. Il ne restera peut-être pas à jamais dans les annales du genre, mais prouve que les voyages dans le temps ont de quoi nous réserver encore bien d’autres bons moments.

Fiche technique :
Production : DMG Entertainment, Endgame, FilmDistrict, Ram Bergman productions
Distribution : SND
Réalisation : Rian Johnson
Scénario : Rian Johnson
Montage : Bob Ducsay
Photo : Steve Yedlin
Décors : Ed Verreaux
Musique : Nathan Johnson
Durée : 110 mn

Casting :
Joseph Gordon-Levitt : Joe
Bruce Willis : Joe, plus vieux
Emily Blunt : Sara
Paul Dano : Seth
Noah Segan : Kid Blue
Piper Perabo : Suzie
Jeff Daniels : Abe
Qing Xu : la femme de Joe

LE JOUR DES CORNEILLES : Cocorico !

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lejourdescorneillesafficheL’animation française s’est toujours démarquée par une certaine ambition et surtout un refus d’être cantonnée aux bonnes attentions sirupeuses à la Disney. Nos petites têtes blondes ont droit ainsi à autre chose que des gentils très gentils et des méchants très méchants. Le beau succès du dernier Kirikou montre que ce genre possède bien son public dans notre pays et ce grâce à ses qualités. Une nouvelle preuve est fournie par la très grande qualité de Le Jour des Corneilles, qui séduira petits (enfin pas trop quand même) et grands.

Une jeune garçon vit seul dans la forêt avec son père. Il ne peut en sortir sous peine de disparaître à jamais lui dit-on. Il mène une vie dure, sous les ordres de son géniteur qui lui prodigue plus d’ordres que d’affection, sans même parler de compliments. Ses seuls compagnons sont des personnages muets à tête d’animaux. Parmi eux, sa mère, auprès de laquelle il recherche souvent le réconfort. Un jour son père se blesse et se retrouve inconscient. Cherchant de l’aide auprès de ses amis, il se voit conseiller quelque chose qui lui semblait jusqu’à présent inconcevable : aller chercher de l’aide en dehors de la forêt.

Le Jour des Corneilles est un film très riche, que l’on peut rattacher à bien des références : Princesse Mononoke, le Village, Tu Seras Mon Fils… Bref un mélange de thématiques et d’idées pas forcément hyper originales, mais que l’on ne s’attendait pas forcément à voir associées, surtout dans un film d’animation. Si le ton a un côté enfantin, beaucoup de sujets abordés pourraient l’être dans des œuvres pour adultes. Ceci est tout à fait compréhensible quand on sait que le roman dont le film est tiré ne s’adresse pas spécialement aux enfants.

Le rapport père-fils, la mort, voilà des sujets que l’on ne voit que rarement chez Disney. Mais le Jour des Corneilles a la bonne idée de prendre les enfants pour des spectateurs comme les autres, capables de comprendre les choses de la vraie vie vraie. Certes, l’intrigue n’est pas spécialement complexe et certains personnages ont une psychologie guère subtile. Mais le tout possède quand même une épaisseur que pourrait lui envier bien des longs métrages pour adultes, tournés avec de vrais acteurs. Bref, ce film est familial, mais sans aucune connotation négative.

Le Jour des Corneilles mêlent donc avec beaucoup de bonheur le rire et les larmes. Il n’y a pas à proprement parler de gags, mais les possibilités offertes par l’animation sont utilisées pour insuffler de la fantaisie et de l’imagination. Les lois de la physique sont presque respectées, même si quelques bons entre les arbres ne seraient guère possibles dans le monde réel. Les aspects plus dramatiques ne traumatiseront pas outre mesure les plus sensibles de nos petites têtes blondes, mais procurent à cette histoire une vraie force et surtout un réel intérêt, même pour un public adulte.

lejourdescorneillesLe Jour des Corneilles se démarque aussi grâce à un graphisme vraiment superbe. Il allie une animation fluide (mais pas totalement parfaite) avec une vrai personnalité graphique. Cela n’a pas la froideur de l’image de synthèse. Il s’agit de vrais dessins d’artiste, ce qui donne une vrai chaleur à ce film d’animation qui n’est pas rétro, mais tout simplement beau. A ce niveau là, seul un Miyazaki peut rivaliser !

Le casting voix est très prestigieux avec un trio Jean Réno, Laurant Deutsch, Isabelle Carré qui s’acquitte de sa tâche avec application et talent. Mais la petite touche d’émotion vient de la présence du très regretté Claude Chabrol qui offre là peut-être sa dernière contribution au cinéma français.

Le Jour des Corneilles est sans doute le meilleur film d’animation de l’année. Et il vient de chez nous ! Cocorico !

Fiche technique :
Production : Finalement, Max films, Melusine Productions, Walking the dog, Folimage, Je Suis Bien Content, uFilm, Gebeka films
Distribution : Gebeka Films
Réalisation : Jean-Christophe dessaint
Scénario : Amandine Taffin, d’après l’oeuvre de Jean-François Beauchemin
Montage : Opportune Taffin
Décors : Pascal Gerard
Son : Loïc Prian, Damien Boitel
Musique : Simon Leclerc
Directeur artistique : Patrice Suau
Durée : 96 mn

Casting :
Jean Réno : le père Courge
Lorànt Deutsch : le fils Courge
Isabelle Carré : Manon
Claude Chabrol : le docteur
Bruno Poladylès : l infirmer, le vieux Ronce
Chantal Neuwirth : la vieille Ronce

SKYFALL : James Bond est éternel

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skyfallafficheJ’ai régulièrement introduit des critiques ces derniers temps en parlant de la difficulté de relancer une franchise pour un troisième épisode. Alors que dire d’une franchise qui affiche 50 ans au compteur et qui en est à son 23ème épisode. Mais voilà, James Bond n’est pas une franchise comme les autres. Ou plutôt c’est la franchise qui a crée un mythe, une légende qui dépasse largement le cadre du 7ème art. Un personnage éternel qui confirme avec ce merveilleux Skyfall qu’il sait se réinventer encore et encore.

En mission à Istanbul, James Bond est à la poursuite d’un tueur qui vient de dérober un disque dur sur lequel se trouve le nom de tous les agents occidentaux infiltrés dans une organisation terroriste. Les deux hommes finissent par se battre sur le toit d’un train. La coéquipière de 007 les a en ligne de mire, mais le tir n’est pas sûr. M lui ordonne alors de faire feu quand même. Malheureusement, c’est Bond qui est touché…

Voilà, je vous ai raconté ce qui se passe avant le générique et c’est tout. De toute façon, dans un James Bond, il ne faut jamais aller au-delà, sinon on gâche le plaisir. Et encore plus dans Skyfall qui n’est certainement pas un épisode comme les autres. Pas simplement parce que c’est un des meilleurs de l’histoire. Non, parce qu’il est foncièrement différent, parce qu’il nous raconte autre chose, tout en étant celui qui fait renaître toutes les traditions le plus anciennes.

Avec Casino Royale, James Bond était reparti de zéro et cela avait apporté un vrai vent de fraîcheur et de renouveau. On nous racontait en quelque sorte comment James Bond avant James Bond. Mais Quantum of Solace qui a suivi s’est montré profondément décevant, preuve que le processus n’était pas arrivé à son terme. Alors, les auteurs ont remis le fer sur l’ouvrage et on donné naissance à Skyfall, le premier James Bond qui nous parle de qui est cet homme sous le smoking d’agent secret. Ce film n’est rien une analyse psychologique profonde, mais enfin, après 23 films, on nous fait découvrir ce qu’il y a derrière ce vernis de perfection. Pour la première fois, on ne fait pas que l’admirer, mais on le comprend. Sans rien dévoiler de la fin, cette dernière nous laisse avec la sensation que, oui, cette fois, James Bond est bien de nouveau James Bond. D’ailleurs, les amateurs de 007 remarqueront la caractéristique que partage Casino Royale et Skyfall quant à leurs génériques, détail particulièrement révélateur !

Bien sûr, entre temps, il y a un film d’espionnage. Si James Bond a toujours été plutôt proche du film d’action spectaculaire, avec moult poursuites, fusillades, cascades et autres gadgets. Cette fois-ci, c’est plutôt du film noir que Skyfall se rapproche. On n’est pas tout à fait dans du John Le Carré, mais presque. Le choix de Sam Mendes à la réalisation, pas vraiment un habitué des films d’action, pouvait surprendre, mais il prend finalement tout son sen. Encore une fois, les personnages prennent ici le pas sur les péripéties. Mais rassurez-vous, vous en aurez tout de même votre ration de grand spectacle avec un final particulièrement réussi. Cependant, la franchise a définitivement tourné le dos à la surenchère qui a caractérisée les années Brosnan et qui s’était achevé avec une voiture invisible. Il y a un vrai retour au sources, une réinvention de la mythologie, une exploration de son origine. Et dieu que c’est bon !

skyfallCette fois, promis, je ne médirai plus jamais sur Daniel Craig. Certes, il est blond… mais il est James Bond, définitivement… Skyfall, par la nature même de ce film, le fait incarner le personnage comme Sean Connery n’a jamais eu l’occasion de le faire. Il n’est pas que le justicier, que le super espion, mais il est aussi l’homme, ce qui lui confère une dimension supplémentaire. En face de lui, un Javier Barden dont le rôle est au final presque secondaire, mais qui nous offre une des scènes les plus mémorables de la saga, avec un dialogue que l’on aurait certainement pas entendu dans les années 60. Quant aux James Bond Girls, celles de ce film ne rentreront certainement pas dans la légende. Un James Bond pas comme les autres, on vous dit…

James Bond est donc toujours là et bien là ! Skyfall nous fait même penser qu’il est plus jeune que jamais, avec ce film surprenant qui, après 50 ans d’admiration, nous fait enfin aimer l’agent 007.

Fiche technique :
Production : Eon Productions, MGM, Sony Pictures Entertainment
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Sam Mendes
Scénario : Neal Purvis, Robert Wade, John Logan
Montage : Stuart Baird
Photo : Roger Deakins
Décors : Dennis Gassner
Musique : Thomas Newman, chanson : Adèle
Durée : 143 mn

Casting :
Daniel Craig : James Bond
Judi Dench : M
Javier Bardem : Silva
Ralph Fiennes : Gareth Mallory
Naomie Harris : Eve
Bérénice Marlohe : Séverine
Ben Whishaw : Q
Albert Finney : Kincade
Ola Rapace : Patrice

ASTERIX ET OBELIX : AU SERVICE DE SA MAJESTE : Not so good, not so bad

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asterixetobelixauservicedesamajesteafficheDans l’histoire des bonnes idées que j’ai pu avoir, il y a eu une qui fut particulièrement bonne : ne pas aller voir Asterix aux Jeux Olympiques. En effet, échaudé par un Bronzés 3 qui s’est révélé être avant tout un grand foutage de gueule, j’avais pris la résolution ferme et définitive de ne pas me faire avoir deux fois par les sirènes du marketing. C’est donc avec beaucoup de méfiance que j’ai vu arriver ce quatrième volet, Asterix et Obelix : Au Service de sa Majesté. Mais les critiques plutôt positives m’ont finalement décidé à m’y rendre. Et au final, je ne regrette pas, même s’il y a bien des critiques à formuler.

Jules César a décidé d’écrire lui-même une nouvelle page de sa légende en envahissant ce qui n’est pas encore la Grande-Bretagne. En attaquant à l’heure du thé, il conquière rapidement l’ensemble de la contrée, sauf un village qui résiste. La Reine qui s’y trouve se résout à envoyer son émissaire, Jolithorax, demander de l’aide au village gaulois qui connaît cette même situation depuis des années, grâce à sa fameuse potion magique.

On le sait, une bonne comédie dure 1h30. C’est généralement amplement suffisant et chaque minute en plus est une minute en trop, minant ce qui représente la base du rire en cascade, le rythme. Mais voilà, Asterix et Obelix : Au Service de sa Majesté dure 1h50, soit vingt minutes de trop. Bon, vous me direz, Asterix et Obelix : Mission Cléopâtre faisait exactement la même durée, mais je ne vais pas me laisser démonter par un tel argument. Ce 4ème épisode est sympathique, mais un peu trop poussif pour être totalement réussi.

Asterix et Obelix : Au Service de sa Majesté est drôle, mais par intermittence. Les bonnes idées, les moments potentiellement cultes se retrouve un peu noyés au milieu de longueurs désagréables. Même les scènes les plus réussies auraient pour la plupart gagnées à être légèrement raccourcies. Il faudrait un jour que les réalisateurs de comédies françaises comprennent que l’humour n’est pas une variable cumulative et qu’un effet amusant qui dure longtemps n’en devient pas pour autant hilarant. Enfin globalement, le film se défend et pourra joyeusement égayer une soirée pluvieuse passée devant le petit écran. Par contre, que le film soit à la hauteur du mythe reste un autre problème bien plus délicat.

Asterix et Obelix : Au Service de sa Majesté reste une grosse production et les moyens ont été mis pour qu’il soit visuellement convaincant. Les anachronismes fonctionnent assez bien parce que les décors sont soignés, tout comme les costumes et les effets spéciaux. Bon ces derniers ne sont pas au top de la technologie, mais bien suffisant pour une pure comédie. L’univers visuel respecte celui de la BD sans chercher forcément à coller à 100%. Il s’agit d’une adaptation, on ne peut atteindre le même degré de fidélité qu’avec un dessin-animé.

asterixetobelixauservicedesamajesteAu final, ce qui fait qu’Asterix et Obelix : Au Service de sa Majesté est un film ni bon, ni mauvais reste la performance d’Edouard Baer. Non qu’il ne soit pas bon, cela est impossible. Mais il se retrouve quand même pris entre deux feux. D’un côté, il nous livre son numéro habituel d’ahuri lunaire. Mais de l’autre, il doit bien quand même un minimum respecter un personnage faisant à ce point partie du patrimoine culturel national. Du coup, on sent qu’il joue avec le frein à main et il n’est pas évident qu’au final ce changement de casting constitue vraiment un plus. Au moins, en Otis, il pouvait s’en donner à cœur joie pour notre plus grand bonheur.

Le reste du casting est prestigieux et tout le monde semble s’amuser comme des petits fous. Gérard Depardieu joue quand même particulièrement les crétins. Une second nature peut-être. Fabrice Luchini arrive à ne pas en faire des tonnes en Jules César. Guillaume Galienne parvient lui aussi à ne pas trop cabotiner. Enfin, pas trop… Mais la vraie star des seconds rôles reste Valérie Lemercier, qui ne perd rien de son potentiel comique au fur et à mesure des années.

Asterix et Obelix : Au Service de sa Majesté n’est sûrement pas aussi réussi qu’il aurait pu l’être. On peut disserter sur le sujet ou simplement se contenter de passer tout de même un bon moment devant une comédie distrayante, mais certainement pas mythique.

Fiche technique :
Production : Cinetotal, Fidélité Films, SCOPE Pictures, Film Kairòs, Morena Films, Wild Bunch
Distribution : Wild Bunch Distribution
Réalisation : Laurent Tirard
Scénario : Laurent Tirard, Grégoire Vigneron, d’après les albums de Goscinny et Uderzo
Montage : Valérie Deseine
Photo : Catherine Pujol, Denis Rouden
Décors : Françoise Dupertuis
Musique : Klaus Badelt, Casanova (BB Brunes)
Directeur artistique : Zsuzsanna Borvendég, Lionel Mathis, Étienne Rohde
Durée : 109 mn

Casting :
Edouard Baer : Astérix
Gérard Depardieu : Obélix
Guillaume Gallienne : Jolitorax
Vincent Lacoste : Goudurix
Valérie Lemercier : Miss Macintosh
Fabrice Luchini : Jules César
Catherine Deneuve : Cordelia, la reine d’Angleterre
Charlotte Le Bon : Ophélia
Dany Boon : Teledepiaf

DANS LA MAISON : Le récit d’un récit qui ignore où il va qui ignore où il va

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danslamaisonafficheAh François Ozon ! Un des réalisateurs les plus brillants du cinéma hexagonal. Un réalisateur qui s’est essayé à des genres très différents, caractéristique assez rare dans notre beau pays pour être soulignée. Il le fait souvent avec bonheur. Mais la perfection n’étant pas de ce monde, il lui arrive aussi d’avoir des légers ratés. C’est à mon sens le cas de Dans la Maison, un film complexe dans lequel François s’est quelque peu perdu.

Monsieur Germain est professeur de français, mais est désespéré par le niveau de ses élèves. Il se prend néanmoins d’affection pour Claude, un jeune garçon de 16 ans, auquel il trouve un vrai potentiel d’écrivain. Ce dernier lui propose une œuvre, sous forme de feuilleton, où il explore la vie de son camarade de classe, Rafa, sa maison, sa famille. Un récit troublant, où la limite entre fiction et réalité est floue, fascinant le professeur qui va alors lui aussi perdre le sens des réalités.

Dans la Maison est un film qui débute pourtant parfaitement bien. La bande-annonce était prometteuse et les premières minutes nous font penser que le résultat va être à la hauteur de nos espérances. Malheureusement, très vite on comprend que François Ozon, après avoir posé ses personnages et son intrigue, a bien du mal à savoir où les mener. S’il entraîne le spectateur sur de fausses pistes, cela semble le plus souvent involontaire. Le tout s’achèvera avec un dénouement loin d’être convaincant, qui démontre bien qu’à ne pas savoir où aller, on ne sait pas très bien où on finit par arriver.

Mais à côté de ça, Dans la Maison est un film excessivement bien réalisé. Excessivement car comme toujours avec François Ozon, on peut être agacé par un léger cabotinage dans la réalisation. Les effets sont nombreux, parfaitement maîtrisés, mais font parfois ressembler ses films à des exercices de style. Cependant, dans ce film, il les utilise vraiment à bon escient pour nous faire partager des éléments de l’intriguer de manière originale et surprenante. Il y a une vraie ambition artistique chez lui, même dans des contextes intimistes, et c’est assez rare dans l’Hexagone pour être souligné et encouragé.

Le flou dans lequel baigne l’intrigue nuit gravement à l’attachement que l’on peut ressentir pour les personnages. Nos sentiments vis-à-vis d’eux sont eux-aussi brouillés, indistincts. Or, Dans la Maison aurait du être un film de personnages. Mais leurs motivations profondes, leurs désirs réels restent trop indéterminés pour qu’on les comprenne. Du coup, il manque à ce film quelque chose qui nous permette de rentrer totalement dans cette histoire.

danslamaisonOn peut cependant reconnaître qu’on ne s’ennuie pas devant Dans la Maison. En effet, malgré tout, on reste motivé par l’envie de connaître où tout cela va nous mener. Alors, certes, la fin est décevante, mais on aura toujours gardé l’espoir qu’il y a réellement un sens à tout ça, qu’il nous échappe pour l’instant, mais qu’il nous sera révélé au final. Ce n’est pas le cas, la déception est grande, mais au moins cela a-t-il préservé un minimum de suspense tout au long du film.

Dans la Maison permet à Fabrice Luchini de faire du Fabrice Luchini. Cela n’a rien d’étonnant quand on connaît l’acteur, mais soulignons tout de même que François Ozon a su le diriger pour éviter l’overdose. De toute façon, les vraies stars de ce film sont les deux adolescents, Ernst Umhaueur et Bastien Ughetto, qui livrent tous deux une performance impressionnante de maturité. Un mot enfin sur une Emmanuelle Seigner qui prouve définitivement qu’elle est mille fois meilleure actrice que sa sœur.

Dans la Maison est donc un film mal maîtrisé. Sans être foncièrement mauvais, il n’arrive à pas concrétiser avec force les promesses qu’il fait naître.

Fiche technique :
Distribution : Mars distribution
Réalisation : François Ozon
Scénario : François ozon, d’après l’oeuvre de Juan Mayorga
Montage : Laure Gardette
Format : Jérôme Alméras
Décors : Arnaud de Moléron
Musique : Philippe Rombi
Costumes : Pascaline Chavanne
Durée : 105 mn

Casting :
Fabrice Luchini : Germain
Ernst Umhauer : Claude
Kristin Scott-Thomas : Jeanne
Emmanuelle Seigner : Esther
Denis Ménochet : le père de Raphael
Bastien Ughetto : Raphael
Jean-François Balmer : le proviseur
Yolande Moreau : les jumelles

SAVAGES : Résurection incomplète

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savagesafficheIl y a des réalisateurs que l’on pense à jamais perdus pour le cinéma. Ainsi, on attend depuis bientôt trente ans la résurrection de Brian de Palma. Mais plus le temps passe, plus on se résigne au fait que cela n’arrivera jamais. Il est bel et bien mort et enterré artistiquement… On se disait la même chose d’Oliver Stone, qui n’avait rien sorti de transcendant depuis JFK en 1991. Bon, j’avoue je n’ai jamais vu Tueurs Nés, mais cela ne repousserait le début de son coma qu’à 1994. Ce n’est pas la moumoute de Colin Farrel dans Alexandre qui nous avait convaincu de son retour à la vie. Par contre ce Savages fait naître en nous les plus grands espoirs !

Ben et Chon produisent paisiblement le meilleur cannabis d’Amérique. Ils mènent leurs affaires sans violence, ou si peu, formant un trio amoureux avec la très jolie Ophélia. Mais la chef d’un des plus grands cartels mexicains décident de s’associer avec eux pour bénéficier de leurs talents uniques. Ils refusent. Mais leurs interlocuteurs sont de ceux qui font des propositions que l’on ne peut justement pas refuser.

On aurait aimé apprécier Savages en se disant que c’est un Oliver Stone un peu mineur, mais vraiment pas déplaisant. Vus les circonstances, on se contentera de dire que si le génie du réalisateur de Platoon n’a pas connu ici une renaissance complète, ce film peut nous faire espérer que cela est encore possible. Il s’agit clairement de son meilleur film depuis vingt ans, mais se situe encore loin d’un Wall Street ou d’un The Doors. Disons que certains passages nous rappellent à quel point Oliver Stone peut se montrer brillant.

En fait, Savages se caractérise par une réalisation imaginative et léchée d’une part et par un scénario qui propose rien de très nouveau d’autre part. Oliver Stone sait tenir une caméra, cela reste incontestable. L’emploi du noir et blanc, le cadrage, la photographie, tout cela démontre un vrai souci artistique. Le film est visuellement très abouti et rend les scènes de violence et de sexe pourtant explicites plaisantes. L’univers du réalisateur a toujours été violent et a toujours cherché à provoquer le spectateur. Mais les temps ont changé depuis Tueurs Nés et rien ici ne vient vraiment choquer outre mesure. A tel point qu’on pourrait même s’en inquiéter.

L’histoire des Savages est faussement original. Certes, il ne suit pas forcément le schéma habituel des films sur le monde de la drogue, mais on n’est jamais vraiment surpris par quoi que ce soit. Il paraît que le roman dont le film est tiré est excellent, mais cela donne une adaptation plaisante mais qui ne procure pas vraiment de quoi s’enthousiasmer. La scène finale constitue le seul moment où le spectateur est quelque pris à contre-pied. Cela permet au moins de rester sur une bonne note. Enfin globalement, l’intrigue est solide et rythmée. On ne s’ennuie pas et c’est au final bien le principal.

En fait Savages aurait du vraiment marquer les esprits par ses personnages. Ils ont tous des caractères bien distincts, à la limite de l’archétype. Ils affichent une vraie personnalité, mais ils leur manquent tous ce petit supplément d’âme qui aurait fait toute la différence. Seul le personnage d’Ophélia, qui sert aussi de narratrice, dégage assez de profondeur pour vraiment nous toucher et nous faire ressentir un véritable sentiment d’attachement. Les autres nous laissent plus froid, nous empêchant ainsi de rentrer totalement dans ce film.

savagesS’il y a un domaine où Oliver Stone a pêché, c’est bien la direction d’acteurs. Le casting est alléchant, surtout pour les méchants, mais ils laissent trop ses comédiens cabotiner. La palme revient à Benicio De Toro qui aurait pu vraiment être génial s’il n’en faisait pas trop. Il en fait trop certes avec son immense talent, mais il en fait trop quand même. Salma Hayeck est elle-aussi quelque peu atteinte du même mal, même si elle a au moins le mérite de nous proposer un registre où on ne l’attendait pas forcément. Par contre, rien à dire sur John Travolta, très professionnel. Les deux personnages principaux manquent un tantinet de charisme malgré la belle gueule de Taylor Kitsch et Arraon Taylor-Johnson. En fait, c’est Blake Lively, qui incarne Ophélia, qui nous apporte la petite touche de charme en plus.

Savages donne plusieurs raisons de se réjouir. Un film quand même globalement réussi, par un réalisateur qu’on ne pensait plus voir à ce niveau… Mais qui a atteint des sommets plus élevés dans sa carrière.

Fiche technique :
Production : Ixtlan, Onda Entertainment, relativity Media
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Oliver Stone
Scénario : Oliver Stone, Shane Salerno, Don Winslow d’après le roman de Don Winslow
Montage : Joe Hutshing, Stuart Levy, Alex Marquez
Photo : Dan Mindel
Décors : Tomas Voth
Musique : Adam Peters
Directeur artistique : Lisa Vasconcellos
Durée : 131 mn

Casting :
Blake Lively : O
Taylor Kitsch : Chon
Aaron Taylor-Johnson : Ben
Benicio Del Toro : Lado
John Travolta : Dennis
Salma Hayek : Elena
Damian Bichir : Alex
Emile Hirsch : Spin

TED : Un ourson qui vous veut du bien

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tedafficheQui n’a jamais parlé à une de ses peluches étant petit… ou étant plus grand aussi d’ailleurs ? Bon, arrivé à un certain âge, on parle plutôt à ses plantes vertes. Mais dans tous les cas, jamais nos interlocuteurs ne nous ont répondu. Pourtant, dieu sait si on l’a souhaité parfois… Imaginons cependant deux secondes que ce désir puisse donner vie à notre ours en peluche… Nous obtenons un film, Ted… qui s’intéresse surtout à ce que l’on peut faire de ce compagnon une fois que l’on est adulte.

Ted et John sont les meilleurs amis du monde depuis que ce dernier à 8 ans. Le premier problème est que le premier est un ours en peluche. Le second est que le jeune garçon a désormais 35 ans et vit une belle histoire d’amour depuis 4 ans avec la sublime Lori. Cependant, elle supporte mal cet encombrant compagnon qui infantilise l’homme de sa vie et le maintien au stade d’éternel adolescent.

Ted est l’exemple type de la bonne idée exploitée de manière incomplète. Le film est drôle, parfois très drôle, parfois très lourd aussi, mais manque de cette petite étincelle de génie qui aurait enflammé le tout. On ne s’ennuie pas, on passe même un bon moment, mais on ressort quelque peu frustré, se disant qu’il y avait mieux à faire. Le film alterne la parodie, le détournement, le politiquement incorrect, sans jamais pour autant aller au bout des choses, comme si par peur d’aller trop loin, les scénaristes étaient restés trop près.

Ted est un film sur la nostalgie et sur la difficulté à renoncer à ces petites choses qui nous ramènent en enfance et qui nous rassurent. Ceci peut être un film culte, comme Flash Gordon, ou bien sûr un ours en peluche vivant, mais ce qui est bien plus rare quand même dans la vraie vie. D’ailleurs, le film propose un certain nombre de clins d’œil et de références, parfois très savoureux, comme ce petit extrait de la musique d’Indiana Jones dans un passage qui nous rappelle une scène culte des Aventuriers de l’Arche Perdu. Cet aspect est plutôt réussi et sympathique.

Ted a un scénario qui aurait pu être vraiment riche. A la fois pure comédie, comédie romantique et même quasi film d’action sur la fin. Mais tous ces aspects demeurent trop superficiels pour vraiment être passionnants. Encore une fois, cette superposition nous préserve de l’ennui, mais nous donne l’impression que parfois le scénario rame quelque peu. En n’osant pas pousser plus loin la psychologie des personnages, les auteurs se sont contentés d’un propos superficiel, sans aucune prise de risque et qui ne restera donc pas dans les mémoires.

tedUn mot enfin sur l’humour… Comme je l’ai dit, c’est vraiment drôle parfois, avec de vrais gags percutants et de vraies trouvailles. Par contre, comme dans toute bonne comédie américaine, Ted est parsemé de quelques moments d’humour scato… Bon ok, je sais que c’est moi qui n’aime particulièrement pas ça, mais tout de même, ils pourraient s’en passer quelques fois.

Ted aurait pu valoir le coup aussi par un Mark Wahlberg totalement à contre-emploi. Mais avouons-le, on ne le sent pas particulièrement à l’aise et son potentiel comique est quand même particulièrement limité, vu son manque cruel d’expressivité. Mila Kunis confirme par contre qu’elle est une des plus charmantes actrices d’Hollywood, un charme à l’opposé du cliché de la blonde typique hollywoodienne. Mais la vraie star de ce film reste bien cet ours en peluche, magnifiquement doublé par Seth McFarlane. Il faut bien avouer que tout ce qui a de l’intérêt dans ce film passe par lui.

Ted est donc un film ni vraiment raté, ni totalement réussi. Un film politiquement incorrect par moment… mais pas tant que ça au final.

Fiche technique :
Production : Universal Pictures International, Media Rights Capital, Fuzzy Door, Bluegrass Films, Smart Entertainment
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Seth MacFarlane
Scénario : Seth MacFarlane, Alec Sulkin, Wellesley Wild
Montage : Jeff freeman
Photo : Michael Barrett
Format : 35mm
Décors : Stephen Lineweaver
Son : Tom Williams
Musique : Walter Murphy
Effets spéciaux : Blair Clark
Durée : 107 mn

Casting :
Mark Wahlberg : John Bennett
Mila Kunis : Lori Collins
Seth Macfarlane : Ted
Joel McHale : Rex
Giovanni Ribisi : Donny
Patrick Stewart : Le narrateur