MAUVAISE FILLE : La peur du sujet

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mauvaisefilleafficheLe cinéma et la littérature sont pleins d’histoires sur les mauvais parents. Etre élevé à la dure, sans amour, sans considération, en subissant de la violence ou bien pire, voilà une situation qui a inspiré plus d’un auteur. Mais n’existe-t-il pas aussi de mauvais enfants ? Je ne parle pas ici de l’ingratitude adolescente, mais de la manière dont on peut parfois « maltraiter » ses parents une fois que l’on est devenu soi-même un adulte et qu’on construit une vie en dehors d’eux. C’est de cela que nous parle Mauvaise Fille.

Louise n’a pas eu une enfance très stable entre une mère droguée et hippie et un père star du rock. Mais c’est une adulte désormais et elle a réussi à renouer des relations stables avec ses parents. Elle apprend qu’elle est enceinte, quelques heures après avoir accompagné sa mère à l’hôpital pour découvrir que le cancer de cette dernière est entrée dans une phase qui va l’emmener irrémédiablement vers la mort. Comment annoncer une si bonne nouvelle, partager une tel bonheur dans de telles circonstances ?

Mauvaise Fille est un film au propos assez original. La culpabilité provoqué par son propre bonheur face au malheur d’autrui, en particulier quand il s’agit des malheurs de sa propre mère, voici un sujet audacieux et qui aurait pu aboutir à une réflexion profonde et inattendue. Le problème est que Patrick Mille semble paralysé par son sujet et le film se conclue sans réelle conclusion. Les éléments sont bien posés, mais le réalisateur n’en fait rien, ou du moins rien de vraiment convaincant. On en ressort donc quelque peu frustré.

Pourtant, on passe les 1h50 du film à espérer. Très souvent, on se dit que le moment fort, celui où les personnages vont enfin se confronter pour de bon, est proche. Mais au final, il ne viendra jamais, esquivant le cœur du sujet, comme Louise esquive le moment où elle devra prendre son courage à deux mains.La pusillanimité (oui, j’avais envie d’employer ce mot !) dont fait preuve Louise ressemble à celle de Patrick Mille face à son sujet. Du coup, on pourrait lui adresser les mêmes reproches que ceux que l’on adresse à son héroïne.

mauvaisefilleMauvaise Fille pêche aussi quelque peu par la forme. En effet, le film est composé d’un enchaînement entre présent et flashbacks. Le problème est qu’on a parfois du mal à distinguer ces deux moments, surtout au début quand la mère est encore en bonne santé. On finit par s’y faire et ne plus se sentir perdu, mais c’est parfois un peu perturbant dans la première partie du film. Le problème est que cela rend plus difficile au spectateur de vraiment rentrer dans cette histoire. Personnellement, je crois bien que je n’y suis jamais vraiment parvenu.

Mauvaise Fille constitue par contre l’occasion de découvrir à quel point Izia Higelin est une artiste accomplie. On l’avait déjà remarqué pour son premier excellent album, on découvre ici qu’elle est aussi une formidable actrice. Son charme est dévastateur et sa présence à l’écran est impressionnante. Elle éclipse tout le reste du casting, même Carole Bouquet qui paraît effacée face à ce talent à l’état brut. Une vraie révélation donc !

Mauvaise Fille est donc un film au scénario frustrant, tant il semble esquiver ce qui aurait du constituer le cœur d’un sujet audacieux qui méritait mieux.

Fiche technique :
Production : ARP Sélection, uFilm, Nexus Factory, Chapter 2
Distribution : ARP Sélection
Réalisation : Patrick Mille
Scénario : Justine Levy, Patrick Mille, d’après le roman autobiographique de Justine Levy
Montage : Yann Dedet
Photo : Jérôme Alméras
Décors : Benoît Barouh
Musique : Syd Matters, Jonathan Morali
Durée : 108 mn

Casting :
Arthur Dupont : Pablo
Bob Geldof : Georges
Carole Bouquet : Alice
Izia Higelin : Louise
Jacques Weber : Professeur Lecoq

ROYAL AFFAIR : Lumières danoises

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royalaffairafficheDécidément, la saison est aux grandes fresques historiques en costumes européennes. Après, Les Lignes de Wellington qui nous a fait vivre un moment très important de l’histoire du Portugal, voici Royal Affair qui nous plonge aux origines de l’état danois. La saison est aussi aux films avec Mads Mikkelsen, qui est de plus en plus présents sur nos écrans, tournant de chaque côté de l’Atlantique. Mais le plus réjouissant, c’est que la saison est aussi aux bons films.

Caroline quitte la cour d’Angleterre pour aller épouser le Roi du Danemark, Christian VII. Mais elle va trouver surtout un souverain atteint d’aliénation mentale, qui ne gouverne qu’en théorie, laissant tout le pouvoir à son conseil des ministres. Le couple n’en sera jamais un, malgré la naissance d’un enfant. Mais l’arrivé d’un petit médecin de province, l’Allemand Struensee auprès du Roi va tout changer. En effet, en plus d’une vision plus moderne de la médecine et de l’hygiène, ce dernier va introduire les idées des Lumières à la cour. Il va vite avoir une emprise totale sur Christian… et une d’une autre nature sur la Reine.

Allez, il y avait longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de me plaindre sur la traduction d’un titre original. En effet, celui-ci est En kongelig affære… Je ne parle pas Danois mais j’ai fait de l’allemand et je vois bien que Royal Affair est effectivement une traduction littérale. Mais pourquoi sortir en France un film danois avec un titre en anglais ? J’avais déjà fait cette remarque pour le film suédois, Easy Money. Je connais la réponse, il s’agit simplement du titre du film pour sa distribution internationale. N’empêche que je continue de trouver ça ridicule.

Bref, passons et revenons au film en lui-même. Comme tout bon film historique qui se respecte, A Royal Affair présente un intérêt double. Déjà, un intérêt purement narratif avec cette fresque type « de l’ascension à la chute », doublé d’un triangle amoureux. Des éléments assez classiques mais qui ont utilisés à très bon escient ici. Si on doit faire un reproche à ce film, c’est sans doute sa longueur, 2h15, alors que le scénario ne cherche pas vraiment à ménager un faux suspense. On voit assez clairement où tout cela va nous mener, ce qui aurait pu n’être pas le moins du monde gênant si cela ne donnait pas l’impression d’étirer un peu inutilement l’intrigue. Mais globalement, on ne s’ennuie pas et on a toujours hâte de connaître la suite.

L’autre intérêt est évidemment plus intellectuel, avec la découverte de cette épisode peu connu chez nous de l’histoire européenne. Les Lumières n’ont pas concerné que la France, l’Angleterre et ces territoires qui n’allaient pas tarder à devenir les Etats-Unis. Elles se sont répandues dans toute l’Europe, Royal Affair en est la preuve. Ce film permet aussi de comprendre que cette « révolution » fut un long chemin, qui s’est étalé sur plusieurs décennies et a été émaillé par des combats parfois sanglants entre anciens et modernes.

royalaffairLa reconstitution historique est remarquable dans A Royal Affair. Le film prouve, après les Lignes de Wellington, que le cinéma européen sait mettre les moyens quand il le veut bien. Certes, il a toujours su proposer de beaux costumes et de beaux décors, mais on sent ici que Nikolaj Arcel n’a pas eu à se limiter en termes d’extérieur ou de figurants. Bref, c’est convaincant et parfois assez spectaculaire. Il offre aussi une vision certainement plus réaliste des cours européennes que l’a proposé le Marie-Antoinette un peu rêvée de Sofia Coppola.

Royal Affair nous propose aussi un beau casting. Bien sûr, Mads Mikkelsen sort du lot et éclabousse ce film de sa classe. Le voir parler dans sa langue natale rend son jeu encore plus convaincant et nous permet de rentrer totalement dans cette histoire. Mais ces compagnons à l’écran ne sont pas en reste, aussi bien Alicia Vikander, qui interprète la Reine, que Mikkel Boe Folsgaard, qui incarne le Roi.

Royal Affair fait sûrement bien des entorses à l’histoire. Mais il reste un film convaincant, d’un réel intérêt historique, porté par des moyens et une production à la hauteur.

Fiche technique :
Production : Zentropa Enetratinments, DR TV, Trollhättan Film AB, Film i Väst, Sirena Film
Distribution : Chrysalis, Jour 2 fête
Réalisation : Nikolaj Arcel
Scénario : Nikolaj Arcel, Rasmus Heisterberg, d’après le roman de Bodil Steensen-Leth
Montage : Kasper Leick, Mikkel E.G. Nielsen
Photo : Rasmus Videbaek
Décors : Niels Sejer
Musique : Gabriel Yared
Costumes : Manon Rasmussen
Durée : 137 mn

Casting :
Alicia Vikander : Caroline Mathilde
Mads Mikkelsen : Johann Friedrich Struensee
Mikkel Boe Folsgaard : Christian VII
Trine Dyrholm : Julianne Marie
David Dencik : Ove Hoegh-Guldberg
Thomas W. Gabrielsson : Schack Carl Rantzau
Cyron Melville : Enevold Brandt

LES NEIGES DU KILIMANDJARO : Ingrat, une ville

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lesneigesdukilimandjaroafficheAprès en avoir entendu tant de bien, j’ai enfin vu les Neiges du Kilimandjaro à l’occasion de son passage sur Canal. Un film qui m’aura particulièrement parlé puisqu’il parle d’engagement politico-syndical et de l’indifférence, voire de l’hostilité, de ceux que l’on s’évertue à défendre. Bon, le film parle aussi d’amour, mais comme je l’ai vu deux heures après une rupture, cet aspect m’a quand même moins marqué sur le coup… (3615 ma vie vous intéresse…).

Michel est délégué syndical dans une entreprise où un tirage au sort doit désigner les 20 salariés qui seront licenciés. Ils refusent de ne pas mettre son nom dans l’urne et se retrouve dans le lot des mis à la porte. Avec sa femme, Marie-Claire, ils organisent une fête pour leur anniversaire de mariage où il invite ceux qui ont partagé son sort. A cette occasion, il reçoit de la part de ses amis deux billets pour se rendre en Tanzanie et une jolie cagnotte. Quelques jours plus tard, deux hommes cagoulés et armés surgissent chez eux pour leur dérober l’argent et les billets. Une expérience traumatisante. Surtout quand Michel découvre fortuitement que l’un de ses agresseurs est un de ses anciens collègues licenciés.

Les Neiges du Kilimandjaro est incontestablement un beau film. Il dit des choses profondes sur un fil narratif assez solide et épais pour que l’on ne s’ennuie pas une seconde. Certes, ce n’est pas non plus 24h Chrono, mais il y a un début, une fin, des rebondissements et un désir du spectateur de savoir où tout cela va nous mener. Une vraie réussite donc pour Robert Guédiguian qui n’a décidément pas son pareil pour filmer Marseille et les Marseillais.

Les Neiges du Kilimandjaro pose de vraies questions : Suis-je coupable si j’échoue alors que je suis le seul à essayer ? Jusqu’où peut aller l’altruisme et l’engagement ? Faut-il défendre à tout prix quelqu’un qui ne vous rend qu’indifférence et mépris ? La réflexion va bien au-delà du simple engagement syndicaliste. Ce n’est pas un film politique, c’est un film profondément humain, sans être pour autant contemplatif. Encore une fois, tout passer par une intrigue qui ne cesse jamais d’avancer.

Les Neiges du Kilimandjaro nous parle aussi de la famille, de l’amour et de l’amitié. C’est un prolongement des aspects dont je viens de parler plus haut, mais constitue tout de même un sujet bien distinct. Là encore, Robert Guédiguian ne tombe pas dans une vision simpliste et trop caricaturale du choc entre une génération poste 68 qui a vraiment essayé de changer le monde et une nouvelle plus indifférente et individualiste. Dans ce film, chacun se remet en question, sans pour autant que tout se termine dans la concorde générale. Il nous parle surtout du temps qui passe et qui ébranle aussi bien les convictions que la solidité des sentiments amoureux et amicaux.

lesneigesdukilimandjaroLes Neiges du Kilimandjaro est donc un film riche et agréable à suivre. Visuellement, Robert Guédiguian reste un réalisateur classique et sobre. Il est au service de ses acteurs dont il sait parfaitement mettre en valeur le jeu. Mais il sait aussi mettre en valeur ses décors et la région de Marseille qui aura constitué la toile de fond de toute son œuvre.

Les Neiges du Kilimandjaro bénéficie d’un beau casting avec un couple Jean-Pierre Daroussin et Ariane Ascaride très convaincant. Tourner avec de tels acteurs, ce n’est pas prendre beaucoup de risque, mais on peut quand même saluer la direction impeccable de Robert Guédiguian. Ce film a aussi la confirmation du talent Grégoire Leprince-Rinquet, révélé par les Chansons d’Amour et qu’on avait aussi remarqué dans la Princesse de Montpensier.

Les Neiges du Kilimandjaro nous offre donc du fond et une belle histoire. Deux bonnes raisons d’apprécier ce film très réussi.

Fiche technique :
Production : Agat films & Cie, France 3 Cinéma, la Friche Belle de Mai
Réalisation : Robert Guédiguian
Scénario : Robert Guédiguian, Jean-Louis Milesi
Montage : Bernard Sasia
Photo : Pierre Milon
Décors : Michel Vandestien
Distribution : Diaphana
Son : Laurent Lafran
Durée : 107 mn

Casting :
Jean-Pierre Darroussin : Michel
Ariane Ascaride : Marie-Claire
Gérard Meylan : Raoul
Marilyne Canto : Denise
Grégoire Leprince-Ringuet : Christophe
Anaïs Demoustier : Flo
Adrien Jolivet : Gilles
Robinson Stévenin : Le commissaire
Karole Richer : la mère de Christophe

L’AUBERGE ESPAGNOLE : L’Europe et la vie sont belles !

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laubergeespagnoleafficheLa construction européenne est une formidable aventure. Mais il est vrai que discourir longuement du fonctionnement des institutions de l’Union ou bien de la Politique Agricole Commune ne pousse pas forcément à la rêverie. Heureusement, il existe des aspects nettement moins rébarbatifs, comme les échanges Erasmus, qui amènent leur lot de jolies étudiantes étrangères sur tous les campus européens… Et qui nous offre aussi peut-être le meilleur film de la carrière de Cédric Klapisch, L’Auberge Espagnole.

Xavier finit son cursus d’économie. Un poste l’attend au ministère des finances par le biais d’un ami de son père. Pour cela, il doit tout de même perfectionner son espagnol. Il part donc étudier un an à Barcelone. Après quelques galères, il trouve à se loger dans une colocation où vivent des étudiants de toute l’Europe. Un bordel magnifique qui va le changer à jamais.

L’Auberge Espagnole qui fait aimer l’Europe. Enfin, il fait surtout aimer les échanges, le mélange, le métissage, l’enrichissement par la culture de l’autre. Un film qui donne envie de sortir de chez soi et d’aller à la rencontre de nos voisins proches ou un peu plus éloignés. Il s’agit aussi d’un film sur la liberté, sur la volonté de vivre son existence comme on l’entend, de la manière qui nous rend vraiment heureux, même si ce n’est pas le chemin le plus court ou le plus confortable.

L’Auberge Espagnole délivre donc des messages simples et positifs. De tels messages peuvent facilement aboutir à des films gentillets et pleins de bonnes attentions guère convaincantes. Ce film est au contraire enthousiasmant, énergique et aux valeurs terriblement communicatives. Peut-être parce que Cédric Kapisch a choisi l’humour comme principal support de son message. Cela permet au film de ne se jamais se prendre au sérieux une seule seconde, ce qui le rend d’autant plus agréable à suivre.

Cédric Klapisch est un cinéaste de l’humain. Ses films nous parlent de personnages, bien avant de nous offrir des intrigues. L’Auberge Espagnole est sans doute le plus symptomatique de ce qui fait l’originalité de son œuvre. Raconté à la première personne, Xavier étant le narrateur de sa propre histoire, il nous fait partager ce qui se passe dans sa tête. Plus que les évènements en eux-mêmes, le réalisateur nous montre comment ils vont changer à jamais la manière de voir la vie du principal protagoniste.

laubergeesapagnoleL’Auberge Espagnole permet aussi de se rappelle que Cédric Klapisch est également un réalisateur qui sait faire preuve d’une certaine imagination visuelle. Rien de bouleversant d’un point de vue artistique, mais cela montre un vrai soucis de soigner à la fois le fond et la forme. Et dans le cinéma français, ce n’est pas si fréquent. Surtout que tout cela est fait avec vrai talent, reste au service de l’histoire, tout en l’agrémentant pour la rendre encore plus agréable à suivre.

L’Auberge Espagnole reste un des rôles les plus marquants de Romain Duris. C’est vrai qu’il y fait preuve une nouvelle fois de son habituel charme dévastateur et de son énergie comique exceptionnelle. Le seul petit bémol reste le fait que l’on voit bien qu’il a quand même plus que 25 ans (tout comme Audrey Tautou d’ailleurs). C’est tout le casting qui est à saluer, mais on mettre tout de même particulièrement en avant Cécile de France, elle aussi égale à elle-même, et Kelly Reilly, qui nous fait penser que la perfide Albion n’est pas si perfide que ça…

L’Auberge Espagnole est un film que l’on aime parce qu’il nous donne un vrai sourire. Pas simplement parce qu’il est souvent drôle, mais parce qu’il nous fait dire que la vie est quand même belle.

Fiche technique :
Production : Bruno Levy, Ce qui me meut, Mate Productions
Réalisation : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch
Montage : Francine Sandberg
Photo : Dominique Colin
Son : Cyril Moisson
Durée : 120 mn

Casting :
Romain Duris : Xavier
Audrey Tautou : Martine
Cécile de France : Isabelle
Judith Godrèche : Anne Sophie
Kevin Bishop : William
Wladimir Yordanoff : Jean Charles Perrin

LES LIGNES DE WELLINGTON : La grande par la petite histoire

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leslignesdewellingtonafficheQuand on pense aux guerres napoléoniennes, on pense immédiatement à Austerlitz, la campagne de Russie ou encore Waterloo. Eventuellement, on se souvient d’Arcole ou de la campagne d’Egypte. Pourtant, il existe bien des épisodes beaucoup moins connus, mais qui ont eu également leur importance historique. C’est le cas notamment de la campagne du Portugal, menée par le Maréchal Massena, qui n’est donc pas qu’un boulevard parisien. Une campagne qui a profondément marqué ce pays et sur laquelle nous apprenons beaucoup en regardant les Lignes de Wellington.

1810, les troupes françaises envahissent le Portugal. Les troupes anglaises et locales les repoussent dans un premier temps, mais doivent fuir car en sous nombre. Elles pratiquent alors la tactique de la terre brûlée, contraignant tout un peuple à l’exil. Elles cherchent à se réfugier derrière les lignes de fortification située entre Lisbonne et le Tage, érigée dans le plus grand secret par le général Wellington. Ces évènements marqueront à jamais le destin de nombreux acteurs de la petite et de la grande histoire.

Les Lignes de Wellington est une grande fresque historique à l’ancienne. On y suit le destin d’une dizaine de personnages, qui se croisent plus ou moins au cours des évènements. Le conflit est raconté principalement du côté portugais et anglais, mais on partage aussi le point de vue et le quotidien des troupes françaises. Le film est long, 2h30, mais nous propose un grand nombre d’histoires en parallèle qui nous préservent de tout ennui. Forcément, le film est parfois inégal, car les personnages sont plus ou moins attachants, mais comme on passe constamment de l’un à l’autre, cela n’a jamais le temps de nous gâcher le plaisir.

Les Lignes de Wellington est un film de guerre, sans bataille et surtout sans héros. Ce film ne célèbre pas l’héroïsme portugais, mais cherche simplement à retranscrire une époque, un quotidien et la manière dont cette guerre a marqué profondément le pays et ses habitants. En cela, l’intérêt historique de ce film est incontestable. Il offre surtout une vision rare de cette époque et de ces campagnes militaires dont on a surtout retenu les moments de bravoure. Mais autour de cela, les acteurs vivaient tout aussi bien des moments de lâcheté, d’amour, de peur, de sacrifice ou faisant appel au contraire aux plus bas instincts.

Les Lignes de Wellington est donc un film en costumes, sans scènes hyper spectaculaires. Mais on ne peut cependant qu’être particulièrement impressionné par la qualité de la reconstitution, aussi bien dans les costumes que dans les décors. Le film ne semble jamais souffrir d’un manque de moyens, bien au contraire. Simplement, ce sont bien les choix scénaristiques qui ont dicté la manière dont ils ont été utilisés et non l’inverse. On se réjouira surtout d’entendre les Français parler français, les Anglais parler anglais et les Portugais parler portugais. Cela peut sembler idiot, mais combien de films utilisent des artifices pour faire parler à tout le monde la même langue (anglais le plus généralement).

leslignesdewellingtonLes Lignes de Wellington bénéficie d’un casting international assez impressionnant. Du côté portugais, on retrouve évidemment Marisa Paredes. Les autres acteurs lusitaniens sont moins connus chez nous, mais on saluera notamment la performance de Nuno Lopez et Soraia Chaves. Côté anglophone, la grande star s’appelle John Malkovich, qui donne une vision assez caustique du Général Wellington. Côté français, on peut citer la participation de Melvil Poupaud, Matthieu Amalric, Elsa Zylberstein, Vincent Perez et les apparitions plus furtives de Catherine Deneuve, Chiara Mastroiani, Michel Picoli et Isabelle Huppert. Bref, un casting hexagonal que bien des cinéastes de notre pays aimeraient pouvoir se payer.

Les Lignes de Wellington mêle donc un intérêt historique avec une réalisation qui a mis les moyens nécessaires. Le tout donne donc un très bon film sur un épisode peu connu dans notre pays de l’histoire européenne.

Fiche technique :
Production : Alfama films, France 3 Cinéma, ARTE France
Distribution : Alfama films
Réalisation : Caleria Sarmiento, Paulo Branco
Scénario : Carlos Saboga
Montage : Valeria Darmiento, Luca Alverdi
Photo : André Szankowski
Musique : Jorge Arriagada
Directeur artistique : Isabel Branco
Durée : 151 mn

Casting :
Nuno Lopes : Sgt Francisco Xavier
Soraia Chaves : Martirio
Marisa Paredes : D. Filipa Sanches
John Malkovich : Général Wellington
Carloto Cotta : Lt Pedro de Alencar
Victoria Guerra : Clarissa Xarren
Mathieu Amalric : Gén. Baron de Marbot
Melvil Poupaud : Maréchal Masséna
Afonso Pimentel : Zé Maria

COMME DES FRERES : Le bon goût du déjà-vu

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commedesfreresafficheIl y a des histoires que le cinéma a raconté des centaines de fois. Souvent, ça sent le réchauffé, le manque d’inspiration, les émotions faciles parce que trop éculées. Mais ces recettes simples et cuisinées à l’infini gardent aussi parfois toute leur saveur malgré tout. On se dit qu’on aurait aimé goûter à autre chose, mais on apprécie tout de même ce qui est devant nous. Pour lui-même et pour ce qu’il nous rappelle. C’est exactement l’impression que m’a inspirée Comme des Frères.

Charlie vient de mourir. Ses trois meilleurs amis se retrouvent à son enterrement. Ils ne s’apprécient guère, plus ou moins jaloux les uns des autres et surtout très différents. Mais ils lui avaient fait la promesse de partir avec elle pour se rendre dans la maison qu’elle a achetée en Corse. Ils décident de la tenir et de partir sur le champ. Mais la cohabitation va s’avérer plus difficile que prévue.

Trois personnages qui ne s’aiment pas trop, obligés de cohabiter, qui vont apprendre à ce connaître pour finalement devenir amis, voilà une idée déjà vue mille fois. Si ce n’est plus ! D’ailleurs, j’avoue avoir été voir Comme des Frères sans aucun enthousiasme, surtout parce que les horaires collaient et que les critique étaient quand même globalement positives. Mais je savais exactement ce que j’allais voir et c’est exactement ce que j’ai eu.

Cependant, Comme des Frères fonctionne juste assez pour que l’on oublie cette impression de déjà-vu et finalement succomber au charme des personnages. Eux aussi semblent des archétypes, ne sont jamais surprenants, voire même ont des réactions et répondent à une psychologie franchement attendues. Mais qu’importe, on finit par les trouver sympathiques, peut-être parce qu’on va forcément s’identifier à au moins un de ces trois personnages que tout semble séparer. C’est une histoire qui nous parle, nous renvoie à nos propres sentiments du quotidien, alors on se laisse embarquer pour un voyage agréable avec eux.

La seule chose qui permet à Comme des Frères de se démarquer quelque peu, c’est ce mélange constant entre rire et émotion. Il nous offre de vrais éclats de rire, avec quelques gags premiers degré et un comique de situation plus subtil quasi constant. Mais il peut aussi tirer quelques larmes de temps à autres, lors de petits moments plus tristes. Bien sûr, voir mourir une jeune fille aussi jeune constitue une source d’émotion quand même assez facile, mais elle est exploitée avec une certaine finesse. Hugo Gélin a fait preuve d’une grande intelligence en distillant comme ça les passages nostalgiques, évitant de tout concentrer dans un moment de pathos pur qui aurai considérablement alourdi le film.

commedesfreresLa réalisation d’Hugo Gélin est sobre et totalement au service de son histoire et des acteurs. Mais elle n’est pas totalement dénuée d’une certaine élégance. Il brille surtout par le rythme qu’il arrive à mettre dans Comme des Frères. Si le film a un air de déjà-vu, il n’est en rien poussif, ce qui fait que l’on passe au final quand même un très bon moment. Il sait donc raconter des histoires, les mettre en scène. Espérons que son deuxième film bénéficiera d’un scénario plus surprenant.

Le trio d’acteurs principaux fonctionne lui aussi plutôt bien. La révélation de ce film est incontestablement Pierre Niney, sociétaire de la Comédie Française, et qui fait là une arrivée remarquée sur grand écran. Quant aux performances de François-Xavier Demaison, Nicolas Duvauchelle et Mélanie Thierry, elles sont à l’image de Comme des Frères : réussies, convaincante, mais sans surprise.

Comme des Frères fait passer incontestablement un bon moment au spectateur grâce à des qualités qui nous font oublier que l’on a déjà vu ce film un grand nombre de fois depuis que le cinéma est cinéma.

Fiche technique :
Production : Stone Angels, Zazi Films, Cofinova 8
Distribution : Stone Angels
Réalisation : Hugo Gélin
Scénario : Hugo gélin, Romain Protat, Hervé Mimran
Montage : Grégoire Sivan
Photo : Nicolas Massart
Décors : Samantha Gorgowski
Musique : Ambroise Willaume
Costumes : Isabelle Mathieu
Durée : 104 mn

Casting :
François-Xavier Demaison : Boris
Nicolas Duvauchelle : Elie
Pierre Niney : Maxime
Mélanie Thierry : Charlie
Florence Thomassin : Line
Cécile Cassel : Jeanne
Mohceline Presle : Grand mère
Philippe Laudenbach : Grand père

AU-DELA DES COLLINES : Grandeur et décadence

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audeladescollinesafficheFaire l’effort de se lever un samedi matin pour être à 10h au cinéma , afin de voir un film roumain absolument pas joyeux de 2h30 peut sembler un comportement proche de la névrose. Mais j’assume totalement mon statut de psychopathe cinématographique. Surtout que le réalisateur, Cristian Mungiu, a une Palme d’Or a son filmographie et Au-delà des Collines, dont il est sujet aujourd’hui, a reçu un double prix d’interprétation féminine et le prix du meilleur scénario lors de la dernière édition de ce même festival. Si je trouve le premier incontestablement mérité, je serai beaucoup plus réservé pour le second.

Alina et Voichita ont grandi ensemble dans un orphelinat en Roumanie. Elles ont été les meilleures amies du monde et beaucoup plus encore. Mais leurs chemins se sont désormais séparés. Quand la première vient rendre visite à la seconde, c’est avec l’espoir de repartir avec elle, en Allemagne où elle vit désormais. Mais son amie est devenue none dans un monastère…

Au-delà des Collines est un grand film… pendant un peu moins de deux heures. Malheureusement, Cristian Mungiu s’engage dans un dénouement beaucoup trop caricatural pour ne pas dire grand-guignolesque. D’un propos subtil, il passe à une situation assez peu crédible et surtout trop extrême pour qu’on puisse vraiment en tirer des conclusions autres qu’anecdotiques. C’est vraiment dommage car le propos aurait mérité un traitement beaucoup mieux maîtrisé de bout en bout.

En effet, pendant deux heures, Au-delà des Collines est une histoire d’amour déchirante. Une histoire d’amour qui ne peut pas vraiment dire son nom, puisque l’un des deux protagonistes a renoncé à ce sentiment, d’autant plus envers quelqu’un du même sexe. Les sentiments transparaissent pourtant dans chaque geste, chaque phrase, faisant ressortir les doutes et les contradictions. De l’autre côté, le film nous montre parfaitement la colère et la frustration qui monte face à une situation qu’Alina considère comme absurde et à laquelle elle ne peut se résoudre.

Le propos d’Au-delà des Collines met également en scène beaucoup d’autres protagonistes qui pendant longtemps jouent un rôle ambivalent et ambiguë. Cela est particulièrement vrai pour le personnage du prêtre qui dirige le couvent, partagé entre la volonté de maintenir son autorité et un altruisme sincère. En fait, tout le film repose sur l’affrontement entre les points de vue et les lectures des évènements. Les personnages vivent objectivement les mêmes évènements, mais ne les vivent de manières si radicalement différentes qu’ils sont confrontés parfois à une abîme d’incompréhension.

audeladescollinesDans Au-delà des Collines, Cristian Mungiu cherche aussi à nous livrer des propos plus direct, comme la dénonciation du poids dans la religion dans la société roumaine ou encore un témoignage sur une certaine forme de misère qui règne en Roumanie. Une chose est sûre, ce film n’a pas été financé par l’office du tourisme local et le tableau de la société de ce pays est relativement sans concession. Mais encore une fois, c’est dommage que tout cela conduise à un final grandiloquent qui décrédibilise largement le reste des idées présentées.

Au-delà des Collines restera tout de même un film nous ayant fait découvrir deux grandes actrices, justement récompensées à Cannes. Cosmina Stratan et Cristina Flutur sont tout simplement bouleversantes d’émotion et de justesse, livrant une prestation vraiment inoubliable qui éclaire l’écran du début jusqu’à la fin. Mais c’est vraiment tout le casting qui est à saluer, avec une mention spéciale pour Valeriu Andriuta et Dana Tapalaga.

Au-delà des Collines est donc un film qui aurait pu être grand, mais qui gâche la portée de son propos par un final trop mal maîtrisé.

Fiche technique :
Production : Mobra films, Why not productions, Les films du fleuve, France 3 cinéma, Mandragora movies
Réalisation : Cristian Mungiu
Scénario : Cristian Mungiu
Montage : Mircea Olteanu
Photo : Oleg Mutu
Décors : Calin Papura, Mihaela Poenaru
Distribution : Le pacte
Son : Cristian Tarnovetchi
Durée : 150 mn

Casting :
Cosmina Stratan : Voichita
Cristina Flutur : Alina
Valeriu Andriuta : Le prêtre
Dana Tapalaga : la mère supérieure

APRES MAI : Oubli immédiat

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apresmaiafficheLes films générationnels peuvent être excellents, mais toucheront plus particulièrement ceux faisant partie de la génération que le réalisateur cherche à dépeindre. Faire revivre l’esprit d’une époque, ce qui animait alors le cœur de la jeunesse n’est pas chose facile. En effet, si la nostalgie est à l’honneur ces derniers temps, on peut vite renvoyer l’image d’un vieux combattant nous livrant l’éternel et exaspérant « c’était mieux avant ! ». Surtout, il faut offrir assez de matière à ceux qui ne pourront ressentir cette nostalgie. Après Mai, le dernier film d’Olivier Assayas, n’arrive malheureusement pas à le faire.

Au début des années 70, Gilles est un lycéen à la fois engagé dans le militantisme d’extrême-gauche et dans l’ambition de devenir peintre. En cette fin d’adolescence, on rêve encore de pouvoir changer radicalement le monde. Mais l’âge adulte n’est plus très loin. Un âge où l’on doit faire des choix pour sa vie personnelle et pour déterminer le chemin qu’on souhaite lui voir prendre.

A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai vu Après Mai depuis un peu plus d’une semaine. J’avoue que j’ai du consulter le programme ciné pour me rappeler ce que j’avais pu aller voir ce soir-là après Rengaine. C’est dire si ce film m’a profondément marqué… Je m’y étais rendu pourtant plein d’espoir, à la lecture des critiques plutôt élogieuses, le définissant comme l’œuvre la plus aboutie d’Olivier Assayas. Personnellement, j’ai surtout vu un film assez peu intéressant et surtout désespérément long.

N’ayant pas connu cette époque et ne m’étant pas vraiment attaché aux personnages, j’avais peu de chances d’aimer Après Mai. Ce film ne m’a tout simplement pas parlé. Je suis resté totalement en dehors de cette histoire qui s’apparente à un roman d’apprentissage. Pourtant la manière dont le passage à l’âge adulte est décrit est vraiment réussie. La manière dont la nécessité de construire sa propre vie nous fait mettre de côté nos envies d’engagement et d’altruisme pouvait constituer une bonne base pour un propos intéressant.

Malheureusement, le propos est noyé dans deux heures de films. Au bout d’une heure et demi, on a l’impression que l’histoire est arrivée à son dénouement. Mais la fin s’étire désespérément, comme si Olivier Assayas essayait de corriger des manques en ajoutant des scènes supplémentaires. La tentative semble un peu désespérée et enfonce beaucoup plus Après Mai qu’il ne le sauve. Surtout, cela prive le film d’une conclusion claire, apportant un sens, une perspective à l’ensemble.

apresmaiLa réalisation d’Olivier Assayas reste sobre. Il n’est certainement pas amateur d’effets visuels spectaculaires et cherche avant tout à mettre en avant ses personnages et l’interprétation de ses acteurs. Mais il pêche surtout par un manque de rythme patent, restant trop souvent dans un contemplatif qui démontre bien que le metteur en scène ne sait pas vraiment où son propos doit aller. Du coup, Après Mai manque cruellement de relief et plonge le spectateur dans une sorte de torpeur intellectuelle.

Les acteurs sont à l’image de Après Mai, sans relief et sans conviction. Proutant, leurs personnages sont censés en avoir, mais cela donne une impression de révoltés de pacotille. Certes le charme de Lola Creton, découvert dans Un Amour de Jeunesse, fonctionne, mais se trouve diluée comme toutes les qualités de ce film. Quant à Clément Metayer, il fait des débuts à l’écran que l’on ne va pas spécialement remarquer.

Après Mai est un film que j’avais déjà oublié. J’ai du m’en rappeler pour écrire cette critique. Il va vite à nouveau sortir de mon esprit.

Fiche technique :
Production : MK2 productions, Vortex, France 3 Cinéma
Distribution : MK2 diffusion
Réalisation : Olivier Assayas
Scénario : Olivier Assayas
Montage : Luc Barnier
Photo : Eric Gautier
Décors : François-Renaud Labarthe
Durée : 122 mn

Casting :
Clément Métayer : Gilles
Lola Creton : Christine
Félix Armand : Alain
Carole Combes : Laure
India Salvor Menuez : Leslie
Hugo Conzelmann : Jean-Pierre
Mathias Renou : Vincent
Léa Rougeron : Maria

RENGAINE : Le underground, c’est quand il y en a trop qu’il y a des problèmes…

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rengaineafficheOn a beaucoup parlé du racisme ces derniers temps dans l’actualité. A côté des discriminations envers les minorités plus ou moins visibles, la notion de racisme anti-blanc a fait couler quelques flots d’encre il y a quelques semaines, comme si c’était un scoop que la connerie était une valeur universellement partagée. Du coup, on en oublie un troisième phénomène, le racisme entre les minorités. C’est le sujet de Rengaine, l’histoire d’un amour plus ou moins impossible entre un noir et une arabe.

Dorcy et Sabrina s’aiment. Ils vivent une relation depuis un moment déjà et décident alors de ce marier. Mais la nouvelle ne va pas plaire aux très nombreux frères de la jeune fille, notamment l’aîné d’entre eux, Slimane. Ce dernier va alerter toute la famille et va envisager les pires extrémités pour empêcher cette union.

Rengaine est un film underground. Mais pour le coup, vraiment underground. En effet, ce film n’a tout simplement pas été produit, mais tourné avec les moyens du bord par Rachid Djaïdani sur une période de 9 ans. Près d’une décennie pour un film de 75 minutes, on mesure là vraiment le côté artisanal de la chose. Après, on peut adopter deux attitudes face à cet état de fait. Soit on considère que seul le résultat compte, soit qu’il faut recontextualiser le film pour le juger équitablement. Mais je crains que, quelque soit la manière dont on aborde ce film, il reste quand même assez moyen.

De mon point de vue, ce qui pêche déjà avant tout de chose, c’est l’intérêt du propos. Une fois que l’on a posé le fait qu’il existe un racisme entre les communautés issues du Maghreb et celles issues d’Afrique Subsaharienne, reste tout de même à développer un peu. Or, en 75 minutes, Rachid Djaïdani n’a pas tellement le temps d’aller plus loin. Surtout qu’il essaye d’introduire d’autres thématiques en parallèle comme la misogynie, l’homophobie et le racisme entre juifs et arabes. Il manque vraiment à ce film une conclusion pour présenter un profond intérêt.

Les intentions restent certes louables. Rengaine essaye de démontrer que tous sont parfois victimes, parfois coupables. Cela aurait pu constituer une base solide pour cette histoire. Mais tout cela reste cruellement superficiel. De plus, les deux personnages de Sabrina et Dorcy sont quand même relativement transparents et les quelques scènes de couple restent largement attendus. Tout le film repose sur la figure de Slimane qui catalyse autour de lui toutes les thématiques et toutes les contradictions. Mais encore une fois, les sujets sont juste effleurés et on entre jamais tout à fait dans cette histoire.

rengaineDu point de vue de la forme, Rengaine souffre évidemment du manque de moyens. Cependant, c’est aussi ça qui lui donne son identité visuelle. Rachid Djaïdani a une manière bien à lui de filmer. Au bout de quinze minutes, j’ai commencé à avoir envie de crier « mais dézoome bordel ! ». En effet, les gros plans plus que serrés sur les acteurs est un effet cinématographique tout ce qu’il y a de plus respectable, mais en abuser à ce point finit par le rendre tout à fait insupportable.

Niveau casting, il ne faut pas s’attendre à de grandes stars. On remarquera surtout (pour ne pas dire uniquement) Slimane Dazi, que l’on avait pu apercevoir dans Un Prophète ou Des Hommes Libres. Il a une gueule comme on dit quand on n’est pas raciste envers les lieux communs. Dommage que la pauvreté de la photographie ne mette pas mieux en valeur son interprétation.

Au final, tous ces défauts finissent par user totalement la sympathie que l’on avait pour ce projet. Le dénouement arrive et la force qu’il aurait du dégager tombe du coup totalement à plat, car le spectateur n’a jamais pu rentrer dans Rengaine. Il ne met donc pas longtemps à en sortir…

Fiche technique :
Réalisation : Rachid Djaïdani
Scénario : Rachid Djaïdani
Image : Rachid Djaïdani, Karim El Dib, Julien Boeuf, Elamine Oumara
Son : Rachid Djaïdani, Nicolas Becker, Margot Testemale, Julien Perez
Montage : Rachid Djaïdani, Svetlana Vaynblat, Julien Boeuf, Karim El Dib, Linda Attab
Musique : Sabrina Hamida, Karim Hamida, Atomik , Pedro LLinares, Aladin Jouni
Production : Rachid Djaïdani
Sociétés de production :Sabrazaï; co-production: les films des tournelles , Arte France Cinéma (coproduction)
Distribution :Haut et court
Pays d’origine : France
Genre : comédie dramatique
Langue : français
Sortie : 14 novembre 2012
Durée : 75 minutes

Casting :
Slimane Dazi : Slimane, le grand frère
Stéphane Soo Mongo : Dorcy
Sabrina Hamida : Sabrina
Nina Morato : Nina

 

 

END OF WATCH : Regard de flic

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endofwatchafficheLes films policiers peuvent nous parler de deux choses. Soit ils se concentrent avant tout sur une enquête, la poursuite d’une meurtrier. Le spectateur se demande alors tout du long qui est le coupable ou bien comment va-t-il être démasqué. Soit ils se concentrent sur le métier de flic, sur son quotidien, les difficultés et les dangers rencontrés et la manière dont l’être humain sous l’uniforme arrive à gérer tout ça. End of Watch fait clairement partie de la deuxième catégorie, puisqu’il essaye même d’épouser la vison, au sens premier du terme, des policiers.

Taylor et Zavala sont deux jeunes officiers de police de Los Angeles qui forment un duo de choc efficace et quelque peu incontrôlable. Mais à force de faire le ménage dans la rue et de se croire invincibles, ils vont attirer les foudres d’un des plus puissants cartels. Au risque de détruire la vie qu’ils tentent tant bien que mal de construire à côté.

End of Watch est principalement filmé en caméra subjective. En effet, nos deux compères sont censés filmer tout ce qu’ils font, ce qui a le don d’énerver passablement leurs collègues et souvent ceux qu’ils interpellent. Le film nous montre le plus souvent ce que voit leur caméra. C’est un subterfuge pour nous faire vraiment épouser la vision des policiers. Mais les voir une bonne partie du film une mini caméra autour du cou, cela n’est pas franchement crédible et on se dit que David Ayer n’avait en fait pas besoin de trouver ce prétexte pour filmer de cette façon. Bon, cela ne gâche pas vraiment le film, mais cela lui donne parfois un petit côté artificiel, surtout quand le réalisateur étend ce même subterfuge aux truands. Bref, à Los Angeles, flics et truands se baladent caméra au poing. Pour un film qui veut nous faire partager le quotidien des flics de manière réaliste, cela chagrine un peu. Sans parler du fait que le style caméra au poing, c’est sympa cinq minutes, mais au bout de deux heures, cela donne parfois plutôt envie de vomir.

Voilà, j’ai fini de dire du mal de End of Watch, car contrairement à ce que peut faire penser le paragraphe précédent, j’ai vraiment aimé ce film. Déjà parce que les deux personnages principaux sont particulièrement réussis et on tombe tout de suite sous le charme. Ils sont sympas, impertinents et le film nous les présente comme des êtres humains, pas comme des super-héros. D’ailleurs, une grande partie du film se déroule dans les moments les plus anodins de leur vie, dans les vestiaires, pendant les moments creux de leur patrouille et aussi simplement en dehors du boulot. Mais c’est dans ces moments-là que les deux compères échangent sur leur vie et leurs sentiments.

endofwatchBien sûr, tout cela est entrecoupé de scènes d’action souvent brèves et percutantes. End of Watch joue beaucoup sur le contraste entre ces moments anodins qui doivent laisser place en quelques secondes aux plus grands dangers. Du coup, on est sur la brèche tout comme eux, nous demandant quand est-ce que la tranquillité va être brisée pour laisser place à une pure décharge d’adrénaline qui pourrait se finir entre quatre planches. C’est sûrement là, plus que dans la manière de filmer, que David Ayer arrive vraiment à être convaincant dans sa démarche. Mais globalement, il arrive à ses fins et on ressort de ce film en ayant l’impression d’avoir assisté à un film policier pas tout à fait comme les autres qui, de plus, propose un dénouement particulièrement réussi.

La très bonne surprise du casting vient de Jake Gyllenhaal. On savait déjà qu’il s’agissait d’un très bon acteur, mais trop souvent cantonné dans des rôles particulièrement lisses. Il est poussé ici dans ses retranchements, mais garde une parfaite maîtrise. A ses côtés, Michael Pena est lui aussi impeccable.

End of Watch est donc un film policier, sur les policiers, mais au point de vue quelque peu original. Point de vue dans tous les sens du terme !

Fiche technique :
Production : Exclusive Media, Crave Films, Jake Gyllenhaal
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : David Ayer
Scénario : David Ayer
Montage : Dody Dorn
Photo : Roman Vasyanov
Musique : David S. Sardy
Durée : 108 mn

Casting :
Jake Gyllenhaal : Officier Taylor
Michael Peña : Officier Zavala
America Ferrera : Officier Orozco
Anna Kendrick : Janet
Natalie Martinez : Mme Zavala
Frank Grillo : Serge
Cody Horn : Officier Davis