LA SAINTE VICTOIRE : Des clichés très bien racontés

lasaintevictoireaffiche

lasaintevictoireafficheAprès le film politique délirant et drôle, à savoir In the Loop, voici le film politique sérieux et pas drôle, la Sainte Victoire. Avant de commencer ma critique, je voudrais adresser toutes mes félicitations à deux personnes. Tout d’abord, à celui qui a trouvé le titre de ce film, habile jeu de mot entre son sens littéral et la référence à la montagne du même nom, où se déroule une scène-clé de l’intrigue. Ensuite, à l’auteur de la bande-annonce qui nous emmenait clairement sur une fausse piste, nous donnant à penser qu’on avait déjà vu tout le film, ce qui n’est pas du tout le cas. C’est d’ailleurs sûrement à cause de ça que je retire avant tout le positif de ce film.

Fils des quartiers nord d’Aix en Provence, Xavier Alvarez a réussi à monter sa boîte d’architecture. Mais peu introduit auprès des notables, il voit tous les marchés publics lui échapper. Il se lie alors d’amitié avec Vincent Cluzel, candidat à la mairie, mais loin d’être favori face au sortant, corrompu jusqu’à l’os. Il lui paye une large partie de la campagne, espèrant évidemment un retour d’ascenseur une fois l’élection gagnée… ce qui, justement, n’est pas gagné.

Pour In the Loop, j’avais dit que la vision d’un monde politique peuplé d’incompétents et de crétins étaient plus proches de la réalité qu’on ne le croyait. Pour la Sainte Victoire, le propos est plus proche du tous pourri, tous corrompus et même ceux qui veulent rester intègres sont poussés inexorablement vers le vice. Il s’agit là évidemment d’un pur cliché, même si ce n’est pas à moi que l’on va apprendre que le pouvoir, même minime, est corrupteur. Le fond du film est donc fait de raccourcis faciles, qui nous apprendrons que seuls les écologistes sont dignes de confiance.

lasaintevictoireCa aurait pu vraiment gâcher ce film, mais il reste assez bien foutu pour que l’on passe tout de même un bon moment. Comme je l’ai dit, le scénario de la Sainte Victoire, et surtout au niveau des relations entre les personnages, n’est pas aussi prévisible que l’on aurait pu le craindre. Il est même parfois surprenant, installant peu à peu une ambiguïté qui brouille nos certitudes et nous rend incapable de deviner le dénouement. L’histoire est, à côté de ça, racontée avec rythme et efficacité, l’intrigue avance et ne lambine pas en route. Bref, l’histoire de base vaut ce qu’elle vaut, mais la narration qui en est faite ne souffre que peu de défauts.

Et la grande surprise de ce film vient de Christian Clavier. Bon attendez, je fais une petite pause, je respire un bon coup, calmement… Oui, je vais dire du bien de Christian Clavier. On avait un peu oublié qu’il pouvait se comporter en véritable acteur qui ne vocifère pas à tout bout de champ. Il est même convaincant en élu… de gauche. Oui, oui, Christian Clavier, en homme de gauche… C’est dire qu’on est vraiment face à une performance d’acteurs. Quant à Clovis Cornillac, il fait du Clovis Cornillac, ce qui est déjà bien, vu que c’est quand même lui qui le fait le mieux.

La Sainte-Victoire m’a quand même plu parce que ce film m’a surpris. Sans cela, pas sûr que j’aurais autant apprécié un scénario qui traîne quand même un grand nombre de clichés.

Fiche technique :
Réalisateur : François Favrat
Scénariste : François Favrat
1er assistant réalisateur : Ivan Fegyveres
Chef décorateur : Denis Mercier
Monteur : Samuel Danesi
Monteur : Luc Barnier
Directeur de la photographie : Giovanni Fiore Coltellacci

Casting :
Clovis Cornillac : Xavier Alvarez
Christian Clavier : Vincent Cluzel
Sami Bouajila : Yacine Guesmila
Vimala Pons : Anaïs Cluzel
Valérie Benguigui : Michèle Dalembert
Marilyne Canto : Géraldine Wood
Michel Aumont : Robert Richerand
Eric Berger : Tristan de Courson
Marianne Denicourt : Françoise Gleize
Herrade Von Meier : Noémie 

LE VILAIN : Pour les nostalgiques de Ca Cartoon

levilainaffiche

levilainafficheCe que l’on demande à un divertissement, c’est de divertir, rien de plus. Et quand il le fait bien, on obtient un excellent film, auquel il n’y aucune raison de reprocher de ne pas être autre chose que ce qu’il prétend être. Le Vilain, le nouveau film, d’Albert Dupontel rentre tout à fait dans cette catégorie.

Un braqueur de banque revient se cacher chez sa mère, 20 ans après avoir quitté la maison sans rien dire. Très vite, la vielle dame découvre que son fils n’est pas du tout un gentil garçon. Elle y voit là la raison de la malédiction qui la frappe et qui l’a fait réchapper constamment à toutes sortes d’accidents sans une seule égratignure. Elle décide alors de forcer son fils à réparer les méfaits commis dans son enfance… mais ce dernier n’a pas du tout l’intention de se laisser faire.

Le Vilain est un film dont les influences sont à chercher chez Tex Avery, beaucoup plus que chez Eric Rohmer. Ce film est dans l’esprit d’un Tom et Jerry ou un Bip Bip et le Coyotte. Les personnages ne deviennent pas tout plat après avoir percuté un mur, mais presque. De l’humour avant tout visuel donc, mais surtout beaucoup d’énergie. Et à ce niveau, Catherine Frot n’a rien à envier à Albert Dupontel.

Le Vilain n’aura sûrement jamais le statut de film culte, comme peut l’avoir le Créateur, son meilleur film jusqu’à présent. On y retrouve l’humour un rien vachard, des personnages drôles par leur bêtise empreinte de méchanceté. Donc si vous aussi vous avez toujours rêvé que le Coyotte mange enfin un Bip-Bip, ce film est fait pour vous…Enfin, ne comptez pas pour moi pour vous dévoiler la fin, elle n’est de toute façon pas ce à quoi vous vous attendez. Mais bon en attendant, vous vous payerez une bonne tranche de rire. Bien sûr, comme tous les films comiques, Le Vilain est quelque peu inégal, mais recèle aussi quelques réels moments de bravoure !

levilainLe duo Catherine Frot- Albert Dupontel fonctionne à la perfection. Le duel qui semblait à première vue déséquilibré entre une pauvre petite vieille et un malfrat aguerri s’avère très vite être un choc de titans, chacun rivalisant d’imagination pour arriver à ses fins. C’est aussi un duel de deux acteurs qui s’éclatent visiblement dans leur rôle dans lequel ils mettent toute leur énergie. Et quand on connaît leur talent respectif, on imagine bien que le résultat est des plus réjouissants.

Les effets visuels sont eux aussi particulièrement réussis. Il y’a un côté Jean-Pierre Jeunet dans le Vilain. Un vrai travail visuel réellement intéressant. Ce travail était déjà présent dans les films précédents de Dupontel, mais ne prenait pas la même importance. Il a un vrai talent de réalisateur, à la hauteur de son talent d’acteur, et ce n’est pas peu dire. S’il arrive à combiner dans un même film les qualités visuelles de ce film avec l’humour vraiment corrosif du Créateur, le chef d’œuvre ne sera pas loin.

Le Vilain n’en est pas tout à fait un. Mais c’est déjà un excellent film drôle et divertissant. Et c’est déjà beaucoup !

Fiche technique :
Production : ADCB Films, StudioCanal, France 2 Cinéma, Euro Média Télévision
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Albert Dupontel
Scénario : Albert Dupontel
Montage : Christophe Pinel
Format : 35mm
Décors : Bertrans Seitz
Son : Germain Boulay, Serge Rouquairol
Musique : Christophe Julien
Costumes : Pierre-Yves Gayraud
Maquillage : Françoise Quilichini
Directeur artistique : Pierre-Yves Bastard
Durée : 86 mn

Casting :
Catherine Frot : Maniette
Albert Dupontel : Le Vilain
Bouli Lanners : Korazy
Nicolas Marié : Doc William
Christine Murillo : Melle Somoza
Philippe Duquesne : Le peintre roux
Bernard Farcy : Inspecteur Elliot
 

CAPITALISM : A LOVE STORY : Il y’a des portes ouvertes qui méritent d’être enfoncées !

capitalismalovestoryaffiche

capitalismalovestoryafficheSi on doit reconnaître un mérite à Michael Moore, c’est celui d’avoir remis le genre documentaire à la mode au cinéma. Il ne se passe plus un mois sans un film de ce type. C’est effectivement une très bonne chose… sauf que Michael Moore ne réalise pas des documentaires, mais des pamphlets, ce qui est tout aussi respectable, mais constitue une démarche tout de même très différente. Capitalism : a love story est sa dernière œuvre, qui possède les mêmes qualités que les précédentes… mais aussi les mêmes limites.

Que retiendrons les générations futures de notre civilisation occidentale contemporaine ? Une vidéo de chats tirant la chasse d’eau ? Ou bien l’image d’Américains moyens évacués manu militari de leurs maisons, dont ils sont pourtant propriétaires depuis plusieurs décennies ?

Le point de départ de Capitalism : a love story résume bien la « patte » Michael Moore. De l’humour auquel succède très vite beaucoup d’émotions. Tous ses films sont peuplés de témoignages poignants, de gens en pleurs, dont on ne peut que partager la souffrance et la peine. Après, évidemment, il manque une prise de recul, la recherche d’une vérité objective et une mise en perspective, mais encore, nous ne sommes pas ici devant un documentaire. Ce film n’échappe pas à la règle, qui vous fait vite passer du rire aux larmes.

Bien sûr, étant entré dans la salle avec le dernier numéro d’Alternatives Economiques sous le bras, j’étais peut-être prédisposé à recevoir le message véhiculé par Capitalism : a love story. Mais c’est avant tout le talent de Michael Moore qui lui permet encore une fois de faire mouche. Cependant, ce film ne provoque pas le même choc que Bowling for Columbine ou Fahrenheit 911. Beaucoup reprochent à Michael Moore de se laisser aller à une certaine paresse intellectuelle et de se contenter de tirer toujours sur les même ficelles. Il faut bien avouer qu’ils n’ont pas complètement tort.

La première moitié de Capitalism : a love story n’est pas franchement une réussite. Le capitalisme, c’est le mal, il nous le répète pendant une heure, mais on avait déjà compris au bout de cinq minutes. On pourra s’interroger, par exemple, sur l’intérêt de faire intervenir successivement plusieurs hommes d’Eglise pour répéter la même chose. Certes, il y’a là une volonté de dénoncer l’utilisation abusive des références religieuses par la droite américaine ultra-libérale. Mais le tout manque un peu de subtilité et de pédagogie.

capitalismalovestoryCes deux éléments sont nettement plus présents dans la seconde partie. Encore une fois, Capitalism : a love story n’est pas un documentaire (là, je pense que vous avez compris) mais c’est quand il s’en rapproche le plus qu’il devient le plus intéressant. Mais trop souvent, il ne fait qu’effleurer la question, notamment le passage sur les modes de fonctionnement d’entreprises sous forme « solidaires » (coopératives, mutuelles…), qui est bien trop court. Il permet pourtant d’écarter définitivement le fâcheux amalgame entre capitalisme et économie de marché… qui est d’ailleurs lui-même parfois fait dans la première partie du film.

Capitalism : a love story n’en reste pas moins un film tout ce qu’il y’a de plus salutaire pour l’esprit. Déjà, parce qu’il pousse à réfléchir, qu’on soit d’accord ou non avec le propos. Certes, Michael Moore enfonce des portes ouvertes. Mais des portes ouvertes totalement inacceptables, mais face auxquels nous sommes trop souvent indifférents ou résignés, comme si tout cela était normal et surtout inévitable. L’appel de Michael Moore à la fin du film à reprendre en main notre pouvoir, le pouvoir démocratique, le seul légitime, qui ne doit pas ployer devant le pouvoir économique, constitue une excellente conclusion à ce film qui ne l’est pas tout à fait.

Avec Capitalism : a love story, Michael Moore touche ses propres limites. Mais, même s’il a bien des défauts, vous en ressortirez avec une petite boule au ventre qui n’est que trop peu souvent donné par le petit écran (et ne parlons pas du JT de TF1…).

Fiche technique :
Production : Paramount Vantage, Overture Films
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Michael Moore
Scénario : Michael Moore
Montage : Conor O’Neill, John Waiter
Photo : Dan Marracino, Jayme Roy
Son : Francisco LaTorre, Mark Roy, Hillary Stewart
Musique : Jeff Gibbs
Durée : 122 mn  

L’IMAGINARIUM DU DOCTEUR PARNASSUS : Terry Giliam fait du Terry Giliam (mais le fait bien !)

limaginariumdudocteurparnassusaffiche

limaginariumdudocteurparnassusafficheAncien pilier des Monty Python, réalisateurs de géniaux Brazil, l’Armée des 12 Singes ou encore Bandits, Bandits, Terry Gilliam est un artiste à l’imagination fertile, pour ne pas dire débordante. Ses films regorgent toujours de trouvailles narratives et encore plus visuelles. Les mauvaises langues diront à l’excès. Terry Gilliam est en effet est un réalisateur que l’on peut qualifier de rococo. L’Imaginarium du Docteur Parnassus en est une nouvelle preuve.

La troupe ambulante du Docteur Parnassus offre à ses spectateurs un spectacle quelque peu déconcertant. Mais ce n’est rien par rapport à ce qui attend ceux qui franchissent le seuil du miroir magique qui se trouve au centre de la scène. Et qui est cet inquiétant Mr Nick qui tourne autour d’eux ? et en particulier autour de Valentina, la fille du Docteur, qui s’apprête à fêter ses 16 ans.

L’univers de Terry Gilliam est souvent très ésotérique et cherche avant tout à stimuler l’imagination du spectateur, sans chercher forcément à soigner la clarté ou la cohérence de la narration. Il se rapproche beaucoup en ce sens de David Lynch, en plus flamboyant. L’Imaginarium du Docteur Parnassus cherche donc avant tout à vous en mettre plein les yeux et à vous émerveiller visuellement. Amateurs d’univers colorés, originaux et fantaisistes, ce film vous plaira.

Mais du coup, on n’a pas parfois l’impression que le scénario n’est qu’un prétexte permettant à Terry Gilliam de se lâcher sur le budget décor (qu’il est connu pour faire exploser, ce qui explique en grande partie ses difficultés croissantes à se faire produire). C’est surtout vrai dans la première partie du film, lorsqu’on se demande vraiment où tout cela va nous mener. Sur la fin, l’intrigue prend de l’épaisseur et surtout de l’importance. Cependant, on pourra tout de même regretter un déséquilibre trop important entre intrigue et imagination visuelle, surtout que ce sont deux éléments absolument pas incompatibles.

On saluera tout de même la qualité des personnages de l’Imaginarium du Docteur Parnassus. Ils dégagent tous une forte sympathie et se révèlent au final beaucoup plus ambigus que ce que l’on avait tout d’abord pensé. S’ils semblent parfois un peu perdus au milieu de ces délires visuels et de cette histoire parfois un peu confuse, ils maintiennent l’intérêt du spectateur toujours éveillé, ce dernier attendant avec impatience de savoir ce qui les attend.

limaginariumdudocteurparnassusA la lecture du casting, et connaissant les problèmes de Terry Giliam quant au financement de ses films, on se rend bien compte qu’il reste un réalisateur qui compte et avec qui certains seraient prêts à payer pour tourner. Le regretté Heath Ledger, Johnny Depp, Colin Farell et Jude Law sur la même affiche ferait pâlir d’envie bien des metteurs en scène, pourtant bien mieux vus des grands studios hollywoodiens. Et on sent chez toutes ces immenses stars une vraie joie de collaborer à la création de l’univers délirant de l’Imaginarium du Docteur Parnassus. Mais à côté d’eux, la toute jeune Lily Cole est loin de faire pâle figure et je suis sûr qu’on aura vite l’occasion de revoir son beau visage.

Un mot enfin sur les aspects techniques et visuels de l’Imaginarium du Docteur Parnassus. Ils constituent le principal atout de ce film. Il faut bien avouer que les décors sont splendides et que les progrès du numérique permettent désormais de réaliser des effets spéciaux impressionnants à moindres frais. Terry Gilliam en profite à fond… Peut-être un peu trop diront certains. Il est vrai que ce délire visuel ressemble plus à une marotte personnelle du réalisateur qu’à un soucis de construire un univers au service d’une histoire. Mais il faut bien avouer que l’ancien Monty Python reste un maître pour nous émerveiller.

L’Imaginarium du Docteur Parnassus est donc dans la droite lignée du reste de l’œuvre de Terry Gilliam. Il ne restera pas comme son plus grand film, mais reste un bon moment de cinéma, loin d’être parfait, mais qui a le mérite, et non des moindres, d’être issu d’un univers personnel inimitable.

Fiche technique :
Production : Davis-Films
Réalisation : Terry Gilliam
Scénario : Terry Gilliam, Charles McKeown
Montage : Mick Audsley
Photo : Nicola Pecorini
Distribution : Metropolitan FilmExport
Musique : Jeff Danna, Mychael Danna
Directeur artistique : Dan Hermansen, Denis Schnegg
Durée : 122 mn

Casting :
Heath Ledger : Tony
Lily Cole : Valentina
Christopher Plummer : Dr Parnassus
Tom Waits : Mr Nick
Andrew Garfield : Anton
Verne Troyer : Percy
Jude Law : Tony
Johnny Depp : Tony
Colin Farrell : Tony

IN THE LOOP : La politique plus vraie que nature !

intheloopaffiche

intheloopafficheSi quand vous pensez « film politique », vous pensez film austère, sérieux et sombre, c’est que vous n’avez pas encore vu In the Loop. Et si vous pensez que la politique est un monde austère, sérieux et sombre… c’est que vous n’en faites pas.

Le Secrétaire d’Etat britannique au développement international, Simon Foster, lâche, au détour d’une interview, que la guerre est « imprévisible » (unforseeable en VO, donc j’imagine que c’est traduit comme ça en VF). Ce qui aurait pu être une déclaration anodine à première vue va prendre une dimension inattendue et précipiter les évènements des deux côtés de l’Atlantique. La guerre en Irak aura-t-elle lieu ? (bon, aujourd’hui, on connaît la réponse…)

In the Loop donne une image plutôt inhabituelle de la politique internationale. Des décisions capitales pour l’avenir du monde sont prises par un méli-mélo de ministres dépassés par les évènements, de conseillers hystériques et d’attachés de presse tyranniques. L’ambition personnelle est partout, la compétence nulle part… Bref, moi qui fais de la politique, je peux vous dire qu’on n’est pas loin de la réalité…

Bien sûr, dans In the Loop le trait est forcé. Il s’agit d’une caricature. Sans cela, l’effet comique n’aurait pas du tout été le même. Dommage, cependant, que le fond n’est pas été un peu plus mis en valeur, car il y’avait matière. Mais bon, le but de ce film est avant de faire rire et de divertir. Et rien n’empêche d’amorcer une réflexion personnelle à partir de ça.

Pour qu’une film comique soit réussi, il faut qu’il fasse rire, c’est la moindre des choses. Certaines scènes de In the Loop sont assez géniales et même si on ne rit pas forcément aux éclats, elles font mouche ! A d’autres moments, le film tourne un peu en rond et on a un peu l’impression de revoir la même scène que la précédente. En fait, tout le film est un peu basé sur le même ressort comique, le même concept. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est exploité à fond, avec une grande réussite, mais il s’agit là tout de même de la principale limite de ce film.

intheloopEn bon film anglais, In the Loop nous offre une galerie de personnages, et d’acteurs par la même occasion, absolument remarquable. Une mention toute spéciale à Peter Capaldi, pourtant inconnu au bataillon avant ce film, qui livre là une prestation ahurissante en maître de la communication gouvernementale, qui sort plus de gros mots par phrase que vous dans toute une année. Mais la star du film reste Tom Hollander qui campe un Secrétaire d’Etat dont l’ambition est inversement proportionnel aux capacités à faire face à ce qui lui arrive. Enfin, les fans des Sopranos retrouveront avec joie James Gandolfini et constateront avec joie qu’il n’a rien perdu de son charisme. Mais encore une fois, c’est l’ensemble du casting qui est fantastique d’énergie. C’était indispensable dans un film qui repose exclusivement sur des dialogues, au débit woodyallenien.

In the Loop est une vraie réussite dans son originalité et dans son ton. Il manquait peut-être un peu de matière pour durer 1h45, mais certains moments sont assez savoureux pour facilement pardonner le reste.

Fiche technique :
Production : BBC Films, Uk film Council, Aramid Entertainment
Distribution : CTV International
Réalisation : Armando Iannucci
Scénario : Jesse Armstrong, Simon Blackwell, Armando Iannucci, Tony Roche, Ian Martin
Montage : Billy Sneddon, Anthony Boys
Photo : Jamie Cairney
Décors : Cristina Casali
Musique : Adem Ilhan et The Elysian Quartet
Durée : 106 mn

Casting :
Peter Capaldi : Malcolm Tucker
Gina McKee : Judy Molloy
Tom Hollander : Simon Foster
Chris Addison : Toby
Anna Chlumsky : Liza Weld
James Gandolfini : General Miller

NOSFERATU : Et le fantastique est né !

nosferatuaffiche

nosferatuafficheUn des premiers films de l’histoire, l’Arrivée d’un Train en Garde de La Ciotat ne durait que 50 secondes mais provoquait la panique dans les rangs des spectateurs, pour qui le cinéma tenait encore du prodige. 115 ans plus tard, le cinéma a évidemment considérablement évolué. Le son, la couleur sont arrivés l’un après l’autre et font désormais partis de notre quotidien. Le 7ème art a ses codes, ses héros, ses cultes, ses références qui occupent une place importante dans notre culture occidentale contemporaine. Pourtant, les films vraiment révolutionnaires, ceux qui ont vraiment inventés le cinéma ont tous quasiment plus de 80 ans. Et beaucoup venaient d’Allemagne. Si le Metropolis de Fritz Lang a inventé le cinéma de science-fiction, Nosferatu de Friedrich W. Murnau a inventé le cinéma fantastique.

En 1838, Thomas Hutter, le jeune assistant d’un agent immobilier est envoyé en Transylvanie chez le Comte Orlok pour lui vendre une propriété. Il s’avère très vite que ce dernier n’est pas vraiment un humain, mais un vampire…

Je ne vais pas épiloguer 107 ans sur le synopsis, tout le monde l’aura reconnu, il s’agit d’un adaptation du Dracula de Bram Stoker. Mais des 1922, les histoires de gros sous gouvernaient le cinéma. La veuve de l’écrivain ayant refusé de céder les droits de l’œuvre à Murnau, elle le força à modifier le titre de son œuvre en Nosferatu. Mais à part, les différences dans les lieux et les noms, l’adaptation est relativement fidèle. La parenté avec la version de Coppola est d’ailleurs évidente, ces deux films étaient les deux seuls vraiment proches du roman original.

Film muet et en noir et blanc, Nosferatu est à la fois terriblement archaïque et incroyablement moderne. Archaïque par le jeu des acteurs typique du cinéma muet. Les visages sont hyper expressifs, pour compenser l’absence de dialogues. Cela peut prêter un peu à sourire avec le recul des décennies, mais c’était alors la norme. Au lieu de rire, on ferait mieux de penser que bien des éléments des films d’aujourd’hui feront rire nos arrière-petits-enfants.

La modernité vient de tous les éléments que l’on continue de retrouver dans les films d’horreur ou fantastique. L’ambiance oppressante est crée de manière très indirecte, l’inquiétante présence du conte Orlok suffisant à transformer n’importe quel élément à première vue anodin en vecteur d’angoisse. Nosferatu nous permet de mieux comprendre d’où est né le cinéma de Sam Raimi. La dimension sexuelle est-elle aussi évidente, même si elle est quelque peu métaphorique. Mais c’est depuis ce film, que les réalisateurs de films d’horreur s’amusent à mettre en scène des femmes au corps de rêve et généralement court vêtues. Certes, la chaire se découvre beaucoup plus aujourd’hui, mais l’omniprésence d’une sexualité refoulée dans le rapport victime-boureau (ou vampire, ou serial killer…) reste la même.

nosferatuLes débuts du cinéma furent aussi l’époque où le travail sur la photographie était le plus abouti. Sans dialogue, sans couleurs, les réalisateurs devaient redoubler d’ingéniosité pour créer des ambiances bien spécifiques. Dans Nosferatu, Murnau a énormément sur les teintes des pellicules, parfois jaunies, parfois sépia, selon le contexte. Une vraie leçon de cinéma sur l’utilisation de la lumière, le travail sur les ombres étant ici de toute beauté. L’angoisse que l’on ferait naître aujourd’hui pas un grincement inquiétant passe ici par une silhouette qui se dessine sur un mur.

Juger la qualité d’un tel film est un exercice délicat. Il ne peut être évidemment juger avec les critères d’aujourd’hui. Cependant, si voir ce film est indispensable à tout cinéphile, je dois tout de même lui reconnaître un aspect moins intemporel que Metropolis ou le cinéma de Chaplin. Nosferatu a vieilli… mais à 87 ans, on peut aisément lui pardonner.

Nosferatu est un vrai moment d’histoire du cinéma, un tournant dont nous vivons encore les conséquences.

Fiche technique :
Titre original : Nosferatu, eine Symphonie des Grauens
Scénario : Henrik Galeen, d’après le roman de Bram Stoker Dracula
Photographie : Fritz Arno Wagner
Décors et costumes : Albin Grau
Musique (selon version) : Hans Herdmann, P. Schirmann[1]
Production : Prana Film Berlin GmbH
Genre : Horreur
5 actes
Format : N&B – 1,33:1
Durée : 72 min
Première : 6 août 1922

Casting :
Max Schreck : le comte Orlock, Nosferatu
Alexander Granach : Knock
Gustav von Wangenheim : Thomas Hutter
Greta Schroeder : Ellen
Georg H. Schnell : Harding
Ruth Landshoff : La sœur d’Harding
John Gottowt : Le professeur Bextrait

2012 : Roland Emmerich worst hits

2012affiche

2012afficheSi la constance est une qualité, alors Roland Emmerich n’a donc pas que des défauts. Le problème, c’est d’être constant dans la médiocrité n’est pas forcément la meilleure chose qui soit. Et encore, le mot médiocrité n’est pas à la mesure d’une carrière qui l’aura vu enchaîner des navets du niveau de Independance Day, Godzilla, Le Jour d’Après, 10 000 et désormais 2012. Et ce dernier n’a rien à envier à ses prédécesseurs. Les fans ne seront pas déçus, tout ce qu’il y’avait de pire dans ses films précédents sont tous là, sans exception.

En 2012, les neutrinos ayant muté (oui, je sais, tous les gens ayant un minimum de notions de physique des particules sont déjà morts de rire), le manteau terrestre voit sa température monter en flèche. Tout cela ne pourra aboutir qu’à la dislocation de l’écorce terrestre et entraîner la fin du monde. Heureusement, un scientifique s’en aperçoit et les grands de ce monde préparent leur survie dans le plus grand secret.

Dans 2012, ils sont de retour ! Mais de qui donc est-ce que je parle ? Je vous sens fébriles tout à coup, le cœur étreint par une angoisse sans borne. Et bien, oui, ils vous avaient manqué, mais les revoilà… Je veux évidemment parler du Président des Etats-Unis… et du chien ! Car il y’a une constance dans le cinéma de Roland Emmerich, le Président des Etats-Unis (noir dans ce film… faut bien coller à l’actualité) est un héros qui met les mains dans le cambouis et le chien finit le film sain et sauf. Pour le chien, franchement, je suis désormais persuadé que c’est une private joke du réalisateur avec lui-même, ce n’est pas possible autrement. Car à chaque fois, ce n’est pas qu’un détail de deux secondes, mais il y’a une vraie mise en scène du sauvetage du chien…

Par contre, le chirurgien esthétique peut mourir, on s’en fout. Bon, ce n’est pas tant qu’il soit chirurgien esthétique qui pose problème. C’est que ce con avait eu la mauvaise idée de se mettre en ménage avec l’ancienne femme du héros et ses deux enfants. Comme à peine huit secondes après leur apparition, le spectateur est déjà persuadé que l’ancien couple va finir le film à nouveau amoureux comme au premier jour (bah oui, c’est quand même mieux pour les enfants), il se dit que le chirurgien va bien devoir disparaître d’une façon ou d’une autre. Il ne survivra pas, contrairement au chien. Mais bon, vue la réaction de sa copine quand elle apprend sa mort, trente secondes avant de rouler un patin à son ex-mari, il fait bien de quitter ce monde injuste. Il n’avait qu’à être un chien, plutôt qu’un chirurgien s’il voulait survivre !

Dans la carrière de Roland Emmerich, il y’avait eu un seul moment de cinéma. Très court, mais un vrai moment de grâce. Un plan, au début du Jour d’Après, où des oiseaux de mer survolaient New York, annonçant la catastrophe à venir. Et bien dans 2012, il y’a exactement le même plan… mais au-dessus de la Californie. Faut quand même varier un peu les plaisirs. C’était plutôt bien joué d’essayer de replacer, comme ça, mine de rien, le seul truc qu’on a réussi dans sa vie. Sauf que bon, ça se voit trop pour que la magie opère une seconde fois.

Allez, soyons gentils, il y’a bien des moments de bonheur dans 2012… Comme je suis généreux ce soir, j’en reconnaîtrai un. Quand la Coupole du Vatican écrase la foule… Pas de chance, vous l’avez déjà vu 36 fois dans la bande-annonce à laquelle vous n’avez pu échapper vu le battage médiatique autour de cette m… , pardon, de ce film. Bon, par contre, la destruction de la Maison Blanche (et par la même occasion du Président des Etats-Unis, couvert de cendres, seul debout, au milieu des morts et des blessés… Si, si, relisez bien, ça se passe exactement comment je le décrits) par un tsunami qui traîne avec lui un porte-avion aurait pu déchaîner l’enthousiasme. Mais comme Roland Emmerich a déjà été le premier à faire sauter la Maison Blanche dans Independance Day, on est limite blasé. Je sais, la détruire à coups de porte-avions, c’est plus original qu’à coups de rayons laser sortant d’un vaisseau extra-terrestre. Mais que voulez-vous, je suis impitoyable parfois.

2012Allez, retrouvons un peu notre sérieux et concluons cette critique qui ne ressemble à rien, je l’avoue. Mais que voulez-vous, j’ai voulu me mettre au niveau de maître Roland. Si je suis le premier à trouver lamentable les pisse-froids qui hurlent au navet au premier effet spécial et encensent le moindre film bulgare muet dont tous les personnages sont de dos, là j’avoue, je dois admettre que dans 2012, même les effets spéciaux ultra spectaculaires de ce film ne peuvent le sauver du désastre. C’est juste nul, prévisible, crétin, plat et sans aucune imagination. Certes, il y’a bien quelque chose à un moment donné qui ressemble à un rebondissement. Sauf que la fausse piste sur lequel le film essayait de nous entraîner était tellement ridicule qu’il sonne plus comme un soulagement qu’autre chose.

2012 est la parodie ultime du blockbuster hollywoodien. Il n’y a pas un seul moment où les choses ne se passent pas comme on peut s’y attendre pour une grosse production américaine. Roland Emmerich n’est pas un être humain. Sa personnalité a disparu pour devenir une usine à poncifs. On lui créditera tout de même un majeur tendu, le seul moment du film où il s’est laissé aller… Les producteurs et l’Amérique profonde doivent en être encore sous le choc…

Dans le cinéma français, nous avons Eric et Ramzy dont je vais voir tous les films en me disant « j’ai détesté tous ceux d’avant mais peut-être que celui-là sera mieux… ce qui n’est évidemment jamais le cas ». Le cinéma mondial a Roland Emmerich. Que ce type se voit confier des millions de dollars pour chacune de ses productions est proprement scandaleux. Je ne vais pas affirmer qu’on devrait mieux les consacrer à la lutte contre la faim dans le monde, parce que si on va par là, c’est, au fond, vrai de tous les films. Mais, simplement, avec le budget de 2012, on aurait pu faire bosser 10 réalisateurs talentueux. Cet argent a malheureusement été confié au seul réalisateur qui ne semble pas aimer le cinéma et qui préfère l’assassiner à chacun de ses films.

2012 est un crime contre le cinéma. Et Roland Emmerich est le coupable…

Fiche technique :
Production : Centropolis, Columbia pictues
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Roland Emmerich
Scénario : Roland Emmerich, Harald Kloser
Montage : David Brenner, Peter S. Elliot
Photo : Dean Semler
Décors : Barry Chusid
Musique : Harald Kloser, Thomas Wander
Durée : 158 mn

Casting :
John Cusack : Jackson Curtis
Chiwetel Ejiofor : Adrian Helmsley
Amanda Peet : Kate Curtis
Olivier Platt : Carl Anheuser
Thandie Newton : Laura Wilson
Danny Glover : Le Président Charlie Wilson
Woody Harrelson : Charlie Frost

A L’ORIGINE : Le scarabée, l’autoroute, l’escroc

alorigineaffiche

alorigineafficheScarabée pique-prune, mon amour ! Ok, là vous vous dîtes de quoi il nous parle, il a encore bu, ça se voit… Je pourrais effectivement vous parler de la monographie que j’ai écrite à son sujet en première année de l’Agro. Mais je vais vous parler plutôt du film « A l’Origine ». Quel est le rapport entre les deux me direz-vous ? Et bien il faut savoir que la présence de ce sympathique insecte a bloqué pendant de longues années la construction de l’autoroute entre Le Mans et Tours. Et ceci fut à l’origine d’une histoire assez incroyable, adaptée à l’écran ici par Xavier Giannoli.

Philippe Miller est un escroc sans envergure. Il repère les chantiers, se fait passer pour un responsable logistique des sociétés qui en ont la charge et revend le matériel qu’il a loué en leur nom. Un jour, dans le Nord, il repère un chantier abandonné. C’est celui d’une autoroute qui attend depuis deux ans d’être construite. Très vite, la nouvelle de sa présence se répand dans la petite ville d’à côté, où le chômage règne et où la population espère que le chantier va reprendre. Très vite, il se voit proposer des dessous de table. Il profite de l’aubaine mais va très vite être dépassé par l’ampleur de ce qu’il a provoqué.

Plus c’est gros, plus ça passe. Il s’agit bien entendu là d’un lieu commun, mais qui se vérifie avec une étonnante fiabilité. Le problème avec A l’Origine, c’est que ça ne passe pas du tout. Enfin de mon point de vue en tout cas. Que cela soit une histoire vraie, que cela ait vraiment pu se produire, cela est tout à fait concevable malgré l’énormité de la chose. Mais que cela soit provoqué par ce pauvre type avec ses yeux de chien battu, j’ai eu beau essayé, je n’y ai pas cru une seule seconde.

Ce n’est pas le talent de François Cluzet qui est en cause. Au contraire, sa performance est ici en tout point remarquable. Non, le coupable est pour moi Xavier Giannoli qui a donné une personnalité peu crédible à son personnage. Certes, il paraît qu’il s’est efforcé de recréer les évènements au plus près de la réalité en impliquant les vrais protagonistes dans l’écriture du scénario. Cependant, ceci ne rentre guère en ligne de compte quand vous êtes dans votre fauteuil en position de spectateur et que vous restez excessivement sceptique. J’avais peut-être tort de l’être, mais il n’empêche que je l’étais et que cela a considérablement nuit au plaisir que j’aurais pu prendre à la vision de A l’Origine.

alorigineEt comme le film dure tout de même 2h10, vous imaginez bien que j’ai trouvé le temps quelque peu longuet. Une histoire qui aurait pu être passionnante et fascinante, à l’instar de L’Adversaire, mais qui donne ici l’impression de s’étirer désespérément en longueur. Le parallèle entre les deux films est évident, avec ce même basculement dans une folie provoquée par une vie de mensonges, desquels on ne peut tellement plus sortir et qu’on finit par être obligé de croire soi-même. Evidemment, tout cela finit mal, mais, dans A l’Origine, le dénouement sonne surtout comme une libération pour le spectateur.

Mais je tiens vraiment à préciser qu’il s’agit là d’une vision toute personnelle. Si vous arrivez à vraiment y croire et à rentrer totalement dans cette histoire, ce film pourra vous enthousiasmer. Car ses qualités purement cinématographiques sont indéniables. J’ai déjà évoqué le casting. Mais François Cluzet n’est pas seul. Il est notamment accompagné d’Emmanuelle Devos, dont le seul nom doit suffire à donner envie aux cinéphiles avertis. A côté de ça, le travail de réalisation et de photographie est vraiment remarquable. Vous pensiez qu’il n’y avait aucune poésie, aucune dimension épique dans le BTP et bien certains images de A l’Origine pourraient vous convaincre du contraire.

A l’Origine est donc un film que je n’ai pas aimé. Mais ce sentiment pourrait bien ne pas être partagé par tout le monde.

Fiche technique :
Production : Rectangle productions, Euuropacorp, Studio 37, France 3 cinéma
Réalisation : Xavier Giannoli
Scénario : Xavier Giannoli
Montage : Celia Lafitedupont
Photo : Glynn Speeckaert
Décors : François-Renaud Labarthe
Distribution : Europacorp distribution
Musique : Cliff Martinez
Durée : 155 mn

Casting :
François Cluzet : Paul, Philippe Miller
Emmanuelle Devos : Stéphane, la Maire
Gérard Depardieu : Abel
Vincent Rottiers : Nicolas
Brice Fournier : Louis
Soko : Monika 

LE CONCERT : 15 minutes de grâce absolue

leconcertaffiche

leconcertafficheL’année 2009 aura été une année particulièrement riche au niveau cinématographique. Certes, ce sont surtout les premiers mois de l’année qui ont vu une incroyable densité de films d’une qualité rare. Les têtes d’affiche resteront pour moi Slumdog Millionnaire et les Noces Rebelles. Mais le reste de l’année ne fut pas en reste. Il a notamment recélé deux parmi les plus beaux moments de cinéma qui m’ait été donné de voir. Deux moments de grâce cinématographique absolue. Le premier fut les premières minutes de La-Haut. Le second est les dernières minutes du Concert. (NB : On aurait pu rajouter la dernière scène d’Inglourious Bastard, mais la séquence en question est tout de même beaucoup plus longue).

Au début des années 80, Andrei Filipov était le plus grand chef d’orchestre d’URSS et était connu internationalement. Mais quand Brejnev décida d’exclure les musiciens juifs du Bolchoï, il refusa de se soumettre. Il y travaille toujours 30 ans plus tard, mais en tant qu’homme de ménage. Un jour, il intercepte un fax invitant l’orchestre à venir se produire au théâtre du Châtelet. Germe alors en lui l’idée folle de retrouver ses anciens musiciens, de les faire passer pour l’orchestre officiel du Bolchoï et de les emmener à Paris.

A la fin du Concert, j’ai assisté à deux phénomènes extrêmement rares. Nous étions à la séance de 22h à l’UGC de la Défense. Déjà, le public a spontanément applaudi à l’arrivée du générique… et surtout une bonne partie de la salle est restée tout au long de ce dernier. Si c’est chose fréquente dans Paris intra-muros, je suis très souvent le seul à rester jusqu’au bout du générique à la Défense. Ce fut loin d’être le cas cette fois. On ne quitte pas facilement ce film, surtout avec ce qu’il nous fait vivre dans ces dernières minutes.

Mais avant d’en venir à la fin, parlons un peu du reste. Le Concert est une comédie très drôle, parfois un peu lourdingue, mais globalement réussie. Un des ressorts comiques repose sur le sens système D des Russes depuis la chute du communisme et le choc brutal avec le capitalisme. Lorsque la troupe des musiciens arrive à Paris, tout cela tourne un peu au cliché et on sent qu’il est temps que le film passe à autre chose… à la musique !

Tout le film est construit pour nous amener à ce moment final. A ce fameux concert, où l’orchestre interprète le Concerto pour Violon et Orchestre de Tchaïkovski, un des plus beaux morceaux jamais écrits (le nom ne vous dit peut-être rien comme ça, mais si on vous le fredonne, il y’a de forte chance que vous le connaissiez). Le Concert est loin d’être dénué d’une certaine gravité, mais elle est totalement masquée pendant 1h45 par la farce, parfois un peu grossière. Mais quand la musique commence à retentir, elle éclate d’un coup, violemment, sans que vous l’ayez une seule seconde vu venir. Vous aviez passé le film à rire aux éclats et bien, à ce moment là, vous restez au fond de votre fauteuil, vous vous taisez et vous pleurez pendant 10 minutes non stop ! Des larmes de joie et de tristesse mêlées, bref des larmes d’émotion pure.

leconcertRadu Mihaileanu a parfaitement réussi son coup. Il y’a bien des critiques à formuler sur les trois quart de ce film. Mais c’est pour mieux tromper l’ennemi… Enfin, ce n’est sans doute pas vraiment fait exprès, mais honnêtement, en sortant de ce film vous aurez de toute façon totalement oublié tout ce qui précède. Il fallait bien que je vous en parle, mais c’était presque superflu.

Le Concert fut aussi pour moi une confirmation. Celle de l’immense talent de Mélanie Laurent. J’ai été un des rares à encensé sa performance dans Inglourious Bastard qui a plutôt reçu des critiques. Et bien, je maintiens que c’est une très grande actrice, pas forcément pour son jeu spectaculaire, mais par un charisme mêlant à la fois force et faiblesse. Elle est ici tout simplement étincelante et on oublie totalement que, dans la séance finale, ce n’est évidemment pas elle qui joue du violon.

Mais de manière globale, tout le casting est vraiment remarquable. Aleksei Gustov, sur lequel une large partie du film repose, livre là une performance magnifique, aussi bien dans les moments d’humour que dans les moments d’émotion. Le reste des acteurs jouent surtout sur le registre de la comédie pure, mais y mettent assez d’énergie pour faire passer même les moments un peu moins subtils. Un mot enfin sur la trop rare désormais Miou-Miou qui nous fait regretter ici qu’elle ne soit plus cantonnée qu’aux seconds rôles.

Le Concert n’est pas un film à voir uniquement si on aime la musique classique. Cela n’a rien à voir. C’est le mélange des émotions véhiculée par le scénario et les images qui sont soudain sublimées par la musique. Cette dernière est un langage universel qui prend ici tout son sens. Aucun des éléments n’aurait fait un tel effet s’il n’avait été en parfaite harmonie avec les deux autres. Un tel moment se vit rarement et je ne sais d’ailleurs pas si j’aurais vraiment envie de revoir ce film, de peur que l’expérience ne soit pas la même la seconde fois.

Le Concert ne vaut pas que par son dernier quart d’heure, cela serait injuste. Mais ce dernier vaut à lui seul largement le déplacement ! Inoubliable !

Fiche technique :
Production : Les Productions du Trésor
Distribution : Europacorp
Réalisation : Radu Mihaileanu
Scénario : Radu Mihaileanu, Alain Michel Blanc, Matthew Robbins
Montage : Ludovic Troch
Photo : Laurent Dailland
Décors : Stan Reydellet
Son : Pierre Excoffier, Selim Azzazi, Bruno Tarrière
Musique : Armand Amar
Costumes : Viorica Petrovici, Maira Ramedhan Levi
Durée : 120 mn

Casting :
Alexeï Guskov : Andreï Filipov
Dimitri Mazarov : Sacha Grossman
Melanie Laurent : Anne-Marie Jacquet
François Berléand : Olivier Morne Duplessis
Miou-Miou : Guylène de la Rivière
Lionel Abelanski : Jean-Paul Carrère

AWAY WE GO : Un vent d’optmisme si délicieusement léger

awaywegoaffiche

awaywegoafficheAway we Go est un film quelque peu singulier. Non pas son contenu, mais par la place qu’il occupe dans la carrière de son réalisateur, Sam Mendes. Sorti moins d’un an après Les Noces Rebelles, il en est l’exact opposé. Encore un film sur le couple, certes, mais cette fois un film léger et drôle. Il ne nous raconte toujours pas que tout est facile en amour, mais il nous donne cette fois beaucoup de raisons d’espérer.

Burt et Verona, couple d’une petite trentaine d’années, pas vraiment installés dans la vie, vont avoir un bébé. Mais à quelques mois de l’accouchement, les parents de Burt leur annoncent qu’ils partent vivre à…Anvers. Comme plus rien ne les retiens là où ils habitent, ils se décident à chercher le parfait endroit pour élever leur enfant.

Away we Go est un film à sketchs. Chaque ville visitée donne lieu à une nouvelle situation et une nouvelle rencontre. Ils croiseront des personnages et vivront des situations saugrenus. Ils découvriront surtout que le bonheur des autres cachent parfois bien des choses inattendues. Qui dit film à sketchs dit souvent, film inégal. Away we Go n’échappe pas à la règle, même si chacun d’eux reste de grande qualité. Tous ceux qui auront vu ce film auront leur scène fétiche. Pour moi, il s’agira d’une histoire de poussette dont la bande-annonce a donné un aperçu pour ceux qui l’ont vu. D’ailleurs vue l’hilarité générale dans la salle, je pense que je ne suis pas le seul à avoir préféré ce moment là.

Entre rire et réflexion, le rire l’emporte largement dans Away we Go. Le film n’a rien d’une interrogation métaphysique sur le couple. C’est le thème central du film, mais il est traité par les différentes scènes qu’elles soient comiques au premier degré, au second, au troisième ou au vingt-huitième. Tout est léger, gai et tendre dans ce film qui dégage au final un vrai optimisme et une vraie joie de vivre. D’ailleurs, certains trouveront d’ailleurs peut-être le dénouement un peu cucul, mais bon, après la fin des Noces Rebelles, on lui pardonnera aisément.

awaywegoD’ailleurs, pour continuer la comparaison, on pourra remarquer que le casting de ce film est cette fois essentiellement composé d’inconnus. Pas de Leonardo Di Caprio, ni de Kate Winslet, cette fois-ci. Mais John Krasinski et Maya Rudolph n’ont pas à rougir et son largement à la hauteur. Deux vraies révélations ! Et puis, d’un point de vue personnel, je suis très heureux d’y avoir retrouver Maggie Gyllenhall, puisque je vais l’épouser si vraiment Zooey Deschanel refuse.

Evidemment, tout cela se fait sous la caméra de Sam Mendes. Et donc pas sous n’importe quelle caméra ! Une caméra élégante, mais aussi discrète qui est là pour mettre en valeur les acteurs qu’il sait si merveilleusement bien diriger. Bref, un régal pour les yeux, tout autant que pour l’esprit, par l’optimisme qui parcourt ce film.

Away we Go n’a pas la dimension des Noces Rebelles. Mais il reste un très beau film, vraiment drôle, remarquablement intelligent et surtout qui donne envie d’être amoureux.

Fiche technique :
Production : Focus Features, Big Beach, Neal Street Productions
Distribution : Mars Distribution
Réalisation : Sam Mendes
Scénario : Dave Eggers, Vendela Vida
Montage : Sarah Flack
Photo : Ellen Kuras
Format : 35mm
Décors : Jess Gonchor
Musique : Alexi Murdoch
Costumes : John Dunn
Durée : 98 mn

Casting :
John Krasinski : Burt
Maya Rudolph : Verona
Catherine O Hara : Gloria
Jeff Daniels : Jerry
Allison Janney : Lily
Jim Gaffigan : Lowell
Maggie Gyllenhaal : LN