Ah qu’est ce qu’on ne dit pas comme conneries sous l’effet de l’alcool ! On se sent souvent très courageux, prêt à relever tous les défis. Mais une fois, l’effet disparu, on fait nettement moins le fier et on n’a bien du mal à assumer ce que l’on a dit la veille. C’est sur cette idée de départ, que l’on a tous plus ou moins expérimenté, qu’est basé Humpday, un petit film indépendant américain qui aurait pu être génial. Oui, qui aurait pu…
Andrew et Ben sont deux copains de fac au parcours très différent. L’un est marié, rangé, ingénieur, l’autre mène une vie de bohème, dans un milieu artistique totalement désargenté. Quand l’un débarque chez l’autre à l’improviste à deux heures du matin, ils sont heureux de se retrouver, sous le regard quelque peu surpris de la femme de Ben. Le lendemain, lors d’une soirée arrosée, ils en viennent à parler d’un festival porno amateur… et décide d’y participer en se filmant en train de faire l’amour l’un avec l’autre. Qu’en sera-t-il le lendemain, une fois la gueule de bois dissipée ?
Humpday nous est vendu comme une comédie. C’est certes le genre cinématographique dans lequel il semble le plus à sa place, mais plutôt du côté des comédies de mœurs. Il n’y pas ici à proprement parlé de « gags », simplement des situations saugrenues et quelques répliques savoureuses… noyées dans un océan de dialogue.
Humpday est en effet un film extrêmement bavard. En fait, toutes les scènes consistent en une discussion entre deux ou trois personnes. Ca aurait donc presque pu ressembler à du Woody Allen, mais malheureusement on n’en est loin. Là où notre new-yorkais préféré insuffle rythme et énergie dans les échanges entre ses personnages, Lynn Shelton se contente de filmer sans aucune imagination ses acteurs qui débitent leur texte avec plus ou moins de conviction. Non que ces derniers soient mauvais, loin de là, mais simplement, on aurait aimé plus de peps et plus d’énergie. Du coup, le film ne décolle jamais vraiment et l’enthousiasme du spectateur non plus !
Ce qui sauve quand même Humpday, c’est l’envie du spectateur de savoir comment tout cela va bien pouvoir finir. Là, on peut reconnaître une grande intelligence à Lynn Shelton qui a su nous préserver d’un dénouement cousu de fil blanc. Mais la fin, à l’image du reste du film, souffre d’un manque de souffle qui ne permet pas d’apprécier à sa juste valeur son intelligence et sa subtilité.
Humpday est vraiment l’archétype du scénario gâché par une mise en scène trop plate. Car les thèmes abordés sont riches : l’amitié, le couple, la fierté, mais surtout une belle réflexion sur l’écart entre l’image qu’on a de soi-même, l’image qu’ont les autres de soi et ce que l’on est vraiment. Tous ces ingrédients auraient pu donner un résultat vraiment intéressant, mais on flirte trop souvent avec l’ennui dans ce film pour pouvoir l’apprécier.
Humpday n’est donc pas le film surprise qu’il aurait pu être. La médiocrité de la mise en scène constitue un handicap trop lourd pour que l’originalité se suffise à elle-même.
L’autre jour, j’ai parlé mon côté midinette, en expliquant que j’aimais notamment Sex and the City. Et bien, je le prouve, puisque après avoir avalé les six saisons, j’ai regardé le film hier soir. Cet avis sera éminemment subjectif pour deux raisons. D’abord, adorant la série, il est difficile de regarder ce film en le considérant comme une œuvre indépendante de cette dernière. Et puis, on m’en avait dit beaucoup de mal et j’ai été agréablement surpris, ce qui n’a fait que décupler mon plaisir.
Trois ans ont passé depuis le retour de Carrie à New York, après un court séjour à Paris. Elle file le parfait amour avec Big, dont on connaît enfin le nom, John Preston. Il acquière d’ailleurs un magnifique penthouse pour qu’ils puissent emménager tous les deux. Ils décident également de se marier, pour que Carrie soit aussi propriétaire de l’appartement. Mais ce qui devait être une petite cérémonie intime se transforme vite en un grand événement sous la pression de Carrie… au risque de faire ressortir les vieux travers de Mr Big.
Sex and the City forme une histoire tout à fait compréhensible, avec un début et une fin. Mais il est réellement dans la continuité de la série et le voir sans avoir vu cette dernière ne doit présenter qu’un intérêt limité. Trop de choses échapperait à un spectateur dont cet univers est totalement inconnu. C’est bien sûr une des grandes limites de ce genre de film. De plus, je doute que voir le film vous donne envie de vous ruer sur la série.
En effet, Sex and the City met un peu de côté, ce qui a fait l’originalité et la saveur de la série : les remarques des femmes sur le cul ! S’il y’a le mot Sex dans le titre de la série, ce n’est pas pour rien. Mais le film est là avant tout pour conclure le fil rouge narratif qui a tenu pendant six saisons : la relation Carrie-Mr Big. Beaucoup ont formulé ça comme un reproche. Personnellement, je parlerais simplement de choix. Franchement, après 94 épisodes, on a quand même surtout envie de voir comment tout ça va finir.
Et pour moi, c’est là qu’est venue la bonne surprise. Pas tant sur le point d’arrivée, qui fait un peu happy end, mais j’y reviendrai. Mais sur le chemin qui nous y emmène. J’avais un peu peur que tout cela finisse un peu trop simplement, dans un grand moment de célébration des personnages et de la série, où le bonheur coulerait par tous les coins. Il n’en est rien et Sex and The City nous rappelle que l’amour, c’est souvent compliqué et surtout souvent n’importe quoi. Et la conclusion de tout ça, c’est qu’il faut parfois arrêter de se poser trop de questions. On ressent ce qu’on ressent, il ne faut pas chercher à comprendre, ni penser aux détails pragmatiques qui sont souvent autant de tue-l’amours. On peut bien tous se l’avouer : il nous ait tous arrivé d’écouter notre cœur au lieu de notre raison, pour au final nous prendre un méchant gadin. On souffre un bon coup, mais bon ça passe et on oublie. Par contre, chaque fois que nous avons écouté notre tête, nous ignorerons à jamais ce qu’il y’a après le « et si… », nous laissant des regrets qui peuvent nous pourchasser le restant de notre vie.
Sex and The City, c’est ça ! Un hymne à l’amour sans condition, qui se vit sans questions existentielles qui viennent tout gâcher. Alors oui, c’est un peu rose bonbon parfois, un peu trop enveloppé dans de la haute couture aussi souvent. On y perd certainement en subtilité, mais, pour moi, on y gagne en force narrative. Et puis, après six saisons passées en leur compagnie, on est trop attaché aux personnages pour avoir envie de voir autre chose qu’une fin heureuse.
Bon, il faut quand même admettre qu’il y’a quelque chose d’un tantinet insupportable. C’est ce rapport malsain qu’ont les Américains avec le mariage, qui semble presque une fin en soi. Sex and The City nous assène pendant près de deux heures qu’au fond le mariage, ce n’est pas le plus important, qu’il représente parfois plutôt une raison de se déchirer que de sublimer la passion… Pour qu’au final, ils se marient quand même… On va mettre ça sur le compte des particularités culturelles de la société américaine.
En fait, cette critique tient en une phrase : vous avez vu la série, ne ratez pas le film !
Fiche technique : Production : Darren Star productions, HBO Films, New Line cinema Distribution : Metropolitan Filmexport Réalisation : Michael Patrick King Scénario : Michael Patrick King, d’après les personnages de Candace Bushnell Montage : Michale Bernebaum Photo : John Thomas Décors : Jeremy Conway Musique : Aaron Zigman Effets spéciaux : Big Film Design Durée : 135 mn
Casting : Sarah Jessica Parker : Carrie Bradshaw Kim Cattrall : Samantha Jones Kristin Davis : Charlotte York Cynthia Nixon : Miranda Hobbes Chris North : Mr. Big Candice Bergen : Enid Frick Jennifer Hudson : Louise
J’entends encore certains d’entre vous s’écrier « oh encore un film d’animation. Il va encore nous expliquer que c’est génial, patati et patata… ». Et bien, pas du tout, cette fois, je vais vous parler d’un film d’animation médiocre. Pourtant la bande-annonce de Numéro 9 semblait prometteuse et la présence de Tim Burton à la production semblait être un gage de qualité.
Dans un futur plus ou moins proche, l’humanité a été exterminée par les machines qu’elle avait elle-même crée. Les derniers être vivants sur Terre sont 9 petites créatures, des sortes de poupées de chiffon crée par le même scientifique qui a mis au moins l’intelligence artificielle à l’origine de la fin de l’humanité. Il vivent dans la peur de la « Bête », une des dernières machines à fonctionner encore. Mais parmi eux, « Numéro 9 » ne peut se résoudre à vivre terré dans la peur et part à la rescousse de « Numéro 6 » tombé dans les griffes de la « Bête ».
Numéro 9 est le premier film d’animation sorti aux Etats-Unis à ne pas avoir été classé « tout public ». Seuls les enfants accompagnés ont pu s’y rendre. Pourtant, il n’y a pas non plus de quoi hurler de terreur. Certes, l’ambiance générale est plutôt sombre, mais pas plus que n’importe quel épisode d’Harry Potter. Enfin de toute façon, un, nous ne sommes pas aux Etats-Unis et deux, si vous êtes en train de lire ce texte, c’est que vous êtes à priori assez grand pour aller voir ce que vous voulez au cinéma.
A l’origine, Numéro 9 était un simple court-métrage qui a été allongé pour le passage sur grand écran. Et malheureusement, ça se ressent dans le scénario qui est assez bancal. La bande-annonce nous a fait miroiter un contenu beaucoup plus riche, alors qu’au final l’histoire est assez linéaire et pas vraiment passionnante. La profondeur que l’on attend dans un film de 80 minutes qui se veut aussi sombre n’est pas du tout au rendez-vous. Le monde de Numéro 9 est trop simpliste pour être véritablement intéressant.
A côté de ça, il faut bien avouer que visuellement, Numéro 9 est un vrai bijou esthétique. Cependant, l’animation a fait de tels progrès depuis 10 ans que ce genre de performance nous émeut de moins en moins. C’est pourtant particulièrement injuste envers le travail remarquable réalisée par toute l’équipe artistique de ce film.
Le casting voix était réellement prestigieux et il n’y a rien à reprocher à Numéro 9. Que ce soit Elijah Wood, John C.Reilly ou Jennifer Connelly, tous les interprètes ont pris leur rôle très au sérieux et apporte une vraie crédibilité et une vraie personnalité aux personnages.
Numéro 9 est un donc un film non abouti, techniquement presque parfait, mais dont l’intérêt du scénario est trop faible pour soulever l’enthousiasme.
Fiche technique : Production : Focus features, Starz animation, Tim Burton Distribution : SND distribution Réalisation : Shane Acker Scénario : Shane Acker, Pamela Pettler Montage : Nick Kenwau Décors : Robert St. Pierre, Fred Warter Musique : Deborah Lurie Directeur artistique : Christophe Vacher Durée : 80 mn
Casting : Elijah Wood : 9 neuf John C. Reilly : 5 cinq Jennifer Connelly : 7 sept Crispin Glover : 6 six Martin Landau : 2 deux Christopher Plummer : 1 un Fred Tatasciore : 8 huit
Parmi les grands réalisateurs français, Jacques Audiard figure en bonne place. Bon sang ne sachant mentir, on sent chez lui un vrai amour et un vrai respect du cinéma. Contrairement à bien de ses collègues nationaux, il connaît la différence entre un long métrage et un téléfilm. Un Prophète, récompensé à Cannes par le Grand Prix du Jury, vient confirmer l’immense talent de ce grand cinéaste, même si j’émettrai quelques bémols personnels.
Malik a 19 ans et vient d’écoper de 6 ans de prison. Il tente de rester à l’écart de la vie carcérale, de ses clans et de sa violence. Mais la réalité vient vite le rattraper et il tombe sous la coupe de César Luciani, gangster corse qui règne en maître sur la prison. Pour lui et pour sauver sa propre vie, il devra tuer un autre détenu.
Un Prophète est un film sombre et dur. Mais c’est aussi un film surprenant, dont le scénario ne vous mènera pas là où vous le pensiez. La morale de l’histoire est dérangeante et ambiguë. Le parcours de Malik n’est absolument pas tracé d’avance et ne formera en rien une ligne droite. Ce film intrigue, questionne, prend le spectateur à témoin d’une réalité où rien n’est blanc, ça c’est certain, mais où le noir a lui aussi bien des nuances. On pourra reprocher à Jacques Audiard de ne pas avoir forcément apporté de réponses aux questions que son film soulève. Mais y’a-t-il vraiment de réponses à des questions aussi complexes ?
Un Prophète, c’est également deux magnifiques performances d’acteurs. Ne cherchez plus le prochain César du Meilleur Espoir Masculin, il s’appelle Tahar Rahim. Il pourrait même n’être pas très loin d’emporter également celui du Meilleur Acteur. Son jeu n’est peut-être pas flamboyant, mais il est d’une troublante justesse. Il incarne avec le même bonheur et le même talent toutes les phases de l’évolution de son personnage.
A ses côtés, le prochain César du Meilleur Acteur dans un Second Rôle, Niels Arestrup, un vieux routier du cinéma français. Déjà à l’affiche de De Battre, mon Cœur s’est Arrêté, il se voit offrir par Jacques Audiard un deuxième rôle à la hauteur de son immense talent. D’ailleurs pour incarner aussi magistralement « César Luciani » quand on s’appelle Niels Arestrup, il ne faut pas en manquer !
La caméra de Jacques Audiard ne se contente pas rester posée là, en attendant que ça se passe. La lumière, le montage, les mouvements à l’intérieur même des plans sont là pour aider à raconter l’histoire et souligner l’émotion des personnages. Certes, il en fait peut-être parfois un peu trop, mais cela reste toujours bref et de toute façon cent fois plus intéressants et orignal que la manière de filmer de la plupart de ses collègues français.
Le petit bémol vient pour moi du rythme imprégné à Un Prophète. Ce film aurait duré 2h, au lieu de 2h30, il aurait été incontestablement un très grand film. Certes, cette durée permet au scénario de louvoyer, nous plongeant dans une abîme de perplexité, nous demandant comment tout cela va donc pouvoir finir. Mais elle nous fait aussi souvent flirter avec le bord de la falaise de l’ennui. On n’y tombe jamais, mais on se fait parfois un peu peur à l’idée d’y sombrer.
Un Prophète est donc un film exceptionnel par bien des points. Mais la perfection n’étant pas de ce monde, il rate de peu le statut de chef d’œuvre.
Fiche technique : Production : Why not productions, chic films, page 114 Réalisation : Jacques Audiard Scénario : Thomas Bidegain, Jacques Audiard Montage : Juliette Welfling Photo : Stéphane Fontaine Décors : Michel Barthélémy Distribution : UGC distribution Musique : Alexandre Desplat Durée : 149 mn
Casting : Niels Arestrup : César Luciani Tahar Rahim : Malik
Je reproche souvent au cinéma français ses scénarios paresseux, se contentant de décrire les états d’âmes de ses personnages, sans trame narrative digne de ce nom. Fauteuils d’Orchestre est un peu à ranger dans cette catégorie… sauf que ce coup-ci tout fonctionne parfaitement et le résultat donne un film très plaisant, particulièrement intelligent et surtout pas ennuyeux une seule seconde.
Jessica débarque de Macon à la recherche d’un travail et d’un logement. Elle trouve une place de serveuse au Bar des Théâtres. Elle y croisera un pianiste qui rêve de liberté, un collectionneur d’art qui vend toute sa collection et une vedette de la télé qui rêve d’être considérée comme une grande actrice.
Fauteuils d’Orchestre est donc un film de personnages, et par la même occasion un film de comédiens. D’ailleurs, l’affiche ne nous montre pas autre chose puisque nous pouvons y voir les portraits de tous ceux qui constituent un casting plutôt prestigieux. Le personnage central est interprété par une Cécile de France rayonnante de fraîcheur et d’enthousiaste, parfaite dans ce rôle de femme enfant, candide et avide d’expériences et de découvertes.
Mais les deux étoiles du casting de Fauteuil d’Orchestre sont deux acteurs « comiques » employés ici plutôt à contre-emploi. Et comme souvent, c’est une totale réussite. Enfin, peut-on encore considérer que le registre d’Albert Dupontel se limite au comique ? Il a prouvé à de nombreuses reprises qu’il est un acteur complet et surtout fantastique. Ce film en est une nouvelle preuve.
A ses côtés, Valérie Lemercier trouve là sans doute le rôle le plus abouti de sa carrière. Bien sûr, elle nous livre toujours les mêmes mimiques, mais avec cette fois, infiniment plus de retenu et surtout de justesse que d’habitude. Et surtout, il y’a beaucoup plus que cela qui ressort de son jeu, une grande faiblesse sous le vernis de la star adulée de tous.
Grâce au talent de ses acteurs et du talent de scénariste de Danièle Thomson, Fauteuils d’Orchestre est un film divertissant. Les personnages dégagent une sympathie extrême, leur situations sont souvent cocasses et même si toutes ces petites histoires n’en forment pas une grande, on a plaisir à les suivre. On attend de voir où chacune d’elle va nous mener, ce qui maintient l’intérêt du spectateur de bout en bout, un exploit dans ce genre de production hexagonale.
Mais Fauteuils d’Orchestre est aussi un film intelligent, qui possède un vrai fond. Une belle réflexion sur l’enfermement que peut représenter un statut social. La plus part des personnages ont très bien réussi leur vie, allant au bout de leurs ambitions. Mais du coup, les autres ont du mal à comprendre qu’ils aient envie d’autre chose puisqu’ils ont ce dont les autres rêvent. Une réflexion remarquable sur la différence entre le bonheur et la réussite. Une vraie leçon à méditer !
Fauteuils d’Orchestre est donc un des meilleurs exemples de ce que le cinéma français peut nous offrir de mieux et d’unique. Une perle rare donc !
Fiche technique : Production : Studio Canal, TF1 Films Production, Radis Films Production Distribution : Mars Distribution Réalisation : Danièle Thompson Scénario : Danièle Thompson, Christopher Thompson Montage : Sylvie Landra Photo : Jean-Marc Fabre Décors : Michèle Abbe Son : Michel Kharat Musique : Nicola Piovani Durée : 106 mn
Casting : Cécile de France : Claudie Valérie Lemercier : Catherine Versen Albert Dupontel : ean-François Lefort Christopher Thompson : Frédéric Grumberg Guillaume Gallienne : Pascal Laura Morante : Valentine Claude Brasseur : Jacques Grumberg Suzanne Flon : Mme Roux Dani : Claudie Sydney Pollack : le réalisateur américain
Le génie peut-il s’expliquer… Il n’est pas très difficile d’expliquer pourquoi quelque chose est excellent, brillant, intéressant, beau, voire même splendide. Mais comment faire comprendre pourquoi quelque chose est génial. C’est à dire que quelque chose transcende tous les critères objectifs pour nous offrir un moment de bonheur, de grâce, d’éternité artistique ! Quentin Tarantino fait partie des rares êtres humains capables de nous offrir de tels moments. Avec Inglourious Basterds, il nous livre une dernière heure qui fera date dans l’histoire du cinéma.
Dans la France occupée par les Nazis, un groupe de commandos, composé en grande partie de juifs américains, sème la terreur dans les rangs de la SS. Leur particularité, faire preuve de cruauté pour se forger une terrible réputation, acquise notamment par le scalp de leurs victimes. Pendant ce temps, à Paris, une grande première cinématographique se prépare avec tout le gratin nazi… et peut-être même le Führer en personne. Mais sans le savoir, Goebbels choisit un cinéma tenue par une juive, dont le frère avait été massacré sous ses yeux par le terrible Hans Landa, le « chasseur de Juifs ».
Comme beaucoup de Tarantino, Inglourious Basterds est proche du film à sketches. Les scènes sont très peu nombreuses et chacune est presque un court métrage à elle toute seule. Cependant, contrairement à Pulp Fiction, il y’a une vraie intrigue qui lie tous les évènements, tous les personnages, pour un final… Mais j’y reviendrai.
L’admiration que j’éprouve pour Tarantino est sans limite. Il est pour moi, d’un point de vue purement technique, le plus grand réalisateur de l’histoire avec Welles et Kubrick. Le seul « bémol » que j’apporterais à ce jugement par rapport à ses glorieux prédécesseurs est que, même si son œuvre balaye des genres très divers, il existe une patte Tarantino, qui fait que l’on différencie ses œuvres du premier coup d’œil. Inglourious Basterds n’échappe pas à la règle. Les interminables dialogues qui précèdent un déluge de feu et de sang restent bien sûr la figure la plus caractéristique de son art.
Mais quand on fait si bien quelque chose, pourquoi s’en priver. Quand on porte l’art de la réalisation, de la photographie, de la composition de l’image, du montage aussi haut, il est difficile de formuler réellement des reproches. Et comme d’habitude, en ce qui concerne l’utilisation de la musique, on touche au sublime, même si Inglourious Basterds est sans doute le film de Tarantino où elle est le moins omniprésente. Mais tout de même, le générique n’a pas commencé depuis trois secondes, que l’on se dit déjà que la musique que l’on entend est LA musique qui devait être là, à cet instant, sur cette image… Pourquoi, on ne le sait pas, mais on le sait, c’est tout.
Tarantino est aussi connu pour sa capacité à diriger les acteurs comme personne. Il n’y a qu’à voir combien les acteurs se battent pour un rôle dans un de ces films pour s’en rendre compte. Dans Inglourious Basterds, la star, ce n’est pas Brad Pitt… qui tient pourtant là un des rôles les plus marquants de sa carrière. Non, il s’agit bien de Christoph Waltz, récompensé à Cannes. Mais comment Quentin Tarantino a-t-il eu cette idée parmi les plus géniales de la longues histoire des idées géniales d’aller chercher cet acteur totalement inconnu ? Sa prestation demanderait d’inventer de nouveaux superlatifs, tant le mot extraordinaire semble bien faible pour la décrire.
Mais soyons chauvin et glissons donc un mot sur Mélanie Laurent. Elle figure depuis un moment déjà parmi les valeurs sûres du cinéma français. Mais franchement, on ne l’imaginait pouvoir dégager un tel charisme et une telle présence à l’écran. Evidemment, le talent de direction de maître Tarantino y est forcément pour beaucoup, mais il serait injuste d’ôter tout mérite à la belle Mélanie.
Mais Inglorious Basterds marquera les mémoires pour le moment de bonheur cinématographique inoubliable, sublime, fantastique, grandiose… que constitue la dernière heure de ce film. Une longue scène qui fait du cinéma bel et bien le 7ème art, non un simple divertissement. Tarantino nous y offre un des plans les plus… En fait, à ce niveau, il n’y a même plus de mot. Ces quelques secondes, vision apocalyptique sublime, dégageant une force incroyable, vous laissent dans un état second, un de ces moments où vous faites corps avec ce qui se passe à l’écran, où la frontière entre la réalité de la salle et les images qui défilent n’existe plus. Un moment où vous oubliez que vous êtes au cinéma, vous oubliez que ce n’est qu’un film, où vous oubliez tout…
Alors, un seul conseil, n’oubliez pas d’aller voir Inglourious Basterds.
Fiche technique : Production : The Weinstein Company, A Band Apart Pictures, Universal Pictures, Lawrence Bender prod. Réalisation : Quentin Tarantino Scénario : Quentin Tarantino Montage : Sally Menke Photo : Robert Richardson Décors : David Wasco Distribution : Universal Pictures International France Musique : Ennio Morricone, David Bowie, Charles Bernstein, Elmer Bernstein, The Arrows, Gianni Ferrio Effets spéciaux : John Dykstra Costumes: Anna B. Sheppard Durée : 148 mn
Casting : Diane Kruger : Bridget von Hammersmark Christoph Waltz : Hans Landa Melanie Laurent : Shosanna Dreyfus Eli Roth : Sgt Donnie Donowitz Mike Myers : Général Ed Fenech Brad Pitt : Lt Aldo Reine Daniel Brühl : Frédérick Zoller Jacky Ido : Marcel Michael Fassbender : Lt Archie Hicox
Faire naître l’émotion, nous faire pleurer est une chose qu’Hollywood a toujours su faire, au moins aussi bien que nous divertir et nous faire rêver. Cependant, c’est une tâche difficile car jouer sur ce registre exige une réussite proche de la perfection. Si la comédie ou le film d’action peut supporter une certaine dose de médiocrité en gardant son caractère récréatif, ce n’est pas le cas du drame. Et ce n’est pas le cas non plus de The Reader qui pêche bien trop sur la forme et sur le fond.
En Allemagne, peu après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, Michael Berg est un jeune adolescent dont le destin lui fait croiser Hanna Schmitz, une femme de 35 ans dont il devient l’amant. Quand ils ne font pas l’amour, il lui lit des livres à voix haute. Un jour, elle quitte subitement la ville, sans un mot pour lui. Etudiant en droit, il la retrouve quelques années plus tard, lors d’un procès où elle doit faire face à son passé de geôlière dans les camps nazis.
The Reader est filmé comme les meilleurs mélos américains. Mais si cela peut fonctionner à la perfection pour parler de la médiocrité de la vie dans les banlieues américaines, comme dans les Noces Rebelles, lorsque cela aborde des sujets comme la responsabilité des Allemands sous le régime Nazi, cela ne colle plus du tout. Ce film est bien trop hollywoodien dans sa forme pour être crédible dans un sujet si « européen ». Et le choix de Kate Winslet pour occuper le rôle principal se révèle un choix désastreux tant elle symbolise le cinéma dramatique hollywoodien.
Malheureusement, le fond ne vient pas tout sauver. En effet, malgré un propos objectivement intéressant, il est difficile de s’attacher au personnage d’Hanna. The Reader fait face aux mêmes difficultés auxquels se heurtent les films qui cherchent à nous montrer l’humanité des bourreaux. Certes, elle fait ici office de bouc émissaire d’une société tout entière, mais certains de ses actes restent monstrueux. Ce n’est pas tant le fait qu’elle paye plus que les autres qui pose problème, mais plutôt que les autres ne payent pas assez. Ceci brise l’empathie que l’on pourrait ressentir pour elle, déconnectant ainsi le spectateur du scénario et de l’émotion qu’il cherche à véhiculer.
Le personnage le plus intéressant reste de loin celui de Michael qui découvre qui est vraiment la femme qu’il a aimé et qui le marquera à jamais. Mais le scénario fait clairement le choix de le passer au second plan et de faire du destin d’Hanna le fil rouge de The Reader. Le développement de la partie portant sur le Michael adulte est survolé, alors qu’il aurait du constituer l’axe de réflexion le plus approfondi. Il constitue le seul personnage ambigu, dont on peut partager les sentiments et les interrogations.
Enfin, le film pêche aussi par son dénouement qui s’étire désespérément en longueur, avec trois fins, dont aucune ne constitue de conclusion satisfaisante. Quant une réflexion est claire et correctement argumentée, la conclusion découle souvent d’elle-même. La fin laborieuse de The Reader prouve bien que la réflexion qu’il véhicule n’est pas à la hauteur.
The Reader manque donc sa cible à bien des points de vue. La qualité de la réalisation, de la photographie et même de la distribution ne l’empêchent malheureusement pas de former un ensemble où aucun élément ne semble vraiment à sa place.
Fiche technique : Production : The Winstein company Distribution : SND distribution Réalisation : Stephen Daldry Scénario : David Hare, d’après le livre de Bernhard Schlink Montage : Claire Simpson Photo : Chris Menges, Roger Deakins Musique : Nico Muhly Directeur artistique : Brigitte Broch Durée : 123 mn
Casting : Kate Winslet : Hanna Schmitz Ralph Fiennes : Michael Berg David Kross : Michael Berg, jeune Lena Olin : Rose Mather Bruno Ganz : Professeur Rohl
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