THE INFORMANT ! : Steven, pense plutôt à la qualité qu’à la quantité !

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theinformantafficheSteven Soderbergh vient de réaliser un petit exploit en sortant en 2009 pas moins de quatre films, dont le petit dernier, The Informant ! S’il n’a toujours été assez productif, il bat ici tous les records. Sa filmographie comporte la particularité d’enchaîner des films de commande, orienté vers le grand public, et des projets plus personnels, nettement moins abordables. Pour ne pas dire parfois méga chiants, comme le diptyque sur le Che. The Informant ! est une comédie légère qui s’adresse à une audience large. Mais à trop en faire, Steven Soderbergh a peut-être oublié d’y mettre tout son talent.

Mark Whitacre est un des principaux cadres d’ADM, un géant de l’agroalimentaire américain. Un jour, suite à une affaire d’espionnage industriel par des concurrents japonais, il est confronté au FBI, auquel il finit par avouer une vaste organisation d’entente sur les prix entre les différents acteurs du marché. Il devient alors informateur et chargé de réaliser des enregistrements pour prouver ses allégations.

The Informant ! a un côté Erin Brokowich, du moins dans sa première partie, avec un aspect parodique tant le personnage de Mark Whitacre prête à sourire. La bande-annonce insistait d’ailleurs énormément sur son côté « Je me prends pour James Bond », alors qu’il est en fait particulièrement maladroit et se trouve sur le point de faire capoter toute l’enquête.

Mais voilà, au bout d’une heure, The Informant ! prend une toute autre tournure. Il serait dommage d’en dire quoi que ce soit et de gâcher la surprise de ceux qui auront l’occasion de voir ce film. Le glissement se fait petit à petit, et le spectateur commence à comprendre peu à peu que les choses ne sont pas tout à fait ce qu’elles semblaient être au début. C’est beaucoup plus subtil que le retournement final classique dont le cinéma hollywoodien use et abuse. Il y’a donc une vraie intelligence dans le scénario… mais malheureusement il lui manque bien d’autres choses.

theinformantDéjà, du rythme. The Informant ! est un film mollasson. Il se veut une comédie, mais n’est absolument pas parcouru par l’énergie indispensable à ce genre de film. Il est amusant, sympa, marrant, mais certainement pas drôle, alors qu’il promettait de l’être et que tout était réuni pour cela. C’est bien dommage et regrettable. En fait, le film donne un peu l’impression d’avoir été bâclé et le rythme de sorties des films de Soderbergh donne à penser que l’on ne doit pas être très loin de la vérité en pensant cela.

Car The Informant ! avait du potentiel. Déjà la caméra de Soderbergh reste malgré tout une de plus élégantes du cinéma mondial. On avait déjà fait la remarque pour le Che, tous ses films sont beaux à voir. Mais du coup, il a franchement tendance à tomber dans le contemplatif. Et les productions de cette année donnent à penser que ce défaut s’accentue avec l’âge, signe peut-être que sa créativité artistique tourne en rond, et surtout plus autour que d’elle-même. Mais bon, un tel talent ne saurait se complaire dans la médiocrité bien longtemps.

Et puis, The Informant ! avait la chance d’avoir comme tête d’affiche l’immense Matt Damon. Mais voilà, aussi bon soit-il, il ne peut à lui seul apporter tout ce qui manque à ce film. Du coup, son interprétation tourne elle aussi vite en rond, autour des mêmes mimiques. Même quand la vision que l’on a du personnage évolue, son jeu ne change pas, ou si peu. Mais il n’y avait sans doute pas matière à.

The Informant ! restera un Soderbergh plutôt raté. Mais après l’échec du diptyque sur le Che, même ses plus farouches adeptes vont peut-être commencer à se faire du soucis.

Fiche technique :
Production : Warner Bros. Pictures, Participant Media et Grounswell Productions, Section eight-Jaffe / Braunstein Entrprise
Distribution : Warner Bros. Entertainment France
Réalisation : Steven Soderbergh
Scénario : Scott Z.Burns
Montage : Stephen Mirrione
Photo : Peter Andrews
Format : 35mm
Décors : Doug Meerdink
Son : Denis Touwns
Musique : Marvin Hamlisch
Directeur artistique : David E. Scott, William Hunter
Durée : 107 mn

Casting :
Matt Damon : Mark Whitacre
Melanie Lynskey : Ginger Whitacre
Tom Papa : Mick Andreas
Eddie Jemison : Kirk Schmidt
Lucas McHugh Carroll : Alexander Whitacre
Rusty Schwimmer : Liz Taylor

FAUBOURG 36 : Oui mais là non !

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faubourg36afficheIl y’a des bande-annonces qui donnent légèrement envie de vomir. Ca déborde de tant de bons sentiments, les ficelles, pardon les cordes, de l’intrigue sont tellement évidentes et tellement faciles, qu’on se jure de ne jamais aller voir un tel film. C’était mon cas avec Fabourg 36, qui sentait la mauvaise exploitation du triomphe des Choristes. Et puis, plusieurs personnes m’en ont dit du bien alors je me suis laissé tenter lors de son passage sur Canal. Mal m’en a pris…

A l’aube de 1936, un cabaret ferme ses portes mettant tous les employés au chômage. L’un d’eux y perdra la garde de son fils. Il décide alors, avec certains de ses anciens collègues, d’occuper le théâtre désaffecté et de remonter un spectacle.

Ne croyez pas une seule seconde que je sois spécialement allergique aux histoires mignonnettes et pleines de bons sentiments. J’ai personnellement adoré les Choristes. Mais voilà, ce genre de film, soit c’est parfaitement réussi, soit cela donne la nausée. Et Faubourg 36 est raté sur tous les plans. La bande-annonce me donnait envie d’appeler ce film Les Choristes au Moulin Rouge… et bien c’est exactement cela, mais en prenant le pire de chacun de ces deux films.

Le scénario déjà. Qu’il soit convenu, certes, c’est tout à fait concevable dans une comédie. Mais là, il y’a tellement peu d’imagination qu’il se répète en proposant deux fois le même rebondissement principal. J’en suis resté sans voix, en ayant du mal à y croire. Les spectateurs sont venus pour voir le théâtre abandonné être retapé et revenir à la vie. Et bien, ils ne seront pas déçus puisque ils assisteront à ce spectacle deux fois, dans une intrigue qui ne couvre même pas une année.

Le casting était alléchant. Il réserve deux bonnes surprises avec une apparition remarquable de Pierre Richard, désormais extrêmement rare à l’écran, et la charmante Nora Arnezeder qui redonnerait envie de retomber amoureux au cœur le plus brisé. Mais en face, le trio Gérard Jugnot, Clovic Cornillac et Kad Mérad s’agite dans tous les sens avec une frénésie vaine qui ne donne jamais la moindre épaisseur à leurs personnages caricaturaux. Mais le comble du ridicule revient à Bernard-Pierre Donadieu qui fait ce qu’il peut pour donner de la crédibilité à son personnage de méchant auquel on croit autant qu’à un banquier qui vous parle de régulation et de transparence.

faubourg36Il reste quelques décors assez réussis. Mais là encore, c’est du Canada Dry quand Moulin Rouge était de la Kilkenny. Ca tente de briller de mille feux, mais ça se limite finalement à 512. Et puis, quand bien même l’écrin serait splendide, le bijou est tellement raté qu’on a envie de le jeter avec le reste.

Tout est facile dans Faubourg 36, chargé d’une fausse émotion, de bons sentiments à en devenir écœurant. Il confond gentillesse et niaiserie, générosité et naïveté, brillant et clinquant. Le mot subtilité est le grand absent de ce film. Il laisse surtout un vide abyssal qui a happé toute la magie qui aurait pu éventuellement naître, laisse place à la consternation. Le seul point positif restera tout de même le dénouement qui ne sonne étrangement pas comme un happy end. Mais bon, il est bien trop tard, le mal est déjà fait.

Faubourg 36 a totalement échoué là où Les Choristes avaient si bien réussi. Mais Christophe Barratier en cherchant à nous refourguer discrètement la même soupe, a surtout pris le risque qu’on la trouve fade et écœurante. Et ça n’a pas manqué.

Fiche technique :
Production : Jacques Perrin, Nicoals Mauvernay, Romain Le Grand, Galatée Films, Constantin Film, France 2, Novo Arturo, Pathé Renn
Distribution : Pathé Distribution
Réalisation : Christophe Barratier
Scénario : Christophe Barratier
Montage : Yves Deschamps
Photo : Tom Stern
Format : 35mm
Décors : Jean Rabasse
Son : Daniel Sobrino, Roman Dymny, Vincent Goujon
Musique : Reinhardt Wagner
Costumes : Carine Sarfati
Durée : 120 mn

Casting :
Gérard Jugnot : Pigoil
Clovis Cornillac : Milou
Kad Merad : Jacky
Nora Arnezeder : Douce
Pierre Richard : Monsieur TSF
Bernard-Pierre Donnadieu : Galapiat
Maxence Perrin : Jojo
François Morel : Célestin
Elisabeth Vitali : Viviane

HOTEL WOODSTOCK : Comme une envie de me laisser pousser les cheveux !

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hotelwoodstockafficheMai 68, Woodstock, mouvement hippie autant de mots qui évoquent pour les gens de ma génération une époque qui a pris avec les ans une dimension quasi mythique. Bien sûr il y’a derrière tout cela beaucoup de fantasmes, mais la fascination exercée est réelle. Elle touche tous les continents, et notamment, l’Asie. Ang Lee a avoué son attirance pour cette époque. Il en a tiré un film, excellent au demeurant, Hôtel Woodstock.

Elliot organise chaque année dans la petite ville du fin fond de l’Etat de New York, où ses parents, proches de la faillite, tiennent un motel minable. Pour empêcher une saisie par la banque, il accepte d’accueillir un festival de musique hippie, qui vient de se faire renvoyer d’une ville voisine. Mais très vite, le succès de l’événement est hors de contrôle et ce sont des centaines de milliers de personnes qui envahissent la petite ville, à la grande fureur de ses habitants.

Commençons par une petite précision, Hôtel Woodstock n’est en rien un film sur la musique, comme a pu l’être Radio Rock par exemple. Bien sûr, elle joue indirectement un rôle capital dans l’intrigue, mais au final, elle est presque absente de ce film, alors que je m’attendais plutôt au contraire. C’est un choix, et le film est assez riche pour que cela ne pose pas vraiment de problèmes, mais je ne peux m’empêcher de ressentir une petite pointe de regret. Mais bon, c’est une question de goût personnel.

Hôtel Woodstock est avant tout un hommage à une époque, un état d’esprit, une manière de vivre, ceux du mouvement hippie. Une vision, certes très naïve et idéalisée, qui ferait passer Hair pour une diatribe contre les cheveux longs, mais particulièrement rafraîchissante. Et que cette époque n’est jamais vraiment existée, enfin pas comme cela en tout cas, n’enlève rien à la force du message que ce film sous-tend. Un peut d’utopie fait du bien parfois.

Car Hôtel Woodstock est avant tout un film sur les rapports humains, de manière générale et familiaux en particulier. Un message éminemment positif, mais qui est emballé d’assez d’imagination, de fantaisie et d’originalité pour qu’il soit tout à fait digeste. Rien de gnangnan, mais beaucoup de joie de vivre, de tolérance, mâtinés d’enthousiasme et de sincérité. Les rencontres et les amitiés improbables qui se nouent dans ce film, on y croit car il nous donne envie d’y croire.

hotelwoodstockLe talent d’Ang Lee y est pour beaucoup dans cette réussite. Le film n’est pas spectaculaire visuellement, mais l’intrigue se déroule sur un tempo parfait. Avec le recul, beaucoup de situations et d’évènements peuplant ce film sont totalement improbables, mais l’histoire les amènent peu à peu et dans un fil narratif qui les rend logique et crédibles. Ca s’appelle tout simplement savoir raconter une histoire !

Un mot enfin sur Demetri Martin, l’acteur sur lequel repose une bonne partie d’Hôtel Woodstock. Encore un acteur sorti de nul part mais qui fait preuve là d’un grand talent. Je ne lui promets pas forcément une immense carrière, mais dans n’importe quel autre pays au monde, il serait assurément une immense star.

Après le Secret de Brokeback Mountain, Ang Lee est la preuve que devenir réalisateur à Hollywood ne signifie pas forcément tirer son sens artistique vers le bas (bon ok, on oublie Hulk…) et qu’il est possible de tirer le meilleur de toutes ses affluences. Hôtel Woodstock en est une nouvelle preuve.

Fiche technique :
Production : Focus Features
Réalisation : Ang Lee
Scénario : James Schamus, d’après le livre de Tom Monte et Elliot Tiber
Montage : Tim Squyres
Photo : Eric Gautier
Décors : David Gropman
Musique : Danny Elfman

Casting :
Demetri Martin : Elliot
Liev Schreiber : Vilma
Emile Hirsch : Billy
Paul Dano : le hippie
Imelda Staunton : Mrs. Tiber
Eugene Levy : Max Yasgur

DEMINEURS : Un propos explosif

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demineursafficheFilmer la guerre et ceux qui la font est toujours un exercice délicat. Comment ne pas transformer en quelque chose d’esthétique et d’attirant ce qui reste une des plus insupportables expressions de la barbarie humaine ? Comment montrer l’horreur de la vie sur le front sans glorifier ses acteurs, au point d’en faire des modèles à imiter ? Les auteurs de Démineurs se sont attaqués à cet exercice périlleux et s’en sont remarquablement sortis, malgré un angle d’attaque (sans mauvais jeu de mots) périlleux.

A la suite du décès d’un des ses membres, la meilleure équipe de déminage de l’US Army présente en Irak reçoit le renfort du lieutenant James, tout juste débarqué d’Afghanistan. Mais il s’avère très vite qu’il s’agit d’une tête brûlée qui se soucie guère des protocoles de sécurité et semble s’amuser à risquer sa vie, provoquant frayeurs sur frayeurs à ses équipiers.

Démineurs est avant tout un film sur ceux qui font la guerre, bien plus que sur la guerre en elle-même. Même les quelques scènes « d’action » sont réalisées pour nous faire vivre les sentiments des protagonistes, au détriment du grand spectacle. C’est donc un film profondément humain, qui se veut une réflexion avant d’être un divertissement. Mais cependant, pour nous faire comprendre l’angoisse des personnages et l’adrénaline qui monte, il nous fait bien partager la réalité des combats. Certaines scènes sont même assez dures visuellement.

Le propos de Démineurs est quant à lui radicalement original. Il cherche à nous montrer les horreurs de la guerre… mais aussi l’addiction qu’elle provoque chez ceux qui la font. C’est une idée qui peut paraître choquante a priori, mais qui prend tout son sens dans ce film. Une vie faite de décharges d’adrénaline incessantes laisse évidemment des traces sur le mental mais aussi le physique des soldats. Après cela, est-il possible de revenir à une vie normale et paisible ? Le film y répond clairement et la réponse ne fait pas forcément plaisir à entendre.

Il y’a donc dans Démineurs une volonté de nous faire découvrir un aspect un peu tabou de la guerre. Le sujet de l’impossible retour a déjà été souvent traité à propos de la Guerre du Viêt-Nam, mais pas tout à fait de la même manière. Il n’y a dans ce film aucun propos lénifiant, de compassion artificielle envers les personnages. Ce sont certes des victimes mais qui ont conscience des choix qu’ils font, même si ces derniers peuvent nous apparaître à première vue incompréhensibles. Ce film apporte donc un éclairage différent sur un sujet dont le cinéma semblait avoir fait quelque peu le tour.

demineursA côté de ça, Démineurs fait l’objet d’une réalisation, et en particulier d’une photographie, vraiment remarquable. Il est vrai que les paysages désertiques se prêtent bien à ce genre de travail sur l’image, mais cela n’enlève rien au mérite de l’équipe technique de ce film. De plus, Kathryn Bigelow, la réalisatrice du cultissime Point Break, a parfaitement réussi à faire monter la pression et l’angoisse autour d’un acte, le déminage, qui n’implique pas forcément des actions particulièrement spectaculaires.

L’interprétation est elle aussi impeccable, comme le cinéma américain sait nous en proposer, même avec des acteurs peu connus. A part une courte apparition de Ralph Fiennes, pas de star à l’écran. Cependant, le duo Jeremy Renner et Anthony Mackie fonctionnent à la perfection, dans un rapport de haine-solidarité des combattants interprété avec une grande justesse.

Démineurs n’a donc rien d’un film de guerre hollywoodien classique. Il nous fait part d’une réflexion quelque peu inattendue sur un sujet d’actualité. Bref, un film pas hyper spectaculaire mais qui rend moins con.

Fiche technique :
Réalisatrice : Kathryn Bigelow
Scénariste : Kathryn Bigelow et Mark Boal
Directeur de la photographie : Barry Ackroyd
Compositeur: Marco Beltrami et Buck Sanders
Monteuse : Chris Innis et Bob Murawski
Chef décorateur : Karl Juliusson

Casting :
Sgt William James : Jeremy Renner
Sgt JT Sanborn : Anthony Mackie
Owen Eldridge : Brian Geraghty
Sgt Matt Thompson : Guy Pearce
Sergent Matt Thompson : Ralph Fiennes
Colonel Reed : David Morse
Connie James : Evangeline Lilly

LA PROPOSITION : Drôle, tout simplement

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lapropositionafficheUne bande-annonce qui lassait présager le pire, la présence en tête d’affiche de Sandra Bullock, Madame Je ne fais que des navets depuis Speed… Bref, je n’étais pas du tout parti pour aller voir, et encore moins aimer, la Proposition. Et puis, une bonne critique dans Télérama et là, mon côté midinette et romantique, m’a ordonné d’aller le voir… Je lui ai obéi et je ne l’ai pas regretté.

Au début, ils se détestent, à la fin, ils s’aiment…

… Comment ça, j’ai tué tout suspense ? Ah oui, excusez-moi, je n’avais pas fait attention. A la fois, s’il y’a une seule personne qui se soit assis dans une salle obscure en se demandant vraiment comment cela va finir, qu’elle se dénonce, il y’a des docteurs qui soignent ça très bien. Bref, La Proposition est une comédie romantique, on sait très bien comment tout cela va finir. C’est comme un épisode de Columbo, le seul intérêt c’est de savoir comment cela va se produire.

Et puis, dans comédie romantique, il y’a aussi le mot comédie. Et c’est là que la Proposition devient un très bon film. En effet, c’est drôle, vraiment drôle. De l’humour très premier degré (un degré en dessous de Very Bad Trip tout de même), mais qui nous fait rire au début, à la fin et au milieu. Et je peux en témoigner, c’était toute la salle 3, un des plus grandes, de l’UGC des Halles qui riait à plein poumons. Après, certes, le rire est communicatif, peut-être que je trouverai ça un peu moins drôle, tout seul devant ma télé, mais il n’en reste pas moins que ce film a contribué à la musculature de mes zygomatiques et c’est un mérite que je ne peux lui refuser.

Et l’autre chose que l’on demande à une comédie romantique, c’est d’y croire. Et là encore, c’est vrai, en tant qu’éternel romantique (y’en a qui rigolent, qu’ils arrêtent, c’est vexant !), je suis peut-être parfois un peu bon public dans ce domaine. Il n’empêche que la bande-annonce faisait craindre le pire, que tout ça soit trop gros, trop facile, trop improbable. Et bien, il faut reconnaître à Peter Chiarelli, le scénariste, une grande intelligence. Evidemment, ce n’est pas non plus de la psychologie de très très haut niveau, mais bon, ça marche et c’est non dénué d’une certaine subtilité sous le premier degré.

lapropositionEnfin, le dernier facteur de réussite est le charisme du couple. Bon, je ne m’étendrais pas sur le charme de Ryan Reynolds, mais il faut admettre que son personnage est éminemment sympathique et la manière dont il arrive à renverser la position de faiblesse dans laquelle il se trouve au départ le rendrait presque intéressant. A ses côtés, Sandra Bullock… Si son parcours d’actrice peut prêter à sourire et aux moqueries, elle prouve là que c’est une femme magnifique et une actrice qui mérite mieux que les navets dans lesquels elle tourne. Tous ceux qui étaient tombés amoureux d’elle, il y’a 15 ans dans Speed peuvent aller voir la Proposition sans peur. Son charme n’a pas pris une ride… Euh et elle non plus d’ailleurs, mais ça c’est la magie d’Hollywood (et du maquillage… et de la chirurgie…).

Bref, la Proposition est un film de toute façon réussie parce qu’il est vraiment drôle. Après, il possède toutes les faiblesses inhérentes aux comédies romantiques, mais franchement, qui s’en soucis ?

Fiche technique :
Production : Mandevilel films, Touchstone pictures
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Réalisation : Anne Fletcher
Scénario : Peter Chiarelli
Montage : Priscilla Nedd Friendly
Photo : Oliver Stapleton
Décors : Nelson Coates
Durée : 108 mn

Casting :
Sandra Bullock : Margaret Tate
Ryan Reynolds : Andrew Paxton
Betty White : Grand mère Annie
Craig T. nelson : Joe Paxton
Mary Steenburgen : Grace Paxton
Oscar Nunez : Ramone 

L’AFFAIRE FAREWELL : C’est quand qu’il se passe quelque chose ?

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laffairefarewellLe cinéma français accepte enfin de faire des films traitant de l’histoire contemporaine de notre pays et je m’en suis déjà réjouit à maintes reprises. Je renouvellerai cette satisfaction avec l’Affaire Farewell. Mais malheureusement, ma satisfaction s’arrêtera là, car le film n’est pas du tout à la hauteur ni du sujet, ni des moyens mis en œuvre.

En 1981, Pierre Froment est ingénieur chez Thomson à Moscou. Sans jamais vraiment le vouloir, il va se retrouver à devenir l’agent de liaison de Serguei Griogriev, colonel du KGB, qui a décidé de faire passer un maximum d’informations à l’Ouest. Le contenu des documents est explosif et remonte très vite à Mitterrand et à Reagan. Les deux hommes prennent des risques, ils le savent et doivent mentir à leur famille respective.

Le problème de l’Affaire Farewell est assez simple. Il ne s’y passe rien, ou si peu. Seules les dix dernières minutes offrent quelques péripéties, mais étonnement, ce passage est en grande partie sous forme de l’ellipse. On ne sait jamais, le spectateur aurait pu se réveiller. Bref, il n’y avait vraiment pas de quoi en faire un film, mais Christian Carion l’a quand même fait.

En fait, l’Affaire Farewell est essentiellement basé sur les relations des protagonistes avec leur famille. Mais là encore, on en a vite fait le tour. Ils mentent, elles s’en rendent compte et ça se passe mal… Voilà, c’est à peu près tout. Ca ne va pas très loin et c’est surtout sans aucune surprise. En fait, ce film semble totalement ignorer la notion de rebondissement. Vu le sujet, il n’était pas question d’en truffer le scénario, mais surprendre au moins une fois le spectateur par un fait inattendu n’est jamais un luxe.

Ce qui sauverait presque le film, c’est son aspect historique. Certes, les faits relatés ici sont bien sûr largement romancés, mais d’après ce que j’ai pu en lire, reposent tout de même sur une base historique solide. C’est d’ailleurs peut-être ça la plus grande limite de l’Affaire Farewell : en voulant montre l’espionnage tel qu’il fût réellement, on s’aperçoit qu’il est nettement moins passionnant que chez James Bond. Tout n’est pas perdu, on aura au moins appris quelque chose avec ce film.

laffairefarewellphotoReste que l’Affaire Farewell fait un peu gâchis. En effet, les têtes d’affiche étaient prometteuses. D’un côté, Guillaume Canet, toujours aussi talentueux, même s’il commence à tomber dans le travers de la plupart des acteurs français : Guillaume Canet fait du Guillaume Canet. De l’autre, Emir Kusturica qui nous surprend (il fallait quand même une surprise dans se film) en passant de l’autre côté de la caméra. Et bien, cette première est une réussite car il est réellement excellent et porte le film comme il peut à bout de bras en interprétant le seul personnage un minimum charismatique de ce film.

A côté de ça, les photographie est très réussie. Un vrai travail propre et soigné qui fait revivre l’Union Soviétique du début des années 80. Les acteurs qui jouent Mitterrand, Reagan et Gorbatchev leur ressemblent, rien n’est cheap, tout sonne vrai. Bref, du vrai cinéma, avec des moyens. Dommage qu’ils aient été aussi mal employés.

L’Affaire Farewell est donc un film tout simplement ennuyeux alors qu’il avait le potentiel pour être passionnant. C’est regrettable.

Fiche technique :
Production : Nord-Ouest Films, Le Bureau, Pathé, France2 Cinéma, Blackfeet Pictures, Une Hirondelle Productions
Distribution : Pathé Distribution
Réalisation : Christian Carion
Scénario : Eric Raynaud, Christian Carion
Montage : Andréa Sedlackova
Photo : Walther Vanden Ende
Format : 35mm
Décors : Jean-Michel Simonet
Son : Pierre Mertens
Musique : Clint Mensell
Maquillage : Mabi Anzalone
Durée : 113 mn

Casting :
Emir Kusturica : Grigoriev
Guillaume Canet : Pierre
Alexandra Maria Lara : Jessica
Oleskii Gorbunov : Choukov
Philippe Magnan : Mitterrand
Niels Arestrup : Vallier
Fred Ward : Reagan
David Soul : Hutton
William Dafoe : Feeney

LE PREMIER JOUR DU RESTE DE TA VIE : De bien belles tranches !

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lepremierjourdurestedetavieafficheLe Premier Jour du Reste de ta Vie aurait pu être un nouveau symbole de tout ce que le cinéma français nous offre de pire. Chronique familiale sans réelle intrigue, ce film aurait pu nous offrir un moment de faux réalisme chiant, une profondeur totalement surfaite et surtout un ennui abyssal. Et bien, sans être génial, il évite tous ces écueils et constitue à l’inverse un joli moment d’émotion.

La famille Duval est une famille comme les autres. Un mari, une femme, deux fils, une fille, un grand-père. Le film nous raconte 5 jours qui auront marqué son existence. Des moments de joie, de peine, de retrouvailles, de séparation… Bref des moments de vie.

Réaliser genre de film est toujours quelque peu risqué. L’absence d’un fil rouge narratif impose de provoquer l’intérêt du spectateur avec des éléments qui seraient jugés secondaires dans n’importe quel autre film. Certes, le principe de la chronique est vieux comme le monde, mais il est généralement fait dans un but « historique » sans chercher à avoir un début et une fin. Ici, nous sommes dans le cas d’une œuvre de fiction à but divertissant, qui se doit de posséder une cohérence qui manquait par exemple à l’Heure d’Eté.

Le Premier Jour du Reste de ta Vie a déjà le mérite de nous offrir une vraie fin. Le spectateur trouve logique que l’histoire s’arrête là. Cela peut paraître anodin, mais avoir un point d’arrivée précis donne un sens au chemin parcouru, même si ce dernier c’est quelque peu perdu parfois en apartés. C’est aussi un vrai climax émotionnel auquel le reste du film nous a préparé. On n’en sort donc pas en se demandant « Tout ça, pour ça ? », mais en pouvant affirmer avec force « Tout ça, pour ça ! ».

Mais tout ceci n’est que la coquille qui nous permet d’apprécier pleinement ce qu’il y’a dedans. Et bien, on y trouve des personnages attachants, vivant des tranches de vie qui ressemblent en bien des points à celles que nous vivons nous-mêmes. Certains pourront trouver un peu vain et narcissique ce genre d’histoire qui nous renvoie à nos propres vies. Cependant, le Premier Jour du Reste de ta Vie va plus loin que cela. En racontant des évènements s’étalant sur 12 ans, le film cherche à prendre du recul, à relativiser certaines choses qui semblent si importantes sur le moment. Mais le film ne nous impose rien, il nous laisse faire nous même la part des choses, tirer les conclusion qui s’imposent et pourquoi pas, en tirer des leçons pour sa propre existence.

lepremierjourdurestedetavieParfois tendre, parfois cruel, Le Premier Jour du Reste de ta Vie n’est pas un film à thèse. Certes, il y’a un petit côté ode à la vie familiale, mais il en montre les bons comme les mauvais côtés. Evidemment, raccourci d’une petite vingtaine de minutes, avec un peu plus de rythme, le film aurait été encore meilleur. Mais peut-être, du coup, ne nous aurait-il pas permis de réaliser l’introspection à laquelle ce film nous invite sans nous brusquer.

Le Premier Jour du Reste de ta Vie brille aussi par son casting. Si les jeunes Déborah François et Marc-André Grondin ont réalisé un joli doublé au César, raflant les deux pris du meilleur espoir, c’est avant tout le couple Jacques Gamblin-Zabou Breitman qui crève l’écran. Et oui les valeurs sûres, il n’y a que ça de vrai ! Un mot aussi pour le cinquième larron, Pio Marmai, remarquable dans son rôle d’écorché vif.

Le Premeir Jour du Reste de ta Vie est un film qui ne pourrait venir d’ailleurs que de France. Mais c’est un échantillon remarquable et ils sont assez rares pour le signaler.

Fiche technique :
Réalisateur : Rémi Bezançon
Scénariste : Rémi Bezançon
Directeur de la photographie ; Antoine Monod
1er assistant réalisateur : Jean-Louis Frémont
Compositeur : Sinclair
Monteuse : Sophie Reine
Chef décorateur : Maamar Ech-Cheikh

Casting :
Robert : Jacques Gamblin
Marie-Jeanne : Zabou Breitman
Fleur : Déborah François
Raphaël : Marc-André Grondin
Albert : Pio Marmai
Pierre : Roger Dumas (II)
Prune : Cécile Cassel
Clara : Sarah Cohen-Hadria

RIEN DE PERSONNEL : Les apparences sont parfois trompeuses

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riendepersonnelafficheRejouer plusieurs fois la même scène, mais tournée de différents points de vue, pour découvrir que ce que l’on avait cru voir la première fois ne correspondait pas tout à fait, voire pas du tout, à la réalité, n’est pas un procédé révolutionnaire. Bien des films exploitent déjà cette ficelle, mais assez peu de films français à ma connaissance. C’est le cas de Rien de Personnel, un film très réussi sur l’univers impitoyable des cadres des grandes entreprises.

Müller, un grand groupe pharmaceutique, organise une soirée de gala pour ses cadres. Parmi eux, Bruno Couffe, la cinquantaine, dirige une ligne de production. Il a été embauché il y’a un peu moins d’un an et termine sa période d’essai dans dix jours. S’il n’est pas conservé, il sait qu’il aura bien du mal à retrouver un nouveau travail. Alors quand sa superviseur vient lui parler de venir l’aider à améliorer ses résultats, il comprend qu’il est sur la sellette. La pression est alors insupportable et, malgré le soutien d’un délégué syndical, il tente d’avaler des morceaux de verre. Mais est-ce exactement cela qui s’est passé ?

Rien de Personnel est un film qui souffre quand même de deux défauts. Tout d’abord, le propos, dénonçant le manageriat des grandes entreprises a quelques faiblesses. A l’heure de la multiplication des suicides, notamment chez France Telecom, ce film aurait du recevoir un très fort échos. Cependant, le propos y est ici un peu trop caricatural et superficiel. En fait, le fond a été quelque peu été délaissé au profit de la forme, qui, elle, est très réussie. De plus, le film manque un tout petit peu de substance. On sent bien que Mathias Gokalp a quelque peu lutté pour atteindre l’heure et demi minimale pour un long métrage. Du coup, on a quelque peu l’impression de tourner en rond sur la fin.

riendepersonnelVoilà, le négatif est évacué, passons au positif nettement dominant dans ce film. Tout d’abord, si le procédé n’a, encore une fois, rien de nouveau, il donne à Rien de Personnel un réel intérêt scénaristique. En effet, le procédé est ici parfaitement maîtrisé et les surprises qu’il engendre, réelles. Il est quasi impossible de déceler le vrai du faux avant d’avoir vu l’ensemble du film. Il y’a là un vrai travail, une vraie maîtrise qui méritent d’être signalés. Du coup, même si le film s’étire un peu sur la fin, on ne s’y ennuie pas et on prend un vrai plaisir à se laisser surprendre par chacun des renversements de perspective.

Le casting est lui aussi de grande qualité. Pourtant l’exercice n’est pas facile pour les acteurs qui doivent fournir des prestations qui pourront être interprétées de manière diamétralement différentes selon le point de vue, les coupes et le montage. Mais Rien de Personnel fait appel à de nombreuses valeurs sûres du cinéma français avec Jean-Pierre Darroussin, Denis Podalydes, Zabou Breitman, Pascal Gregory et, ce qui ne gâche rien au plaisir des yeux, la magnifique Mélanie Doutet. Chacun d’eux livrent ici une prestation digne de leur talent.

Rien de Personnel a quelque chose de l’exercice de style. Mais parfaitement maîtrisé, il fait oublier ses quelques faiblesses pour nous offrir un bon moment de cinéma.

Fiche technique :
Production : Karé productions
Réalisation : Mathias Gokalp
Scénario : Mathias Gokalp, Nadine Lamari
Montage : Ariane Mellet
Photo : Christophe Orcand
Décors : Jean-Marc Tran Tan Ba, Clotilde Lourd
Distribution : Rezo films
Musique : Flemming Nordkrog
Durée : 90 mn
 
Casting :
Jean-Pierre Darroussin : Bruno Couffe
Denis Podalydès : Gilles Bergerat
Mélanie Doutey : Natacha Gauthier-Stevens
Zabou Breitman : Christine Barbieri
Bouli Lanners : Pierrick Barbieri
Pascal Greggory : Philippe Muller

DISTRICT 9 : Etonnamment étonnant

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district9afficheIl y’a des films avec qui l’histoire semblait pourtant mal barrée, mais avec qui ça se termine bien. Un peu comme au cinéma donc. C’est le cas de District 9. Un jour des amis m’ont parlé d’une bande-annonce d’un film qui avait l’air pathétique, avec un parallèle à 30 centimes d’euros entre des aliens et l’apartheid. Quelques jours plus tard, j’ai moi-même vu la fameuse bande-annonce. Et là, je fus partagé. Certes, on pouvait craindre que le film s’avère être un gros navet, mais à la fois, j’ai réalisé qu’il s’agissait de District 9, le nouveau projet produit par Peter Jackson et qui était très attendu. Et lorsqu’il est sorti et que j’ai lu des critiques relativement unanimes, j’ai été quelque peu étonné. Je m’y suis donc rendu moi-même et je dois admettre que District 9 est réellement un excellent film, très différent de ce que l’on aurait pu croire au départ.

En fait, je conseille à tous ceux qui ont de toute façon l’intention de le voir d’en lire le minimum à son sujet, car ce film vous surprendra agréablement et il serait dommage de gâcher ça.

Dans un futur plus ou moins proche, la Terre est abordée par un vaisseau alien qui se met à flotter immobile au-dessus de Johannesburg. A l’intérieur, un gros million d’extra-terrestres, affamés et en mauvaise santé. Ils sont recueillis sur Terre, mais la cohabitation est difficile. Ils se retrouvent alors dans un camp qui se transforme vite en bidonville, clôturé et gardé par les militaires, appelé District 9. Mais celui-ci se trouve encore trop près des populations humaines. Les autorités décident donc de procéder au déplacement du camp entier vers une nouvelle installation.

Le film est en fait en grande partie tournée comme un reportage. Diverses personnes témoignent donc d’évènements passés. On comprend donc très vite que quelque chose d’exceptionnel s’est passé et que le film est centré, non sur l’évacuation en elle-même, mais sur le destin d’un homme, Wikus van der Merwe, le responsable administratif de terrain de cette évacuation. En fait, dès le premier quart d’heure, on comprend que l’on ne va pas du tout assister au film auquel on s’attendait.

Allergiques à la science-fiction et aux Space Operas, District 9 peut être quand même fait pour vous. Bien sûr, il faut accepter l’aspect imaginaire du contexte, mais il n’en reste pas moins que le scénario n’est absolument pas le scénario d’un film d’action basique. Il n’y en a d’ailleurs pas tant que ça, on est plus proche d’un polar que de Star Trek à ce niveau là. Seules les vingt dernières minutes sont vraiment « musclées ».

Et pour ceux qui auraient peur, non, District 9 n’est en rien une histoire sur la réconciliation des peuples qui se sont battus, sur la compréhension qui peut se faire malgré les différences. Non, c’est un film sur la haine entre les peuples, sur la haine de la différence et rien ne vient ajouter une note d’optimisme. D’ailleurs, la fin est absolument remarquable, non, par ce que l’on y trouve, mais par ce que l’on n’y trouve pas, alors que les perches sont plusieurs fois lancées et que 99% des films hollywoodiens les auraient saisi.

distric9Plus généralement, District 9 trouve autant son intérêt dans ce qu’il est, un film intelligent, avec un réel suspense que dans ce qu’il n’est pas et aurait pu être tellement facilement. On est tellement habitué aux codes hollywoodiens, à la barrière entre les genres, à un certain manque de créativité, que l’on passe les deux petites heures de ce film à être surpris très agréablement.

Si District 9 prend un malin plaisir à casser un certain nombre des codes hollywoodiens, il en respecte d’autres, ce qu’il y’a de meilleur en fait. Si les scènes d’action ne sont pas du tout le cœur du film, il n’empêche qu’elles sont particulièrement spectaculaires. De manière générale les effets spéciaux sont superbes. A la fois, c’est une production Peter Jackson, il ne fallait pas s’attendre à quelque chose de médiocre à ce niveau là. Bref, District 9 est la preuve qu’on a le droit de faire d’excellents films, qui vont au delà du simple divertissement, même avec un gros budget et des équipes techniques pléthoriques.

Enfin, un mot sur la prestation de Shartlo Copley, dont le rôle est tellement central dans le film, que de sa prestation découlait forcément une bonne partie de la réussite de ce film. Et là, encore, rien à redire. Il passe à merveille du rôle de fonctionnaire zélé, tête à claques et un peu benêt à celui de fugitif devant redoubler d’ingéniosité pour échapper à ses poursuivants. Un acteur sorti de nul part et qu’on aura la chance de retrouver à l’affiche de la prochaine adaptation de l’Agence Tous Risques sur grand écran… On ne peut pas jouer que dans des grands moments de cinéma…

District 9 est donc un film étonnant, bousculant beaucoup d’idées reçues sur ce que peut être un film à gros budget avec des extra-terrestres dedans. Mais au final, c’est avant tout, un excellent film.

Fiche technique :
Production : Qued International, WingNut Films
Distribution : Metropolitan Film Export
Réalisation : Neill Blomkamp
Scénario : Neill Blomkamp, Terri Tachell
Montage : Julian Clarke
Photo : Trent Opaloch
Format : 35mm
Décors : Philip Ivey
Musique : Clinton Shorter
Effets spéciaux : Steve Ingram, Max Podman
Durée : 112 mn

Casting :
Sharlto Copley : Wikus van der Merwe
David James : Koobus
Jason Cope : Christopher
William Allen Young : Dirk Michael
Nathalie Boltt : Sarah Livingston

LE GRAND SOMMEIL : Le mâle, le vrai, enquête

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legrandsommeilafficheSi on pense à un justicier qui séduit les femmes d’un seul regard et qui combat des hommes sans foi, ni loi, la plupart d’entre nous penseront à…James Bond ! Mais il n’en a pas toujours été ainsi car à une époque, cette définition aurait été immédiatement associée à Philipp Marlowe, le détective privé auquel nul, et surtout nulle, ne résiste. Ses aventures de nombreuses fois adaptées à l’écran, il a surtout été rendu célèbre par le Grand Sommeil et l’immense Humphrey Bogart.

Philipp Marlowe est appelé par le général Sternwood, dont les deux filles, belles mais incontrôlables, ont une fâcheuse tendance à se mettre dans le pétrin. Et certaines de leurs fréquentations mal intentionnées en profitent pour faire chanter le vieux général. Ce dernier avait déjà chargé quelqu’un d’y mettre fin, mais ce dernier a disparu, apparemment parti avec la femme d’un truand local. Philipp Marlowe découvrira vite que tout cela n’est que la partie visible d’un iceberg sur lequel coulera beaucoup de sang.

Le Grand Sommeil fut longtemps considéré comme une des intrigues les plus complexes de l’histoire du 7ème art. De l’eau a coulé sous les ponts et les cinémas depuis, mais il n’en reste pas moins que ce film possède un scénario parfois quelque peu difficile à suivre. Il comporte beaucoup de personnages, dont les relations les uns avec les autres ne sont parfois pas très claires. Mais d’un autre côté, ceci donne l’impression de partager le point de vue de Philipp Marlowe, qui, lui aussi, met un peu de temps à s’y retrouver.

De toute façon, l’intérêt principal de ce film ne réside pas tant dans son histoire, somme toute très classique pour un polar. Le Grand Sommeil est surtout l’occasion de contempler un des couples les plus inoubliables du cinéma : Humphrey Bogart et Lauren Bacall. Il suffit de regarder ce film et le Faucon Maltais (qui n’est pas une aventure de Philipp Marlowe, contrairement à ce que je pensais…mais qui aurait pu) pour se demander si le métier de détective privé n’a pas été spécialement inventé pour Bogart. Son menton carré, son regard dur, son sourire jamais franc, en font l’archétype du mâle dur et viril, tout en gardant en toute occasion une certaine classe.

legrandsommeilLe détail le plus typique de ce film est la manière dont Philipp Marlowe croise sans arrêt des personnages féminins qui lui font immédiatement de l’œil. Evidemment, il se laisse faire sans jamais vraiment céder, restant impassible dans l’expression du visage, tout en balançant des compliments tous faits qui font soupirer les belles en question. Parmi les personnages, on trouve même un chauffeur de taxi qui est…une femme. Je ne sais pas si vous avez déjà vu une « chauffeuse » de taxi, moi jamais… Elle lui sort un « I am your girl », dans le sens de « je suis votre homme », non « je suis votre petite amie ». Il lui répond presque froidement, comme elle est naturellement très jolie, « I wish you were » (littéralement « j’aimerais que vous le soyez »… Bon, je ne sais pas si les pas doués en anglais auront bien compris le jeu de mots). Bref, tout ça est d’un charme désuet tout à fait savoureux, typique d’une époque où le désir sexuel ne pouvait être exprimé que sous forme d’allusion. Aujourd’hui, on verrait Philipp Marlowe conclure certains de ses échanges dans un lit, ici, il n’en est évidemment pas question.

Reste aussi le charme de la photographie en noir et blanc. Howard Hawkes fut un maître du genre et chacun de ses films est un régal pour les yeux. Il n’a pas son pareil pour mettre en lumière et surtout en valeur le visage de ses acteurs. Et quand on dirige Lauren Bacall et Humphrey Bogart, on a de quoi faire des plans tout ce qu’il y’a de plus magnifiques.

Le grand Sommeil est un grand classique, que tout cinéphile digne de ce nom doit avoir vu… Ok, bon dans ce cas là, avant lundi soir, je n’étais pas un cinéphile digne de ce nom… Bref, ceci est un autre débat. Le film reste un cran en dessous du Faucon Maltais, mais reste un grand mythe du polar hollywoodien.

Fiche technique :
Titre : Le Grand Sommeil
Titre original : The Big Sleep
Réalisateur : Howard Hawks
Scénario : William Faulkner, Leigh Brackett, Jules Furthman, d’après le roman The Big Sleep de Raymond Chandler
Production : Jack Warner et Howard Hawks pour la Warner Bros. Pictures
Musique : Max Steiner
Photographie : Sid Hickox
Montage : Christian Nyby
Décors : Carl Jules Weyl
Costumes : Leah Rhodes
Pays d’origine : États-Unis
Format : Noir et blanc
Genre : film noir, polar
Durée : 114 minutes
Date de sortie : 23 août 1946 première (USA)

Casting :
Humphrey Bogart : Philip Marlowe
Lauren Bacall : Vivian Sternwood
Martha Vickers : Carmen Sternwood
Lois Jean Heydt : Joe Brody
John Ridgely : Eddie Mars
Dorothy Malone : la fille de la librairie
Elisha Cook Jr. : Jones
Regis Toomey : Bernie Ohls
Sonia Darrin : Agnes
Bob Steele : Canino
Tom Rafferty : Carol Lundgren
Charles Waldron : le général Sternwood
Peggy Knudsen : Mona Mars