Quel plaisir de rédiger la critique d’un beau et grand film ! Et Green Book : Sur les Routes du Sud en est un. Certes, les critiques de navet constituent aussi un plaisir particulier. Mais il est tout de même plus agréable de faire l’éloge que de critiquer vertement. Surtout si au final on pousse ne serait-ce qu’une personne à aller voir le film que l’on encense. Rien que pour cela, le texte que l’on écrit valait mille fois le temps que l’on y a passé. Alors, cher lecteur, si un d’entre vous va voir ce film grâce à tout le bien que je vais en dire, alors vous ne saurez me faire plus plaisir. Et je vous rassure, c’est avant tout à vous même que vous ferez plaisir.
En fait, dire du bien de Green Book : Sur les Routes du Sud n’exige pas de longs discours. En effet, il nous raconte une histoire simple. Une histoire aussi simple (ou presque) que le laisse penser la bande-annonce. Simple parce que tout ce qui est raconté semble couler de source, être parfaitement naturel. On croit à cette histoire, comme une évidence, comme si elle nous était familière. Pourtant, vus les sujets abordés, elle aurait pu facilement tomber dans une lourdeur infinie, dans des lieux communs ou dans de bons sentiments. Ici, on est à mille lieux de tout cela. A ce point, c’est presque inexplicable, c’est tout simplement magique. Et c’est surtout beau en fait.
Voir Viggo Mortensen à l’écran constitue déjà un des plus grands plaisirs cinématographiques qui soient. Mais le voir aux côtés de Mahershala Ali, c’est encore mieux. Ils nous livrent le genre d’interprétation où on ne voit pas des acteurs jouer un personnage, mais devenir un personnage. Enfin même si l’accent italien de Viggo Mortensen n’est pas toujours totalement naturel. Mais le plus étonnant reste quand même de voir un film d’une telle finesse et d’une telle subtilité par Peter Farrelly. Dieu sait si j’aime Mary à Tout Prix et beaucoup des comédies qu’il a réalisé avec son frère. Mais il a toujours évolué dans un registre tellement différent de celui-ci qu’on ne peut être que surpris. Cependant, la surprise est tellement belle qu’on n’y prête guère attention. On se contente d’être ému au plus profond de soi par Green Book : Sur les Routes du Sud et de ressortir de ce film plus optimiste et en retrouvant un brin de foi dans l’humanité.
LA NOTE : 15/20
Fiche technique :
Production : Participant Media, DreamWorks Pictures, Innisfree pictures, Amblin Partners, Wessler Entertainment
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Peter Farrelly
Scénario : Peter Farrelly, Brian Hayes Currie, Nick Vallelonga
Montage : Patrick J. Don Vito
Photo : Sean Porter
Décors : Tim Galvin
Musique : Kris Bowers
Durée : 130 min
Casting :
Viggo Mortensen : Tony Lip
Mahershala Ali : Dr. Don Shirley
Linda Cardellini : Dolores
Sebastian Maniscalco : Johnny Venere
Dimiter D. Marinov : Oleg
Mike Hatton : George
Le dragon reste une créature porteuse de nombreux symboles et d’une mythologie venue irriguer bien des cultures différentes. Un animal fabuleux beau et puissant. Mais aussi inspirant pour bien des inventeurs d’histoires fantastiques. Avec la saga Dragons, elle vient toucher un public familial, amateur d’aventures épiques, où l’humour est loin d’être absent. Le premier volet avait représenté une vraie et belle réussite, le second était plus ordinaire. Dragons 3 : le Monde Caché a priori le dernier. Il est toujours important de savoir réussir sa sortie. Et celle-ci restera comme plutôt réussie.
Dragons 3 : le Monde Caché nous propose quand même quelques séquences qui sortent vraiment de l’ordinaire. On retiendra notamment une longue et drôlatique parade amoureuse entre deux dragons. On finit par être touché, car la scène leur confère une « humanité » qui en font des personnages à part entière. De toute façon, la saga tire aussi son succès de la jolie galerie de protagonistes qu’elle propose et que l’on croise une nouvelle fois ici avec toujours autant de plaisir. On regrettera simplement un méchant un peu baclé et ressemblant à bien d’autres. Il y avait moyen de le rendre beaucoup plus intéressant. Mais globalement, le film reste terriblement distrayant et donne très envie de voler sur le dos d’un de ces monstres ailés.
Le film de procès est un domaine réservé du cinéma hollywoodien. Mais comme tous les domaines réservés, il est voué à être contestés Impossible n’étant pas français, notre 7ème art hexagonal s’y attaque avec Une Intime Conviction. On y retrouve tout ce que l’on apprécie dans ce genre de production mais avec de vraies particularités liées à notre culture… et accessoirement à notre système judiciaire. Même si un habile procédé narratif permet de gommer quelque peu cette dernière différence. Mais le film marquera surtout les esprits par l’extraordinaire performance d’Olivier Gourmet.
Le scénario de Une Ultime Conviction mêle reconstitution et pure fiction. On peut imaginer que la longue plaidoirie de Maître Dupont-Moretti a du être impressionante dans la réalité. Mais que dire de celle que nous fait vivre Olivier Gourmet. Un moment fort d’interprétation dramatique comme on en voit rarement et qui permet de mesurer l’étendu du talent de cet acteur, qui a sans doute été trop souvent cantonné à des seconds rôles. Il serait injuste d’oublier du coup au passage la très belle prestation de Marina Foïs. Ils portent à deux le film sur leurs épaules et le portent haut. En tout cas, ils donnent envie de voir le cinéma français explorer plus souvent le filon des films de procès !
Proposer un bon film nécessite du fond et de la forme. Un beau film sans histoire solide se révèle vite ennuyeux. Une bonne intrigue mais mise en scène de manière maladroite peut vite nous faire oublier toutes les qualités du récit. La Favorite figure définitivement dans cette dernière catégorie. Les choix artistiques de Yorgos Lanthinos sont parfois réellement vraiment discutables. Tout du moins, ne laissent-ils personne indifférent. C’était déjà le cas pour The Lobster qui l’avait fait connaître. Personnellement, je faisais partie du camp qui avait été pleinement séduit. Cette fois, je me situe clairement dans celui d’en face.
Je ne peux que regretter cet état de fait, tant l’histoire de la Favorite est savoureuse. Une histoire de triangle amoureux et de rivalité, où se mêle désir et politique. Une histoire riche, aux personnages remarquables et au casting de très haut niveau. Tout était réuni pour en faire un film réelement marquant. Mais il serait injuste de reprocher à Yorgos Lanthinos d’avoir pris de vrais risques artistiques. Ils ne se sont pas avérés judicieux de mon point de vue, mais c’est toujours un plaisir de voir un réalisateur s’affranchir du conformisme. Au final, j’aurais tout de même passé deux heures avec Emma Stone, ce qui n’est pas rien !
Qu’est ce qu’un beau film ? Voilà une question trop complexe pour que j’y réponde ici en quelques lignes. Si Beale Street Pouvait Parler est incontestablement un très beau film. Pour beaucoup de raisons que je vais vous exposer ici. Mais la beauté en elle-même ne fait pas tout. Il faut à une long métrage quelque chose de plus pour se révéler réellement passionnant. Du corps, un feu qui embrase l’enthousiasme du spectateur. Le cinéma n’est ni la peinture, ni la littérature, mais un art singulier qui possède ses propres règles. Barry Jenkins semble l’avoir oublié et ne protège pas le spectateur du pire fléau qui soit : l’ennui.
Mais si Beale Street Pouvait Parler est contemplatif, on du mal à comprendre pourquoi. En effet, chaque scène s’étire particulièrement en longueur sans que cela n’apporte quoi que ce soit. Cela ne crée par de tension, au contraire, cela la dilue. Cela donne au film une certaine froideur, toujours dommageable quand on parle ainsi de sentiment. La passion qui lie les deux personnages principaux n’est jamais partagée avec le spectateur. Il y a une forme de pudeur chez Barry Jenkins, mais pour qu’une telle histoire frappe vraiment le spectateur en plein cœur, il faut mettre les personnages à nue (ce qui n’a rien à voir avec les filmer à poil!), ce qui est loin d’être le cas ici. Ils restent au final deux étrangers pour le spectateur qui se détache peu à peu de leur histoire. Dommage, elle était belle.
Films militants et engagés. Films décalés et inattendus. Deux catégories du septième art qui se rejoignent rarement. En France, Benoît Delépine et Gustave Kervern y parviennent, mais passent pour des originaux. Mais ils ne sont pas les seuls. La preuve avec Sorry to Bother You, le premier film de Boots Riley. Un film que j’ai eu la chance d’aller voir sans avoir aucune idée de ce que c’était. Et quel plaisir de tomber sur un tel OVNI cinématographique au détour d’une salle obscure sans s’y attendre. Car la surprise est une vraie surprise et une belle surprise vu la qualité du film… même si sa principale qualité reste bien l’effet de surprise.
Sorry to Bother You, en choisissant de mettre autant de fantaisie et d’éléments surprenants dans son propos, prenait le risque d’être inégal. Dans ce film, toutes les idées ne se valent pas. Elle en vraiment en commun d’être vraiment inattendues, mais elles ne sont pas toutes convaincantes. On ne peut que saluer la réelle prise de risque de Boots Riley. Il nous offre un film imparfait, mais qui ne ressemble vraiment à aucun autre. Et pour cela on peut lui dire merci. Ah avant de finir, ne pas oublier aussi de remercier la remarquable distribution qui du premier au dixième rôle brille par beaucoup de talent et d’énergie communicative. Tout ce qui caractérise ce film en fait.
Les films asiatiques ont la réputation d’être lents, contemplatifs et ennuyeux. Réputation totalement surfaite évidemment, comme la plupart des réputations qui tiennent plus du cliché qu’autre chose. Cependant, parfois, il arrive qu’elle ne soit pas totalement usurpée. En tout cas, Un Grand Voyage Vers la Nuit a la double particularité d’être chinois et surtout, vous me pardonnerez l’expression, d’être chiant à mourir. En plus, si vous ne faites pas attention, il pourra vous en coûter un euro de plus pour acquérir des lunettes 3D qui ne serve que pour le dernier tiers du film et qui ne servent pas à grand chose.
Un Grand Voyages Vers la Nuit est visuellement très abouti, je le reconnais. La photographie est incontestablement sublime. Cependant, de belles images statiques dont on ne perçoit parfois absolument pas le sens ne donnent pas vraiment envie de s’enthousiasmer. L’usage d’un narrateur en voix-off pourrait nous éclairer sur ce que l’on voit, mais il nous livre surtout des phrases absconses que l’on a du mal à relier à ce qu’on voit. Bref, il est temps de m’arrêter là car ce film et moi étions tout simplement pas faits pour nous rencontrer. Ce ne fut ni un beau roman, ni une belle histoire.
Il faut bien commencer un jour. Faire des premiers pas. Connaître ses grands débuts. Et ces moments sont rarement glorieux et idéaux. Hayao Miyazaki est un immense artiste, à l’univer singulier, personnel et plein de son immense créativité. Mais le premier film qu’il a réalisé ne correspond pas tout à fait à cette définition. En effet, il s’agissait d’un long épisode d’une série animée spécialement conçu pour le grand écran, dans la plus pure tradition des studios nippons. Cette série fut diffusée en France sous le nom d’Edgar, Détective Cambrioleur. Ici, le personnage retrouve son nom en Japonais, Lupin, puisque l’œuvre de Maurice Leblanc auquel il fait ouvertement référence figure désormais dans le domaine publique. En tout cas, le Château de Cagliostro vaut le coup de découvrir la naissance du maître.
Visuellement, le Château de Cagliostro est forcément un peu frustrant. En effet, Hayao Miyazaki est obligé de respecter strictement l’identité visuelle de la série d’origine. Pourtant, il serait injuste de lui dénuer toute réelle influence. En effet, la qualité graphique ne se résume pas simplement à un style de dessin. Le choix des prises de vue, le montage, bref la réalisation est d’une très grande qualité. On peut donc facilement voir le génie du maître qui pointe. Même ceux qui n’ont jamais vu le dessin-animé original pourront apprécier de découvrir ces personnages particulièrement sympathiques et un univers plein d’une douce fantaisie. Le film reste en toute honnêteté avant tout une madeleine. Mais une excellente madeleine.
La mort représente la seule certitude dans la vie. Pourtant, c’est un sujet que l’on n’aime pas particulièrement aborder. Nos sociétés modernes essayent par tous les moyens de nous en protéger en la reléguant là où on ne peut pas la voir, comme si cela nous en protégeait le moins du monde. C’est évidemment une illusion qui rend sans doute encore plus difficile et douloureux la confrontation. Il reste cependant quelques films pour aborder de front ce sujet et on peut y voir une démarche particulièrement salutaire. L’Ordre des Médecins fait partie de ceux-là et nous livre un propos brillant.
Le film bénéficie également d’un beau casting. Miser sur une valeur comme Jérémie Renier ne constitue pas vraiment une prise de risque. Surtout avec un rôle qui semble à ce point tailler pour lui. Cependant, quand le talent est là, on ne peut que s’incliner. L’Ordre des Médecins permet aussi une nouvelle fois d’apprécier tout le talent de Zita Hanrot, une valeur montante qui est loin d’avoir achevé son ascension. La réalisation de David Roux est particulièrement sobre, mais sait parfaitement mettre en valeur les comédiens. Cela donne un film intéressant, intense, émouvant et très solide intellectuellement. Beaucoup de bonnes raisons pour aller le voir.
Certains vieillissent, prennent de l’âge ou encore subissent le poids des ans. Et puis, il y a Clint Eastwood ! Certes, objectivement, il vieillit, prend de l’âge et subit quelque peu le poids des ans. Mais il le fait merveilleusement bien. Avec la Mule, il prouve qu’il a encore, à bientôt 89 ans, toute sa place derrière et même devant la caméra. En alors qu’il avait annoncé sa retraite en tant qu’acteur, il revêt une nouvelle fois cette double casquette pour nous offrir un film qui forcément lui doit beaucoup. On ne peut que saluer ce choix puisque ce rôle semblait effectivement définitivement fait pour lui. Mais c’est bien le film dans son ensemble qui est à saluer, prouvant encore une fois que Clint Eastwood est un grand cinéaste. Même si on n’avait pas besoin de cela pour en être persuadé.
Il paraît que Clint Eastwood avait d’abord pensé à d’autres acteurs pour interpréter le rôle principal de la Mule, avant que d’autres ne parviennent à le convaincre de se le confier à lui-même. On ne peut que les remercier d’y être parvenu, même si je ne doute pas une seule seconde que l’envie de se retrouver de ce côté de la caméra devait quand même le démanger. Les grands artistes sont voués à mourir sur scène. Clint Eastwood mourra sur un plateau de tournage. Mais espérons que cela arrive le plus tard possible. Car ce film brillant sur la forme et le fond nous montre qu’il a encore beaucoup de choses à apporter au cinéma. L’année cinématographique 2019 est désormais définitivement lancée et espérons que le reste suive la même route. A bientôt Clint !
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