GREEN BOOK : SUR LES ROUTES DU SUD : Voyage à deux

greenbookafficheQuel plaisir de rédiger la critique d’un beau et grand film ! Et Green Book : Sur les Routes du Sud en est un. Certes, les critiques de navet constituent aussi un plaisir particulier. Mais il est tout de même plus agréable de faire l’éloge que de critiquer vertement. Surtout si au final on pousse ne serait-ce qu’une personne à aller voir le film que l’on encense. Rien que pour cela, le texte que l’on écrit valait mille fois le temps que l’on y a passé. Alors, cher lecteur, si un d’entre vous va voir ce film grâce à tout le bien que je vais en dire, alors vous ne saurez me faire plus plaisir. Et je vous rassure, c’est avant tout à vous même que vous ferez plaisir.

En fait, dire du bien de Green Book : Sur les Routes du Sud n’exige pas de longs discours. En effet, il nous raconte une histoire simple. Une histoire aussi simple (ou presque) que le laisse penser la bande-annonce. Simple parce que tout ce qui est raconté semble couler de source, être parfaitement naturel. On croit à cette histoire, comme une évidence, comme si elle nous était familière. Pourtant, vus les sujets abordés, elle aurait pu facilement tomber dans une lourdeur infinie, dans des lieux communs ou dans de bons sentiments. Ici, on est à mille lieux de tout cela. A ce point, c’est presque inexplicable, c’est tout simplement magique. Et c’est surtout beau en fait.

greenbookVoir Viggo Mortensen à l’écran constitue déjà un des plus grands plaisirs cinématographiques qui soient. Mais le voir aux côtés de Mahershala Ali, c’est encore mieux. Ils nous livrent le genre d’interprétation où on ne voit pas des acteurs jouer un personnage, mais devenir un personnage. Enfin même si l’accent italien de Viggo Mortensen n’est pas toujours totalement naturel. Mais le plus étonnant reste quand même de voir un film d’une telle finesse et d’une telle subtilité par Peter Farrelly. Dieu sait si j’aime Mary à Tout Prix et beaucoup des comédies qu’il a réalisé avec son frère. Mais il a toujours évolué dans un registre tellement différent de celui-ci qu’on ne peut être que surpris. Cependant, la surprise est tellement belle qu’on n’y prête guère attention. On se contente d’être ému au plus profond de soi par Green Book : Sur les Routes du Sud et de ressortir de ce film plus optimiste et en retrouvant un brin de foi dans l’humanité.

LA NOTE : 15/20

Fiche technique :
Production : Participant Media, DreamWorks Pictures, Innisfree pictures, Amblin Partners, Wessler Entertainment
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Peter Farrelly
Scénario : Peter Farrelly, Brian Hayes Currie, Nick Vallelonga
Montage : Patrick J. Don Vito
Photo : Sean Porter
Décors : Tim Galvin
Musique : Kris Bowers
Durée : 130 min

Casting :
Viggo Mortensen : Tony Lip
Mahershala Ali : Dr. Don Shirley
Linda Cardellini : Dolores
Sebastian Maniscalco : Johnny Venere
Dimiter D. Marinov : Oleg
Mike Hatton : George

DRAGONS 3 : LE MONDE CACHE : Le bout du monde

dragons3afficheLe dragon reste une créature porteuse de nombreux symboles et d’une mythologie venue irriguer bien des cultures différentes. Un animal fabuleux beau et puissant. Mais aussi inspirant pour bien des inventeurs d’histoires fantastiques. Avec la saga Dragons, elle vient toucher un public familial, amateur d’aventures épiques, où l’humour est loin d’être absent. Le premier volet avait représenté une vraie et belle réussite, le second était plus ordinaire. Dragons 3 : le Monde Caché a priori le dernier. Il est toujours important de savoir réussir sa sortie. Et celle-ci restera comme plutôt réussie.

Dragons 3 : le Monde Caché possède le défaut de sa qualité. En effet, le scénario est relativement sans fioriture, se contentant d’être rythmé, épique et drôle. Certains trouveront que l’emploi du verbe « se contenter » est quelque peu injuste ici. Tant de qualités pour un seul film représente quelque chose d’assez rare pour mériter un peu plus de considération. C’est vrai, mais il faut aussi admettre que tout cela ne donne pas assez d’épaisseur au film pour être suffisamment marquant pour devenir culte. Mais on assiste là à un très bon divertissement et on ne s’en plaint pas. On retrouve tout ce qui nous a fait apprécié cette saga. Ceux qui gardent un bon souvenir des deux premiers épisodes pourront donc aller voir cet ultime chapitre sans crainte.

dragons3Dragons 3 : le Monde Caché nous propose quand même quelques séquences qui sortent vraiment de l’ordinaire. On retiendra notamment une longue et drôlatique parade amoureuse entre deux dragons. On finit par être touché, car la scène leur confère une « humanité » qui en font des personnages à part entière. De toute façon, la saga tire aussi son succès de la jolie galerie de protagonistes qu’elle propose et que l’on croise une nouvelle fois ici avec toujours autant de plaisir. On regrettera simplement un méchant un peu baclé et ressemblant à bien d’autres. Il y avait moyen de le rendre beaucoup plus intéressant. Mais globalement, le film reste terriblement distrayant et donne très envie de voler sur le dos d’un de ces monstres ailés.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : DreamWorks Animation, Mad Hatter Entertainment
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Dean DeBlois
Scénario : Dean DeBlois, Cressida Cowell
Montage : John K. Carr
Photo : Gil Zimmerman
Décors : Pierre-Olivier Vincent
Musique : John Powell
Durée : 104 min

Casting :
Jay Baruchel : Harold
America ferrara : Astrid
Cate Blanchett : Valka
Kristen Wiig : Ruffnut
Kit Harington : Eret
Jonah Hill : Snotlout
F. Murray Abraham : Grimmel
Justin Rupple : Tuffnut

UNE INTIME CONVICTION : Le sens de la justice

uneintimeconvictionafficheLe film de procès est un domaine réservé du cinéma hollywoodien. Mais comme tous les domaines réservés, il est voué à être contestés Impossible n’étant pas français, notre 7ème art hexagonal s’y attaque avec Une Intime Conviction. On y retrouve tout ce que l’on apprécie dans ce genre de production mais avec de vraies particularités liées à notre culture… et accessoirement à notre système judiciaire. Même si un habile procédé narratif permet de gommer quelque peu cette dernière différence. Mais le film marquera surtout les esprits par l’extraordinaire performance d’Olivier Gourmet.

Une grande différence entre la France et les États-Unis réside dans le rôle joué par les avocats dans un procès. Chez nous, il n’y a aucune raison pour que ces derniers jouent les enquêteurs de choc. Dans Une Intime Conviction trouve un expédient narratif pour arriver dans une situation similaire. Mais cette trouvaille n’est pas là pour faire des acteurs de la défense des « héros ». Elle permet au contraire de pousser le spectateur à s’interroger sur son rapport à la vérité et son envie irrépressible de désigner des innocents et des coupables, même en absence de preuve. Ceci est mené avec beaucoup d’habileté et on se retrouve contraint de réaliser son propre examen de conscience.

uneintimeconvictionLe scénario de Une Ultime Conviction mêle reconstitution et pure fiction. On peut imaginer que la longue plaidoirie de Maître Dupont-Moretti a du être impressionante dans la réalité. Mais que dire de celle que nous fait vivre Olivier Gourmet. Un moment fort d’interprétation dramatique comme on en voit rarement et qui permet de mesurer l’étendu du talent de cet acteur, qui a sans doute été trop souvent cantonné à des seconds rôles. Il serait injuste d’oublier du coup au passage la très belle prestation de Marina Foïs. Ils portent à deux le film sur leurs épaules et le portent haut. En tout cas, ils donnent envie de voir le cinéma français explorer plus souvent le filon des films de procès !

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Delante productions, UMedia
Distribution : Antoine Raimbault
Réalisation : Antoine Raimbault, Isabelle Lazard, idée de Karim Dridi, inspiré du procès Viguier
Scénario : Jean-Baptiste Beaudouin
Montage : Pierre Cottereau
Format : Nicolas De Boiscuillé
Musique : Grégoire Auger
Durée : 110 min

Casting :
Marina Foïs : Nora
Olivier Gourmet : Eric Dupond-Moretti
Laurent Lucas : Jacques Viguier
Jean Benguigui : Maître Szpiner
François Fehner : le président Richiardi
François Caron : Maître de Caunes
Philippe Uchan : Olivier Durandet
Armande Boulanger : Clémence Viguier
Steve Tientcheu : Bruno

LA FAVORITE : Le fond sans la forme

lafavoriteafficheProposer un bon film nécessite du fond et de la forme. Un beau film sans histoire solide se révèle vite ennuyeux. Une bonne intrigue mais mise en scène de manière maladroite peut vite nous faire oublier toutes les qualités du récit. La Favorite figure définitivement dans cette dernière catégorie. Les choix artistiques de Yorgos Lanthinos sont parfois réellement vraiment discutables. Tout du moins, ne laissent-ils personne indifférent. C’était déjà le cas pour The Lobster qui l’avait fait connaître. Personnellement, je faisais partie du camp qui avait été pleinement séduit. Cette fois, je me situe clairement dans celui d’en face.

La Favorite nous permet de découvrir que la caméra de sécurité figure parmis les outils du cinéaste. Mais pourquoi donc nous proposer dans un film en costumes des plans filmés de cette façon ? Cela donne simplement des plans hideux. L’originalité que cela leur confère est totalement surfaite et pour tout dire un rien riducule. A cela s’ajoute une musique particulièrement pénible, qui fait défintitivement sortir le spectateur du film. Enfin, certains d’entre eux, parce que voir ce long métrage nominé pour l’Oscar le plus prestigieux me rend particulièrement circonspect. Enfin tous les goûts sont dans la nature, ce film ne fait juste pas partie des miens.

lafavoriteJe ne peux que regretter cet état de fait, tant l’histoire de la Favorite est savoureuse. Une histoire de triangle amoureux et de rivalité, où se mêle désir et politique. Une histoire riche, aux personnages remarquables et au casting de très haut niveau. Tout était réuni pour en faire un film réelement marquant. Mais il serait injuste de reprocher à Yorgos Lanthinos d’avoir pris de vrais risques artistiques. Ils ne se sont pas avérés judicieux de mon point de vue, mais c’est toujours un plaisir de voir un réalisateur s’affranchir du conformisme. Au final, j’aurais tout de même passé deux heures avec Emma Stone, ce qui n’est pas rien !

LA NOTE : 09/20

Fiche technique :
Production : Waypoint Entertainment, Scarlet films, Film4, Element Pictures
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Yorgos Lanthimos
Scénario : Deborah Davis, Tony McNamara
Montage : Yorgos Mavropsaridis
Photo : Robbie Ryan
Décors : Fiona Crombie
Durée : 119 min

Casting :
Olivia Colman : La Reine Anne
Rachel Weisz : Lady Sarah de Marlborough
Emma Stone : Abigail Hill
Nicholas Houly : Lord Harley
Joe Alwyn : Masham
James Smith : Lord Godolphin
Mark Gatiss : Le duc de Marlborough

SI BEALE STREET POUVAIT PARLER : Passion sans passion

sibealestreetpouvaitparlerafficheQu’est ce qu’un beau film ? Voilà une question trop complexe pour que j’y réponde ici en quelques lignes. Si Beale Street Pouvait Parler est incontestablement un très beau film. Pour beaucoup de raisons que je vais vous exposer ici. Mais la beauté en elle-même ne fait pas tout. Il faut à une long métrage quelque chose de plus pour se révéler réellement passionnant. Du corps, un feu qui embrase l’enthousiasme du spectateur. Le cinéma n’est ni la peinture, ni la littérature, mais un art singulier qui possède ses propres règles. Barry Jenkins semble l’avoir oublié et ne protège pas le spectateur du pire fléau qui soit : l’ennui.

L’histoire du cinéma est riche de films relativement contemplatifs parlant d’amour et ayant acquis un statut de classique, comme In the Mood for Love par exemple. Si Beale Street Pouvait Parler aurait pu les rejoindre. En effet, l’histoire est belle et émouvante, dotée d’un immense potentiel dramatique. Elle revisite l’éternelle injuste de la romance brisée par une société oppressante. Elle bénéficie d’une narration patiemment construire qui fait découvrir progressivement au spectateur tous les ressorts de l’intrigue. Tout cela mis en image avec une infinie délicatesse qui met parfaitement en valeur des comédiens et les comédiennes réellement investis dans leurs rôles.

sibealestreetpouvaitparlerMais si Beale Street Pouvait Parler est contemplatif, on du mal à comprendre pourquoi. En effet, chaque scène s’étire particulièrement en longueur sans que cela n’apporte quoi que ce soit. Cela ne crée par de tension, au contraire, cela la dilue. Cela donne au film une certaine froideur, toujours dommageable quand on parle ainsi de sentiment. La passion qui lie les deux personnages principaux n’est jamais partagée avec le spectateur. Il y a une forme de pudeur chez Barry Jenkins, mais pour qu’une telle histoire frappe vraiment le spectateur en plein cœur, il faut mettre les personnages à nue (ce qui n’a rien à voir avec les filmer à poil!), ce qui est loin d’être le cas ici. Ils restent au final deux étrangers pour le spectateur qui se détache peu à peu de leur histoire. Dommage, elle était belle.

LA NOTE : 09/20

Fiche technique :
Production : Annapurna Pictures, Plan B Entertainment, Pastel
Distribution : Mars Films
Réalisation : Barry Jenkins
Scénario : Barry Jenkins, adapté du roman de James Baldwin
Montage : Joi McMillon, Nat Sanders
Photo : James Laxton
Décors : Mark Friedberg
Musique : Nicholas Britell
Durée : 119 min

Casting :
K Layne : Tish Rivers
Stephan James : Alonzo Fonny Hunt
Regina King : Sharon Rivers
Colman Domingo : Joseph Rivers
Teyonah Parris : Ernestine Rivers
Vrian Tyree Henry : Daiel Carty
Aunjanue Ellis : Mme Hunt
Diego Luna : Pedrocito
Ed Skrein : l’officier Bell
Dave Franco : Levy

SORRY TO BOTHER YOU : Effets de surprises

sorrytobotheryouafficheFilms militants et engagés. Films décalés et inattendus. Deux catégories du septième art qui se rejoignent rarement. En France, Benoît Delépine et Gustave Kervern y parviennent, mais passent pour des originaux. Mais ils ne sont pas les seuls. La preuve avec Sorry to Bother You, le premier film de Boots Riley. Un film que j’ai eu la chance d’aller voir sans avoir aucune idée de ce que c’était. Et quel plaisir de tomber sur un tel OVNI cinématographique au détour d’une salle obscure sans s’y attendre. Car la surprise est une vraie surprise et une belle surprise vu la qualité du film… même si sa principale qualité reste bien l’effet de surprise.

Les premières minutes de Sorry to Bother You laissent le spectateur perplexe. Surtout quand ce dernier ne sait pas à quoi s’attendre. Puis il comprend peu à peu qu’il va assister à un film qui n’aura pas peur d’utiliser l’humour, l’absurde, le fantastique ou encore le 8ème degré pour nous parler de sujets sociaux qui auraient pu être traités avec le plus grand sérieux et la plus profonde gravité. Mais force est de constater que le message passe aussi bien, voire mieux. En effet, voilà un film difficilement oubliable et dont on a envie de parler. De plus, l’ironie, omniprésente ici, est un formidable levier pour mettre en lumière les travers d’une société qui préfère souvent fermer les yeux.

sorrytobotheryouSorry to Bother You, en choisissant de mettre autant de fantaisie et d’éléments surprenants dans son propos, prenait le risque d’être inégal. Dans ce film, toutes les idées ne se valent pas. Elle en vraiment en commun d’être vraiment inattendues, mais elles ne sont pas toutes convaincantes. On ne peut que saluer la réelle prise de risque de Boots Riley. Il nous offre un film imparfait, mais qui ne ressemble vraiment à aucun autre. Et pour cela on peut lui dire merci. Ah avant de finir, ne pas oublier aussi de remercier la remarquable distribution qui du premier au dixième rôle brille par beaucoup de talent et d’énergie communicative. Tout ce qui caractérise ce film en fait.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : Boots Riley
Scénario : Boots Riley
Photographie : Doug Emmett
Montage : Terel Gibson
Musique : The Coup, Merrill Garbus, Boots Riley, Tune-Yards
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur
Genre : science-fiction
Durée : 105 minutes

Casting :
Lakeith Stanfield : Cassius Green
Tessa Thompson : Detroit
Armie Hammer : Steve Lift
Jermaine Fowler : Salvador
Omari Hardwick : Mr….
Terry Crews : Sergio
Steven Yeun : Squeeze
Danny Glover : Langston
Kate Berlant : Diana DeBauchery
David Fine : le prêcheur

UN GRAND VOYAGE VERS LA NUIT : Voyage au bout de l’ennui

ungrandvoyageverslanuitafficheLes films asiatiques ont la réputation d’être lents, contemplatifs et ennuyeux. Réputation totalement surfaite évidemment, comme la plupart des réputations qui tiennent plus du cliché qu’autre chose. Cependant, parfois, il arrive qu’elle ne soit pas totalement usurpée. En tout cas, Un Grand Voyage Vers la Nuit a la double particularité d’être chinois et surtout, vous me pardonnerez l’expression, d’être chiant à mourir. En plus, si vous ne faites pas attention, il pourra vous en coûter un euro de plus pour acquérir des lunettes 3D qui ne serve que pour le dernier tiers du film et qui ne servent pas à grand chose.

Je peux concevoir que l’on se laisse fasciner par Un Grand Voyage Vers la Nuit. Mais pour ce genre de film, soit la rencontre avec le spectateur se fait, soit elle ne se fait pas du tout. Et dans ce dernier cas, vous passez un très très long moment. Le rythme de narration est d’une incroyable lenteur avec des plans ne servant pas à grand chose (sinon à être beaux, certes) qui n’en finissent pas. L’exemple le plus frappant est un long passage où le personnage principal va d’un point A à un point B dans une sorte de tyrolienne qui avance tout doucement et dont on va suivre le trajet dans son intégralité juste pour profiter du paysage. Si à ce moment là, vous êtes vraiment dans le film, sans doute trouvez-vous ça merveilleux. Si ce n’est pas le cas, vous vous dites que l’éternité, c’est long, surtout vers la fin…

ungrandvoyageverslanuitUn Grand Voyages Vers la Nuit est visuellement très abouti, je le reconnais. La photographie est incontestablement sublime. Cependant, de belles images statiques dont on ne perçoit parfois absolument pas le sens ne donnent pas vraiment envie de s’enthousiasmer. L’usage d’un narrateur en voix-off pourrait nous éclairer sur ce que l’on voit, mais il nous livre surtout des phrases absconses que l’on a du mal à relier à ce qu’on voit. Bref, il est temps de m’arrêter là car ce film et moi étions tout simplement pas faits pour nous rencontrer. Ce ne fut ni un beau roman, ni une belle histoire.

LA NOTE : 08/20

Fiche technique :
Production : CG cinéma, Huace pictures, Dangmai films,
Réalisation : Bi Gan
Scénario : Bi Gan
Montage : Yanan Qin
Photo : Yao Hung-I, Dong Jinsong, David Chizallet
Distribution : Bac Films
Musique : Giong Lim, Chih-Yuan Hsu
Durée : 138 min

Casting :
Tang Wai : Wan Quiwen
Huang Jue : Luo Hongwu
Sylvia Chang : la mère du chat
Lee Hong-chi : le chat

LE CHATEAU DE CAGLIOSTRO : Le maître qui pointe

lechateaudecagliostroafficheIl faut bien commencer un jour. Faire des premiers pas. Connaître ses grands débuts. Et ces moments sont rarement glorieux et idéaux. Hayao Miyazaki est un immense artiste, à l’univer singulier, personnel et plein de son immense créativité. Mais le premier film qu’il a réalisé ne correspond pas tout à fait à cette définition. En effet, il s’agissait d’un long épisode d’une série animée spécialement conçu pour le grand écran, dans la plus pure tradition des studios nippons. Cette série fut diffusée en France sous le nom d’Edgar, Détective Cambrioleur. Ici, le personnage retrouve son nom en Japonais, Lupin, puisque l’œuvre de Maurice Leblanc auquel il fait ouvertement référence figure désormais dans le domaine publique. En tout cas, le Château de Cagliostro vaut le coup de découvrir la naissance du maître.

Evidemment, j’étais particulièrement disposé à apprécier le Château de Cagliostro. Déjà parce que je voue une admiration sans borne pour Hayao Miyazaki. Mais aussi, et peut-être surtout, parce que ce dessin-animé représente pour moi une jolie madeleine de Proust. Il fut rare sur nos écrans, mais j’en garde un très beau souvenir. En voyant ce film, je comprends mieux pourquoi. L’univers est typique d’une animation nippone s’adressant à un public plus adulte qu’enfantin. Ici le spectacle reste quand même familial, mais il ravira petits et grands. Une histoire qui débute en ayant l’air de rien et qui va prendre une dimension de plus en plus épique à mesure qu’elle avance et perd son côté gentillet. On y retrouve aussi bien des passages très « cartoon » qu’une certaine violence (soft tout de même).

lechateaudecagliostroVisuellement, le Château de Cagliostro est forcément un peu frustrant. En effet, Hayao Miyazaki est obligé de respecter strictement l’identité visuelle de la série d’origine. Pourtant, il serait injuste de lui dénuer toute réelle influence. En effet, la qualité graphique ne se résume pas simplement à un style de dessin. Le choix des prises de vue, le montage, bref la réalisation est d’une très grande qualité. On peut donc facilement voir le génie du maître qui pointe. Même ceux qui n’ont jamais vu le dessin-animé original pourront apprécier de découvrir ces personnages particulièrement sympathiques et un univers plein d’une douce fantaisie. Le film reste en toute honnêteté avant tout une madeleine. Mais une excellente madeleine.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : TMS Entertainment
Distribution : Splendor Film
Réalisation : Hayao Miyazaki
Scénario : Hayao Miyazaki, Haruya Yamazaki
Montage : Mitsutoshi Tsurubuchi
Photo : Hirokata Takahashi
Musique : Yuji Ono
Directeur artistique : Shichirô Kobayashi
Durée : 100 min

Casting :
Yasuo Yamada : Lupin III
Eiko Masuyama : Fujiko Mine
Kiyoshi Kobayashi : Daisuke Jigen
Taro Ishida : Comte de Cagliostro
Sumi Shimamoto : Clarisse

L’ORDRE DES MEDECINS : En bon ordre !

lordredesmedecinsafficheLa mort représente la seule certitude dans la vie. Pourtant, c’est un sujet que l’on n’aime pas particulièrement aborder. Nos sociétés modernes essayent par tous les moyens de nous en protéger en la reléguant là où on ne peut pas la voir, comme si cela nous en protégeait le moins du monde. C’est évidemment une illusion qui rend sans doute encore plus difficile et douloureux la confrontation. Il reste cependant quelques films pour aborder de front ce sujet et on peut y voir une démarche particulièrement salutaire. L’Ordre des Médecins fait partie de ceux-là et nous livre un propos brillant.

Si la mort se situe au centre de l’Ordre des Médecins, le film aborde à travers elle un grand nombre de thématiques assez variées. La famille, les certitudes, la vie hospitalière… Tout cela donne un scénario riche. Si on ajoute à cela une vraie justesse dans le propos, on comprend mieux pourquoi on s’intéresse à cette histoire du début à la fin. Le propos ne sombre jamais dans la banalité. Chaque idée fait réfléchir le spectateur et pousse la réflexion toujours un peu plus loin. De la profondeur et de la densité, voilà deux qualités que l’on est heureux de retrouver dans un film de ce type. Il n’oublie pas non plus de donner beaucoup d’humanité à ses personnages pour que de la réflexion surgisse aussi une réelle émotion.

lordredesmedecinsLe film bénéficie également d’un beau casting. Miser sur une valeur comme Jérémie Renier ne constitue pas vraiment une prise de risque. Surtout avec un rôle qui semble à ce point tailler pour lui. Cependant, quand le talent est là, on ne peut que s’incliner. L’Ordre des Médecins permet aussi une nouvelle fois d’apprécier tout le talent de Zita Hanrot, une valeur montante qui est loin d’avoir achevé son ascension. La réalisation de David Roux est particulièrement sobre, mais sait parfaitement mettre en valeur les comédiens. Cela donne un film intéressant, intense, émouvant et très solide intellectuellement. Beaucoup de bonnes raisons pour aller le voir.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation : David Roux
Scénario : David Roux et Julie Peyr
Photographie : Augustin Barbaroux
Montage : Benjamin Favreul
Musique : Jonathan Fitoussi et Pascal Mayer
Décors : Chloé Cambournac
Costumes : Sophie Bégon
Producteur : Candice Zaccagnino et Olivier Aknin
Durée : 93 minutes

Casting :
Jérémie Renier : Simon
Marthe Keller : Mathilde
Zita Hanrot : Agathe
Maud Wyler : Julia
Alain Libolt : Sylvain
Frédéric Épaud : Fred
Jeanne Rosa : Gladys
Jisca Kalvanda : Caroline
Catherine Ferran : Professeur Renée Chagnon

LA MULE : Eternel talent

lamuleafficheCertains vieillissent, prennent de l’âge ou encore subissent le poids des ans. Et puis, il y a Clint Eastwood ! Certes, objectivement, il vieillit, prend de l’âge et subit quelque peu le poids des ans. Mais il le fait merveilleusement bien. Avec la Mule, il prouve qu’il a encore, à bientôt 89 ans, toute sa place derrière et même devant la caméra. En alors qu’il avait annoncé sa retraite en tant qu’acteur, il revêt une nouvelle fois cette double casquette pour nous offrir un film qui forcément lui doit beaucoup. On ne peut que saluer ce choix puisque ce rôle semblait effectivement définitivement fait pour lui. Mais c’est bien le film dans son ensemble qui est à saluer, prouvant encore une fois que Clint Eastwood est un grand cinéaste. Même si on n’avait pas besoin de cela pour en être persuadé.

Ceux qui auront vu la bande-annonce de la Mule imagine sans doute qu’il s’agit d’un film sombre et profondément dramatique. Il n’en est rien et j’ai rarement vu un tel décalage dans ce sens. En effet, si on voit souvent des films pas drôles vouloir se faire passer pour des comédies, ici c’est exactement l’inverse. Le film peut définitivement être qualifié de comédie dramatique, genre où le septième art hexagonal excelle, mais qui tient là une brillant représentant. Le film aborde quelques vrais sujets qui ne prêtent pas vraiment à dire, mais le ton est quand même globalement assez léger. Il repose sur le ressort comique assez classique du personnage qui se retrouve plongé dans un monde avec lequel il est en total décalage. Entre un vétéran WASP de 90 ans et des gangsters latinos, ce ressort fonctionne une nouvelle fois à merveille.

lamuleIl paraît que Clint Eastwood avait d’abord pensé à d’autres acteurs pour interpréter le rôle principal de la Mule, avant que d’autres ne parviennent à le convaincre de se le confier à lui-même. On ne peut que les remercier d’y être parvenu, même si je ne doute pas une seule seconde que l’envie de se retrouver de ce côté de la caméra devait quand même le démanger. Les grands artistes sont voués à mourir sur scène. Clint Eastwood mourra sur un plateau de tournage. Mais espérons que cela arrive le plus tard possible. Car ce film brillant sur la forme et le fond nous montre qu’il a encore beaucoup de choses à apporter au cinéma. L’année cinématographique 2019 est désormais définitivement lancée et espérons que le reste suive la même route. A bientôt Clint !

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Warner Bros, Imperative Entertainment, Bron Creative, The Malpaso Company, BRON Studios
Distribution : Warner Bros Pictures France
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Nick Schenk, Sam Dolnick (article du New York Times)
Montage : Joel Cox
Photo : Yves Bélanger
Décors : Kevin Ishioka
Musique : Arturo Sandoval
Durée : 116 min

Casting :
Clint Eastwood : Earl Stone
Bradley Cooper : Agent Colin bates
Laurence Fishburne : Agent spécial de la DEA
Michael Peña : Agent Trevino
Dianne Wiest : Mary
Andy Garcia : Laton
Ignacio Serricchio : Julio
Alison Eastwood : Iris
Taissa Farmiga : Ginny