QUELQUES HEURES DE PRINTEMPS : Emotion taboue

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quelquesheuresdeprintempsafficheLa mort est omniprésente au cinéma. Il suffit du moindre film d’action, sans même parler d’un film de guerre, pour voir des êtres humains tomber comme des mouches. Mais en en faisant quelque chose de banal, le 7ème art nie la mort plus qu’elle n’en parle vraiment. En faire un sujet central d’un long métrage représente une toute autre démarche, beaucoup plus délicate. C’est celle entreprise par Stéphane Brizé avec Son Quelques Heures de Printemps.

Alain Evrad, 48 ans, ancien routier, sort de 18 mois de prison et se voit obliger de retourner vivre chez sa mère. La cohabitation va vite se révéler très compliqué, la fracture entre ces deux êtres incapables de communiquer semble terriblement profonde. Pourtant, la vieille dame n’en a plus pour très longtemps, atteinte de tumeurs au cerveau.

Bon, là je suis partagé sur le contenu de ma critique. Ceux qui auraient vraiment l’intention de voir ce film et qui aime en savoir le moins possible avant de se rendre dans une salle obscure vont devoir s’arrêter là. En effet, je vois mal comment parler de Quelques Heures de Printemps sans évoquer le rebondissement principal du film (présent dans le moindre synopsis de presse, mais bon…). Je remercie d’avance les autres pour la poursuite de la lecture… Un peu de fayotage auprès de son public ne fait jamais de mal…

En effet, Quelques Heures de Printemps évoque le douloureux problème de l’euthanasie puisqu’on découvre que la mère d’Alain a contacté une association suisse qui propose une procédure de suicide assisté. C’est donc un sujet particulièrement sensible auquel s’est attaqué Stéphane Brizé. Mais il le fait avec une délicatesse, une intelligence et une sensibilité absolument remarquables. La dernière demi-heure de ce film représente le plus beau moment d’émotion pure de cette année cinématographique. Un vrai moment de grâce qui justifie largement de le voir et de l’apprécier.

Malheureusement, tout le film ne se situe pas à ce niveau-là. De mon point de vue, le problème se situe au niveau du personnage d’Alain qui, au final, n’est ni intéressant, ni très utile. Les problèmes de communication entre parents et enfants représentent un thème extrêmement classique et Quelques Heures de Printemps n’apporte pas grand chose de nouveau sur ce plan-là. Bien sûr, l’émotion finale puise largement dans la situation initiale et dans l’évolution de la relation entre la mère et le fils. Mais d’autres éléments, comme la tentative de romance d’Alain, ne sont guère passionnants et le rendent le personnage du fils plutôt antipathique, ce qui bride quelque peu l’empathie.

quelquesheuresdeprintempsQuelques Heures de Printemps est donc un film inégal, qui a eu tort de ne pas se centrer uniquement sur son sujet principal. Le scénario flotte pendant une heure avant de vraiment nous saisir. Encore une fois, on reste sur une telle impression finale que l’on ne regrette pas d’être venu. Mais on se dit que ce film aurait pu prendre encore une ampleur supplémentaire. Les sujets secondaires nous détournent plutôt de l’émotion, au lieu de la sublimer.

Quelques Heures de Printemps sent le rôle à César. Il faut dire que Hélène Vincent est tout simplement époustouflante, signant là le rôle de sa vie, après 40 ans de carrière. Si elle reçoit bien la petite statuette, ce que je suis prêt à parier, cela sera amplement mérité tant elle joue avec une formidable justesse et une sublime émotion. A ses côtés, Vincent Lindon est presque reléguer au rang de faire-valoir, malgré une prestation elle-aussi de tout premier ordre.

Quelques Heures de Printemps reste un film remarquable par la manière dont il traite un sujet difficile et encore particulièrement tabou. Mais il n’a pas su s’enrichir d’autres éléments vraiment intéressants.

Fiche technique :
Production : TS Productions, F comme Film, ARTE France Cinéma
Distribution : Diaphana
Réalisation : Stéphane Brizé
Scénario : Stéphane Brizé, Florence Vignon
Montage : Anne Klotz
Photo : Antoine Héberlé
Décors : Valérie Saradjian
Musique : Nick Cave
Durée : 108 mn

Casting :
Vincent Lindon : Alain Evrard
Hélène Vincent : Yvette Evrard
Emmanuelle Seigner : Clémence
Olivier Perrier : Monsieur Lalouette
Silvia Kahn : le docteur Mathieu
Ludovic Berthillot : le copain

THE WE AND THE I : A plus dans le bus !

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theweandtheiafficheLes réalisateurs français qui franchissent l’Atlantique réalisent souvent un rêve, mais y perdent souvent leurs illusions. La liberté artistique est rarement aux mains des metteurs en scène à Hollywood, mais dans celles des producteurs. Ils y signent alors des films sans âme comme le Gothika de Mattieu Kassovitz ou même le Alien 4 de Jean-Pierre Jeunet (oui, je sais, il y a matière à débat, mais je n’aime pas du tout ce film). Sans même parler de Louis Leterrier (le Choc des Titans) qui assume son statut de carpette. Mais il existe des exceptions. Il y eu Jean Renoir dans les années 30, il y a désormais Michel Gondry qui tourne aux Etats-Unis de vrais films d’auteur. Son dernier en date, The We an the I, un film qui a su capturer l’adolescence comme jamais, mais qui pêche par certaines longueurs.

Les grandes vacances sont arrivées. Les élèves d’un lycée du Bronx prennent donc une dernière fois le bus qui va les ramener chez eux. Le trajet apparaît alors comme une résumé de la vie avec ses drames, ses joies, ses amitiés, ses fâcheries, ses rapprochements, ses ruptures. Et au fur et à mesure que le bus se vide, ses occupants changent aussi.

The We and the I est un film à la Michel Gondry, c’est à dire avec un concept derrière, mais réalisé avec minutie et imagination. Tourné avec des acteurs amateurs, qui interprètent des personnages proches de leur propre vie, rien n’est laissé à l’improvisation. On retrouve un peu le principe de Derrière les Murs, mais avec une complexité visuelle et surtout une direction d’acteurs beaucoup plus poussée. Seule entorse à cette impression de réel, cette ligne de bus fictive qui nous entraîne dans un improbable voyage de 1h43. 

Je profite de cette habile transition pour passer directement à ce qui fâche. En effet, The We and the I a une défaut : il est trop long ! Certes, 103 minutes, ce n’est pas non plus exceptionnel, mais le film ne propose pas assez de contenu pour que l’on ne décroche pas à un moment donné. Disons que tout part un peu dans tous les sens pendant trop longtemps. On apprend à connaître les personnages, mais au bout d’une heure, on ne sait toujours pas bien où Michel Gondry veut en venir et du coup quel est l’intérêt de tout ça. Bref, à un moment donné, on s’ennuie !

La dernière demi-heure nous éclaire et donne réellement un sens à tout ce qui a précédé. Mais le mal est fait malheureusement. Et c’est vraiment malheureux car au final le propos est sûrement le plus intelligent jamais tenu sur l’adolescence. Michel Gondry a su capter de manière incroyablement pertinente et intelligente. Et dieu sait si des réalisateurs et scénaristes se sont cassés la gueule sur ce sujet épineux. Le Français balaye tout ce qui définit cette période si particulière. Je citerai deux points qui m’ont réellement marqué : la cruauté des adolescents entre eux et l’effet du groupe sur les comportements. La manière dont The We and The I nous parle aussi brillamment de ses sujets dans un film dont la forme est quasi-minimaliste montre bien le génie du réalisateur français.

theweandtheiEmployer des acteurs amateurs a parfois donné le pire et le meilleur au cours de la longue histoire du cinéma. Faire tourner des adolescents aussi d’ailleurs. Mais dans The We and The I, Michel Gondry arrive à leur faire garder un naturel déconcertant, tout en échappant totalement à l’impression d’une improvisation permanente. On citera notamment le couple Michael Brody et Teresa Lynn qui interprètent les deux personnages les plus marquants du film. Mais encore une fois, c’est vraiment tout le casting qu’il faudrait féliciter.

Michel Gondry a une nouvelle fois réussi à nous surprendre à The We and The I. Il a à nouveau su inventer un concept et s’est montré incroyablement pertinent dans son propos. Mais la forme nous plonge dans l’ennui pendant un moment un peu trop long pour que l’on crie au génie.

Fiche technique :
Production : Partizan Films
Réalisation : Michel Gondry
Scénario : Michel Gondry, Jeffrey Grimshaw, Paul Proch
Montage : Jeff Buchanan
Photo : Alex Disenhof
Distribution : Mars Distribution
Durée : 103 mn

UNE SI LONGUE ATTENTE, UN SI GRAND BONHEUR

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psgkiev8 ans ! 8 ans que les fans du PSG attendaient d’entendre à nouveau résonner la célèbre musique de la Ligue des Champions au Parc des Princes. Une éternité pour un club de ce standing. L’arrivée des Qatariens change évidemment la donne et on savait pertinemment que le club parisien allait vite retrouver la grande (j’ai envie de dire la seule) Coupe d’Europe. Aujourd’hui était un donc un jour à part pour tous les supporters parisiens. Un jour qui se termine sur un grand bonheur.

Evidemment, on pourra philosopher à l’infini sur la faiblesse d’une opposition ukrainienne qui n’a rien d’un monstre. Il est indéniable que c’est à Porto dans quinze jours que l’on verra ce que le PSG a vraiment dans le ventre au niveau européen. Mais on reconnaît les bonnes équipes à leur faculté à gagner facilement les matchs faciles. Ce soir, il y avait douze classes d’écart entre Kiev et Paris. On a surtout vu une véritable équipe sur le terrain. Depuis un an, on parle de manière continuelle du manque de qualités collectives des joueurs d’Ancelotti. Depuis trois matchs, quelque chose a changé et les critiques sont bien obligés de se taire.

Ce soir, quand on est un supporter parisien, de toute façon, ce n’est que du bonheur. Le PSG a construit un début de légende dans les années 90 grâce à ces résultats dans les différentes Coupe d’Europe. Une légende éteinte dans des années 2000 à oublier. Mais ce soir, on est nombreux à s’en souvenir. Quel plaisir ! Et quel envie surtout de voir la légende renaître définitivement.

CHERCHEZ HORTENSE : Sujets inégaux

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cherchezhortenseafficheDerrière les réalités sociales, il y a des gens… Ah ça vous la coupe, une introduction aussi profonde et philosophique ! Vous ne vous y attendiez pas ?… Ok, bon je vois en fait que cela n’a pas l’impact escompté. Sans doute, ai-je démarré dans des sphères trop hautes pour le commun des mortels. Tant pis, j’enchaîne en allant directement vous but pour vous parler de Cherchez Hortense, un film à la fois social et humain, avec du Jean-Pierre Bacri dedans.

Damien est le fils du Président du Conseil d’Etat. Sous la pression de sa femme, il accepte de demander l’intervention de son père pour éviter qu’une certaine Zorica ne soit expulsée. Le problème est que sa relation avec son géniteur est quelque peu compliquée et distendue. Comme l’est de plus en plus sa relation avec sa femme. Seule Aurore, une jeune fille croisée dans les alentours du café qu’il fréquente, semble lui porter un minimum d’attention.

Cherchez Hortense aborde donc beaucoup de sujet : la relation père-fils, la routine dans un couple et les drames liées aux expulsions de clandestins. Il y avait donc de quoi faire pour que Pascal Bonitzer nous offre facilement un film aux intérêts multiples. Il y parvient malheureusement de manière inégal, car tous les sujets ne sont pas traités avec le même bonheur. Le tout donne tout de même un propos plutôt convaincant, même si tout cela manque un peu de rythme.

La relation père-fils forme vraiment le cœur de ce film. C’est de loin l’aspect le plus réussi et le plus intéressant de Cherchez Hortense. Les deux personnages, incarnés par deux grands acteurs, forment un duo savoureux. Certes, les circonstances sont assez exceptionnelles, mais les problèmes de communication entre les deux peuvent très bien se rencontrer dans une vie plus ordinaire. Je pense que de nombreux spectateurs peuvent s’identifier à ces dialogues de sourds permanents. La conclusion constitue d’ailleurs le seul moment réellement inattendu de ce film.

Par contre, les problèmes de couple de Damien sentent largement le déjà-vu mille fois et manquent passablement d’intérêt. L’attachement que l’on ressent pour les personnages ne suffit pas nous faire ressentir de vraies émotions devant cette histoire désespérément ordinaire. Même la personnalité marquante de leur collégien de fils n’arrive pas à donner du relief au propos. Quant aux problèmes d’immigration, il s’agit plus d’un prétexte narratif que d’une vraie réflexion sur le sujet. Mais au moins Cherchez Hortense échappe-t-il aux clichés habituels.

cherchezhortensePascal Bonitzer parvient tout de même à nous faire passer un moment plaisant, mais parfois un peu frustrant. D’ailleurs, la fin du film est assez révélatrice. En effet, elle s’étire désespérément en longueur, comme si le réalisateur était étonné de ne pas être arrivé à tenir plus de 90 minutes avec ses idées initiales. Cela ressemble un peu un aveu de faiblesse, une preuve qu’il n’a pas su tirer tout ce qu’il y avait à tirer des différents sujets qu’il aborde.

Pascal Bonitzer se montre tout de même un excellent directeur d’acteurs. Vous me direz, avec un tel casting, il était difficile de se planter. Le duo Claude Rich – Jean-Pierre Bacri fonctionne à la perfection avec des rôles qui semblent taillés pour eux. A leurs côtés, Kristin Scott-Thomas et Isabelle Carré font preuve de leur talent et de leur charme ordinaires, ce qui est un gage réelle de qualité. On notera aussi le très bon second rôle de Jackie Berroyer que l’on n’avait pas vu depuis longtemps.

Au final, Cherchez Hortense n’est pas un film raté. C’est un film partiellement réussi, sans qu’on comprenne vraiment pourquoi Pascal Bonitzer n’est pas parvenu à le réussir totalement.

Fiche technique :
Production : SBS Films, Le Pacte
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Pascal Bonitzer
Scénario : Pascal Bonitzer, Agnès de Sacy
Montage : Elise Fievet
Photo : Eomain Winding
Décors : Manu de Chauvigny
Musique : Alexeï Aïgui
Costumes : Marielle Robaut
Durée : 100 mn

Casting :
Jean-Pierre Bacri : Damien
Kristin Scott-Thomas : Iva
Isabelle Carré : Aurore
Marin Orcand Tourres : Noe
Claude Rich : Sebastien Hauer
Arthur Igual : Antoine
Jackie Berroyer : Lobatch
Benoît Jacquot : Kevadian
Masahiro Kashiwagi : Satoshi

VIRAGES

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croiseedescheminsOn sait bien que chacun de nos gestes les plus anodins du quotidien peuvent changer notre vie sans qu’on le sache. A quelques secondes près, on aurait pu croiser la femme de sa vie ou bien la personne qui nous aurait proposer le job de nos rêves. Ce jour-là, si on avait finalement décidé de jouer une grille au loto, on serait devenu millionnaire. En choisissant le passage pour piéton suivant, on se serait fait renverser par une voiture. Bref, notre vie bascule en permanence, sans qu’on en ait conscience.

Il y a cependant des périodes de la vie où on sait qu’on se situe très certainement à un tournant. Cela peut être d’un point de vue personnel, sentimental, professionnel. Quelques fois les choses sont claires. On est face à un choix qu’il nous faut faire et dont va dépendre une large partie de notre futur. Parfois, c’est un challenge qui nous attend. Un succès et tout change, un échec et c’est le status quo. Enfin, il arrive aussi que les évènements ne dépendent pas de nous, nous condamnant à une attente stressante, nous donnant le sentiment que notre destin nous échappe.

Mais le plus souvent, tout n’est pas aussi clair. On sent bien que tout peut changer d’un coup ou que les petits changements récent peuvent prendre de l’ampleur et marque définitivement notre existence. Ces moments sont parfois des moments d’espoir car on sent que ce sont des opportunités qui s’offrent à nous. Ils peuvent constituer des moments d’inquiétude. Généralement, on ne sait pas vraiment quand tout va se jouer exactement. Il n’y a pas forcément de moment décisif, juste un tournant à prendre globalement.

Ce genre de moments sont deux où on sent que notre vie va avancer. Si l’immobilisme est souvent confortable, le changement est aussi un élément indispensable du bonheur. Et comme dirait un célèbre Corrézien, le changement, c’est maintenant !

DES HOMMES SANS LOI : Des gangsters qui marchent droit

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deshommessansloiafficheLorsque le gouvernement des Etats-Unis a imposé la prohibition en 1919, il ne se doutait pas de l’offrande qu’il faisait à l’humanité. Non que cette loi se ait été généralisée pour créer un monde sans alcool (heureusement !), mais parce que cette période allait constituer une source d’inspiration pour de nombreux auteurs. En effet, c’est à cette époque qu’est né la figure du gangster qui hante régulièrement la littérature et le cinéma. Dernier exemple en date, Des Hommes Sans Loi.

Les trois frères Bondurant font partie des nombreux des producteurs d’alcool de contrebande du comté de Franklin en Virginie. A leur tête, Forrest qui possède la réputation d’être invincible, acquise lors de la guerre de 14. Howard est l’aîné, mais se montre souvent trop bagarreur sous l’emprise de l’alcool. Enfin, le plus jeune, Jack est prêt à commettre bien des imprudences pour gagner le respect de ses frères. En refusant de se faire racketter par une police corrompue, ils déclenchent une guerre qu’ils pourraient bien ne pas gagner.

Commençons par ce qui fâche et qui fait de Des Hommes Sans Loi un film à l’intérêt somme toute limité. Le scénario est d’une linéarité totale et absolument sans surprise. Certes, le film se veut de facture classique, mais cela ne l’empêchait pas de proposer d’autres choses que les péripéties les plus attendues. Les personnages ne connaissent qu’une évolution minime, si ce n’est celle que l’on devine dès les premières secondes.

Le scénario est pourtant signé de quelqu’un d’un peu inattendu, à savoir le chanteur australien Nick Cave. Ce n’est pas son coup d’essai, mais le premier pour une production de cette envergure. Il s’appuie sur un roman, signé par un des membres de la famille Bondurant. Il s’inspire donc de faits réels, mais peut-être aurait-il du plus romancer pour nous offrir une histoire moins linéaire. Cela reste très manichéen et ne propose rien qu’on ait déjà vu.

Du coup, on n’apprécie pas à sa juste valeur les autres qualités de Des Hommes Sans Loi. Tout dans le scénario n’est pas à jeter. Il est assez rythmé pour que l’on ne s’ennuie pas et surtout les personnages arrivent à attirer notre sympathie, malgré leur aspect un rien caricatural. Il n’aurait pas fallu grand chose pour que le film ait une autre saveur. En gros, les ingrédients sont de qualité, la recette est respectée à la lettre, mais il manque le bouquet d’épices qui fasse vraiment frétiller les papilles du spectateur.

deshommessansloiC’est d’autant plus regrettable que Des Hommes Sans Lois est filmé avec une certaine élégance, très classique elle-aussi, mais qui porte la marque d’un vrai talent. En fait, Des Hommes Sans Loi rappelle un peu le film précédent de John Hillcoat, La Route. Un film qui se distinguait lui aussi par de vraies qualités esthétiques, mais un scénario décevant. Le réalisateur australien sait donc parfaitement mettre en image les histoires, mais ne sait pas vraiment les raconter.

Le casting de Des Hommes Sans Loi est assez prestigieux, avec comme bonne surprise un Shia LeBeouf qui jouerait presque la comédie. Bon je vous rassure, il n’est toujours pas le plus grand comédien que la terre n’ait jamais porté, mais il arrive déjà à être convaincant. C’est un bon début ! Mais il est éclipsé par le charisme de Tom Hardy, même si ceux qui viennent de voir The Dark Knight Rises auront l’impression d’entendre Bane dès qu’il ouvre la bouche. Ce film est aussi la confirmation du charme ravageur de Jessica Chastain et Mia Masikowsa.

Des Hommes Sans Loi est donc un film élégant mais décevant par la linéarité d’un scénario qui nous prive de la moindre surprise.

Fiche technique :
Production : Benaroya Pictures, FilmNation Entertainment, Ana^purna Pictures, BlumHansonAllen Films
Réalisation : John Hillcoat
Scénario : Nick Cave, d’après le livre de Matt Bondurant
Montage : Dylan Tichenor
Photo : Benoît Delhomme
Décors : Chris Kennedy
Distribution : Metropolitan FilmExport
Musique : Nick Cave, Warren Ellis
Costumes: Margot Wilson
Durée : 115 min

Casting :
Shia LaBeouf : Jack
Tom Hardy : Forrest
Jason Clarke : Howard
Jessica Chastain : Maggie
Mia Wasikowska : Bertha
Guy Pearce : Charlie Rakes
Gary Oldman : Floyd Banner

TOUT VIENT A POINT…

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andymurrayLe big four du tennis mondial compte désormais réellement quatre protagonistes. En remportant l’US Open, Andy Murray quitte enfin le titre peu enviable de « joueur le plus fort de l’histoire à n’avoir jamais remporté de titre du Grand Chelem ». Son titre olympique l’avait déjà fait changer de dimension, mais son palmarès est désormais réellement celui d’un grand champion. Mais peut-être n’est-il pas encore tout à fait à la hauteur de son immense talent.

On peut aisément parier, malgré la noble incertitude du sport, qu’il ne s’arrêtera pas là. On peut même penser que les années à venir verront les plus grands tournois trustés par le duo Andy Murray – Novak Djokovic. Roger Federer est rattrapé par son âge, Rafael Nadal par les blessures. Ces deux-là sont loin d’être finis mais leur avenir est marqué désormais de plus d’interrogations que de certitudes. Et derrière, il y a un fossé entre ce quatuor et leurs poursuivants les plus immédiats, David Ferrer et Jo-Wilfried Tsonga, qui ne semblent guère posséder de marges de progression. Au-delà, on ne voit pour l’instant rien venir.

Andy Murray à une autre époque aurait déjà un palmarès long comme le bras. Il a eu la malchance de connaître la densité de champions la plus forte que le tennis n’ait jamais connu. Mais il n’a pas accepté la situation comme une fatalité et n’a jamais renoncé. Il en est aujourd’hui logiquement récompensé. Espérons que l’avenir lui offre une reconnaissance à la hauteur de son formidable talent.

L’HISTOIRE BELGE DU MOMENT

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bernardarnaultLes démarches de Bernard Arnaud pour acquérir la nationalité belge fait couler beaucoup d’encre. Tout ceci possède évidemment une portée symbolique très forte, mais cela a malheureusement permis de constater une nouvelle fois que les débats médiatiques ne volaient pas très haut. La fiscalité est un sujet complexe mais essentiel, mais encore une fois les deux camps font preuve de raccourcis grossiers qui rendent les échanges totalement inintéressants.

La droite est évidemment montée immédiatement au créneau pour dénoncer ce qu’ils estiment être la preuve de la catastrophe vers laquelle est censée nous entraîner la politique fiscale proposée par la gauche. Or, de nombreux articles ont bien souligné que les démarches du patron de LVMH ne datent pas d’hier et n’ont jamais été freiné par les nombreux cadeaux fiscaux consentis par la droite aux très hauts revenus. Du coup, les protestations se sont un peu calmées.

Le débat s’est en fait surtout déplacer vers la fameuse une de Libération. En gros, on est passé d’une occasion d’un débat de fond essentiel à un échange de commentaires sur le bien fondé d’une vanne grossière. Parce que ce « Casse-toi Riche Con ! » n’est guère autre chose. Un jeu de mots un peu bancal, inélégant et surtout populiste à mort. Je ne crois pas que Libé ait grande gloire à tirer de cette affaire. Même si la référence est bien connue, ce n’est pas en se comportant comme celui qu’on combat qu’on se grandit !

En tout cas, le plus navrant dans tout ça, ce sont tous ces discours où le comportement d’un seul homme est censé déterminer le politique de tout un pays. Je pensais bêtement que la démocratie consistait en l’expression de la majorité, avec comme règle que chaque citoyen pèse de manière identique. Je pensais qu’œuvrer pour le bien commun consistait à choisir les solutions bénéficiant au plus grand nombre et non à défendre les intérêts particuliers de quelques uns. J’ai du me tromper alors…

Ou peut-être simplement, je ne suis pas de droite…

KILLER JOE : William Friedkin tire encore

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killerjoeafficheWilliam Friedkin compte dans sa filmographie deux des films les plus légendaires de l’histoire du 7ème art, à savoir French Connection et l’Exorciste. Mais nous étions alors dans les années 70. En fait, je n’étais pas, puisque je n’étais pas encore né. Depuis, il a signé beaucoup de films nettement moins marquants, dont le dernier, Bug, en 2006, ne m’avait guère emballé. Cependant, à 77 ans, il a encore de très beaux restes puisqu’il nous livre cet excellent Killer Joe.

Chris a trouvé un bon moyen pour régler ses problèmes d’argent. Faire assassiner sa mère et toucher l’argent de son assurance vie, via sa jeune sœur, Dottie, qui en est la bénéficiaire. Mais n’ayant ni le courage, ni les compétences pour faire ça lui-même, il fait appel à Joe, inspecteur de police et tueur à gages à ses heures perdues. Petit problème, il n’a pas de quoi le payer en avance comme le tueur le réclame. Ce dernier exige alors une caution : Dottie…

Killer Joe revisite le film noir américain, mais avec un grand recul et un humour particulièrement prononcé. On sent qu’avec l’âge, William Friedkin ne cherche qu’à se faire plaisir, à s’amuser et surtout à nous amuser. Si vous n’imaginez pas comment on peut tourner une scène épique à base de fellation et de « chicken wings », ce film vous prouvera que c’est possible. Il réserve comme ça quelques vrais moments de bravoure, plus ou moins autoparodiques, mais toujours tournés de main de maître.

William Friedkin se fait plaisir, mais peut-être quand même un peu trop. En effet, s’il y a un reproche à formuler envers Killer Joe, c’est peut-être un léger manque de rythme avec des scènes un peu trop longues. Ca n’enlève pas beaucoup de plaisir, mais on se dit qu’avec dix minutes de moins, le film aurait été définitivement génial. On n’en est pas passé loin, mais il constitue tout de même une très bonne surprise…

… car très surprenant. En effet, le scénario est tout sauf prévisible. Si le point de départ peut apparaître comme celui d’un film noir très classique, la suite va nous démontrer que Tracy Lets, auteur de la pièce originale et du scénario qui en est tiré, ne manque vraiment pas d’imagination. Le second degré omniprésent permet de contourner tous les poncifs du genre. Jusqu’à la dernière seconde, on ignore totalement où tout cela va nous mener, surtout que William Friedkin arrive toujours parfaitement à brouiller les pistes jusqu’aux derniers instants qui précédent un rebondissement.

killerjoeLe tout est mis en image de manière particulièrement élégante par William Friedkin, qui nous rappelle que sur ce plan, il n’a rien perdu de son immense talent. Il arrive parfaitement à donner une personnalité visuelle à Killer Joe qui sert vraiment son propos. Le travail de photographie nous en dit plus sur ses personnages que les dialogues. Les décors, les costumes, chaque élément de l’image jouent un rôle et nous racontent quelque chose. Bref, c’est du cinéma, du vrai !

Killer Joe nous confirme que Matthew McConaughey est bien l’acteur du moment ! Il éclabousse ce film de sa classe ! On sent une véritable osmose entre la personnalité qu’il insuffle à son personnage et la merveilleuse direction d’acteurs de William Friedkin. Cette dernière permet d’ailleurs à l’ensemble du casting de s’exprimer avec un talent étonnant, notamment Juno Temple et Thomas Haden Church.

Killer Joe s’impose donc comme un des meilleurs films de cette rentrée. Un film qui nous rappelle qui est William Friedkin. Il est des rappels particulièrement salutaires.

Fiche technique :
Réalisation : William Friedkin
Scénario : Tracy Letts d’après sa pièce
Direction artistique : Franco-Giacomo Carbone
Décors : Franco-Giacomo Carbone
Costumes : Peggy A. Schnitzer
Photographie : Caleb Deschanel
Montage : Darrin Navarro
Musique : C.C. Adcock
Durée : 103 minutes

Casting :
Matthew McConaughey : « Killer » Joe Cooper
Emile Hirsch : Chris Smith
Thomas Haden Church : Ansel Smith
Gina Gershon : Sharla
Juno Temple : Dottie Smith

SUPERSTAR : Une idée et puis c’est tout

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superstarafficheIl n’y a que chez Samsung et Apple qu’on pense qu’il est impossible d’avoir la même idée au même moment. C’est pourtant arrivé quelques fois et notamment au cinéma. On y a déjà eu droit avec « Tiens, si je faisais un remake de la Guerre des Boutons » ou encore « Tiens, si je faisais un film moderne autour du personnage de Blanche-Neige ». Le dernier en date a été « Tiens, si je racontais l’histoire d’un gars qui devient célèbre d’un coup sans savoir pourquoi ». Woody Allen l’a eu pour en faire un sketch de son From Roma With Love. Et Xavier Giannoli pour son Superstar.

Martin Kazinski est un célibataire de quarante ans, menant une vie tranquille, travaillant dans une entreprise de recyclage de matériel informatique, au milieu de handicapés, qu’ils considèrent comme sa seule famille. Mais un jour, dans le métro, les gens commencent à lui demander des autographes et à le prendre en photo. Partout où il va, on le reconnaît et il se sent vite traqué et harcelé. Et reste une question… Pourquoi ?

Le meilleur dans Superstar reste son pitch… Tout le reste est par contre beaucoup plus décevant. Xavier Giannoli a clairement raté son film ne sachant pas comment dépasser son idée de base pour nous dire vraiment quelque chose. A chaque fois que le propos semble pouvoir devenir vraiment intéressant, le réalisateur et scénariste semblent tétaniser et fait vite marche arrière, passant à quelque chose de beaucoup plus insipide.

En fait, Superstar tourne constamment en rond. Les variations autour du même thème se succèdent, mais sont mises en scène selon toujours le même schéma. Du coup, on ne voit que répétition, là où on devrait avoir la sensation que l’histoire avance. Cette symétrie est peut-être volontaire, illustrant le cercle vicieux dans lequel est enfermé le personnage. Mais cela donne surtout l’impression d’un manque d’imagination et de profondeur. Le film sonne finalement creux, le potentiel de l’idée de départ étant désespérément sous-exploité.

On s’attache pourtant rapidement aux personnages, que ce soit le héros que la journaliste qui l’accompagne. Mais les évolutions sont trop lentes et trop attendues pour que l’on ne finisse pas par se lasser. On aurait du les quitter à regret, on finit par les quitter avec indifférence. Le film de l’émotion est alors coupé et avec lui disparaît le dernier lien entre l’histoire et le spectateur. L’ennui n’est alors plus très loin.

superstarRestera tout de même de Superstar quelques scènes réussies et des dialogues savoureux. On retiendra notamment un dialogue de sourds entre un patron de chaîne de télévision et le personnage qui lui explique justement qu’il ne veut pas faire de télévision. Or le premier y voit justement un très bon sujet pour une émission de télévision. Mais ces bons moments restent beaucoup trop ponctuels pour vraiment tirer le film vers le haut et nous laisser pleinement un bon souvenir. Cela renforce surtout encore une fois notre impression qu’il y avait vraiment matière à faire un film incomparablement plus intéressant.

L’interprétation n’est pas à blâmer de ce raté. Evidemment, les allergiques à Kad Merad ne se presseront pas pour voir Superstar. L’acteur fait pourtant tout son possible pour donner vie et crédibilité à son personnage. Mais ce dernier tourne trop en rond pour que le jeu de l’acteur ne fasse pas de même. Il n’y avait de toute façon pas matière pour faire mieux. Cécile de France est elle encore une fois étincelante. On remarquera tout de même une maturité nouvelle, soulignée par les quelques rides qui commencent à apparaître. Et oui, tout le monde vieillit.

Au final, Superstar est un film qui sous-exploite totalement son idée de base pour finir par être plutôt médiocre et parfois ennuyeux.

Fiche technique :
Production : Rectangle productions, Studio 37, Wild Bunch, Scope pictures, France 3 Cinéma
Distribution : Wild Bunch distribution
Réalisation : Xavier Giannoli
Scénario : Xavier Giannoli, Marcia Romano, d’après le livre de Serge Joncour
Montage : Célia Lafite-Dupont
Photo : Christophe Beaucarne
Décors : François-Renaud Labarthe
Musique : Mathieu Blanc-Francard
Durée : 112 mn

Casting :
Kad Merad : Martin Kazinski
Cécile de France : Fleur Arnaud
Louis-Do de Lencquesaing : Jean-Baptiste
Cédric Ben Abdallah : Alban
Alberto Sorbelli : Alberto