ASTERIX ET OBELIX : AU SERVICE DE SA MAJESTE : Not so good, not so bad

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asterixetobelixauservicedesamajesteafficheDans l’histoire des bonnes idées que j’ai pu avoir, il y a eu une qui fut particulièrement bonne : ne pas aller voir Asterix aux Jeux Olympiques. En effet, échaudé par un Bronzés 3 qui s’est révélé être avant tout un grand foutage de gueule, j’avais pris la résolution ferme et définitive de ne pas me faire avoir deux fois par les sirènes du marketing. C’est donc avec beaucoup de méfiance que j’ai vu arriver ce quatrième volet, Asterix et Obelix : Au Service de sa Majesté. Mais les critiques plutôt positives m’ont finalement décidé à m’y rendre. Et au final, je ne regrette pas, même s’il y a bien des critiques à formuler.

Jules César a décidé d’écrire lui-même une nouvelle page de sa légende en envahissant ce qui n’est pas encore la Grande-Bretagne. En attaquant à l’heure du thé, il conquière rapidement l’ensemble de la contrée, sauf un village qui résiste. La Reine qui s’y trouve se résout à envoyer son émissaire, Jolithorax, demander de l’aide au village gaulois qui connaît cette même situation depuis des années, grâce à sa fameuse potion magique.

On le sait, une bonne comédie dure 1h30. C’est généralement amplement suffisant et chaque minute en plus est une minute en trop, minant ce qui représente la base du rire en cascade, le rythme. Mais voilà, Asterix et Obelix : Au Service de sa Majesté dure 1h50, soit vingt minutes de trop. Bon, vous me direz, Asterix et Obelix : Mission Cléopâtre faisait exactement la même durée, mais je ne vais pas me laisser démonter par un tel argument. Ce 4ème épisode est sympathique, mais un peu trop poussif pour être totalement réussi.

Asterix et Obelix : Au Service de sa Majesté est drôle, mais par intermittence. Les bonnes idées, les moments potentiellement cultes se retrouve un peu noyés au milieu de longueurs désagréables. Même les scènes les plus réussies auraient pour la plupart gagnées à être légèrement raccourcies. Il faudrait un jour que les réalisateurs de comédies françaises comprennent que l’humour n’est pas une variable cumulative et qu’un effet amusant qui dure longtemps n’en devient pas pour autant hilarant. Enfin globalement, le film se défend et pourra joyeusement égayer une soirée pluvieuse passée devant le petit écran. Par contre, que le film soit à la hauteur du mythe reste un autre problème bien plus délicat.

Asterix et Obelix : Au Service de sa Majesté reste une grosse production et les moyens ont été mis pour qu’il soit visuellement convaincant. Les anachronismes fonctionnent assez bien parce que les décors sont soignés, tout comme les costumes et les effets spéciaux. Bon ces derniers ne sont pas au top de la technologie, mais bien suffisant pour une pure comédie. L’univers visuel respecte celui de la BD sans chercher forcément à coller à 100%. Il s’agit d’une adaptation, on ne peut atteindre le même degré de fidélité qu’avec un dessin-animé.

asterixetobelixauservicedesamajesteAu final, ce qui fait qu’Asterix et Obelix : Au Service de sa Majesté est un film ni bon, ni mauvais reste la performance d’Edouard Baer. Non qu’il ne soit pas bon, cela est impossible. Mais il se retrouve quand même pris entre deux feux. D’un côté, il nous livre son numéro habituel d’ahuri lunaire. Mais de l’autre, il doit bien quand même un minimum respecter un personnage faisant à ce point partie du patrimoine culturel national. Du coup, on sent qu’il joue avec le frein à main et il n’est pas évident qu’au final ce changement de casting constitue vraiment un plus. Au moins, en Otis, il pouvait s’en donner à cœur joie pour notre plus grand bonheur.

Le reste du casting est prestigieux et tout le monde semble s’amuser comme des petits fous. Gérard Depardieu joue quand même particulièrement les crétins. Une second nature peut-être. Fabrice Luchini arrive à ne pas en faire des tonnes en Jules César. Guillaume Galienne parvient lui aussi à ne pas trop cabotiner. Enfin, pas trop… Mais la vraie star des seconds rôles reste Valérie Lemercier, qui ne perd rien de son potentiel comique au fur et à mesure des années.

Asterix et Obelix : Au Service de sa Majesté n’est sûrement pas aussi réussi qu’il aurait pu l’être. On peut disserter sur le sujet ou simplement se contenter de passer tout de même un bon moment devant une comédie distrayante, mais certainement pas mythique.

Fiche technique :
Production : Cinetotal, Fidélité Films, SCOPE Pictures, Film Kairòs, Morena Films, Wild Bunch
Distribution : Wild Bunch Distribution
Réalisation : Laurent Tirard
Scénario : Laurent Tirard, Grégoire Vigneron, d’après les albums de Goscinny et Uderzo
Montage : Valérie Deseine
Photo : Catherine Pujol, Denis Rouden
Décors : Françoise Dupertuis
Musique : Klaus Badelt, Casanova (BB Brunes)
Directeur artistique : Zsuzsanna Borvendég, Lionel Mathis, Étienne Rohde
Durée : 109 mn

Casting :
Edouard Baer : Astérix
Gérard Depardieu : Obélix
Guillaume Gallienne : Jolitorax
Vincent Lacoste : Goudurix
Valérie Lemercier : Miss Macintosh
Fabrice Luchini : Jules César
Catherine Deneuve : Cordelia, la reine d’Angleterre
Charlotte Le Bon : Ophélia
Dany Boon : Teledepiaf

CHUTE A L’AVANT !

lancearmstrong

lancearmstrongCe billet, j’aurais attendu longuement avant de l’écrire. Un attente qui s’est apparentée plutôt à une impatience, tant je n’ai jamais aimé ni l’homme, ni le sportif, tant j’ai appelé de mes vœux cette chute. La déchéance de Lance Armstrong constitue avant tout la fin d’une immense hypocrisie. On savait depuis longtemps tout ce qui nous ai révélé aujourd’hui, même si on mesure peut-être mieux la complexité et la sophistication du système mis en place autour du coureur américain.

Mais maintenant qu’on en est arrivé au point où on savait pertinemment qu’on aboutirait, reste à savoir quoi faire, après avoir fermé les yeux pendant plus d’une décennie. Déjà, espérons que le palmarès de ces 7 Tours de France restera vierge à jamais. Attribuer ces victoires à d’autres coureurs n’aurait aucun sens. Lance Armstrong avait lancé une « course à l’armement » qui a poussé tous ceux qui espéraient le battre vers un dopage inexorable. Un trou de sept années dans le palmarès aurait aussi force de symbole, même si on peut y voir là une nouvelle hypocrisie. Pourquoi ne pas rayer également Bjorn Riis qui a avoué avoir gagné, chargé comme une mule ? Les procédures et la prescription ne le permettent pas paraît-il. De toute façon, le débat serait sans fin car il y a bien d’autres vainqueurs sur lesquels planent de lourdes suspicions.

Cela a pris du temps, trop de temps, mais on ne peut nier que les tricheurs finissent désormais toujours par se faire prendre. Peut-être que cela ne les décourage pas encore tous. Cependant, la lutte contre le dopage a changé de dimension et on ne peut plus tenir le discours comme quoi les tricheurs ont toujours une longueur d’avance. C’est là la vraie bonne nouvelle dans cette affaire ! On ne changera pas la nature humaine de si tôt, mais au moins le sport cycliste a-t-il renoué avec la notion de justice.

Restent les réactions d’anciens champions comme Eddy Merckx, Miguel Indurain ou encore Laurent Jalabert qui n’arrivent pas à condamner aussi fermement qu’il le faudrait, qui continue à nier ce qui ne sont plus des simples supputations. Pour la simple et bonne raison qu’admettre toute la faute de l’Américain devrait les conduire à enfin admettre les leurs. Ils n’y sont pas prêts. A la fois, n’est-ce pas surhumain d’avouer publiquement que l’on est un tricheur, surtout quand on a le sentiment d’avoir autant triché que les autres et qu’on sait que personne ne le prouvera jamais ? Ne leur jetons pas la pierre, après tout, ce ne sont que des hommes…

… et les hommes ont parfois besoin d’un petit remontant pour gravir une montagne…

DANS LA MAISON : Le récit d’un récit qui ignore où il va qui ignore où il va

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danslamaisonafficheAh François Ozon ! Un des réalisateurs les plus brillants du cinéma hexagonal. Un réalisateur qui s’est essayé à des genres très différents, caractéristique assez rare dans notre beau pays pour être soulignée. Il le fait souvent avec bonheur. Mais la perfection n’étant pas de ce monde, il lui arrive aussi d’avoir des légers ratés. C’est à mon sens le cas de Dans la Maison, un film complexe dans lequel François s’est quelque peu perdu.

Monsieur Germain est professeur de français, mais est désespéré par le niveau de ses élèves. Il se prend néanmoins d’affection pour Claude, un jeune garçon de 16 ans, auquel il trouve un vrai potentiel d’écrivain. Ce dernier lui propose une œuvre, sous forme de feuilleton, où il explore la vie de son camarade de classe, Rafa, sa maison, sa famille. Un récit troublant, où la limite entre fiction et réalité est floue, fascinant le professeur qui va alors lui aussi perdre le sens des réalités.

Dans la Maison est un film qui débute pourtant parfaitement bien. La bande-annonce était prometteuse et les premières minutes nous font penser que le résultat va être à la hauteur de nos espérances. Malheureusement, très vite on comprend que François Ozon, après avoir posé ses personnages et son intrigue, a bien du mal à savoir où les mener. S’il entraîne le spectateur sur de fausses pistes, cela semble le plus souvent involontaire. Le tout s’achèvera avec un dénouement loin d’être convaincant, qui démontre bien qu’à ne pas savoir où aller, on ne sait pas très bien où on finit par arriver.

Mais à côté de ça, Dans la Maison est un film excessivement bien réalisé. Excessivement car comme toujours avec François Ozon, on peut être agacé par un léger cabotinage dans la réalisation. Les effets sont nombreux, parfaitement maîtrisés, mais font parfois ressembler ses films à des exercices de style. Cependant, dans ce film, il les utilise vraiment à bon escient pour nous faire partager des éléments de l’intriguer de manière originale et surprenante. Il y a une vraie ambition artistique chez lui, même dans des contextes intimistes, et c’est assez rare dans l’Hexagone pour être souligné et encouragé.

Le flou dans lequel baigne l’intrigue nuit gravement à l’attachement que l’on peut ressentir pour les personnages. Nos sentiments vis-à-vis d’eux sont eux-aussi brouillés, indistincts. Or, Dans la Maison aurait du être un film de personnages. Mais leurs motivations profondes, leurs désirs réels restent trop indéterminés pour qu’on les comprenne. Du coup, il manque à ce film quelque chose qui nous permette de rentrer totalement dans cette histoire.

danslamaisonOn peut cependant reconnaître qu’on ne s’ennuie pas devant Dans la Maison. En effet, malgré tout, on reste motivé par l’envie de connaître où tout cela va nous mener. Alors, certes, la fin est décevante, mais on aura toujours gardé l’espoir qu’il y a réellement un sens à tout ça, qu’il nous échappe pour l’instant, mais qu’il nous sera révélé au final. Ce n’est pas le cas, la déception est grande, mais au moins cela a-t-il préservé un minimum de suspense tout au long du film.

Dans la Maison permet à Fabrice Luchini de faire du Fabrice Luchini. Cela n’a rien d’étonnant quand on connaît l’acteur, mais soulignons tout de même que François Ozon a su le diriger pour éviter l’overdose. De toute façon, les vraies stars de ce film sont les deux adolescents, Ernst Umhaueur et Bastien Ughetto, qui livrent tous deux une performance impressionnante de maturité. Un mot enfin sur une Emmanuelle Seigner qui prouve définitivement qu’elle est mille fois meilleure actrice que sa sœur.

Dans la Maison est donc un film mal maîtrisé. Sans être foncièrement mauvais, il n’arrive à pas concrétiser avec force les promesses qu’il fait naître.

Fiche technique :
Distribution : Mars distribution
Réalisation : François Ozon
Scénario : François ozon, d’après l’oeuvre de Juan Mayorga
Montage : Laure Gardette
Format : Jérôme Alméras
Décors : Arnaud de Moléron
Musique : Philippe Rombi
Costumes : Pascaline Chavanne
Durée : 105 mn

Casting :
Fabrice Luchini : Germain
Ernst Umhauer : Claude
Kristin Scott-Thomas : Jeanne
Emmanuelle Seigner : Esther
Denis Ménochet : le père de Raphael
Bastien Ughetto : Raphael
Jean-François Balmer : le proviseur
Yolande Moreau : les jumelles

SAVAGES : Résurection incomplète

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savagesafficheIl y a des réalisateurs que l’on pense à jamais perdus pour le cinéma. Ainsi, on attend depuis bientôt trente ans la résurrection de Brian de Palma. Mais plus le temps passe, plus on se résigne au fait que cela n’arrivera jamais. Il est bel et bien mort et enterré artistiquement… On se disait la même chose d’Oliver Stone, qui n’avait rien sorti de transcendant depuis JFK en 1991. Bon, j’avoue je n’ai jamais vu Tueurs Nés, mais cela ne repousserait le début de son coma qu’à 1994. Ce n’est pas la moumoute de Colin Farrel dans Alexandre qui nous avait convaincu de son retour à la vie. Par contre ce Savages fait naître en nous les plus grands espoirs !

Ben et Chon produisent paisiblement le meilleur cannabis d’Amérique. Ils mènent leurs affaires sans violence, ou si peu, formant un trio amoureux avec la très jolie Ophélia. Mais la chef d’un des plus grands cartels mexicains décident de s’associer avec eux pour bénéficier de leurs talents uniques. Ils refusent. Mais leurs interlocuteurs sont de ceux qui font des propositions que l’on ne peut justement pas refuser.

On aurait aimé apprécier Savages en se disant que c’est un Oliver Stone un peu mineur, mais vraiment pas déplaisant. Vus les circonstances, on se contentera de dire que si le génie du réalisateur de Platoon n’a pas connu ici une renaissance complète, ce film peut nous faire espérer que cela est encore possible. Il s’agit clairement de son meilleur film depuis vingt ans, mais se situe encore loin d’un Wall Street ou d’un The Doors. Disons que certains passages nous rappellent à quel point Oliver Stone peut se montrer brillant.

En fait, Savages se caractérise par une réalisation imaginative et léchée d’une part et par un scénario qui propose rien de très nouveau d’autre part. Oliver Stone sait tenir une caméra, cela reste incontestable. L’emploi du noir et blanc, le cadrage, la photographie, tout cela démontre un vrai souci artistique. Le film est visuellement très abouti et rend les scènes de violence et de sexe pourtant explicites plaisantes. L’univers du réalisateur a toujours été violent et a toujours cherché à provoquer le spectateur. Mais les temps ont changé depuis Tueurs Nés et rien ici ne vient vraiment choquer outre mesure. A tel point qu’on pourrait même s’en inquiéter.

L’histoire des Savages est faussement original. Certes, il ne suit pas forcément le schéma habituel des films sur le monde de la drogue, mais on n’est jamais vraiment surpris par quoi que ce soit. Il paraît que le roman dont le film est tiré est excellent, mais cela donne une adaptation plaisante mais qui ne procure pas vraiment de quoi s’enthousiasmer. La scène finale constitue le seul moment où le spectateur est quelque pris à contre-pied. Cela permet au moins de rester sur une bonne note. Enfin globalement, l’intrigue est solide et rythmée. On ne s’ennuie pas et c’est au final bien le principal.

En fait Savages aurait du vraiment marquer les esprits par ses personnages. Ils ont tous des caractères bien distincts, à la limite de l’archétype. Ils affichent une vraie personnalité, mais ils leur manquent tous ce petit supplément d’âme qui aurait fait toute la différence. Seul le personnage d’Ophélia, qui sert aussi de narratrice, dégage assez de profondeur pour vraiment nous toucher et nous faire ressentir un véritable sentiment d’attachement. Les autres nous laissent plus froid, nous empêchant ainsi de rentrer totalement dans ce film.

savagesS’il y a un domaine où Oliver Stone a pêché, c’est bien la direction d’acteurs. Le casting est alléchant, surtout pour les méchants, mais ils laissent trop ses comédiens cabotiner. La palme revient à Benicio De Toro qui aurait pu vraiment être génial s’il n’en faisait pas trop. Il en fait trop certes avec son immense talent, mais il en fait trop quand même. Salma Hayeck est elle-aussi quelque peu atteinte du même mal, même si elle a au moins le mérite de nous proposer un registre où on ne l’attendait pas forcément. Par contre, rien à dire sur John Travolta, très professionnel. Les deux personnages principaux manquent un tantinet de charisme malgré la belle gueule de Taylor Kitsch et Arraon Taylor-Johnson. En fait, c’est Blake Lively, qui incarne Ophélia, qui nous apporte la petite touche de charme en plus.

Savages donne plusieurs raisons de se réjouir. Un film quand même globalement réussi, par un réalisateur qu’on ne pensait plus voir à ce niveau… Mais qui a atteint des sommets plus élevés dans sa carrière.

Fiche technique :
Production : Ixtlan, Onda Entertainment, relativity Media
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Oliver Stone
Scénario : Oliver Stone, Shane Salerno, Don Winslow d’après le roman de Don Winslow
Montage : Joe Hutshing, Stuart Levy, Alex Marquez
Photo : Dan Mindel
Décors : Tomas Voth
Musique : Adam Peters
Directeur artistique : Lisa Vasconcellos
Durée : 131 mn

Casting :
Blake Lively : O
Taylor Kitsch : Chon
Aaron Taylor-Johnson : Ben
Benicio Del Toro : Lado
John Travolta : Dennis
Salma Hayek : Elena
Damian Bichir : Alex
Emile Hirsch : Spin

TED : Un ourson qui vous veut du bien

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tedafficheQui n’a jamais parlé à une de ses peluches étant petit… ou étant plus grand aussi d’ailleurs ? Bon, arrivé à un certain âge, on parle plutôt à ses plantes vertes. Mais dans tous les cas, jamais nos interlocuteurs ne nous ont répondu. Pourtant, dieu sait si on l’a souhaité parfois… Imaginons cependant deux secondes que ce désir puisse donner vie à notre ours en peluche… Nous obtenons un film, Ted… qui s’intéresse surtout à ce que l’on peut faire de ce compagnon une fois que l’on est adulte.

Ted et John sont les meilleurs amis du monde depuis que ce dernier à 8 ans. Le premier problème est que le premier est un ours en peluche. Le second est que le jeune garçon a désormais 35 ans et vit une belle histoire d’amour depuis 4 ans avec la sublime Lori. Cependant, elle supporte mal cet encombrant compagnon qui infantilise l’homme de sa vie et le maintien au stade d’éternel adolescent.

Ted est l’exemple type de la bonne idée exploitée de manière incomplète. Le film est drôle, parfois très drôle, parfois très lourd aussi, mais manque de cette petite étincelle de génie qui aurait enflammé le tout. On ne s’ennuie pas, on passe même un bon moment, mais on ressort quelque peu frustré, se disant qu’il y avait mieux à faire. Le film alterne la parodie, le détournement, le politiquement incorrect, sans jamais pour autant aller au bout des choses, comme si par peur d’aller trop loin, les scénaristes étaient restés trop près.

Ted est un film sur la nostalgie et sur la difficulté à renoncer à ces petites choses qui nous ramènent en enfance et qui nous rassurent. Ceci peut être un film culte, comme Flash Gordon, ou bien sûr un ours en peluche vivant, mais ce qui est bien plus rare quand même dans la vraie vie. D’ailleurs, le film propose un certain nombre de clins d’œil et de références, parfois très savoureux, comme ce petit extrait de la musique d’Indiana Jones dans un passage qui nous rappelle une scène culte des Aventuriers de l’Arche Perdu. Cet aspect est plutôt réussi et sympathique.

Ted a un scénario qui aurait pu être vraiment riche. A la fois pure comédie, comédie romantique et même quasi film d’action sur la fin. Mais tous ces aspects demeurent trop superficiels pour vraiment être passionnants. Encore une fois, cette superposition nous préserve de l’ennui, mais nous donne l’impression que parfois le scénario rame quelque peu. En n’osant pas pousser plus loin la psychologie des personnages, les auteurs se sont contentés d’un propos superficiel, sans aucune prise de risque et qui ne restera donc pas dans les mémoires.

tedUn mot enfin sur l’humour… Comme je l’ai dit, c’est vraiment drôle parfois, avec de vrais gags percutants et de vraies trouvailles. Par contre, comme dans toute bonne comédie américaine, Ted est parsemé de quelques moments d’humour scato… Bon ok, je sais que c’est moi qui n’aime particulièrement pas ça, mais tout de même, ils pourraient s’en passer quelques fois.

Ted aurait pu valoir le coup aussi par un Mark Wahlberg totalement à contre-emploi. Mais avouons-le, on ne le sent pas particulièrement à l’aise et son potentiel comique est quand même particulièrement limité, vu son manque cruel d’expressivité. Mila Kunis confirme par contre qu’elle est une des plus charmantes actrices d’Hollywood, un charme à l’opposé du cliché de la blonde typique hollywoodienne. Mais la vraie star de ce film reste bien cet ours en peluche, magnifiquement doublé par Seth McFarlane. Il faut bien avouer que tout ce qui a de l’intérêt dans ce film passe par lui.

Ted est donc un film ni vraiment raté, ni totalement réussi. Un film politiquement incorrect par moment… mais pas tant que ça au final.

Fiche technique :
Production : Universal Pictures International, Media Rights Capital, Fuzzy Door, Bluegrass Films, Smart Entertainment
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Seth MacFarlane
Scénario : Seth MacFarlane, Alec Sulkin, Wellesley Wild
Montage : Jeff freeman
Photo : Michael Barrett
Format : 35mm
Décors : Stephen Lineweaver
Son : Tom Williams
Musique : Walter Murphy
Effets spéciaux : Blair Clark
Durée : 107 mn

Casting :
Mark Wahlberg : John Bennett
Mila Kunis : Lori Collins
Seth Macfarlane : Ted
Joel McHale : Rex
Giovanni Ribisi : Donny
Patrick Stewart : Le narrateur

LES SAVEURS DU PALAIS : L’eau à la bouche

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lessaveursdupalaisafficheLa bouffe et la politique, deux passions bien françaises qui n’attendaient plus qu’une histoire pour être enfin réunies. C’est chose faite avec les Saveurs du Palais, qui rencontre un beau succès en salle… Enfin moins que Taken 2 qui écrase tout cette semaine, ce qui prouve que si les spectateurs avaient bon goût, ça se saurait. Bref, voici un film qui donne l’eau à la bouche du début à la fin et qui provoque une furieuse envie de se mettre derrière ses fourneaux.

Hortense Laborie est une cuisinière réputée vivant dans le Périgord. A sa grande surprise, on lui apprend que le Président Mitterrand lui propose de devenir la chef des cuisines privées de l’Elysée. Un poste qu’elle ne peut évidemment refuser. Mais elle se rendra vite compte que tout le monde n’apprécie pas cette nomination. Du coup, son caractère bien trempé va vite faire des étincelles dans un monde où la simplicité n’est pas de mise, au contraire de ses menus.

Il est difficile de ressortir de Les Saveurs du Palais sans un grand appétit ouvert. Ce film est un très bel hommage à la cuisine, pas forcément la grande, mais la bonne, celle faite de bons produits, d’un rien d’imagination et de beaucoup de savoir faire. Les plats, les recettes défilent pendant une heure et demi et les yeux du spectateur brille d’envie. L’envie d’y goûter bien sûr, mais aussi l’envie de se mettre soit même à concocter d’aussi délicieux morceaux de gastronomie.

Mais la gastronomie n’est que le décor de Les Saveurs du Palais. Un magnifique décor certes, mais qui n’aurait pas justifier à lui seul un long métrage. Le vrai fil rouge de ce film reste le portrait de ce personnage au fort caractère et au bon sens provincial dans ce monde plein de conventions et surtout d’hypocrisie. Un tel sujet aurait pu facilement tomber dans le ramassis de clichés et dans les ficelles comiques grossières. Il n’en est rien, car le tout est traité avec une certaine finesse et une grande intelligence.

Les Saveurs du Palais reste un film léger, mais n’a rien d’une pure comédie. Ce n’est pas non plus un portrait au vitriol des coulisses du pouvoir. C’est au final une histoire presque anecdotique, mais qui en dit long sur notre culture. Un thème qui parle à notre imaginaire, bien au-delà de nos simples papilles. Du coup, on pardonne aisément le léger manque de consistance de ce scénario, raconté en flash-back, procédé qui ici semble avoir pour principal intérêt de donner à cette histoire une durée compatible avec un long métrage. Mais pourtant, jamais on ne s’ennuie.

lessaveursdupalaisEt la politique dans tout cela ? Elle ne constitue pas le cœur de Les Saveurs du Palais. Cependant, le mythe mitterrandien reste tout de même bien présent. L’aura de mystère qui l’a toujours entouré, la fascination qu’il a pu exercer se retrouvent ici, là encore traité sans lourdeur, mais avec beaucoup de déférence. Evidemment, voir ce personnage historique incarné par un homme qui aura passé une bonne partie de sa vie à le combattre. Mais cette idée saugrenue montre bien à quel point l’ancien patron du Figaro ressent un profond respect pour son ancien adversaire.

La star de ce film, niveau casting, n’est pas Jean d’Ormesson qui a cependant la bonne idée de ne pas chercher à imiter Miterrand. Les Saveurs du Palais met en lumière l’immense talent de Catherine Frot. Ceux qui ont été consternés par Associés Contre le Crime seront heureux de retrouver cette merveilleuse actrice au sommet de sa forme, n’ayant aucun soucis pour porter à elle seule le film sur ses épaules.

Les Saveurs du Palais est donc un film très plaisant, simple comme la bonne cuisine. Un film qui vous poussera dans la cuisine aussitôt sorti du cinéma.

Fiche technique :
Production : Armada Films, Vendôme production
Distribution : Wild Bunch distribution
Réalisation : Christian Vincent
Scénario : Christian Vincent, Etienne Comar
Montage : Monica Coleman
Photo : Laurent Dailland
Décors : Patrick Durand
Musique : Gabriel Yared
Durée : 95 mn

Casting :
Catherine Frot : Hortense
Jean d’Ormesson : Le Président
Hippolyte Girardot : David Azoulay
Arthur Dupont : Nicolas Bauvois
Arly Jover : Mary

CAMILLE REDOUBLE : Nostalgie réincarnée

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camilleredoubleafficheJ’ai récemment souligné, à l’occasion de ma critique de The We and The I, la difficulté de parler de l’adolescence au cinéma. Je vais une nouvelle fois disserter sur le sujet en vous parlant de Camille Redouble, un film plutôt réussi, mais qui souffre tout de même des habituels clichés sur cette période si délicate de la vie de chacun. Noémie Lvovsky a sûrement mis beaucoup d’elle dans ce film qui reste quand même globalement touchant.

A 40 ans, Camille voit son grand amour, Eric, qu’elle a rencontré à 16 ans, la quitter pour une femme plus jeune. Alcoolique, actrice plus ou moins ratée, sa vie prend une mauvaise tournure. A l’occasion du Réveillon du Nouvel An, elle retrouve ses vieilles copines de lycée. Sur le chemin, elle entre chez un étrange horloger. Un peu plus tard dans la soirée elle s’évanouira pour se réveiller dans son propre passé, adolescente, juste avant de rencontrer l’homme de sa vie.

Noémie Lvovsky n’est pas la première à utiliser cette idée de réincarnation d’un personnage dans son propre passé. Le synopsis de Camille Redouble ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de Peggy Sue S’est Mariée de Coppola. Mais il serait bien sévère de le lui reprocher, quand le cinéma sait recycler à l’infini les mêmes concepts jusqu’à écœurement. J’ignore quelle est la part d’autobiographie dans ce film, mais la réalisatrice a avant tout voulu nous parler d’une histoire et de sentiments qui la touchent. L’idée de départ ne constitue qu’un prétexte.

Commençons cependant par ce qui fâche un tantinet. Le film nous raconte donc comment une adulte a la « chance » de revivre son adolescence avec toute sa mémoire et son expérience. Mais j’ai trouvé que du coup la vision de cet âge qui est proposée ici est une vision passée sous le filtre de l’adulte, avec beaucoup de raccourcis et d’idées toutes faites très attendues. Il y a une volonté chez Noémie Lvovsky de donner une certaine légèreté à son propos, mais comme trop souvent, cela tourne du coup à la caricature. On s’habituerait presque à cette vision faussée de l’adolescence au cinéma, mais cela continue de me gêner quelque peu.

Le film aborde deux sujets principaux. Tout d’abord, la fatalité. Sommes-nous condamnés à faire toujours les mêmes erreurs ? Si c’était à refaire, aurions-nous forcément la même vie ? Le film apporte une réponse assez subtile et intelligente, sous forme de ni oui, ni non. Cela constitue aussi le fil rouge narratif, en créant un suspense autour de la relation entre Camille et Eric, dont on ignore si elle est inexorable. C’est pour moi l’aspect du film le plus réussi.

L’autre sujet largement traité est le rapport aux parents lors de l’adolescence et les regrets qu’ils peuvent laisser. Là encore, le sujet n’est pas nouveau. Camille Redouble tient là le principal ressort émotionnel. On ne peut qu’admettre que cet aspect est assez touchant et assez bien maîtrisé. Cependant, Noémie Lvovsky ne va pas non plus très loin dans la réflexion. Cette dernière ne se révèle au final pas d’un intérêt immense. Mais au moins, cela ne plombe pas ce film parcouru par une nostalgie légère qui reste tout de même très agréable.

camilleredoubleSi Noémie Lvosky se révèle une réalisatrice imparfaite, au moins est-elle toujours une actrice débordante d’énergie et de spontanéité. Elle offre aux cinémas français d’excellents seconds rôles, alors on est heureux de la voir cette fois-ci en haut de l’affiche. A ses côtés, Samir Guesmi est un peu plus en retrait, pas aidé il est vrai, par un maquillage en adolescent qui rend son personnage comique, même quand il ne devrait pas l’être. Le couple des parents, formés par Yolande Moreau et Michel Vuillermoz, est quant à lui très juste, tout comme Denis Podalydes. Camille Redouble est aussi marquée par des apparitions plus ponctuelles, mais souvent un peu ridicule comme celle de Matthieu Almaric (et oui, je peux dire du mal de lui!) ou encore Jean-Pierre Léaud.

Au final, Camille Redouble est un film sympathique, mais inégal. Les amateurs de douce nostalgie seront par contre ravis.

Fiche technique :
Production : Gaumont, F comme Film, Ciné@, France 2 Cinéma
Réalisation : Noémie Lvovsky
Scénario : Noémie Lvovsky, Maud Ameline, Pierre-Olivier Mattei, Florence Seyvos
Montage : Annette Dutertre
Photo : Jean-Marc Fabre
Décors : Frédéric Lapierre
Distribution : Gaumont distribution
Son : Olivier Mauvezin
Musique : Gaëtan Roussel
Durée : 115 mn

Casting :
Noémie Lvovsky : Camille Vaillant
Samir Guesmi : Eric
Judith Chemla : Josepha
India Hair : Alice
Julia Faure : Louise
Yolande Moreau : la mère
Michel Vuillermoz : le père
Denis Podalydès : Alphonse
Vincent lacoste : Vincent

 

JASON BOURNE : L’HERITAGE : Jason Bourne et le Paic Citron, même combat !

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jasonbournelheritageafficheHollywood nous a prouvé à de nombreuses reprises sa capacité à exploiter jusqu’au dernier centime tous les concepts, tous les personnages, toutes les idées pouvant donner vie à une franchise. Avec Jason Bourne, il nous avait livré une trilogie très réussie (même si personnellement je ne suis pas totalement fan). On pensait que les producteurs allaient s’arrêter là puisque l’histoire semblait bel et bien terminée. Mais le cinéma fait parfois encore plus fort que le Paic Citron dans la logique du « quand y en a plus, y en a encore ! » avec ce Jason Bourne : l’Héritage totalement dénué d’intérêt.

Jason Bourne n’était pas seul. Un programme secret avait donné naissance à plusieurs agents aux capacités artificiellement améliorées. Mais une possibilité de fuite dans la presse pousse les autorités à mettre fin au programme, même si cela signifie éliminer tous les « cobayes » présents sur le terrain. Cependant, l’un d’eux va échapper à la tentative d’assassinat. Et il n’est pas content !

Jason Bourne : l’Héritage ressemble à un mauvais remake de la trilogie initiale. On retrouve le concept de base, l’agent quasi surhumain poursuivi par la meute, mais avec beaucoup moins des à-côtés, notamment la recherche d’identité. Tout cela a perdu toute sa complexité, toute sa profondeur, bref tout son intérêt. On se retrouve face à un film hyper basique, au scénario parfaitement linéaire, où rebondissements et surprises sont totalement absents.

Jason Bourne : l’Héritage a quand même la caractéristique remarquable de citer dans son titre un personnage qui n’apparaît même pas dans le film. C’est à dire à quel point, on compte attirer le spectateur en le trompant sur la marchandise. Aaron Cross n’a pas le début du charisme de son prédécesseur devenu quasi-mythique. A l’image du film, il est lisse, sans aucune originalité et le spectateur n’a aucune raison de le trouver sympathique. Même le début d’humour pince sans rire ne vient pas allumer la moindre flamme dans l’œil du spectateur.

Après, on peut toujours présenter l’éternel même contre-argument pour défendre Jason Bourne : l’Héritage en me posant la question : est-ce que je me suis ennuyé ? La réponse honnête est non, car le film propose une série de scènes d’action spectaculaires et assez bien foutues pour passer tout de même un bon moment. Mais trente secondes après avoir quitté la salle, vous réaliserez à quel point tout cela ne vous a pas marqué et reste incroyablement facilement oubliable.

jasonbournelheritageLe plus inquiétant reste le fait que visiblement, les producteurs ne semblent pas vouloir s’arrêter là et Jason Bourne : l’Héritage semble destiné à faire lui aussi des petits. Mais il est clair que la franchise est déjà complètement à bout de souffle. Le but de cet épisode était de repartir sur des nouvelles bases pour mieux repartir, mais il ne fait en fait que souligner à quel point tout cela sent le réchauffé. Ce côté un peu pathétique gâche un peu le plaisir que l’on aurait pu ressentir devant ce film, s’il ne situait pas dans une lignée aussi prestigieuse.

J’aime beaucoup Jeremy Renner, mais il faut être honnête, il n’a pas le charisme de Matt Damon. Mais on sent bien qu’il donne tout de même le maximum et son professionnalisme très hollywoodien lui permet d’échapper à des reproches immérités. On sera un peu plus sévère avec Edward Norton qui passe deux heures à se gratter le front, pas aider il est vrai par des dialogues obscures dont le seul but est de masquer l’absence de complexité de l’intrigue. Quant à Rachel Weisz, elle fait preuve de son charme habituel, ce qui est déjà pas mal.

Jason Bourne : l’Héritage nous fait aimer Jason Bourne. Mais les vrais, ceux où Jason Bourne est vraiment présent. Pas cette pseudo-suite sans grand intérêt.

Fiche technique :
Production : Relativity Media, Universal Pictures, Kennedy / Marshall, Captivate Entertainment
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Tony Gilroy
Scénario : Tony Gilroy, Dan Gilroy, d’après la série Jason Bourne créée par Robert Ludlum
Montage : John Gilroy
Photo : Robert Elswitt
Décors : Kevin Thompson
Musique : James Newton Howard
Durée : 136 mn

Casting :
Jeremy Renner : Aaron Cross
Rachel Weisz : Dr. Marta Shearing
Edward Norton : Col. Eric Byer
Stacy Keach : Amiral Mark Turso
Ezra Kramer : Scott Glenn
Oscar Isaac : Outcome #3
Louis Ozawa Changchien : Larx #3
Joan Allen : Pam Landy
David Strathairn : Noah Vosen

VOUS N’AVEZ ENCORE RIEN VU : Un amour dévorant

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vousnavezencorerienvuafficheJ’aime bien Alain Resnais. J’apprécie Alain Resnais. J’ai pour Alain Resnais le plus grand respect. Je reconnais à Alain Resnais un grand talent. Mais voilà, je n’adore pas Alain Resnais, je ne l’idôlatre pas, je ne le trouve pas absolument génial. A chaque fois qu’il présente un film à Cannes, toute la critique hexagonale y voit une Palme d’Or injustement non attribuée. Moi j’y vois seulement des films originaux et sympathiques. Vous N’Avez Encore Rien Vu n’a pas échappé à la règle.

Antoine, célèbre dramaturge, vient de se suicider et a demandé à son majordome de rassembler dans sa résidence tous les acteurs qui ont joué précédemment sa plus grande œuvre, Eurydice. Une troupe de jeunes comédiens avait sollicité l’auteur pour la monter et lui avait fait parvenir une représentation filmée. Elle est projetée aux convives afin qu’ils donnent leur accord. Mais à travers le film, ils vont revivre leur propre interprétation.

Vous N’Avez Encore Rien Vu consiste donc en une triple interprétation du même texte, à savoir l’Eurydice de Jean Anouilh. On passe des jeunes comédiens, au couple Azéma-Arditi ou à celui formé par Anne Consigny et Lambert Wilson. Les scènes se succèdent ou parfois même se répètent, nous offrant plusieurs interprétations du même passage. Une idée plutôt originale, qui peut passer pour saugrenue, mais qui finalement fonctionne plutôt bien.

Alain Resnais aime les acteurs, ce n’est pas nouveau. Son œuvre est relativement dépourvu d’effets spéciaux, mais de vraiment moments de liberté d’expression dramatique offerts à ses comédiens. Certes, ils se sont souvent appelés Pierre Arditi et Sabine Azéma, mais bien d’autres ont tourné avec lui. D’ailleurs, le casting de Vous N’Avez Rien Vu montre bien que tourner avec Resnais ne se refuse pas. Il est vrai que ce film constitue une bel hommage à cette merveilleuse profession, puisque le film ne repose que sur le pur talent.

Vous N’Avez Rien Vu n’en reste pas moins avant tout un exercice de style. Un exercice réussi, certes, mais un exercice quand même. On peut trouver le concept génial, surtout que la mise en image est parfaitement maîtrisée. Alain Resnais se fait plaisir, nous fait plaisir, mais l’originalité de la forme ne confère pas à mon sens à ce film le statut de chef d’œuvre dont certains parlent, restant avant tout un divertissement sans beaucoup de fond. Ca éveille la curiosité, mais ça ne passionne pas. On est admiratif, mais cela reste un film que l’on contemple, sans vraiment rentrer dedans.

vousnavezencorerienvuDe plus, il y a quelque chose qui me gène toujours avec Alain Resnais. Il aime les acteurs. Sa fidélité au duo formé par Pierre Arditi et Sabine Azéma est tout à son honneur. Mais au fond, ne les aime-t-il pas un peu trop ? En effet, il les laisse faire ce qu’ils font de mieux, des interprétations que l’on connaît par cœur chez ses acteurs. Il ne les pousse vers aucun retranchement, ne les pousse pas à se dépasser et ne cherche pas à nous surprendre. Bref, il leur offre peut-être une grande liberté, mais sûrement pas les rôles de leur vie. Et dans un film qui repose autant sur ses comédiens, cela constitue forcément une limite.

Après, on peut tout de même apprécier le jeu de tous ses acteurs. Je noterai quand même la performance de Anne Consigny, qui n’est pas du tout écraser par la comparaison avec Sabine Azéma. Elle à la hauteur du charisme de Lambert Wilson et c’est en soi une belle performance. Enfin, je ne peux que souligner le talent immense de Matthieu Almaric. Certes, il fait ce qu’il fait d’habitude, mais c’est tellement génial que l’on en redemande encore et encore.

Vous N’Avez Encore Rien Vu est sans doute le film le plus original de cette année. Un exercice de style réussi et plaisant, mais qui n’a rien d’une Palme d’Or.

Fiche technique :
Production : F comme film, StudioCanal, France 2 Cinéma, Alamode Filmdistribution, Christmas in July
Réalisation : Alain Resnais
Scénario : Laurent Herbiet, Alex Réval, d’après Euridyce et Cher Antoine de Jean Annouilh
Montage : Hervé de Luze
Photo : Eric Gautier
Décors : Jacques Saulnier
Distribution : StudioCanal
Musique : Mark Snow
Durée : 115 mn

Casting :
Sabine Azéma : elle même, Eurydice
Pierre Arditi : lui même, Orphée
Anne Consigny : elle même, Eurydice
Lambert Wilson : lui même, Orphée
Mathieu Amalric : lui même, Monsieur Henri
Michel Piccoli : lui même, le père d’Orphée
Anny Duperey : elle même, la mère d’Eurydice
Denis Podalydès : Antoine d’Anthac
Andrzej Seweryn : Marcelin, le majrodome

CHANTONS SOUS LA PLUIE : Averses éternelles

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chantonsouslapluieafficheIl y a peu, dans ma critique de West Side Story, j’avais qualifié ce dernier de plus grand classique de l’histoire du 7ème art. Mais il est vrai qu’il y a une autre comédie musicale qui pourrait lui contester ce titre. Il s’agit de Chantons sous la Pluie. Un film à la magie intemporelle, produit par un cinéma hollywoodien qui était alors au sommet de son âge d’or. En cette année 1952, cet art n’avait plus rien de nouveau et pouvait parler de lui-même pour écrire une des plus belle page de sa propre légende.

Don Lockwood forme avec Lina Lamont le couple le plus emblématique du cinéma muet. Mais cette année 1927 allait voir arriver un procéder révolutionnaire : le cinéma parlant. S’y adapter n’est pas chose facile, mais le public ne veut plus voir autre chose. Le seul problème est que Lina Lamont a une voix absolument insupportable, tout comme son caractère. Une seule solution, la faire doubler à son insu par la jeune Kathy Selden, dont Don Lockwood est tombé éperdument amoureux.

Chantons sous la Pluie nous a légué quelques airs inoubliables. Tout le monde connaît l’air de Singing in the Rain ou de Make ’em Laugh, même si pour ce dernier, certains croient qu’il s’agit en premier lieu de l’air de la pub pour les matelas Merinos. Mais la légende efface souvent la vérité, car la plupart des chansons ne sont pas des œuvres originales. Les scénaristes ont écrit une histoire dans laquelle ils ont inséré des morceaux déjà existants. Y compris le morceau titre.

Pour continuer dans l’anecdotique, Singing in the Rain n’a pas du tout été considéré à sa sortie comme un chef d’œuvre. D’ailleurs, il n’a pas du tout triomphé aux Oscars. Il ne reçu que deux nominations, mais aucun prix, même pas celui de la meilleure musique, le vainqueur de ce dernier étant Un Refrain Dans Mon Coeur, qui n’a pas connu la même postérité. Comme quoi le destin d’un œuvre se joue parfois dans la durée et bien malin est celui qui saura quelles sont celles qui la mémoire collective retiendra.

Singing in the Rain représente l’apogée du plus grand acteur-danseur de l’histoire du cinéma. Ok, on peut débattre sur le fait que ce titre revient en fait à Fred Astaire, mais Gene Kelly reste tout de même un génie absolu. Pas tant par sa technique de claquettes, mais ce qu’il arrive à faire avec le haut du corps pendant que ses pieds tapent en rythme. Bon, je suis peut-être particulièrement admiratif parce que je ne brille pas par ma dextérité et ma coordination. Mais les passages dansés de ce film restent parmi les plus légendaires.

chantonssouslapuieDe plus, Gene Kelly est loin d’être seul à l’écran. Son compère Donald O’Connor est lui aussi rentré dans la légende, pendant son interprétation de Make em Laugh, grâce à un double salto arrière avec appui sur un mur, qui fascina des générations de cinéphiles, intrigués et curieux de savoir si tout cela a bien été réalisé sans trucage. Cela l’a bien été, le tout filmé dans un plan séquence qui valu à l’acteur une semaine de repos tant il y met d’énergie. Bref, Singing In The Rain représente peut-être l’apogée d’un cinéma hollywoodien qui reposait presque exclusivement sur le talent de ses acteurs et de ses actrices.

Singing In The Rain est une vraie comédie musicale, car il reste avant tout une comédie. Un vaudeville savoureux, assez classique, mais aux personnages inoubliables. On rit plusieurs fois de bon cœur, y compris pendant les numéros musicaux qui rivalisent de loufoquerie. Bien sûr, une belle histoire d’amour est présente. Une romance qui a donné à tous les amoureux du monde l’envie de chanter sous la pluie ! Bref, on ne s’ennuie pas 1h40. Allez, je vous accorde que le morceau Broadway Melody est un peu long, mais c’est bien parce qu’à être trop dithyrambique, on finit par ne plus sembler honnête.

Chantons Sous la Pluie reste et restera longtemps un moment légendaire de cinéma, un film que tout le monde connaît même sans l’avoir vu. Bref, un classique éternel.

Fiche technique :
Réalisation : Stanley Donen et Gene Kelly
Scénario : Betty Comden, Adolph Green
Chansons : Arthur Freed
Musique : Nacio Herb Brown
Direction musicale : Lennie Hayton
Arrangements vocaux : Jeff Alexander
Orchestrations : Wally Heglin, Skip Martin, Conrad Salinger
Chorégraphie : Gene Kelly
Direction artistique : Cedric Gibbons, Randall Duell
Décors : Edwin B. Willis, Jacques Mapes
Costumes : Walter Plunkett
Photographie : Harold Rosson
Effets spéciaux : Warren Newcombe, Irving G.Ries
Montage : Adrienne Fazan
Son : Douglas Shearer
Durée : 103 minutes
Dates de sortie : États-Unis : 27 mars 1952 (première mondiale à New York), 11 avril 1952 (sortie nationale) ; France : 11 septembre 1953

Casting :
Gene Kelly : Donald « Don » Lockwood, vedette du cinéma muet
Donald O’Connor : Cosmo Brown, pianiste et partenaire de Don
Debbie Reynolds : Kathy Selden, chorus girl
Jean Hagen : Lina Lamont, vedette du cinéma muet
Millard Mitchell : R. F. Simpson, président de Monumental Pictures
Cyd Charisse : une danseuse (Broadway Melody)
Douglas Fowley : Roscoe Dexter, réalisateur pour Monumental Pictures
Rita Moreno : Zelda Zanders, dite « la fille Zip », actrice
Madge Blake : Dora Bailey, chroniqueuse mondaine
Dawn Addams : une dame d’honneur
Jimmy Thompson : un chanteur (Beautiful Girl)