AU-DELA DES COLLINES : Grandeur et décadence

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audeladescollinesafficheFaire l’effort de se lever un samedi matin pour être à 10h au cinéma , afin de voir un film roumain absolument pas joyeux de 2h30 peut sembler un comportement proche de la névrose. Mais j’assume totalement mon statut de psychopathe cinématographique. Surtout que le réalisateur, Cristian Mungiu, a une Palme d’Or a son filmographie et Au-delà des Collines, dont il est sujet aujourd’hui, a reçu un double prix d’interprétation féminine et le prix du meilleur scénario lors de la dernière édition de ce même festival. Si je trouve le premier incontestablement mérité, je serai beaucoup plus réservé pour le second.

Alina et Voichita ont grandi ensemble dans un orphelinat en Roumanie. Elles ont été les meilleures amies du monde et beaucoup plus encore. Mais leurs chemins se sont désormais séparés. Quand la première vient rendre visite à la seconde, c’est avec l’espoir de repartir avec elle, en Allemagne où elle vit désormais. Mais son amie est devenue none dans un monastère…

Au-delà des Collines est un grand film… pendant un peu moins de deux heures. Malheureusement, Cristian Mungiu s’engage dans un dénouement beaucoup trop caricatural pour ne pas dire grand-guignolesque. D’un propos subtil, il passe à une situation assez peu crédible et surtout trop extrême pour qu’on puisse vraiment en tirer des conclusions autres qu’anecdotiques. C’est vraiment dommage car le propos aurait mérité un traitement beaucoup mieux maîtrisé de bout en bout.

En effet, pendant deux heures, Au-delà des Collines est une histoire d’amour déchirante. Une histoire d’amour qui ne peut pas vraiment dire son nom, puisque l’un des deux protagonistes a renoncé à ce sentiment, d’autant plus envers quelqu’un du même sexe. Les sentiments transparaissent pourtant dans chaque geste, chaque phrase, faisant ressortir les doutes et les contradictions. De l’autre côté, le film nous montre parfaitement la colère et la frustration qui monte face à une situation qu’Alina considère comme absurde et à laquelle elle ne peut se résoudre.

Le propos d’Au-delà des Collines met également en scène beaucoup d’autres protagonistes qui pendant longtemps jouent un rôle ambivalent et ambiguë. Cela est particulièrement vrai pour le personnage du prêtre qui dirige le couvent, partagé entre la volonté de maintenir son autorité et un altruisme sincère. En fait, tout le film repose sur l’affrontement entre les points de vue et les lectures des évènements. Les personnages vivent objectivement les mêmes évènements, mais ne les vivent de manières si radicalement différentes qu’ils sont confrontés parfois à une abîme d’incompréhension.

audeladescollinesDans Au-delà des Collines, Cristian Mungiu cherche aussi à nous livrer des propos plus direct, comme la dénonciation du poids dans la religion dans la société roumaine ou encore un témoignage sur une certaine forme de misère qui règne en Roumanie. Une chose est sûre, ce film n’a pas été financé par l’office du tourisme local et le tableau de la société de ce pays est relativement sans concession. Mais encore une fois, c’est dommage que tout cela conduise à un final grandiloquent qui décrédibilise largement le reste des idées présentées.

Au-delà des Collines restera tout de même un film nous ayant fait découvrir deux grandes actrices, justement récompensées à Cannes. Cosmina Stratan et Cristina Flutur sont tout simplement bouleversantes d’émotion et de justesse, livrant une prestation vraiment inoubliable qui éclaire l’écran du début jusqu’à la fin. Mais c’est vraiment tout le casting qui est à saluer, avec une mention spéciale pour Valeriu Andriuta et Dana Tapalaga.

Au-delà des Collines est donc un film qui aurait pu être grand, mais qui gâche la portée de son propos par un final trop mal maîtrisé.

Fiche technique :
Production : Mobra films, Why not productions, Les films du fleuve, France 3 cinéma, Mandragora movies
Réalisation : Cristian Mungiu
Scénario : Cristian Mungiu
Montage : Mircea Olteanu
Photo : Oleg Mutu
Décors : Calin Papura, Mihaela Poenaru
Distribution : Le pacte
Son : Cristian Tarnovetchi
Durée : 150 mn

Casting :
Cosmina Stratan : Voichita
Cristina Flutur : Alina
Valeriu Andriuta : Le prêtre
Dana Tapalaga : la mère supérieure

APRES MAI : Oubli immédiat

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apresmaiafficheLes films générationnels peuvent être excellents, mais toucheront plus particulièrement ceux faisant partie de la génération que le réalisateur cherche à dépeindre. Faire revivre l’esprit d’une époque, ce qui animait alors le cœur de la jeunesse n’est pas chose facile. En effet, si la nostalgie est à l’honneur ces derniers temps, on peut vite renvoyer l’image d’un vieux combattant nous livrant l’éternel et exaspérant « c’était mieux avant ! ». Surtout, il faut offrir assez de matière à ceux qui ne pourront ressentir cette nostalgie. Après Mai, le dernier film d’Olivier Assayas, n’arrive malheureusement pas à le faire.

Au début des années 70, Gilles est un lycéen à la fois engagé dans le militantisme d’extrême-gauche et dans l’ambition de devenir peintre. En cette fin d’adolescence, on rêve encore de pouvoir changer radicalement le monde. Mais l’âge adulte n’est plus très loin. Un âge où l’on doit faire des choix pour sa vie personnelle et pour déterminer le chemin qu’on souhaite lui voir prendre.

A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai vu Après Mai depuis un peu plus d’une semaine. J’avoue que j’ai du consulter le programme ciné pour me rappeler ce que j’avais pu aller voir ce soir-là après Rengaine. C’est dire si ce film m’a profondément marqué… Je m’y étais rendu pourtant plein d’espoir, à la lecture des critiques plutôt élogieuses, le définissant comme l’œuvre la plus aboutie d’Olivier Assayas. Personnellement, j’ai surtout vu un film assez peu intéressant et surtout désespérément long.

N’ayant pas connu cette époque et ne m’étant pas vraiment attaché aux personnages, j’avais peu de chances d’aimer Après Mai. Ce film ne m’a tout simplement pas parlé. Je suis resté totalement en dehors de cette histoire qui s’apparente à un roman d’apprentissage. Pourtant la manière dont le passage à l’âge adulte est décrit est vraiment réussie. La manière dont la nécessité de construire sa propre vie nous fait mettre de côté nos envies d’engagement et d’altruisme pouvait constituer une bonne base pour un propos intéressant.

Malheureusement, le propos est noyé dans deux heures de films. Au bout d’une heure et demi, on a l’impression que l’histoire est arrivée à son dénouement. Mais la fin s’étire désespérément, comme si Olivier Assayas essayait de corriger des manques en ajoutant des scènes supplémentaires. La tentative semble un peu désespérée et enfonce beaucoup plus Après Mai qu’il ne le sauve. Surtout, cela prive le film d’une conclusion claire, apportant un sens, une perspective à l’ensemble.

apresmaiLa réalisation d’Olivier Assayas reste sobre. Il n’est certainement pas amateur d’effets visuels spectaculaires et cherche avant tout à mettre en avant ses personnages et l’interprétation de ses acteurs. Mais il pêche surtout par un manque de rythme patent, restant trop souvent dans un contemplatif qui démontre bien que le metteur en scène ne sait pas vraiment où son propos doit aller. Du coup, Après Mai manque cruellement de relief et plonge le spectateur dans une sorte de torpeur intellectuelle.

Les acteurs sont à l’image de Après Mai, sans relief et sans conviction. Proutant, leurs personnages sont censés en avoir, mais cela donne une impression de révoltés de pacotille. Certes le charme de Lola Creton, découvert dans Un Amour de Jeunesse, fonctionne, mais se trouve diluée comme toutes les qualités de ce film. Quant à Clément Metayer, il fait des débuts à l’écran que l’on ne va pas spécialement remarquer.

Après Mai est un film que j’avais déjà oublié. J’ai du m’en rappeler pour écrire cette critique. Il va vite à nouveau sortir de mon esprit.

Fiche technique :
Production : MK2 productions, Vortex, France 3 Cinéma
Distribution : MK2 diffusion
Réalisation : Olivier Assayas
Scénario : Olivier Assayas
Montage : Luc Barnier
Photo : Eric Gautier
Décors : François-Renaud Labarthe
Durée : 122 mn

Casting :
Clément Métayer : Gilles
Lola Creton : Christine
Félix Armand : Alain
Carole Combes : Laure
India Salvor Menuez : Leslie
Hugo Conzelmann : Jean-Pierre
Mathias Renou : Vincent
Léa Rougeron : Maria

RENGAINE : Le underground, c’est quand il y en a trop qu’il y a des problèmes…

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rengaineafficheOn a beaucoup parlé du racisme ces derniers temps dans l’actualité. A côté des discriminations envers les minorités plus ou moins visibles, la notion de racisme anti-blanc a fait couler quelques flots d’encre il y a quelques semaines, comme si c’était un scoop que la connerie était une valeur universellement partagée. Du coup, on en oublie un troisième phénomène, le racisme entre les minorités. C’est le sujet de Rengaine, l’histoire d’un amour plus ou moins impossible entre un noir et une arabe.

Dorcy et Sabrina s’aiment. Ils vivent une relation depuis un moment déjà et décident alors de ce marier. Mais la nouvelle ne va pas plaire aux très nombreux frères de la jeune fille, notamment l’aîné d’entre eux, Slimane. Ce dernier va alerter toute la famille et va envisager les pires extrémités pour empêcher cette union.

Rengaine est un film underground. Mais pour le coup, vraiment underground. En effet, ce film n’a tout simplement pas été produit, mais tourné avec les moyens du bord par Rachid Djaïdani sur une période de 9 ans. Près d’une décennie pour un film de 75 minutes, on mesure là vraiment le côté artisanal de la chose. Après, on peut adopter deux attitudes face à cet état de fait. Soit on considère que seul le résultat compte, soit qu’il faut recontextualiser le film pour le juger équitablement. Mais je crains que, quelque soit la manière dont on aborde ce film, il reste quand même assez moyen.

De mon point de vue, ce qui pêche déjà avant tout de chose, c’est l’intérêt du propos. Une fois que l’on a posé le fait qu’il existe un racisme entre les communautés issues du Maghreb et celles issues d’Afrique Subsaharienne, reste tout de même à développer un peu. Or, en 75 minutes, Rachid Djaïdani n’a pas tellement le temps d’aller plus loin. Surtout qu’il essaye d’introduire d’autres thématiques en parallèle comme la misogynie, l’homophobie et le racisme entre juifs et arabes. Il manque vraiment à ce film une conclusion pour présenter un profond intérêt.

Les intentions restent certes louables. Rengaine essaye de démontrer que tous sont parfois victimes, parfois coupables. Cela aurait pu constituer une base solide pour cette histoire. Mais tout cela reste cruellement superficiel. De plus, les deux personnages de Sabrina et Dorcy sont quand même relativement transparents et les quelques scènes de couple restent largement attendus. Tout le film repose sur la figure de Slimane qui catalyse autour de lui toutes les thématiques et toutes les contradictions. Mais encore une fois, les sujets sont juste effleurés et on entre jamais tout à fait dans cette histoire.

rengaineDu point de vue de la forme, Rengaine souffre évidemment du manque de moyens. Cependant, c’est aussi ça qui lui donne son identité visuelle. Rachid Djaïdani a une manière bien à lui de filmer. Au bout de quinze minutes, j’ai commencé à avoir envie de crier « mais dézoome bordel ! ». En effet, les gros plans plus que serrés sur les acteurs est un effet cinématographique tout ce qu’il y a de plus respectable, mais en abuser à ce point finit par le rendre tout à fait insupportable.

Niveau casting, il ne faut pas s’attendre à de grandes stars. On remarquera surtout (pour ne pas dire uniquement) Slimane Dazi, que l’on avait pu apercevoir dans Un Prophète ou Des Hommes Libres. Il a une gueule comme on dit quand on n’est pas raciste envers les lieux communs. Dommage que la pauvreté de la photographie ne mette pas mieux en valeur son interprétation.

Au final, tous ces défauts finissent par user totalement la sympathie que l’on avait pour ce projet. Le dénouement arrive et la force qu’il aurait du dégager tombe du coup totalement à plat, car le spectateur n’a jamais pu rentrer dans Rengaine. Il ne met donc pas longtemps à en sortir…

Fiche technique :
Réalisation : Rachid Djaïdani
Scénario : Rachid Djaïdani
Image : Rachid Djaïdani, Karim El Dib, Julien Boeuf, Elamine Oumara
Son : Rachid Djaïdani, Nicolas Becker, Margot Testemale, Julien Perez
Montage : Rachid Djaïdani, Svetlana Vaynblat, Julien Boeuf, Karim El Dib, Linda Attab
Musique : Sabrina Hamida, Karim Hamida, Atomik , Pedro LLinares, Aladin Jouni
Production : Rachid Djaïdani
Sociétés de production :Sabrazaï; co-production: les films des tournelles , Arte France Cinéma (coproduction)
Distribution :Haut et court
Pays d’origine : France
Genre : comédie dramatique
Langue : français
Sortie : 14 novembre 2012
Durée : 75 minutes

Casting :
Slimane Dazi : Slimane, le grand frère
Stéphane Soo Mongo : Dorcy
Sabrina Hamida : Sabrina
Nina Morato : Nina

 

 

END OF WATCH : Regard de flic

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endofwatchafficheLes films policiers peuvent nous parler de deux choses. Soit ils se concentrent avant tout sur une enquête, la poursuite d’une meurtrier. Le spectateur se demande alors tout du long qui est le coupable ou bien comment va-t-il être démasqué. Soit ils se concentrent sur le métier de flic, sur son quotidien, les difficultés et les dangers rencontrés et la manière dont l’être humain sous l’uniforme arrive à gérer tout ça. End of Watch fait clairement partie de la deuxième catégorie, puisqu’il essaye même d’épouser la vison, au sens premier du terme, des policiers.

Taylor et Zavala sont deux jeunes officiers de police de Los Angeles qui forment un duo de choc efficace et quelque peu incontrôlable. Mais à force de faire le ménage dans la rue et de se croire invincibles, ils vont attirer les foudres d’un des plus puissants cartels. Au risque de détruire la vie qu’ils tentent tant bien que mal de construire à côté.

End of Watch est principalement filmé en caméra subjective. En effet, nos deux compères sont censés filmer tout ce qu’ils font, ce qui a le don d’énerver passablement leurs collègues et souvent ceux qu’ils interpellent. Le film nous montre le plus souvent ce que voit leur caméra. C’est un subterfuge pour nous faire vraiment épouser la vision des policiers. Mais les voir une bonne partie du film une mini caméra autour du cou, cela n’est pas franchement crédible et on se dit que David Ayer n’avait en fait pas besoin de trouver ce prétexte pour filmer de cette façon. Bon, cela ne gâche pas vraiment le film, mais cela lui donne parfois un petit côté artificiel, surtout quand le réalisateur étend ce même subterfuge aux truands. Bref, à Los Angeles, flics et truands se baladent caméra au poing. Pour un film qui veut nous faire partager le quotidien des flics de manière réaliste, cela chagrine un peu. Sans parler du fait que le style caméra au poing, c’est sympa cinq minutes, mais au bout de deux heures, cela donne parfois plutôt envie de vomir.

Voilà, j’ai fini de dire du mal de End of Watch, car contrairement à ce que peut faire penser le paragraphe précédent, j’ai vraiment aimé ce film. Déjà parce que les deux personnages principaux sont particulièrement réussis et on tombe tout de suite sous le charme. Ils sont sympas, impertinents et le film nous les présente comme des êtres humains, pas comme des super-héros. D’ailleurs, une grande partie du film se déroule dans les moments les plus anodins de leur vie, dans les vestiaires, pendant les moments creux de leur patrouille et aussi simplement en dehors du boulot. Mais c’est dans ces moments-là que les deux compères échangent sur leur vie et leurs sentiments.

endofwatchBien sûr, tout cela est entrecoupé de scènes d’action souvent brèves et percutantes. End of Watch joue beaucoup sur le contraste entre ces moments anodins qui doivent laisser place en quelques secondes aux plus grands dangers. Du coup, on est sur la brèche tout comme eux, nous demandant quand est-ce que la tranquillité va être brisée pour laisser place à une pure décharge d’adrénaline qui pourrait se finir entre quatre planches. C’est sûrement là, plus que dans la manière de filmer, que David Ayer arrive vraiment à être convaincant dans sa démarche. Mais globalement, il arrive à ses fins et on ressort de ce film en ayant l’impression d’avoir assisté à un film policier pas tout à fait comme les autres qui, de plus, propose un dénouement particulièrement réussi.

La très bonne surprise du casting vient de Jake Gyllenhaal. On savait déjà qu’il s’agissait d’un très bon acteur, mais trop souvent cantonné dans des rôles particulièrement lisses. Il est poussé ici dans ses retranchements, mais garde une parfaite maîtrise. A ses côtés, Michael Pena est lui aussi impeccable.

End of Watch est donc un film policier, sur les policiers, mais au point de vue quelque peu original. Point de vue dans tous les sens du terme !

Fiche technique :
Production : Exclusive Media, Crave Films, Jake Gyllenhaal
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : David Ayer
Scénario : David Ayer
Montage : Dody Dorn
Photo : Roman Vasyanov
Musique : David S. Sardy
Durée : 108 mn

Casting :
Jake Gyllenhaal : Officier Taylor
Michael Peña : Officier Zavala
America Ferrera : Officier Orozco
Anna Kendrick : Janet
Natalie Martinez : Mme Zavala
Frank Grillo : Serge
Cody Horn : Officier Davis

AMOUR : Sentiments extrêmes

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amourafficheLes Palmes d’Or divisent souvent critiques et spectateurs. En effet, l’esprit du Festival de Cannes est de récompenser un film qui ne laisse pas indifférent. Personnellement, autant j’ai détesté Oncle Boonme, primé en 2010, autant j’avais succombé devant la beauté de The Tree of Life, ayant remporté le prix suprême l’année dernière. Cette année, le vainqueur, Amour, possède lui aussi ses admirateurs et ses détracteurs. Y compris au sein de moi-même…

Georges et Anne ont un peu plus de 80 ans et profitent de leurs vieux jours. Un matin, elle a une absence de quelques minutes, signe d’une première attaque. D’autres suivront l’enfonçant chaque fois un peu plus dans la paralysie physique puis intellectuelle. Lui, reste à ses côtés et tient la promesse qui lui a faite de la maintenir à domicile. Mais comment supporter voir celle avec qui on a vécu toute son existence sombrer dans un tel déclin de plus en plus humiliant ?

Amour est un film extrêmement fort. Comme à son habitude, Michael Haneke nous offre une oeuvre qui pourrait sembler épurée, mais qui est en fait méticuleusement construits. Encore une fois, il nous montre les évènements d’une manière crue, froide et sans réelle distanciation. On ne voit pas ce film, on y est confronté de manière directe et violente. On ne peut échapper à la déferlante d’émotion et de sentiments qui affluent de manière particulièrement intense.

Pour ces raisons, Amour est un film magnifique. Il nous montre ce que notre société cache encore, alors que le vieillissement de la population rend ce genre de situation de plus en plus fréquente. Seuls le troisième âge bien portant et dynamique a droit de citer dans les médias. Mais on sait que vieillir n’est pas toujours un doux voyage. Alors qu’on parle de beaucoup de la dépendance dans les journaux du fait de son coût qu’il faut désormais financer, on y voit rarement de personnes dépendantes. Tabou d’une époque parfois schizophrénique. Un tabou que cherche à briser Michael Haneke dans une entreprise salutaire. Il s’agit aussi d’une magnifique histoire d’amour, l’amour qui dure toute la vie, malgré tout, jusqu’au bout.

Pour ces raisons, Amour est aussi un film détestable. Encore une fois, Michael Haneke confond cinéma et voyeurisme. Il n’a aucun recul sur son sujet. Il montre certes, mais ne dit rien. Il dérange pour déranger, sans chercher à faire passer le moindre message. Le propos est au final malsain, oubliant de mettre en avant que l’horreur de la situation vient aussi du choix envers et contre tout du maintien à domicile. Les hôpitaux ne sont pas là que pour cacher les malades au reste de la société, mais aussi pour soigner et soulager.

Cette dualité est renforcée par un dénouement qui pousse à son paroxysme ce que véhicule Amour. Il est peu probable que vous entendiez la moindre mouche voler dans la salle à ce moment là. Ce film est de ceux où le silence reste encore pesant lorsque la lumière se rallume. Chaque spectateur est encore KO, incapable de sortir assez vite de l’histoire pour simplement parler à son voisin. Un film qui marque, quelque soit le sentiment qui vous habite après l’avoir vu.

amourCependant, il est une chose qui fait l’unanimité à propos de Amour : la qualité de son interprétation. Pourtant, pendant les premières minutes, le jeu du couple Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva est un peu hésitant, un peu trop théâtral pour du cinéma. Mais au fur et à mesure, ils se mettent à habiter leur personnage, à sublimer leur émotions et à les transmettre avec une force incroyable au spectateur. Deux rôles différents, mais tout aussi difficiles et qui resteront parmi les plus marquants de leurs longues carrières.

Je ne sais donc toujours pas vraiment si Amour est un des plus beaux films que je n’ai jamais vus ou bien un des plus détestables. Mais l’idée même de ce débat montre que nous sommes quand même là devant un grand moment de cinéma qui ne peut laisser personne indifférent.

Fiche technique :
Production : Les films du Losange, XFilmen Wega Film, France 3 Cinéma, ARD Degeto, Canal +
Réalisation : Michael Haneke
Scénario : Michael Haneke
Montage : Monika Willi, Nadine Muse
Photo : Darius Khondji
Décors : Jean-Vincent Puzos
Distribution : Les films du Losange
Son : Guillaume Sciamma, Jean-Pierre Laforce
Durée : 127 mn

Casting :
Jean-Louis Trintignant : Georges
Emmanuelle Riva : Anne
Isabelle Huppert : Eva
Alexandre Tharaud : Alexandre
Ramon Agirre : Le concierge
Rita Blanco : la concierge
William Shimmell : Geoff

FRANKENWEENIE : Tim Burton est immortel

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frankenweenieafficheUn nouveau film de Tim Burton constitue le plus souvent un événement cinématographique majeur. Mais le dernier en date, Frankenweenie, est sorti dans une certaine discrétion. Peut-être parce que le précédent, Dark Shadows, n’était pas non plus terrible, mais plus certainement parce qu’on continue de considérer le cinéma d’animation comme un sous-cinéma. C’est bien dommage car la critique est unanime pour saluer la grande qualité de ce film. Et moi, le premier !

Victor (Frankenstein de son nom de famille évidemment!) est inséparable de son chien Sparky. C’est en fait son seul ami, avec qui il passe des heures au grenier à réaliser des films avec tout ce qui lui tombe sous la main. Son père aimerait pourtant bien qu’il se mette au sport. Il le force à participer à un match de baseball. A la surprise générale, il réussit à envoyer la balle très très loin…. Si loin que Sparky la poursuit et se fait renverser par une voiture. Victor est inconsolable. Mais après un cours de son nouveau professeur de sciences, il décide de faire revenir son compagnon à la vie.

Dans les commentaires qui ont accompagné la sortie de ce film, on a beaucoup parlé de retour aux sources. Il est vrai que l’on retrouve beaucoup des éléments qui ont toujours marqué l’œuvre de Tim Burton. L’aspect gothique, la noirceur bien sûr. Une volonté de dédramatiser la mort aussi certainement. Mais surtout un miroir vers la propre enfance du réalisateur qui fait remonter ici une partie de sa propre histoire. On ne crée pas un cinéma peuplé d’un si grand nombre de gens différents, inadaptés à la sociabilité considérée comme normale, sans s’être soi-même senti à part pendant.

Tim Burton a mis sûrement beaucoup de lui-même dans Frankenweenie. Cela se sent et cela donne une vraie profondeur à cette histoire qui est bien plus qu’une version un peu enfantine du mythe de Frankenstein. Il s’agit d’un film touchant et sincère et au final bien moins enfantin qu’il en a l’air. Ou plutôt, même en tant qu’adultes, ce film parlera à notre part d’enfance qui jamais ne s’éteint, celle qui a peur de la mort, celle qui voudrait vivre une éternelle jeunesse.

A côté de ça, Frankenweenie est aussi un film d’aventures, notamment dans sa dernière partie. C’est sans doute dans ce domaine que le film connaît certaines limites. En effet, cela reste quand même assez naïf et assez basique. Cela reste certes fort sympathique et jamais ennuyeux, mais c’est l’aspect du film qui est le plus enfantin, au mauvais sens du terme. Et ce n’est pas l’ambiance sombre et gothique qui y change grand chose. C’est pourquoi, ce film n’est pas tout à fait au niveau d’un Sleepy Hollow ou d’un Etrange Noel de Monsieur Jack.

Frankenweenie est aussi un régal par son humour typique de Tim Burton. Un humour pas vraiment noir, mais un peu à froid et pince sans rire. Le réalisateur s’amuse aussi à rendre hommage aux grands classiques des genres qu’il affectionne. A Frankenstein avant tout bien sûr (surtout le film de 1931 avec Boris Karlov), mais aussi beaucoup d’autres. Si la voisine de Victor s’appelle Van Helsing, comme le principal adversaire de Dracula, ce n’est pas non plus par hasard.

frankenweenieFrankenweenie brille enfin par sa qualité visuelle. Tim Burton reste Tim Burton, à l’imagination fertile et à la maîtrise artistique parfaite. Le film est vraiment beau. L’image est toujours construite avec minutie, les scènes bénéficient d’une réalisation soignée. Bref, du cinéma, du vrai. Le tout est évidement sublimé par la musique de Danny Elfman. On ne change pas une équipe qui gagne !

Le casting voix est assez anonyme. La voix de Victor a été confié à un acteur de l’âge du personnage. On notera la présence de Martin Short, que l’on a pu apercevoir dans plusieurs séries récemment (How I Met Your Mother, Damages, Weeds…), et surtout de Winona Ryder et Martin Landau dans des seconds rôles.

Frankenweenie n’est certainement pas le meilleur des films de Tim Burton, même en se limitant aux films d’animation. Mais il reste néanmoins un des tous meilleurs de sa catégorie en cette année 2012.

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures, Tim burton Animation Co, Tim Burton Productions
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International France
Réalisation : Tim Burton
Scénario : John August, Lenny Ripps, d’après le court métrage de Tim Burton
Montage : Chris Lebenzon, Mark Solomon
Photo : Peter Sorg
Décors : Rick Heinrichs
Musique : Danny Elfman
Directeur artistique : Tim Browning, Alexandra Walker
Durée : 87 mn

Casting :
Charlie Tahan : Victor Frankenstein
Catherine O’Hara : Mme Frankenstein, la drôle de fille, la prof de sport
Martin Short : Monsieur Frankenstein, Nassor, M. Burgemeister
Martin Landau : M. Rzykruski
Atticus Shaffer : Edgar « E » Gore
Winona Ryder : Elsa Van Helsing

ARGO : Suspense historique

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argoaffichePour créer un suspense insoutenable, on peut choisir de présenter des événement extraordinaires et improbables, mais dont la conjonction nous plonge dans une tension intense. On peut multiplier les fausses pistes, afin de perdre le spectateur. On peut proposer rebondissements sur rebondissements, comme dans la série 24h. Mais lorsqu’on relate des évènements historiques, on ne peut pas non plus trop en faire. Il faut alors être un réalisateur de grand talent. Et Ben Affleck, avec Argo, nous confirme qu’il en est bien un.

1979, l’ambassade des Etats-Unis en Iran est prise d’assaut au cœur de la révolution islamique. 52 employés sont pris en otage. Dans la panique, six autres ont réussi à s’échapper et à se cacher au domicile de l’ambassadeur du Canada. Mais ils savent que s’ils sont découverts, leur sort est très incertain. Un agent de la CIA, spécialiste de l’exfiltration, va alors monter un plan un peu fou pour les faire rentrer au pays. Un plan qui passe par Hollywood.

Argo est une histoire vraie. Après, évidemment, tout est forcément un tantinet romancé. Mais la grande force de ce film et le grand mérite de Ben Affleck sont de se reposer sur des éléments tout à fait plausibles. J’ignore donc si cela s’est vraiment passé comme ça, mais ça aurait pu se passer comme ça. On n’est donc loin d’un film d’espionnage à la James Bond ou un film d’action, où un agent de la CIA multiplie les prouesses physiques pour sauver six otages.

Ben Affleck arrive donc à créer une tension constante à partir de rien, ou pas grand chose. Comme quoi, au cinéma, la forme peut sublimer le fond. Il nous réserve notamment une longue scène finale à l’aéroport de Téhéran, où il arrive à transformer chaque guichet en piège mortel potentiel. Le travail cinématographique est vraiment remarquable. Jamais il ne cherche à enjoliver les choses, à parsemer son récit d’évènements clairement romancés pour renforcer le côté spectaculaire du film. Un choix courageux qui est merveilleusement assumé.

Argo est donc vraiment prenant de la première à la dernière seconde. L’histoire est assez surprenante pour ne pas être cousue de fil blanc. L’intérêt historique est aussi réel, décrivant avec minutie ces évènements qui ont profondément marqué leur époque. Une page de l’histoire américaine qui méritait un grand film. Elle l’a désormais ! La seule petite réserve que je formulerais repose sur le fait que Ben Affleck ne résiste pas, dans son générique de fin, à nous montrer des photos d’archive des vrais protagonistes. C’est vrai que le procédé est sympa, mais il devient vraiment systématique dans les films de ce genre, comme pour apporter la preuve que la reconstitution est bien fidèle.

argoSi Ben Affleck peut définitivement être considéré comme un excellent réalisateur, il n’en reste pas moins aussi un acteur d’exception. On a longtemps ironisé sur son côté bellâtre pour film d’action, mais sa filmographie a depuis prouvé qu’il était bien plus que ça. Nouvelle preuve avec Argo, où il a en plus la tâche toujours délicate de se diriger lui-même. Mais à ses côtés, c’est tout le casting qui est remarquable. D’un côté, les dessous d’Hollywood sont parfaitement incarnés par deux vieux routiers du circuit : John Goodman et Alan Arkin. Mais ce sont surtout les acteurs interprétant les six otages qu’il faut saluer, sans pouvoir en ressortir un plutôt qu’un autre. Enfin, les amateurs d’Alias seront heureux d’apercevoir Victor Garber en ambassadeur du Canada.

Argo est une belle et grande réussite qui place désormais définitivement Ben Affleck dans le haut du panier des réalisateurs hollywoodiens.

Fiche technique :
Production : GK Films, Smokehouse pictures, Warner Bros.
Distribution : Warner Bros Entartainment France
Réalisation : Ben Affleck
Scénario : Chris Terrio, d’après le roman d’Antonio J. menez et l’article de Joshuah Bearman
Montage : William Goldenberg
Photo : Rodrigo Prieto
Décors : Sharon Seymour
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 119 mn

Casting :
Ben Affleck : Tony Mendez
Bryan Cranston : Jack O Donnell
Alan Arkin : Lester Siegel
John Goodman : John Chambers
Victor Garber : Ken Taylor

LOOPER : La seconde où tout bascule

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looperafficheParfois une histoire bascule en quelques secondes. Celles d’un dénouement, d’une conclusion qui va vraiment décider si le tout est convaincant, a un sens ou est tout simplement intéressant. Jouer sur le « mais comment tout cela va-t-il finir ? » permet de garder l’attention du spectateur jusqu’à la fin, mais fait prendre le risque d’une brutale déception qui effacera toutes les qualités de ce qui a précédé. Mais quand la fin est bonne, le film l’est aussi du coup. C’est exactement le cas de Looper, un film de science-fiction sûrement pas révolutionnaire, mais se révèle au final convaincant.

Joe est un looper. Il est chargé par une mafia du futur d’éliminer ceux qu’elle envoie dans le passé pour qu’ils disparaissent à jamais. Un travail grassement payé, mais qui n’a qu’un temps. Un jour, il faut boucler la boucle, tuer son « moi du futur » et profiter des 20 ans qui reste à vivre. Mais au moment de le faire, la main de Joe tremble et son alter-ego du futur s’échappe dans le présent.

Les voyages temporels peuplent la science-fiction depuis Georges Orwell en 1895 et sa Machine à Explorer le Temps. C’est donc un thème largement exploité, pour ne pas dire surexploité, mais qui offre tellement de possibilités que l’imagination humaine n’a pas fini d’y puiser de l’inspiration pour nous livrer encore et encore de nouvelles histoires. Looper se situe donc dans cette grande tradition et si l’idée de base est inédite dans ses détails, le principe général du film est lui assez classique.

Tout se joue donc sur la fin. Heureusement, le dernier rebondissement est à la fois inattendu et convaincant. Il fait définitivement basculer le film du côté de la réussite et donne une toute autre ampleur au scénario. On tient là une bonne histoire, du début à la fin, qui nous tient plus en curiosité qu’en haleine, mais qui en tout cas, nous maintient loin de l’ennui et suscite même chez le spectateur un réel intérêt et une vraie impatience de connaître le dénouement.

Sans cela Looper aurait été vraiment raté, car c’est avant tout sur son scénario qu’il repose. On se situe dans un futur très proche. Du coup, rien de très spectaculaire niveau progrès technologiques ou anticipation de nos futurs modes de vie. Le scénario alterne scènes d’action et avancées de l’intrigue, mais ne tombe jamais dans la surenchère visuelle. On est plus dans l’ambiance d’un film noir, et certainement pas dans un space-opera. Le voyage temporel est un prétexte pour développer une histoire complexe et faire vivre des personnages, pas simplement contenter les amateurs de science-fiction pure et dure.

looperLa réalisation est donc plutôt sobre et totalement au service de l’histoire. C’est là que réside la principale limite de Looper qui ne dépasse pas à cause de cela le stade de divertissement très réussi. Il n’y a pas là matière à film culte, comme Blade Runner ou Minority Report. Il lui manque un brin d’esthétisme qui aurait pu pourtant coller avec l’ambiance parfois assez sombre. Mais ceci n’est qu’un léger regret car, encore une fois, on est assez pris dans l’histoire tout au long du film pour ne pas penser à tout ça et pour que le plaisir ne soit en rien gâché.

Le casting est très professionnel. Aussi bien Bruce Willis, que Joseph Gordon-Levitt et Emily Blunt s’acquitte de leur rôle de manière convaincante, sans y mettre cependant trop de génie. Mais là aussi, c’est aussi avant tout parce que c’est l’intrigue qui compte avant tout et la sobriété de leur jeu leur permet simplement d’être au service de l’histoire et c’est sans doute mieux comme ça.

Au final Looper restera un des bons moments de science-fiction de cette année 2012. Il ne restera peut-être pas à jamais dans les annales du genre, mais prouve que les voyages dans le temps ont de quoi nous réserver encore bien d’autres bons moments.

Fiche technique :
Production : DMG Entertainment, Endgame, FilmDistrict, Ram Bergman productions
Distribution : SND
Réalisation : Rian Johnson
Scénario : Rian Johnson
Montage : Bob Ducsay
Photo : Steve Yedlin
Décors : Ed Verreaux
Musique : Nathan Johnson
Durée : 110 mn

Casting :
Joseph Gordon-Levitt : Joe
Bruce Willis : Joe, plus vieux
Emily Blunt : Sara
Paul Dano : Seth
Noah Segan : Kid Blue
Piper Perabo : Suzie
Jeff Daniels : Abe
Qing Xu : la femme de Joe

LE JOUR DES CORNEILLES : Cocorico !

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lejourdescorneillesafficheL’animation française s’est toujours démarquée par une certaine ambition et surtout un refus d’être cantonnée aux bonnes attentions sirupeuses à la Disney. Nos petites têtes blondes ont droit ainsi à autre chose que des gentils très gentils et des méchants très méchants. Le beau succès du dernier Kirikou montre que ce genre possède bien son public dans notre pays et ce grâce à ses qualités. Une nouvelle preuve est fournie par la très grande qualité de Le Jour des Corneilles, qui séduira petits (enfin pas trop quand même) et grands.

Une jeune garçon vit seul dans la forêt avec son père. Il ne peut en sortir sous peine de disparaître à jamais lui dit-on. Il mène une vie dure, sous les ordres de son géniteur qui lui prodigue plus d’ordres que d’affection, sans même parler de compliments. Ses seuls compagnons sont des personnages muets à tête d’animaux. Parmi eux, sa mère, auprès de laquelle il recherche souvent le réconfort. Un jour son père se blesse et se retrouve inconscient. Cherchant de l’aide auprès de ses amis, il se voit conseiller quelque chose qui lui semblait jusqu’à présent inconcevable : aller chercher de l’aide en dehors de la forêt.

Le Jour des Corneilles est un film très riche, que l’on peut rattacher à bien des références : Princesse Mononoke, le Village, Tu Seras Mon Fils… Bref un mélange de thématiques et d’idées pas forcément hyper originales, mais que l’on ne s’attendait pas forcément à voir associées, surtout dans un film d’animation. Si le ton a un côté enfantin, beaucoup de sujets abordés pourraient l’être dans des œuvres pour adultes. Ceci est tout à fait compréhensible quand on sait que le roman dont le film est tiré ne s’adresse pas spécialement aux enfants.

Le rapport père-fils, la mort, voilà des sujets que l’on ne voit que rarement chez Disney. Mais le Jour des Corneilles a la bonne idée de prendre les enfants pour des spectateurs comme les autres, capables de comprendre les choses de la vraie vie vraie. Certes, l’intrigue n’est pas spécialement complexe et certains personnages ont une psychologie guère subtile. Mais le tout possède quand même une épaisseur que pourrait lui envier bien des longs métrages pour adultes, tournés avec de vrais acteurs. Bref, ce film est familial, mais sans aucune connotation négative.

Le Jour des Corneilles mêlent donc avec beaucoup de bonheur le rire et les larmes. Il n’y a pas à proprement parler de gags, mais les possibilités offertes par l’animation sont utilisées pour insuffler de la fantaisie et de l’imagination. Les lois de la physique sont presque respectées, même si quelques bons entre les arbres ne seraient guère possibles dans le monde réel. Les aspects plus dramatiques ne traumatiseront pas outre mesure les plus sensibles de nos petites têtes blondes, mais procurent à cette histoire une vraie force et surtout un réel intérêt, même pour un public adulte.

lejourdescorneillesLe Jour des Corneilles se démarque aussi grâce à un graphisme vraiment superbe. Il allie une animation fluide (mais pas totalement parfaite) avec une vrai personnalité graphique. Cela n’a pas la froideur de l’image de synthèse. Il s’agit de vrais dessins d’artiste, ce qui donne une vrai chaleur à ce film d’animation qui n’est pas rétro, mais tout simplement beau. A ce niveau là, seul un Miyazaki peut rivaliser !

Le casting voix est très prestigieux avec un trio Jean Réno, Laurant Deutsch, Isabelle Carré qui s’acquitte de sa tâche avec application et talent. Mais la petite touche d’émotion vient de la présence du très regretté Claude Chabrol qui offre là peut-être sa dernière contribution au cinéma français.

Le Jour des Corneilles est sans doute le meilleur film d’animation de l’année. Et il vient de chez nous ! Cocorico !

Fiche technique :
Production : Finalement, Max films, Melusine Productions, Walking the dog, Folimage, Je Suis Bien Content, uFilm, Gebeka films
Distribution : Gebeka Films
Réalisation : Jean-Christophe dessaint
Scénario : Amandine Taffin, d’après l’oeuvre de Jean-François Beauchemin
Montage : Opportune Taffin
Décors : Pascal Gerard
Son : Loïc Prian, Damien Boitel
Musique : Simon Leclerc
Directeur artistique : Patrice Suau
Durée : 96 mn

Casting :
Jean Réno : le père Courge
Lorànt Deutsch : le fils Courge
Isabelle Carré : Manon
Claude Chabrol : le docteur
Bruno Poladylès : l infirmer, le vieux Ronce
Chantal Neuwirth : la vieille Ronce

SKYFALL : James Bond est éternel

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skyfallafficheJ’ai régulièrement introduit des critiques ces derniers temps en parlant de la difficulté de relancer une franchise pour un troisième épisode. Alors que dire d’une franchise qui affiche 50 ans au compteur et qui en est à son 23ème épisode. Mais voilà, James Bond n’est pas une franchise comme les autres. Ou plutôt c’est la franchise qui a crée un mythe, une légende qui dépasse largement le cadre du 7ème art. Un personnage éternel qui confirme avec ce merveilleux Skyfall qu’il sait se réinventer encore et encore.

En mission à Istanbul, James Bond est à la poursuite d’un tueur qui vient de dérober un disque dur sur lequel se trouve le nom de tous les agents occidentaux infiltrés dans une organisation terroriste. Les deux hommes finissent par se battre sur le toit d’un train. La coéquipière de 007 les a en ligne de mire, mais le tir n’est pas sûr. M lui ordonne alors de faire feu quand même. Malheureusement, c’est Bond qui est touché…

Voilà, je vous ai raconté ce qui se passe avant le générique et c’est tout. De toute façon, dans un James Bond, il ne faut jamais aller au-delà, sinon on gâche le plaisir. Et encore plus dans Skyfall qui n’est certainement pas un épisode comme les autres. Pas simplement parce que c’est un des meilleurs de l’histoire. Non, parce qu’il est foncièrement différent, parce qu’il nous raconte autre chose, tout en étant celui qui fait renaître toutes les traditions le plus anciennes.

Avec Casino Royale, James Bond était reparti de zéro et cela avait apporté un vrai vent de fraîcheur et de renouveau. On nous racontait en quelque sorte comment James Bond avant James Bond. Mais Quantum of Solace qui a suivi s’est montré profondément décevant, preuve que le processus n’était pas arrivé à son terme. Alors, les auteurs ont remis le fer sur l’ouvrage et on donné naissance à Skyfall, le premier James Bond qui nous parle de qui est cet homme sous le smoking d’agent secret. Ce film n’est rien une analyse psychologique profonde, mais enfin, après 23 films, on nous fait découvrir ce qu’il y a derrière ce vernis de perfection. Pour la première fois, on ne fait pas que l’admirer, mais on le comprend. Sans rien dévoiler de la fin, cette dernière nous laisse avec la sensation que, oui, cette fois, James Bond est bien de nouveau James Bond. D’ailleurs, les amateurs de 007 remarqueront la caractéristique que partage Casino Royale et Skyfall quant à leurs génériques, détail particulièrement révélateur !

Bien sûr, entre temps, il y a un film d’espionnage. Si James Bond a toujours été plutôt proche du film d’action spectaculaire, avec moult poursuites, fusillades, cascades et autres gadgets. Cette fois-ci, c’est plutôt du film noir que Skyfall se rapproche. On n’est pas tout à fait dans du John Le Carré, mais presque. Le choix de Sam Mendes à la réalisation, pas vraiment un habitué des films d’action, pouvait surprendre, mais il prend finalement tout son sen. Encore une fois, les personnages prennent ici le pas sur les péripéties. Mais rassurez-vous, vous en aurez tout de même votre ration de grand spectacle avec un final particulièrement réussi. Cependant, la franchise a définitivement tourné le dos à la surenchère qui a caractérisée les années Brosnan et qui s’était achevé avec une voiture invisible. Il y a un vrai retour au sources, une réinvention de la mythologie, une exploration de son origine. Et dieu que c’est bon !

skyfallCette fois, promis, je ne médirai plus jamais sur Daniel Craig. Certes, il est blond… mais il est James Bond, définitivement… Skyfall, par la nature même de ce film, le fait incarner le personnage comme Sean Connery n’a jamais eu l’occasion de le faire. Il n’est pas que le justicier, que le super espion, mais il est aussi l’homme, ce qui lui confère une dimension supplémentaire. En face de lui, un Javier Barden dont le rôle est au final presque secondaire, mais qui nous offre une des scènes les plus mémorables de la saga, avec un dialogue que l’on aurait certainement pas entendu dans les années 60. Quant aux James Bond Girls, celles de ce film ne rentreront certainement pas dans la légende. Un James Bond pas comme les autres, on vous dit…

James Bond est donc toujours là et bien là ! Skyfall nous fait même penser qu’il est plus jeune que jamais, avec ce film surprenant qui, après 50 ans d’admiration, nous fait enfin aimer l’agent 007.

Fiche technique :
Production : Eon Productions, MGM, Sony Pictures Entertainment
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Sam Mendes
Scénario : Neal Purvis, Robert Wade, John Logan
Montage : Stuart Baird
Photo : Roger Deakins
Décors : Dennis Gassner
Musique : Thomas Newman, chanson : Adèle
Durée : 143 mn

Casting :
Daniel Craig : James Bond
Judi Dench : M
Javier Bardem : Silva
Ralph Fiennes : Gareth Mallory
Naomie Harris : Eve
Bérénice Marlohe : Séverine
Ben Whishaw : Q
Albert Finney : Kincade
Ola Rapace : Patrice