LES MONDES DE RALPH : Nostalgique du pixel

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lesmondesderalphafficheDeuxième prétendant au titre de film d’animation de cette fin d’année, Les Mondes de Ralph. Si le premier, Les Cinq Légendes, était sympathique et distrayant, celui-là est une taille nettement au-dessus. Parce qu’il saura parler aussi bien aux plus jeunes évidemment, mais aussi à leurs parents, surtout si ces derniers ont découvert les jeux vidéos dans les années 80 et 90.

La nuit, dans une salle d’arcade, tous les personnages des jeux vidéos vivent leur vie. Parmi eux, Ralph, le méchant d’une borne vieille de près de 30 ans. Il suit avec d’autres une thérapie pour accepter son rôle de vilain. Mais au fond de lui, il rêve d’être un héros et d’être enfin accepté par les autres acteurs du jeu dans lequel il évolue. Il se décide alors de prendre son destin en main et de commettre un acte interdit : quitter son jeu pour évoluer dans un autre qui lui apportera gloire et reconnaissance.

La nuit, Ralph se rend au bar du serveur central, où tous les personnages peuvent se retrouver une fois la salle fermée… Un bar tenu par Tapper… Alors là évidemment, pour la plupart des gens, cela n’évoque pas grand chose. Mais les quelques uns, qui ont, comme moi, joué pendant des heures sur leur Commodore 64, leur Atari ou leur Amstrad à ce jeu où il fallait servir des bières à des clients de plus en plus nombreux et pressés, ressentiront une bouffée de nostalgie très agréable. J’avais 8 ans et je trouvais ça génial !

Les Mondes de Ralph est plein de ces petites références. Certaines sont plus actuelles, avec la présence de Ken et Ryu de Street Fighter II et les inévitables Mario, Luigi et Bowser. Une multitude de clins d’œil à la culture vidéoludique… mais pas trop non plus ! En effet, la grande force de ce film, à mon sens, c’est d’avoir su éviter de se transformer en une usine à références pour nostalgiques. Elles apportent un vrai plus pour ceux qui savent les saisir, mais ne constituent que des détails accessoires. Ceux qui passent leur journée à regarder les vidéo du Joueur du Grenier trouveront peut-être cet aspect un peu trop léger, mais je crois que l’équilibre trouvé est le bon pour séduire le plus large public possible.

Car si j’ai vraiment adoré Les Mondes de Ralph, c’est avant tout parce qu’il nous propose un rythme soutenu d’aventures, d’action et d’humour. Rien de bien révolutionnaire, mais des péripéties variées et nombreuses. Bien sûr, tout cela est parfois un peu cousu de fil blanc et peuplé de bons sentiments. Cependant, ce film possède ce petit rien de second degré qui manquait notamment à Les Cinq Légendes. On retrouve ce qui a toujours fait le succès de Pixar, c’est à dire des histoires accessibles aux enfants, mais qui ne le prennent pas pour des crétins et qui peuvent ainsi aussi plaire au plus grands. Bien sûr le message sur « c’est bien d’être différent » sent peut-être un peu le réchauffé, mais je le trouve toujours plus sain que la célébration de la norme et de l’ordre que propose parfois le cinéma.

Pour moi, la plus grande force de Les Mondes de Ralph reste ses personnage incroyablement attachants. Ils possèdent chacun leur personnalité propre, sans être pour autant des archétypes. Ou plutôt si, des archétypes de héros (ou méchants) de jeux vidéos, mais pour lesquels on découvrirait qui ils sont vraiment une fois qu’ils rentrent à la maison après leur mission. Le tout fonctionne très bien, ce qui permet au spectateur de rentrer au cœur de l’histoire dès les premières minutes pour ne plus jamais en sortir.

lesmondesderalphVisuellement, les Mondes de Ralph est particulièrement réussi. En effet, au-delà de la technique pure et simple, les auteurs ont réussi à réunir en un seul univers cohérent des personnages et des éléments graphiques très différents à la base. Intégrer des « pixels » venus de 30 d’histoire des jeux vidéos dans un seul et même décor a du demandé une bonne dose d’imagination et surtout beaucoup de talents.

Le casting voix est sympa, avec John C. Reilly qui retrouve en dessin les rôles de brave type que l’on regarde avec un rien de condescendance qu’il incarne d’habitude en chair et en os. On soulignera aussi la performance de Sarah Silverman, une humoriste américaine qui arrive vraiment à donner un supplément d’âme au personnage qu’elle double.

Les Mondes de Ralph est un film qui séduira à coup sûr les nostalgiques. Mais les autres pourront tout à fait eux aussi apprécier ses aventures menées avec humour et entrain.

Fiche technique :
Production : Walt Disney Animation Studios
Distribution : The Walt Disney Company France
Réalisation : Rich Moore
Scénario : Phil Johnston, Jennifer Lee
Montage : William J. Caparella
Musique : Henry Jackman, Randy Newman
Effets spéciaux : Cesar Velazquez
Directeur artistique : Mike Gabriel, Jean-Marc Pannetier
Durée : 101 mn

Casting :
Sarah Silverman : Vanellope
John C. Reilly : Ralph

COGAN : KILLING THEM SOFTLY : Pâle copie

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coganafficheOn peut être considéré comme un grand réalisateur lorsque l’on devient une source d’inspiration pour les autres. Si on suit cette définition, alors Quentin Tarantino est un immense réalisateur. Bon, de mon point de vue, quelque soit la définition choisie, on pourrait de toute façon lui coller ce qualificatif. Mais là n’est pas le débat. Je suis ici pour vous parler de Cogan : Killing Them Softly, largement inspiré du cinéma de l’auteur de Pulp Fiction. Largement, si ce n’est trop ?

Trois truands décident de monter le braquage d’une salle de jeux appartenant à la mafia. Mais leur manque de professionnalisme va vite conduire l’organisation criminelle à connaître leur identité. Elle charge alors Cogan d’éliminer les trois fautifs et le tenancier du tripot. Il tente d’abord de sous-traiter de le contrat, avant de devoir se résigner à œuvrer lui-même.

Le premier problème de Cogan : Killing Them Softly est qu’il ne fait pas que s’inspirer de Quentin Tarantino. Andrew Dominic, qu’on avait connu plus inspiré dans l’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, copie, imite, plagie… Bref, il essaye de faire du Tarantino dans chaque millimètre carrée de pellicule. Le problème est qu’Andrew Dominic n’est pas Quentin Tarantino, alors le résultat est beaucoup moins bon que l’original, sans avoir la moindre parcelle de personnalité propre. Bref, cela manque franchement d’intérêt.

Le second problème, qui vient amplifier le premier, vient d’un scénario tellement minimaliste qu’on ne voit pas vraiment en quoi il est censé allumer chez le spectateur la moindre lueur d’intérêt. Le synopsis que je vous ai livré résume 80% de Cogan : Killing Them Soflty. Les 20% restants consistent en l’assassinat de quatre pauvres types par un professionnel efficace. Bonjour le suspense ! Evidemment, Andrew Dominic pensait nous charmer par ses longs dialogues, ce qui font le charme du cinéma de Tarantino… quand Tarantino est derrière la caméra.

Il ne reste plus qu’à Cogan : Killing Them Softly sa réalisation. Adrew Dominic garde quand même un sens de l’image de la composition aiguisé. Il nous livre donc un beau film, au-delà de son manque total d’intérêt. Evidemment, c’est loin d’être suffisant pour empêcher le spectateur de s’ennuyer ferme en attendant que le film commence vraiment, ce qui n’arrive malheureusement jamais. Le plaisir des yeux certes,  mais si on s’assoupit, on n’en profite guère…

coganIl est vrai qu’il est toujours injuste de faire la critique d’une œuvre en la comparant à une autre, surtout quand cette dernière est un pure chef d’œuvre. Mais Cogan : Killing Them Softly rappelle vraiment trop le cinéma de Tarantino pour que je puisse l’éviter. Le problème, c’est que dans le cinéma de ce dernier, les longues discutions sont suivies de moments de bruit et de fureur et tout l’intérêt est dans le contraste entre ces deux ambiances qui se succèdent soudainement. Ici, il n’y a rien qui succède au bavardage, sinon un total désintérêt.

Adrew Dominic a gâché un très beau casting avec comme tête d’affiche Brad Pitt. Ce dernier éclabousse Cogan : Killing Them Softly de sa classe, mais ce n’est pas suffisant pour le sauver. On appréciera également l’apparition de John Goodman en tueur décadent et celle du trop rare Ray Llota, qui ne se remettra visiblement jamais tout à fait de son rôle dans les Affranchis. Un mot enfin sur Richard Jenkins, éternel second rôle hollywoodien, mais je trouve toujours génial.

Cogan : Killing Them Soflty est donc une pâle copie de Tarantino, confirmant l’adage qui veut que rien ne vaut jamais l’original.

Fiche technique :
Production : Inferno, Annapurna Pictures, 1984 Private Defense, Plan B, Chockstone Pictures
Réalisation : Andrew Dominik
Scénario : Andrew Dominik, d’après le roman de George V. Higgins
Montage : Brian A. Kates
Photo : Greig Fraser
Décors : Patricia Norris
Distribution : Metropolitan FilmExport
Durée : 98 min

Casting :
Brad Pitt : Jackie
Scoot McNairy : Frankie
Ben Mendelsohn : Russell
James Gandolfini : Mickey
Richard Jenkins : le médiateur
Ray Liotta : Markie Trattman
Sam Shepard : Dillon
Vincent Curatola : Johnny Amato

LES CINQ LEGENDES : Froidement efficace

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lescinqlegendesafficheL’approche des Fêtes est toujours l’occasion de voir sortir sur nos écrans les traditionnels films d’animation où nous pourrons emmener nos chères têtes blondes pendant les vacances de Noël. Cette année, ça se joue avant tout entre Les Cinq Légendes et Les Mondes de Ralph. J’ai vu les deux et le vainqueur est… Ah non, un peu de suspense encore ! Commençons donc pas disserter sur le premier.

Le Croquemitaine est de retour et cherche à semer la peur chez tous les enfants. Face à lui se dressent les quatre gardiens : le Père Noël, le Marchand de Sable, la Fée des Dents et le Lapin de Pâques. Ils devront cette fois-ci demander l’aide de Jack Frost, un adolescent qui amène avec lui l’hiver et qui n’est donc pas spécialement populaire dans l’imaginaire collectif.

Pour résumer Les Cinq Légendes en deux mots, je choisirais gentillet mais distrayant. Gentillet parce qu’assez enfantin et, il est vrai, relativement dépourvu de second degré destiné aux adultes. On peut regretter un manque d’ironie et de recul, qui démontre une volonté de cibler uniquement un public très jeune. Ou du moins de s’adresser qu’à l’enfant qui dort en chacun de nous. On tient là clairement une des plus grandes limites du film, qui ne restera pas forcément dans une postérité éternelle.

Mais distrayant aussi car l’histoire est rythmée et pleine d’action. Certes, le scénario est tout sauf complexe et les rebondissements restent quelque peu limités. On passe du Monde du Père Noël, à celui du Marchand de Sable, puis à celui de la Fée des Dents pour finir chez le Lapin de Pâques en suivant toujours le même principe, ce qui donne au tout un côté un peu artificiel. Les auteurs voulaient nous montrer tous ces mondes, alors ils ont fait le nécessaire pour y parvenir sans forcément creuser très loin dans leur imagination.

Cependant, comme le rythme est là, on ne s’ennuie jamais. Le manque d’intérêt des transitions n’enlève rien au plaisir que l’on ressent dans les longues séquences beaucoup plus spectaculaires. A la fois, on est venu avant tout pour ça, pas pour la complexité de l’intrigue. Et de ce point de vue, Les Cinq Légendes nous en donne vraiment pour son argent, à la fois en quantité et en qualité. Rien de révolutionnaire certes, mais l’idée de base est plutôt sympathique et on se surprend à ressentir un certain enthousiasme et une certaine excitation enfantins par moments.

L’humour est aussi une composante importante de Les Cinq Légendes. Là encore, on pourra déplorer un manque évident de second degré. Je retiendrai surtout le moment où la Fée des Dents croise la Petite Souris et dit « c’est notre concurrent européen »… Bon si ça ne fait pas rire, au moins cela nous donne un petit cours sur les différences culturelles… A côté de ça, le film échappe presque aux bons sentiments, même s’il flirte un peu constamment avec le mièvre. Comme d’habitude, sur la fin, ça dérape un peu, mais sans non plus nous donner l’impression d’être tombé dans un pot de miel bien gluant.

lescinqlegendesVisuellement, Cinq Légendes est plaisant. L’animation est fluide, mais existe-t-il encore des films d’animation où elle ne l’est pas ? Les personnages principaux et secondaires ont un look sympathique qui contribue à les rendre attachants. Là encore, rien de vraiment inoubliable, ni de terriblement imaginatif. Mais au moins, c’est efficace et cela atteint son but.

Le casting voix de Les Cinq Légendes est assez prestigieux, avec comme tête d’affiche, le méchant doublé par Jude Law. Bon, je connais des jeunes filles qui se réjouiront surtout à l’écoute de la voix de mâle viril de Hugh Jackman. Les plus âgées aimeront celle plus mature d’Alec Baldwin. Personne par contre ne sautera au plafond en écoutant Chris Pine doubler Jack Frost, ce qu’il fait avec professionnalisme, mais sans génie, ni beaucoup de charisme.

Au final, Les Cinq Légendes peut décevoir par rapport aux standards de l’écurie Dreamworks. Mais il reste distrayant et ravira les petits et grands enfants aimant les aventures rythmées.

Fiche technique :
Production : DreamWorks Animation
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Peter Ramsey
Scénario : David Lindsay-Abaire, d’après le livre de William Joyce
Montage : Joyce Arrastia
Décors : Patrick Marc Hanenberger
Musique : Alexande Desplat
Directeur artistique : Max Boas
Durée : 97 mn

Casting :
Chris Pine : Jack Frost
Isla Fisher : La fée des dents vo
Hugh Jackman : le lapin de Pâques
Alec Baldwin : le père Noël
Jude Law : Pitch le croquemitaine

THERESE DESQUEYROUX : Une bonne note finale

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theresedesqueyrouxafficheEtre une femme libérée, ce n’est pas si facile dit la chanson. En plus, il paraît qu’elles sont si fragiles tout ça, tout ça… C’est sûrement encore vrai aujourd’hui, mais cela l’était encore plus hier, surtout dans les années 20, dans le monde des grands propriétaires terriens des Landes. Pour preuve, Thérèse Desqueyroux, un adaptation plutôt réussie de François Mauriac. Et surtout le dernier film de Claude Miller, mort d’un cancer il y a quelques mois.

Thérèse Larroque a réussi un beau mariage en épousant Bernard Desqueyroux. Leurs propriétés foncières pourront être réunies et forger un très beau patrimoine. Mais la jeune femme rêve d’une autre vie, de liberté, loin de la routine et des conventions. Alors la vie qu’elle mène l’oppresse chaque jour un peu plus. Et la pousse à commettre certaines extrémités…

Thérèse Desqueyroux est un film qu’on aurait été triste de ne pas aimer, car on a toujours peine à dire du mal de ceux qui nous ont quitté. Heureusement, il n’est nul besoin de feindre son plaisir, car la filmographie de Claude Miller s’achèvera sur une bonne note. Pourtant, je dois bien avouer que la bande-annonce ne m’avait absolument pas donné envie et que, sans les bonnes critiques, je n’aurais jamais été le voir. Je lui ai finalement donné sa chance et je ne le regrette pas.

Le thème central reste tout de même très classique. L’émancipation de la femme reste un sujet central de bien des films et celui-ci ne bouleversera pas le genre. Si les époques, les lieux, les contextes sociaux diffèrent, il est vrai que les schémas sont un peu toujours les mêmes. Mais Thérèse Desqueyroux brille par une réelle intensité dramatique qui confère un réel intérêt à cette histoire, au-delà du seul intérêt du sujet de fond, jusqu’à un remarquable dénouement. Le mérite en revient surtout à François Mauriac, mais le travail d’adaptation de Claude Miller ne demeure pas moins formidable.

De plus, le réalisateur s’est attaché à rester d’une extrêmement fidèle au roman, y compris dans les dialogues. Je ne l’ai personnellement pas lu, mais ce n’est guère étonnant, car on sent vraiment que le film n’est jamais parasité par des points de vue, des manières de penser qui se révèleraient anachroniques. Il ne s’agit pas ici d’un Thérèse Desqueyroux modernisé, mais au contraire une retranscription fidèle de l’esprit d’une époque. Les deux démarches peuvent se justifier, mais en tout cas le choix de Claude Miller se révèle payant.

theresedesqueyrouxOn retrouve dans Thérèse Desqueyroux tout ce qui a toujours fait le charme du cinéma de Claude Miller. Une caméra très sensible qui sait capter à merveille les émotions des personnages. Il met en valeur ses personnages, ses acteurs, sans en oublier un seul. Il donne à chacun d’eux une réelle épaisseur qui nous permet de comprendre leurs relations et leur comportements respectifs. Sa narration n’est jamais manichéenne et chacun aura sa part de lumière et d’ombre.

Thérèse Desqueyroux offre un rôle sur mesure à Audrey Tautou. Interpréter une femme fragile et sensible lui va comme un gant. Peut-être un peu trop d’ailleurs, car son jeu ne réservant aucune surprise, le personnage principal n’arrive pas totalement à nous enthousiasmer, ce qui constitue sûrement la plus grand limite de ce film. Par contre, à ses côtés Gilles Lellouche tient ici un des rôles les plus marquants, prouvant qu’il peut sans peine sortir du registre comédie ou film d’action dans lequel le cantonne le plus souvent le cinéma français.

Claude Miller nous a quitté, mais son cinéma reste avec nous. Et parmi les beaux moments de sa filmographie figurera ces Thérèse Desqueyroux.

Fiche technique :
Production : Les films du 24, UGC YM, Cofinova 7
Réalisation : Claude Miller
Scénario : Claude Miller, Natalie Carter, d’après le roman de François Mauriac
Montage : Véronique Lange
Photo : Gérard de Battista
Décors : Laurence Brenguier
Distribution : UGC Distribution
Durée : 110 minutes

Casting :
Gilles Lellouche : Bernard Desqueyroux
Audrey Tautou : Thérèse Desqueyroux
Jean-Claude Calon : Monsieur de la Trave
Francis Perrin : Monsieur Larroque
Isabelle Sadoyan : Tante Clara
Catherine Arditi : Madame de la Trave
Anaïs Demoustier : Anne de la Trave
Stanley Weber : Jean Azevedo
Yves Jacques : Maître Duros

MAUVAISE FILLE : La peur du sujet

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mauvaisefilleafficheLe cinéma et la littérature sont pleins d’histoires sur les mauvais parents. Etre élevé à la dure, sans amour, sans considération, en subissant de la violence ou bien pire, voilà une situation qui a inspiré plus d’un auteur. Mais n’existe-t-il pas aussi de mauvais enfants ? Je ne parle pas ici de l’ingratitude adolescente, mais de la manière dont on peut parfois « maltraiter » ses parents une fois que l’on est devenu soi-même un adulte et qu’on construit une vie en dehors d’eux. C’est de cela que nous parle Mauvaise Fille.

Louise n’a pas eu une enfance très stable entre une mère droguée et hippie et un père star du rock. Mais c’est une adulte désormais et elle a réussi à renouer des relations stables avec ses parents. Elle apprend qu’elle est enceinte, quelques heures après avoir accompagné sa mère à l’hôpital pour découvrir que le cancer de cette dernière est entrée dans une phase qui va l’emmener irrémédiablement vers la mort. Comment annoncer une si bonne nouvelle, partager une tel bonheur dans de telles circonstances ?

Mauvaise Fille est un film au propos assez original. La culpabilité provoqué par son propre bonheur face au malheur d’autrui, en particulier quand il s’agit des malheurs de sa propre mère, voici un sujet audacieux et qui aurait pu aboutir à une réflexion profonde et inattendue. Le problème est que Patrick Mille semble paralysé par son sujet et le film se conclue sans réelle conclusion. Les éléments sont bien posés, mais le réalisateur n’en fait rien, ou du moins rien de vraiment convaincant. On en ressort donc quelque peu frustré.

Pourtant, on passe les 1h50 du film à espérer. Très souvent, on se dit que le moment fort, celui où les personnages vont enfin se confronter pour de bon, est proche. Mais au final, il ne viendra jamais, esquivant le cœur du sujet, comme Louise esquive le moment où elle devra prendre son courage à deux mains.La pusillanimité (oui, j’avais envie d’employer ce mot !) dont fait preuve Louise ressemble à celle de Patrick Mille face à son sujet. Du coup, on pourrait lui adresser les mêmes reproches que ceux que l’on adresse à son héroïne.

mauvaisefilleMauvaise Fille pêche aussi quelque peu par la forme. En effet, le film est composé d’un enchaînement entre présent et flashbacks. Le problème est qu’on a parfois du mal à distinguer ces deux moments, surtout au début quand la mère est encore en bonne santé. On finit par s’y faire et ne plus se sentir perdu, mais c’est parfois un peu perturbant dans la première partie du film. Le problème est que cela rend plus difficile au spectateur de vraiment rentrer dans cette histoire. Personnellement, je crois bien que je n’y suis jamais vraiment parvenu.

Mauvaise Fille constitue par contre l’occasion de découvrir à quel point Izia Higelin est une artiste accomplie. On l’avait déjà remarqué pour son premier excellent album, on découvre ici qu’elle est aussi une formidable actrice. Son charme est dévastateur et sa présence à l’écran est impressionnante. Elle éclipse tout le reste du casting, même Carole Bouquet qui paraît effacée face à ce talent à l’état brut. Une vraie révélation donc !

Mauvaise Fille est donc un film au scénario frustrant, tant il semble esquiver ce qui aurait du constituer le cœur d’un sujet audacieux qui méritait mieux.

Fiche technique :
Production : ARP Sélection, uFilm, Nexus Factory, Chapter 2
Distribution : ARP Sélection
Réalisation : Patrick Mille
Scénario : Justine Levy, Patrick Mille, d’après le roman autobiographique de Justine Levy
Montage : Yann Dedet
Photo : Jérôme Alméras
Décors : Benoît Barouh
Musique : Syd Matters, Jonathan Morali
Durée : 108 mn

Casting :
Arthur Dupont : Pablo
Bob Geldof : Georges
Carole Bouquet : Alice
Izia Higelin : Louise
Jacques Weber : Professeur Lecoq

ROYAL AFFAIR : Lumières danoises

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royalaffairafficheDécidément, la saison est aux grandes fresques historiques en costumes européennes. Après, Les Lignes de Wellington qui nous a fait vivre un moment très important de l’histoire du Portugal, voici Royal Affair qui nous plonge aux origines de l’état danois. La saison est aussi aux films avec Mads Mikkelsen, qui est de plus en plus présents sur nos écrans, tournant de chaque côté de l’Atlantique. Mais le plus réjouissant, c’est que la saison est aussi aux bons films.

Caroline quitte la cour d’Angleterre pour aller épouser le Roi du Danemark, Christian VII. Mais elle va trouver surtout un souverain atteint d’aliénation mentale, qui ne gouverne qu’en théorie, laissant tout le pouvoir à son conseil des ministres. Le couple n’en sera jamais un, malgré la naissance d’un enfant. Mais l’arrivé d’un petit médecin de province, l’Allemand Struensee auprès du Roi va tout changer. En effet, en plus d’une vision plus moderne de la médecine et de l’hygiène, ce dernier va introduire les idées des Lumières à la cour. Il va vite avoir une emprise totale sur Christian… et une d’une autre nature sur la Reine.

Allez, il y avait longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de me plaindre sur la traduction d’un titre original. En effet, celui-ci est En kongelig affære… Je ne parle pas Danois mais j’ai fait de l’allemand et je vois bien que Royal Affair est effectivement une traduction littérale. Mais pourquoi sortir en France un film danois avec un titre en anglais ? J’avais déjà fait cette remarque pour le film suédois, Easy Money. Je connais la réponse, il s’agit simplement du titre du film pour sa distribution internationale. N’empêche que je continue de trouver ça ridicule.

Bref, passons et revenons au film en lui-même. Comme tout bon film historique qui se respecte, A Royal Affair présente un intérêt double. Déjà, un intérêt purement narratif avec cette fresque type « de l’ascension à la chute », doublé d’un triangle amoureux. Des éléments assez classiques mais qui ont utilisés à très bon escient ici. Si on doit faire un reproche à ce film, c’est sans doute sa longueur, 2h15, alors que le scénario ne cherche pas vraiment à ménager un faux suspense. On voit assez clairement où tout cela va nous mener, ce qui aurait pu n’être pas le moins du monde gênant si cela ne donnait pas l’impression d’étirer un peu inutilement l’intrigue. Mais globalement, on ne s’ennuie pas et on a toujours hâte de connaître la suite.

L’autre intérêt est évidemment plus intellectuel, avec la découverte de cette épisode peu connu chez nous de l’histoire européenne. Les Lumières n’ont pas concerné que la France, l’Angleterre et ces territoires qui n’allaient pas tarder à devenir les Etats-Unis. Elles se sont répandues dans toute l’Europe, Royal Affair en est la preuve. Ce film permet aussi de comprendre que cette « révolution » fut un long chemin, qui s’est étalé sur plusieurs décennies et a été émaillé par des combats parfois sanglants entre anciens et modernes.

royalaffairLa reconstitution historique est remarquable dans A Royal Affair. Le film prouve, après les Lignes de Wellington, que le cinéma européen sait mettre les moyens quand il le veut bien. Certes, il a toujours su proposer de beaux costumes et de beaux décors, mais on sent ici que Nikolaj Arcel n’a pas eu à se limiter en termes d’extérieur ou de figurants. Bref, c’est convaincant et parfois assez spectaculaire. Il offre aussi une vision certainement plus réaliste des cours européennes que l’a proposé le Marie-Antoinette un peu rêvée de Sofia Coppola.

Royal Affair nous propose aussi un beau casting. Bien sûr, Mads Mikkelsen sort du lot et éclabousse ce film de sa classe. Le voir parler dans sa langue natale rend son jeu encore plus convaincant et nous permet de rentrer totalement dans cette histoire. Mais ces compagnons à l’écran ne sont pas en reste, aussi bien Alicia Vikander, qui interprète la Reine, que Mikkel Boe Folsgaard, qui incarne le Roi.

Royal Affair fait sûrement bien des entorses à l’histoire. Mais il reste un film convaincant, d’un réel intérêt historique, porté par des moyens et une production à la hauteur.

Fiche technique :
Production : Zentropa Enetratinments, DR TV, Trollhättan Film AB, Film i Väst, Sirena Film
Distribution : Chrysalis, Jour 2 fête
Réalisation : Nikolaj Arcel
Scénario : Nikolaj Arcel, Rasmus Heisterberg, d’après le roman de Bodil Steensen-Leth
Montage : Kasper Leick, Mikkel E.G. Nielsen
Photo : Rasmus Videbaek
Décors : Niels Sejer
Musique : Gabriel Yared
Costumes : Manon Rasmussen
Durée : 137 mn

Casting :
Alicia Vikander : Caroline Mathilde
Mads Mikkelsen : Johann Friedrich Struensee
Mikkel Boe Folsgaard : Christian VII
Trine Dyrholm : Julianne Marie
David Dencik : Ove Hoegh-Guldberg
Thomas W. Gabrielsson : Schack Carl Rantzau
Cyron Melville : Enevold Brandt

LES NEIGES DU KILIMANDJARO : Ingrat, une ville

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lesneigesdukilimandjaroafficheAprès en avoir entendu tant de bien, j’ai enfin vu les Neiges du Kilimandjaro à l’occasion de son passage sur Canal. Un film qui m’aura particulièrement parlé puisqu’il parle d’engagement politico-syndical et de l’indifférence, voire de l’hostilité, de ceux que l’on s’évertue à défendre. Bon, le film parle aussi d’amour, mais comme je l’ai vu deux heures après une rupture, cet aspect m’a quand même moins marqué sur le coup… (3615 ma vie vous intéresse…).

Michel est délégué syndical dans une entreprise où un tirage au sort doit désigner les 20 salariés qui seront licenciés. Ils refusent de ne pas mettre son nom dans l’urne et se retrouve dans le lot des mis à la porte. Avec sa femme, Marie-Claire, ils organisent une fête pour leur anniversaire de mariage où il invite ceux qui ont partagé son sort. A cette occasion, il reçoit de la part de ses amis deux billets pour se rendre en Tanzanie et une jolie cagnotte. Quelques jours plus tard, deux hommes cagoulés et armés surgissent chez eux pour leur dérober l’argent et les billets. Une expérience traumatisante. Surtout quand Michel découvre fortuitement que l’un de ses agresseurs est un de ses anciens collègues licenciés.

Les Neiges du Kilimandjaro est incontestablement un beau film. Il dit des choses profondes sur un fil narratif assez solide et épais pour que l’on ne s’ennuie pas une seconde. Certes, ce n’est pas non plus 24h Chrono, mais il y a un début, une fin, des rebondissements et un désir du spectateur de savoir où tout cela va nous mener. Une vraie réussite donc pour Robert Guédiguian qui n’a décidément pas son pareil pour filmer Marseille et les Marseillais.

Les Neiges du Kilimandjaro pose de vraies questions : Suis-je coupable si j’échoue alors que je suis le seul à essayer ? Jusqu’où peut aller l’altruisme et l’engagement ? Faut-il défendre à tout prix quelqu’un qui ne vous rend qu’indifférence et mépris ? La réflexion va bien au-delà du simple engagement syndicaliste. Ce n’est pas un film politique, c’est un film profondément humain, sans être pour autant contemplatif. Encore une fois, tout passer par une intrigue qui ne cesse jamais d’avancer.

Les Neiges du Kilimandjaro nous parle aussi de la famille, de l’amour et de l’amitié. C’est un prolongement des aspects dont je viens de parler plus haut, mais constitue tout de même un sujet bien distinct. Là encore, Robert Guédiguian ne tombe pas dans une vision simpliste et trop caricaturale du choc entre une génération poste 68 qui a vraiment essayé de changer le monde et une nouvelle plus indifférente et individualiste. Dans ce film, chacun se remet en question, sans pour autant que tout se termine dans la concorde générale. Il nous parle surtout du temps qui passe et qui ébranle aussi bien les convictions que la solidité des sentiments amoureux et amicaux.

lesneigesdukilimandjaroLes Neiges du Kilimandjaro est donc un film riche et agréable à suivre. Visuellement, Robert Guédiguian reste un réalisateur classique et sobre. Il est au service de ses acteurs dont il sait parfaitement mettre en valeur le jeu. Mais il sait aussi mettre en valeur ses décors et la région de Marseille qui aura constitué la toile de fond de toute son œuvre.

Les Neiges du Kilimandjaro bénéficie d’un beau casting avec un couple Jean-Pierre Daroussin et Ariane Ascaride très convaincant. Tourner avec de tels acteurs, ce n’est pas prendre beaucoup de risque, mais on peut quand même saluer la direction impeccable de Robert Guédiguian. Ce film a aussi la confirmation du talent Grégoire Leprince-Rinquet, révélé par les Chansons d’Amour et qu’on avait aussi remarqué dans la Princesse de Montpensier.

Les Neiges du Kilimandjaro nous offre donc du fond et une belle histoire. Deux bonnes raisons d’apprécier ce film très réussi.

Fiche technique :
Production : Agat films & Cie, France 3 Cinéma, la Friche Belle de Mai
Réalisation : Robert Guédiguian
Scénario : Robert Guédiguian, Jean-Louis Milesi
Montage : Bernard Sasia
Photo : Pierre Milon
Décors : Michel Vandestien
Distribution : Diaphana
Son : Laurent Lafran
Durée : 107 mn

Casting :
Jean-Pierre Darroussin : Michel
Ariane Ascaride : Marie-Claire
Gérard Meylan : Raoul
Marilyne Canto : Denise
Grégoire Leprince-Ringuet : Christophe
Anaïs Demoustier : Flo
Adrien Jolivet : Gilles
Robinson Stévenin : Le commissaire
Karole Richer : la mère de Christophe

L’AUBERGE ESPAGNOLE : L’Europe et la vie sont belles !

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laubergeespagnoleafficheLa construction européenne est une formidable aventure. Mais il est vrai que discourir longuement du fonctionnement des institutions de l’Union ou bien de la Politique Agricole Commune ne pousse pas forcément à la rêverie. Heureusement, il existe des aspects nettement moins rébarbatifs, comme les échanges Erasmus, qui amènent leur lot de jolies étudiantes étrangères sur tous les campus européens… Et qui nous offre aussi peut-être le meilleur film de la carrière de Cédric Klapisch, L’Auberge Espagnole.

Xavier finit son cursus d’économie. Un poste l’attend au ministère des finances par le biais d’un ami de son père. Pour cela, il doit tout de même perfectionner son espagnol. Il part donc étudier un an à Barcelone. Après quelques galères, il trouve à se loger dans une colocation où vivent des étudiants de toute l’Europe. Un bordel magnifique qui va le changer à jamais.

L’Auberge Espagnole qui fait aimer l’Europe. Enfin, il fait surtout aimer les échanges, le mélange, le métissage, l’enrichissement par la culture de l’autre. Un film qui donne envie de sortir de chez soi et d’aller à la rencontre de nos voisins proches ou un peu plus éloignés. Il s’agit aussi d’un film sur la liberté, sur la volonté de vivre son existence comme on l’entend, de la manière qui nous rend vraiment heureux, même si ce n’est pas le chemin le plus court ou le plus confortable.

L’Auberge Espagnole délivre donc des messages simples et positifs. De tels messages peuvent facilement aboutir à des films gentillets et pleins de bonnes attentions guère convaincantes. Ce film est au contraire enthousiasmant, énergique et aux valeurs terriblement communicatives. Peut-être parce que Cédric Kapisch a choisi l’humour comme principal support de son message. Cela permet au film de ne se jamais se prendre au sérieux une seule seconde, ce qui le rend d’autant plus agréable à suivre.

Cédric Klapisch est un cinéaste de l’humain. Ses films nous parlent de personnages, bien avant de nous offrir des intrigues. L’Auberge Espagnole est sans doute le plus symptomatique de ce qui fait l’originalité de son œuvre. Raconté à la première personne, Xavier étant le narrateur de sa propre histoire, il nous fait partager ce qui se passe dans sa tête. Plus que les évènements en eux-mêmes, le réalisateur nous montre comment ils vont changer à jamais la manière de voir la vie du principal protagoniste.

laubergeesapagnoleL’Auberge Espagnole permet aussi de se rappelle que Cédric Klapisch est également un réalisateur qui sait faire preuve d’une certaine imagination visuelle. Rien de bouleversant d’un point de vue artistique, mais cela montre un vrai soucis de soigner à la fois le fond et la forme. Et dans le cinéma français, ce n’est pas si fréquent. Surtout que tout cela est fait avec vrai talent, reste au service de l’histoire, tout en l’agrémentant pour la rendre encore plus agréable à suivre.

L’Auberge Espagnole reste un des rôles les plus marquants de Romain Duris. C’est vrai qu’il y fait preuve une nouvelle fois de son habituel charme dévastateur et de son énergie comique exceptionnelle. Le seul petit bémol reste le fait que l’on voit bien qu’il a quand même plus que 25 ans (tout comme Audrey Tautou d’ailleurs). C’est tout le casting qui est à saluer, mais on mettre tout de même particulièrement en avant Cécile de France, elle aussi égale à elle-même, et Kelly Reilly, qui nous fait penser que la perfide Albion n’est pas si perfide que ça…

L’Auberge Espagnole est un film que l’on aime parce qu’il nous donne un vrai sourire. Pas simplement parce qu’il est souvent drôle, mais parce qu’il nous fait dire que la vie est quand même belle.

Fiche technique :
Production : Bruno Levy, Ce qui me meut, Mate Productions
Réalisation : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch
Montage : Francine Sandberg
Photo : Dominique Colin
Son : Cyril Moisson
Durée : 120 mn

Casting :
Romain Duris : Xavier
Audrey Tautou : Martine
Cécile de France : Isabelle
Judith Godrèche : Anne Sophie
Kevin Bishop : William
Wladimir Yordanoff : Jean Charles Perrin

LES LIGNES DE WELLINGTON : La grande par la petite histoire

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leslignesdewellingtonafficheQuand on pense aux guerres napoléoniennes, on pense immédiatement à Austerlitz, la campagne de Russie ou encore Waterloo. Eventuellement, on se souvient d’Arcole ou de la campagne d’Egypte. Pourtant, il existe bien des épisodes beaucoup moins connus, mais qui ont eu également leur importance historique. C’est le cas notamment de la campagne du Portugal, menée par le Maréchal Massena, qui n’est donc pas qu’un boulevard parisien. Une campagne qui a profondément marqué ce pays et sur laquelle nous apprenons beaucoup en regardant les Lignes de Wellington.

1810, les troupes françaises envahissent le Portugal. Les troupes anglaises et locales les repoussent dans un premier temps, mais doivent fuir car en sous nombre. Elles pratiquent alors la tactique de la terre brûlée, contraignant tout un peuple à l’exil. Elles cherchent à se réfugier derrière les lignes de fortification située entre Lisbonne et le Tage, érigée dans le plus grand secret par le général Wellington. Ces évènements marqueront à jamais le destin de nombreux acteurs de la petite et de la grande histoire.

Les Lignes de Wellington est une grande fresque historique à l’ancienne. On y suit le destin d’une dizaine de personnages, qui se croisent plus ou moins au cours des évènements. Le conflit est raconté principalement du côté portugais et anglais, mais on partage aussi le point de vue et le quotidien des troupes françaises. Le film est long, 2h30, mais nous propose un grand nombre d’histoires en parallèle qui nous préservent de tout ennui. Forcément, le film est parfois inégal, car les personnages sont plus ou moins attachants, mais comme on passe constamment de l’un à l’autre, cela n’a jamais le temps de nous gâcher le plaisir.

Les Lignes de Wellington est un film de guerre, sans bataille et surtout sans héros. Ce film ne célèbre pas l’héroïsme portugais, mais cherche simplement à retranscrire une époque, un quotidien et la manière dont cette guerre a marqué profondément le pays et ses habitants. En cela, l’intérêt historique de ce film est incontestable. Il offre surtout une vision rare de cette époque et de ces campagnes militaires dont on a surtout retenu les moments de bravoure. Mais autour de cela, les acteurs vivaient tout aussi bien des moments de lâcheté, d’amour, de peur, de sacrifice ou faisant appel au contraire aux plus bas instincts.

Les Lignes de Wellington est donc un film en costumes, sans scènes hyper spectaculaires. Mais on ne peut cependant qu’être particulièrement impressionné par la qualité de la reconstitution, aussi bien dans les costumes que dans les décors. Le film ne semble jamais souffrir d’un manque de moyens, bien au contraire. Simplement, ce sont bien les choix scénaristiques qui ont dicté la manière dont ils ont été utilisés et non l’inverse. On se réjouira surtout d’entendre les Français parler français, les Anglais parler anglais et les Portugais parler portugais. Cela peut sembler idiot, mais combien de films utilisent des artifices pour faire parler à tout le monde la même langue (anglais le plus généralement).

leslignesdewellingtonLes Lignes de Wellington bénéficie d’un casting international assez impressionnant. Du côté portugais, on retrouve évidemment Marisa Paredes. Les autres acteurs lusitaniens sont moins connus chez nous, mais on saluera notamment la performance de Nuno Lopez et Soraia Chaves. Côté anglophone, la grande star s’appelle John Malkovich, qui donne une vision assez caustique du Général Wellington. Côté français, on peut citer la participation de Melvil Poupaud, Matthieu Amalric, Elsa Zylberstein, Vincent Perez et les apparitions plus furtives de Catherine Deneuve, Chiara Mastroiani, Michel Picoli et Isabelle Huppert. Bref, un casting hexagonal que bien des cinéastes de notre pays aimeraient pouvoir se payer.

Les Lignes de Wellington mêle donc un intérêt historique avec une réalisation qui a mis les moyens nécessaires. Le tout donne donc un très bon film sur un épisode peu connu dans notre pays de l’histoire européenne.

Fiche technique :
Production : Alfama films, France 3 Cinéma, ARTE France
Distribution : Alfama films
Réalisation : Caleria Sarmiento, Paulo Branco
Scénario : Carlos Saboga
Montage : Valeria Darmiento, Luca Alverdi
Photo : André Szankowski
Musique : Jorge Arriagada
Directeur artistique : Isabel Branco
Durée : 151 mn

Casting :
Nuno Lopes : Sgt Francisco Xavier
Soraia Chaves : Martirio
Marisa Paredes : D. Filipa Sanches
John Malkovich : Général Wellington
Carloto Cotta : Lt Pedro de Alencar
Victoria Guerra : Clarissa Xarren
Mathieu Amalric : Gén. Baron de Marbot
Melvil Poupaud : Maréchal Masséna
Afonso Pimentel : Zé Maria

COMME DES FRERES : Le bon goût du déjà-vu

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commedesfreresafficheIl y a des histoires que le cinéma a raconté des centaines de fois. Souvent, ça sent le réchauffé, le manque d’inspiration, les émotions faciles parce que trop éculées. Mais ces recettes simples et cuisinées à l’infini gardent aussi parfois toute leur saveur malgré tout. On se dit qu’on aurait aimé goûter à autre chose, mais on apprécie tout de même ce qui est devant nous. Pour lui-même et pour ce qu’il nous rappelle. C’est exactement l’impression que m’a inspirée Comme des Frères.

Charlie vient de mourir. Ses trois meilleurs amis se retrouvent à son enterrement. Ils ne s’apprécient guère, plus ou moins jaloux les uns des autres et surtout très différents. Mais ils lui avaient fait la promesse de partir avec elle pour se rendre dans la maison qu’elle a achetée en Corse. Ils décident de la tenir et de partir sur le champ. Mais la cohabitation va s’avérer plus difficile que prévue.

Trois personnages qui ne s’aiment pas trop, obligés de cohabiter, qui vont apprendre à ce connaître pour finalement devenir amis, voilà une idée déjà vue mille fois. Si ce n’est plus ! D’ailleurs, j’avoue avoir été voir Comme des Frères sans aucun enthousiasme, surtout parce que les horaires collaient et que les critique étaient quand même globalement positives. Mais je savais exactement ce que j’allais voir et c’est exactement ce que j’ai eu.

Cependant, Comme des Frères fonctionne juste assez pour que l’on oublie cette impression de déjà-vu et finalement succomber au charme des personnages. Eux aussi semblent des archétypes, ne sont jamais surprenants, voire même ont des réactions et répondent à une psychologie franchement attendues. Mais qu’importe, on finit par les trouver sympathiques, peut-être parce qu’on va forcément s’identifier à au moins un de ces trois personnages que tout semble séparer. C’est une histoire qui nous parle, nous renvoie à nos propres sentiments du quotidien, alors on se laisse embarquer pour un voyage agréable avec eux.

La seule chose qui permet à Comme des Frères de se démarquer quelque peu, c’est ce mélange constant entre rire et émotion. Il nous offre de vrais éclats de rire, avec quelques gags premiers degré et un comique de situation plus subtil quasi constant. Mais il peut aussi tirer quelques larmes de temps à autres, lors de petits moments plus tristes. Bien sûr, voir mourir une jeune fille aussi jeune constitue une source d’émotion quand même assez facile, mais elle est exploitée avec une certaine finesse. Hugo Gélin a fait preuve d’une grande intelligence en distillant comme ça les passages nostalgiques, évitant de tout concentrer dans un moment de pathos pur qui aurai considérablement alourdi le film.

commedesfreresLa réalisation d’Hugo Gélin est sobre et totalement au service de son histoire et des acteurs. Mais elle n’est pas totalement dénuée d’une certaine élégance. Il brille surtout par le rythme qu’il arrive à mettre dans Comme des Frères. Si le film a un air de déjà-vu, il n’est en rien poussif, ce qui fait que l’on passe au final quand même un très bon moment. Il sait donc raconter des histoires, les mettre en scène. Espérons que son deuxième film bénéficiera d’un scénario plus surprenant.

Le trio d’acteurs principaux fonctionne lui aussi plutôt bien. La révélation de ce film est incontestablement Pierre Niney, sociétaire de la Comédie Française, et qui fait là une arrivée remarquée sur grand écran. Quant aux performances de François-Xavier Demaison, Nicolas Duvauchelle et Mélanie Thierry, elles sont à l’image de Comme des Frères : réussies, convaincante, mais sans surprise.

Comme des Frères fait passer incontestablement un bon moment au spectateur grâce à des qualités qui nous font oublier que l’on a déjà vu ce film un grand nombre de fois depuis que le cinéma est cinéma.

Fiche technique :
Production : Stone Angels, Zazi Films, Cofinova 8
Distribution : Stone Angels
Réalisation : Hugo Gélin
Scénario : Hugo gélin, Romain Protat, Hervé Mimran
Montage : Grégoire Sivan
Photo : Nicolas Massart
Décors : Samantha Gorgowski
Musique : Ambroise Willaume
Costumes : Isabelle Mathieu
Durée : 104 mn

Casting :
François-Xavier Demaison : Boris
Nicolas Duvauchelle : Elie
Pierre Niney : Maxime
Mélanie Thierry : Charlie
Florence Thomassin : Line
Cécile Cassel : Jeanne
Mohceline Presle : Grand mère
Philippe Laudenbach : Grand père