RAIPONCE : Humour, aventure et 3D

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raiponceafficheMes goûts cinématographiques sont relativement éclectiques. Pour preuve, il y’a quelques jours, je me suis fait une soirée ciné où j’ai vu successivement Machete… et Raiponce. Effectivement, difficile de faire plus différents. Mais en tout cas, j’ai passé une très bonne soirée, puisque ils constituèrent tous deux de vrais moments de plaisir cinématographique. Ce film d’animation confirme également un retour au top du secteur « classique » de Disney.

Raiponce est une jeune fille de 18 ans qui vit recluse dans une tour dont elle n’est jamais sortie, sous la surveillance de celle qu’elle croit être sa mère. Elle ignore qu’elle est en fait la fille du roi et de la reine qui la recherchent depuis son enlèvement tout bébé. Elle possède une chevelure magique capable de garantir la jeunesse éternelle à sa mère adoptive. Mais Raiponce ne rêve que d’une chose, visiter le monde et voir de près les lumières qui illuminent le ciel tous les ans le jour de son anniversaire.

Raiponce n’est pas au niveau du magnifique La Princesse et la Grenouille qui nous avait enchanté en janvier dernier. Mais il constitue un vrai bon divertissement familial chargé d’aventure et d’humour. Il n’a aucun complexe à nourrir vis-à-vis des productions de la branche Pixar, même si le ton est un peu plus enfantin et beaucoup plus classique. On ne s’ennuie pas une seule seconde, entraîné par le rythme rapide de l’intrigue.

Raiponce reprend une recette classique chez Disney : des personnages humains relativement réalistes et un élément animal à l’esprit « cartoon ». Ou plutôt deux ici, avec un caméléon et un cheval. Tous les deux apportent un vrai plus et un bonne dose de rire. Le vrai charme de ce film repose ici, car l’histoire principale ravira sûrement plus les jeune têtes blondes que les adultes même restés de grands enfants. Elle n’est pas désagréable à suivre, mais très classique et sans grosses surprises.

raiponceRaiponce manque cependant d’un vrai moment phare, d’une scène réellement inoubliable et enthousiasmante, comme pouvaient l’être par exemple le dernier quart d’heure de Toy Story 3 ou les dix premières minutes de Là-haut. Il y’a beaucoup de moments sympas, mais pas de séquences que l’on a envie de voir et se raconter encore et encore. De même, les chansons sont sympathiques, mais aucune qui restent réellement en mémoire. Bref, il s’agit là d’un très bon film d’animation Disney, mais peut-être pas d’un futur grand classique.

Par contre, j’ai été enthousiasmé par les aspects techniques. Soit, c’est moi qui n’avais pas tout à fait les yeux en face des trous précédemment, ou bien il y’a eu réellement un bond en avant dans la maîtrise technique de la 3D. Cela se remarque surtout dans le relief des personnages qui est réellement impressionnant. Pour la première fois peut-être, je n’ai pas du tout regrette cet euro supplémentaire que j’ai du débourser pour les lunettes. Même Toy Story 3 ne m’avait donné cette impression de relief, sans esbroufe, sans objets sortant loin de l’écran, mais général et sur tout les éléments du décor. Ca m’a vraiment bluffé et sonne pour moi comme le vrai avènement de la 3D.

Raiponce ravira donc toute la famille. Idéal pour passer un bon moment, même si ce film n’est pas le plus inoubliable des Disney.

Fiche technique :
Production : Walt Disney Animation Studios
Distribution : The Walt Disney Company France
Réalisation : Nathan Greno, Byron Howard
Scénario : Dan Fogelman, d’après le conte des Frères Grimm
Montage : Tim Mertens
Décors : Doug Rogers
Musique : Alan Menken et Glenn Slater
Effets spéciaux : Lino Di Salvo et Mark Mitchell
Directeur artistique : Dave Goetz
Durée : 101 mn

Casting :
Mandy Moore : Raiponce
Zachary Levi : Flynn Rider
Donna Murphy : Mère Gothel
Ron Perlman : Frère Stabbington 1
Ron Perlman : Frère Stabbington 2
M.C. Gainey : Capitaine de la Garde

MACHETE : Machete don’t text, il faut le savoir !

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macheteafficheLorsqu’ils sortirent ensemble les films Boulevard de la Mort et Planète Terreur, Quentin Tarantino et Robert Rodriguez avaient agrémenté les projections de fausses bandes-annonces, dont une est devenue culte après avoir faire hurler de rire des millions de spectateurs. Le succès fut tel qu’est né l’idée de réellement réaliser ce film. Ainsi est né Machete.

Machete est un flic mexicain trahit par sa hiérarchie, corrompue jusqu’à l’os par le parrain de la drogue locale. Sa femme et sa fille sont tuées, mais lui réussit à survivre et à s’échapper. Quelques années plus tard, il est devenu travailleur clandestin aux Etats-Unis. Repéré lors d’une bagarre de rue, il est contacté par un homme mystérieux pour assassiner le sénateur local, dont l’étendard est la lutte contre l’immigration clandestine.

Machete est une totale réussite. Un pari un peu fou relevé avec un incroyable brio par Robert Rodriguez. Car il ne s’est pas contenté de donner vie au personnage, il a réellement repris dans le film les passages les plus cultes de la fausse bande-annonce. On peut ainsi considérer que ce film est celui qui a eu la période de teasing la plus longue de l’histoire du 7ème art. Près de quatre ans d’attente, mais qui au final valait réellement le coup.

Bon cessons ces considérations qui ne concernent que ceux qui vouaient déjà un culte à Machete avant même que le film n’existe. Ce dernier se situe dans la droite lignée de Boulevard de la Mort et Planète Terror. Un faux nanar, à prendre au huitième degré, mais tourné avec le plus grand sérieux. Une parodie oui, mais qui ne tourne pas à la grosse farce mais reprend simplement avec humour et aucune retenue les codes du genre. Le tout avec un réalisateur de grand talent et un casting de choc. Bref que du bonheur !

Machete marche donc sur les traces du pire des films avec Charles Bronson, en tournant en dérision ces histoires de vengeances hyperviolentes. Les scènes d’action outrancièrement (le mot n’existe visiblement pas, mais je m’en fous !) spectaculaires sont avant tout là pour faire rire, même si les moyens sont là. Mais ce qui fait de Machete un film déjà culte, ce sont certains dialogues. On retiendra notamment un « Machete don’t text » (Machete n’envoie pas de texto) qui dans le contexte fait hurler de rire la salle et est déjà légendaire (suffit de vérifier sur Google si vous en doutez).

Ce qu’il y’a de bien quand on s’appelle Robert Rodriguez et qu’on est le frère jumeau de Quentin Tarantino, c’est qu’on a aucun mal de réunir un casting de très haute tenue. Aucun des nanars de quatrième zone que Machete parodie n’aura jamais compté un Robert De Niro dans sa distribution. Ce dernier, comme tous ses petits camarades, prennent un plaisir fou à tourner dans ce film incroyablement jouissif et ça se voit. Et cet enthousiasme est tout à fait communicatif.

macheteMais Machete permet surtout à Danny Trejo d’occuper le haut de l’affiche. Eternel second rôle, avec son physique improbable, il tient là le rôle qui lui permettra à jamais d’entrer dans la légende du 7ème art. Il ne joue pas Machete, il est Machete et on peut parier que de nombreux fans lui voueront encore un culte dans de nombreuses années.

Machete souffre cependant d’un défaut. Et oui, à force d’être main dans la main avec Quentin Tarantino, Robert Rodiguez nous fait presque regretter qu’il ne soit pas Quentin Tarantino lui-même. Machete réalisé par ce dernier, ce qui pourrait tout à fait se concevoir, aurait sûrement atteint des sommets encore supérieurs dans la jouissance. Robert Rodriguez est un réalisateur talentueux, à nul autre pareil pour transmettre une énergie jubilatoire, mais son cinéma reste quelque peu « brute de décoffrage », si vous me permettez l’expression. Machete l’est aussi. Un film presque parfait si ce n’est qu’on y trouve rien qui nous surprenne vraiment. C’est une parodie de film de genre, une parodie assez extraordinaire certes, mais juste une parodie. Robert Rodriguez a rempli sa mission à la perfection, mais n’a pas été au-delà. Alors que Quentin Tarantino l’aurait sûrement fait…

En tout cas, Machete est une vraie bonne surprise, un moment de jubilation pure qui figurera désormais au panthéon des films cultes.

Fiche technique :
Réalisation : Robert Rodriguez et Ethan Maniquis
Scénario : Robert Rodriguez et Álvaro Rodríguez
Décors : Christopher Stull
Costumes : Nina Proctor
Photographie : Jimmy Lindsey
Montage : Rebecca Rodriguez et Robert Rodriguez
Musique : John Debney et Carl Thiel

Casting :
Danny Trejo : Machete Cortez
Michelle Rodríguez : Luz
Jessica Alba : Yvetta Sartana
Robert De Niro : Sénateur John McLaughlin
Jeff Fahey : Micheal Booth
Lindsay Lohan : April Booth
Cheech Marin : le Père Del Toro
Steven Seagal : Rogelio Torrez
Daryl Sabara : Julio
Don Johnson : Von Jackson

UN BALCON SUR LA MER : Un scénario qui fait plouf !

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unbalconsurlamerafficheEn introduction de ma dernière critique, portant sur le film De Vrais Mensonges, j’avais souligné la qualité du cru 2010 du cinéma français, en particulier en cette fin d’année. Malheureusement, il arrive même aux meilleurs de connaître des faiblesses et je vais devoir vous parler d’une production hexagonale franchement ratée, à savoir Un Balcon sur la Mer, le dernier film de Nicole Garcia.

Marc est agent immobilier dans le sud de la France, dans une agence spécialisée dans la vente de grande propriété. Un jour, il croit reconnaître dans une acheteuse la petite fille qui vivait en face de chez lui lorsque lui et ses parents vivaient encore en Algérie et avec qui il a connu un amour enfantin. Ils finissent par passer la nuit ensemble. Mais très vite, il commence à douter de sa véritable identité.

Un Balcon sur la Mer possède une grosse faiblesse, son scénario. Et c’est quand même le genre de faiblesse relativement rédhibitoire. L’intrigue repose sur un suspense qui s’évente très vite puisque on devine tout de suite quel est le fin mot de l’histoire. Le suspense est levé définitivement alors qu’il reste une bonne demi-heure et on se demande vraiment à quoi du coup sert cette dernière. Bref, voilà un film mal écrit, doté d’une bonne base, mais terriblement mal exploitée. Cela le rend vain et surtout totalement inintéressant.

Un Balcon sur la Mer ne propose pas d’à côté qui pourrait sauver le film. La relation du personnage principal avec l’Algérie aurait pu porter un discours sur cette période douloureuse et controversée de l’histoire française. Elle n’est finalement que le prétexte qu’à de multiples flash-backs dont l’intérêt va en décroissant au fur et à mesure que le suspense s’éteint. Et comme il s’éteint très vite…

unbalconsurlamerLe seul intérêt que l’on pourrait trouver à Un Balcon sur la Mer reste le rôle à contre-emploi de Jean Dujardin. Sauf que ce denier, à force d’être employé à contre-emploi, est en train tout simplement de passer du statut d’acteur comique à acteur tout court. Et un grand acteur, il faut le reconnaître. Mais ce n’est certainement pas ce rôle que l’on retiendra dans sa carrière. Il y’est excellent, mais une excellence qui ne peut enthousiasmer vu le contexte. A ses côté, Marie-Josée Croze fait elle aussi de son mieux dans un rôle qui aurait pu être infiniment plus intéressant s’il gardait son mystère plus longtemps.

On pourra aussi retenir l’élégance de la réalisation de Nicola Garcia. Il faut admettre qu’elle nous offre quelques beaux paysages à contempler. Mais cela donne parfois l’impression d’être là pour masquer un vide ou pour gagner du temps dans une intrigue mal maîtrisée. Du coup, elle contribue au côté artificiel de ce film, dont toutes les qualités sont gâchées par la fragilité de la base scnéaristique.

Au final, Un Balcon sur la Mer est un film qui déçoit profondément, puisque rien n’arrive à nous faire oublier la faiblesse du scénario.

Fiche technique :
Production : Les productions du Trésor, EuropaCorp, France 3
Distribution : Europacorp distribution
Réalisation : Nicole Garcia
Scénario : Nicole Garcia, Jacques Fieschi
Montage : Emmanuelle Castro
Photo : Jean-Marc Fabre
Décors : Véronique Barnéoud
Musique : Stephen Warbeck
Durée : 105 mn

Casting :
Jean Dujardin : Marc Palestro
Marie-Josée Croze : Marie-Jeanne
Sandrine Kiberlain : Clotilde Palestro
Toni Servillo : Sergio Bartoli
Claudia Cardinale : la mère de Marc
Michel Aumont : Robert Prat

DE VRAIS MENSONGES : Sympathique et léger

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devraismensongesafficheEn cette fin d’année, le cinéma français nous propose de nombreux bons films, ce qui devrait faire de 2010 un bon cru. De Vrais Mensonges ne sera certainement pas l’œuvre la plus marquante de cette année, mais cette comédie romantique sympathique et légère nous réchauffe un peu en cette période de grands froids.

Emilie dirige un salon de coiffure et un beau matin elle reçoit dans son courrier une très belle lettre d’amour, mais anonyme. Elle la froisse et le jette directement à la poubelle, sous les yeux de Jean, son employé, sans se douter un instant que ce dernier en est l’auteur. Inquiète pour sa mère, qui vit quasiment recluse depuis que son mari l’a quittée, elle décide finalement de recopier la lettre pour lui envoyer. C’est le début d’une longue série de quiproquos et de malentendus.

La comédie romantique est par essence un genre mineur du cinéma, du fait que l’on connaît toujours pertinemment comment cela va finir. Après, elles peuvent plus ou moins drôles, plus ou moins crédibles, plus ou moins touchantes, et sont même parfois enthousiasmantes. De Vrais Mensonges fait incontestablement partie des comédies romantiques réussies. Elle possède un côte très vaudeville, très français, avec les quiproquos qui naissent beaucoup plus vite qu’ils disparaissent. Ce n’est pas non plus du Feydeau, mais il y’a là un vrai arrière-plan culturel purement hexagonal.

De Vrais Mensonges est avant tout très amusant, et parfois vraiment drôle. Il n’y pas cette volonté d’enchaîner les gags situationnels ou visuels, comme dans une comédie américaine. Mais on a très souvent le sourire aux lèvres et on connaît également quelques vrais éclats de rire. Le ton est vraiment léger. Il n’y a aucun développement social ou philosophique dans ce film. Les rapports mère-fille, les rapports entre personnes n’ayant pas le même bagage culturel sont des éléments constitutifs de l’histoire, mais qui sont vraiment là non pour être développés pour eux-mêmes, mais totalement au service du triangle amoureux.

devraismensongesLe succès d’une comédie romantique repose souvent en grande partie sur la sympathie que nous inspire les personnages. En effet, comme l’on connaît déjà la fin par avance, pour que l’on soit vraiment dedans, il faut vraiment que l’on ait envie de voir l’amour triompher. Et là, De Vrais Mensonges connaît sans doute sa plus grande faiblesse. En effet, si les personnages interprétés par Nathalie Baye et Sami Bouajila rallient tous les suffrages, il faut avouer que celui joué par Audrey Tautou a beaucoup d’une tête à claques… Et elle a beau répéter « mais en fait, je ne suis pas comme ça », on n’est pas toujours hyper convaincu. C’est le petit bémol que je mettrais à ce film, sans que cela ne remette en cause profondément sa qualité générale.

Au-delà des personnages qu’ils interprètent, le trio d’acteurs donne tout la mesure de son talent. Nathalie Baye est tout simplement géniale et c’est elle qui apporte ce petit souffle en plus que donne une âme à De Vrais Mensonges. Sami Bouajila nous propose quant à lui un jeu très sobre, mais qui convient parfaitement pour ce rôle d’homme timide et réservé. Audrey Tautou, enfin, sans être particulièrement géniale nous séduit encore une fois par son charme naturel. Après, personnellement, j’aimerais bien la voir prendre quelques kilos, mais cela constitue un autre débat.

De Vrais Mensonges fait donc partie de ces films légers que l’on oublie facilement, mais qui nous font incontestablement passer un très bon moment.

Fiche technique :
Production : Les Films Pelléas
Distribution : Pathé Distribution
Réalisation : Pierre Salvadori
Scénario : Benoît Graffin, Pierre Salvadori
Montage : Isabelle Devinck
Photo : Gilles Henry, Philippe Eidel
Décors : Yves Fournier
Son : Michel Casang, Christophe Winding, Josefina Rodriguez, Joel Rangon
Durée : 105 mn

Casting :
Audrey Tautou : Emilie
Nathalie Baye : Maddy
Sami Bouajila : Jean
Stéphanie Lagarde : Sylvia
Judith Chemla : Paulette

HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE LA MORT, 1ère PARTIE : La fidélité a un prix

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harrypotter71afficheLes rythmes de narration cinématographiques et littéraires sont généralement très différents. Si l’écrit supporte une certaine lenteur, une montée en puissance progressive, le 7ème art nettement moins. Cela pose une difficulté particulière quand il s’agit de porter à l’écran un roman dont une large partie n’est là que pour faire monter la pression avant l’action finale. Il faut alors faire le choix de soit adapter fidèlement l’œuvre originale, soit la transformer pour lui donner une forme plus proche des canons du grand écran. C’est tout à fait le genre de dilemme auquel ont du faire face l’équipe chargée de l’écriture du scénario de Harry Potter et les Reliques de la Mort, 1ère partie.

Voldemort et ses Mangemorts prennent peu à peu le pouvoir. Harry Potter et ses amis n’ont alors d’autre possibilité que celle de se cacher et de fuir une menace de plus en plus présente et surtout mortelle. Cependant, en même temps, ils se doivent de trouver un moyen de détruire leur ennemi. Mais où commencer à chercher ?

Cette critique pourrait facile tourner en débat existentiel. Mais je rappellerai simplement que beaucoup de fans avaient sévèrement critiqué le précédent épisode cinématographique pour les multiples coupes, ellipses et modifications par rapport au roman. La question de le découper en deux films s’était déjà d’ailleurs posée. Pour Harry Potter et les Reliques de la Mort, le choix a été fait de coller beaucoup plus au roman et à sa richesse. Mais du coup, ce sont ceux qui n’ont pas lu l’œuvre originale qui se plaignent. La vie de scénariste est décidément bien difficile.

Soyons clair, le rythme de ce film est lent et, au final, il ne se passe pas grand chose. Mais cela correspond tout à fait au rythme du roman. Cela fait des heureux et des déçus. Si les choix avaient été autres, cela aurait abouti à la même situation. Le dilemme est insoluble et il est impossible d’avoir un regard purement objectif et neutre. Harry Potter et les Reliques de la Mort, 1ère partie possède d’indéniables qualités qui laisseront froid bien des spectateurs qui n’ont pas lu le roman. Je serai bien tenté de dire tant pis pour eux car, au fond, les films ne sont que des produits dérivés d’une œuvre romanesque formidablement passionnante et incroyablement riche.

Cependant, aussi fan que je sois des romans, je dois avouer que Harry Potter et les Reliques de la Mort, 1ère Partie est sans doute celui qui m’a le moins enthousiasmé en lui-même. Par contre, il a renforcé mon envie de voir la suite ! On retrouve l’impatience provoquée par la première partie du roman et pour ça, à mon sens, le film est plutôt réussi. De plus, David Yates est vraiment le réalisateur, avec Chris Colombus, qui aura le mieux réussi à faire le lien entre œuvre littéraire et cinématographique. Sa réalisation est à la fois pleine de maîtrise technique, tout en gardant une certaine humilité face à la richesse de l’univers qu’il décrit. Il pourrait noyer la magie du monde d’Harry Potter dans une avalanche d’effets spéciaux et de scènes d’action échevelés, mais il n’en est rien.

harrypotter71Par contre, Harry Potter et les Reliques de la Mort possède une grande faiblesse, qui grandit de films en films. Une faiblesse nommée David Radcliffe. L’acteur enfant qui collait parfaitement au personnage et nous transmettait sa vivacité et son audace s’est mué en jeune adulte au jeu plat et sans intérêt. Heureusement pour lui, il évolue dans un univers visuel assez spectaculaire et il est entouré par un casting de très haute gamme pour les personnages adultes et pas deux acolytes dont le jeu a au contraire gagné en maturité à chaque épisode. Emma Watson et Ruppert Grint apportent une vraie dimension à leur personnage et tire heureusement leur compère vers le haut.

Le choix de faire deux films fait couler beaucoup d’encre. Beaucoup y voit une manœuvre purement commerciale, surtout vu le rythme de Harry Potter et les Reliques de la Mort, 1ère partie. Mais pour moi, et tous les fans des romans que je connais, cette solution était le seul moyen pour retranscrire fidèlement à l’écran une œuvre qui nous a tant enthousiasmés. Ce film ne nous aura peut-être pas fait entrer en transe, mais il nous fait plus que jamais trépigner d’impatience, comme à la lecture des pages écrites par J.K. Rowling.

Fiche technique :
Production : Heyday Films, Warner Bros Pictures
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : David Yates
Scénario : Steve Kloves, d’après le roman de J.K. Rowling
Montage : Mark Day
Photo : Eduardo Serra
Décors : Stuart Craig
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 145 mn

Casting :
Daniel Radcliffe : Harry Potter
Emma Watson : Hermione Granger
Rupert Grint : Ron Weasley
Ralph Fiennes : Voldemort
Helena Bonham-Carter : Bellatrix Lestrange
Tom Felton : Drago Malfoy
Bill Nighy : Brtus Scrimgeour
Rhys Idans : Xenophilius Lovegood
Clémence Poésy : Fleur Delacour
 

MON POTE : Amitié et optimisme

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monpoteafficheDans la série des thèmes à la mode au cinéma, et en particulier dans le cinéma français, voici l’amitié virile. Ce n’est pas non plus très nouveau, mais le succès fulgurant du Cœur des Hommes, il y’a quelques années, aura considérablement relancé le genre. Les Petits Mouchoirs l’illustre, mais aussi, dans un genre différent, Mon Pote, de Marc Esposito, le réalisateur… du Cœur des Hommes. Comme quoi, quand on a une bonne idée, autant l’exploiter jusqu’au bout.

Victor dirige un magazine consacré à l’automobile. Alors qu’il donne une conférence dans une prison, il est abordé par Bruno, passionné par le sujet, qui pourrait obtenir une libération conditionnelle s’il trouvait un emploi. Victor accepte de lui laisser sa chance et va naître entre les deux hommes. Mais Bruno a-t-il vraiment rompu avec son passé de délinquant ?

Alors évidemment, un tel synopsis pourrait donner à penser qu’il s’agit là d’un drame social sombre et larmoyant, comme le cinéma hexagonal nous en livre parfois. Il n’en est rien. Il s’agit bien là d’une comédie des mœurs, avec un vrai fond social certes, qui reste cependant assez léger, autant dans la place qu’il prend que dans sa pertinence. C’est avant tout un beau duo d’acteurs qui donnent à leur personnage une dimension supplémentaire.

Tous ceux qui connaissent bien les problèmes liés à la réinsertion des anciens détenus pourront sourire face à la légère naïveté de ce petit conte de fée. Bien sûr, c’est plus ou moins censé être une histoire vraie, mais on peut facilement s’imaginer que tout cela est largement romancé. Mais ce n’est pas si grave car Mon Pote n’est absolument pas moralisateur. Bien au contraire… Bon, là, j’aurais bien des choses à dire, mais je serais obligé de dévoiler quelque peu l’évolution des personnages, qui n’est pas forcément celle attendue. Simplement, ce n’est pas les bons contre les méchants, les honnêtes contre les malhonnêtes et la morale finale de l’histoire n’est pas celle que l’on aurait pu craindre. Bref, ce film ne nous donne pas envie de nous enfoncer deux doigts au fond de la gorge, comme l’aurait très certainement fait une version hollywoodienne de la même histoire.

monpoteDeux potes, deux acteurs. Le film a été bâti autour et pour le duo Benoît Magimel – Edouard Baer. Si j’ai déjà fait part de mes réserves concernant le premier, je voue une admiration sans limite pour le second. Mais, pour Mon Pote, je dois admettre que les deux donnent le meilleur d’eux-mêmes et il est difficile d’en congratuler un plus que l’autre. On assiste à une vraie symbiose qui donne son brillant, son épaisseur et surtout sa crédibilité à cette fable, qui aurait pu sombrer dans le ridicule.

Il n’en est vraiment rien et ce film est prenant du début à la fin, jamais ennuyeux, soutenu, il est vrai, par un fil conducteur narratif de qualité. Marc Esposito ne s’est pas contenté d’admirer le jeu de ses deux acteurs principaux. Mon Pote comporte des rebondissements et un vrai rythme. On ne crie pas au génie à ce niveau-là, mais cela a le mérite de donner du corps à ce film qui se laisse regarder avec un vrai plaisir.

Mon Pote est donc un film pleinement réussi pour ce qu’il a cherché à raconter. On pourra lui reprocher certaine faiblesse du fond social, mais il s’agit là plus d’un film sur les rapports humains que sur les problèmes sociétaux. Et puis, un peu d’optimisme parfois, cela fait du bien !

Fiche technique :
Réalisateur : Marc Esposito
Production : Les Films Du Kiosque et Wayan Productions
Producteurs : Marc Esposito, François Kraus et Denis Pineau-Valencienne
Coproduit par France 2 Cinéma, Mars Films et Alvy Productions
Avec la participation de TPS Star, Canal+ et CinéCinéma
Scénario : Marc Esposito
Image : Pascal Caubère
Directeur de production : Claude Parnet
Régie : Eric Duchêne
1er assistante réalisateur : Carole Amen

Casting :
Edouard Baer : Victor, patron d’un magazine automobile
Benoît Magimel : Bruno, ancien braqueur fan d’autos
Diane Bonnot : Agathe, la femme de Victor, prof de français
Leonie Simaga : Anna, la femme de Bruno
Atmen Kélif : Sami, le directeur artistique du magazine
Anthony Levesque : Roland, le frère d’Anna
Albane Duterc : Gigi, une collègue de Victor
Solo : Augustin, fournisseur de « coups faciles »
Riton Liebman : Thierry, un collègue de Victor

A BOUT PORTANT : Bonne surprise hexagonale

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aboutportantafficheThriller, film d’action et cinéma français, voici des notions qui ne se sont que rarement mariés. Et encore moins souvent, pour des mariages heureux. Guillaume Canet a pourtant montré la voie avec son formidable Ne le Dis à Personne. Fed Cavayé emprunte le même chemin avec A Bout Portant, avec un film rare pour le cinéma hexagonal.

Samuel est aide-soignant, sur le point de devenir papa et de passer le concours d’infirmier. Un jour, un truand blessé par balles est amené dans son service. Peu après, il s’interpose face à un homme visiblement venu pour achever le blessé. Il pense alors avoir simplement accompli un geste héroïque. Mais son geste va le plonger dans un cauchemar de plus en plus profond et mettra en danger la vie de sa femme et de son futur enfant.

Si A Bout Portant est relativement enthousiasmant, c’est que l’on ne s’attend vraiment pas à ça pour un film français. Le cinéma hexagonal n’est pas avare en très bon polar, mais ils prennent souvent la forme de film noir, doté d’une bonne dose de psychologie. Ils brillent rarement par leurs rebondissements incessants et leur rythme échevelé. C’est pourtant le cas de ce film parfaitement maîtrisé et particulièrement réussi.

Alors évidemment, on peut toujours rechigner en disant que si ce film avait été une production hollywoodienne, il aurait été jugé réussi certes, mais relativement classique. Objectivement, ces remarques sont fondées, mais on peut tout de même se réjouir d’en voir naître une bien de chez nous, avec un fond culturel qui nous parle réellement, même si ceux des films américains nous sont aussi, à force, parfaitement familiers.

Le parallèle avec Ne le Dis à Personne est difficilement évitable sur bien des points. Certes, le scénario de A Bout Portant est nettement plus basique. Mais certaines scènes d’action, dont notamment une poursuite à pied haletante, ressemblent presque à un clin d’œil. Et oui, en France, on ne donne peut-être pas dans le délire pyrotechnique ou la destruction massive de voitures, mais on sait tout de même réaliser des scènes d’action qui tiennent la route et ne sont pas loin, parfois, de littéralement nous scotcher au fauteuil.

aboutportantComme je l’ai évoqué, la plus grande limite de A Bout Portant reste son scénario. Niveau rythme, il n’y a vraiment rien à dire et il faut vraiment le souligner car c’est souvent là où pêchent bien des productions hexagonales. Les rebondissements sont nombreux, mais sans jamais nous prendre totalement au dépourvu. Mais sa vraie faiblesse reste dans ses personnages, qui même s’ils peuvent nous inspirer une réelle sympathie ou au contraire une forte antipathie, il faut bien avouer qu’ils ne présentent pas non plus un intérêt fantastique. Certains pourront donc dire que le film abandonne ici ce qui fait d’habitude la force du cinéma français. Mais que voulez-vous on ne peut pas tout avoir, même au cinéma… Enfin si, ça arrive, mais tous les quatre matins non plus.

La relative faiblesse des personnages entraîne du coup une interprétation qui ne reste parfois au ras du cliché. Gilles Lellouche, quelque peu à contre emploi, et Gérard Lanvin, dans un rôle par contre tout à fait classique pour lui, n’économisent guère leur énergie, mais ils ont bien du mal à donner de l’épaisseur à leurs personnages respectifs. Mais heureusement, Roschdy Zem est là. Il est certes aidé par un rôle nettement plus ambiguë et complexe que ses deux compères, mais il faut reconnaître qu’il est réellement en train de devenir un très très grand acteur au registre extrêmement large et il le prouve ici une nouvelle fois.

A Bout Portant a donc réussi là où la plupart des productions Besson se plantent. Certes, ce n’est pas du grand cinéma, il possède bien des imperfections, mais aussi énormément de qualités. Et des qualités rares par chez nous !

Fiche technique :
Production : LGM films, Gaumont
Distribution : Gaumont
Réalisation : Fred Cavayé
Scénario : Fred Cavayé, Guillaume Lemans
Montage : Benjamin Weill
Photo : Alain Duplantier
Son : Pierre Mertens, Alain Feat, Marc Doisne
Musique : Klaus Badelt
Durée : 85 mn

Casting :
Gilles Lellouche : Samuel
Roschdy Zem : Hugo Sartet
Gérard Lanvin : Commandant Werner
Elena Anaya : Nadia
Mireille Perrier : Commandant Fabre
Claire Perot : Capitaine Susini
Valérie Dashwood : Capitaine Moreau

RED : Les vieux ont la cote

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redafficheLa mode est visiblement aux vieux sur le retour. Après, le très musclé, mais très réussi, the Expandables, voici Red, qui lui joue beaucoup plus la carte de la comédie parodique. Leur point commun : Bruce Willis. Mais s’il ne faisait qu’une courte apparition dans le premier, il est ici l’acteur principal d’un casting particulièrement réjouissant. Au final, on obtient un film très drôle et très divertissant.

Franck Moses est un relativement jeune retraité dans une banlieue américaine sans histoire. Son seul rayon de soleil : appeler sous n’importe quel prétexte sa conseillère de sa caisse de retraite, qu’il n’a jamais vu, mais avec qui il flirte allégrement. Mais un jour, un commando de tueurs débarque chez lui et lui rappelle qu’il n’y pas si longtemps, il était encore un des agents les plus efficaces de la CIA.

Red est symbolique d’un nouveau style de parodie, largement influencé par le cinéma de Quentin Tarantino. Un genre parodique, mais réalisé exactement comme les films du genre dont il se moque. Il ne s’agit donc pas d’une grosse farce à la Y’a-t-il un Pilote dans l’Avion, qui se moquait alors de la mode des films catastrophes. Non il s’agit d’un vrai film d’action, avec un rythme, un scénario, des scènes typiques du genre, mais parsemés d’éléments comiques entre premier et second degré.

Et Red est une réussite sur les deux plans. Les scènes d’action sont tournées avec talent. Ni trop longues, ni trop courtes, filmées sans génie, mais sans les transformer en clip vidéo, elles agrémentent le film et permettent au spectateur de ne pas s’ennuyer une seule seconde. Le tout est porté par un scénario certainement pas révolutionnaire, qui ne vous fera pas mal à la tête, mais qui vous divertira pendant 1h50.

L’aspect comique est lui aussi à la hauteur. Il repose principalement sur deux acteurs. D’un côté, Helen Mirren nous livre un personnage pince-sans-rire dont l’humour au second degré est un vrai régal. On en attendait pas moins d’une actrice qui a été primée à la fois aux Oscars, à Cannes et à Venise au cours de sa longue carrière, excusez du peu. A l’opposé, le grand John Malkovitch apporte lui un humour très premier degré, mais livré avec le talent qu’on lui connaît. Si tous les personnages avaient été comme lui, Red aurait été tout simplement insupportable et lourdingue, mais là, il apporte avant tout une touche de fraîcheur et de vrais éclats de rire.

redMais le vrai couple vedette de Red est bien sûr le duo Bruce Willis – Mary Louise Parker. Pour le premier, pas de surprise, il nous livre une prestation chargée de son charisme habituel et de son inimitable lever de sourcils pendant l’action. De toute façon, le film a clairement été taillé pour lui, il s’y sent donc particulièrement à l’aise. A ses côtés, les fans de Weeds seront heureux de retrouver une de leur héroïne préférée et ceux qui, comme moi, ont revu récemment Beignets de Tomates Vertes, se diront que la jeune fille est devenue une femme magnifique et charmante. Allez, soyons honnêtes, ce n’est pas la plus grande actrice de l’histoire du 7ème art non plus, mais ce film n’est pas non plus en lice pour l’Oscar.

Red reste donc un cocktail agréable d’humour et d’action. Un cocktail que j’ai bien failli ne pas goûter, tant la bande-annonce me faisait craindre le navet lourdingue. Il n’en est rien. On n’est pas ici face à un chef d’œuvre, mais face à un divertissement relativement réjouissant.

Fiche technique :
Production : Di Bonaventura Picturesa, Summit Entertainment, DC Entertainment
Distribution : SDN
Réalisation : Robert Schwentke
Scénario : Jon Hoeber, Erich Hoeber
Montage : Thom Noble
Photo : Florian Ballhaus
Format : 35mm
Décors : Alec Hammond
Musique : Christopher Beck
Effets spéciaux : James Madigan
Durée : 111 mn

Casting :
Bruce Willis : Franck Moses
Morgan Freeman : Joe Matheson
John Malkovich : Marvin Boggs
Helen Mirren : Victoria
Karl Urban : William Cooper
Mary-Louise Parker : Sarah
Brian Cox : Ivan simanov
richard Dreyfuss : Alexander Dunning
Ernest Borgnine : Henry

MANON : Noir, blanc, sublime

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manonafficheAdapter une œuvre littéraire au cinéma, mais en transposant l’histoire dans une toute autre époque que celle de l’œuvre originelle, constitue souvent un choix osé et sujet à polémique. Mais c’est aussi un moyen de montrer que les sentiments humains sont intemporels, en particulier l’amour. C’est ainsi que les Liaisons Dangereuses ont souvent été l’objet d’une telle transposition. Mais ce fut également le cas en 1949 de Manon Lescaut, porté au cinéma par Henri-Georges Clouzot sous le simple titre de Manon.

Un navire de marine marchande en pleine Méditerranée. A son bord, cachés dans la cale, des familles juives, réchappées du génocide, qui s’apprêtent à immigrer clandestinement en ce qui est encore appelé la Palestine. Mais aussi, un couple de passagers clandestins qui finissent par se faire prendre et sont emmenés dans la cabine du Capitaine. Là, l’homme est reconnu comme étant, Robert Desgrieux, un homme recherché pour meurtre. Il est alors décidé des les livrer à la police lors de leur escale à Alexandrie. Pour y échapper et convaincre le Capitaine de les débarquer avec les autres passagers, ils racontent leur histoire.

Le roman de l’Abbé Prévost avait été jugé scandaleux et condamné à être brûlé en 1733 et 1735. Il constitue une des œuvres les plus audacieuse de l’histoire de la littérature. Cette histoire d’amour « entre un fripon et une câtin » pour reprendre les mots de Montesquieu (oui, j’aime bien cité Montesquieu, comme ça, juste pour faire bien) ne correspondait pas vraiment aux canons de l’amour courtois alors en vigueur, en particulier sous la plume d’un ecclésiastique.

Deux siècles plus tard, de l’eau avait passé sous les ponts, mais il régnait encore un puritanisme très fort sur l’industrie cinématographique. Cela était certes moins vrai en France qu’à Hollywood, mais tout de même, on ne badinait pas impunément avec la morale. Mais ce n’était pas le genre de chose à arrêter Henri-Georges Clouzot, capable, en pleine occupation, de sortir un film, le Corbeau, dont le thème principal était la délation. Une vraie audace scénaristique, mais aussi visuelle puisque on peut voir dans Manon le sein nu de l’héroïne, chose quasi impensable pour l’époque.

manonCette audace, cette noirceur, ce réalisme des sentiments auront peut-être choqué à l’époque, mais n’auront pas freiné le succès de Manon, récompensé notamment par le Lion d’Or au Festival de Venise. Il faut dire qu’au-delà des thèmes abordés, Henri-Georges Clouzot nous livre là un chef d’œuvre d’un esthétisme que seul permet le noir et blanc. Ce dernier, au cinéma comme pour la photographie, permet de réaliser des portraits à nul autre pareil. L’expressivité des personnages est sublimée, donnant parfois quelque peu l’impression que les acteurs surjouent. Mais à l’époque, sans effets spéciaux, où les décors de grande ampleur étaient réservés aux super-productions hollywoodiennes, les comédiens formaient le pilier central sur lequel devait s’appuyer tous les flims. Et Henri-Georges Clouzot n’a eu guère d’équivalent pour les mettre en valeur.

Manon possède d’ailleurs un casting riche. Axé autour d’un sublime trio Cécile Aubry – Michel Auclair – Serge Reggiani (dont on oublie trop souvent qu’il fut avant tout un immense acteur), il nous permet de profiter pleinement de cette histoire d’amour dramatique et intemporelle. Les plus cinéphiles s’amuseront aussi à retrouver un Michel Bouquet d’à peine 25 ans et même à assister aux débuts à l’écran de Rosy Varte… Mais si rappelez-vous, l’actrice qui interprétait Maggy à la télévision !

Manon nous parle donc de tout ce que les hommes d’aujourd’hui, d’hier et de demain sont prêts à faire par amour. Et quand cette histoire est racontée par un réalisateur qui n’aura été surpassé peut-être que par Orson Welles dans sa maîtrise technique du noir et blanc, cela donne un immense classique intemporel du cinéma français.

Fiche technique :
Titre : Manon
Réalisation : Henri-Georges Clouzot
Scénario : Henri-Georges Clouzot et Jean Ferry, d’après le roman de l’Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut de l’Abbé Prévost
Musique : Paul Misraki
Photographie : Armand Thirard
Année : 1948
Genre : drame
Durée : 100 mn
 
Casting :
Cécile Aubry : Manon
Michel Auclair : Robert Desgrieux
Serge Reggiani : Léon Lescaut
Gabrielle Dorziat : Mme Agnès
Andrex : Le trafiquant
Raymond Souplex : M. Paul
André Valmy : Le lieutenant Besnard
Henri Vilbert : Le commandant du navire
Héléna Manson : La commère
Dora Doll : Juliette
Simone Valère : Isé, la soubrette
Gabrielle Fontan : La vendeuse à la toilette
Michel Bouquet : Le second
Robert Dalban : Le maître d’hôtel
Jean Hébey : L’hôtelière
Jean Témerson : Le portier du ‘Magic’ (sous le nom de Témerson)
Edmond Ardisson (sous le nom de Ardisson)
Don Angel : Soldat qui danse avec Manon
Wanda Ottoni
Rosy Varte
 

LA REVOLUTION ET NOUS, ET MOI

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cantonaNous sommes le 7 décembre 2010, il est 21h47 et aux dernières nouvelles, le système bancaire français ne s’est pas écroulé. L’appel d’Eric Cantona est un échec…

Au-delà de l’anecdote du buzz autour de la vidéo de l’ancien attaquant de Manchester United, cette affaire est particulièrement révélatrice de la relation ambiguë qu’entretient le peuple français avec l’idée de révolution. Voilà bien une idée qui nous parle et qui pour beaucoup nous séduit. Quoi de plus normal pour une nation qui a fondé une large part de son identité sur ce qu’on appelle la Révolution, avec un R majuscule. Elle est à l’origine de notre imaginaire politique et la décapitation de Louis XVI représenta l’expression la plus ultime du rapport amour-haine que nous entretenons avec nos dirigeants.

Mais si notre imaginaire est encore bercée de révolution, le passage à l’acte semble être devenu beaucoup plus difficile. Mais l’est-il vraiment ? Ou bien la légende n’a t’elle pas déformée l’image que nous avons de ces évènements ? Si on reparle souvent des évènements de mai 68, comme étant le dernier épisode révolutionnaire qu’ait connu notre société, on oublie souvent de mentionner la vague conservatrice qui a déferlé aux élections qui ont suivi.

De même 1789 est loin d’être ce que notre imaginaire national souhaiterait qu’il soit. On a retenu l’image d’une révolte du peuple contre l’oppression. Mais la Révolution Française fut avant tout la prise de pouvoir de la bourgeoisie. Cette dernière avait déjà largement conquis le pouvoir économique, il lui restait encore à conquérir le pouvoir politique. Ce fut chose faite… et rien n’a vraiment changé depuis, le peuple ayant au fond simplement changé de maître.

Avoir substitué un pouvoir acquis par le sang par un pouvoir procuré par l’argent présente un grand avantage pour celui qui le détient. En partageant un peu de son pouvoir, donc de son argent, il peut acheter la paix sociale. Bien sûr, il s’agit d’en donner le minimum, mais juste assez pour tuer dans l’œuf toute tentative de renverser l’ordre établi. De plus, si en 1789 la chute de la noblesse n’a nuit qu’à cette dernière, la chute du pouvoir économique entraînerait toute la société avec lui. La crise financière l’a montré, les premiers à trinquer en cas de secousse, ce sont les plus faibles. Ou du moins, ce sont les seuls qui peuvent tout perdre.

Si l’appel de Cantona avait été entendu à une large échelle, cela aurait surtout nuit à ceux qui l’aurait suivi. Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser que ça aurait peut-être été un mal pour un bien. Cela pose une question fondamentale auquel est confronté toute personne ayant l’espoir de changer le monde et a fortiori à un militant de gauche comme moi. Peut-on vraiment changer les choses dans le système actuel ? La démocratie peut-elle encore dominer le pouvoir économique ? Bref, même si elle se mène au prix de bien de larmes et de souffrances, la révolution n’est-elle pas la seule issue ?

Bien sûr, aux deux premières questions, je répondrais oui et non à la dernière. Si ce n’était pas le cas, mon engagement ne serait pas le même. Mais le doute est évidemment là. Lâcher l’espoir en la démocratie pour un rêve révolutionnaire peut être signe de désespoir. Ceux qui n’ont rien à perdre dans la société actuelle n’ont aucune raison de ne pas la souhaiter. Mais ceux pour qui ne sont pas ce cas-là, il s’agit souvent d’une paresse intellectuelle, un refus d’assumer sa propre part de responsabilité, un moyen de se donner bonne conscience et d’oublier qu’on est, comme la plupart d’entre nous, dépendant, et donc quelque part acheté par le système économique.

Faire la révolution depuis son salon quand on a les revenus d’Eric Cantona (et une épouse qui a fait de la pub pour une banque…) est chose facile. Se présenter face aux électeurs, les convaincre, accepter leur verdict l’est beaucoup moins. Pourtant c’est ce qu’on appelle simplement la démocratie et on sait bien ce qu’ont donné les révolutions qui ont entraîné sa disparition.