DE HEROS A ZERO

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finalecoupedavis2010La France aura donc vécu un remake du cauchemar de 2002 en perdant une finale de Coupe Davis, alors qu’elle menait 2-1 après le double. Mais le scénario de cette après-midi ne ressemble en rien à la déconvenue de Bercy contre les Russes.

Michael Llodra aura passé un drôle de week-end. Samedi, il était un héros, après le point du double acquis au bout d’un match au scénario renversant. Un moment comme seul le tennis peut en proposer. Un vrai match de Coupe Davis où chacun des acteurs se bat avec acharnement sur chaque point, l’enjeu dépassant largement sa propre réussite personnelle. Cette « magie » propre à cette compétition a souvent profité à l’Equipe de France. Cette fois, elle a précipité sa défaite.

Aujourd’hui, Michael Llodra a connu ce que Paul-Henri Mathieu a vécu il y’a 8 ans. Cette impression d’avoir failli à son devoir et de ne pas avoir été à la hauteur du maillot que l’on porte. Mais dans une proportion sans commune mesure. Il n’y a pas eu de match, Michael Llordra s’est fait laminer par un joueur pourtant censé être inférieur. Certes, Viktro Troicki s’est porté à un niveau qu’il n’avait jamais encore atteint. Cependant, cela n’explique pas tout. Il suffit de regarder les statistiques au service pour voir que Michael Llodra a tout simplement livré une performance indigne d’une finale de Coupe Davis. Il a gravement failli et la belle victoire de la veille ne pourra effacer ce constat.

C’est d’autant plus difficile à supporter que la France possède un réservoir de joueurs de haut niveau comme il n’en a jamais connu auparavant. Si sa présence régulièrement en finale de Coupe Davis a souvent tenu du miracle, désormais, elle est nettement plus logique. Du coup, il serait tentant de jeter la pierre au capitaine, Guy Forget. Le choix de Michael Llodra pour le match décisif s’est révélé être une erreur fatale. Il a donc une lourde part de responsabilité dans la défaite.

Evidemment, il est facile de dire tout cela a posteriori. Espérons que l’histoire retiendra surtout la victoire largement méritée de la Serbie. Même s’il avait évolué à son meilleur niveau, rien ne prouve que Michael Llodra aurait pu battre un Viktor Troicki marchant sur l’eau. Ah par contre, si Jo-Wilfried Tsonga n’avait pas été blessé…

BURIED : Claustrophobes s’abstenir !

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buriedafficheParfois un réalisateur a une idée un peu folle. Une idée qui semble saugrenue et dont il est tentant de penser qu’elle ne se transformera jamais en film digne d’intérêt. Raconter une histoire en montant les scènes dans un ordre chronologique inverse ? Vous n’y pensez pas… Et pourtant, cela a donné Memento, le premier chef d’œuvre de Christopher Nolan. Tournez un film qui se passerait uniquement à l’intérieur d’un cercueil, uniquement éclairé au briquet ou à l’écran de portable ? Inimaginable… Pourtant Rodigro Cortes l’a osé et nous offre ce formidable Buried.

Paul Conroy est chauffeur de poids-lourd en Irak. Après que son convoi ait été attaqué, il reprend connaissance enfermé dans un cercueil, enterré sous une bonne couche de sable. Son seul lien avec le monde extérieur : un téléphone portable dont la batterie n’est pas éternelle.

Pour Buried, Rodigro Cortes a du faire face à deux défis. Le premier est relativement technique. Comment varier les plans dans un espace aussi exiguë ? Essayez de prendre en photo sous différents angles une pièce de dimension modeste et vous comprendrez très vite les difficultés rencontrées.

Mais le défi va ici encore plus loin. Il ne s’agit pas uniquement de nous montrer ce qui se passe, mais de nous faire partager les angoisses du personnage. Et à ce niveau, la réussite est au rendez-vous. Buried est un film à déconseiller à toute spectateur atteint de claustrophobie. Le film s’appuie énormément sur cette peur relativement primale. Rodigro Cortes n’est pas le premier à s’y essayer, mais il pousse le concept à l’extrême, tout en gardant une parfaite maîtrise. Il ne s’agit pas d’un film expérimental, mais simplement d’une idée audacieuse exploitée à son maximum. L’espace, la lumière et le son sont totalement appréhendés pour servir le propos du réalisateur.

buriedLe second défi consistait dans l’écriture d’un scénario qui nous offre assez de rebondissements pour maintenir l’intérêt du spectateur du bout en bout. C’était sans doute là la clé qui pouvait faire basculer Buried d’un côté ou de l’autre de la réussite. Sans être génial dans son contenu, le scénario déploie assez d’intelligence pour que le challenge soit parfaitement relevé. Son plus grand mérite réside dans sa capacité à faire monter la pression peu à peu jusqu’à un final de toute beauté. Cette histoire n’était sûrement pas facile à conclure et une fin ratée aurait pu tout gâcher. Heureusement, il n’en est rien, bien au contraire.

Rarement un film n’aura reposé autant sur un seul acteur. Dans le cercueil, il n’y a pas de place pour deux et Ryan Reynolds est le seul acteur apparaissant à l’écran. Il dialogue avec d’autres acteurs qui ont prêté leur voix aux personnages qu’il a bout du fil, mais à l’image, on ne voit que lui. Là aussi, il y’avait un vrai challenge et qui est encore une fois relevé avec une grande réussite. Ce n’est pas la plus grande performance d’acteur du siècle, mais vue la promiscuité entre le personnage et le spectateur, il valait mieux que l’interprétation soit porteuse d’un minimum de talent.

Buried fait donc partie de ces films qui marquent, parce que réellement uniques. Alors quand ils sont en plus très réussis à tout point de vue, cela donne une de perle cinématographique de l’année.

Fiche technique :
Production : Versus Entertainment, The Safran Company, Dark Trick Films, Studio 37
Distribution : Rezo films
Réalisation : Rodrigo Cortés
Scénario : Chris Sparling
Montage : Rodrigo Cortés
Photo : Eduard Grau
Musique : Victor Reyes
Effets spéciaux : Alex Villagrasa
Durée : 95 mn

Casting :
Ryan Reynolds : Paul Conroy

C’EST LEUR CHOIX

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russieqatarLe choix du pays organisateur d’une grande compétition sportive repose très souvent sur des critères aussi subjectifs que mystérieux. Enfin mystérieux, c’est une façon poli pour dire que des paramètres politiques et surtout financiers rentrent en jeu et font passer parfois au second plan les qualités « techniques » des dossiers de candidature. La France est très bien placée pour le savoir et garde toujours en travers de la gorge la défaite de Paris face à Londres pour l’organisation des JO de 2012.

La FIFA vit des heures difficiles avec de lourds soupçons de corruption pesant sur certains de ses membres. L’attribution de l’organisation des Coupe du Monde de 2018 et 2022 pouvait constituer l’occasion de montrer que la gouvernance du football mondial restait entre de bonnes mains sportives, et non purement financières. Pour le coup, c’est raté.

Le choix de la Russie peut éventuellement se justifier. Il s’agit quand même du plus grand pays du monde par sa superficie et il n’a encore jamais organisé cette compétition. Cependant, son dossier était loin d’être le meilleur, les infrastructures nécessaires étant pour beaucoup à ce jour inexistantes. Alors on peut arguer que, justement, l’organisation de la Coupe du Monde sera l’occasion pour ce pays de se doter de ces infrastructures qui serviront bien au-delà de la compétition. L’argument est recevable. Par contre, ce qui prête à sourire, c’est de savoir que le favori anglais a été discrédité par des accusations de corruption. Choisir à sa place un pays gangrené par ce même fléau n’est guère rassurant.

Par contre, le choix du Qatar est absolument injustifiable. Quelle est la légitimité de ce pays pour organiser une telle compétition ? Sportive ? Historique ? Démographique ? Sûrement pas. Le seul atout du Qatar, c’est son argent, l’argent du pétrole. Un argent qui servira à payer des stades climatisés. Quelle ironie que ce choix se soit fait en pleine conférence sur le climat à Cancun ! Le pire reste tout de même un des arguments mis en avant par les Qatari. En 2022, la FIFA en face d’elle les mêmes interlocuteurs… En gros, votez pour nous car ne nous sommes pas une démocratie. On croit rêver…

On a beaucoup tapé sur les joueurs de l’Equipe de France sous prétexte qu’elle vivait loin des réalités quotidiennes, les conduisant à agir avec un cynisme sans nom. Mais le choix de la Russie et du Qatar nous montre bien que c’est tout le football qui vit dans sa bulle. Une bulle gonflée à l’argent. Et on sait comment se finisse toujours ce genre de bulle… Par une crise sévère et violente.

 

 

LA PLAISANTERIE EST FINIE

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lyonpsg22Après avoir connu un début de championnat étonnant, où seulement 6 points séparaient le leader du premier relégable, la Ligue 1 semble avoir retrouvé la raison et nous offre enfin une hiérarchie beaucoup plus claire. Les tubes de ce début d’automne, Rennes, Saint-Etienne puis Montpellier, commencent sérieusement à patiner et laissent peu à peu filer les favoris… Certains diront les gros budgets.

Un quatuor semble parti pour se disputer le titre. A leur tête, l’Olympique de Marseille qui a enfin retrouvé l’élan de la saison dernière. Mais attention, sa situation rappelle de plus en plus celle de Bordeaux la saison dernière. Champion en titre, un collectif rodé, une avance au classement qui semble grandir inexorablement… les points communs sont nombreux. Espérons pour les Olympiens qu’ils ne connaîtront pas la même explosion en plein vol.

Derrière deux outsiders que l’on attendait et qui ont livré un affrontement de très haut niveau ce week-end. L’Olympique Lyonnais et le Paris-Saint-Germain semblent armés pour disputer le titre. Pour le premier, on s’y attendait, même si son début de championnat catastrophique nous avait fait douter le temps de quelques journées. Par contre, on n’attendait pas forcément les Parisiens à ce niveau. Certes, le recrutement était prometteur, mais les déceptions furent trop nombreuses ces dernières saisons pour y croire vraiment. Tout va bien pour l’instant, mais connaissant l’histoire du club, on se dit qu’une sortie de piste est toujours possible.

Enfin, et on l’oublie certainement trop souvent, il reste Lille et son armada offensive. Son jeu est par moment irrésistible et il possède de loin l’effectif le plus riche du championnat pour ce qui est de la ligne d’attaque. Mais avec Landreau dans les buts et deux milieux défensifs comme Cabaye et Mavuba, on se dit que cette équipe recèle bien d’autres richesses. Sur la continuité de sa formidable deuxième moitié de saison de l’année dernière, elle n’a aucun complexe à nourrir et aucune raison de douter.

Et Bordeaux ? Peu convainquant dans le jeu, sans performance remarquable, à part une victoire un rien miraculeuse au Parc en début de saison, l’équipe de Jean Tigana est pourtant bien présent dans le peloton de tête. Les départs de Chamakh et Gourcuff ont bien sûr considérablement affaibli l’équipe. Cependant, le groupe compte encore la plupart des joueurs qui dominaient le championnat de la tête et des épaules. Ne les oublions donc pas.

En tout cas, cela nous promet un championnat passionnant et ça, c’est une très bonne nouvelle !

LE NOM DES GENS : Du rire intelligent

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lenomdesgensafficheQu’est ce qui constitue notre identité ? Voilà une question fort profonde, mais qui peut être traitée avec intelligence et surtout beaucoup d’humour. La preuve en est avec Le Nom des Gens une très bonne comédie française qui sait être à la fois drôle et intelligente. Même si certains riront plus que d’autre.

Bahia Benmahmoud et Arthur Martin sont différents du tout au tout. L’une est extravertie, jeune et délurée, l’autre est discret, quadragénaire et un rien coincée. Ils portent néanmoins tous deux sur leurs épaules le poids de l’histoire familiale. Une attraction irrésistible naît pourtant entre les deux. Mais leur histoire résistera-t-elle à un léger point de détail : s’ils partagent tous les deux les mêmes convictions politiques, la belle Bahia mène la lutte d’une manière plutôt originale : elle couche avec les gens de l’autre bord pour les convertir…

Le Nom des Gens parle de choses sérieuses, voire très sérieuses, comme la Shoah, mais avec un humour réjouissant qui ne compromet en rien la finesse du propos. C’est vraiment là que réside le grand intérêt de ce film, car arriver à un tel équilibre n’est pas chose aisée et Michel Leclerc y est arrivé à la perfection. De l’intelligence rafraîchissante, jamais prise de tête, mais qui nous amène dans une vraie réflexion. Bref, on retrouve là ce que le cinéma français sait faire de mieux, mais qu’il ne fait malheureusement pas si souvent que ça.

Le film parle aussi beaucoup de politique. Et là, je dois bien l’admettre, il vaut mieux être du bon bord pour totalement apprécier ce film… ou alors avoir beaucoup d’humour. Car pour rire réellement à plein poumon en voyant la jeune Bahia fondre en larmes après avoir été contrainte de voter Chirac en 2002, il vaut mieux, à mon sens, avoir eu la même réaction à l’époque… Ok, je change de sujet, parce que j’ai quelques larmes qui me montent aux yeux…

lenomdesgensPlus généralement, la principale limite de Le Nom des Gens réside dans son inégalité. Que ce soit dans l’humour ou la réflexion, il recèle quelques moments un peu faibles. Oh rien de bien méchant, ni de bien long surtout, rien qui ne gâte réellement le plaisir, mais juste assez pour ne pas classer ce film parmi les petits chef-d’œuvres. Il reste un film remarquable, bourré de qualités vraiment rares, mais il manque un petit je ne sais quoi pour en faire véritablement un film culte.

Le Nom des Gens est largement porté par son duo d’acteurs. On ne présente plus Jacques Gamblin et on s’étonnera surtout pas qu’il soit dans ce film, comme à son habitude, réellement excellent. Un films entre sérieux et comédie, c’est tout à fait ce qu’il lui faut, lui qui brille aussi bien dans un registre que dans l’autre. A ces côtés, la magnifique, la pétillante, la troublante Sara Forestier. Il est loin le temps de l’Esquive, où elle n’avait d’actrice que le titre. Désormais, elle joue la comédie et rayonne à l’écran. De toute façon sans une actrice au charme dévastateur, jamais son personnage n’aurait jamais eu la moindre crédibilité.

Le Nom des Gens est donc une comédie intelligente des plus réussie qui séduira peut-être plus un électorat que l’autre… Mais enfin, comme dans le film, qui pourrait résister à Sara Forestier ?

Fiche technique :
Production : Delante Films, Kare productions
Réalisation : Michel Leclerc
Scénario : Michel Leclerc, Baya Kasmi
Montage : Nathalie Hubert
Photo : Vincent Mathias
Décors : Jean-Marc Tran Tan Ba
Distribution : UGC Distribution
Musique : Jérôme Bensoussan, David Euverte
Durée : 95 mn

Cating :
Jacques Gamblin : Arthur Martin
Sara Forestier : Bahia Benmahmoud
Zinedine Soualem : Mohamed Benmahmoud
Jacques Boudet : Lucien Martin
Michelle Moretti : Annette Martin
Carole Franck : Cécile Benmahmoud
Lionel Jospin : Lionel Jospin

INSIDE JOB : Simplement indispensable

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insidejobafficheLa crise économique que nous venons de connaître et que nous nous connaissons encore a fait couler beaucoup d’encre. Les facteurs qui l’ont déclenchée touchent à la finance et ne sont pas toujours évidents à saisir. L’excellent documentaire Inside Job, actuellement sur nos écrans, nous aide à y voir plus clair et à comprendre avant tout ce qui a conduit le système financier à connaître un tel séisme. Et surtout à démontrer qu’ils étaient nombreux à savoir qu’on en arriverait là et que personne n’a rien fait, de peur de compromettre les profits à courts termes.

Inside Job possède un narrateur de choix puisqu’il s’agit de Matt Damon. Cependant, le film repose surtout et avant tout sur des interviews d’acteurs divers et variés, dont par exemple Dominique Strauss-Kahn et Christine Lagarde. Il liste aussi tous ceux ayant refusé d’être interrogés, et ils sont nombreux, et bizarrement il s’agit surtout de gens qui auraient éventuellement de petites choses à se reprocher…

Mais d’autres ont fait face et essayent tant bien que mal de se justifier. Le plus souvent plus mal que bien et certains, sentant le contrôle leur échapper, tentent d’esquiver les questions. C’est sûrement le plus grand intérêt d’Inside Job d’arriver à mettre un certain nombres de responsables devant leurs contradictions et leurs… responsabilités (puisque, logiquement, un responsable en a). Leurs réactions face à elles en disent un million de fois plus que tous les discours du monde. Un silence gêné, un bafouillement soudain, un argument d’une faiblesse sidérante sorti sous le coup de la panique… autant de propos involontaires qui ont au moins le mérite de la franchise.

A côté de ça, Inside Job possède à la fois une grande force et une grande faiblesse. En effet, si vous vous êtes déjà largement renseignés sur le sujet, le film ne comportera pas non plus d’informations spectaculairement nouvelles. Par contre, si vous voulez un panorama complet et clair, qui vous expliquera simplement mais non de manière simpliste le pourquoi du comment, alors ce film est fait pour vous. Il constitue de ce qui se fait de mieux en la matière. Dans tous les cas, vous trouverez le propos passionnant et surtout remarquablement tenu.

Si je devais faire une seule critique, qui n’en est pas vraiment une, je dirais que j’ai tout de même préféré, sur le même sujet, le film de Michael Moore : Capitalism a Love Story. Bien sûr, leur nature n’est pas tout à fait la même. Inside Job est un documentaire, l’autre un pamphlet à charge. Mais pour le premier l’accroissement des inégalités constitue l’élargissement final, quand il constitue le point de départ du second. Je trouve cette dernière démarche plus pertinente, mais c’est une opinion toute personnelle.

insidejobOn pourra aussi reprocher à Inside Job un certain angélisme quand il aborde les mesures prises par l’Union Européenne en termes de régulation financière, qui ne sont pas, contrairement à ce qui est dit, spectaculairement plus poussées que le plan de Barack Obama. C’est un point de détail certes, mais qui montre que quoi que l’on fasse, un tel sujet ne peut être traité sans au moins une petite part de subjectivité. Cependant, Inside Job laisse la parole à toutes les parties qui exposent leur point de vue en tout liberté. Après, quand on les titille un peu, parfois, le masque tombe, mais non ne va pas non plus reprocher aux auteurs d’avoir fait ce que devrait faire tout journaliste digne de ce nom.

Inside Job est donc un documentaire passionnant, pédagogique et indispensable à tous ceux qui cherche une source claire pour mieux comprendre les heures que nous vivons et surtout les mécanismes qui nous y ont conduit.

Fiche technique :
Production : Sony Pictures Classics, Representational Pictures
Réalisation : Charles Ferguson
Scénario : Charles Ferguson
Montage : Chad Beck, Adam Bolt
Photo : Kalyanee Mam, Svetlana Cvetko
Distribution : Sony pictures
Son : John Bowen
Durée : 100 mn

DIS, C’EST ENCORE LOIN LA COUPE DU MONDE ?

franceaustralie

franceaustralieUne rouste, une branlée, une dérouillée, une fessée cul nu avec un martinet à piquants… On peut appeler ça comme l’on veut, mais ce qu’a subit ce soir le XV de France va au-delà de l’humiliation. Ce n’est pas la première fois que l’on se fait cartonner par une équipe de l’hémisphère sud. Mais 59 points à domicile, cela s’apparente à une défaite historique. A moins d’un an de la Coupe du Monde, on est en droit de s’inquiéter.

On le sait, ces confrontations Nord-Sud sont souvent faussées par des différences de qualité de préparation. Dans l’autre hémisphère, tout est pensé et organisé pour mettre les équipes nationales dans les meilleures conditions. En Europe, ce sont les compétitions de clubs qui rythment la saison. Dans un sport aussi physique que le rugby, cela peut aboutir à des différents énormes. Aussi énorme que 46 points en une mi-temps ?

Cette défaite pose tout de même question sur la qualité de sélectionneur de Marc Lièvremont. Depuis sa prise de fonction, on ne peut pas vraiment constater de progrès flagrants, ni de projet de jeux visible. Il est peu probable que le XV de France attaque la prochaine Coupe du Monde avec tous les joueurs présents sur la pelouse du Stade de France ce soir. Il serait pourtant temps qu’un noyau de titulaires indiscutables se détache. Choisir à la tête de l’Equipe de France un homme sans aucune expérience en club constituait peut-être une grave erreur.

Y’a’t-il tout de même des raisons d’espérer ? On peut toujours ne retenir que la première mi-temps au bout de laquelle le XV de France menait 16 à 13 (ce qui rend la seconde mi-temps encore plus incroyablement humiliante). Certes, ce score tenait du miracle car la domination australienne était déjà impressionnante. Les tricolores n’existaient que par la domination de leur mêlée. Une domination rare à ce niveau, mais qui s’est étiolée au fur et à mesure du match.

Une bonne mêlée, c’est une bonne base sur laquelle bâtir une équipe. Le problème, c’est que cette base existe depuis longtemps. Par contre, pour l’équipe, on attend toujours… 

DATE LIMITE : Du rire crescendo

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datelimiteafficheLe duo comique formé d’un maladroit collant et d’un stressé sûr de lui est presque aussi vieux au cinéma que le cinéma lui-même. Au début, l’un déteste l’autre, mais au final, ils terminent super amis. Le schéma est connu, classique et sans surprise, mais quand ça fonctionne bien, ça continue d’offrir de très bons moments de détente et de rire. Voici, un nouvel exemple avec Date Limite, de Todd Philipps, qui nous avait fait mourir de rire il y’a un an avec son Very Bad Trip.

Peter Highman est pressé de rentré à Los Angeles car sa femme doit accoucher d’ici quelques jours. Malheureusement, il croise à l’aéroport Ethan Tremblay, aussi collant que maladroit. Suite à un quiproquo, ils se retrouvent tous les deux interdits de vol et se voient contraints de faire la longue route ensemble.
 
En fait, Date Limite est moins focalisé sur l’humour et plus sur les personnages, leurs relations, leurs états d’âmes, leur philosophie. On n’ira pas jusqu’à parler de réelle profondeur, mais le réalisateur cherche clairement à nous faire réellement connaître ses personnages et à faire naître l’attachement chez le spectateur. Sauf que cela reste relativement basique et ne présente pas de réel intérêt. Ou du moins, pas un intérêt à la hauteur du temps qui est consacré à cet aspect.

Heureusement, Date Limite va crescendo dans l’humour. Cet aspect-là prend de plus en plus de place au fil des minutes. Et c’est vraiment tant mieux, car à ce niveau-là, Todd Philipps possède un talent rare. Certes, cela reste cantonné au premier degré, mais cela fonctionne tellement bien que l’on ne voit pas pourquoi il chercherait à faire plus subtil. La dernière demi-heure est vrai bon moment d’humour intense qui vous fait rire à gorge déployée. Elle permet surtout de rester sur une très bonne impression et d’oublier un peu le début quelque peu poussif.

datelimiteDate Limite, comme tout film de ce type, repose énormément sur ses deux acteurs principaux. Et là encore, le bilan n’est pas homogène. En effet, Robert Downey Jr se contente vraiment du minimum, usant et abusant de son charme naturel, sans vraiment avoir l’air de trop fatiguer son talent. Du coup, il a bien du mal à donner l’ampleur à son personnage que Tood Philipps semblait souhaiter. A l’inverse, Zach Galifanakis s’en donne à cœur joie. Du coup, certains pourront dire qu’il en fait peut-être un tantinet trop. Mais comme son compère lui laisse tout le champs libre, il aurait bien eu tort de s’en priver. L’un ne compense pas tout à fait l’autre, mais s’il avait été lui aussi un ton en dessous, ce film aurait été vraiment raté.

Date Limite constitue donc une comédie sympathique, dont l’excellente dernière demi-heure nous permet de lui pardonner ses quelques faiblesses initiales. Tood Philipps est parti pour devenir un grand réalisateur de comédie. Espérons qu’il sache se focaliser sur ce qu’il sait faire de mieux.

Fiche technique :
Production : Warner Bros, Legendary Pictures, Green Hat Films
Distribution : Warner Bros France
Réalisation : Todd Phillips
Scénario : Alan R. Cohen, Alan Freedland, Adam Sztykiel, Todd Phillips
Montage : Debra Neil-Fisher
Photo : Lawrence Sher
Décors : Bill Brzeski
Musique : Christophe Beck
Durée : 100 mn

Casting :
Robert Downey Jr : Peter Higman
Zach Galifianakis : Ethan Tremblay
Michelle Monaghan : Sarah Hoghman
Jamie Foxx : Darryl
Juliette Lewis : Darryl
Danny McBrde : Lonnie
RZA : le douanier à l’aéroport 

RETOUR SUR UN MOIS CONSTERNANT

sarkofillon

sarkofillonAyant une vie mouvementée et dissolue, comme chacun le sait, j’ai quelque peu négligé ma rubrique actualités. Pourtant, il s’en est passé des choses depuis le 24 octobre. Et bien sûr, un homme continue d’occuper la une et de briller de mille feux. Je veux évidemment parler de notre cher et tendre Président, Nicolas Sarkozy.

Avec le feuilleton du remaniement, je crois qu’on a vraiment touché le fond en termes de dramatisation et de scénarisation de la vie politique, histoire d’occuper au maximum les médias et d’empêcher tout débat de fond ou d’idées. Mais en nous faisant lambiner six mois pour finalement reconduire François Fillon, Nicolas Sarkozy nous a surtout prouvé qu’il n’avait plus d’autre choix que de tout miser sur la mobilisation maximale de son électorat traditionnel. Une tactique qui peut paraître suicidaire, quand on sait que les élections se gagnent, au contraire, en mobilisant l’électorat « flottant ». Cependant, en se concentrant sur l’idéologie qu’il maîtrise le mieux, il pourrait se reprendre du poil de la bête d’ici 2012…

… si l’affaire de Karachi ne lui a pas explosé à la figure d’ici là. L’agressivité du Chef de l’Etat vis à vis des journalistes qui ont l’audace d’écrire sur le sujet montre bien que c’est la panique à bord. On trouve aujourd’hui sur Mediapart une excellente synthèse sur l’affaire, qui renvoie vers tous les documents, parfois publics, qui vont totalement à l’encore de la défense de Sarkozy : http://www.mediapart.fr/club/blog/francois-bonnet/241110/nos-lecteurs-mediapart-karachi-et-le-president Et il ne faut surtout pas oublier que l’affaire a repris de l’ampleur depuis un rapport d’enquête de la police luxembourgeoise. Il est tout de même difficile de penser que la justice du Grand Duché cherche à répandre de pures calomnies sur notre Président.

Enfin, la nouvelle qui ferait rire si elle était vraiment drôle est le revirement de l’ancien jeune militant UMP d’origine maghrébine qui s’était fait joyeusement insulté par Brice Hortefeux. Des propos pour lesquels l’ancien Ministre de l’Intérieur a été condamné pour injure raciale, il faut quand même le rappeler. Dans beaucoup de pays, cela aurait évidemment conduit à une démission immédiate, pas chez nous, où les dérapages racistes du gouvernement sont devenus trop fréquents pour provoquer une indignation d’ampleur. Une nouvelle preuve que la politique du pire finit par habituer le citoyen à tout et n’importe quoi.

Espérons que ce mois politiquement consternant finisse par pousser les Français à mener une cure de désintoxication contre le sarkozysme.

 

POTICHE : Ozon oserait presque

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poticheafficheFrançois Ozon est une des valeurs sûres du cinéma français, voir même mondial, puisqu’il a déjà eu la chance de tourner aussi de l’autre côté de l’Atlantique. Mais je me souviens bien de ma critique de Angel que j’avais intitulée « Si Ozon osait ». En effet, malgré une impressionnante maîtrise technique et une grande diversité dans les genres abordés, il nous livre toujours des films brillants mais très académiques. Qu’en est-il de son dernier long métrage, Potiche ?

Robert Pujol est le patron d’une usine de parapluies dans le Nord. Un patron réactionnaire et tyrannique, détesté par tous ses employés. Et il se comporte exactement de la même façon chez lui, où sa femme, Suzanne est reléguée au rang de potiche. Mais une grève et un infarctus vont largement modifier les rôles.

Potiche est tirée d’une pièce de Barrillet et Grédy, qui furent les rois du théâtre de boulevard des années 60 et 70, mettant très souvent Jacqueline Maillant en vedette. Après 8 Femmes, François Ozon nous montre une nouvelle fois un vrai talent d’adaptateur, permettant au spectateur d’échapper à l’impression d’assister à du théâtre filmé. Nous sommes là réellement au cinéma. Et du bon cinéma.

Potiche est donc avant tout une comédie. Une comédie qui nous propose une large palette d’humour entre premier et quinzième degré. On s’amuse tout le temps, on éclate de rire quelques fois et surtout jamais on ne s’ennuie. Ce film pourra donc séduire un large public. Cela prouve encore une fois à quel point François Ozon est un réalisateur polyvalent, aussi talentueux dans la subtilité que dans un humour plus direct.

Potiche se distingue aussi par un vrai fond social. Là encore, François Ozon fait preuve d’une réelle habileté. En effet, d’un côté, le film joue sur la nostalgie d’une époque, les années 70, par les costumes et les décors qui font tout pour nous y replonger. De l’autre, le film s’applique à montrer, sans en avoir l’air, que les combats menés par les personnages sont bien toujours d’actualité. Il multiplie les clins d’œil pour créer des ponts entre nos deux époques, pour montrer que même si beaucoup de progrès ont été réalisés, il reste encore bien du chemin à parcourir.

poticheC’est pour cela que je placerais vraiment Potiche parmi les meilleurs films de François Ozon. En effet, il véhicule réellement une opinion qui provient du plus profond des convictions du réalisateur. Alors bien sûr, il reste encore un tantinet ce côté très académique, mais au moins, on sent que le réalisateur s’est investi dans l’écriture de ce scénario, ce qui lui donne ainsi un côté assez personnel à ce film.

Un mot enfin sur le casting. Quand on s’appelle François Ozon, on est capable de rassembler devant sa caméra trois monstres sacrés comme Catherine Deneuve, Gérard Depardieu et Fabrice Luchini. Cela rend évidemment les choses beaucoup plus faciles. Cependant, on doit reconnaître au réalisateur un vrai talent dans la direction d’acteurs. Depardieu et Luchini ne sont pas toujours les derniers à cabotiner, mais ils livrent ici deux prestations parfaitement maîtrisées.

Potiche est donc un film qui pourra séduire un large publique. A la fois drôle et engagé, il confirme une nouvelle fois le talent polymorphe de François Ozon.

Fiche technique :
Production : Mandarin cinéma, Scope pictures
Distribution : Mars distribution
Réalisation : François Ozon
Scénario : François Ozon, d’après la pièce de Barillet et Grédy
Montage : Laure Gardette
Photo : Yorick Le Saux
Décors : Katia Wyszkop
Musique : Philippe Rombi
Durée : 103 mn

Casting :
Catherine Deneuve : Suzanne
Gérard Depardieu : Maurice Babin
Fabrice Luchini : Robert Pujol
Karin Viard : Nadège
Judith Godrèche : Joëlle
Jérémie Renier : Laurent Pujol
Sergi Lopez : le routier espagnol
Elodie Fregé : Suzanne (jeune)