Oh encore une histoire d’amour ! Ca suffit à la fin ! Non mais franchement, cela fait des siècles que l’on raconte toujours la même chose, on va bien finir par se lasser. Et bien, non. C’est sans doute là le plus beau miracle provoqué par ce sentiment. Un nouvelle preuve avec Monsieur, une production franco-indienne qui nous raconte une histoire éternelle, mais nous plonge aussi au cœur d’une société en pleine mutation et où tradition et modernité s’affrontent comme nul part ailleurs. Tout cela suffit à donner un très beau film, marqué par un dénouement remarquable.
Bon en fait, j’ai à peu près tout dit. Je n’aurais donc qu’à encourager le plus grand nombre d’entre vous à aller voir ce film. Il prouve que la simplicité d’une histoire n’est pas forcément signe de manque d’intérêt quand le décor est aussi riche que dans Monsieur. Un fond social très fort, mais décrit avec une grande pudeur et une grande simplicité également. Au final, c’est ce qui le rend aussi fort, crédible et impactant. Pas de grandes envolées, de messages militants délivrés à coup de grandes tirades. Mais la vie tout simplement. Une vie quotidienne, presque banale, qui touche au plus profond du cœur. Si le contexte indien n’est pas forcément transposable ailleurs, il y a tout de même quelque chose de profondément universel dans cette histoire.
Une histoire d’amour se termine généralement dans le drame ou le happy end. Monsieur propose un dénouement qui n’est ni l’un, ni l’autre. Ou plutôt est ce que le spectateur en fera. Ce n’est pas si fréquent que même les bons films s’achèvent ainsi par une fin réellement marquante, alors il est important de le souligner. Il faut enfin, et même avant tout en fait, souligner la magnifique prestation de Tillotama Shome, qui porte littéralement le film sur ses frêles épaules et son incomparable sourire. Je peux vous assurer que son compagnon à l’écran n’est pas le seul à finir le film profondément amoureux. Et ça fait du bien parfois d’être amoureux !
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Ciné-sud, Inkpot Films Réalisation : Rohena Gera Scénario : Rohena Gera Montage : Jacques Comets, Baptiste Ribrault Photo : Dominique Colin Décors : Parul Sondh Distribution : Diaphana Musique : Pierre Aviat Durée : 99 min
Si DC est passé maître dans l’art de cultiver le navet, la franchise Transformers fait aussi partie des agriculteurs cinématographiques les plus émérites. La saga principale touchant le fond depuis longtemps, s’acharnant même à creuser toujours plus loin, on pouvait s’attendre au pire en voyant débarquer le premier spin-off de la saga. Bumblebee constitue certes un des personnages les plus sympathiques de la série. Mais delà à en faire un film à part entière… Mais il faut parfois se méfier des certitudes trop vite acquises, puisqu’au final ce long métrage est plutôt réussi et constitue un des meilleurs divertissements familial de cette fin d’année.
Contrairement à ce que l’on peut penser, Bumblebee n’est pas un film d’action. Enfin, pas vraiment. Une petite scène d’action au début, une plus grosse à la fin. Entre les deux, on assiste à autre chose. Une nouvelle version de la Belle et la Bête en somme, ou de toute autre histoire entre un être humain et un autre personnage qui va apprendre à l’être à ses côtés. Que la Bête soit un robot et qu’il n’y ait aucune romance entre ces deux protagonistes ne change pas grand chose, les ressorts de l’histoire sont les mêmes. Ici, ils sont manipulés avec habilité, si ce n’est un certain talent. Cela manque grandement de profondeur, mais c’est drôle, parfois touchant et surtout tout simplement divertissant.
La présence de Travis Knight derrière la caméra n’y est sûrement pas pour rien. Venu du monde le l’animation, où il nous avait offert le sympathique Kubo et l’Armure Magique, il fait preuve de qualité artistique dont Michael Bay devrait bien s’inspirer. Rien de délirant, mais juste ce qu’il faut pour passer un bon moment, sans avoir l’impression de s’abrutir et sans en ressortir avec un début de migraine. Une petite mention au passage pour Hailee Steinfield, que l’on avait découvert dans True Grit des frères Coen, un rôle qui lui avait valu une nomination aux Oscars. Tout cela concourt à la bonne surprise que constitue ce film. Pas la surprise du siècle, mais bonne tout de même.
LA NOTE : 11,5/20
Fiche technique : Réalisation : Travis Knight Scénario : Christina Hodson Direction artistique : Sean Haworth Décors : Gustaf Aspegren, Richard Bloom, A. Todd Holland, Sebastian Schroeder et Maya Shimoguchi Costumes : Dayna Pink Photographie : Enrique Chediak Montage : Paul Rubell Musique : Dario Marianelli Production : Michael Bay, Stephen Davis, Tom DeSanto et Lorenzo di Bonaventura Producteurs exécutifs : Chris Brigham, Brian Goldner, Mark Vahradian et Steven Spielberg
Casting : Hailee Steinfeld : Charlie Watson John Cena : Agent Jack Burns Jorde Lenderborg Jr : Memo John Ortiz : Dr. Powell Jason Drucker : Otis Watson Pamela Adlon : Sally Watson Len Cariou : Oncle Hank Stephen Schneider : Ron Ricardo Hoyos : Trip Summers Gracie Dzienny : Tina Dylan O’Brien : Bumblebee Angela Bassett : Shatter Justin Theroux : Dropkick Peter Cullen : Optimus Prime David Sobolov : Blitzwing Grey Griffin : Arcee Andrew Morgado : Cliffjumper Steve Blum : Wheeljack
2018 restera une année plus qualitative que quantitative pour le cinéma. Seulement sept films dans ce top de l’année, mais forcément sept grands films, qui montrent l’infinie diversité du 7ème art. C’est ce qui fait tout son charme et lui permet à chaque fois un peu de bonheur renouvelé.
Le vainqueur cette année s’appelle Mektoub My Love : Canto Uno, ce qui permet à Abdelatif Kechiche de placer pour la deuxième fois un de ces films à la première place de ce classement. Si ce film ne possède pas tout à fait la puissance de la Vie d’Adèle, il reste l’œuvre d’un réalisateur à nul autre pareil, dont le talent artistique pur n’est certainement pas reconnu à sa juste valeur.
Ce classement confirme aussi l’excellente santé du cinéma français, qui, en plus de la première place, offre trois films sur sept à ce classement. On pourrait même dire trois et demi, puisque les Frères Sisters constitue la première œuvre hollywoodienne de notre Jacques Audiard national. 2018 aura décidément l’année où la France aura été championne du monde ! Et encore, je n’ai pas intégré à ce classement Amanda, le seul film de l’année que j’ai noté 14,5/20 et qui est donc virtuellement huitième de ce classement.
Au niveau interprétation, je retiendrai de cette année la performance du jeune Victor Polster dans Girl et Saorise Ronan pour son rôle dans Ladybird. La jeunesse au pouvoir donc et beaucoup de promesses pour l’avenir donc. Quant à la meilleur scène, je citerai la scène de danse hallucinée de Climax de Gaspard Noé, film que j’ai pourtant noté 03/20, ma pire notre de l’année, tant la suite est à vomir.
En attendant, je vous souhaite une très bonne année 2019, pleine de bonheur… et de films évidemment !
1-Mektoub My Love : Canto Uno Une caméra qui capte l’émotion de ses personnages comme personne, voilà la talent incomparable d’Abdelatif Kechiche ! Il met en scène à l’écran les sentiments amoureux avec une force rare. Un film simple au final, mais sublime.
2-Ready Player One Steven Spielberg reste un réalisateur qui n’a guère d’équivalent. Quand on sait qu’il a aussi signé l’excellent Pentagon Papers cette année, on espère qu’il continuera longtemps à nourrir notre imaginaire. Avec ce film, il offre ce qui fait la quintessence d’une culture populaire qui n’a pas à rougir de ce qu’elle est.
3-Une Affaire de Famille Une Palme d’Or aussi bien classée, voilà qui fait plaisir ! On prime encore de très grands films à Cannes. Peut-être pas le plus original de l’histoire du palmarès, mais un des plus émouvant qui revisite une notion, la famille, pourtant universelle et éternelle. Comme quoi, on n’épuise jamais les sujets quand on les traite avec autant de talent.
4-Les Frères Sisters Les débuts de l’autre côté de l’Atlantique de Jacques Audiard sont pleinement réussis. Il bénéficie il est vrai d’un casting hors paire, mais la réussite de ce western crépusculaire doit beaucoup au talent de son réalisateur.
5-Jusqu’à la Garde Ce film nous offre une scène finale qui aurait pu tout aussi bien être celle de l’année. Globalement, Xavier Legrand signe un film magistral dans sa construction, devenant plus fort, plus oppressant à chaque scène.
6-Spider-Man : New Generation La vraie surprise de ce classement. Marvel continue de nous étonner par ce film d’animation formidablement créatif visuellement et doté d’un scénario haletant et original. Des films de super-héros comme celui-là, on en redemande encore et encore !
7-Le Grand Bain Les comédies françaises au casting prometteur peuvent donner le meilleur comme le pire. C’est bien le meilleur qui nous attend ici, avec un film qui n’est pas que drôle, mais aussi profondément touchant. Si on en ressort avec le sourire, on n’est pas passé à côté de ce que les personnages pouvaient porter de douloureux.
Quand on a rien, ou du moins pas grand chose à raconter, la moindre des choses est de faire court. C’est la moindre des courtoisies mais trop de réalisateurs l’oublient régulièrement. Au moins ne pourra-t-on pas reprocher à Louis Garrel de manquer d’éducation. En ne durant qu’une heure et quart, l’Homme Fidèle ressemble plus à un épisode de série qu’à un long métrage. Tant mieux car il n’y avait pas matière à faire plus long. Les mauvaises langues diront même qu’il y avait matière à ne rien faire du tout. Et il peut m’arriver d’être mauvaise langue.
Je ferai bien preuve de subtilité, mais en cette fin d’année, cela devient un peu difficile. Ce que je reproche à l’Homme Fidèle peut se résumer ainsi : j’ai trouvé l’histoire très conne. C’est un peu court et brutal, mais je n’ai pas trouvé mieux pour résumer ma pensée. Du coup difficile d’apprécier ses qualités par ailleurs. C’est plus une question de ressenti que d’analyse, j’en conviens, mais les sentiments l’emportent parfois sur la raison, même chez un cartésien comme moi. Après si vous adorez les triangles amoureux tordus et jamais crédibles, je ne peux que vous recommander chaudement ce film.
Par contre, je formulerai un reproche nettement plus objectif à Louis Garrel. Il se dirige avec une complaisance coupable. Il est vraiment regrettable qu’un acteur aussi jeune soit déjà réduit aux mêmes mimiques et aux éternels mêmes personnages. Mais qu’il s’y réduise lui-même marque un manque d’ambition, pour ne pas dire une paresse, artistique indigne d’un tel talent. Espérons qu’il trouve ailleurs l’occasion d’être poussé dans ses derniers retranchements. Par contre, on saluera la performance de Lily-rose Depp, dont le visage est un parfait mélange de ses deux parents, livre une performance lumineuse. Pas assez pour donner un réel intérêt à l’Homme Fidèle, mais on s’en contentera.
LA NOTE : 08/20
Fiche technique : Production : Why not productions, Canal + Distribution : Ad vitam Réalisation : Louis Garrel Scénario : Louis Garrel, Jean-Claude Carriere Montage : Joëlle Hache Photo : Irina Lubtchansky Décors : Jean Rabasse Durée : 74 min
Casting : Louis Garrel : Abel Laetitia Casta : Marianne Lily Rose Depp : Eve Joseph Engel : Joseph Bakary Sangaré : le patron du restaurant Vladislav Galard : Le docteur Pivoine
Comme je l’ai dit hier ici même, il faut bien distinguer le gros navet, souvent prétentieux, avec la série B, pleine de défauts, mais parfois tout de même sympathique. En effet, si Aquaman représente l’archétype de la première catégorie, Unfriended : Dark Web fait incontestablement partie de la seconde. En effet, si on peut énoncer de nombreuses critiques à son encontre, il ne nous permet pas moins de passer un bon moment et surtout parvient à faire passer quelques frissons dans le dos du spectateur.
Le plus gros défaut de Unfriended : Dark Web est que l’histoire n’est pas crédible une seule seconde quand on y réfléchit à deux fois. Mais est-ce vraiment un défaut pour ce genre de film ? Et surtout, pendant celui-ci, on est assez pris par l’histoire pour ne justement pas prendre le temps de trop réfléchir. Je peux concevoir aisément qu’un spectateur puisse sortir du film en se disant d’un coup que c’est un peu n’importe quoi. Mais si votre cerveau accepte de se prendre au jeu, alors vous ne vous ennuierez pas une seule seconde et vous tremblerez même parfois. Le scénario, aussi improbable soit-il, n’est pas dénué d’habileté pour cacher au maximum ses très grosses ficelles. Il n’y parvient pas toujours, mais suffisamment pour que le spectateur se laisse avoir parfois (mais pas toujours, avouons-le).
Unfriended : Dark Web est typique des films de genre basés sur une bonne idée (ou du moins qui sort un peu de l’ordinaire) mais sans grand moyen par ailleurs. Le grand mérite du film est de faire un choix de réalisation qui ne nécessite pas de base un budget faramineux. Un choix qui est l’élément d’originalité du film et qui n’apparaît donc pas comme un prétexte grossier et évite tout effet « cheap ». Par contre, le manque de moyen artistique est plus flagrant. Il est clair que Stephen Susco n’est pas Stanley Kubrick et qu’aucune des acteurs de la distribution ne sera jamais nominé aux Oscars (même s’il faut toujours être prudent avec ce genre d’affirmation). Cela finit de donner à ce film son aspect série B. Mais c’est un aspect qui a son charme parfois et ce dernier n’est pas inopérant ici.
LA NOTE : 11,5/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Stephen Susco Décors : Chris Davis Costumes : Cassandra Jensen Photographie : Kevin Stewart Montage : Andrew Wesman Production : Timour Bekmambetov et Jason Blum Coproducteur : Ryan Turek Producteur associé : Pavel P. Bozhkov Producteurs délégués : Nelson Greaves, Couper Samuelson et Adam Sidman Durée : 88 minutes
Casting : Colin Woodell : Matias Stephanie Nogueras : Amaya Betty Gabriel : Nari Rebecca Rittenhouse : Serena Andrew Lees : Damon Connor Del Rio : Aj Savira Windyani : Dj Lexx Douglas Tait : Charon IV Rob Welsh : Charon V
Je peux l’avouer. Si j’ai été voir Aquaman, c’est aussi pour avoir l’immense plaisir d’en faire sa critique. En effet, rien n’égale le plaisir de parler d’un film merveilleux, si ce n’est de parler d’un navet. Mais attention, d’un vrai navet, pas d’une simple série B sympathique. Et dans la lignée des légumes cinématographiques, cette nouvelle production DC tient une place de choix. Pas tant dans sa nullité dans l’absolu, on a fait bien pire, mais dans l’écart abyssal (c’est le cas de le dire) entre la prétention des intentions de ce film et le résultat final. Bref, ce film n’est pas un Titanic du 7ème art, mais plutôt une coque de noix contre un glaçon dans un grand verre de médiocrité et de prétention mal placée.
DC commence visiblement à comprendre ce qui fait toute la différence entre son univers et celui des films Marvel. En effet, on trouve enfin trace d’un ingrédient précieux dans Aquaman, à savoir l’humour et l’auto-dérision. Mais on sent bien que les producteurs débutent dans le domaine et en font usage avec encore une grande parcimonie. Pourtant, le film fait rire, mais le plus souvent à ses dépens. Quelques plans pompeux et ridicules valent presque le détour, la vacuité absolue de certains dialogues prêtent à sourire et certains costumes raviront les nostalgiques de Bioman et d’X-Or. On sent que les scénaristes ont tenté de donner un vrai souffle épique à cette histoire, mais le résultat fait plus penser à l’expiration d’un asthmatique en fin de vie.
Quelque chose surnage-t-il de ce marasme ? (moi, aussi je sais faire de l’humour). Les défenseurs du film pourront toujours mettre en avant le fait, qu’au fond, on ne s’ennuie pas. Les scènes d’action sont nombreuses et spectaculaires, malgré l’indigence de la réalisation. Aquaman divertit et on pourrait alors se dire qu’il atteint parfaitement son but. Cela serait le cas, s’il n’affichait visiblement pas d’autres prétentions. Je suis le premier à défendre les films qui n’ont pas d’objectifs démesurés et se contentent de ce qu’ils sont. Ici, s’ajoute au ridicule, une ambition totalement démesurée vis-à-vis du peu de talent artistique mise en œuvre ici. Bref, on n’est pas loin du naufrage.
LA NOTE : 06/20
Fiche technique : Production : DC Entertainment, Warner Bros., RatPac-Dune Entertainment, Cruel and Unusual Films Distribution : Warner Bros. Réalisation : James Wan Scénario : Will Beall et David Leslie Johnson-McGoldrick, d’après une histoire de James Wan et Geoff Johns Montage : Kirk M. Morri Photo : Don Burgess Décors : Bill Brzeski Musique : Rupert Gregson-Williams Durée : 143 min
Casting : Jason Momoa : Arthur Curry / Aquaman Amber Heard : Mera Willem Dafoe : Nuidis Vulko Yahya Abdul-Mateen II : David Hyde / Black Manta Patrick Wilson : roi Orm Dolph Lundgren : Nereus Temuera Morrison : Thomas Curry Nicole Kidman : Atlanna Michael Beach : Jesse Kane Randall Park : Dr. Stephen Shin
Certaines personnes nous quittent ou simplement la vie nous les fait perdre de vue. Pour certaines on attend ou on espère un retour. Pour d’autres, on n’y pense pas vraiment. On aura plaisir à les recroiser mais sans attente particulière. J’aime profondément Mary Poppins, le film original, mais j’avoue que quand j’ai vu que le Retour de Mary Poppins était annoncé, ça ne m’a guère ému. Sans doute parce que je m’attendais plutôt au pire qu’au meilleur. Mais rassuré par des critiques globalement positives, je m’y suis rendu sans crainte. Et effectivement le spectacle est plaisant. Mais loin d’être inoubliable.
En confiant à Rob Marshall la réalisation du Retour de Mary Poppins, les producteurs ont décidé de ne prendre aucun risque. Au final, le film est la comédie musicale très classique, certains diront vintage, à laquelle on pouvait s’attendre. L’esprit du premier épisode est totalement respecté. Mais du coup, on finit par se demander s’il s’agit vraiment d’une suite et non plutôt d’un remake. Personnellement, je regrette vraiment ce manque caractérisé d’audace sur la forme et sur le fond. Visuellement et musicalement, le même film, à quelques détails près, aurait pu être réalisé dans les années 60. On pouvait s’attendre, pour ne pas dire espérer, une vision beaucoup plus moderne du mythe. Ce n’est pas ringard pour autant, mais jamais vraiment surprenant en tout cas.
Le manque d’audace se ressent aussi cruellement sur le fond. Le Retour de Mary Poppins se contente d’être un film gentillet, qui ravira petits et grands, et surtout les petits (ou les grands enfants). En soi, ce n’est pas un problème, l’original étant dans cette veine. Ce qui est beaucoup plus frustrant est que le scénario touche du doigt de nombreux thèmes : la nostalgie, le rapport à l’enfance, le deuil… Jamais il ne s’y engouffre vraiment pour donner à ce film une tout autre dimension, peut-être plus « adulte », mais qui aurait surtout pour donner quelque chose de beaucoup plus intéressant. Au-milieu de tout ça, Emily Blunt campe une Mary Poppins beaucoup plus discrète que l’originale. A la fois, n’est pas Julie Andrews qui veut. Un retour qui n’a donc rien d’infamant, mais qui n’appelle pas forcément le retour du retour.
LA NOTE : 11,5/20
Fiche technique : Production : Marc Platt Productions, Walt Disney Pictures Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures Réalisation : Rob Marshall Scénario : David Magee, inspiré du livre de Pamela L. Travers Montage : Wyatt Smith Photo : Dion Beebe Décors : John Myrhe Musique : Marc Shaiman, Scott Wittman Directeur artistique : Niall Moroney Durée : 130 min
Casting : Emily Blunt : Mary Poppins Lin-Manuel Miranda : Jack Ben Whishaw : Michael banks Emily Mortimer : Jane Banks Pixie Davies : Annabel Banks Nathanael Saleh : John Banks Joel Dawson : Georgie Banks Meryl Streep : Topsy Poppins Colin Firth : William Weatherall Wilkins Julie Walters : Ellen
La fête ne dure qu’un temps. Pour une élection, elle ne dure même qu’un soir car la réalité et les problèmes vous rattrape vite. Surtout quand la pluie vient s’en mêler. La première image de François Hollande Président aura été celle d’un homme trempé par les trombes d’eau qui s’abattaient sur lui en remontant les Champs Elysées après son investiture. Elle fera plutôt sourire. Elle aurait pu être celle d’un homme qui reste droit et fier malgré les éléments contraires, elle est surtout restée comme celle d’un homme qui n’a pas de bol. On ne savait pas alors qu’elle serait tout à fait symbolique du quinquennat qui allait suivre.
En effet, le quinquennat a commencé avec un brin de légèreté. L’attitude ouverte et amicale de Hollande lors de ses premiers déplacements fait de lui le « Président des bisous ». On veut croire que la page Sarkozy est totalement refermée et que celle qui s’ouvre sera plus joyeuse et riante. Au moment de son élection, tous les grands esprits prévoient que la reprise économique est solide et la conjoncture favorable. Il se pourrait qu’on oublie enfin définitivement la crise de 2008. Mais très vite tout cela va se gripper.
Déjà, le calendrier électoral condamne tous les Présidents à commencer par un grand rien. En effet, tant que les législatives ne sont passées, il ne passe pas grand chose. Après avoir été saoulé de politique pendant des mois, beaucoup de citoyens se lassent une fois l’élection présidentielle passée et tout cela leur donne une impression que le changement n’est en fait pas pour maintenant. Et quand le nouveau gouvernement se met au travail, il commettra une série de maladresses, d’annonces ratées, suivies de rétro-pédalages. La presse parlera de « couacs » et dans l’opinion, cela deviendra sa marque de fabrique. L’année 2012 se termine avec déjà un sentiment de gâchis et de confiance perdue.
Je ne veux pas refaire l’histoire, mais à mon sens la plus grande erreur de François Hollande est de ne pas avoir laissé Jean-Marc Ayrault donner le ton que ce dernier souhaitait à son discours de politique générale à l’Assemblée Nationale. L’ancien maire de Nantes voulait tenir un propos churchillien, à base de sang et de larmes. Bref, dire que c’était vraiment la merde et qu’on allait en chier. Cela n’aurait d’autant pas posé de problème que l’opinion partageait ce sentiment et que le candidat Hollande n’avait jamais promis des lendemains qui chantaient, mais plutôt des hausses d’impôts qu’il avait toujours assumées et annoncées. En définitive, le Président convaincra le Premier Ministre d’être plus optimiste. Il se justifie d’ailleurs dans son livre en indiquant qu’il ne voulait pas briser l’élan impulsé lors de son élection. C’était pour moi avant tout une erreur qui a mis profondément dans l’esprit des gens qu’on se moquait d’eux. Pourquoi consentir des efforts si ceux qui vous les demandent vous explique que tout ne va pas si mal ?
Et le militant de terrain dans tout ça ? Parce que bon, je suis ici pour parler de lui (enfin de moi en l’occurrence), pas pour raconter l’histoire du quinquennat. Forcément, tout cela a affecté tous ceux qui s’étaient battus pour que François Hollande soit élu. Ils se sont vite heurtés à un grand sentiment d’impuissance. Plus rien n’était dans leurs mains. Une campagne électorale ressemble un minimum à une œuvre collective quand on est militant d’un parti politique. L’exercice du pouvoir est beaucoup plus solitaire. Un homme prend les décisions à l’Elysée, plus un parti. Le Président de la République gouverne pour tout le pays, plus pour ses supporters.
J’ai pu voir le scepticisme monté à vitesse grand V. Très vite une image s’est forgée, à tort ou à raison, et plus rien ne pourra vraiment la changer. Et elle n’était pas flatteuse. Mais ce qui est difficile à accepter, c’est qu’elle se sera forgée avant même qu’aucune action ne puisse avoir le temps de porter le moindre fruit. Les débuts du quinquennat ont montré à quel point le temps de l’opinion n’a plus aucun rapport avec le temps de l’action et encore celui du résultat. Une grosse averse peut avoir infiniment plus d’impact qu’un travail patient de construction. Et en attendant, le militant de terrain éponge.
L’amour reste sûrement le thème le plus souvent abordé par le cinéma. Le plus souvent, les scénarios nous racontent la naissance d’un amour qui finit par unir deux être dans un délire de bonheur et d’allégresse. Plus rarement, ils racontent quand il finit. Pourtant, statistiquement, puisque les amours éternelles sont rares, les deux événements se déroulent presque aussi souvent l’un que l’autre dans la vraie vie. Mais il est vrai que l’un donne quand même plus envie que l’autre, sauf à être profondément dépressif. Et ce n’est pas Wildlife – Une Saison Ardente qui changera les choses.
Wildlife – Une Saison Ardente marque les débuts de l’autre côté de la caméra de Paul Dano. Quand on connaît l’acteur, on pouvait présumer qu’il ferait un réalisateur de premier ordre. C’est donc avec une vraie curiosité que je suis allé voir ce film. Mais le verdict est assez clair, je me suis ennuyé. La faute à des personnages absolument pas attachants. Comme au final, il ne leur arrive rien de si extraordinaire que ça, le film ne nous offre guère de quoi nous enthousiasmer. L’originalité de l’histoire reste le rôle de spectateur privilégié du fils qui se retrouve mêlé de beaucoup trop près à la crise existentielle que vivent ses parents. On compatit d’autant mieux avec lui que c’est à peu près aussi pénible pour lui que pour le spectateur.
On reconnaîtra volontiers une réelle élégance dans la réalisation de Paul Dano. Mais filmer élégamment rien ne donne pas plus d’épaisseur au contenu. Carey Mulligan et surtout Jake Gyllenhaal semblent un perdu et joue du coup avec le frein à main. Certains diront peut-être avec retenu, mais à la fois l’amour, même finissant, sans passion, il n’y a pas vraiment de quoi en faire une histoire. Wildlife – Une Saison Ardente ne leur offre définitivement pas de quoi exprimer tout leur talent, ce qui rajoute à la frustration du spectateur. Tous les débuts ne sont pas réussis. Mais tout le monde a le droit à une seconde chance.
LA NOTE : 08/20
Fiche technique : Production : June Pictures, Sight Unseen Réalisation : Paul Dano Scénario : Paul Dano, Zoe Kazan, roman de Richard Ford Montage : Louise Ford, Matthew Hannam Photo : Diego Garcia Décors : Akin McKenzie Distribution : ARP Sélection Musique : David Lang Durée : 105 min.
Casting : Carey Mulligan : Jeannette Jake Gyllenhaal : Jerry Ed Oxenbould : Joe Bill Camp : Warren Miller
Depuis quelques années, j’avais bien du mal à être pleinement convaincu par un film ayant reçu la Palme d’Or à Cannes. La voir décernée cette année à un film du réalisateur japonais Kore-eda Hirokazu, qui nous avait déjà offert le magnifique Tel Père, Tel Fils, redonnait bon espoir de pouvoir à nouveau s’enthousiasmer pour un film primé sur la Croisette. Tous les espoirs ne sont pas vains puisque Une Affaire de Famille est bien le petit chef d’œuvre espéré. Un magnifique moment d’humanisme qui jette un regard sans concession sur une société japonaise socialement fragmentée.
Une Affaire de Famille est avant tout un sublime film de personnages. Le scénario nous dévoile peu à peu qui ils sont vraiment en réservant de vraies surprises. La grande qualité de cette histoire est d’avoir su conjuguer ces « rebondissements » qui alimentent la curiosité du spectateur avec un propos d’une grande profondeur. En un mot de l’intelligence merveilleusement bien racontée. Le film est d’une incroyable richesse, chaque nouvel élément venant apporter quelque chose de vraiment nouveau, et explore un nouvel axe de réflexion. Encore une fois, il fait exploser la vision monolithique et traditionaliste que l’on imagine dominer dans son pays (et ailleurs en fait).
Une Affaire de Famille reste un film japonais. S’il n’est en rien contemplatif, vu la richesse de son contenu, la narration reste sur un rythme relativement lent. Mais jamais ne vient pointer le moindre début d’ennui. Grâce à l’élégance de la réalisation de Kore-eda Hirokazu tout d’abord et parce que cette formidable élégance est au service de ses acteurs. Si le Japon ne manque pas de quelque chose, c’est bien de formidables acteurs et actrices. Cette synergie entre réalisation et casting portent cette histoire à un autre niveau. A celui qui lui a valu une des plus belles récompenses du septième art. Et cette fois, elle est pleinement méritée.
LA NOTE : 16,5/20
Fiche technique : Production : Fuji Television Network, GAGA Communications, Aoi Pro Inc Réalisation : Kore-eda Hirokazu Scénario : Kore-eda Hirokazu Montage : Kore-eda Hirokazu Photo : Ryuto Kondo Distribution : Le Pacte Musique : Haruomi Hosono Durée : 121 min
Casting : Kirin Kiki : Hatsue Shibata Mayu Matsuoka : Aki Shibata Sakura Andô : Nobuyo Shibata Lily Franky : Osamu Shibata Kairi Jyo : Shota Shibata Miyu Sasaki : Juri Hojo
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