Hosni Moubarak va donc encourir la peine de mort à son procès. Cette nouvelle ne constitue pas vraiment une surprise, mais l’occasion d’une réflexion sur ce châtiment qui a disparu de nombreux pays. Comme pour Saddam Hussein auparavant, on reste forcément partagé entre deux sentiments.
Bien sûr, il y a le rejet de cette sanction suprême que l’on peut assimiler à un acte de barbarie, aussi légal soit-il. En se donnant le droit d’ôter la vie, la société (sans parler du pouvoir direct des dictateurs) se met au niveau des hommes qu’elle juge. Elle commet un acte de vengeance, non de justice et justifie quelque part le crime qu’elle cherche à condamner. Plus qu’un combat moral, l’abolition est un enjeu de civilisation.
Du coup, on pourrait être tenté de mener ce combat au profit d’un homme comme Hosni Moubarak, dont le procès et l’exécution, si elle a lieu, aura droit à tous les feux médiatiques. Si ce combat vaut peut-être le coup d’être mené dans l’absolu, il pose aussi la question pourquoi tout à coup quelque chose nous mobilise. Tous les causes qui méritent d’être défendues doivent l’être. Mais il y en a tellement qui sont ignorés par le grand public et les médias. Le degré d’attention par ces derniers n’est en rien proportionnel au réel degré d’injustice. Combien de dissidents chinois ou iraniens meurent exécutés dans un indifférence mondiale totale ?
La question n’est donc pas de savoir si Hosni Moubarak mérite d’être sauvé. Personne n’est en droit de porter un tel jugement et c’est pour ça que son exécution reste injustifiable. Simplement, en sachant que l’on ne peut offrir son énergie, son temps, son attention à tous les combats, on se doit de bien réfléchir à la manière dont on les emploie. Et le faire que si un sujet fait la une des médias ne constitue sûrement pas le meilleur des critères. Il ne s’agit pas de jeter la pierre à tous ceux qui ont donné pour le tsunami ou ceux qui ne signent un chèque que pour le Téléthon. Si c’est ça ou rien, le choix est vite fait. Peut-être que cela ne constitue qu’une façon de se donner bonne conscience, mais après tout, c’est mieux que rester insensible à tout. Cependant, on sait bien que ce n’est pas ainsi que l’on résout le fond des problèmes et que l’on change vraiment le monde.
Eviter la mort d’un homme n’a pas de prix. Mais l’éviter pour en laisser mourir des centaines d’autres sans s’émouvoir plus que cela pose quand même un vrai problème moral. Un problème sûrement insoluble.




We are Four Lions séduit tout de même grâce à ses personnages. C’est sans doute ce qu’il y a de plus troublant dans ce film. Car en se moquant d’eux, le film arrive à rendre cette bande de vrais imbéciles presque sympathiques et attachants. En effet, il ne s’agit pas de vrais méchants qui font peur, mais plus des victimes de leur propre stupidité. On a du mal à les prendre au sérieux. C’est pourquoi la fin laisse un goût bizarre, car on se rend quand même finalement compte de qui ils sont vraiment. 

2011 fut une année difficile pour les grands réalisateurs américains : Clint Eastwood, les frères Coen, Steven Spielberg, David Cronenberg, Jean-Jacques Annaud sont absents du palmarès malgré des films à l’affiche. Seul Martin Scorcese tire son épingle du jeu avec une formidable déclaration d’amour au cinéma, accueilli froidement par une critique qui a depuis longtemps perdu son âme d’enfant. Y aurait-il une transmission de flambeau à une nouvelle génération qui avait déjà dominé le palmarès 2010 avec Chistopher Nolan (Inception) et David Fincher (The Social Network) ? 2012 permettra peut-être de le savoir définitivement…
En fait, la Délicatesse en ne choisissant pas pleinement le ton de la comédie met lui-même en lumière ses propres limites. François Damiens est largement sous-exploité et Audrey Tautou est incapable d’être au même niveau sur ce plan là. Au final, on assiste donc à un film bancal qui fait plus rire que sourire et qui ne convainc pas par ailleurs. On en ressort avec un léger sentiment de gâchis. Les frères Foekinos ont sûrement cherché à être fidèles à l’œuvre de David, mais ils ont du coup légèrement oublié d’en faire vraiment un film.

A Dangerous Method est d’une forme extrêmement classique. Le sujet était pourtant très « cronenbergien », avec une exploration des faces cachées des personnalités humaines. Mais pris par la dimension historique, le réalisateur n’a pas su nous offrir son habituel regard sur la noirceur des âmes. La photographie reste élégante, la direction d’acteur parfaite, mais cela reste extrêmement lisse et lumineux, loin de l’ambiance sombre et inquiétante de Les Promesses de l’Ombre notamment. Les fans seront donc un peu décontenancés. Le style est peut-être plus accessible que d’habitude, mais il semblerait que le génie du Canadien s’y exprime avec moins d’aisance.
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