Le plus dur dans une saga en plusieurs tomes, c’est de savoir conclure. Pour les besoins de l’histoire, on ouvre généralement plusieurs intrigues en parallèle, on plonge les héros dans des situations qui semblent de plus en plus inextricables, on maintient le suspense à son intensité maximale le plus longtemps possible, avant de tout conclure, de tout arranger, de tout terminer en quelques pages. Et il faut avouer que tout cela est généralement assez décevant et rarement à la hauteur du reste de l’œuvre. C’est un écueil auquel la saga Vif-Argent a échappé puisque son troisième et dernier tome, Le Crépuscule de Vif-Argent est totalement réussi et maîtrisé.
La rébellion a été décimée par la trahison de Tanalvah. Une poignée de ses membres ont tout de même réussi à prendre possession de l’Ile de Diamant et y établir leur état libre. Parmi eux, Reeth Cadalson qui se décide à enfin partir à la recherche de la Clepsydre, artefact magique, son dernier espoir de se libérer du mystérieux mal qui le ronge. Mais très vite, l’île est assiégée par des hordes de pirates, tandis que les deux Empires se préparent à unir leur force pour écraser définitivement la rébellion.
Si dans le second tome, l’intrigue avait un peu tendance à stagner, dans le Crépuscule de Vif-Argent, ce n’est pas du tout le cas. Beaucoup d’éléments qui n’avaient été pour l’instant qu’évoqués prennent forme, l’enrichissant d’autant plus. En plus, ce livre a la bonne idée de commencer par un résumé des épisodes précédents, ce qui permet au lecteur de remettre ses idées au clair sur ce monde imaginaire à la structure relativement complexe. On n’a fait pire dans le genre, mais n’avoir aucun soucis de « qui est qui ? » ou « c’est quoi ça déjà ? » est un vrai plus. Cela permet une meilleure immersion dans l’univers crée par Stan Nichols.
Vif-Argent est à ranger dans les sagas « sympathiques, mais pas indispensables ». Le Crépuscule de Vif-Argent est le tome le plus réussi, mais les trois forment vraiment un tout. Les coupures sont totalement artificielles, les trois ouvrages racontant une seule et même histoire. Ce volume est donc vraiment le climax narratif de cette série et aboutit sur un dénouement très réussi, comme je l’ai déjà indiqué. Les allergiques aux fins à la Tolkien seront ravis, les autres la trouveront peut-être un peu abruptes. Mais dans tous les cas, elle est claire et cohérente avec le reste du récit.
Le style de Stan Nichols n’a rien d’exceptionnel, mais reste très agréable à lire. Il privilégie largement les dialogues et l’action, sur les descriptions. Cela donne un roman qui se parcourt sans que l’on ne voit ni le temps, ni les pages passer. L’univers qu’il a crée nous est désormais familier pour ce troisième tome, et c’est un plaisir de s’y attarder. Du coup, on n’est un peu triste de le quitter, surtout que l’on avait fini par s’attacher profondément à ses personnages, qui ont eux-aussi pris de l’épaisseur au fur et à mesure des pages.
Vif-Argent, tome 3 : le Crépuscule de Vif-Argent constitue donc une fin très réussie pour une saga à recommander aux fans du genre. Les autres pourront survivre sans l’avoir lu, mais pourront également y prendre du plaisir.
Si on doit reconnaître un mérite à Michael Moore, c’est celui d’avoir remis le genre documentaire à la mode au cinéma. Il ne se passe plus un mois sans un film de ce type. C’est effectivement une très bonne chose… sauf que Michael Moore ne réalise pas des documentaires, mais des pamphlets, ce qui est tout aussi respectable, mais constitue une démarche tout de même très différente. Capitalism : a love story est sa dernière œuvre, qui possède les mêmes qualités que les précédentes… mais aussi les mêmes limites.
Que retiendrons les générations futures de notre civilisation occidentale contemporaine ? Une vidéo de chats tirant la chasse d’eau ? Ou bien l’image d’Américains moyens évacués manu militari de leurs maisons, dont ils sont pourtant propriétaires depuis plusieurs décennies ?
Le point de départ de Capitalism : a love story résume bien la « patte » Michael Moore. De l’humour auquel succède très vite beaucoup d’émotions. Tous ses films sont peuplés de témoignages poignants, de gens en pleurs, dont on ne peut que partager la souffrance et la peine. Après, évidemment, il manque une prise de recul, la recherche d’une vérité objective et une mise en perspective, mais encore, nous ne sommes pas ici devant un documentaire. Ce film n’échappe pas à la règle, qui vous fait vite passer du rire aux larmes.
Bien sûr, étant entré dans la salle avec le dernier numéro d’Alternatives Economiques sous le bras, j’étais peut-être prédisposé à recevoir le message véhiculé par Capitalism : a love story. Mais c’est avant tout le talent de Michael Moore qui lui permet encore une fois de faire mouche. Cependant, ce film ne provoque pas le même choc que Bowling for Columbine ou Fahrenheit 911. Beaucoup reprochent à Michael Moore de se laisser aller à une certaine paresse intellectuelle et de se contenter de tirer toujours sur les même ficelles. Il faut bien avouer qu’ils n’ont pas complètement tort.
La première moitié de Capitalism : a love story n’est pas franchement une réussite. Le capitalisme, c’est le mal, il nous le répète pendant une heure, mais on avait déjà compris au bout de cinq minutes. On pourra s’interroger, par exemple, sur l’intérêt de faire intervenir successivement plusieurs hommes d’Eglise pour répéter la même chose. Certes, il y’a là une volonté de dénoncer l’utilisation abusive des références religieuses par la droite américaine ultra-libérale. Mais le tout manque un peu de subtilité et de pédagogie.
Ces deux éléments sont nettement plus présents dans la seconde partie. Encore une fois, Capitalism : a love story n’est pas un documentaire (là, je pense que vous avez compris) mais c’est quand il s’en rapproche le plus qu’il devient le plus intéressant. Mais trop souvent, il ne fait qu’effleurer la question, notamment le passage sur les modes de fonctionnement d’entreprises sous forme « solidaires » (coopératives, mutuelles…), qui est bien trop court. Il permet pourtant d’écarter définitivement le fâcheux amalgame entre capitalisme et économie de marché… qui est d’ailleurs lui-même parfois fait dans la première partie du film.
Capitalism : a love story n’en reste pas moins un film tout ce qu’il y’a de plus salutaire pour l’esprit. Déjà, parce qu’il pousse à réfléchir, qu’on soit d’accord ou non avec le propos. Certes, Michael Moore enfonce des portes ouvertes. Mais des portes ouvertes totalement inacceptables, mais face auxquels nous sommes trop souvent indifférents ou résignés, comme si tout cela était normal et surtout inévitable. L’appel de Michael Moore à la fin du film à reprendre en main notre pouvoir, le pouvoir démocratique, le seul légitime, qui ne doit pas ployer devant le pouvoir économique, constitue une excellente conclusion à ce film qui ne l’est pas tout à fait.
Avec Capitalism : a love story, Michael Moore touche ses propres limites. Mais, même s’il a bien des défauts, vous en ressortirez avec une petite boule au ventre qui n’est que trop peu souvent donné par le petit écran (et ne parlons pas du JT de TF1…).
Fiche technique : Production : Paramount Vantage, Overture Films Distribution : Paramount Pictures France Réalisation : Michael Moore Scénario : Michael Moore Montage : Conor O’Neill, John Waiter Photo : Dan Marracino, Jayme Roy Son : Francisco LaTorre, Mark Roy, Hillary Stewart Musique : Jeff Gibbs Durée : 122 mn
Ancien pilier des Monty Python, réalisateurs de géniaux Brazil, l’Armée des 12 Singes ou encore Bandits, Bandits, Terry Gilliam est un artiste à l’imagination fertile, pour ne pas dire débordante. Ses films regorgent toujours de trouvailles narratives et encore plus visuelles. Les mauvaises langues diront à l’excès. Terry Gilliam est en effet est un réalisateur que l’on peut qualifier de rococo. L’Imaginarium du Docteur Parnassus en est une nouvelle preuve.
La troupe ambulante du Docteur Parnassus offre à ses spectateurs un spectacle quelque peu déconcertant. Mais ce n’est rien par rapport à ce qui attend ceux qui franchissent le seuil du miroir magique qui se trouve au centre de la scène. Et qui est cet inquiétant Mr Nick qui tourne autour d’eux ? et en particulier autour de Valentina, la fille du Docteur, qui s’apprête à fêter ses 16 ans.
L’univers de Terry Gilliam est souvent très ésotérique et cherche avant tout à stimuler l’imagination du spectateur, sans chercher forcément à soigner la clarté ou la cohérence de la narration. Il se rapproche beaucoup en ce sens de David Lynch, en plus flamboyant. L’Imaginarium du Docteur Parnassus cherche donc avant tout à vous en mettre plein les yeux et à vous émerveiller visuellement. Amateurs d’univers colorés, originaux et fantaisistes, ce film vous plaira.
Mais du coup, on n’a pas parfois l’impression que le scénario n’est qu’un prétexte permettant à Terry Gilliam de se lâcher sur le budget décor (qu’il est connu pour faire exploser, ce qui explique en grande partie ses difficultés croissantes à se faire produire). C’est surtout vrai dans la première partie du film, lorsqu’on se demande vraiment où tout cela va nous mener. Sur la fin, l’intrigue prend de l’épaisseur et surtout de l’importance. Cependant, on pourra tout de même regretter un déséquilibre trop important entre intrigue et imagination visuelle, surtout que ce sont deux éléments absolument pas incompatibles.
On saluera tout de même la qualité des personnages de l’Imaginarium du Docteur Parnassus. Ils dégagent tous une forte sympathie et se révèlent au final beaucoup plus ambigus que ce que l’on avait tout d’abord pensé. S’ils semblent parfois un peu perdus au milieu de ces délires visuels et de cette histoire parfois un peu confuse, ils maintiennent l’intérêt du spectateur toujours éveillé, ce dernier attendant avec impatience de savoir ce qui les attend.
A la lecture du casting, et connaissant les problèmes de Terry Giliam quant au financement de ses films, on se rend bien compte qu’il reste un réalisateur qui compte et avec qui certains seraient prêts à payer pour tourner. Le regretté Heath Ledger, Johnny Depp, Colin Farell et Jude Law sur la même affiche ferait pâlir d’envie bien des metteurs en scène, pourtant bien mieux vus des grands studios hollywoodiens. Et on sent chez toutes ces immenses stars une vraie joie de collaborer à la création de l’univers délirant de l’Imaginarium du Docteur Parnassus. Mais à côté d’eux, la toute jeune Lily Cole est loin de faire pâle figure et je suis sûr qu’on aura vite l’occasion de revoir son beau visage.
Un mot enfin sur les aspects techniques et visuels de l’Imaginarium du Docteur Parnassus. Ils constituent le principal atout de ce film. Il faut bien avouer que les décors sont splendides et que les progrès du numérique permettent désormais de réaliser des effets spéciaux impressionnants à moindres frais. Terry Gilliam en profite à fond… Peut-être un peu trop diront certains. Il est vrai que ce délire visuel ressemble plus à une marotte personnelle du réalisateur qu’à un soucis de construire un univers au service d’une histoire. Mais il faut bien avouer que l’ancien Monty Python reste un maître pour nous émerveiller.
L’Imaginarium du Docteur Parnassus est donc dans la droite lignée du reste de l’œuvre de Terry Gilliam. Il ne restera pas comme son plus grand film, mais reste un bon moment de cinéma, loin d’être parfait, mais qui a le mérite, et non des moindres, d’être issu d’un univers personnel inimitable.
Fiche technique : Production : Davis-Films Réalisation : Terry Gilliam Scénario : Terry Gilliam, Charles McKeown Montage : Mick Audsley Photo : Nicola Pecorini Distribution : Metropolitan FilmExport Musique : Jeff Danna, Mychael Danna Directeur artistique : Dan Hermansen, Denis Schnegg Durée : 122 mn
Casting : Heath Ledger : Tony Lily Cole : Valentina Christopher Plummer : Dr Parnassus Tom Waits : Mr Nick Andrew Garfield : Anton Verne Troyer : Percy Jude Law : Tony Johnny Depp : Tony Colin Farrell : Tony
Décidément, Amélie Mauresmo est fâchée avec le calendrier… Enfin surtout avec celui de l’Equipe de France de football.
Le départ à la retraite d’Amélie Mauresmo, même s’il était dans l’air du temps depuis de longs mois, va laisser un grand vide dans le sport français. Un vide trop peu ressenti par rapport à son splendide palmarès. Et tout ça, en grande partie par la faute des Bleus…
Gagner Wimbledon la veille d’une finale de Coupe du Monde n’était évidemment pas délibéré, mais il a plongé pour l’éternité ce magnifique exploit dans une indifférence particulièrement injuste. A jamais, l’énumération de son palmarès sera ponctuée par des « ah tiens, elle a gagné Wimbledon… Je ne m’en rappelais pas… ». La vie est ingrate… même si les 15 000 000 de dollars de gain accumulés dans sa carrière sont là pour faire passer la pilule.
Bien sûr, il y’aura des mauvaises langues pour dire que l’heure de gloire de Mauresmo, entre la fin 2005 et la fin 2006, a avant tout été une période où les quatre meilleures joueuses au monde, les sœurs Williams et les deux Belges Clijsters et Hénin, connaissaient des soucis physiques divers. N’empêche, l’histoire du sport français n’a connu que très peu de champions numéro 1 mondial dans un sport qui n’est pas divisé en multiple sous-catégories (comme le sont l’athlétisme, la natation ou le judo). Amelie Mauresmo est l’égale d’un Prost, d’un Hinault ou d’un Loeb et on ne pourra jamais le lui enlever.
Au café du commerce, encore une fois, Mauresmo n’occupera donc pas les conversations comme elle le devrait. La faute au tirage au sort de la Coupe du Monde 2010. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la France n’a pas à se plaindre ! L’autre jour, l’Equipe reconnaissait une seule qualité à Domenech…celle d’être chanceux… Et bien, visiblement, les astres sont encore avec lui… Jusqu’au 11 juillet ?
Ma mère serait-là, elle dirait que je dis ça juste par esprit de contradiction, juste pour ne pas faire comme tout le monde. Ce n’est pas vrai, je fais comme les jurés de Croatie et du Lichtenstein (on ne rigole pas !) qui ont fait le même choix que moi… Ok, sauf qu’à eux, on leur a vraiment demandé leur avis.
Pourquoi Iniesta plutôt que Messi ? Car à mon sens, si Messi est capable de faire basculer un match même quand son équipe joue mal, sur un éclair de génie, aucune équipe ne peut mal jouer avec Iniesta !
Mais bon, j’aurais tout de même mis le lutin argentin en numéro 2, ainsi que Cristiano Ronaldo en 3, Xavi en 4et Drogba en 5. Mais bon encore une fois, personne ne m’a rien demandé…
Si quand vous pensez « film politique », vous pensez film austère, sérieux et sombre, c’est que vous n’avez pas encore vu In the Loop. Et si vous pensez que la politique est un monde austère, sérieux et sombre… c’est que vous n’en faites pas.
Le Secrétaire d’Etat britannique au développement international, Simon Foster, lâche, au détour d’une interview, que la guerre est « imprévisible » (unforseeable en VO, donc j’imagine que c’est traduit comme ça en VF). Ce qui aurait pu être une déclaration anodine à première vue va prendre une dimension inattendue et précipiter les évènements des deux côtés de l’Atlantique. La guerre en Irak aura-t-elle lieu ? (bon, aujourd’hui, on connaît la réponse…)
In the Loop donne une image plutôt inhabituelle de la politique internationale. Des décisions capitales pour l’avenir du monde sont prises par un méli-mélo de ministres dépassés par les évènements, de conseillers hystériques et d’attachés de presse tyranniques. L’ambition personnelle est partout, la compétence nulle part… Bref, moi qui fais de la politique, je peux vous dire qu’on n’est pas loin de la réalité…
Bien sûr, dans In the Loop le trait est forcé. Il s’agit d’une caricature. Sans cela, l’effet comique n’aurait pas du tout été le même. Dommage, cependant, que le fond n’est pas été un peu plus mis en valeur, car il y’avait matière. Mais bon, le but de ce film est avant de faire rire et de divertir. Et rien n’empêche d’amorcer une réflexion personnelle à partir de ça.
Pour qu’une film comique soit réussi, il faut qu’il fasse rire, c’est la moindre des choses. Certaines scènes de In the Loop sont assez géniales et même si on ne rit pas forcément aux éclats, elles font mouche ! A d’autres moments, le film tourne un peu en rond et on a un peu l’impression de revoir la même scène que la précédente. En fait, tout le film est un peu basé sur le même ressort comique, le même concept. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est exploité à fond, avec une grande réussite, mais il s’agit là tout de même de la principale limite de ce film.
En bon film anglais, In the Loop nous offre une galerie de personnages, et d’acteurs par la même occasion, absolument remarquable. Une mention toute spéciale à Peter Capaldi, pourtant inconnu au bataillon avant ce film, qui livre là une prestation ahurissante en maître de la communication gouvernementale, qui sort plus de gros mots par phrase que vous dans toute une année. Mais la star du film reste Tom Hollander qui campe un Secrétaire d’Etat dont l’ambition est inversement proportionnel aux capacités à faire face à ce qui lui arrive. Enfin, les fans des Sopranos retrouveront avec joie James Gandolfini et constateront avec joie qu’il n’a rien perdu de son charisme. Mais encore une fois, c’est l’ensemble du casting qui est fantastique d’énergie. C’était indispensable dans un film qui repose exclusivement sur des dialogues, au débit woodyallenien.
In the Loop est une vraie réussite dans son originalité et dans son ton. Il manquait peut-être un peu de matière pour durer 1h45, mais certains moments sont assez savoureux pour facilement pardonner le reste.
Fiche technique : Production : BBC Films, Uk film Council, Aramid Entertainment Distribution : CTV International Réalisation : Armando Iannucci Scénario : Jesse Armstrong, Simon Blackwell, Armando Iannucci, Tony Roche, Ian Martin Montage : Billy Sneddon, Anthony Boys Photo : Jamie Cairney Décors : Cristina Casali Musique : Adem Ilhan et The Elysian Quartet Durée : 106 mn
Casting : Peter Capaldi : Malcolm Tucker Gina McKee : Judy Molloy Tom Hollander : Simon Foster Chris Addison : Toby Anna Chlumsky : Liza Weld James Gandolfini : General Miller
Que le niveau de médiatisation et d’écho dans l’opinion ne soient que rarement au niveau de l’importance des sujets qu’ils concernent est malheureusement devenu une évidence qu’il semble superflu de souligner. Des nouvelles qui devraient soulever des réactions d’indignation unanime ne provoquent d’une vague indifférence.
La semaine dernière, on n’a pu apprendre que la France s’apprêtait à vendre un porte-hélicoptère à la Russie. Un « échantillon » mouille actuellement dans le port de St Petersbourg. La France pourrait ainsi devenir le premier pays occidental à vendre des armes à Moscou… Il est beau le Pays des Droits de l’Homme…
Que la politique extérieure de notre pays essaye de ménager la Russie ou la Chine, ça peut se concevoir tant ces pays pèsent dans l’économie mondiale. Oublier les Droits de l’Homme au profit du business est une attitude aussi universelle que manger au Mc Donald. Mais de là à les armer…
La Russie est depuis longtemps au bord (et au milieu même parfois) du conflit armé avec la Géorgie… qui est, faut-il le rappeler, membre de l’OTAN et donc notre allié… Si la Russie s’attaquait à la Géorgie (plus qu’il ne le fait déjà, on va dire), nous serions censés déclarer la guerre à la Russie… et donc censés couler les porte-hélicoptères que nous leur aurions vendus.
En 1938, la France sacrifiait les Sudètes, et par là la Tchécoslovaquie, qui étaient censés être notre allié. C’est une des plus grandes hontes de l’histoire de notre pays. Mais au moins, à l’époque, nous avisons la décence de ne pas avoir vendu d’armes à Hitler…
Un des premiers films de l’histoire, l’Arrivée d’un Train en Garde de La Ciotat ne durait que 50 secondes mais provoquait la panique dans les rangs des spectateurs, pour qui le cinéma tenait encore du prodige. 115 ans plus tard, le cinéma a évidemment considérablement évolué. Le son, la couleur sont arrivés l’un après l’autre et font désormais partis de notre quotidien. Le 7ème art a ses codes, ses héros, ses cultes, ses références qui occupent une place importante dans notre culture occidentale contemporaine. Pourtant, les films vraiment révolutionnaires, ceux qui ont vraiment inventés le cinéma ont tous quasiment plus de 80 ans. Et beaucoup venaient d’Allemagne. Si le Metropolis de Fritz Lang a inventé le cinéma de science-fiction, Nosferatu de Friedrich W. Murnau a inventé le cinéma fantastique.
En 1838, Thomas Hutter, le jeune assistant d’un agent immobilier est envoyé en Transylvanie chez le Comte Orlok pour lui vendre une propriété. Il s’avère très vite que ce dernier n’est pas vraiment un humain, mais un vampire…
Je ne vais pas épiloguer 107 ans sur le synopsis, tout le monde l’aura reconnu, il s’agit d’un adaptation du Dracula de Bram Stoker. Mais des 1922, les histoires de gros sous gouvernaient le cinéma. La veuve de l’écrivain ayant refusé de céder les droits de l’œuvre à Murnau, elle le força à modifier le titre de son œuvre en Nosferatu. Mais à part, les différences dans les lieux et les noms, l’adaptation est relativement fidèle. La parenté avec la version de Coppola est d’ailleurs évidente, ces deux films étaient les deux seuls vraiment proches du roman original.
Film muet et en noir et blanc, Nosferatu est à la fois terriblement archaïque et incroyablement moderne. Archaïque par le jeu des acteurs typique du cinéma muet. Les visages sont hyper expressifs, pour compenser l’absence de dialogues. Cela peut prêter un peu à sourire avec le recul des décennies, mais c’était alors la norme. Au lieu de rire, on ferait mieux de penser que bien des éléments des films d’aujourd’hui feront rire nos arrière-petits-enfants.
La modernité vient de tous les éléments que l’on continue de retrouver dans les films d’horreur ou fantastique. L’ambiance oppressante est crée de manière très indirecte, l’inquiétante présence du conte Orlok suffisant à transformer n’importe quel élément à première vue anodin en vecteur d’angoisse. Nosferatu nous permet de mieux comprendre d’où est né le cinéma de Sam Raimi. La dimension sexuelle est-elle aussi évidente, même si elle est quelque peu métaphorique. Mais c’est depuis ce film, que les réalisateurs de films d’horreur s’amusent à mettre en scène des femmes au corps de rêve et généralement court vêtues. Certes, la chaire se découvre beaucoup plus aujourd’hui, mais l’omniprésence d’une sexualité refoulée dans le rapport victime-boureau (ou vampire, ou serial killer…) reste la même.
Les débuts du cinéma furent aussi l’époque où le travail sur la photographie était le plus abouti. Sans dialogue, sans couleurs, les réalisateurs devaient redoubler d’ingéniosité pour créer des ambiances bien spécifiques. Dans Nosferatu, Murnau a énormément sur les teintes des pellicules, parfois jaunies, parfois sépia, selon le contexte. Une vraie leçon de cinéma sur l’utilisation de la lumière, le travail sur les ombres étant ici de toute beauté. L’angoisse que l’on ferait naître aujourd’hui pas un grincement inquiétant passe ici par une silhouette qui se dessine sur un mur.
Juger la qualité d’un tel film est un exercice délicat. Il ne peut être évidemment juger avec les critères d’aujourd’hui. Cependant, si voir ce film est indispensable à tout cinéphile, je dois tout de même lui reconnaître un aspect moins intemporel que Metropolis ou le cinéma de Chaplin. Nosferatu a vieilli… mais à 87 ans, on peut aisément lui pardonner.
Nosferatu est un vrai moment d’histoire du cinéma, un tournant dont nous vivons encore les conséquences.
Fiche technique : Titre original : Nosferatu, eine Symphonie des Grauens Scénario : Henrik Galeen, d’après le roman de Bram Stoker Dracula Photographie : Fritz Arno Wagner Décors et costumes : Albin Grau Musique (selon version) : Hans Herdmann, P. Schirmann[1] Production : Prana Film Berlin GmbH Genre : Horreur 5 actes Format : N&B – 1,33:1 Durée : 72 min Première : 6 août 1922
Casting : Max Schreck : le comte Orlock, Nosferatu Alexander Granach : Knock Gustav von Wangenheim : Thomas Hutter Greta Schroeder : Ellen Georg H. Schnell : Harding Ruth Landshoff : La sœur d’Harding John Gottowt : Le professeur Bextrait
Je suis quelqu’un de plutôt indulgent et optimiste, accordant facilement une seconde chance. Après un premier tome qui m’a laissé une impression mitigée, je me suis tout de même attaqué au deuxième volet des aventures de Boro, reporter-photographe, le Temps des Cerises. Malheureusement, j’y ai retrouvé tous les défauts, mais aussi les qualités, de la Dame de Berlin. Je ne suis donc pas du tout persuadé que Dan Franck et Jean Vautrin auront droit à une troisième chance.
1936, le Front Populaire est sur le point de triompher. Trois ans ont passé depuis les évènements de Berlin, mais Boro continue de se retrouver, souvent malgré lui, en première ligne contre les factions fascistes parisiennes. Cette fois, c’est en volant au secours de Liselotte, jolie vendeuse de 17 ans des Galeries Lafayette qu’il va encore une nouvelle fois se trouver face à la bête immonde.
Les deux principales de la Dame de Berlin se retrouvent dans le Temps des Cerises. Mais en y repensant, il n’y avait vraiment pas de raison qu’elles disparaissent. Le personnage principal reste le principal atout de cette série. Il est ici beaucoup plus mûr que dans le premier tome, mais garde son charme incomparable, son humour corrosif, son sens de la réparti inimitable. Un vrai héros populaire, au sens noble du terme, protecteur de la veuve et de l’orphelin, et surtout de la veuve, surtout si elle est jolie.
L’autre élément agréable est le style léger adopté par Dan Franck et Jean Vautrin. Un style proche du roman de gare, mais en mieux… Un peu comme quand Tarantino rend hommage au série Z, mais version littérature. Le propos est de toute façon assez léger, malgré un contexte sous-jacent éminemment historique et politique, et aurait été ridicule emballé dans de longues phrases pompeuses et ampoulées.
Mais malheureusement, le principal défaut reste le même. Les deux auteurs s’éloignent trop souvent du fil rouge de l’histoire. Du coup, Ce dernier apparaît presque comme un prétexte lointain à différentes péripéties chargées de mettre en valeur le personnage de Boro. Ainsi, le Temps des Cerises, comme la Dame de Berlin, distrait, amuse, mais ne passionne pas. Dan Franck et Jean Vautrin ne nous offrent jamais de moments où l’on tourne les pages avec avidité, pressé que l’on est de connaître la suite. On parcourt se livre sans jamais vraiment y pénétrer, sans réelle immersion dans un univers qui fait pourtant envie. C’est encore une fois dommage car il ne manque pas grand chose, juste une trame narrative plus épaisse et plus intense.
Maintenant, se pose la question de savoir si je vais lire la suite. Je sais à qui l’emprunter, donc cela peut se faire à moindre frais. Je ressens le même sentiment de frustration qu’après la Dame de Berlin et a vraiment envie de voir enfin Boro vivre des aventures à la hauteur de la sympathie qu’il dégage. On verra donc à quelle point ma patiente à des limites.
Le Temps des Cerises n’est pas forcément à éviter. Il est plus frustrant que décevant, car il ne lui manque pas grand chose pour être réellement excellent. Mais bon, parfois, les petites choses sont les plus dures à obtenir.
Si la constance est une qualité, alors Roland Emmerich n’a donc pas que des défauts. Le problème, c’est d’être constant dans la médiocrité n’est pas forcément la meilleure chose qui soit. Et encore, le mot médiocrité n’est pas à la mesure d’une carrière qui l’aura vu enchaîner des navets du niveau de Independance Day, Godzilla, Le Jour d’Après, 10 000 et désormais 2012. Et ce dernier n’a rien à envier à ses prédécesseurs. Les fans ne seront pas déçus, tout ce qu’il y’avait de pire dans ses films précédents sont tous là, sans exception.
En 2012, les neutrinos ayant muté (oui, je sais, tous les gens ayant un minimum de notions de physique des particules sont déjà morts de rire), le manteau terrestre voit sa température monter en flèche. Tout cela ne pourra aboutir qu’à la dislocation de l’écorce terrestre et entraîner la fin du monde. Heureusement, un scientifique s’en aperçoit et les grands de ce monde préparent leur survie dans le plus grand secret.
Dans 2012, ils sont de retour ! Mais de qui donc est-ce que je parle ? Je vous sens fébriles tout à coup, le cœur étreint par une angoisse sans borne. Et bien, oui, ils vous avaient manqué, mais les revoilà… Je veux évidemment parler du Président des Etats-Unis… et du chien ! Car il y’a une constance dans le cinéma de Roland Emmerich, le Président des Etats-Unis (noir dans ce film… faut bien coller à l’actualité) est un héros qui met les mains dans le cambouis et le chien finit le film sain et sauf. Pour le chien, franchement, je suis désormais persuadé que c’est une private joke du réalisateur avec lui-même, ce n’est pas possible autrement. Car à chaque fois, ce n’est pas qu’un détail de deux secondes, mais il y’a une vraie mise en scène du sauvetage du chien…
Par contre, le chirurgien esthétique peut mourir, on s’en fout. Bon, ce n’est pas tant qu’il soit chirurgien esthétique qui pose problème. C’est que ce con avait eu la mauvaise idée de se mettre en ménage avec l’ancienne femme du héros et ses deux enfants. Comme à peine huit secondes après leur apparition, le spectateur est déjà persuadé que l’ancien couple va finir le film à nouveau amoureux comme au premier jour (bah oui, c’est quand même mieux pour les enfants), il se dit que le chirurgien va bien devoir disparaître d’une façon ou d’une autre. Il ne survivra pas, contrairement au chien. Mais bon, vue la réaction de sa copine quand elle apprend sa mort, trente secondes avant de rouler un patin à son ex-mari, il fait bien de quitter ce monde injuste. Il n’avait qu’à être un chien, plutôt qu’un chirurgien s’il voulait survivre !
Dans la carrière de Roland Emmerich, il y’avait eu un seul moment de cinéma. Très court, mais un vrai moment de grâce. Un plan, au début du Jour d’Après, où des oiseaux de mer survolaient New York, annonçant la catastrophe à venir. Et bien dans 2012, il y’a exactement le même plan… mais au-dessus de la Californie. Faut quand même varier un peu les plaisirs. C’était plutôt bien joué d’essayer de replacer, comme ça, mine de rien, le seul truc qu’on a réussi dans sa vie. Sauf que bon, ça se voit trop pour que la magie opère une seconde fois.
Allez, soyons gentils, il y’a bien des moments de bonheur dans 2012… Comme je suis généreux ce soir, j’en reconnaîtrai un. Quand la Coupole du Vatican écrase la foule… Pas de chance, vous l’avez déjà vu 36 fois dans la bande-annonce à laquelle vous n’avez pu échapper vu le battage médiatique autour de cette m… , pardon, de ce film. Bon, par contre, la destruction de la Maison Blanche (et par la même occasion du Président des Etats-Unis, couvert de cendres, seul debout, au milieu des morts et des blessés… Si, si, relisez bien, ça se passe exactement comment je le décrits) par un tsunami qui traîne avec lui un porte-avion aurait pu déchaîner l’enthousiasme. Mais comme Roland Emmerich a déjà été le premier à faire sauter la Maison Blanche dans Independance Day, on est limite blasé. Je sais, la détruire à coups de porte-avions, c’est plus original qu’à coups de rayons laser sortant d’un vaisseau extra-terrestre. Mais que voulez-vous, je suis impitoyable parfois.
Allez, retrouvons un peu notre sérieux et concluons cette critique qui ne ressemble à rien, je l’avoue. Mais que voulez-vous, j’ai voulu me mettre au niveau de maître Roland. Si je suis le premier à trouver lamentable les pisse-froids qui hurlent au navet au premier effet spécial et encensent le moindre film bulgare muet dont tous les personnages sont de dos, là j’avoue, je dois admettre que dans 2012, même les effets spéciaux ultra spectaculaires de ce film ne peuvent le sauver du désastre. C’est juste nul, prévisible, crétin, plat et sans aucune imagination. Certes, il y’a bien quelque chose à un moment donné qui ressemble à un rebondissement. Sauf que la fausse piste sur lequel le film essayait de nous entraîner était tellement ridicule qu’il sonne plus comme un soulagement qu’autre chose.
2012 est la parodie ultime du blockbuster hollywoodien. Il n’y a pas un seul moment où les choses ne se passent pas comme on peut s’y attendre pour une grosse production américaine. Roland Emmerich n’est pas un être humain. Sa personnalité a disparu pour devenir une usine à poncifs. On lui créditera tout de même un majeur tendu, le seul moment du film où il s’est laissé aller… Les producteurs et l’Amérique profonde doivent en être encore sous le choc…
Dans le cinéma français, nous avons Eric et Ramzy dont je vais voir tous les films en me disant « j’ai détesté tous ceux d’avant mais peut-être que celui-là sera mieux… ce qui n’est évidemment jamais le cas ». Le cinéma mondial a Roland Emmerich. Que ce type se voit confier des millions de dollars pour chacune de ses productions est proprement scandaleux. Je ne vais pas affirmer qu’on devrait mieux les consacrer à la lutte contre la faim dans le monde, parce que si on va par là, c’est, au fond, vrai de tous les films. Mais, simplement, avec le budget de 2012, on aurait pu faire bosser 10 réalisateurs talentueux. Cet argent a malheureusement été confié au seul réalisateur qui ne semble pas aimer le cinéma et qui préfère l’assassiner à chacun de ses films.
2012 est un crime contre le cinéma. Et Roland Emmerich est le coupable…
Fiche technique : Production : Centropolis, Columbia pictues Distribution : Sony Pictures Releasing France Réalisation : Roland Emmerich Scénario : Roland Emmerich, Harald Kloser Montage : David Brenner, Peter S. Elliot Photo : Dean Semler Décors : Barry Chusid Musique : Harald Kloser, Thomas Wander Durée : 158 mn
Casting : John Cusack : Jackson Curtis Chiwetel Ejiofor : Adrian Helmsley Amanda Peet : Kate Curtis Olivier Platt : Carl Anheuser Thandie Newton : Laura Wilson Danny Glover : Le Président Charlie Wilson Woody Harrelson : Charlie Frost
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