LACHEZ LUI LA MAIN !

thierryhenry

thierryhenryDepuis une semaine, Thierry Henry est devenu l’une des personnes les plus détestées de la planète. Cette haine soudaine est un exemple frappant d’emballement médiatique démesuré, le tout encore démultiplié par Internet où chacun peut s’en donner facilement à cœur-joie.

Bien sûr, la main de Thierry Henry était un geste totalement répréhensible qui n’honore pas son auteur et, par ricochet, l’Equipe de France dans son ensemble. Bien sûr, sa joie sur le but était quelque peu déplacée. Bien sûr, le match, dans un monde idéal, mériterait d’être rejoué. Bien sûr, les Irlandais ont de quoi être furieux….

Les matchs de football sont souvent l’occasion de discussions du café du commerce sans fin. Pour ce France-Irlande, ce fut évidemment le cas, mais à une échelle totalement inédite. Il n’y a pas une seule personnalité un tant soit peu médiatique qui ne se soit sentie obligée de nous faire partager son opinion sur la question, combien même il n’y connaîtrait rien. Une mention spéciale à la classe politique française qui n’a pas manqué de se ridiculiser sur le coup, avec comme chef de file Christine Lagarde ! Des jugements moraux totalement déplacés et surtout injustes envers un Thierry Henry, qui si je ne me trompe, n’a encore tué personne.

Tous ces braves gens de part le monde qui déverse leur haine sur Thierry Henry font surtout preuve d’une mauvaise foi détestable. Si Thierry Henry s’était spontanément dénoncé à l’arbitre, il n’aurait pas commis un geste fair-play et méritoire. Il aurait commis un acte inhumain qu’infiniment peu de tous ceux qui ont exprimé leur mépris envers le capitaine des Bleus n’aurait réalisé.

N’importe qui  qui aura fait ne serait-ce qu’un minimum de sport de compétition ne pourra qu’admettre tout cela, à moins de faire preuve d’une malhonnêteté intellectuelle sans limite. Personnellement, pour avoir vécu ce genre de moments, à une toute petite échelle, dans un sport pourtant synonyme de fair-play, je n’aurais jamais la prétention de dire que, dans un match d’une telle importance, d’un tel enjeu, d’une telle tension, devant 80 000 spectateurs, je me serais dénoncé à l’arbitre. C’est quelque chose que l’on peut concevoir dans un moment de réflexion, de calme, pas dans le un feu de l’action aussi intense, dans lequel on vient de se plonger corps et âme depuis 113 minutes.

Thierry Henry n’est certainement pas un héros. Mais il serait bon que l’humanité garde sa capacité de mobilisation contre des personnes autrement plus nuisibles (Christine Lagarde ?).

ET SI ON REJOUAIT ?

mainhenry

mainhenryLes Irlandais vont demander officiellement à ce que le match d’hier soir soit rejoué. Si on devait faire un référendum, même en France, le oui l’emporterait de loin. Pour le fun, pour l’équité sportive et surtout pour enfin savoir si on doit être content ou déçu. J’apporterai également un oui enthousiaste si mon me demandait mon avis…

… mais voilà, la démarche n’a absolument aucune chance d’aboutir. Non, parce que l’idée n’est pas bonne, c’est qu’en termes de jurisprudence, cela représenterait une catastrophe sans précédent. Les erreurs d’arbitrage font partie du jeu, qu’on le veuille ou non… Parce que si on rejouait ce France-Irlande, la première équipe flouée par une erreur d’arbitrage demanderait à ce que l’on rejoue le match. Et comme il y’en a toutes les semaines partout dans le monde, je vous laisse imaginer le bordel.

On pourrait imager que cela ne concerne que les matchs à gros enjeux. Mais bon, on s’embarquerait dans un interminable débat sur les critères à adopter. Savoir quels seraient les matchs concernés seraient sans doute le plus facile à trancher. Mais après, quelle est la définition de l’injustice ? Quelles erreurs, dans quelles situations, à quels moments du match ? Et puis, si la double main volontaire de Henry est évidente, trop de situations sont vécues comme sautant aux yeux pour les victimes et peu évidentes pour les bénéficiaires. Bref, la subjectivité joue un rôle bien trop important dans tout ça pour imaginer ne serait-ce qu’une seconde qu’on puisse en arriver là.

On peut simplement espérer que ce malheureux incident accélérera les progrès que doit obligatoirement faire l’arbitrage. Si la vidéo n’est pas à l’ordre du jour, les arbitres de surface de réparation devraient voir le jour. Avec eux, sans doute que le but aurait été refusé… et peut-être le penalty sur Anelka accordé…

SACREE SOIREE

Franceirlande

FranceirlandeQue dire sur cette soirée ? Rarement sentiments furent autant contrastés. Ce qui aurait du être de la joie pure est mêlé avec le goût amer de l’injustice et surtout beaucoup de frustration. Mais cette soirée fut surtout dominée par le caractère dramatique que peut revêtir le foot. Aucun sport ne peut offrir un tel scénario où tout se joue sur un rien, un souffle, une erreur qui anéantit des jours, des mois de préparation.

La performance offerte par l’Equipe de France fut ce soir d’un niveau consternant. Les erreurs individuelles à répétition furent indignes d’un futur favori pour le titre de champion du monde. Les Irlandais ont bien joué le coup, mais n’ont pas acquis en quatre jours les qualités techniques qui leur manquaient. Leur jeu reste d’une pauvreté absolue, mais guère pire que celui qui avait permis à la Grèce de devenir championne d’Europe.

Mais malgré cela, nous aurions pu vraiment savourer notre qualification. Sans cette grossière erreur d’arbitrage. Ou plutôt, malheureusement, sans ces grossières erreurs d’arbitrage. Monsieur Hansson a totalement gâché le match. Qu’un Suédois arbitre à l’anglaise, ça peut se comprendre. Cependant, il y’a des limites à tout. Poussettes, coup d’épaules, de coudes, rien ne valait faute à ses yeux. Et très vite les Français se sont mis au diapason des Irlandais transformant ce match en un grand n’importe quoi. Puis vinrent successivement le penalty oublié sur Anelka et la double main de Henry sur l’égalisation tricolore. On peut toujours dire qu’une erreur compense l’autre, mais cela sonne surtout comme un élément d’injustice sportive qui vient gâcher la fête.

Que pourra faire la France à la Coupe du Monde ? Sur ce qu’elle a montré ce soir, pas grand chose. Mais voilà, la compétition ne débute pas demain. Et il n’est pas besoin de super bien connaître très bien le foot pour savoir que le parcours en éliminatoires n’a souvent rien à voir avec le parcours en compétition. C’est même bizarrement l’inverse (même si ce genre de constatation n’appelle aucune conclusion). En 1992 et 2004, nous avions fait carton plein en éliminatoires avant de faire des Euros désastreux. A l’inverse les campagnes éliminatoires 1996, 2000 et 2006 furent plus que laborieuses pour au bout, une demi, une victoire et une finale. Aucune raison d’être confiant, mais aucune raison de se dire qu’on sera forcément eh dessous de tout en Afrique du Sud. Et puis, 2006, nous a même appris qu’on peut être au bord du ridicule pendant deux matchs avant de frôler le tire suprême.

Mais bon, ce que je retiendrai du match de ce soir, c’est que c’est le genre de moment qui nous rappelle pourquoi on aime tant le football. De la tension, des éclats de rire nerveux entre potes, des émotions fortes, le cœur qui bat à 200, une incapacité à regarder les dix dernière minutes assis, du drame, de la passion, des cris et surtout une intrigue plus forte que tous les scénarios de film. Un moment que l’on se racontera encore et encore, sur lequel on pourra discourir à l’infini. Bref un vrai moment d’histoire, au sens premier du terme, qui est déjà entré dans la mémoire collective française… Ca vaut bien mieux que tous les débats sur l’identité nationale…

A L’ORIGINE : Le scarabée, l’autoroute, l’escroc

alorigineaffiche

alorigineafficheScarabée pique-prune, mon amour ! Ok, là vous vous dîtes de quoi il nous parle, il a encore bu, ça se voit… Je pourrais effectivement vous parler de la monographie que j’ai écrite à son sujet en première année de l’Agro. Mais je vais vous parler plutôt du film « A l’Origine ». Quel est le rapport entre les deux me direz-vous ? Et bien il faut savoir que la présence de ce sympathique insecte a bloqué pendant de longues années la construction de l’autoroute entre Le Mans et Tours. Et ceci fut à l’origine d’une histoire assez incroyable, adaptée à l’écran ici par Xavier Giannoli.

Philippe Miller est un escroc sans envergure. Il repère les chantiers, se fait passer pour un responsable logistique des sociétés qui en ont la charge et revend le matériel qu’il a loué en leur nom. Un jour, dans le Nord, il repère un chantier abandonné. C’est celui d’une autoroute qui attend depuis deux ans d’être construite. Très vite, la nouvelle de sa présence se répand dans la petite ville d’à côté, où le chômage règne et où la population espère que le chantier va reprendre. Très vite, il se voit proposer des dessous de table. Il profite de l’aubaine mais va très vite être dépassé par l’ampleur de ce qu’il a provoqué.

Plus c’est gros, plus ça passe. Il s’agit bien entendu là d’un lieu commun, mais qui se vérifie avec une étonnante fiabilité. Le problème avec A l’Origine, c’est que ça ne passe pas du tout. Enfin de mon point de vue en tout cas. Que cela soit une histoire vraie, que cela ait vraiment pu se produire, cela est tout à fait concevable malgré l’énormité de la chose. Mais que cela soit provoqué par ce pauvre type avec ses yeux de chien battu, j’ai eu beau essayé, je n’y ai pas cru une seule seconde.

Ce n’est pas le talent de François Cluzet qui est en cause. Au contraire, sa performance est ici en tout point remarquable. Non, le coupable est pour moi Xavier Giannoli qui a donné une personnalité peu crédible à son personnage. Certes, il paraît qu’il s’est efforcé de recréer les évènements au plus près de la réalité en impliquant les vrais protagonistes dans l’écriture du scénario. Cependant, ceci ne rentre guère en ligne de compte quand vous êtes dans votre fauteuil en position de spectateur et que vous restez excessivement sceptique. J’avais peut-être tort de l’être, mais il n’empêche que je l’étais et que cela a considérablement nuit au plaisir que j’aurais pu prendre à la vision de A l’Origine.

alorigineEt comme le film dure tout de même 2h10, vous imaginez bien que j’ai trouvé le temps quelque peu longuet. Une histoire qui aurait pu être passionnante et fascinante, à l’instar de L’Adversaire, mais qui donne ici l’impression de s’étirer désespérément en longueur. Le parallèle entre les deux films est évident, avec ce même basculement dans une folie provoquée par une vie de mensonges, desquels on ne peut tellement plus sortir et qu’on finit par être obligé de croire soi-même. Evidemment, tout cela finit mal, mais, dans A l’Origine, le dénouement sonne surtout comme une libération pour le spectateur.

Mais je tiens vraiment à préciser qu’il s’agit là d’une vision toute personnelle. Si vous arrivez à vraiment y croire et à rentrer totalement dans cette histoire, ce film pourra vous enthousiasmer. Car ses qualités purement cinématographiques sont indéniables. J’ai déjà évoqué le casting. Mais François Cluzet n’est pas seul. Il est notamment accompagné d’Emmanuelle Devos, dont le seul nom doit suffire à donner envie aux cinéphiles avertis. A côté de ça, le travail de réalisation et de photographie est vraiment remarquable. Vous pensiez qu’il n’y avait aucune poésie, aucune dimension épique dans le BTP et bien certains images de A l’Origine pourraient vous convaincre du contraire.

A l’Origine est donc un film que je n’ai pas aimé. Mais ce sentiment pourrait bien ne pas être partagé par tout le monde.

Fiche technique :
Production : Rectangle productions, Euuropacorp, Studio 37, France 3 cinéma
Réalisation : Xavier Giannoli
Scénario : Xavier Giannoli
Montage : Celia Lafitedupont
Photo : Glynn Speeckaert
Décors : François-Renaud Labarthe
Distribution : Europacorp distribution
Musique : Cliff Martinez
Durée : 155 mn

Casting :
François Cluzet : Paul, Philippe Miller
Emmanuelle Devos : Stéphane, la Maire
Gérard Depardieu : Abel
Vincent Rottiers : Nicolas
Brice Fournier : Louis
Soko : Monika 

MON IDENTITE N’A PAS ATTENDU LEUR DEBAT

drapeaufrancais

drapeaufrancaisJe pourrais profiter de ce billet pour à nouveau dire tout le mal que je pense d’Eric Besson. Mais bon, inutile d’épiloguer plus longtemps de cet homme qui aura donné une nouvelle dimension à la notion d’ignominie intellectuelle.

Ainsi, l’UMP veut organiser un grand débat sur « l’identité nationale ». Est-ce que ça leur a pris comme ça un matin, telle une envie de pisser ou bien l’approche des Régionales les a-t-il poussé à remettre au goût du jour ce thème cher à son électorat ? La manœuvre électoraliste est tellement visible qu’aucun commentateur n’a cru bon de la nier.

Mais il n’y a pas de mal à débattre diront certains. Sauf que le débat a bon dos, faudrait déjà savoir de quoi on parle. Il se cache derrière tout ça le vrai thème que veut mettre sur le devant de la scène l’UMP, à savoir l’immigration. Depuis le début de son mandat et la création du Ministère de l’immigration et de l’identité nationale, Nicolas Sarkozy tente d’assimiler les deux notions. Ca semble n’être qu’une question de vocabulaire, mais c’est surtout une dérive vers des idées particulièrement ignobles.

Il y’a derrière tout ça l’idée de déterminer ce qu’est un « bon Français ». Et forcément, « le mauvais Français ». Bref quels sont les critères pour avoir le droit de cité sur notre sol et qui sont les êtres inférieurs indignes de notre grande Nation. Sauf que s’il y’a un pays qui s’est construit sur l’immigration, c’est bien le nôtre. Carrefour géographique, la France a toujours été une terre d’accueil et n’a d’ailleurs jamais rechigné à faire de ses « étrangers » de bons Français dés lors qu’ils contribuait à la grandeur nationale. Nos trois grands plus footballeurs ne furent-ils pas Kopaszewski (que l’on avait gentiment francisé en Kopa), Platini et Zidane. Trois fils de l’immigration, dont les parents n’avaient rien d’ingénieurs surdiplômés parlant un français d’école à leur arrivée sur le territoire hexagonal.

Mais la pire escroquerie intellectuelle est de faire comme si on pouvait débattre de l’identité nationale. Au mieux, c’est un sujet d’étude sociologique à laquelle des hommes politiques pourrait apporter leur contribution. Une identité est un fait, une donnée, qui s’impose à l’observateur. La France et les Français sont ce qu’ils sont aujourd’hui, différents d’hier et de demain, c’est comme ça. Chacun de nous contribue à construire notre identité collective, qu’elle soit nationale, européenne ou mondiale.

Si un débat devait avoir lieu, il aurait pu porter sur les conditions d’attribution de la nationalité française aux ressortissants étrangers. Mais voilà, ce débat aurait paru trop technique et n’aurait pas passionné ce qui constitue un des socles de l’électorat sarkozyste. Ceux qui pensent pouvoir définir le « bon Français ». Ceux-là pensent évidemment en faire partie. Mais heureusement que notre identité nationale, celle de la patrie des Droits de l’Homme, ne leur doit pas grand chose… Espérons que cela dure !

UN BIEN BEAU WEEK-END

franceafriquedusud

franceafriquedusudC’était un week-end périlleux qui s’annonçait pour les équipes de France. Mais à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Et le moins que l’on puisse dire c’est que nos Bleus s’en sont couvert !

Saluons tout d’abord la magnifique performance de notre XV tricolore. Et surtout de sa première ligne. En tant qu’ancien pilier, quel plaisir de voir la mêlée fermée retrouver toute sa place dans un jeu moderne où le spectacle se définit souvent par le nombre de ballons à l’aile. Vendredi soir, au Stadium de Toulouse, le spectacle était au cœur du terrain, là où les « gros » s’affrontent pour le gain du ballon. Et il fut magnifique, un vrai combat héroïque. Certes, ce n’était que du sport, donc un combat inutile. Mais c’est tellement plus beau quand c’est inutile.

irlandefranceL’Equipe de France de football n’a pas encore son billet pour l’Afrique du Sud. Mais bon, en l’emportant en Irlande, elle a quand même déjà fait une bonne parti du chemin. Après, il y’a la noble incertitude du sport, tout ça, tout ça… Mais bon, il n’y avait pas photo samedi soir à Croke Park. Entre une équipe courageuse certes, physiquement solide mais techniquement limitée et une équipe dont les joueurs sont parmi les meilleurs à leur poste en Europe, le résultat ne pouvait guère être différent… Mais il a quand même failli l’être. C’est là la beauté du football, où la notion de logique est trop souvent contredite pour avoir encore réellement un sens. Enfin espérons qu’elle soit tout de même respectée mercredi soir…

LE CONCERT : 15 minutes de grâce absolue

leconcertaffiche

leconcertafficheL’année 2009 aura été une année particulièrement riche au niveau cinématographique. Certes, ce sont surtout les premiers mois de l’année qui ont vu une incroyable densité de films d’une qualité rare. Les têtes d’affiche resteront pour moi Slumdog Millionnaire et les Noces Rebelles. Mais le reste de l’année ne fut pas en reste. Il a notamment recélé deux parmi les plus beaux moments de cinéma qui m’ait été donné de voir. Deux moments de grâce cinématographique absolue. Le premier fut les premières minutes de La-Haut. Le second est les dernières minutes du Concert. (NB : On aurait pu rajouter la dernière scène d’Inglourious Bastard, mais la séquence en question est tout de même beaucoup plus longue).

Au début des années 80, Andrei Filipov était le plus grand chef d’orchestre d’URSS et était connu internationalement. Mais quand Brejnev décida d’exclure les musiciens juifs du Bolchoï, il refusa de se soumettre. Il y travaille toujours 30 ans plus tard, mais en tant qu’homme de ménage. Un jour, il intercepte un fax invitant l’orchestre à venir se produire au théâtre du Châtelet. Germe alors en lui l’idée folle de retrouver ses anciens musiciens, de les faire passer pour l’orchestre officiel du Bolchoï et de les emmener à Paris.

A la fin du Concert, j’ai assisté à deux phénomènes extrêmement rares. Nous étions à la séance de 22h à l’UGC de la Défense. Déjà, le public a spontanément applaudi à l’arrivée du générique… et surtout une bonne partie de la salle est restée tout au long de ce dernier. Si c’est chose fréquente dans Paris intra-muros, je suis très souvent le seul à rester jusqu’au bout du générique à la Défense. Ce fut loin d’être le cas cette fois. On ne quitte pas facilement ce film, surtout avec ce qu’il nous fait vivre dans ces dernières minutes.

Mais avant d’en venir à la fin, parlons un peu du reste. Le Concert est une comédie très drôle, parfois un peu lourdingue, mais globalement réussie. Un des ressorts comiques repose sur le sens système D des Russes depuis la chute du communisme et le choc brutal avec le capitalisme. Lorsque la troupe des musiciens arrive à Paris, tout cela tourne un peu au cliché et on sent qu’il est temps que le film passe à autre chose… à la musique !

Tout le film est construit pour nous amener à ce moment final. A ce fameux concert, où l’orchestre interprète le Concerto pour Violon et Orchestre de Tchaïkovski, un des plus beaux morceaux jamais écrits (le nom ne vous dit peut-être rien comme ça, mais si on vous le fredonne, il y’a de forte chance que vous le connaissiez). Le Concert est loin d’être dénué d’une certaine gravité, mais elle est totalement masquée pendant 1h45 par la farce, parfois un peu grossière. Mais quand la musique commence à retentir, elle éclate d’un coup, violemment, sans que vous l’ayez une seule seconde vu venir. Vous aviez passé le film à rire aux éclats et bien, à ce moment là, vous restez au fond de votre fauteuil, vous vous taisez et vous pleurez pendant 10 minutes non stop ! Des larmes de joie et de tristesse mêlées, bref des larmes d’émotion pure.

leconcertRadu Mihaileanu a parfaitement réussi son coup. Il y’a bien des critiques à formuler sur les trois quart de ce film. Mais c’est pour mieux tromper l’ennemi… Enfin, ce n’est sans doute pas vraiment fait exprès, mais honnêtement, en sortant de ce film vous aurez de toute façon totalement oublié tout ce qui précède. Il fallait bien que je vous en parle, mais c’était presque superflu.

Le Concert fut aussi pour moi une confirmation. Celle de l’immense talent de Mélanie Laurent. J’ai été un des rares à encensé sa performance dans Inglourious Bastard qui a plutôt reçu des critiques. Et bien, je maintiens que c’est une très grande actrice, pas forcément pour son jeu spectaculaire, mais par un charisme mêlant à la fois force et faiblesse. Elle est ici tout simplement étincelante et on oublie totalement que, dans la séance finale, ce n’est évidemment pas elle qui joue du violon.

Mais de manière globale, tout le casting est vraiment remarquable. Aleksei Gustov, sur lequel une large partie du film repose, livre là une performance magnifique, aussi bien dans les moments d’humour que dans les moments d’émotion. Le reste des acteurs jouent surtout sur le registre de la comédie pure, mais y mettent assez d’énergie pour faire passer même les moments un peu moins subtils. Un mot enfin sur la trop rare désormais Miou-Miou qui nous fait regretter ici qu’elle ne soit plus cantonnée qu’aux seconds rôles.

Le Concert n’est pas un film à voir uniquement si on aime la musique classique. Cela n’a rien à voir. C’est le mélange des émotions véhiculée par le scénario et les images qui sont soudain sublimées par la musique. Cette dernière est un langage universel qui prend ici tout son sens. Aucun des éléments n’aurait fait un tel effet s’il n’avait été en parfaite harmonie avec les deux autres. Un tel moment se vit rarement et je ne sais d’ailleurs pas si j’aurais vraiment envie de revoir ce film, de peur que l’expérience ne soit pas la même la seconde fois.

Le Concert ne vaut pas que par son dernier quart d’heure, cela serait injuste. Mais ce dernier vaut à lui seul largement le déplacement ! Inoubliable !

Fiche technique :
Production : Les Productions du Trésor
Distribution : Europacorp
Réalisation : Radu Mihaileanu
Scénario : Radu Mihaileanu, Alain Michel Blanc, Matthew Robbins
Montage : Ludovic Troch
Photo : Laurent Dailland
Décors : Stan Reydellet
Son : Pierre Excoffier, Selim Azzazi, Bruno Tarrière
Musique : Armand Amar
Costumes : Viorica Petrovici, Maira Ramedhan Levi
Durée : 120 mn

Casting :
Alexeï Guskov : Andreï Filipov
Dimitri Mazarov : Sacha Grossman
Melanie Laurent : Anne-Marie Jacquet
François Berléand : Olivier Morne Duplessis
Miou-Miou : Guylène de la Rivière
Lionel Abelanski : Jean-Paul Carrère

AWAY WE GO : Un vent d’optmisme si délicieusement léger

awaywegoaffiche

awaywegoafficheAway we Go est un film quelque peu singulier. Non pas son contenu, mais par la place qu’il occupe dans la carrière de son réalisateur, Sam Mendes. Sorti moins d’un an après Les Noces Rebelles, il en est l’exact opposé. Encore un film sur le couple, certes, mais cette fois un film léger et drôle. Il ne nous raconte toujours pas que tout est facile en amour, mais il nous donne cette fois beaucoup de raisons d’espérer.

Burt et Verona, couple d’une petite trentaine d’années, pas vraiment installés dans la vie, vont avoir un bébé. Mais à quelques mois de l’accouchement, les parents de Burt leur annoncent qu’ils partent vivre à…Anvers. Comme plus rien ne les retiens là où ils habitent, ils se décident à chercher le parfait endroit pour élever leur enfant.

Away we Go est un film à sketchs. Chaque ville visitée donne lieu à une nouvelle situation et une nouvelle rencontre. Ils croiseront des personnages et vivront des situations saugrenus. Ils découvriront surtout que le bonheur des autres cachent parfois bien des choses inattendues. Qui dit film à sketchs dit souvent, film inégal. Away we Go n’échappe pas à la règle, même si chacun d’eux reste de grande qualité. Tous ceux qui auront vu ce film auront leur scène fétiche. Pour moi, il s’agira d’une histoire de poussette dont la bande-annonce a donné un aperçu pour ceux qui l’ont vu. D’ailleurs vue l’hilarité générale dans la salle, je pense que je ne suis pas le seul à avoir préféré ce moment là.

Entre rire et réflexion, le rire l’emporte largement dans Away we Go. Le film n’a rien d’une interrogation métaphysique sur le couple. C’est le thème central du film, mais il est traité par les différentes scènes qu’elles soient comiques au premier degré, au second, au troisième ou au vingt-huitième. Tout est léger, gai et tendre dans ce film qui dégage au final un vrai optimisme et une vraie joie de vivre. D’ailleurs, certains trouveront d’ailleurs peut-être le dénouement un peu cucul, mais bon, après la fin des Noces Rebelles, on lui pardonnera aisément.

awaywegoD’ailleurs, pour continuer la comparaison, on pourra remarquer que le casting de ce film est cette fois essentiellement composé d’inconnus. Pas de Leonardo Di Caprio, ni de Kate Winslet, cette fois-ci. Mais John Krasinski et Maya Rudolph n’ont pas à rougir et son largement à la hauteur. Deux vraies révélations ! Et puis, d’un point de vue personnel, je suis très heureux d’y avoir retrouver Maggie Gyllenhall, puisque je vais l’épouser si vraiment Zooey Deschanel refuse.

Evidemment, tout cela se fait sous la caméra de Sam Mendes. Et donc pas sous n’importe quelle caméra ! Une caméra élégante, mais aussi discrète qui est là pour mettre en valeur les acteurs qu’il sait si merveilleusement bien diriger. Bref, un régal pour les yeux, tout autant que pour l’esprit, par l’optimisme qui parcourt ce film.

Away we Go n’a pas la dimension des Noces Rebelles. Mais il reste un très beau film, vraiment drôle, remarquablement intelligent et surtout qui donne envie d’être amoureux.

Fiche technique :
Production : Focus Features, Big Beach, Neal Street Productions
Distribution : Mars Distribution
Réalisation : Sam Mendes
Scénario : Dave Eggers, Vendela Vida
Montage : Sarah Flack
Photo : Ellen Kuras
Format : 35mm
Décors : Jess Gonchor
Musique : Alexi Murdoch
Costumes : John Dunn
Durée : 98 mn

Casting :
John Krasinski : Burt
Maya Rudolph : Verona
Catherine O Hara : Gloria
Jeff Daniels : Jerry
Allison Janney : Lily
Jim Gaffigan : Lowell
Maggie Gyllenhaal : LN

LA LOI DE MURPHY : Un peu de n’importe quoi, beaucoup de bonheur

laloidemurphyaffiche

laloidemurphyafficheCertains l’ont peut-être déjà noté, mais j’adore aller voir un film sans rien savoir de lui, ou du moins pas grand chose. C’était mon cas avec la Loi de Murphy. Déjà première surprise, il s’agit là d’un film bien de chez nous, pas du tout un film américain comme je le pensais. L’autre est qu’il s’agit beaucoup plus d’une comédie qu’un polar. Bref, ce n’est pas tout à fait ce que j’attendais, mais cela ne m’a pas du tout empêché d’apprécier ce bon petit film dynamique et réussi.

Elias, brancardier de son état, n’est plus qu’à quelques heures de la fin de sa liberté conditionnelle. Malheureusement, pour lui, cette nuit va tourner au cauchemar. Son ancien compagnon de cellule débarque à l’hôpital après un accident de voiture. Ce dernier vient de braquer… une famille de braqueurs, à la sortie d’un casse chez un diamantaire… qui se retrouve lui-aussi dans le même hôpital. Tout ce beau monde va donc converger au même endroit, ainsi que l’inspecteur de police qui avait poursuivi Elias. Ce dernier va se retrouver bien involontairement à ce chassé-croisé entre truands.

Si vous faites le tour des critiques parues dans la presse, vous trouverez essentiellement des avis désastreux. D’ailleurs, je me demande ce qui m’a poussé à aller voir ce film, en dehors ma fascination pour la loi de Murphy elle-même et la théorie des jeux. Mais voilà, j’ai bien fait d’y aller à l’instinct car j’ai vraiment passé un bon moment en regardant ce film réalisé sans grand moyen et sans prétention.

La Loi de Murphy est un mélange de H (la série), Snatch (mais sans Brad Pitt) et After Hours. Bon, niveau réalisation et casting, on est plus proche de H que du reste, mais un épisode de la première saison, quand la série nous faisait encore rire. C’est un peu fait avec les moyens du bord, sans effets spéciaux, sans grands acteurs, sans scénario super élaboré, voire même parfois carrément brouillon. Mais voilà, ce film possède une qualité rare dans notre cinéma hexagonal : du rythme et de l’énergie !

laloidemurphyQue certaines situations soient un peu éculées, manquent de finesse ou bien encore flirtent avec le crétin, je peux l’admettre volontiers. Mais bon, comme rien ne dure et que tout s’enchaîne dans la Loi de Murphy, on oublie et on pardonne. Les mésaventures de notre héros sont parfois un peu prévisibles, mais comme elles se suivent à un rythme effréné, on n’a pas vraiment le temps de réfléchir à ce qui va se passer ensuite.

De plus, le casting est de plus sympathique. Le beau Pio Marmai qu’on avait découvert dans Le Premier Jour du Reste de ta Vie tient là un rôle beaucoup moins profond et subtil, mais s’en tire parfaitement et apporte toute l’énergie nécessaire pour faire vivre ce film. Mais que les mâles se rassurent, la jolie Fanny Valette apporte une touche de charme loin d’être désagréable. A leurs côtés, Dominique Pinon, Omar et Fred et bien d’autres jouent sans retenue leurs rôles avec une énergie particulièrement communicative.

La Loi de Murphy est loin d’être un chef d’œuvre du 7ème art. Mais il possède une qualité, la densité, qui en fait un spectacle plaisant, drôle et divertissant… et oui, avouons-le un peu crétin parfois. Alors si vous n’avez pas honte de rire dans ces moments-là, ne vous privez pas de voir ce film.

Fiche technique :
Réalisateur : Christophe Campos
Scénariste : Christophe Campos et Mabrouk el Mechri
Directeur de production : Clément Sentilhes
Directeur de la photographie : Bruno Romiguiere
1er assistant réalisateur : Jean-Sébastien Viguie

Casting :
Pio Marmai : Elias
Karim Belkhadra : Nino Ortega
Omar Sy : Joachim Ortega / le père de Joachim
Fanny Valette : Vera St Jean
Guy Lecluyse : Emile
Bruno Ricci : Luciano Ortega
Jean-Michel Noirey : L’inspecteur Verlun
Dominique Pinon : Rudy
Jonathan Lambert : Docteur Moreau
Fred Testot : Le responsable de la morgue / réceptionniste / candidat du jeu TV / père de Luciano

CLONES : Moumoute et pyjama

clonesaffiche

clonesaffichePendant longtemps, le monde de la science-fiction fut coupé en deux. D’un côté, la SF littéraire, l’univers de K.Dick ou Azimov, vision du futur de l’humanité souvent sombre et pessimiste. De l’autre, la SF cinématographique, souvent appelée Space Opéra, avec des vaisseaux spatiaux et des extra-terrestres, dont Star Wars a été le plus digne représentant. Puis peu à peu, le cinéma a commencé à s’intéresser à l’autre SF. Blade Runner, Total Recall, Minority Report, I, Robot… Malgré tout, les projets d’envergure ne furent pas extrêmement nombreux en 30 ans. Le dernier en date est Clones, avec Bruce Willis.

Dans un futur plus ou moins proche, nous vivrons chez nous, en pyjama… C’est notre clone, que nous contrôlerons à distance, qui sortira à notre place. Donc, s’il lui arrive un accident, il nous suffira d’en acheter un nouveau. Sauf qu’un jour apparaît une arme capable d’à la fois détruire les clones mais aussi tuer leurs propriétaires à distance. Deux agents du FBI…ou plutôt leurs deux clones commencent à enquêter.

Sans être méchant, Clones est quand même le Minority Report du pauvre. Non pas que ça soit un mauvais film. Il est rythmé, distrayant et visuellement bien foutu. D’ailleurs, sa longueur, 85 minutes, indique qu’il n’a pas cherché à être autre chose qu’une bonne idée exploitée en se concentrant sur l’essentiel. Personnellement, c’est plutôt quelque chose que j’apprécie, même si c’est un peu frustrant pour un long métrage. Clones s’apparenterait presque plus à un bon épisode de série du coup. Enfin, il y’a quand même peu de séries capables d’offrir des effets spéciaux de ce niveau.

Mais bon, il y’a longtemps que de bonnes scènes d’action et de bons effets spéciaux ne suffisent plus à nous enthousiasmer. Avec l’ère du numérique, c’est devenu la norme. Si Clones est plaisant, c’est donc plus par son scénario. Déjà l’idée de base de ce monde peuplé de clones, sans être l’idée du siècle, constitue un bon point de départ plutôt bien exploité ici. La déshumanisation des rapports sociaux est un thème récurrent de la science-fiction et ce film est une nouvelle pierre à l’édifice, et pas la moins belle. Ensuite, l’intrigue en elle-même est somme toute une intrigue policière classique, comme pourrait la vivre des agents du FBI tout ce qu’il y’a de plus contemporains. Et dans ce domaine, les scénaristes d’Hollywood touchent leurs billes et sont capable de nous offrir toujours des histoires assez bien foutues pour nous préserver de l’ennui.

clonesEt au milieu de tout ça, Bruce Willis se contente de nous offrir une prestation efficace, mais sans surprise. De toute façon, entre le clone à moumoute et le loser en robe de chambre, il ne tenait pas là le (double) rôle le plus exceptionnellement intéressant de sa carrière. Les personnages sont trop dépourvues de psychologie profonde pour qu’il puisse les sublimer par son talent. Ce n’est de toute façon pas ce qu’on lui demandait.

Clones est donc un court film assez bien foutu pour se laisser regarder, qui ne cherche pas à être plus qu’un sympathique divertissant avec le minimum d’action et de suspense requis. Mais du coup, ce manque d’ambition l’a exclu de la famille des films cultes où figurent bien des films de science-fiction.

Fiche technique :
Production : Touchstone Pictures, Mandeville Films/Brownstone Productions
Distribution : Walt Disney Studioes Motion Pictures
Réalisation : Jonathan Mostow
Scénario : John Brancato, Michael ferris
Montage : Kevin Stitt
Photo : Oliver Wood
Format : 35mm
Décors : Jeff Mann
Son : Jon Johnson
Musique : Richard Marvin
Effets spéciaux : Mark Stetson
Maquillage : Jeff Down
Durée : 85 mn

Casting :
Bruce Willis : l agent Greer
Radha Mitchell : l agent Peters
Rosamund Pike : Maggie Greer
Ving Rhames : le Prophète
James Cromwell : Canter âgé