La question de l’objectivité quand une fiction cherche à récréer des faits réels se pose et peut donner lieu à des débats sans fin. Adopter un point de vue très marqué (ce qui est différent de mentir) peut représenter un choix assumé. Il faut alors le prendre comme tel. C’est exactement dans cet état d’esprit qu’il faut aller voir Adults in the Room, le nouveau film de Costa-Gavras. Le scénario est tiré du livre écrit par Yanis Varoufakis. Les faits rapportés sont donc racontés tels que l’ancien ministère de l’économie grec les voit, avec une subjectivité évidente. Il est le héros de l’histoire, proche du chevalier blanc, nageant au milieu des forces hostiles, pour ne pas dire maléfiques. Cela en fait un très mauvais documentaire… Sauf que ce film n’est pas un documentaire.
Costa-Gavras reste très certainement le plus grand des réalisateurs de films politiques de l’histoire du 7ème art. D’un point de vue formel Adults in the Room démontre une nouvelle fois son incomparable talent. Sa science de la narration, du rythme et du cadrage parvient à créer une tension narrative particulièrement intense qui fait ressembler ce film à un polar haletant. L’exercice de style est relativement passionnant à suivre et on est emporté par le spectacle, une nouvelle version de David contre Goliath. Le cinéaste grec fait même preuve parfois d’une imagination dans sa réalisation qu’on lui avait rarement connu, notamment une scène finale d’une grande originalité.
La subjectivité citée plus haut peut être pleinement acceptée. Cependant, elle présente tout de même un inconvénient majeur. Si elle peut faire naître une très grande admiration pour Yanis Varoufakis et de l’empathie pour le peuple grec, elle fait naître aussi un petit fond d’antipathie, tant le « héros » se donne le beau rôle sans guère de subtilité. Or dans un propos aussi manichéen, difficile d’être totalement enthousiaste quand le « héros » a autant la grosse tête. La performance de Christos Loulis n’y est strictement pour rien car il est vraiment impeccable dans son interprétation. On saluera quelque jolis seconds rôles, savoureux pour ceux qui connaissent bien la politique. J’ai une tendresse particulière pour Vincent Nemeth, plus vrai que nature en Michel Sapin. Adults in the Room se situe dans la droite lignée du reste de l’œuvre de Costa-Gavras. Il ne restera pas son meilleur film, mais une nouvelle preuve de son talent singulier.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Production : KG productions, Odeon, France 2 Cinéma, Wild Bunch Distribution : Wild Bunch distribution Réalisation : Costa-Gavras Scénario : Costa-Gavras, Stéphane Osmont, livre de Yanis Varoufakis Montage : Lambis Charalampidis Photo : Yorgos Arvanitis Décors : Spyros Laskaris Musique : Alexandre Desplat Durée : 124 min
La nostalgie est un sentiment puissant et l’on mesure depuis longtemps la faculté de certains à en faire un business florissant. Qui ne paierai pas cher pour retrouver un peu de sa jeunesse ? Personnellement, j’y pense, même si je ne suis pas sûr que me faire faire des implants capillaires seraient la meilleure idée du monde. Nicolas Bedos exploite cette idée pour nous proposer la Belle Epoque, l’histoire d’une société qui, contre une somme quelque peu conséquente, permet à ses clients de revivre une époque et un moment de leur vie. Un point de départ assez malin duquel pouvait partir bien des chemins. Celui choisi est plutôt plaisant, même si on ne croit pas toujours à cette histoire.
La Belle Epoque représente avant tout un film de personnages. L’idée de base ne constitue qu’un prétexte pour donner vie à une belle galerie de protagonistes. Le vrai cœur de la narration réside dans l’évolution des rapports qu’ils entretiennent entre eux. Le ton est plutôt léger et la réflexion sur le rapport au temps n’atteint pas non plus des profondeurs abyssales. C’est là, avec un manque de crédibilité de certains éléments, que réside la limite de ce film, qui ne dépasse ainsi pas le stade du purement distrayant. Ce n’est pas forcément un problème en soi, mais on ne peut s’empêcher de penser que le sujet aurait quand même pu être exploité avec un peu plus d’audace et de parti pris. Ca reste finalement assez superficiel, tout en faisant néanmoins passer un bon moment au spectateur.
Qui dit film de personnages, dit brochette d’actrices et d’acteurs. Celle-ci est particulièrement riche en grands noms du cinéma français. Cependant, c’est au final Dora Tilier qui marque vraiment les esprits, en parvenant à allier une vraie fraîcheur avec une réelle intensité dans son jeu. Les autres sont plus en roue libre et laisse faire leur talent. Après, quand on s’appelle Daniel Auteuil, Guillaume Canet, Fanny Ardent ou Pierre Arditi, cela suffit largement au bonheur du spectateur. Avec ce deuxième film, Nicolas Bedos confirme quelques promesses. Mais il confirme aussi qu’il n’est pas encore un réalisateur dont le talent est pleinement abouti. Il lui manque encore une véritable étincelle qui donnerait à ses films une toute autre dimension. Peut-être viendra-t-elle au troisième essai !
LA NOTE : 11,5/20
Fiche technique : Production : Les films du Kiosque, France 2 Cinema, Orange Studio, Pathé, Hugar Prod, UMedia, Les fils de Réalisation : Nicolas Bedos Scénario : Nicolas Bedos Montage : Florent Vassault, Anny Danché Photo : Nicolas Bolduc Décors : Stéphane Rozenbaum Distribution : Pathé, Orange studios Musique : Anne-Sophie Versnaeyen Durée : 115 min
Casting : Daniel Auteuil : Victor Guillaume Canet : Antoine Dora Tillier : Margot Fanny Ardant : Marianne Pierre Arditi : Pierre Denis Podalydès : François Michael Cohen : Maxime Jeanne Arènes : Amélie
Il ne sera ici évidemment sujet ici que de cinéma. Pour le reste, il existe un système judiciaire et des tribunaux. J’Accuse offre enfin à l’Affaire Dreyfus un grand film, à la hauteur de l’importance de cette histoire dans notre Histoire. Il est tout de même étonnant de constater que le cinéma français aura attendu aussi longtemps pour s’en emparer. Cela confirme que nous avons parfois du mal à affronter à travers l’art les moments les plus critiques de notre passé commun. Cela constitue pourtant une thérapie fort utile, dont notre pays a bien besoin.
J’Accuse se distingue d’abord par une narration qui rend le propos absolument passionnant. Entre le polar et le film de procès, le scénario nous fait marcher dans les pas de son héros à travers le dédale dans lequel il s’est engagé. Les murs se resserrent peu à peu et semblent se renfermer sur lui inexorablement. Evidemment, on connaît le dénouement mais on est porté par cette envie de savoir comment la vérité finira par éclater au grand jour. Sans doute les portraits des personnages historiques sont-ils un peu forcés pour rendre l’intrigue encore plus prenantes, mais le film est une leçon d’Histoire comme on aurait aimé en recevoir plus souvent.
J’Accuse offre un nouveau grand rôle à Jean Dujardin. Un rôle qu’il sublime de manière éclatante. Le casting tout entier est impressionnant, mais son principal protagoniste éclabousse tellement l’écran de talent qu’il éclipse tout le reste. La réalisation de Roman Polanski (puisqu’il faut bien prononcer son nom à un moment donné) témoigne d’une maîtrise artistique absolue. On est littéralement plongé dans l’histoire, dans l’époque et toute la tension qui pouvait exister alors dans notre société. Une œuvre totalement aboutie pour un épisode de notre destin national qui ne l’a que trop attendue.
LA NOTE : 14,5/20
Fiche technique : Production : Légende films, R.P. Productions, Gaumont, France 2, France 3, Eliseo Cinema, Rai Cinema Distribution : Gaumont Réalisation : Roman Polanski Scénario : Robert Harris, Roman Polanski, livre de Robert Harris Montage : Hervé de Luze Photo : Pawel Edelman Décors : Jean Rabasse Musique : Alexandre Desplat Durée : 132 min
Casting : Jean Dujardin : Colonel Georges Picquart Louis Garrel : Capitaine Alfred Dreyfus Emmanuelle Seigner : Pauline Monnier Grégory Gadebois : Henry Vincent Perez : Maître Leblois Wladimir Yordanoff : Général Mercier Didier Sandre : Général Boideffre Melvil Poupaud : Maître Labori Mathieu Amalric : Bertillon Denis Podalydès : Maître Demange
Le cinéma d’animation est encore perçu par certains comme synonyme de cinéma pour enfants. Pour preuve, la présence dans salle à la projection de J’ai Perdu mon Corps de nombreux bambins, amenés ici par leurs parents. Je ne suis pas sûr qu’ils y aient trouvé ce qu’ils attendaient car l’histoire, dans le fond et la forme, racontée ici s’adresse clairement à un public adulte. Tous ceux qui ont vu la bande-annonce ont été intrigués par cette main « vivante », parcourant la ville à la recherche de on ne sait quoi. C’est évidemment un axe fort de ce film, mais loin d’en représenter l’essentiel.
J’ai Perdu mon Corps est un film qui superpose deux fils narratifs, dont l’un concerne cette fameuse main. Je dois avouer que je n’ai pas complètement saisi la signification profonde de ce dernier, alors que l’autre axe de l’histoire se suffit finalement à lui-même. Mais cela présente tout de même un avantage non négligeable. Cela s’avère particulièrement intriguant et cela maintient du coup l’intérêt du spectateur au maximum. Cela ne lui enlève surtout rien du plaisir et de l’intérêt de suivre le reste, qui constitue au final le corps (sans jeu de mots) de ce long métrage. Une histoire à la fois banale et forte, à la fois simple et belle. Ce mélange, qui donne quand même une vraie originalité au film, passe finalement très bien, mais sans comprendre le sens de tout ses composants.
Visuellement, J’ai Perdu mon Corps adopte une ligne à la fois moderne et « dessinée ». Il y a de la personnalité dans le trait, qui ne semble pas sorti des entrailles sans âme d’un ordinateur. Ce n’est pas esthétiquement sublime, mais cela nous plonge dans un vrai univers graphique, ce qui contribue à la réelle originalité du film. Tous les éléments concordent donc à faire de cette production française une nouvelle réussite, confirmant la vraie force dans notre pays du cinéma d’animation. Il offre régulièrement de vraies pépites pour les petits et les grands. Celle-ci s’adresse plutôt aux grands et peu d’entre eux regretteront de s’être laissé tenter.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Xilam, Rhône-Alpes Cinéma, Gao Shan Pictures Réalisation : Jérémy Clapin Scénario : Jérémy Clapin, Guillaume Laurant, roman Happy Hand de Guillaume Laurant Montage : Benjamin Massoubre Décors : Fursy Teyssier, Jeoffrey Magellan Distribution : Rezo Films Musique : Dan Levy Durée : 81 min
Casting : Harim Faris : Naoufel Victoire Du Bois : Gabrielle Patrick D’Assumçao : Georges
La mafia fascine le cinéma depuis longtemps. Elle a fait l’objet d’un très grand nombre d’œuvres de fiction, mais aussi de quelques œuvres inspirées de faits réels. Le Traître est un biopic. Il raconte l’histoire de Tommaso Buscetta, l’homme qui a trahi Cosa Nostra dans les années 80 en Italie et a permis l’arrestation de dizaines de ses membres. Le film est tout à la fois un portrait, un film de procès, le tableau d’une époque et d’une société. Une grande richesse qui justifie la longueur du film (près de 2h30),…mais pas tout à fait.
Le Traître est divisé en plusieurs parties bien distinctes, liées aux différentes étapes du parcours de Tommaso Buscetta, tour tour, parrain, fugitif, prisonnier. La plus importante est constituée des scènes de procès, qui donne lieu à un spectacle assez croquignolesque. Mais elles s’enchaînent autour de la même mécanique et cela finit par s’avérer quelque peu répétitif. Le film connaît donc une sérieuse baisse de rythme à un moment donné et Marco Bellochio aurait pu alléger son film de vingt bonnes minutes sans que la qualité du film en souffre, bien au contraire. Cela n’enlève rien au très grand intérêt de l’histoire qui est racontée. Elle donne une image certainement plus réaliste de ce milieu que celle que le 7ème art a l’habitude de véhiculer. Une image nettement moins glamour également.
Le Traître reste un film parfaitement maîtrisé visuellement. La photographie est d’une élégance rare. Elle permet de donner un léger côté « vintage » aux images, qui colle assez bien à l’époque où se déroulent les faits, tout en restant très moderne. Elle permet de pleinement apprécier la performance magistrale de Pierfrancesco Favino. A la fois ténébreux, attachant, inquiétant, impitoyable et humain. Il porte une bonne partie du film sur ses épaules et donne une réelle crédibilité à ce personnage, qui est loin des clichés du genre. Il est épaulé par une galerie particulièrement haute en couleur de seconds rôles parfois savoureux. Le film est au final un bel objet, intéressant et esthétique, mais qui manque d’une petite flamme pour définitivement nous passionner.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : IBC Movie, Kavac Film, Rai Cinema, Ad vitam, Gullane Filmes, The Match Factory Réalisation : Marco Bellocchio Scénario : Marco Bellocchio, Valia Santella, Ludovica Rampoldi, Francesco Piccolo Montage : Francesca Calvelli Photo : Vladan Radovic Décors : Andrea Castorina Distribution : Ad vitam Musique : Nicola Piovani Durée : 145 min
Casting : Pierfrancesco Favino : Tommaso Buscetta Maria Fernando Cândido : Cristina Buscetta Fabrizio Ferracane : Pippo Calo Fausto Russo Alesi : Giovanni Falcone Luigu Lo Cascio : TotuccioContorno Giovanni Calcagno : Tano Badalamenti Nicola Cali : Riina
Ah Roland Emmerich ! Mon chouchou… enfin un chouchou un peu spécial car si je l’affectionne autant, c’est parce que je me fais un malin plaisir à aller voir tous ses films pour en dire tout le mal que j’en pense. Attitude masochiste penseront certains. C’est parce qu’ils ne connaissent pas le plaisir infini d’écrire une critique assassine quand il s’agit d’une grosse production bien formatée ! Ce n’est pas du masochisme, c’est du sadisme ! C’est donc dans cette optique que je suis allé voir Midway. Au final, quelle déception ! Non que le film soit génial, ni même réellement intéressant. Mais voilà, il n’est pas franchement mauvais, juste franchement moyen. Et c’est du coup beaucoup moins amusant de délivrer mon opinion sur ce film qui ne marquera guère les mémoires. Ni dans un sens, ni dans l’autre.
Bien sûr, Midway souffre de tous les défauts qui accablent d’habitude les films de Roland Emmerich. Les personnages manquent toujours autant de profondeur, l’intrigue tient une nouvelle fois avec des ficelles plus grosses que mes cuisses et on assiste une nouvelle fois à une célébration sans retenue de la grandeur de l’armée américaine. Qu’est ce qui peut donc bien sauver le film après tout ça ? Et bien, on peut tout de même remarquer un effort dans l’écriture du scénario qui s’avère pour une fois sans excès de manichéisme. Le générique de fin dédicace ce film à tous les combattants, américains et japonais confondus. En effet, l’histoire s’évertue à saluer le courage et le sacrifice de tous les combattants, indépendamment de l’idéologie que leurs dirigeants défendaient. Ce ne va pas très loin, mais ça insuffle un tout petit peu d’intérêt au propos qui peut pousser à poser un regard bienveillant sur ce film tout de même relativement médiocre.
On peut également facilement reconnaître la grande qualité de scène de bataille finale de Midway. Une scène particulièrement spectaculaire entre mer et air qui vaudrait presque le déplacement. Bien sûr, c’est plus efficace que beau, mais on en prend tout de même plein les yeux. Ah si Roland Emmerich avait un tant soit peu de talent artistique à coller avec sa maîtrise technique, sa carrière serait toute autre. Ce n’est pas le cas, alors on se contentera de ça. Me voilà donc déçu de ne pas être totalement déçu. Qui sait, peut-être qu’un jour je finirai pas me montrer enthousiaste, après avoir quitté, au moins pour un film, la pure détestation. Je ne manquerai pas de vous le faire savoir, puisque je ne manquerai pas d’aller voir son prochain film dont je ne manquerai pas de faire la critique.
LA NOTE : 10/20
Fiche technique : Réalisation : Roland Emmerich Scénario : Wes Tooke Direction artistique : Isabelle Guay Décors : Kirk M. Petruccelli Costumes : Mario Davignon Photographie : Robby Baumgartner Montage : Peter R. Adam et Christoph Strothjohann Musique : Harald Kloser et Thomas Wanker Production : Roland Emmerich, Mark Gordon, Harald Kloser Durée : 139 minutes
Casting : Woody Harrelson : l’amiral Chester Nimitz Luke Evans : le commandant Clarence Wade McClusky Mandy Moore : Anne Best Patrick Wilson : Edwin T. Layton (en) Ed Skrein : Dick Best Aaron Eckhart : le lieutenant-colonel James H. Doolittle Nick Jonas : le compagnon de mécanicien d’aviation de troisième classe Bruno Gaido Tadanobu Asano : le contre-amiral Tamon Yamaguchi Dennis Quaid : le vice admiral William ‘Bull’ Halsey Keean Johnson : James Murray
Un nouveau grand classique ne manque plus à ma culture depuis que j’ai lu Moby Dick d’Herman Melville. Mais parfois, même quand il s’agit d’une œuvre aussi célèbre et universelle, on peut se trouver profondément surpris par son contenu. Ce roman n’est pas du tout celui que j’attendais et je ne vais pas forcément m’en plaindre (ou plutôt que m’en plaindre…). Cette part d’originalité explique sûrement l’immense postérité de ce récit. Il s’agit d’une œuvre relativement unique en son genre, aussi rare que la grande baleine blanche que le Capitaine Achab pourchasse inlassablement. Et ceux qui ont déjà lu le roman savent que ce n’est pas peu dire.
Moby Dick est un roman d’une longueur conséquente, composé d’un multitude de chapitres parfois très courts. Se succèdent des éléments de récit au sens premier du terme et des chapitres encyclopédiques qui permettent au lecteur de découvrir tout ce qui touche de près ou de loin la chasse à la baleine. On passe de l’anatomie du cétacé au moindre détails du fonctionnement du navire. C’est passionnant ou anecdotique, mais toujours différent. Les curieux et les amateurs de savoirs aussi indispensables que futiles en auront pour leur argent. D’autres trouveront ça horriblement long et que souffle narratif se retrouve noyé dans cette mer de détails parfois superflus.
Malgré ma curiosité et ma soif de culture, j’avoue que ce choix m’a quelque peu déstabilisé. Le récit y perd tout rythme. J’ai bien du mal à définir ce que m’a inspiré ce roman. Beaucoup de fascination certes, mais aussi parfois l’envie d’en finir. La plume de Melville n’est pas la plus légère qui soit et on avance dans ce roman de manière un peu laborieuse parfois. Certes, le découpage en chapitres courts, permet de prêter un peu moins d’attention quand le sujet ne nous passionne pas. Mais ce zapping permanent ne permet pas d’entrer aussi profondément et solidement dans le récit comme on pourrait l’attendre d’un roman aussi mythique. Une vraie découverte donc. Mais un légère déception aussi.
Prendre de la distance avec un sujet s’avère souvent nécessaire. C’est vrai dans beaucoup de contextes, y compris lorsqu’on veut faire un film avec un minimum de réalisme et d’objectivité. Boris Lojkine y parvient parfaitement à travers son film Camille. Cela n’avait rien d’évident car il nous raconte l’histoire tragique d’une jeune photographe, morte en Centrafrique, notamment parce qu’elle s’est trouvée trop personnellement impliquée dans ce conflit sanglant. Le film nous livre une réflexion pertinente sur ce sujet, en même temps qu’un portrait profondément touchant.
Un spectateur de Camille vit en fait un peu la même situation que la jeune femme. On est forcément émue par son enthousiasme et son humanité. Mais dans notre situation, ça n’a évidemment aucune conséquence fâcheuse bien au contraire. On rentre profondément dans cette histoire et on la vit intensément. Cela ne nous empêche pas d’être amené à se poser de vraies questions. Le film n’apporte pas vraiment de réponse, c’est au spectateur de se forger sa propre opinion et c’est très bien comme ça car il a vraiment tous les éléments pour le faire.
Camille offre un premier grand rôle à Nina Meurisse. Elle rentre dans la peau de son personnage avec beaucoup de sincérité. Elle le vit plus qu’elle ne le joue, ce qui n’est jamais évident pour une personne ayant vraiment existé. Boris Lojkine maîtrise autant la forme que le fond. La réalisation, la narration, tout cela est parfaitement maîtrisé et contribue à nous faire vivre l’histoire avec beaucoup d’intensité et d’émotion. Le film est excellent pour bien des raisons. Autant de raisons pour ne pas passer à côté de ce film qui a déjà quasiment disparu ds l’affiche.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Réalisation : Boris Lojkine Scénario : Boris Lojkine et Bojina Panayotova Décors : Jan Andersen Photographie : Elin Kirschfink Son : Marc-Olivier Brullé Montage : Xavier Sirven Musique : Éric Bentz Production : Bruno Nahon ; Caroline Nataf Durée : 90 minutes
Casting : Nina Meurisse : Camille Lepage Fiacre Bindala : Cyril Bruno Todeschini : Mathias Grégoire Colin : François Augustin Legrand : Stol Michael Zumstein : Michael Ousnabee Zounoua : Leila Abdouraouf Diallo : Abdou Rafiki Fariala : l’étudiant Mireille Perrier : la mère de Camille Antoine Gouy : le frère de Camille Aurélie Mazzeo : la copine de Camille
Les plus grands réalisateurs se distinguent par leur capacité à explorer toujours de nouveaux territoires et à nous proposer des films toujours différents. Du coup, on est en droit de se demander si Ken Loach est réellement un grand réalisateur. Question quelque peu provocante tant l’immensité de son talent est universellement reconnu. Mais il est vrai que son ouvre est une des plus homogènes des cinéastes de cette renommé. Sorry We Missed You se situe dans la droite lignée de Moi, Daniel Blake, son précédent film. Mais tant qu’il parviendra à nous proposer des œuvres de cette qualité, il sera difficile de lui adresser le moindre reproche.
Sorry We Missed You dénonce le développement des contrats dits 0 heure en Grande-Bretagne. Une forme de précarisation qui transforme les salariés en soi-disant entrepreneurs. Bref ce que l’on appelle plus communément l’uberisation du marché du travail. Un sujet plus universel qu’il n’y paraît et qui se trouve remarquablement traité ici. Ken Loach, comme à son habitude, s’intéresse avant tout à l’humain et tire son propos politique d’un vécu concret, pas de grandes idées abstraites et hors sol. L’intelligence du scénario lui offre un impact qui vaut mille thèses d’économétrie.
Ken Loach démontre une nouvelle fois qu’il est un des plus remarquables directeurs d’acteurs de l’histoire. Il permet à un casting sans star de livrer des performances d’une sincérité bouleversante. Sorry We Missed You est d’un humanisme rare, que je trouve encore plus fort que Moi, William Blake. Ken Loach prend la distance parfaite avec son sujet et ne cède jamais à l’émotion facile. Beaucoup de cœur, mais aussi beaucoup de raison donc. Et surtout beaucoup de bonheur cinématographique qui nous fait attendre avec impatience le prochain Ken Loach.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Sixteen Films, BBC Films, BFI Film Fund, Les films du Fleuve, Why Not Productions, Wild Bunch Réalisation : Ken Loach Scénario : Paul Laverty Montage : Jonathan Morris Photo : Robbie Ryan Décors : Fergus Clegg Distribution : Le Pacte Musique : George Fenton Durée : 100 min
Casting : Kris Hitchen : Rocky Turner Debbie Honeywood : Abbie Turner Rhys Stone : Seb Katie Proctor : Lisa Jane Alfie Dobson : Jack O’Brien Linda E. Greenwood : la chauffeuse Charlie Rchmond : Henry Morgan
Le récit d’apprentissage est un grand classique, même si on pense vite à un roman du 19ème siècle. Cependant, ce thème continue de nous offrir encore et toujours de nouvelles histoires et on peut ranger de nombreux films dans cette catégorie. Dernier en date, Martin Eden, un film italien qui nous conte le parcours d’un jeune homme sans éducation qui va vouloir s’élever intellectuellement et par la même occasion socialement. Une récit assez classique, mais qui brille par la qualité de son personnage principal, mais qui souffre d’une forme un peu désuète.
Ce type d’histoire repose forcément de manière quasi exclusive sur son personnage principal. Ce n’est pas par hasard si le film porte simplement son nom. Ce n’est pas tant par son caractère initial que par son évolution qu’il nous fascine et nous pousse à le suivre dans son apprentissage. Martin Eden est un portrait extrêmement vivant et toujours en mouvement. Rien dans ce personnage n’est statique, tout est toujours en construction, du coup jamais le film n’est contemplatif. Il dégage un mélange de force et de faiblesse qui le rend profondément humain et donne son équilibre au film. Il restera une figure marquante de cette année cinématographique.
Dans la forme par contre, Martin Eden ressemble plus à un téléfilm des années 80 qu’à un long métrage d’aujourd’hui. La photographie est très pauvre et la réalisation de Pietro Marcello est dénuée de toute imagination ou prise de risque. Certes, on se retrouve ainsi forcé de se concentrer sur l’essentiel, notamment la superbe performance de Luca Marinelli. Mais cela crée une petite voix dans la tête du spectateur l’empêchant de profiter pleinement du reste. Pas suffisant pour tout gâcher, mais assez pour ne pas donner au film toute la dimension qui aurait pu être la sienne. Que ce personnage riche de ses imperfections donne un film lui aussi imparfait n’est-il pas finalement logique.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Avventurosa, Rai cinema, Shellac sud, IBC Movie, Match Facotry, Arte Distribution : Shellac Réalisation : Pietro Marcello Scénario : Pietro Marcello, Maurizio Braucci, roman de Jack London Montage : Fabrizio Federico, Aline Hervé Photo : Alessandro Abate, Francesco di Giacomo Musique : Marco Messina, Sacha Ricci Durée : 128 min
Casting : Luca Marinelli : Martin Eden Jessica Cressy : Elena Orsini Carlo Cecchi : Russ Brissenden Vincenzo Nemolato : Nino Marco Leonardi : Bernardo Fiore Denise Sardisco : Margherita
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