
Joker n’a vraiment rien d’un film de super-héros. On retrouve pourtant bien des éléments de l’univers de Batman avec la vision d’un Gotham City décadent, où la violence semble prête à exploser à tout moment . Quelques clins d’œil aux origines de l’homme chauve-souris aussi. Mais ça s’arrête là. Je ne sais pas quel serait le regard d’un spectateur ne connaissant rien du personnage et du monde dans lequel il évolue, mais il y a des chances qu’il prenne lui aussi beaucoup de plaisir à suivre cette histoire. L’histoire d’un homme qui sombre dans une folie violente en même tant que toute une société. Ce parallèle entre les destins individuels et collectifs forme la colonne vertébrale du film et toute la force du message. Oubliez les parallèles hasardeux avec la situation actuelle en France formulés par certains. Cette histoire est profondément intemporelle et universelle.

LA NOTE : 16/20
Fiche technique :
Production : Bron Creative, DC Comics, DC Entertainment, Joint Effort, Village Roadshow Pictures, warner Bros
Distribution : Warner Bros
Réalisation : Todd Philipps
Scénario : Todd Phillips, Scott Silver, personnages de DC Comics
Montage : Jeff Groth
Photo : Lawrence Sher
Décors : Mark Friedberg
Musique : Hildur Gudnadottir
Durée : 122 min
Casting :
Joaquin Phoenix : Arthur Fleck
Robert De Niro : Murray Franklin
Zazie Beetz : Sophie Dumond
Frances Conroy : Penny Fleck
Breet Cullen : Thomas Wayne
Shea Whigham : Det. Burk
Bill Vamp : Det. Garrity
Glenn Fleshler : Randall
J’ai déjà proposé pour ma précédente critique, celle d’Alice et le Maire, une introduction tournant autour du fait de bien connaître le sujet dont traite un film. J’ai donc quelques scrupules à utiliser le même procédé pour introduire celle sur Au Nom de la Terre. J’ai en effet la chance, parce que c’est une chance, de travailler en prise directe avec le milieu agricole et de bien connaître, par la même occasion, ses acteurs principaux, à savoir les agriculteurs. La sortie du film a provoqué beaucoup d’émotion au sein de ce monde qui vit des heures passablement difficiles. Restait à savoir si l’émotion n’allait pas troubler le jugement sur ce film.
Édouard Bergeron a fait preuve d’un courage particulier et remarquable. Raconter sa propre histoire avec autant de recul n’est pas donné à tout le monde. On peut difficilement imaginer combien il a été dur de tourner la scène de l’agonie de son père, mort quasiment dans ses bras. Sans doute y a-t-il là une forme de démarche thérapeutique dans ce projet. Il en ressort une émotion brute et violente, qui vient se superposer à la qualité de la réflexion. Au Nom de la Terre démontre, après Petit Paysan, que le monde agricole constitue un sujet capable de nous offrir des films brillants. On les aimerait plus joyeux, mais malheureusement tout n’est pas toujours bucolique dans nos campagnes.
Quand un film aborde un sujet que l’on connaît particulièrement bien, on le regarde forcément un œil quelque peu différent. Pas forcément plus critique ou au contraire plus indulgent que pour un béotien, mais qui donne un jugement basé sur des critères quelque peu différents. On jugera évidemment avant tout de la crédibilité du propos, mais aussi la capacité de ce dernier à aller au-delà des évidences et des clichés. En tant que militant et ancien élu socialiste, c’est avec ce regard particulier que j’ai pu voir Alice et le Maire. Le film nous plonge dans les coulisses de la construction des idées et des programmes politiques. Un film qui a surtout le bon goût de ne pas nous livrer un discours manichéen et facile sur ce monde objet de bien des fantasmes. Car celui-ci, comme d’autres, s’avère bien plus complexe que ce que l’on imagine.
Alice et le Maire bénéficie d’un privilège rare. En effet, on y trouve un Fabrice Luchini ayant le bon goût de ne pas en faire trop. Il parvient parfaitement à rentrer dans son costume de vieux sage de la politique. C’est bien l’apanage des grands acteurs d’incarner des personnages très éloignés de ce qu’ils sont. Anaïs Demoustier ne tient pas là le rôle le plus marquant de sa carrière, mais elle nous livre néanmoins une prestation d’une qualité inaccessible pour le commun des talents. Ils contribuent pleinement à la réussite de ce film qui nous propose une des réflexions les plus pertinentes sur la politique que j’ai pu voir au cinéma. Une réflexion qui mériterait d’être partagée ailleurs quand dans les salles obscures.
Les rapports professionnels et le chômage sont des sujets classiques du cinéma français. Ces sujets sont le plus souvent traités à l’échelle d’un destin individuel. Les grands films politiques sont plutôt l’apanage du cinéma américain. Ceux qui Travaillent semble à première vue rentrer dans la première catégorie. Mais il tente cependant de livrer un propos beaucoup plus large. Et c’est finalement quand il prend de la hauteur que le film trouve son principal intérêt, au-delà de ses réelles faiblesses.
Ceux qui Travaillent se montre très décevant pendant une moitié du film. Puis, on assiste à un monologue d’Olivier Gourmet. Le propos prend alors de la hauteur et retrouve un supplément d’intérêt. Mais surtout, le talent d’Olivier Gourmet peut enfin donner toute sa mesure. Son personnage s’épaissit en même temps que le propos prend gagne en altitude. Il prouve une nouvelle fois qu’il tient désormais plus du monstre sacré que du simple acteur. Cela reste cependant insuffisant pour ne pas se montrer quelque peu déçu. Le film aurait pu posséder une dimension toute autre. Il donne en tout cas de quoi réfléchir. Ce qui n’est pas rien.
Des personnages attachants constituent incontestablement un atout majeur pour toute série. Un atout qui a l’avantage non négligeable de rendre le lecteur (mais ça marche aussi avec le spectateur) relativement indulgent en cas de moment faible de l’intrigue proprement dite. En effet, le bonheur de retrouver les personnages, devenus des proches, presque des amis, suffit presque à lui-même. La preuve avec les Spellman Contre-Attaquent ! qui souffre de bien des faiblesses, mais qu’on a tout de même plaisir à lire.
Je suis le premier à relativiser certaines de mes critiques de films qui s’adressent avant tout à un public qui connaît déjà l’univers dans lequel il se déroule. Forcément, le regard entre le fan qui le connaît déjà sur le bout des doigts et le novice n’est pas du tout le même. D’habitude, je me trouve dans la position du fan et je dois reconnaître que mon enthousiasme est tout relatif. En allant voir Downton Abbey, série dont je n’ai jamais vu un seul épisode et dont je ne savais pas grand chose, je me suis retrouvé dans la situation exactement inverse. Evidemment, quand il vous manque six saisons, vous n’attaquez pas une histoire en ayant toutes les armes pour l’apprécier.
Le casting est de haut niveau pour une série, mais pour le coup particulièrement impressionnant pour un long métrage. Difficile donc de se raccrocher à quoi que ce soit pour apprécier Downton Abbey. On peut évidemment apprécier la beauté des costumes, la grande classe des décors, mais cela reste toute de même un peu faible pour rester deux heures dans une salle obscure et y prendre du plaisir. Le regard de ceux qui connaissent déjà la série est sûrement différent, car tout semble parfaitement rodé et maîtrisé dans ce film. Mais ma méconnaissance ne m’a pas permis d’y voir le moindre souffle et la moindre âme.
Une série aux multiples tomes est déjà forcément inégale. Mais quand en plus chaque épisode est écrit par un auteur différent, elle est forcément sujette à des hauts et des bas. Dans la série du Poulpe, Fugue en Nîmes Majeur de Monique Demerson constitue incontestablement un point bas. Il en faut, donc on en tiendra donc pas trop rigueur à son auteur et on ne lassera pas pour si peu de ce personnage attachant, qui méritait mieux pour le coup. L’avantage est que le roman étant particulièrement court, on passe vite à autre chose.
Chaque année, inexorablement, revient le Beaujolais nouveau. C’est un repère, un rituel, qui marque le cours des années. Au cinéma, c’est un peu la même chose avec le Woody Allen nouveau. Sauf que ses films sont nettement plus savoureux que la piquette infâme au goût de banane. Une nouvelle preuve avec Un Jour de Pluie à New York. Un plat particulièrement léger, mais avec cette petite pointe d’épice qui fait toute la différence. Une nouvelle ode à une des grandes cités de ce monde, après Londres, Rome et Paris. Un film qui permet au réalisateur de revenir chez lui. Et quoi de mieux que de se sentir chez soi ?
Enfin, il se démarque par ce qui a fait depuis toujours le génie de Woody Allen, à savoir la direction d’acteurs. Il offre à Timothée Chalamet un nouveau très beau rôle, qui confirme que le franco-américain ne bénéficie pas encore d’une renommée à la hauteur de son talent. Elle Fanning se montre une nouvelle fois parfaite dans l’univers de Woody Allen. Le film donne également l’occasion à quelques comédiens de premier range de se moquer avec une certaine tendresse du milieu du cinéma indépendant, avec beaucoup d’ironie, de conviction et surtout eux aussi de talent. Tout cela concourt à faire de Un Jour de Pluie à New York une petite douceur cinématographique qui se laisse croquer avec plaisir.
Il vaut mieux souvent la qualité que la quantité. Voilà ce que doit se dire James Gray. Entre chacun de ses films passent généralement plusieurs années. Mais c’est le plus souvent pour nous proposer de grands et beaux longs métrages. Peu de réalisateurs possèdent son talent et son sens profond de l’esthétique. Avec Ad Astra, il prouve une nouvelle fois sa capacité à proposer des images sublimes au service d’un propos d’une grande profondeur. Mais il nous rappelle aussi que la perfection n’est pas de ce monde. En effet, peut lui reprocher une nouvelle fois un sens de la narration parfois un peu défaillant.
2019 restera une année marquante dans la carrière de Brad Pitt, qui en a pourtant connu d’autres. Après sa prestation déjà remarquée dans le dernier film de Quentin Tarantino, il tient avec Ad Astra un nouveau très grand rôle. Du genre de ceux qui rapportent des Oscars ! En tout cas, il rappelle une nouvelle fois pourquoi il est un tel monstre sacré, faisant preuve d’un talent et d’un charisme hors du commun. Et cette fois, pas de Leonardo pour capter l’attention à ses côtés. C’est bien lui et lui seul qui illumine l’écran. Brad Pitt et James Gray forment donc un duo parfait (ou presque) pour nous guider vers les étoiles. On est heureux de faire ce voyage avec eux et à peine le voyage terminé, on a très envie de repartir. Mais avec James Gray, on sait que l’on devra patienter encore quelques temps !
Les arts peuvent se sublimer mutuellement quand ils se mélangent. Certaines associations se font tout naturellement, comme le cinéma et la musique, qui sont souvent intimement liés. Par contre, tout pourrait opposer la peinture et le cinéma. L’image statique contre l’image animée. Pourtant, la création picturale nous a offert bien de beaux et grands films. Une nouvelle preuve avec Portrait de la Jeune Fille en Feu. Certes, les thèmes abordés sont bien plus nombreux et le propos plus large, mais force est de constater que c’est bien à travers des moments de création que l’intrigue prend toute sa dimension.
Portrait de la Jeune Fille en Feu est également un beau film. Céline Sciamma fait preuve d’un sens de l’image assez rare pour être souligné. Les cadrages, la photographie, le montage, tout concourt à sublimer le jeu de ses actrices, à souligner la force des troubles qui les saisissent et à capter toute l’attention du spectateur. On est réellement plongé dans un univers qui aurait pu se révéler tristement statique, vu le sujet. Le ressort principal du scénario, l’amour interdit et impossible, n’a vraiment rien de nouveau, mais il trouve là une nouvelle très belle incarnation, pleine de force et d’intensité. Un film tout aussi brûlant que son titre pouvait le laisser penser.
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