JOKER : Magistral

jokerafficheCe qui rend le héros d’une histoire vraiment mythique, c’est souvent avant tout la qualité du méchant auquel il fait face. On apprécie Luke Skywalker, mais c’est avant tout Darth Vador que l’on aime. Pour Batman, c’est quand le Joker apparaît que l’œuvre prend toute sa dimension, en particulier au cinéma. L’annonce d’un film lui étant entièrement consacré a donc fait naître beaucoup d’attentes, surtout quand on a appris qu’il serait interprété par Joaquin Phoenix. Par contre, le nom de Todd Philipps à la réalisation pouvait faire naître quelques doutes, du fait d’un passé cinématographique essentiellement tourné vers la comédie. Mais il signe finalement une œuvre magistrale, portée par une vraie synergie entre le cinéaste et son interprète.

Joker n’a vraiment rien d’un film de super-héros. On retrouve pourtant bien des éléments de l’univers de Batman avec la vision d’un Gotham City décadent, où la violence semble prête à exploser à tout moment . Quelques clins d’œil aux origines de l’homme chauve-souris aussi. Mais ça s’arrête là. Je ne sais pas quel serait le regard d’un spectateur ne connaissant rien du personnage et du monde dans lequel il évolue, mais il y a des chances qu’il prenne lui aussi beaucoup de plaisir à suivre cette histoire. L’histoire d’un homme qui sombre dans une folie violente en même tant que toute une société. Ce parallèle entre les destins individuels et collectifs forme la colonne vertébrale du film et toute la force du message. Oubliez les parallèles hasardeux avec la situation actuelle en France formulés par certains. Cette histoire est profondément intemporelle et universelle.

jokerUn narrateur talentueux le reste généralement quel que soit le type d’histoire qu’il raconte. Tous ceux qui ont aimé Very Bad Trip ne doutait pas de la qualité de narrateur de Todd Philipps. Par contre, on ne devinait pas qu’il puisse livre une œuvre avec telle puissance esthétique. Joker est porté par une photographie sublime. Si je devais apporter un seul bémol, cela serait un recours un peu trop fréquent au ralenti. Et que dire de la performance hallucinante de Joaquin Phoenix, qui tient là un rôle des plus marquants de sa carrière qui pourrait lui valoir une jolie statuette dorée en début d’année prochaine. Mais on peut facilement imaginer que c’est le film dans son entier qui se verra récompensé. Ce ne serait que justice pour cette fresque fantastiquo-sociale absolument prodigieuse.

LA NOTE : 16/20

Fiche technique :
Production : Bron Creative, DC Comics, DC Entertainment, Joint Effort, Village Roadshow Pictures, warner Bros
Distribution : Warner Bros
Réalisation : Todd Philipps
Scénario : Todd Phillips, Scott Silver, personnages de DC Comics
Montage : Jeff Groth
Photo : Lawrence Sher
Décors : Mark Friedberg
Musique : Hildur Gudnadottir
Durée : 122 min

Casting :
Joaquin Phoenix : Arthur Fleck
Robert De Niro : Murray Franklin
Zazie Beetz : Sophie Dumond
Frances Conroy : Penny Fleck
Breet Cullen : Thomas Wayne
Shea Whigham : Det. Burk
Bill Vamp : Det. Garrity
Glenn Fleshler : Randall

AU NOM DE LA TERRE : Tout autour de la terre

aunomdelaterreafficheJ’ai déjà proposé pour ma précédente critique, celle d’Alice et le Maire, une introduction tournant autour du fait de bien connaître le sujet dont traite un film. J’ai donc quelques scrupules à utiliser le même procédé pour introduire celle sur Au Nom de la Terre. J’ai en effet la chance, parce que c’est une chance, de travailler en prise directe avec le milieu agricole et de bien connaître, par la même occasion, ses acteurs principaux, à savoir les agriculteurs. La sortie du film a provoqué beaucoup d’émotion au sein de ce monde qui vit des heures passablement difficiles. Restait à savoir si l’émotion n’allait pas troubler le jugement sur ce film.

Au Nom de la Terre évite le plus grand piège dans lequel il aurait pu tomber. En effet, il ne nous livre pas un propos manichéen. Ce n’est pas l’histoire d’une victime d’un système. Le propos n’élude la responsabilité de personne et sûrement pas celle du personnage principal. La figure du grand-père est particulièrement révélatrice. Il apparaît à la fois comme un sage qui sent venir la catastrophe, mais aussi comme un homme froid et insensible à la détresse de son fils. Le film dit beaucoup sur l’ambiguïté des valeurs paysannes et notamment ce rapport si particulier au foncier. On voit que rien n’a vraiment changé depuis la Terre d’Emile Zola.

aunomdelaterreÉdouard Bergeron a fait preuve d’un courage particulier et remarquable. Raconter sa propre histoire avec autant de recul n’est pas donné à tout le monde. On peut difficilement imaginer combien il a été dur de tourner la scène de l’agonie de son père, mort quasiment dans ses bras. Sans doute y a-t-il là une forme de démarche thérapeutique dans ce projet. Il en ressort une émotion brute et violente, qui vient se superposer à la qualité de la réflexion. Au Nom de la Terre démontre, après Petit Paysan, que le monde agricole constitue un sujet capable de nous offrir des films brillants. On les aimerait plus joyeux, mais malheureusement tout n’est pas toujours bucolique dans nos campagnes.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Nord-Ouest films, France 2 cinéma, Artémis productions, Caneo films, Voo, RTBF, Be TV, Shelter prod
Distribution : Diaphana
Réalisation : Edouard Bergeon
Scénario : Edouard Bergeon, Emmanuel Courcol, Bruno Ulmer
Montage : Luc Goffin
Photo : Eric Dumont
Décors : Pascal Le Guellec
Musique : Thomas Dappelo
Durée : 103 min

Casting :
Guillaume Canet : Pierre Jarjeau
Veerle Baetens : Claire Jarjeau
Anthony Bajon : Thomas Jarjeau
Rufus : Jacques Jarjeau
Samir Guesmi : Mehdi
Yona Kervern : Emma Jarjeau

ALICE ET LE MAIRE : Naissance des idées

aliceetlemaireafficheQuand un film aborde un sujet que l’on connaît particulièrement bien, on le regarde forcément un œil quelque peu différent. Pas forcément plus critique ou au contraire plus indulgent que pour un béotien, mais qui donne un jugement basé sur des critères quelque peu différents. On jugera évidemment avant tout de la crédibilité du propos, mais aussi la capacité de ce dernier à aller au-delà des évidences et des clichés. En tant que militant et ancien élu socialiste, c’est avec ce regard particulier que j’ai pu voir Alice et le Maire. Le film nous plonge dans les coulisses de la construction des idées et des programmes politiques. Un film qui a surtout le bon goût de ne pas nous livrer un discours manichéen et facile sur ce monde objet de bien des fantasmes. Car celui-ci, comme d’autres, s’avère bien plus complexe que ce que l’on imagine.

Alice et le Maire n’est pas le récit de la conquête du pouvoir. C’est en ça qu’il se démarque de beaucoup de films consacrés à la politique. C’est un film sur la manière dont les programmes s’élaborent. Le principal objet du scénario, ce sont les idées. Pourtant, le film n’a rien de contemplatif. Nicolas Pariser nous livre un vrai récit, sous-tendu par une tension narrative réelle. Les relations entre les personnages sont subtiles. Quand elles semblent cousues de fil blanc, elles finissent par prendre une direction différente de ce que l’on aurait pu imaginer à première vue. Les fils des intrigues se confondent donc avec eux qui relient les protagonistes et on se laisse prendre avec plaisir dans ce filet. Ce filet compte évidemment un fil plus important que les autres, celui qui relie les deux personnages ayant donné son titre au film.

aliceetlemaireAlice et le Maire bénéficie d’un privilège rare. En effet, on y trouve un Fabrice Luchini ayant le bon goût de ne pas en faire trop. Il parvient parfaitement à rentrer dans son costume de vieux sage de la politique. C’est bien l’apanage des grands acteurs d’incarner des personnages très éloignés de ce qu’ils sont. Anaïs Demoustier ne tient pas là le rôle le plus marquant de sa carrière, mais elle nous livre néanmoins une prestation d’une qualité inaccessible pour le commun des talents. Ils contribuent pleinement à la réussite de ce film qui nous propose une des réflexions les plus pertinentes sur la politique que j’ai pu voir au cinéma. Une réflexion qui mériterait d’être partagée ailleurs quand dans les salles obscures.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Bizibi, Arte France Cinéma, Bac Films
Réalisation : Nicolas Pariser
Scénario : Nicolas Pariser
Montage : Christel Dewynter
Photo : Sébastien Buchmann
Décors : Wouter Zoon
Distribution : BAC Films
Son : Daniel Sobrino
Durée : 103 min

Casting :
Fabrice Luchini : Paul Théraneau
Anaïs Demoustier : Alice Heimann
Pascal Reneric : Xavier
Léonie Simaga : Isabelle Leinsdorf
Mayd Wyler : Delphine
Antoine Reinartz : Daniel
Nora Hamzawi : Mélinda
Alexandre Steiger : Gauthier

CEUX QUI TRAVAILLENT : En altitude

ceuxquitravaillentafficheLes rapports professionnels et le chômage sont des sujets classiques du cinéma français. Ces sujets sont le plus souvent traités à l’échelle d’un destin individuel. Les grands films politiques sont plutôt l’apanage du cinéma américain. Ceux qui Travaillent semble à première vue rentrer dans la première catégorie. Mais il tente cependant de livrer un propos beaucoup plus large. Et c’est finalement quand il prend de la hauteur que le film trouve son principal intérêt, au-delà de ses réelles faiblesses.

L’histoire d’un homme perdant son travail et devant affronter le regard de sa famille et de ses proches est somme toute particulièrement classique. Dans Ceux qui Travaillent, ce sont les événements qui conduisent à cette perte d’emploi qui le sont nettement moins. Ils servent de base à une réflexion plus générale sur notre rapport au travail et surtout sur notre société de consommation et le prix à payer pour la faire vivre. Un prix souvent payé par d’autres que ceux qui en profitent. Malheureusement, tout cela émerge au milieu de nombreuses séquences qui s’apparentent à des clichés ou même de passages et de dialogues guère crédibles.

ceuxquitravaillentCeux qui Travaillent se montre très décevant pendant une moitié du film. Puis, on assiste à un monologue d’Olivier Gourmet. Le propos prend alors de la hauteur et retrouve un supplément d’intérêt. Mais surtout, le talent d’Olivier Gourmet peut enfin donner toute sa mesure. Son personnage s’épaissit en même temps que le propos prend gagne en altitude. Il prouve une nouvelle fois qu’il tient désormais plus du monstre sacré que du simple acteur. Cela reste cependant insuffisant pour ne pas se montrer quelque peu déçu. Le film aurait pu posséder une dimension toute autre. Il donne en tout cas de quoi réfléchir. Ce qui n’est pas rien.

LA NOTE : 10,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Antoine Russbach
Scénario : Antoine Russbach et Emmanuel Marre
Photographie : Denis Jutzeler
Durée :

Casting :
Olivier Gourmet : Frank
Adèle Bochatay : Mathilde
Delphine Bibet : Nadine
Pauline Schneider : Hilde
Sabine Timoteo : Valentine
Michel Voïta : Jérémy

LES SPELLMAN CONTRE-ATTAQUENT ! : Petit coup de mou

lesspellmancontreattaquentDes personnages attachants constituent incontestablement un atout majeur pour toute série. Un atout qui a l’avantage non négligeable de rendre le lecteur (mais ça marche aussi avec le spectateur) relativement indulgent en cas de moment faible de l’intrigue proprement dite. En effet, le bonheur de retrouver les personnages, devenus des proches, presque des amis, suffit presque à lui-même. La preuve avec les Spellman Contre-Attaquent ! qui souffre de bien des faiblesses, mais qu’on a tout de même plaisir à lire.

Les Spellman Contre-Attaquent souffre d’un manque d’inspiration. En effet, si le récit concernant les relations entre les personnages possède l’épaisseur habituelle, peut-être un peu déjanté cependant. Il faut dire qu’ils vieillissent et que l’auteur décrit parfaitement la maturité qui vient, mais cela rend leurs mésaventures un peu moins jouissives. Cependant, comme je l’ai dit plus haut, on est tellement attaché à eux qu’on suit tout de même cette évolution avec délectation. Par contre, l’aspect enquête policière qui va avec (les Spellman restent avant tout une famille de détectives privés) est vraiment faiblarde et ne nous permet pas de nous montrer aussi enthousiaste que pour les épisodes précédents.

Manquer d’un peu d’inspiration au bout du quatrième épisode est quelque chose que l’on pardonnera aisément à Lisa Lutz. Pour preuve, après la lecture de Les Spellman Contre-Attaquent, et malgré la légère déception, on garde une folle envie d’attaquer rapidement le cinquième épisode. L’équilibre légèreté/humour/qualité de cette série reste assez exceptionnelle pour ne pas vouloir s’arrêter là. Le petit moment d’émotion qui clôt ce roman prouve que l’auteur en a encore un peu sous la pédale et peut encore nous proposer quelque chose d’inédit. Longue vie aux Spellman alors !

DOWNTON ABBEY : For fans only

downtonabbeyafficheJe suis le premier à relativiser certaines de mes critiques de films qui s’adressent avant tout à un public qui connaît déjà l’univers dans lequel il se déroule. Forcément, le regard entre le fan qui le connaît déjà sur le bout des doigts et le novice n’est pas du tout le même. D’habitude, je me trouve dans la position du fan et je dois reconnaître que mon enthousiasme est tout relatif. En allant voir Downton Abbey, série dont je n’ai jamais vu un seul épisode et dont je ne savais pas grand chose, je me suis retrouvé dans la situation exactement inverse. Evidemment, quand il vous manque six saisons, vous n’attaquez pas une histoire en ayant toutes les armes pour l’apprécier.

Etre jeté directement dans le grand bain ne constitue pas toujours, voire jamais, la meilleure façon d’apprendre à nager. Mettre un orteil après l’autre dans l’eau représente souvent une façon beaucoup plus adéquate de se faire la main. Donc plonger dans un univers complexe, peuplé d’une foule de personnages, sans aucune scène d’introduction de qui ou quoi que ce soit, ressemble plus à une noyade qu’à un apprentissage accéléré. Certes, j’ai terminé Downton Abbey en comprenant qui est qui, mais sans savoir eu le temps, ni l’occasion de s’attacher à eux. Et du coup, difficile de trouver le moindre charme à cette histoire quasiment entièrement basée sur eux.

downtonabbeyLe casting est de haut niveau pour une série, mais pour le coup particulièrement impressionnant pour un long métrage. Difficile donc de se raccrocher à quoi que ce soit pour apprécier Downton Abbey. On peut évidemment apprécier la beauté des costumes, la grande classe des décors, mais cela reste toute de même un peu faible pour rester deux heures dans une salle obscure et y prendre du plaisir. Le regard de ceux qui connaissent déjà la série est sûrement différent, car tout semble parfaitement rodé et maîtrisé dans ce film. Mais ma méconnaissance ne m’a pas permis d’y voir le moindre souffle et la moindre âme.

LA NOTE : 10/20

Fiche technique :
Production : Carnival films, Focus Features, Perfect World Pictures
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Michael Engler
Scénario : Julian Fellowes
Montage : Mark Day
Photo : Ben Smithard
Décors : Donal Woods
Musique : John Lunn
Durée : 123 min

Casting :
Michelle Dockery : Mary Crawley
Hugh Bonneville : Robert Crawley
Maggie Smith : Violet Crawley
Elizabeth McGovern : Cora Crawley
Allen Leech : Tom Branson
Imelda Staunton : Maud Bagshaw
Robert James-Collier : Thomas Barrow
Jim Carter : Charles Carson
Laura Carmichael : Edith Crawley

FUGUE EN NIMES MAJEUR (Monique Demerson) : Poulpe à plat

nimesenfuguemajeurUne série aux multiples tomes est déjà forcément inégale. Mais quand en plus chaque épisode est écrit par un auteur différent, elle est forcément sujette à des hauts et des bas. Dans la série du Poulpe, Fugue en Nîmes Majeur de Monique Demerson constitue incontestablement un point bas. Il en faut, donc on en tiendra donc pas trop rigueur à son auteur et on ne lassera pas pour si peu de ce personnage attachant, qui méritait mieux pour le coup. L’avantage est que le roman étant particulièrement court, on passe vite à autre chose.

L’intrigue de Fugue en Nîmes Majeur change quelque peu des intrigues habituelles du Poulpe. Pas de meurtre… enfin si un, mais qui restera au final assez anecdotique, mais une course poursuite pas très passionnante au milieu de la feria de Nîmes (d’où le titre). Le manque d’épaisseur de l’enjeu fait que l’on a bien du mal à s’intéresser à ce qui se passe. Les premières pages étaient pourtant prometteuses, mais le souffle retombe très vite et le roman se termine alors qu’on a l’impression qu’il n’avait jamais commencé. Comme quoi le changement, ça n’a pas toujours du bon !

Monique Demerson possède une plume agréable, mais ce n’est pas assez pour sauver Fugue en Nîmes Majeur. Bien écrire est une chose, savoir raconter une histoire digne d’intérêt en est une autre, ce roman en apporte une nouvelle preuve. Espérons que la prochaine aventure de ce détective pas vraiment comme les autres nous apportera beaucoup plus de satisfaction. A la fois, ce n’est pas très difficile non plus…

UN JOUR DE PLUIE A NEW YORK : Back home

unjourdepluieanewyorkafficheChaque année, inexorablement, revient le Beaujolais nouveau. C’est un repère, un rituel, qui marque le cours des années. Au cinéma, c’est un peu la même chose avec le Woody Allen nouveau. Sauf que ses films sont nettement plus savoureux que la piquette infâme au goût de banane. Une nouvelle preuve avec Un Jour de Pluie à New York. Un plat particulièrement léger, mais avec cette petite pointe d’épice qui fait toute la différence. Une nouvelle ode à une des grandes cités de ce monde, après Londres, Rome et Paris. Un film qui permet au réalisateur de revenir chez lui. Et quoi de mieux que de se sentir chez soi ?

Un Jour de Pluie à New York est un vaudeville des plus classiques. Il est également dans sa forme un Woody Allen des plus classiques. Bref, pas de grande surprise ou d’originalité délirante donc, mais la parfaite maîtrise d’un réalisateur qui n’a plus rien à prouver depuis longtemps. Un grand classicisme ne signifie en rien une qualité moyenne. Ce film se démarque par bien des points des productions les plus courantes. Un humour subtil et incisif tout d’abord, qui se moque des New-Yorkais pour mieux nous faire aimer New York. Un vrai sens de la narration, et en particulier de son rythme, qualité indispensable pour vrai bon vaudeville.

unjourdepluieanewyorkEnfin, il se démarque par ce qui a fait depuis toujours le génie de Woody Allen, à savoir la direction d’acteurs. Il offre à Timothée Chalamet un nouveau très beau rôle, qui confirme que le franco-américain ne bénéficie pas encore d’une renommée à la hauteur de son talent. Elle Fanning se montre une nouvelle fois parfaite dans l’univers de Woody Allen. Le film donne également l’occasion à quelques comédiens de premier range de se moquer avec une certaine tendresse du milieu du cinéma indépendant, avec beaucoup d’ironie, de conviction et surtout eux aussi de talent. Tout cela concourt à faire de Un Jour de Pluie à New York une petite douceur cinématographique qui se laisse croquer avec plaisir.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Gravier Productions, Perdido Productions
Distribution : Mars Films
Réalisation : Woody Allen
Scénario : Woody Allen
Montage : Alisa Lepselter
Photo : Vittorio Storaro
Décors : Santo Loquasto
Durée : 92 min

Casting :
Timothée Chalamet : Gatsby Welles
Elle Fanning : Ashleigh
Liev Schreiber : Roland Pollard
Jude Law : Ted Davidoff
Selena Gomez : Chan
Diego Luna : Francisco Vega

AD ASTRA : 2019, l’Odysée de Brad Pitt

adastraafficheIl vaut mieux souvent la qualité que la quantité. Voilà ce que doit se dire James Gray. Entre chacun de ses films passent généralement plusieurs années. Mais c’est le plus souvent pour nous proposer de grands et beaux longs métrages. Peu de réalisateurs possèdent son talent et son sens profond de l’esthétique. Avec Ad Astra, il prouve une nouvelle fois sa capacité à proposer des images sublimes au service d’un propos d’une grande profondeur. Mais il nous rappelle aussi que la perfection n’est pas de ce monde. En effet, peut lui reprocher une nouvelle fois un sens de la narration parfois un peu défaillant.

Ad Astra restera à n’en pas douter un des meilleurs films de cette année cinématographique. On pourra cependant regretter d’être passé si près d’un immense chef d’œuvre. En effet, l’histoire, et notamment le dénouement, est pollué par des petits détails pas du tout crédibles, même pour ceux, qui comme moi, ne sont pas ingénieur aérospatial. C’est dommage car cela vient couper l’émotion dans son élan. Un élan pourtant puissant, impulsé par une histoire aussi passionnante que magnifique et des images sublimes. Ce n’est certes pas la première fois que l’espace intersidéral sert de base à une réflexion quelque peu ésotérique sur le sens de la vie (2001, Interstellar…), mais celui-ci à quelque chose de singulier du fait de la personnalité artistique affirmée de son réalisateur.

adastra2019 restera une année marquante dans la carrière de Brad Pitt, qui en a pourtant connu d’autres. Après sa prestation déjà remarquée dans le dernier film de Quentin Tarantino, il tient avec Ad Astra un nouveau très grand rôle. Du genre de ceux qui rapportent des Oscars ! En tout cas, il rappelle une nouvelle fois pourquoi il est un tel monstre sacré, faisant preuve d’un talent et d’un charisme hors du commun. Et cette fois, pas de Leonardo pour capter l’attention à ses côtés. C’est bien lui et lui seul qui illumine l’écran. Brad Pitt et James Gray forment donc un duo parfait (ou presque) pour nous guider vers les étoiles. On est heureux de faire ce voyage avec eux et à peine le voyage terminé, on a très envie de repartir. Mais avec James Gray, on sait que l’on devra patienter encore quelques temps !

LA NOTE : 15/20

Fiche technique :
Production : New Regency Pictures, Bona Film Group, Keep Your Head, MadRiver Pictures, Plan B Entertainment, RT Features
Distribution : 20th Century Fox
Réalisation : James Gray
Scénario : James Gray, Ethan Gross
Montage : John Axelrad, Lee Haugen
Photo : Hoyte Van Hoytema
Décors : Kevin Thompson
Musique : Max Richter
Durée : 122 min

Casting :
Brad Pitt : Roy McBride
Liv Tyler : Eve McBride
Tommy Lee Jones : Clifford McBride
Ruth Negga : Helen Lantos
Donald Sutherland : Colonel Pruitt
Anne McDaniels : Shunga Hologram
John Ortiz : General Rivas

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU : De braise

portraitdelajeunefilleenfeuafficheLes arts peuvent se sublimer mutuellement quand ils se mélangent. Certaines associations se font tout naturellement, comme le cinéma et la musique, qui sont souvent intimement liés. Par contre, tout pourrait opposer la peinture et le cinéma. L’image statique contre l’image animée. Pourtant, la création picturale nous a offert bien de beaux et grands films. Une nouvelle preuve avec Portrait de la Jeune Fille en Feu. Certes, les thèmes abordés sont bien plus nombreux et le propos plus large, mais force est de constater que c’est bien à travers des moments de création que l’intrigue prend toute sa dimension.

Céline Sciamma et Adèle Haenel se sont révélées en même temps en 2007 avant Naissance des Pieuvres. Les voilà à nouveau réunies et on ne peut que souligner la synergie qui continue d’exister entre la réalisatrice et son actrice. Mais Portrait de la Jeune Fille en Feu repose sur un trio de grand talent, puisque Noémie Merlant porte elle aussi une grande partie de ce film sur ses épaules. Il s’agit là d’une vraie et belle révélation, pour une actrice qui n’avait jusqu’alors connu que des seconds rôles et souvent dans des films passés relativement inaperçus. L’histoire reposant très fortement sur les émotions et les sentiments traversant les personnages, la qualité de l’interprétation constitue un élément central de ce film et explique largement pourquoi il est aussi réussi.

portraitdelajeunefilleenfeuPortrait de la Jeune Fille en Feu est également un beau film. Céline Sciamma fait preuve d’un sens de l’image assez rare pour être souligné. Les cadrages, la photographie, le montage, tout concourt à sublimer le jeu de ses actrices, à souligner la force des troubles qui les saisissent et à capter toute l’attention du spectateur. On est réellement plongé dans un univers qui aurait pu se révéler tristement statique, vu le sujet. Le ressort principal du scénario, l’amour interdit et impossible, n’a vraiment rien de nouveau, mais il trouve là une nouvelle très belle incarnation, pleine de force et d’intensité. Un film tout aussi brûlant que son titre pouvait le laisser penser.

LA NOTE : 13,5/20

Fiche technique :
Production : Lilies films, Arte France cinéma, Hold-Up films
Réalisation : Céline Sciamma
Scénario : Céline Sciamma
Montage : Julien Lacheray
Photo : Claire Mathon
Décors : Thomas Grézaud
Distribution : Pyramide distribution
Musique : Jean-Baptiste de Laubier, Arthur Simonini
Durée : 120 min

Casting :
Adèle Haenel : Héloïse
Noémie Merlant : Marianne
Luàna Bajrami : Sophie : La comtesse