DONNIE DARKO (Director’s cut) : Reprise en beauté

donniedarkoafficheLa notion de director’s cut peut être vu comme une réelle justice rendue à une œuvre et à la vision de l’artiste qui se trouve derrière ou bien comme un prétexte pour rentabiliser encore et encore un film à succès. Certaines productions, comme Blade Runner en compte tellement qu’on ne sait plus à quelle version se vouer. On peut s’épargner ce débat philosophique sans fin en considérant simplement que cela permet de revoir sur grand écran certaines œuvres cinématographiques majeures. C’est le cas avec la sortie d’une nouvelle version de Donnie Darko, film culte s’il en est. Je n’ai pas bien saisi quelle différence il existait avec la version que j’avais vue au cinéma à sa sortie, mais quel plaisir de pouvoir revoir un tel film dans les meilleures conditions.

Donnie Darko est un œuvre sombre et mystérieuse, et par la même fascinante. L’histoire laisse une grande place à l’interprétation du spectateur qui pourra la comprendre de différentes façons ou bien choisir de ne rien comprendre du tout. Cette dernière option ne gâche rien au plaisir que l’on ressent en s’immergeant dans cette ambiance très particulière crée par la réalisation splendide de Richard Kelly, dont on a du mal à comprendre que sa carrière soit par ailleurs si famélique. Si le film est facilement rangé au rayon fantastique, il constitue une œuvre en fait assez unique et inclassable. Tout son intérêt réside dans la manière dont elle déstabilise le spectateur. Si vous n’avez jamais imaginé qu’un costume de lapin puisse représenter un symbole puissamment inquiétant, c’est que vous n’avez définitivement pas vu ce film !

donniedarkoDonnie Darko, sorti initialement en 2002 a révélé sur grand écran tout le talent des Gyllenhaal, frère et sœur. C’est surtout la performance de Jake qui aura marqué les esprits, dans ce qui reste à ce jour son plus grand rôle. Un numéro d’acteur hallucinant (au sens premier du terme) parfaitement maîtrisé malgré son très jeune âge à l’époque. Il porte le film sur ses épaules d’une manière étonnante. On retiendra aussi la très belle apparition de la trop rare Drew Barrymore. Tout le casting évolue dans le magnifique écrin que constitue la sublime réalisation de Richard Kelly (oui, je me répète, mais c’est fait exprès !). Rares sont les films qui prennent un peu plus de valeur à chaque fois qu’on les voit. C’est la marque des grandes œuvres dont ce film fait incontestablement partie.

LA NOTE : 16/20

Fiche technique :
Production : Pandora, Sean McKittrick, Nancy Juvonen
Réalisation : Richard Kelly
Scénario : Richard Kelly
Montage : Sam Bauer, Eric Strand
Photo : Steven Poster
Musique : Michael Andrews

Casting :
Jake Gyllenhaal : Donald « Donnie » Darko
Jena Malone : Gretchen Ross
Drew Barrymore : Ms. Karen Pomeroy
Mary McDonnell : Rose Darko, la mère de Donnie
Katharine Ross : Dr. Lilian Thurman
Patrick Swayze : Jim Cunningham
Noah Wyle : Dr Kenneth Monnitoff
Holmes Osborne : Eddie Darko
Maggie Gyllenhaal : Elizabeth Darko
Daveigh Chase : Samantha Darko
James Duval : Frank
Arthur Taxier : Dr Fisher
David St. James : Bob Garland
Jazzie Mahannah : Joanie James
Jolene Purdy : Cherita Chen
Stuart Stone : Ronald Fisher
Gary Lundy : Sean Smith
Ashley Tisdale : Kim
Beth Grant : Kitty Farmer
Seth Rogen : Ricky Danforth

MAIGRET SE TROMPE (George Simenon) : Face face

maigretsetrompeCela faisait quelque temps que je n’avais pas eu le plaisir de lire un livre écrit par George Simenon. Enfin, quelques mois tout au plus, mais tout est relatif. C’est avec un vrai bonheur que je me suis attaqué à Maigret se Trompe, titre prometteur quand on connaît la perspicacité habituelle du célèbre inspecteur. Au final, la formule ne correspond pas tout à fait au contenu du roman, mais il est incontestable que cet épisode de la série sort quelque peu de la routine dans laquelle peut nous plonger une lecture régulière des romans de cette série. Heureusement, toutes les qualités restent bien présentes.

Maigret se Trompe nous raconte l’histoire d’un face à face entre l’inspecteur et le principal suspect. Dans ce dernier, le policier pense avoir trouvé son alter ego, en termes d’intelligence et surtout de connaissance profonde de la nature humaine. Il lui voue donc une forme d’admiration qui fait vraiment sortir le personnage de ses sentiers battus. C’est très intéressant de le voir ainsi déstabilisé (ce à quoi fait référence le titre, même s’il ne commet pas d’erreur à proprement parler). La grande originalité de ce roman est que ce face à face se fait… sans que les deux hommes ne se rencontrent. Enfin pas avant toute la fin du roman en tout cas. Bon désolé, j’ai un peu spoilé.

Comme d’habitude avec cet auteur, Maigret se Trompe est merveilleusement bien écrit. Je suis vraiment jaloux de la plume de Simenon et je donnerai cher pour posséder la même. Ce roman se caractérise aussi par une place encore plus importante que d’habitude dévolu aux dialogues. Cela permet au lecteur de dévorer les pages avec voracité sans aucune peine. Le récit est incroyablement vivant et nous dresse encore une fois un portrait mordant de la société et de la bourgeoisie de l’après-guerre. On pourra ainsi constater que la nature humaine n’a que peu changé.

SPIDER-MAN : FAR FROM HOME : Flirt d’été

spidermanfarfromhomeafficheMalgré toutes les batailles cosmiques où le sort de l’univers tout entier est en jeu, c’est un petit super-héros new-yorkais, aux pouvoirs somme toute limités, qui reste la figure la plus mythique et la plus emblématique de l’univers Marvel. Ainsi, Spider-Man en est déjà à sa quatrième incarnation depuis le renouveau des films de super-héros, débuté justement la version de Sam Raimi. Certes, une de ces incarnations est à oublier (d’ailleurs qui s’en souvient encore ?), il n’empêche que rien ne serait pareil au pays des surhommes sans l’homme araignée. Surtout que la qualité du deuxième reboot démontrait avec brio qu’on était loin d’avoir fait totalement le tour du personnage. Du coup, on attendait beaucoup de la première suite du deuxième reboot (oui, je sais, c’est compliqué de suivre parfois). Au final, Spider-Man : Far From Home restera un film sympathique, mais très anodin.

On ne s’ennuie pas une seule seconde devant Spider-Man : Far From Home. Mais on s’enthousiasme aussi rarement. Les scènes d’action sont distrayantes, mais aucune ne constitue un moment de bravoure qui retient vraiment l’attention. Certaines sombrent même dans certains excès qui font tiquer. Evidemment, on ne demande pas à ce genre de moment d’être totalement réalistes. Cependant, il faut que le spectateur arrive à y croire un minimum, ce qui n’est pas toujours le cas ici. En fait, le principal intérêt du film reste l’évolution des personnages qui intervient au fil des images. On pourrait presque parler de récit d’apprentissage, ce qui renoue en fait avec les racines du personnage et l’esprit du comic book.

spidermanfarfromhomeOn sent Tom Holland désormais parfaitement à l’aise dans son rôle. Il incarne son personnage avec un naturel déconcertant. Spider-Man : Far From Home bénéficie incontestablement de la présence de Jake Gyllenhaal, qui nous gratifie d’un petit numéro d’acteur, nous offrant par la même occasion à la meilleure scène du film. Ce dernier bénéficie globalement de l’affirmation du casting post-adolescent, au premier rang duquel figure Zendaya, dont la personnalité apporte un petit supplément d’âme à cette histoire. La réalisation de Jon Watts a le mérite d’être efficace. Comme dans le premier épisode, on sent son amour des personnages, autant que pour l’action. Cependant, l’ensemble manque d’épaisseur pour vraiment marquer les esprits.

LA NOTE :11,5/20

Fiche technique :
Production : Columbia Pictures, Marvel Studios, Marvel Entertainment
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Jon Watts
Scénario : Chris McKenna, Erik Sommers
Montage : Leigh Folsom Boyd, Dan Lebental
Photo : Matthew J. Lloyd
Décors : Claude Paré
Musique : Michael Giacchino
Directeur artistique : Grant Armstrong
Durée : 129 min

Casting :
Tom Holland : Peter Parker/Spider-Man
Samuel L. Jackson : Nick Fury
Jake Gyllenhaal : Quentin Beck / Mystério
Zendaya : Michelle « M. J. » Jones
Cobie Smulders : Maria Hill
Jon Favreau : Harold « Happy » Hogan
Marisa Tomei : May Parker

VERSATILE (Van Morrison), FACE YOUR FEAR (Curtis Harding), CUSP (Alela Diane) : Choc des générations

versatilevanmorrisonOn commence par un grand Monsieur de la musique contemporaine, Van Morrison, dont le premier album remonte à 1968. Je vous parlerai ici de Versatile, sorti en 2017, qui prend place dans une discographie impressionnante, puisqu’il sort quasiment un album par an depuis 40 années. Le son est plutôt jazzy, avec une sonorité quelque peu rétro. La maîtrise et la conviction sont celles des plus grands. Le résultat est très classique, mais surtout d’une qualité constante. Il ravira donc les amateurs éclairés, comme les plus débutants comme moi. En tout cas, je suis heureux de compter enfin un album de cet artiste dans ma discothèque.

faceyourfearcurtishardingOn poursuit avec Curtis Harding, un artiste nettement plus jeune… puisqu’il a exactement mon âge, à deux jours près. Face Your Fear est le deuxième album de cet artiste américain. Dès le premier titre, on est pris dans l’ambiance parfois électrisante de cet album. Il fait preuve lui aussi d’une vraie conviction et d’une réelle maîtrise et sait jouer de sa voix protéiforme. Les titres sont généralement assez longs, mais toujours très aboutis et variés. Les instrumentations sont finement travaillées et jouent sur les sonorités. Il sait passer de la douceur à la puissance quand il le faut, pour un résultat particulièrement convaincant.

cuspaleladianeOn termine avec Alena Diane, elle aussi américaine, mais un peu plus jeune. J’avais été particulièrement séduit par deux de ses précédents albums. C’est donc avec un peu d’impatience que je me suis attaqué à Cusp. Le résultat s’avérera un peu plus mitigé, mais sans parler non plus de déception. On entre dans cet album par beaucoup de douceur, porté par la voix profonde de cette artiste. Les instrumentations sont épurées. Le tout est incontestablement maîtrisé, mais il manque une petite étincelle pour faire vraiment la différence. La qualité reste tout de même constante et on est charmé par l’impression d’harmonie qui se dégage de cet album.

GIVE ME LIBERTY : Vodka de Milwaukee

givemelibertyafficheLes récits d’une journée (ou d’une nuit) qui devraient être ordinaires et où se succèdent finalement une série d’évènements inattendus sont nombreux. After Hours de Martin Scorsese est sans doute le plus grand chef d’œuvre du genre. Mais bien d’autres valent le coup d’œil. Le dernier d’entre eux s’intitule Give Me Liberty, un film qui nous plonge (entre autres) au cœur de la communauté immigrée russe de Milwaukee. Cela n’apparaît pas immédiatement susceptible de nous offrir des aventures inattendues et pleines de rebondissements. Mais il ne faut pas se fier aux apparences et se fier au contraire au talent et à l’imagination de Kirill Mikhanovsky.

Give Me Liberty possède un charme qui nous happe immédiatement. On est tout de suite charmé par ses personnages décalés, souvent caractérisés par une forme ou une autre de folie douce. Au milieu de tout ce petit monde, on retrouve le personnage principal qui essaye désespérément de faire preuve d’un minimum de rationalité. On ressent un peu de compassion, tout en ayant une furieuse envie que ses mésaventures se poursuivent encore et encore. Surtout qu’il ne lui arrive jamais rien de grave, tout juste ne parvient-il jamais à reprendre le contrôle des événements. Ces derniers nous donnent le sourire, porteurs d’une énergie communicative. L’enjeu narratif est au final assez mince, mais on attend avec une impatience, pour ne pas dire une certaine gourmandise, la prochaine surprise que nous réservera le scénario.

givemelibertyGive Me Liberty nous offre un casting étonnant, composé d’acteurs professionnels et d’amateurs. Le plus étonnant reste Chris Galust, qui incarne le personnage principal, déniché dix jours avant le début du tournage, alors qu’il n’avait jamais joué la comédie de sa vie. Un casting improbable donc, mais qui colle finalement parfaitement avec l’esprit de Give Me Liberty. La réalisation, caméra à l’épaule, en mode reportage, renforce le côté immersif. On se croirait presque parfois devant un épisode de Striptease, à la sauce américano-russe. Difficile en tout cas de ne pas être emporté dans le tourbillon frénétique qui parcourt ce film. Qu’il nous propose un voyage sans but importe peu, tant le voyage est délicieux.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Give Me Liberty Productions, Wild Bunch
Réalisation : Kirill Mikhanovsky
Scénario : Alice Austen, Kirill Mikhanovsky
Montage : Kirill Mikhanovsky
Photo : Wyatt Garfield
Décors : Bart Mangrum
Distribution : Wild Bunch
Son : Jeremy Mazza
Durée : 111 min

Casting :
Lauren ‘Lolo’ Spencer : Tracy Holmes
Chris Galust : Vic
Maksim Stoyanov : Dima
Darya Ekamasova : Sasha, la sœur de Vic
Zoya Makhlina : la mère de Vic et Sasha
Dorothy Reynolds : la grand-mère de Tracy
Sheryl Sims-Daniels : la mère de Tracy
Steve Wolski : Steve
Steve Wolski : Michelle
Ben Derfel : Nate
Lindsey Willicombe : la soprano

LE CHERCHEUR D’OR (JMG Le Clézio) : Premier prix

lechercheurdorPrix Nobel de littérature, voici un titre dont peu d’auteurs peuvent se targuer. Notre pays en a connu quelques-uns, mais pas assez pour qu’un grand lecteur ne cherche pas à avoir un aperçu de la bibliographie de chacun d’eux. Certes, je n’ai pas vraiment cherché à lire le Chercheur d’Or de JMG Le Clézio, puisqu’il s’agit d’un cadeau. Cependant, c’est avec une réelle curiosité que je me suis plongé dans ce roman afin de mieux comprendre pourquoi son auteur a reçu un tel honneur. Ces quelques pages m’ont donné quelques clés pour mieux en saisir les raisons.

Le Chercheur d’Or est un récit d’aventures, où le personnage est avant tout en quête de lui-même avant d’être en quête d’un trésor caché. Tous les actes qu’il accomplit, les rencontres et les choix qu’il fait, le conduisent à mieux comprendre progressivement les raisons profondes qui l’ont poussé à mener sa quête. Cela rappelle parfois l’Alchimiste de Paolo Coelho… mais en beaucoup mieux et surtout en beaucoup plus subtil ! Le récit de JMG Le Clézio est fascinant parce que l’on avance dans la réflexion par le déroulement d’événements qui auraient pu être ceux d’un récit nettement plus ordinaire. Pas de procédés narratifs à gros sabots, d’ésotérisme de pacotille, mais beaucoup de poésie et un propos qui pourra éclairer la propre expérience de chacun.

JMG Le Clézio est définitivement un grand auteur également par la qualité de sa plume. Le Chercheur d’Or est remarquablement écrit. Mêler dans des mots simples et légers autant de subtilité et de profondeur nécessite une maîtrise absolue. On traverse ce récit comme porté par une brise légère, même quand le personnage essuie bien des tempêtes. Un pur plaisir littéraire, juste le bonheur de parcourir des pages aussi remarquablement écrites. Un plaisir rare et que tout écrivain n’est pas en capacité d’offrir. Un plaisir qui ne peut découler que d’un immense talent. Un talent qui vaut bien un Prix Nobel.

WILD ROSE : Sur la route de Menphis

wildroseafficheUn personnage doté d’un talent artistique prononcé, d’une volonté d’en vivre, mais évoluant dans un milieu social qui ne lui reconnaît guère de mérite et qui ne lui permet pas de vivre son rêve. Ceci constitue le point de départ de très nombreuses histoires et on pourrait facilement croire que l’on a déjà largement fait le tour de la question. Cependant, il est des thématiques dont on ne parvient à jamais vraiment se lasser, même quand une œuvre l’aborde sans apporter grand-chose de nouveau. Certes, on ne s’enthousiasme pas forcément mais on peut passer tout de même un bon moment. C’est le cas avec Wild Rose, un film plutôt réussi, mais certainement pas révolutionnaire.

Wild Rose nous raconte l’histoire d’une jeune Ecossaise qui sort de prison et qui rêve de devenir… chanteuse de country. Evidemment, Glasgow se situant relativement loin de Menphis, son plan de carrière n’a rien d’évident. Il s’agit avant tout d’un film de personnage, même si un fond de critique sociale, assez léger tout de même, vient à poindre. Le scénario est plutôt bien écrit, nous amenant vers un dénouement qui n’a rien de prévisible. Avoir su éviter les chemins tracés de manière trop évidente représente la principale qualité de ce film. Rien de bouleversant ou de vraiment étonnant, mais on échappe aux clichés ou aux rebondissements habituels de ce genre d’histoire. C’est bien pour ça que l’on passe un bon moment.

wilrosePour ça, mais pas que pour ça. Le talent et le charme de Jessie Buckley jouent un rôle non négligeable dans le plaisir que l’on prend devant Wild Rose. Elle fait preuve d’une certaine fraîcheur et d’un naturel déconcertant dans un rôle qui aurait pu facilement tourner à la composition lourdingue. La musique est également très présente. Après évidemment, il vaut mieux apprécier la country, mais l’énergie qu’elle met dans ses interprétations entraîne avec elle les spectateurs les plus rétifs à ce genre musical. Bon les allergiques complets auront peut-être un peu de mal, mais je les incite tout de même à faire un petit effort s’ils sont en recherche d’un feel good movie fort sympathique.

LA NOTE :12/20

Fiche technique :
Jessie Buckley : Rose-Lynn Harlan
Julie Walters : Marion
Sophie Okonedo : Susannah
Daisy Littlefeld : Wynonna
Adam Mitchell : Lyle

Casting :
Jessie Buckley : Rose-Lynn Harlan
Julie Walters : Marion
Sophie Okonedo : Susannah
Daisy Littlefeld : Wynonna
Adam Mitchell : Lyle

LE ROI LION : Petit chat

leroilionafficheSuite et fin du triptyque 2019 de Disney avec le Roi Lion. Triptyque d’adaptations « live » de grands classiques de l’animation. Après Dumbo et Aladin, voici le plus attendu de tous, le Roi Lion. Attendu car celui s’annonçant le plus spectaculaire. En effet, il n’y a aucun humain dans cette histoire, juste des animaux qui parlent et qu’il fallait donc faire apparaître à l’écran de manière réaliste. Le défi était de taille mais fort d’un Livre de la Jungle, plutôt réussi paraît-il, ayant servi de galop d’essai, le succès ne pouvait qu’être au rendez-vous. Après, il y aura quelques grincheux pour faire la fine bouche. Et il m’arrive parfois de me montrer grincheux…

Cette nouvelle version ne possède à mon sens que peu d’intérêt. Déjà, en reprenant presque plan pour plan le déroulé du dessin-animé, Jon Favreau n’a pris strictement aucun risque et a livré une œuvre parfaitement impersonnelle. Si vous comptiez sur ce film pour revisiter l’histoire, n’y allez pas, vous seriez cruellement déçu. Ensuite, si le Roi Lion de 1994 était un film d’animation, le Roi Lion version 2019 reste toujours un film d’animation. Une animation certes très réaliste, mais qui reste tout de même de l’animation. On peut être admiratif de la prouesse technique incontestable, mais le but initial n’est pas tout à fait atteint. Bref, rien de bien nouveau sous le soleil de la savane africaine et ce film nous donne surtout envie de retrouver les beaux aplats de couleur de la version originale.

leroilionLe Roi Lion s’adresse donc au côté obscur de la nostalgie. Personnellement, je n’ai pas du tout ressenti le côté madeleine comme avec Aladin, mais au contraire, comme une envie de dire « c’était mieux avant ! ». Quel intérêt par exemple de reprendre une partie du casting voix originel ? A ne pas vouloir décevoir le fan, Disney finit par profondément le décevoir. La technique ne permet pas seule de faire naître la magie et ce film en manque cruellement. C’est un objet cinématographique totalement froid. Je suis le premier à défendre Disney quand les critiques le cantonnent à une machine commerciale, alors qu’il laisse souvent les auteurs s’exprimer et faire preuve d’audace. Mais ici, le reproche s’avère pleinement justifié.

LA NOTE : 10/20

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures, Fairview Entertainment
Distribution : The Walt Disney Compagny France
Réalisation : Jon Favreau
Scénario : Jeff Nathanson
Montage : Adam Gerstel, Mark Livolsi
Photo : Caleb Deschanel
Décors : James Chinlund
Musique : Hans Zimmer, Elton John, Tim Rice
Directeur artistique : Helena Holmes
Durée : 118 min

Casting :
Donald Glover : Simba adulte
Beyoncé Knowles-Carter : Nala adulte
Seth Rogen : Pumbaa
Billy Eichner : Timon
James Earl Jones : Mufasa
Alfred Woodwar : Sarabi
John Oliver : Zazu
Chiwetel Ejiofor : Scar
Florence Kasumba : Shenzi, la hyène

YESTERDAY : Un garçon seul dans le vent

yesterdayaffichePiquer les idées des autres constitue définitivement le thème central de Yesterday. Déjà en premier lieu parce qu’il est clairement inspiré de Jean-Philippe, la comédie de Laurent Tuel. En effet, le point de départ est sensiblement le même. Bon après d’un côté, on a Johnny Hallyday et de l’autre les Beatles, c’est aussi ça qui sépare la France de l’Angleterre, mais ceci est un autre débat. Ensuite, le film nous raconte l’histoire d’un chanteur sans succès qui se retrouve un jour être le seul homme sur Terre (ou presque) à se souvenir de l’existence des Beatles. Et se retrouve donc tenté de récupérer toutes leurs créations pour connaître enfin la gloire.

Un point de départ original (enfin là pas complètement), ou du moins rigolo, ne suffit pas à faire un film. Il faut ensuite parvenir à l’exploiter de manière crédible et à ne pas se contenter de ça. Il faut évidemment nourrir cette bonne idée de plein d’autres choses pour donner assez d’épaisseur à l’histoire et justifier pleinement un long métrage. Dans ce domaine, Yesterday ne s’en sort pas trop mal. Tout n’est pas parfait, mais il bénéficie au moins d’une galerie de personnages plutôt attachants qui nous donnent envie de suivre cette histoire. L’humour est évidemment centré sur l’idée centrale, mais exploite aussi quelques à côtés et ne tourne ainsi pas en boucle. Enfin, il laisse aussi une juste place à la musique. Tous ceux qui apprécient de près ou de loin la musique des Beatles apprécieront d’autant plus ce film.

yesterdayYesterday pêche néanmoins quelque peu dans sa conclusion. Elle n’est pas illogique, mais n’échappe pas à une bien-pensance quelque peu lourdingue. Le film ne bénéficie pas d’un aspect réflexif très intéressant auquel il semble pourtant prétendre au travers d’un long discours final quelque peu lénifiant. C’est là la grande limite de ce film qui ne dépasse vraiment pas le statut de divertissement sympathique. Statut fort honorable cependant, mais quand même un peu décevant pour un Dany Boyle. On trouve bien trace de son grand talent de réalisateur, mais le fond est trop anodin pour donner une dimension supplémentaire à ce film qui restera mineur dans sa riche filmographie.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Production : Working Title, Universal Pictures, Etalon films
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Danny Boyle
Scénario : Richard Curtis
Montage : Jon Harris
Photo : Christopher Ross
Décors : Patrick Rolfe
Musique : Daniel Pemberton, les Beatles
Durée : 116 min

Casting :
Himesh Patel : Jack Malik
Lily Collins : Ellie Appleton
Kate McKinnon : Debra Hammer
Ed Sheeran : Ed Sheeran
Joel Fry : Rocky
Alexander Arnold : Gavin
Meera Syal : Sheila Malik
Sanjeev Bhaskar : Jed Malik

LES ENFANTS DE LA MER : Salade de poissons

lesenfantsdelamerafficheQue l’on ne comprenne pas tout d’une œuvre particulièrement ésotérique ne constitue pas forcément en soi un problème. Au contraire, cela peut même constituer une réelle qualité quand le spectateur prend plaisir à se perdre dans une histoire dont il ne saisit pas tous les tenants et les aboutissants, mais qui le fait rêver, réfléchir ou l’émerveille. Le souci intervient quand l’histoire ne procure aucune de ces sensations. L’ennui n’est alors jamais très loin. C’est bien elle qui m’a saisi devant les Enfants de la Mer, un film d’animation japonais aux allures de fable, mais qui m’a laisse totalement froid, pour ne pas dire glacé.

Les Enfants de la Mer nous propose pourtant une histoire riche. Elle dévoile chacune de ses dimensions une à une, laissant au spectateur le temps de s’y immerger progressivement. Mais sans doute, le problème est-il justement de cette accumulation de strates narratives qui finissent par ne plus avoir de lien solide entre elles. On comprend vaguement qu’elles délivrent un seul et même message. Cependant, le tout reste quelque peu confus et bien des événements surviennent sans que l’on en saisisse bien le pourquoi. Du coup, on reste largement imperméable à la philosophie qui essaye d’émerger tant bien que mal de l’ensemble. Sans doute n’avais-je pas tous mes chakras d’ouverts ce jour-là.

lesenfantsdelamerGraphiquement, les Enfants de la Mer est par contre vraiment sublime. Les personnages notamment ont une palette d’expressions assez rares dans l’animation japonaise. On est très loin du cliché du manga où tous les protagonistes se ressemblent, même si c’est quand même rarement le cas pour les longs métrages. Dommage que la poésie du dessin ne soit pas rentrée en synergie avec la poésie clairement recherché du propos. Cela aurait pu donner un résultat bouleversant et non un méli-mélo mal défini d’éléments ésotériques disparates. Tout cela est sans doute aussi une question de sensibilité personnelle. En tout cas, ce film n’a vraiment pas touché la mienne.

LA NOTE : 08/20

Production :
Production : Studio 4°C
Distribution : Eurozoom
Réalisation : Ayumu Watanabe
Scénario : Daisuke Igarashi, adapté de son manga
Musique : Joe Hisaishi, Kenshi Yonezu
Directeur artistique : Shinji Kimura
Durée : 111 min

Casting :
Mana Ashida : Ruka
Hiiro Ishibashi : Umi
Seishu Uragami : Sora
Win Morisaki : Angura-do
Yu Aoi : Azumi Kanako
Min Tanaka : Jimu