Wes Anderson fait partie de ces très rares réalisateurs possédant une personnalité artistique assez forte pour que l’on reconnaisse son style au premier regard. Un style qui séduit par sa poésie, la folie douce qui anime ses personnages, le tout mis en image avec une maîtrise et une originalité hors du commun. Des films reconnaissables, mais tous différents. L’Ile aux Chiens constitue une nouvelle œuvre qui ne ressemble à aucune autre, même si on est vite tenté de la comparer à Fantastic Mr. Fox, sa précédente incursion dans le monde de l’animation. Mais en tout cas, le talent est toujours aussi éclatant.
L’Ile aux Chiens est d’abord une belle histoire, pleine de poésie, d’aventures, de romance… Une histoire particulièrement romanesque qui montre ce qu’on peut faire d’un film d’animation où les animaux parlent (une petite pensée aux scénaristes de Comme des Bêtes, qui auront pris des notes devant ce film j’espère). Du rythme, des rebondissements et des personnages, humains et animaux, toujours aussi attachants. On est au cœur de tout ce qui a toujours fait le succès de Wes Anderson. Un univers enfantin, mais d’une subtilité et d’une richesse qui séduiront le plus adulte des spectateurs.
L’Ile aux Chiens est cependant comme tous les films de Wes Anderson. On ressent pour eux une profonde affection, une infinie tendresse, un vrai élan du cœur. Mais cela reste un rien platonique. La forme particulièrement soignée, où l’on sent que chaque élément est pensé au millimètre fait de ce film un exercice de style, d’une formidable qualité, mais qui n’arrive pas tout à fait à faire naître l’émotion brute et souvent inexplicable qui fait les réels chefs d’œuvre. Si on peut aimer profondément ce film, on saura toujours exactement pourquoi. Et un amour sans mystère ne sera jamais le plus passionnel qui soit.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : American Empirical Pictures Distribution : Twentieth Century Fox France Réalisation : Wes Anderson Scénario : Wes Anderson, d’après une histoire de Roman Coppola, Jason Schwartzman, Kunichi Nomura Montage : Andrew Weisblum Photo : Tristan Oliver Décors : Paul Harrod, Adam Stockhausen Musique : Alexandre Desplat Directeur artistique : Curt Enderle Durée : 101 min
On début cet avis musical par une artiste anglaise transgenre, nommée Anohni et son album Hopelessness, sorti en 2016. Une artiste qui ne m’a pas vraiment convaincu déjà du fait de sa voix quelque peu horripilante. Elle livre un son pop rock, avec quelques accents électros, maîtrisé, propre, mais sans éclat. La première moitié de l’album n’accroche pas vraiment l’oreille, la seconde sera carrément inaudible par moment.
On poursuit avec une valeur sûre : PJ Harvey et son album The Hope Six Demolition Project. La voix démarre sans introduction et on retrouve tout de suite tout ce qu’on aime chez cette artiste. On notera cependant un ton peut-être un peu plus enjoué que d’habitude. Tous les titres sont pleinement maîtrisés, d’une qualité constante. Sa voix est toujours aussi électrisante. Il manque simplement ici un titre vraiment accrocheur. Du coup, c’est beau, mais pas trop non plus. Surtout que l’album s’achève avec quelques titres qui ressemblent quelque peu à du remplissage.
On reste toujours en Grande-Bretagne avec un duo formé par Teddy Thompson et Kelly Jones, qui ont signé un album intitulé Little Windows. Un album dont je ne sais pas exactement quoi penser au final. Il nous livre une jolie série de titres entre pop et folk, voire country, mais toujours sur un ton plutôt sucré. C’est sympa, maîtrisé, mais surtout très gentillet. Ca ne casse pas trois pattes à un canard, mais ça se laisse écouter. En tout cas, la qualité est constante.
Lorsque l’on aborde au travers un film un sujet extrêmement sérieux, voire explosif, on peut être tenté d’opter pour une forme sobre, voire austère, gage de sérieux. Il faut être sacrément sûr de soir et posséder un certain courage pour, au contraire adopter un forme originale, voire même provocante. C’est bien le choix audacieux réalisé par Samuel Maoz et son film Foxtrot. Une audace que l’on aimerait saluer en criant au génie. Malheureusement, cette qualité, même si elle inspire un profond respect, ne suffit pas à combler un spectateur.
Foxtrot nous surprend du début à la fin. Ou plutôt, nous surprend régulièrement, mais entre temps nous ennuie quelque peu. Les scènes sont la plupart du temps beaucoup trop longue. Leur côté décalé allume toujours une lumière d’intérêt, mais ensuite, une fois l’effet de surprise estompé, elle se dissipe rapidement. Tout cela fait surtout ressembler ce film à un exercice de style, sans émotion profonde. On en ressort pas bouleversé comme on aurait pu l’être. Cela tient en partie au choix d’un humour mordant et ironique, plutôt qu’une démonstration directe, mais comme on ne rit pas non plus réellement, le spectateur se trouve dans un entre deux qui a bien du mal à faire naître l’enthousiasme.
Foxtrot est à l’origine de vives polémiques dans son pays d’origine. C’est un film qu’il fallait oser faire et Samuel Maoz a osé. On ne peut qu’être admiratif pour cela. Il se révèle au final décevant, non pas parce qu’il l’est dans l’absolu, mais bien parce qu’on aurait vraiment aimé être entraîné par tant de témérité. Mais on reste uniquement spectateur d’un spectacle qui n’a pas su emporter le public avec lui à cause d’une forme au final plus sophistiquée que provocante. On reste donc un peu au milieu du gué, déçu d’être déçu.
LA NOTE:11/20
Fiche technique : Réalisation : Samuel Maoz Scénario : Samuel Maoz
Casting : Lior Ashkenazi : Michael Feldmann Sarah Adler : Daphna Feldmann
Avengers : Infinity War faisait partie des films les plus attendus cette année. Attendu évidemment en premier lieu par les fans de comics, impatients de voir enfin longuement le personnage de Thanos à l’écran. Mais ces dernières années, l’univers Marvel a su séduire sur grand écran un public bien plus large que les simples inconditionnels des bandes-dessinées. Et nombreux étaient ces amateurs de super-héros au cinéma à piaffer eux aussi. Le film par de nombreux aspects comble totalement ces attentes. Mais ne va guère plus loin.
Avengers : Infinity War marque une sorte d’aboutissement d’un processus relativement inédit de création d’un univers fictionnel au cinéma d’une telle ampleur en si peu de temps. Mais aboutissement rime aussi avec essoufflement. Le film nous livre de nouvelles batailles épiques et spectaculaires. Les mêmes batailles que l’on a déjà adoré auparavant. Les mêmes… c’est bien là le (léger) problème. Le plaisir est là, on a ce que l’on est venu chercher, mais rien de plus. Rien de bien nouveau non plus. Du coup, l’intérêt du film repose avant tout sur la personnalité d’un méchant particulièrement réussi. C’est un peu faible pour justifier 2h30 de film, qui, du coup, n’est pas exempt de longueurs.
Efficacité est bien le terme qui domine quand on pense à Avengers : Infinity War. Le film n’est pas sans âme, grâce à ses personnages mais sans génie artistique. Certes, il souffre de la sortie récente de Ready Player One qui nous a rappelé quel spectacle fantastique peut nous livrer un génie du cinéma quand il met en scène des batailles épiques. Anthony et Joe Russo sont pourtant loin d’être maladroits derrière la caméra, mais n’est pas Steven Spielberg qui veut. Au final, on suit ce film avec énormément de plaisir, il serait mentir de dire le contraire. On en ressort avec une réelle envie de voir la suite au plus vite (surtout vu la fin…). Mais on en ressort aussi en se disant que notre histoire d’amour avec les héros Marvel se situe désormais plus dans la routine que dans la passion. Parfois, cette dernière renaît, mais parfois ce sentiment constitue un prélude à la rupture.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Marvel Studios Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures Réalisation : Anthony Russo, Joe Russo Scénario : Christopher Markus, Stephen McFeely Montage : Jeffrey Ford, Matthew Schmidt Photo : Trent Opaloch Décors : Charles Wood Musique : Alan Silvestri Durée : 149 min
Casting : Josh Brolin : Tanos Elizabeth Olsen : Scarlet Witch Scarlett Johansson : Black Widow Robert Downey Jr. : Iron Man Chadwick Boseman : Black Panther Chris Pratt : Star-Lord Chris Hemsworth : Thor Chris Evans : Captain America Paul Bettany : Vision Mark Ruffalo : Hulk Tom Hiddleston : Loki
Si on pense à un jeune provincial qui monte à Paris, plein de rêves et d’ambitions, prêt à conquérir la capitale, on pense plutôt à un roman d’apprentissage du 19ème siècle. Cependant, il reste encore des histoires de ce type à raconter. Jean-Paul Cyverac s’est attaqué à l’exercice avec Mes Provinciales. Le titre à l’international, A Paris Education, en dit long sur la parenté avec des œuvres plus anciennes. Un film qui permet donc de se rendre compte que même si les époques changent, la nature humaine, elle, évolue peu.
Mes Provinciales a pour thème central, le thème le plus universel et intemporel qui soit. Je parle évidemment de l’amour. En effet, en montant à Paris, le jeune homme en question va laisser derrière lui son amour d’adolescence et être très vite soumis à de nombreuses tentations. Mais le propos du film ne se limite pas à cela. Il traite de tous les éléments qui font que l’on quitte définitivement l’enfance pour entrer dans l’age adulte, de toutes les questions existentielles auxquelles on est confronté quand il s’agit de donné une direction, à défaut d’un but clairement identifié, à sa vie.
Le traitement de l’ensemble de ses sujets est réalisé avec finesse, ce qui fait de Mes Provinciales un film intéressant, qui parvient à ne pas nous ennuyer malgré ses 2h15. Clairement, le film aurait gagné en impact avec un bon quart d’heure de moins, mais sa légère et constante lenteur fait aussi partie de son charme. On reste tout de même toujours assez curieux de savoir où l’histoire va nous mener pour y rester, même si on aimerait parfois qu’elle nous y conduise un peu plus vite. Si on ajoute à cela la jolie prestation du jeune Andranic Manet et une réelle esthétique en noir et blanc, on obtient un film assez réussi. Pas aussi inoubliable que le meilleur de Balzac, mais qui comblera les amateurs du genre.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Jean-Paul Civeyrac Directeur de la photographie : Pierre-Hubert Martin Montage : Louise Narboni Producteur : Frederic Niedermayer Ingénieur du son : François Méreu, Sébastien Savine, Philippe Grivel Assistant réalisateur : Tigrane Avedikian Chef électricien : Nicolas Rapin Casting : Constance Demontoy Durée : 137 minutes
Casting : Andranic Manet : Étienne Tinan Gonzague Van Bervesselès : Jean-Noël Corentin Filan : Mathias Valance Diane Rouxel : Lucie Jenna Thiam : Valentina Sophie Verbeeckn : Annabelle Lit Valentine Catzéflis : Barbara Charlotte Van Bervesselès : Héloïse, la plus douée en cinéma Nicolas Bouchaud : Paul Rossi Laurent Delbecque : William Jeanne Ruff : Solange David Abécassis : Melchior Arash Khodaiari : le colocataire espagnol Saurédamor Ricard : la fille du métro
Les grands combats méritent de grands films, à la hauteur des enjeux et de la grandeur de ceux qui les ont menés. Mais parfois, un film plus léger peut aussi à la hauteur et apporter sa modeste pierre. La preuve avec Comme des Garçons qui nous relatent la lutte de jeunes femmes déterminées… à jouer au football. En effet, il nous raconte comment l’Equipe de France féminine est née au début des années 70, des années après la plupart des autres pays d’Europe. C’est bien connu, la France est le pays des droits de l’Homme, pas forcément des droits des Femmes…
Commençons par ce qui fâche… Le football au cinéma. C’est un fait connu et reconnu, ce sport, aussi populaire et télévisuel soit-il, n’est absolument pas cinégénique. Cela sonne tout de suite faux et on voit immédiatement que les actrices n’ont clairement pas le niveau qu’elles sont censées avoir. Ce n’est d’ailleurs pas la seule chose qui n’est absolument pas réaliste dans ce film. Entre comédie et reconstitutions des faits, Julien Hallard choisit souvent clairement la première option, au détriment de la crédibilité historique. Mais au final, tout cela n’est pas bien grave.
En effet, malgré tout, Comme des Garçons fonctionne plutôt bien et on suit cette histoire avec un grand plaisir et le sourire aux lèvres. La galerie de personnages est vraiment réussie, portée par des comédienne beaucoup plus à l’aise dans jeu d’acteur que dans le jeu avec ballon. Par contre, si Max Boubil incarne clairement le personnage principal, on peut lui reprocher une légère tendance au cabotinage qui ne tire pas le film vers le haut. Il dégage cependant tout de même assez de capital sympathie pour qu’on s’y attache aussi, comme on s’attache en fait globalement à ce film imparfait mais tout de même réussi.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Réalisation : Julien Hallard Scénario : Jean-Christophe Bouzy et Julien Hallard, adaptation et dialogues par Julien Hallard et Claude Le Pape, avec la collaboration de Fadette Drouard1 Photographie : Axel Cosnefroy Montage : Jean-Christophe Bouzy Costumes : Charlotte David Décors : Johann George Musique : Vladimir Cosma Producteurs : Frédéric Jouve et Marie Lecoq Durée : 90 minutes
Casting : Max Boublil : Paul Coutard Vanessa Guide : Emmanuelle Bruno Bruno Lochet : Alain Lambert Solène Rigot : Corinne Fricoteau Carole Franck : Raymonde Deuquet Delphine Baril : Francine Marchand Zoé Héran : Annie Leroy Julie Moulier : Béatrice Bergeron Sarah Suco : Nicole Waquelin Mona Walravens : Jeanne Simon Luca Zingaretti : Giacomo Bruno Ludovic Berthillot : le mari de Francine Grégory Gatignol : le frère d’Annie Éric Naggar : le rédacteur en chef Jean-Louis Barcelona : le mari de Raymonde Wilfred Benaïche : Riboulet Christian Abart : le commissaire
On commence avec un groupe que j’affectionne depuis longtemps, même si cela fait un moment déjà qu’ils ne m’ont pas enthousiasmé. Ce ne sera malheureusement toujours pas le cas avec l’album Sevolavy, sorti en 2016. Mickey 3D, puisque c’est d’eux dont je parle, signe ici un album au ton plutôt mélancolique. Dans la plupart des titres, on ne retrouve pas l’énergie qui les caractérisait. Quelques uns font exception, comme le titre qui a donné son nom à l’album. Au final, l’album reste tout de même globalement agréable, mais quelque peu transparent.
On poursuit avec un autre valeur sûre, le groupe américain Weezer et leur album sobrement intitulé Weezer (The White Album). Il nous propose un rock maîtrisé, solide et parfois réellement emballant. Cela reste cependant très classique, avec rien qui ne dépasse. De joli riffs de guitare viennent ponctuer les titres qui sonnent comme du rock US pur et dur. On retiendra en premier lieu le titre Do You Wanna Get High, le meilleur titre d’un album vraiment impeccable de bout en bout.
On termine avec une découverte, à savoir la chanteuse de jazz américaine Esperanza Spalding et son album Emily’sD+Evolution. Dès les premières secondes, sa voix claire nous interpelle. Elle la pose sur des mélodies parfois dissonantes, pour un résultat loin d’être désagréable, même fascinant parfois. En tout cas, tout cela concourt à créer un réelle univers musical, dans lequel l’artiste fait preuve d’une parfaite maîtrise. Tout les titres ne sont pas parfaits loin de là, mais l’album nous offre une jolie rencontre musicale.
Nombreux sont les polars où un tueur et un policier se livrent une guerre psychologique, chacun essayant de manipuler l’autre. Nombreux sont les films de procès où un avocat fait tout pour défendre un innocent, parfois contre la volonté de ce dernier. The Third Murder parvient à mélanger les deux approches pour une histoire originale qui bouscule les codes des films de ces deux genres. Un film qui repose sur des ressorts avant tout psychologiques qui plongent le spectateur dans la même perplexité que le personnage principal.
The Third Murder reste quand même très classique par certains côtés. Le scénario s’assimile à une quête de la vérité et dès qu’on pense la tenir, de nouveaux éléments viennent bouleverser les certitudes. L’histoire propose de vrais rebondissements, le plus souvent relativement imprévisibles. La profondeur des personnages apporte une deuxième couche d’intérêt à ce film au propos relativement riche. On n’est donc définitivement pas devant un énième polar ou un énième film de procès, mais bien devant une œuvre originale.
The Third Murder est marqué par un rythme de narration très japonais. Chacun connaît mon amour pour le cinéma asiatique, mais j’avoue qu’ici j’ai parfois un peu décroché. J’ai souligné la richesse du propos, mais force est de constater qu’elle est souvent diluée par quelques longueurs qui font baisser malencontreusement la tension. On revient vite dans l’histoire, mais avoir flirté ainsi avec l’ennui apporte un petit bémol qui nous empêche d’être totalement enthousiaste pour ce film.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Réalisation et scénario : Hirokazu Kore-eda Direction artistique : Yohei Taneda1 Photographie : Mikiya Takimoto1 Montage : Hirokazu Kore-eda1 Son : Tomita Kazuhiko1 Musique : Ludovico Einaudi1 Production : Matsuzaki Kaoru et Taguchi Hijiri Durée : 124 minutes
Casting : Masaharu Fukuyama : Tomoaki Shigemori Kôji Yakusho : Misumi Suzu Hirose : Sakie Yamanaka Yuki Saitō : la mère de Sakie Kōtarō Yoshida : Daisuke Settsu Shinnosuke Mitsushima : Kawashima Izumi Matsuoka : Akiko Hattori Mikako Ichikawa : Shinohara Isao Hashizume : Akihisa Shigemori Aju Makita : la fille de Tomoaki Hajime Inoue : Ono
Cette année, Steven Spielberg est le kiss-cool du 7ème art. Il y a le premier effet avec un superbe film hollywoodien extrêmement classique, Pentagon Papers. Puis il y a le deuxième avec un film de science-fiction visionnaire, Ready Player One. En deux mois, il aura offert plus de plaisir aux cinéphiles que bien des cinéastes en toute une vie. Plaisir, voilà qui résume bien l’effet produit par ce dernier film sur le spectateur. Un plaisir régressif mais immense. Un film qui confirme définitivement qu’il est peut-être le grand réalisateur de films de divertissement de l’histoire.
Commençons par un léger bémol, pour mieux l’écarter rapidement. Ready Player One a comme défaut d’être un peu trop… spielbergien. Il aurait pu être un film encore plus immense s’il avait su dépasser ce manichéisme absolu et cette absence quasi totale de politiquement incorrect. Mais il serait injuste de reprocher d’être juste lui-même quand on apprécie par ailleurs tout ce cette notion recouvre de positif. Ce film reprend la quintessence d’une partie de son œuvre et gommer ses défauts en nommerait aussi quelque peu sa personnalité.
Ready Player One rend un vibrant hommage à tout un pan de la culture populaire qui nourrit l’imaginaire de tant de personnes de part le monde. Il est certain que l’on apprécie pleinement ce film que si on est à même de saisir au moins une partie du foisonnement de références qui apparaît à chaque plan. On retrouve cette joie de reconnaître tous les clins d’œil, comme une chasse aux œufs de Pâques, comme on avait pu le faire devant Sucker Punch. Mais Steven Spielberg est un réalisateur d’une autre trempe que Zack Snyder et son film marquera assurément plus profondément les mémoires.
Une des forces de Ready Player One repose dans le nombre phénoménal de morceaux de bravoure cinématographiques qu’il nous offre. Ceci connaîtra un point d’orgue lors d’une des plus formidables scènes de bataille de l’histoire du cinéma. Du cinéma à immense spectacle, filmé avec le talent d’un des plus grands cinéastes. Chaque plan est maîtrisé, jamais l’action n’est confuse, alors qu’elles sont marquées par des déluges pyrotechniques d’une rare ampleur et d’une foule de protagonistes intervenant au même moment.
Ready Player One repose sur un scénario relativement complexe pour un film de ce genre, qui vient encore renforcer l’immense richesse de ce film. Un scénario qui a ses limites, je les ai évoquées plus haut mais qui tient en haleine le spectateur du début à la fin, sans quasiment aucune baisse de rythme. Ce film est tout simplement l’antithèse de l’ennui. On ne remerciera jamais assez Steven Spielberg d’avoir offert à son public une boîte de friandises aussi succulentes et fournies. Des friandises avec lesquelles on ne risque sûrement pas l’indigestion. Au contraire ! On en redemande encore et encore !
LA NOTE : 16/20
Fiche technique : Production : Amblin Entertainment, De Line Pictures, Reliance Entertainment, Village Roadshow Pictures, Warner Bros, Farah Films Distribution : Warner Bros Pictures France Réalisation : Steven Spielberg Scénario : Zak Penn, Ernest Cline, d’après son roman Montage : Sarah Broshar, Michael Kahn Photo : Janusz Kaminski Décors : Adam Stockhausen Musique : Alan Silvestri Durée : 140 min
Casting : Tye Sheridan : Wade Watts, Parzival Olivia Cooke : Samantha, Art3mis Ben Mendelsohn : Sorrento Lena Waithe : Helen, Aech T.J. Miller : I-R0k Simon Pegg : Ogden Morrow Mark Rylance : Halliday, Anorak Philip Zhao : Sho Win Morisaki : Daito
J’entretiens une relation passionnelle avec le cinéma d’Abdelatif Kechiche. Passionnelle, mais légèrement tumultueuse. Car si le cinéaste français a signé à mon sens avec la Vie d’Adèle un des films les plus extraordinaires de l’histoire du cinéma, récompensé par une des Palmes d’Or les plus mérités, il est également l’auteur de l’Esquive, qui est pour moi peut-être le plus mauvais film jamais récompensé par un César. Et entre les deux, se situe la Graine et le Mulet, dont la première moitié est aussi sans intérêt que la seconde est absolument fantastique. J’avais donc hâte de savoir où se situerait Mektoub, my Love : Canto Uno.
Autant lever le suspense tout de suite, Mektoub, my Love : Canto Uno est un film merveilleux. Commençons pas son seul défaut : il représente ce qu’Abdelatif Kechiche fait de mieux, mais sans rien de vraiment nouveau ou surprenant quand on connaît bien la carrière de ce dernier. Le film n’est donc pas une claque comme a pu l’être la Vie d’Adèle. C’est l’œuvre d’un cinéaste sûr de son génie et qui sait l’utiliser à la perfection. Certes, il ne sort pas de sa zone de confort, mais en a-t-il vraiment besoin quand on maîtrise à ce point l’art de la réalisation.
Mektoub, my Love : Canto Uno, comme tous ses films nous fait rentrer comme aucun autre dans l’intimité des sentiments des personnages. La caméra cadre leurs visages en plans serrés quasiment tout du long. Elle saisit avec une maestria rare les émotions qui les saisissent, même quand ils cherchent à les cacher. Cette proximité entre les protagonistes et les spectateurs donne l’impression à ces derniers de se situer au cœur de chaque scène. De ne pas assister à une représentation, mais de vraiment vivre les événements de l’intérieur.
Mektoub, my Love : Canto Uno est un film au sujet presque anodin, mais qui touchera chacun de nous. Un film sur l’amour, les souffrances, les déceptions, les humiliations familières qu’il fait vivre à chacun de nous. Quiconque a déjà senti son cœur se serrer douloureusement à un moment où il ne faut rien laisser paraître retrouvera toute la force de ces instants à l’écran. Le film est composé de longues scènes d’une banalité ordinaire, mais il nous fait partager les sentiments de son personnage principal avec une telle acuité, qu’elles ressemblent toutes à une épreuve que l’on vit avec la même intensité que lui.
Mektoub, my Love : Canton Uno est aussi un film d’une prodigieuse sensualité. Placé au cœur des événements, le spectateur à l’impression de sentir lui-même le frôlement des peaux que ce soit dans des moments tout ce qu’il y a des plus ordinaires, mais aussi dans des moments de totale intimité entre deux êtres qui s’aiment. Au-delà de la vue et de l’ouie, la caméra de Kechiche arrive à stimuler notre sens du toucher et l’on est pas loin de sentir chaque odeur ou chaque goût sur notre langue. Sensualité dans tous les sens du terme pour un film magnifique dont on savoure chaque seconde avec une profonde délectation.
LA NOTE : 16/20
Fiche technique : Production : Quat sous Films, Bianca film, France 2 Cinéma, Good films, Pathé Distribution : Pathé Réalisation : Abdellatif Kechiche Scénario : Abdellatif Kechiche, Ghalia Lacroix, d’après le roman de François Bégaudeau (La blessure, la vraie) Montage : Nathanaëlle Gerbeaux, Maria Giménez Cavallo Photo : Marco Graziaplena Décors : Ann Chakraverty Durée : 180 min
Casting : Shaïn Boumedine : Amin Ophélie Bau : Ophélie Salim Kechiouche : Tony Lou Luttiau : Céline Alexia Chardard : Charlotte Hafsia Herzi : Camélia Kamel Saadi : Kamel
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