Quand un scénariste tient une bonne idée, il essaye d’en tirer une histoire. Cela nécessite souvent d’étoffer l’idée initiale avec beaucoup d’à-côté pour nous faire entre autres découvrir les personnages, leur univers et leurs relations. Cependant, tout cela ne doit pas non plus faire perdre de vue le cœur du film qui doit prendre une place conséquente. C’est ce que semble avoir totalement oublié Ulrich Köhler, le réalisateur de In My Room. Il tenait pourtant dans sa main de quoi nous proposer un film étonnant et original. Il nous offre finalement avant tout un grand moment d’ennui.
Il est très tentant pour moi de spoiler et de dévoiler ici la fameuse bonne idée qui se situe au cœur de In My Room. Simplement, comme elle ne se dévoile qu’à vingt minutes de la fin d’un film de deux heures, cela revient un peu à raconter tout le film, ce que je m’interdis lorsque je rédige mes critiques. Le scénario met donc un temps infini pour atteindre son propre cœur. Le problème est que lorsqu’il y parvient, le spectateur a décroché depuis longtemps et il n’y a plus aucune chance de voir reprendre le train avec enthousiasme. Il a trouvé le temps bien trop long avant cela pour donner une seconde chance à cette histoire. Il est simplement rassuré de voir qu’Ulrich Köhler avait bien quelque chose à raconter et qu’il ne l’a pas fait languir pendant près d’une heure et demi pour rien. Rassuré, mais certainement pas satisfait.
De plus, In My Room n’a rien d’artistiquement très transcendant. La réalisation est sobre, mais guère imaginative. Les acteurs n’ont rien à se reprocher, mais sans pour autant bouleverser profondément les spectateur. Bref, on a beau creuser, on ne trouve toujours pas de raison solide pour dire beaucoup de bien de ce film. Espérons simplement qu’un jour, un scénariste sans scrupule osera piquer la bonne idée que recèle ce long métrage pour en faire tout autre chose. Avis aux scénaristes en manque d’inspiration, alors ! Promis, je ne les dénoncerai pas !
LA NOTE : 07/20
Fiche technique :
Réalisation : Ulrich Köhler
Scénario : Ulrich Köhler
Photographie : Patrick Orth
Montage : Laura Lauzemis
Direction artistique : Susan Gohsmann, Silke Fischer
Décors : Jochen Dehn, Silke Fischer
Costumes : Birgitt Kilian
Son : Andreas Hildebrandt
Casting :
Hans Löw : Armin
Elena Radonicich : Kirsi
Michael Wittenborn : Le père
Ruth Bickelhaupt : La grand-mère
Emma Bading : Rosa
Katharina Linder : Lilo
Felix Knopp : Le monteur
Kathrin Resetarits : Tanja
Quand on veut prendre des risques, faire face à l’incertain, se trouver devant une situation de tout ou rien, jouer le tout pour le tout, on a deux possibilités. Soit jouer la roulette russe, ce qui peut quand même aller loin en termes de décès. Ou bien aller voir un film de M. Nigth Shyamalan. En effet, rarement un réalisateur aura alterné à ce point le pire et le meilleur, nous offrant quelques vrais navets et quelques petits chefs d’œuvre. Glass vient conclure une trilogie commencée il y a fort longtemps avec Incassable, qui faisait clairement plutôt partie de la première catégorie, et poursuivie ensuite par Split, qui lui se classait incontestablement dans la seconde. Où allait-il donc se situer ? La réponse est clairement entre les deux.
Il reste cependant le plaisir réel de voir évoluer trois grands acteurs. Bruce Willis, Samuel L. Jackson et James McAvoy reprennent leur rôle avec beaucoup d’implication. Il semble exister un parfait équilibre entre les trois, ce qui équilibre du même coup toute l’histoire qui repose entièrement sur le triangle qu’ils forment. C’est ce que l’on retiendra avant tout de Glass devant lequel on ne s’ennuie pas, mais devant lequel on ne s’enthousiasme pas non plus. M. Night Shyamalan nous livre donc un film pas tout à fait abouti. Peut-être aurait-il du attendre un peu plus longtemps avant de conclure cette trilogie qui aurait peut-être gagné à ne pas en devenir une.
Adapter représente un art presque aussi subtil que l’écriture d’une histoire originale. Un art bien trop déconsidéré, ce qui fait que l’on assiste régulièrement à de très mauvaises adaptions. Mauvaises adaptations de romans. Mais surtout mauvaises adaptations de pièce de théâtre. En effet, il est tentant de considérer que les deux arts sont tellement proches qu’il suffit de poser sa caméra devant une scène pour faire un film. Or, il n’en est rien. Les deux arts sont profondément différents et du théâtre filmé ne fera jamais un grand film. Edmond connaît un triomphe ininterrompu depuis trois ans au théâtre. Le voir débarquer sur grand écran ne constitue pas vraiment une surprise. Mais voir l’auteur même de la pièce diriger de l’autre côté de la caméra pouvait faire craindre un film ne sachant pas se détacher de l’œuvre théâtrale. Il n’en est heureusement rien.
Reste dans Edmond la présence permanente du texte de Cyrano de Bergerac. Alexis Michalik nous offre tout de même et avant tout un formidable cri d’amour pour ce qui reste pour moi le plus beau texte jamais écrit par une main humaine. La fusion entre les deux histoires fonctionne avec autant de bonheur au cinéma qu’au théâtre. Le film se nourrit de l’émotion incomparable véhiculée par le texte original et ce dernier lui donne quelque chose d’unique. Sa réussite doit beaucoup à Olivier Gourmet que l’on a du coup vraiment envie de voir revêtir le costume de Cyrano pour de vrai, tant son interprétation de l’ultime scène de la pièce d’Edmond Rostand est magnifique. Un passage qui nous rappelle que si on oubliera sûrement un jour ce film sympathique, on n’oubliera jamais le texte sublime qui lui a donné naissance.
Traditionnellement, le mal est associé à la laideur et à l’inverse le bien à la beauté. Il est évident que ceci ne correspond en rien à la réalité, car on sait bien que les plus beaux yeux peuvent cacher les pires horreurs. L’Ange nous le démontre une nouvelle fois. Ce film argentin nous raconte en effet la plongée dans la violence d’un jeune homme au visage angélique (d’où le titre du film). Une histoire somme toute classique, mais dont les qualités témoignent une nouvelle fois de la vitalité du cinéma argentin. Une histoire qui nous renvoie aussi vers la relation très ambiguë que le spectateur peut nouer avec la violence.
Le visage de Lorenzo Ferro joue un rôle central dans l’Ange. Mais évidemment, la performance de ce jeune acteur ne peut se résumer simplement à ses traits. C’est aussi parce qu’il incarne son personnage avec une vraie subtilité que le film fonctionne si bien. En effet, il rend vraiment crédible le glissement progressif de son personnage, même quand celui-ci finit par atteindre une sorte de démesure. Se dégage de la réalisation de Luis Ortega un vrai sens de l’esthétisme qui contribue aussi à l’ambiguïté profonde de ce film. On pourra simplement regretter que le propos n’ait pas vraiment cherché à enrichir l’idée de départ. Celle-ci est pleinement et brillamment exploitée, mais ne permet pas au film de prendre une dimension supplémentaire.
Parfois, on a l’impression que le scénario d’un film ne repose sur pas grand chose. Par exemple, on peut facilement penser que Border est juste un film sur une fille très moche qui finit par trouver l’amour auprès d’un mec aussi moche qu’elle. Si cette phrase correspond au contenu de l’intrigue, elle ne dévoile qu’une toute petite partie de celle-ci. Et le reste est tellement inattendu que cela donne finalement un film convaincant à partir de cette idée de pas grand chose. Un long métrage qui ravira les amateurs de films carrément décalés, qui n’ont pas besoin d’un gros budget pour surprendre le spectateur.
Si vous voulez savoir vraiment à quoi ressemble Eva Melander et Eero Milonoff, inutile d’aller voir Border. Ils sont absolument méconnaissables. Par contre, ils donnent une idée très précise de leur talent en gardant une justesse et une retenue remarquables. Ils se gardent de tout surjeu et participe ainsi à l’ambiance étrange de ce film où réalité et fantastique ne semble pas avoir de frontière claire. La réalisation de Ali Abbasi joue évidemment son rôle. Il arrive à impulser un peu de poésie dans certaines scènes qui auraient pu facilement faire rire sans cela. Il confirme tout le bien que l’on pensait de lui après l’excellent Laisse-Moi Entrer. Après libres à chacun de croire ou pas dans cette histoire un rien improbable, mais si c’est le cas, on ne peut pas être déçu qu’on nous l’ait racontée.
Ceux qui ont l’habitude de lire mes critiques de manière attentive (il paraît qu’ils existent) ont du remarquer à quel point le misérabilisme est un défaut pour lequel je n’ai guère de mansuétude. Ou, pour le dire beaucoup plus positivement, j’apprécie particulièrement les films qui savent échapper à ce travers. On peut facilement y voir là mon côté socialiste un peu bobo et je pense que l’on n’a pas complément tort en faisant ça. C’est donc en toute logique que j’ai pleinement apprécié Les Invisibles. Un film qui, après Discount, semble spécialiser Louis-Julien Petit dans les films sociaux. Sauf qu’il évite ici les pièges qu’il n’avait pas forcément su esquiver auparavant.
Mettre en scène des actrices non professionnelles pour ce genre de film pouvait s’apparenter à une ficelle classique et un peu facile. Mais franchement, elles sont toutes tellement convaincantes et transmettent tellement de choses au spectateur que l’on peut que saluer ce choix de Louis-Julien Petit. Il y a sûrement là un vrai travail de direction, mais aussi une spontanéité que la technique dramatique fait perdre un peu parfois. Cela apporte donc un vrai plus, pas simplement une sorte de caution morale. C’est vraiment grâce à elle que Les Invisibles nous fait passer un si bon moment, dont on ressort plein d’énergie pour soi et une petite envie de se battre pour changer le monde.
L’effet de surprise est une outil puissant pour emporter l’adhésion du spectateur. Le plus souvent, il est volontaire et découle des ficelles du scénario. Parfois, il provient du fait que l’on s’attendait à quelque chose de précis et que l’on assiste à tout autre chose. Du coup, cela donne un supplément d’enthousiasme qui n’a rien à voir avec le talent du réalisateur et qui est propre à chaque spectateur. Du coup, je ne sais pas si ma critique de L’Heure de la Sortie sera tout à fait objective. Mais cela ne m’empêchera pas de dire du bien de ce film qui reste en toute objectivité surprenant et original.
L’Heure de la Sortie bénéficie de la présence à l’écran de Laurent Laffite, ce qui constitue presque une qualité en soi. Il interprète son personnage, et surtout l’évolution de son état d’esprit, avec assez de justesse et de conviction pour le rendre réellement convaincant. Et par la même le film tout entier. Mais le plus marquant dans ce film en termes d’interprétation reste le casting adolescent. Certains sont vraiment flippants, en particulier la jeune Luàna Bajrami. Espérons pour eux qu’il s’agisse vraiment de rôles de composition. En tout cas, tout cela concourt à la réussite de ce film, original mais un rien frustrant.
Un Beau Voyou nous offre un joli duo d’acteurs. Mais honneur aux dames en soulignant aussi qu’il met en lumière une actrice, dont la carrière se contentait jusqu’alors plutôt de troisièmes rôles, mais qui méritait visiblement mieux. En effet, Jennifer Decker apporte un vrai supplément d’âme à ce film. Charles Berling et Swann Arlaud interprètent avec brio leur rôle respectif, mais ce dernier ne leur permet pas d’exprimer tout leur potentiel de grands acteurs. Mais pour un premier film, Lucas Bernard ne s’en sort pas trop mal et fait preuve d’une maîtrise prometteuse. Espérons que son deuxième film sera celui où il osera s’appuyer sur cette maîtrise pour se lâcher quelque peu. En attendant, on peut déjà apprécier celui-ci.
Au village aussi l’on a de beaux assassinats, chantait Brassens. Il est vrai que le meurtre reste un passe-temps universel en tout temps et en tout lieu. La recherche d’un coupable qui en découle constitue donc également une activité largement pratiquée de par le monde. La plupart des histoires d’enquêtes peuvent donc être facilement transposable d’une époque ou d’un pays à l’autre. Ainsi pourquoi pas faire revivre l’esprit d’Agatha Christie en Turquie de nos jours ? C’est le pari tenté (et plutôt réussi) par Hinter Saleem avec Qui a Tué Lady Winsley ?, comédie policière fort sympathique.
Hinter Saleem est un réalisateur amoureux de ses personnages et de ses comédiennes et comédiens. Il aime dresser des portraits tendres et souvent un rien moqueurs. Et cet amour qu’il leur témoigne se transmet au spectateur. On aime Qui a Tué Lady Winsley ? pour la galerie particulièrement fournie et abondante de protagonistes. On l’aime aussi pour le talent de ceux qui leur donne vie, au premier rang desquels Mehmet Kurtulus, parfait dans son rôle d’inspecteur taiseux qui bouscule avec détermination une petite société pleine de secrets. On retiendra aussi la présence enivrante de Ezgi Mola, au charme envoûtant. Le film l’est peut-être pas tout à fait, mais assez divertissant pour valoir le détour.
La carrière de Robert Zemeckis ressemble un peu à un bon steack-frites. En gros, rien de très original, rien de très complexe ou extraordinairement créatif, mais quelque chose de toujours bon, sur lequel on peut compter et qui déçoit rarement. Bref, une valeur sûre que l’on peut goûter sans grande crainte. Avec Bienvenue à Marwen, il signe là peut-être son film le plus audacieux, comme la nouvelle sauce surprenante que l’on cuisinerait pour accompagné son plat habituel. Un film plus sensible que spectaculaire, mais avec de vrais éléments inattendus Et qui offre à Steve Carell un de ses plus beaux rôles.
Bienvenue à Marwen bénéficie d’un travail visuel étonnant et maîtrisé. Là aussi, la bande-annonce faisait un peu peur et là aussi Robert Zemeckis a su trouver le bon dosage. Les effets visuels servent le propos et ne cherchent pas à se montrer spectaculaires pour rien. La mécanique d’allers et retours entre réalité et imaginaire s’avère parfaitement huilée et c’est tout le film qui glisse ainsi tout seul. Steve Carell est parfaitement dirigé. On savait déjà que, bien dirigé, il pouvait être un acteur capable de tout avec un immense talent. Une autre valeur sûr donc. Cela donne à ce film beaucoup de valeurs.
Commentaires récents