IN MY ROOM : Trop tard

inmyroomafficheQuand un scénariste tient une bonne idée, il essaye d’en tirer une histoire. Cela nécessite souvent d’étoffer l’idée initiale avec beaucoup d’à-côté pour nous faire entre autres découvrir les personnages, leur univers et leurs relations. Cependant, tout cela ne doit pas non plus faire perdre de vue le cœur du film qui doit prendre une place conséquente. C’est ce que semble avoir totalement oublié Ulrich Köhler, le réalisateur de In My Room. Il tenait pourtant dans sa main de quoi nous proposer un film étonnant et original. Il nous offre finalement avant tout un grand moment d’ennui.

Il est très tentant pour moi de spoiler et de dévoiler ici la fameuse bonne idée qui se situe au cœur de In My Room. Simplement, comme elle ne se dévoile qu’à vingt minutes de la fin d’un film de deux heures, cela revient un peu à raconter tout le film, ce que je m’interdis lorsque je rédige mes critiques. Le scénario met donc un temps infini pour atteindre son propre cœur. Le problème est que lorsqu’il y parvient, le spectateur a décroché depuis longtemps et il n’y a plus aucune chance de voir reprendre le train avec enthousiasme. Il a trouvé le temps bien trop long avant cela pour donner une seconde chance à cette histoire. Il est simplement rassuré de voir qu’Ulrich Köhler avait bien quelque chose à raconter et qu’il ne l’a pas fait languir pendant près d’une heure et demi pour rien. Rassuré, mais certainement pas satisfait.

inmyroomDe plus, In My Room n’a rien d’artistiquement très transcendant. La réalisation est sobre, mais guère imaginative. Les acteurs n’ont rien à se reprocher, mais sans pour autant bouleverser profondément les spectateur. Bref, on a beau creuser, on ne trouve toujours pas de raison solide pour dire beaucoup de bien de ce film. Espérons simplement qu’un jour, un scénariste sans scrupule osera piquer la bonne idée que recèle ce long métrage pour en faire tout autre chose. Avis aux scénaristes en manque d’inspiration, alors ! Promis, je ne les dénoncerai pas !

LA NOTE : 07/20

Fiche technique :
Réalisation : Ulrich Köhler
Scénario : Ulrich Köhler
Photographie : Patrick Orth
Montage : Laura Lauzemis
Direction artistique : Susan Gohsmann, Silke Fischer
Décors : Jochen Dehn, Silke Fischer
Costumes : Birgitt Kilian
Son : Andreas Hildebrandt

Casting :
Hans Löw : Armin
Elena Radonicich : Kirsi
Michael Wittenborn : Le père
Ruth Bickelhaupt : La grand-mère
Emma Bading : Rosa
Katharina Linder : Lilo
Felix Knopp : Le monteur
Kathrin Resetarits : Tanja

GLASS : Triangle non amoureux

glassafficheQuand on veut prendre des risques, faire face à l’incertain, se trouver devant une situation de tout ou rien, jouer le tout pour le tout, on a deux possibilités. Soit jouer la roulette russe, ce qui peut quand même aller loin en termes de décès. Ou bien aller voir un film de M. Nigth Shyamalan. En effet, rarement un réalisateur aura alterné à ce point le pire et le meilleur, nous offrant quelques vrais navets et quelques petits chefs d’œuvre. Glass vient conclure une trilogie commencée il y a fort longtemps avec Incassable, qui faisait clairement plutôt partie de la première catégorie, et poursuivie ensuite par Split, qui lui se classait incontestablement dans la seconde. Où allait-il donc se situer ? La réponse est clairement entre les deux.

Glass n’est pas un mauvais film en soi, mais un film relativement décevant tout de même. J’avoue que je dois aussi cette déception à des commentaires des critiques bien plus élogieux que ma propre opinion. Cela renforce forcément le sentiment négatif, mais ceci n’explique pas tout. Le film passe pour moi à côté d’une partie de son ambition. On sent que M. Night Shyamalan veut monter au cours de son histoire, peu à peu, vers quelque chose de grand, mais tout cela se termine sur un final loin d’être inoubliable. Savoir conclure est un art difficile et franchement ce film ne restera pas comme un modèle dans ce domaine. Surtout que tout le reste est quand même émaillé de beaucoup d’éléments à la crédibilité douteuse qui ont fait que je ne suis jamais tout à faire rentré pleinement dans cette histoire.

glassIl reste cependant le plaisir réel de voir évoluer trois grands acteurs. Bruce Willis, Samuel L. Jackson et James McAvoy reprennent leur rôle avec beaucoup d’implication. Il semble exister un parfait équilibre entre les trois, ce qui équilibre du même coup toute l’histoire qui repose entièrement sur le triangle qu’ils forment. C’est ce que l’on retiendra avant tout de Glass devant lequel on ne s’ennuie pas, mais devant lequel on ne s’enthousiasme pas non plus. M. Night Shyamalan nous livre donc un film pas tout à fait abouti. Peut-être aurait-il du attendre un peu plus longtemps avant de conclure cette trilogie qui aurait peut-être gagné à ne pas en devenir une.

LA NOTE : 11/20

Fiche technique :
Production : Blinding Edge Pictures, Blumhouse Productions, Buena Vista Pictures
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Réalisation : M. Night Shyamalan
Scénario : M. Night Shyamalan
Montage : Luke Ciarrocchi
Photo : Mike Gioulakis
Musique : West Dylan Thordson
Directeur artistique : Jesse Rosenthal
Durée : 132 min

Casting :
Bruce Willis : David Dunn
Samuel L. Jackson : Elijah Price
James McAvoy : Kevin Wendell Crumb
Anya Taylor-Joy : Casey Cooke
Sarah Paulson : Dr. Ellie Staple
Spencer Treat Clark : Joseph Dunn
Charlayne Woodard : la mère d’Elijah

EDMOND : Adapater et c’est joué

edmondafficheAdapter représente un art presque aussi subtil que l’écriture d’une histoire originale. Un art bien trop déconsidéré, ce qui fait que l’on assiste régulièrement à de très mauvaises adaptions. Mauvaises adaptations de romans. Mais surtout mauvaises adaptations de pièce de théâtre. En effet, il est tentant de considérer que les deux arts sont tellement proches qu’il suffit de poser sa caméra devant une scène pour faire un film. Or, il n’en est rien. Les deux arts sont profondément différents et du théâtre filmé ne fera jamais un grand film. Edmond connaît un triomphe ininterrompu depuis trois ans au théâtre. Le voir débarquer sur grand écran ne constitue pas vraiment une surprise. Mais voir l’auteur même de la pièce diriger de l’autre côté de la caméra pouvait faire craindre un film ne sachant pas se détacher de l’œuvre théâtrale. Il n’en est heureusement rien.

Le théâtre et le cinéma se distinguent en partie par la gestion de l’énergie. On occupe pas une scène et un écran de la même façon. Le grand mérite d’Edmond version cinéma est d’avoir su modifier profondément l’énergie qui habite cette histoire. Le film est nettement plus posé, faisant de la comédie théâtrale frénétique un long métrage drôle, mais laissant plus de place à la mélancolie ou à la tristesse. Quand les personnages se montrent pathétiques, ce n’est ici pas que pour faire rire, mais aussi pour les rendre plus humains et plus réalistes. En réalisant cette mutation, Alexis Michalik a vraiment su transformer son histoire pour l’adapter à son nouvel écrin. Cependant, en faisant ça, il faut l’admettre, il l’a aussi banalisé, lui faisant perdre une partie de ce qui explique son formidable succès. Il nous livre au final une bonne comédie, pas une grande comédie.

edmondReste dans Edmond la présence permanente du texte de Cyrano de Bergerac. Alexis Michalik nous offre tout de même et avant tout un formidable cri d’amour pour ce qui reste pour moi le plus beau texte jamais écrit par une main humaine. La fusion entre les deux histoires fonctionne avec autant de bonheur au cinéma qu’au théâtre. Le film se nourrit de l’émotion incomparable véhiculée par le texte original et ce dernier lui donne quelque chose d’unique. Sa réussite doit beaucoup à Olivier Gourmet que l’on a du coup vraiment envie de voir revêtir le costume de Cyrano pour de vrai, tant son interprétation de l’ultime scène de la pièce d’Edmond Rostand est magnifique. Un passage qui nous rappelle que si on oubliera sûrement un jour ce film sympathique, on n’oubliera jamais le texte sublime qui lui a donné naissance.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Legende films, UMedia
Distribution : Gaumont
Réalisation : Alexis Michalik
Scénario : Alexis Michalik
Photo : Giovanni Fiore Coletallacci
Décors : Franck Schwartz
Musique : Romain Trouillet
Durée : 110 min

Casting :
Thomas Solivérès : Edmond Rostand
Olivier Gourmet : Constant Coquelin
Mathilde Seigner : Maria Legault
Tom Leeb : Léo
Lucie Boujenah : Jeanne d’Alcie
Alice de Lencquesaing : Rosemonde Gérard
Clémentine Célarié : Sarah Bernhardt
Igor Gotesman : Jean Coquelin
Dominique Pinon : Léon

L’ANGE : La gueule de l’emploi

langeafficheTraditionnellement, le mal est associé à la laideur et à l’inverse le bien à la beauté. Il est évident que ceci ne correspond en rien à la réalité, car on sait bien que les plus beaux yeux peuvent cacher les pires horreurs. L’Ange nous le démontre une nouvelle fois. Ce film argentin nous raconte en effet la plongée dans la violence d’un jeune homme au visage angélique (d’où le titre du film). Une histoire somme toute classique, mais dont les qualités témoignent une nouvelle fois de la vitalité du cinéma argentin. Une histoire qui nous renvoie aussi vers la relation très ambiguë que le spectateur peut nouer avec la violence.

L’Ange se situe dans une longue lignée de films qui nous racontent comment un jeune garçon devient un criminel endurci et froid. Un parcours qui s’apparente souvent à une longue montée avec une chute terrible. Montée ou descente vertigineuse dans l’immoralité, question de point de vue. Le spectateur est à la fois horrifié et fasciné. Il est particulièrement ardu de décider ce que l’on ressent pour son personnage principal. Sympathie et attrait ou bien au contraire dégoût et détestation. Un peu de tout ça, simultanément ou bien alternativement. C’est bien cette difficulté à définir ce que l’on ressent qui fait tout l’intérêt du film. Et on peut voir dans ce personnage un symbole de bien des formes de violence face auxquelles on ressent les mêmes sentiments partagés.

langeLe visage de Lorenzo Ferro joue un rôle central dans l’Ange. Mais évidemment, la performance de ce jeune acteur ne peut se résumer simplement à ses traits. C’est aussi parce qu’il incarne son personnage avec une vraie subtilité que le film fonctionne si bien. En effet, il rend vraiment crédible le glissement progressif de son personnage, même quand celui-ci finit par atteindre une sorte de démesure. Se dégage de la réalisation de Luis Ortega un vrai sens de l’esthétisme qui contribue aussi à l’ambiguïté profonde de ce film. On pourra simplement regretter que le propos n’ait pas vraiment cherché à enrichir l’idée de départ. Celle-ci est pleinement et brillamment exploitée, mais ne permet pas au film de prendre une dimension supplémentaire.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : El Deseo, Kramer & Sigman films, Underground Contenidos, Telefe
Réalisation : Luis Ortega
Scénario : Luis Ortega, Rodolfo Palacios, Sergio Olguin
Montage : Guille Gatti
Photo : Julian Apezteguia
Décors : Julia Freid
Distribution : UGC Distribution
Durée : 118 min

Casting :
Lorenzo Ferro : Carlos Robledo Puch, dit Carlitos
Chino Darin : Ramon
Daniel Fanego : José
Mercedes Moran : Ana Maria
Malena Villa : Marisol, Magdalena
Cecilia Roth : Aurora
Luis Gnecco : Hector
Peter Lanzani : Miguel

BORDER : Aux frontières du réel

borderafficheParfois, on a l’impression que le scénario d’un film ne repose sur pas grand chose. Par exemple, on peut facilement penser que Border est juste un film sur une fille très moche qui finit par trouver l’amour auprès d’un mec aussi moche qu’elle. Si cette phrase correspond au contenu de l’intrigue, elle ne dévoile qu’une toute petite partie de celle-ci. Et le reste est tellement inattendu que cela donne finalement un film convaincant à partir de cette idée de pas grand chose. Un long métrage qui ravira les amateurs de films carrément décalés, qui n’ont pas besoin d’un gros budget pour surprendre le spectateur.

Border est le genre de film où le spectateur passe son temps à se dire « mais qu’est ce que c’est que ce truc ? ». On peut certes mal le prendre si on n’accroche pas du tout et passer un moment carrément pénible. Mais ici, on a plus de chance au contraire de voir sa curiosité attisée et d’avoir envie où ces Suédois un peu barrés vont nous mener. Je n’en dirai rien évidemment, mais dites-vous simplement, ce que ce n’est certainement pas là où vous l’imaginiez au départ. Le tout est porté par une narration très intelligente qui dévoile chaque élément de l’intrigue l’un après l’autre, sans jamais ne rien laisser transparaître à l’avance. Beaucoup d’intelligence donc, qui compense mille fois le manque de moyen.

borderSi vous voulez savoir vraiment à quoi ressemble Eva Melander et Eero Milonoff, inutile d’aller voir Border. Ils sont absolument méconnaissables. Par contre, ils donnent une idée très précise de leur talent en gardant une justesse et une retenue remarquables. Ils se gardent de tout surjeu et participe ainsi à l’ambiance étrange de ce film où réalité et fantastique ne semble pas avoir de frontière claire. La réalisation de Ali Abbasi joue évidemment son rôle. Il arrive à impulser un peu de poésie dans certaines scènes qui auraient pu facilement faire rire sans cela. Il confirme tout le bien que l’on pensait de lui après l’excellent Laisse-Moi Entrer. Après libres à chacun de croire ou pas dans cette histoire un rien improbable, mais si c’est le cas, on ne peut pas être déçu qu’on nous l’ait racontée.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Meta Spark & Kärnfilm, Black Spark Film, Film i Väst, SVT
Réalisation : Ali Abbasi
Scénario : Ali Abbasi, Isabella Eklöf, d’après le roman de John Ajvide Lindqvist
Montage : Olivia Neergaard-Holm, Anders Skov
Photo : Nadim Carlsen
Décors : Frida Hoas
Distribution : Metropolitan FilmExport
Durée : 108 mn

Casting :
Eva Melander : Tina
Eero Milonoff : Vore
Viktor Akerblom : Ulf
Jorgen Thorsson : Roland

LES INVISIBLES : Rien que pour leurs yeux

lesinvisiblesafficheCeux qui ont l’habitude de lire mes critiques de manière attentive (il paraît qu’ils existent) ont du remarquer à quel point le misérabilisme est un défaut pour lequel je n’ai guère de mansuétude. Ou, pour le dire beaucoup plus positivement, j’apprécie particulièrement les films qui savent échapper à ce travers. On peut facilement y voir là mon côté socialiste un peu bobo et je pense que l’on n’a pas complément tort en faisant ça. C’est donc en toute logique que j’ai pleinement apprécié Les Invisibles. Un film qui, après Discount, semble spécialiser Louis-Julien Petit dans les films sociaux. Sauf qu’il évite ici les pièges qu’il n’avait pas forcément su esquiver auparavant.

La bande-annonce de Les Invisibles donnait déjà particulièrement envie d’aller voir ce film. En effet, elle donnait l’image d’un feel good movie où les personnages, des femmes SDF, sont valorisées, plutôt que l’on passe son temps à s’apitoyer sur leur sort. Et bien cette image est parfaitement représentative du propos de ce film. Bien sûr, il sait nous ramener de temps à autre à la dure réalité des choses, mais il a aussi parfois un petit côté bisounours assumé, mais assez maîtrisé pour être tout simplement rafraîchissant. On sourit beaucoup, on rit même parfois. Et on s’attache profondément à ces personnages un peu (beaucoup) cassés, mais qui savent aussi réparer (clin d’œil au protagoniste le plus marquant de cette histoire).

lesinvisiblesMettre en scène des actrices non professionnelles pour ce genre de film pouvait s’apparenter à une ficelle classique et un peu facile. Mais franchement, elles sont toutes tellement convaincantes et transmettent tellement de choses au spectateur que l’on peut que saluer ce choix de Louis-Julien Petit. Il y a sûrement là un vrai travail de direction, mais aussi une spontanéité que la technique dramatique fait perdre un peu parfois. Cela apporte donc un vrai plus, pas simplement une sorte de caution morale. C’est vraiment grâce à elle que Les Invisibles nous fait passer un si bon moment, dont on ressort plein d’énergie pour soi et une petite envie de se battre pour changer le monde.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Elemiah, France 3 cinéma, Canal +, Ciné +
Distribution : Apollo Films
Réalisation : Louis-Julien Petit
Scénario : Louis-Julien Petit, Marion Doussot, Claire Lajeunie
Montage : Antoine Vareille, Nathan Delannoy
Photo : David Chambille
Décors : Arnaud Bouniort
Musique : Laurent Perez Del Mar
Durée : 102 min

Casting :
Audrey Lamy : Audrey
Corinne Masiero : Manu
Noémi Lvovsky : Hélène
Déborah Lukumuena : Angélique
Sarah Suco : Julie
Brigitte Sy : Béatrice
Pablo Pauly : Dimitri
Quentin Faure : Laurent

L’HEURE DE LA SORTIE : Direction inattendue

lheuredelasortieafficheL’effet de surprise est une outil puissant pour emporter l’adhésion du spectateur. Le plus souvent, il est volontaire et découle des ficelles du scénario. Parfois, il provient du fait que l’on s’attendait à quelque chose de précis et que l’on assiste à tout autre chose. Du coup, cela donne un supplément d’enthousiasme qui n’a rien à voir avec le talent du réalisateur et qui est propre à chaque spectateur. Du coup, je ne sais pas si ma critique de L’Heure de la Sortie sera tout à fait objective. Mais cela ne m’empêchera pas de dire du bien de ce film qui reste en toute objectivité surprenant et original.

L’Heure de la Sortie n’a donc rien du film social sur l’éducation que j’imaginais. C’est au final plutôt un polar tirant sur la science-fiction ou le fantastique. En fait, le film est difficile à classer et c’est ce qui fait son charme. L’histoire nous emmène dans des directions inattendues, même si les rebondissements se voient parfois arrivés d’un peu loin. L’idée de base est au final plutôt bien exploitée, même si elle aurai pu l’être mieux. En tout cas, l’ambiance dans lequel nous plonge le film est assez prenante pour que l’on suive l’intrigue avec un intérêt constant, même si là encore Sébastien Marnier aurait pu faire preuve de plus d’audace pour vraiment secouer le spectateur.

lheuredelasortieL’Heure de la Sortie bénéficie de la présence à l’écran de Laurent Laffite, ce qui constitue presque une qualité en soi. Il interprète son personnage, et surtout l’évolution de son état d’esprit, avec assez de justesse et de conviction pour le rendre réellement convaincant. Et par la même le film tout entier. Mais le plus marquant dans ce film en termes d’interprétation reste le casting adolescent. Certains sont vraiment flippants, en particulier la jeune Luàna Bajrami. Espérons pour eux qu’il s’agisse vraiment de rôles de composition. En tout cas, tout cela concourt à la réussite de ce film, original mais un rien frustrant.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Production : Avenue B Productions, OCS, Canal +
Distribution : Haut et Court
Réalisation : Sébastien Marnier
Scénario : Sébastien Marnier, Elise Griffon, roman de Christophe Dufossé
Montage : Isabelle Manquillet
Photo : Romain Carcanade
Décors : Guillaume Deviercy
Musique : Zombie Zombie
Effets spéciaux : Digital District
Durée : 103 min

Casting :
Laurent Lafitte : Pierre
Emmanuelle Bercot : Catherine
Pascal Greggory : Poncin
Grégory Montel : Michel
Luàna Bajrami : Apolline
Thomas Scimeca : Victor
Gringe : Steve
Cyrille Hertel : Eric
Adèle Castillon : Clara

UN BEAU VOYOU : Gendarme et voleur

unbeauvoyouafficheDepuis Robin des Bois et Arsène Lupin, on peut tout à fait être un voleur et apparaître comme le héros d’une histoire, gagnant la sympathie et l’attachement de ceux à qui on la raconte. En matière de fiction, le vol est souvent vu comme un pêché véniel. A partir de ça, on peut entamer une longue dissertation sur le fondement moral de cette idée. Ou bien se contenter d’aller voir Un Beau Voyou, une comédie policière qui rejoue une nouvelle fois l’éternel « combat » du gendarme et du voleur. Un film plutôt léger et sympathique qui ne vous volera pas votre temps.

Un Beau Voyou est avant tout un film portrait. Ici, vous l’aurez compris, il est double puisque le propos nous fait découvrir aussi bien le gendarme que le voleur. Tout l’intérêt du scénario repose sur la relation qui va malgré tout se nouer entre les deux au fur et à mesure des péripéties. Intérêt et originalité, aurais-je aimé dire, mais la plus grande limite de ce film reste de ne pas avoir osé sortir réellement des sentiers battus. L’angle par lequel l’histoire nous est raconté est quelque peu inattendu, mais le contenu l’est au final un peu moins. Un peu plus d’audace aurait pu donner une vraie dimension supplémentaire à ce long métrage qui se contente d’être un aimable divertissement. Ce n’est déjà pas si mal me direz-vous !

unbeauvoyouUn Beau Voyou nous offre un joli duo d’acteurs. Mais honneur aux dames en soulignant aussi qu’il met en lumière une actrice, dont la carrière se contentait jusqu’alors plutôt de troisièmes rôles, mais qui méritait visiblement mieux. En effet, Jennifer Decker apporte un vrai supplément d’âme à ce film. Charles Berling et Swann Arlaud interprètent avec brio leur rôle respectif, mais ce dernier ne leur permet pas d’exprimer tout leur potentiel de grands acteurs. Mais pour un premier film, Lucas Bernard ne s’en sort pas trop mal et fait preuve d’une maîtrise prometteuse. Espérons que son deuxième film sera celui où il osera s’appuyer sur cette maîtrise pour se lâcher quelque peu. En attendant, on peut déjà apprécier celui-ci.

LA NOTE : 11,5/20

Fiche technique :
Réalisation : Lucas Bernard
Scénario : Lucas Bernard
Photographie : Alexandre Leglise
Montage : Valentin Durning
Musique : Christophe Danvin
Décors : Émilie Ferrenq et Jean-Baptiste Viatte
Costumes : Julie Miel
Producteur : Florian Môle
Durée : 90 minutes

Casting :
Charles Berling : le commissaire Beffrois
Swann Arlaud : Bertrand
Jennifer Decker : Justine
Jean-Quentin Châtelain : Charles
Erick Deshors : Berlaud
Anne Loiret : Mme Maupas
Pierre Aussedat : Étienne
Marina Moncade : Nicole
Christian Benedetti : Georges
Alassane Diong : le petit cambrioleur

QUI A TUE LADY WINSLEY ? : Agatha from Turquie

quiatueladywinsleyafficheAu village aussi l’on a de beaux assassinats, chantait Brassens. Il est vrai que le meurtre reste un passe-temps universel en tout temps et en tout lieu. La recherche d’un coupable qui en découle constitue donc également une activité largement pratiquée de par le monde. La plupart des histoires d’enquêtes peuvent donc être facilement transposable d’une époque ou d’un pays à l’autre. Ainsi pourquoi pas faire revivre l’esprit d’Agatha Christie en Turquie de nos jours ? C’est le pari tenté (et plutôt réussi) par Hinter Saleem avec Qui a Tué Lady Winsley ?, comédie policière fort sympathique.

Hinter Saleem s’était fait remarqué sur nos écrans avec l’excellent My Sweet Pepperland. On retrouve dans Qui a Tué Lady Winsley ? sa capacité à aborder un sujet grave, à savoir la condition des Kurdes au Proche Orient, dans des films particulièrement légers. Mais cette légèreté n’enlève rien à la force et à la pertinence du propos, bien au contraire. Et à l’inverse, le plaisir que l’on prend à suivre cette enquête policière finalement très classique n’est en rien alourdit par le fond social et géopolitique pourtant réel. Les esprits chagrins auront trouvé peut-être qu’aucun des deux aspects n’arrive du coup à atteindre des sommets. Personnellement, je trouve cet équilibre audacieux, original et vraiment plaisant.

quiatueladywinsleyHinter Saleem est un réalisateur amoureux de ses personnages et de ses comédiennes et comédiens. Il aime dresser des portraits tendres et souvent un rien moqueurs. Et cet amour qu’il leur témoigne se transmet au spectateur. On aime Qui a Tué Lady Winsley ? pour la galerie particulièrement fournie et abondante de protagonistes. On l’aime aussi pour le talent de ceux qui leur donne vie, au premier rang desquels Mehmet Kurtulus, parfait dans son rôle d’inspecteur taiseux qui bouscule avec détermination une petite société pleine de secrets. On retiendra aussi la présence enivrante de Ezgi Mola, au charme envoûtant. Le film l’est peut-être pas tout à fait, mais assez divertissant pour valoir le détour.

LA NOTE : 12/20

Fiche technique :
Réalisation : Hiner Saleem
Scénario : Hiner Saleem, Véronique Wüthrich et Thomas Bidegain
Photographie : Andreas Sinanos
Montage : Sophie Reine
Musique : Steve Bouyer et Pascal Mayer
Costumes : Gönül Tiftik
Producteur : Marc Bordure et Robert Guédiguian
Coproducteur : Sadık Ekinci, Emre Oskay, Adnan M. Sapcı et Alican Yazicioglu
Durée : 90 minutes

Casting :
Mehmet Kurtulus : Fergün
Ezgi Mola : Azra
Ahmet Uz : Kasim
Mesut Akusta : Ismail
Ergun Kuyucu : Capitaine Celik
Senay Gürler : Lady Winsley
Turgay Avdın : Burak Ozluk
Korkmaz Aslan : Sercan Birol

BIENVENUE A MARWEN : Valeurs sûres

bienvenueamarwenafficheLa carrière de Robert Zemeckis ressemble un peu à un bon steack-frites. En gros, rien de très original, rien de très complexe ou extraordinairement créatif, mais quelque chose de toujours bon, sur lequel on peut compter et qui déçoit rarement. Bref, une valeur sûre que l’on peut goûter sans grande crainte. Avec Bienvenue à Marwen, il signe là peut-être son film le plus audacieux, comme la nouvelle sauce surprenante que l’on cuisinerait pour accompagné son plat habituel. Un film plus sensible que spectaculaire, mais avec de vrais éléments inattendus Et qui offre à Steve Carell un de ses plus beaux rôles.

La bande-annonce de Bienvenue à Marwen ne me donnait franchement pas envie d’aller voir ce film. On pouvait facilement craindre que cela soit bien trop gnangnan pour être regardable. Dresser le portrait d’un homme « handicapé » constitue en effet un des exercices les plus délicats qui soit. Entre misérabilisme et déni de réalité, l’espace est étroit. Mais Robert Zemeckis a su y glisser son propos comme une main dans un gant. Cela donne un scénario aussi touchant que convaincant, s’achevant sur une fin pleinement réussie (ce qui était loin d’être gagné, avouons-le). On se laisse porter par cette jolie histoire, jamais cousue de fil blanc et bien plus subtile et profonde qu’attendu.

bienvenueamarwenBienvenue à Marwen bénéficie d’un travail visuel étonnant et maîtrisé. Là aussi, la bande-annonce faisait un peu peur et là aussi Robert Zemeckis a su trouver le bon dosage. Les effets visuels servent le propos et ne cherchent pas à se montrer spectaculaires pour rien. La mécanique d’allers et retours entre réalité et imaginaire s’avère parfaitement huilée et c’est tout le film qui glisse ainsi tout seul. Steve Carell est parfaitement dirigé. On savait déjà que, bien dirigé, il pouvait être un acteur capable de tout avec un immense talent. Une autre valeur sûr donc. Cela donne à ce film beaucoup de valeurs.

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Universal Pictures, Imagemovers, DreamWorks Pictures
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Robert Zemeckis
Scénario : Caroline Thompson, Robert Zemeckis, inspiré du livre de Jeff Malmberg
Montage : Jeremiah O Driscoll
Photo : C. Kim Miles
Décors : Stefan Dechant
Musique : Alan Silvestri
Directeur artistique : Chris Beach
Durée : 116 min

Casting :
Steve Carell : Mark Hogancamp
Leslie Mann : Nicol
Eiza Gonzalez : Caralala
Diane Kruger : Deja Thoris
Merritt Wever : Roberta
Gwendoline Christie : Anna
Janelle Monae : GI Julie
Neil Jackson : Kurt