
DC commence visiblement à comprendre ce qui fait toute la différence entre son univers et celui des films Marvel. En effet, on trouve enfin trace d’un ingrédient précieux dans Aquaman, à savoir l’humour et l’auto-dérision. Mais on sent bien que les producteurs débutent dans le domaine et en font usage avec encore une grande parcimonie. Pourtant, le film fait rire, mais le plus souvent à ses dépens. Quelques plans pompeux et ridicules valent presque le détour, la vacuité absolue de certains dialogues prêtent à sourire et certains costumes raviront les nostalgiques de Bioman et d’X-Or. On sent que les scénaristes ont tenté de donner un vrai souffle épique à cette histoire, mais le résultat fait plus penser à l’expiration d’un asthmatique en fin de vie.

LA NOTE : 06/20
Fiche technique :
Production : DC Entertainment, Warner Bros., RatPac-Dune Entertainment, Cruel and Unusual Films
Distribution : Warner Bros.
Réalisation : James Wan
Scénario : Will Beall et David Leslie Johnson-McGoldrick, d’après une histoire de James Wan et Geoff Johns
Montage : Kirk M. Morri
Photo : Don Burgess
Décors : Bill Brzeski
Musique : Rupert Gregson-Williams
Durée : 143 min
Casting :
Jason Momoa : Arthur Curry / Aquaman
Amber Heard : Mera
Willem Dafoe : Nuidis Vulko
Yahya Abdul-Mateen II : David Hyde / Black Manta
Patrick Wilson : roi Orm
Dolph Lundgren : Nereus
Temuera Morrison : Thomas Curry
Nicole Kidman : Atlanna
Michael Beach : Jesse Kane
Randall Park : Dr. Stephen Shin
Certaines personnes nous quittent ou simplement la vie nous les fait perdre de vue. Pour certaines on attend ou on espère un retour. Pour d’autres, on n’y pense pas vraiment. On aura plaisir à les recroiser mais sans attente particulière. J’aime profondément Mary Poppins, le film original, mais j’avoue que quand j’ai vu que le Retour de Mary Poppins était annoncé, ça ne m’a guère ému. Sans doute parce que je m’attendais plutôt au pire qu’au meilleur. Mais rassuré par des critiques globalement positives, je m’y suis rendu sans crainte. Et effectivement le spectacle est plaisant. Mais loin d’être inoubliable.
Le manque d’audace se ressent aussi cruellement sur le fond. Le Retour de Mary Poppins se contente d’être un film gentillet, qui ravira petits et grands, et surtout les petits (ou les grands enfants). En soi, ce n’est pas un problème, l’original étant dans cette veine. Ce qui est beaucoup plus frustrant est que le scénario touche du doigt de nombreux thèmes : la nostalgie, le rapport à l’enfance, le deuil… Jamais il ne s’y engouffre vraiment pour donner à ce film une tout autre dimension, peut-être plus « adulte », mais qui aurait surtout pour donner quelque chose de beaucoup plus intéressant. Au-milieu de tout ça, Emily Blunt campe une Mary Poppins beaucoup plus discrète que l’originale. A la fois, n’est pas Julie Andrews qui veut. Un retour qui n’a donc rien d’infamant, mais qui n’appelle pas forcément le retour du retour.
On reconnaîtra volontiers une réelle élégance dans la réalisation de Paul Dano. Mais filmer élégamment rien ne donne pas plus d’épaisseur au contenu. Carey Mulligan et surtout Jake Gyllenhaal semblent un perdu et joue du coup avec le frein à main. Certains diront peut-être avec retenu, mais à la fois l’amour, même finissant, sans passion, il n’y a pas vraiment de quoi en faire une histoire. Wildlife – Une Saison Ardente ne leur offre définitivement pas de quoi exprimer tout leur talent, ce qui rajoute à la frustration du spectateur. Tous les débuts ne sont pas réussis. Mais tout le monde a le droit à une seconde chance.
Depuis quelques années, j’avais bien du mal à être pleinement convaincu par un film ayant reçu la Palme d’Or à Cannes. La voir décernée cette année à un film du réalisateur japonais Kore-eda Hirokazu, qui nous avait déjà offert le magnifique Tel Père, Tel Fils, redonnait bon espoir de pouvoir à nouveau s’enthousiasmer pour un film primé sur la Croisette. Tous les espoirs ne sont pas vains puisque Une Affaire de Famille est bien le petit chef d’œuvre espéré. Un magnifique moment d’humanisme qui jette un regard sans concession sur une société japonaise socialement fragmentée.
Une Affaire de Famille reste un film japonais. S’il n’est en rien contemplatif, vu la richesse de son contenu, la narration reste sur un rythme relativement lent. Mais jamais ne vient pointer le moindre début d’ennui. Grâce à l’élégance de la réalisation de Kore-eda Hirokazu tout d’abord et parce que cette formidable élégance est au service de ses acteurs. Si le Japon ne manque pas de quelque chose, c’est bien de formidables acteurs et actrices. Cette synergie entre réalisation et casting portent cette histoire à un autre niveau. A celui qui lui a valu une des plus belles récompenses du septième art. Et cette fois, elle est pleinement méritée.
A quelques jours de Noël, j’avais une envie d’aller voir un film qui ne me fasse pas trop de nœuds au cerveau, même si je savais qu’il avait peu de chance de m’enthousiasmer. Pour cela, Mortal Engines paraissait parfait. La bande-annonce faisait un minimum envie, mais les critiques annonçaient un film plutôt médiocre. Il faut admettre que ces derniers avaient raison et on peut formuler bien des reproches à son encontre. Cependant, ça serait mentir de dire que je me suis ennuyé ne serait-ce qu’une seule seconde. Dans le but que je recherchais, ce film fut donc parfait. Dans l’absolu, il est vrai, on ne peut pas en dire autant.
En fait, Mortal Engines est peut-être victime de ce qui aurait du faire sa principale qualité. En effet, en ne cherchant pas à faire de ce film le début d’une franchise, ou du moins en donnant une cohérence globale à cette histoire, avec un début et une vraie fin (mais on ne jurera pas qu’il n’y aura pas de deuxième épisode), on ne prend pas le temps d’aller vraiment à la découverte des lieux, des enjeux et, comme je l’ai déjà dit, des personnages. Et on le regrette un peu car le film ne laisse pas le temps au spectateur de s’attacher à quoi que ce soit. Reste quelques scènes spectaculaires et visuellement plutôt réussies. Ce n’est pas grand chose, mais ça détend en attendant l’arrivée du Père Noël.
La guerre d’Indochine constitue sûrement un des moments de notre histoire les plus méconnus. Trop lointain, trop peu glorieux sans doute. Le cinéma français n’a pas fait beaucoup pour combler cette ignorance. En tout cas, rien à voir avec la manière dont les Etats-Unis portent à l’écran les conflits dans lesquels ils sont été engagés. Les Confins du Monde comble un peu de ce manque en nous plongeant dans la guérilla qui a suivi le départ des Japonais de la péninsule indochinoise. Il nous en livre une vision crue qui s’appuie surtout sur ce qui a pu animer ce qui ont vécu ce conflit.
Les Confins du Monde n’est pas à mettre devant tous les yeux. Il montre toute la cruauté de ce conflit, où le sadisme sert à terrifier le camp d’en face. On peut parfois s’interroger sur la nécessité de monter de manière aussi directe autant d’horreurs. Le choix de Guillaume Nicloux s’explique sans doute par une volonté de mieux faire comprendre au spectateur comme les personnages peuvent glisser sur une pente qui les conduisent vers une forme de folie. On ne ressort pas de ce film à moitié fou, mais le cœur un peu serré, admiratif de la performance de Gaspard Ulliel et compatissant pour tous ceux qui ont vécu ces événements pour de vrai.
Si on pense au rock’n’roll, on pense bannière étoilée, grands espaces traversés sur une Harley Davidson et bottes en cuir. Ou éventuellement Union Jack, passage piéton à Liverpool et coupe au bol. Mais beaucoup plus rarement à la faucille et au marteau. Pourtant, la musique rock existait aussi de l’autre côté du rideau de fer. Timidement, sous le contrôle pointu des autorités soviétiques. C’est cette histoire singulière que se propose de raconter Leto. Un film qui respire la musique dans une mise en scène élégante et originale. Et surtout une belle ode à la liberté.
Leto raconte aussi une histoire. Celle de quelques jeunes garçons et jeunes filles cherchant à vivre leur passion et le désir de liberté qu’elle porte, malgré les forces qui les enferment. Ils profitent de chaque occasion, de chaque petit espace qui leur est laissé. Si on ajoute à cela une triangle amoureux, on obtient un film riche et consistant, même si tout cela s’étiole quelque peu sur la fin. Du coup, cela s’étire un peu en longueur, mais avec encore assez de musique pour qu’on ne regrette pas de rester là. Le film apporte donc un joli témoignage, montrant une nouvelle fois la force de l’art quand il est au service de la liberté.
J’ai annoncé plusieurs fois ici que les productions Marvel commençaient à tourner en rond et à ne plus rien produire de vraiment original. Et plusieurs fois, ils ont su me donner tort. Une dernière fois sans lendemain avais-je envie de penser à chaque fois. Mais à force, il me faut l’admettre. J’avais tort, elles ont encore bien des choses à nous offrir. Une preuve éclatante avec Spider-Man : New Generation. On tient là incontestablement le film Marvel de l’année. On peut même aller plus loin. On tient là incontestablement un des films de l’année.
Mais Spider-Man : New Generation se démarque définitivement par son graphisme terriblement imaginatif. Il rend de multiples hommages dans un tout étonnamment cohérent. Il fait tout d’abord le lien entre cette version cinématographique et les comics sur papier où il est né. Mais il s’amuse aussi à quelques clins d’œil à l’univers du manga ou des cartoons. C’est foisonnant, mais totalement maîtrisé. L’animation est fluide, les émotions des personnages sont palpables et les scènes d’action restent claires. Bref du vrai cinéma à côté duquel tout amateur de super-héros qui se respecte ne peut pas passer. Longue vie à cette nouvelle génération !
Etre l’homme (ou la femme bien sûr) de la situation, voilà un titre flatteur. En effet, cela implique qu’un autre que lui aurait fait moins bien, ce qui témoigne d’un talent rare et unique. Alexandre Astier en possède un. Et un grand. Mais cela implique aussi une synergie entre la tâche à accomplir et la personne en question, qui tient à un je-ne-sais-quoi inexplicable qui fait que tout s’emboîte parfaitement. Sans doute, le créateur de Kaamelot était celui, à défaut d’être le seul, capable de reprendre à son compte l’héritage de Goscinny. Après avoir adapté (et enrichi) à merveille le Domaine des Dieux, il nous offre une histoire totalement originale avec Asterix – Le Secret de la Potion Magique. Une œuvre que ne renierait pas le grand René.
Mais Alexandre Astier va plus loin. En effet, il ajoute une petite touche à lui, discrète mais bien réelle. Il donne à Asterix – Le Secret de la Potion Magique une dimension épique comme on l’a rarement vu dans les aventures d’Asterix et Obelix. Ceci tient au personnage du méchant qui est largement plus inquiétant qu’il est ridicule parfois. On suit donc cette histoire avec le plus grand des plaisirs et un plaisir qui dépasse de loin la simple nostalgie. Il s’agit là d’une véritable œuvre originale d’une très grande qualité qui démontre encore une fois à quel point Alexandre Astier était l’homme de la situation.
Un film de casse, c’est un peu comme un western. On se dit que c’est un genre un peu daté, mais on est toujours ravi d’en voir un revenir sur grand écran. Surtout évidemment quand il est plutôt bon. On y va un peu nostalgique de tous ces grands classiques que l’on a découvert plus jeunes, dont certains nous ont fait aimer le cinéma. Mais on a aussi forcément envie de voir quelque chose de nouveau. Avec les Veuves, on est comblé. On retrouve la plupart des éléments qui ont fait le succès du genre, mais agrémentés de touches beaucoup plus originales.
La première d’entre elle est un casting un peu faiblard. Personne n’est mauvais, mais personne ne ressort vraiment du lot. Viola Davis tient le film largement sur ses épaules, mais sans flamboyance. Tout ceci est cependant largement compensé par la réalisation brillante de Steve McQueen. La photographie est magnifiquement ciselée et constitue un régal pour les yeux. Comme souvent, le film manque un tout petit peu de rythme, mais cette légère lenteur est aussi caractéristique de son style. Les Veuves ne restera peut-être pas comme le film de l’année, mais il n’en reste pas moins un vrai film de cinéaste. De ceux qui écrivent l’histoire du 7ème art.
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