HAPPINESS THERAPY : Hymne à la joie

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happinesstherapyafficheJ’adore les comédies romantiques. C’est comme pour Britney Spears ou les vignettes Panini, j’assume totalement, même si cela contredit mon image d’homme mature et viril… Comment ? Qui a dit que je n’avais jamais eu cette image ? Bref, passons et parlons plutôt de Happiness Therapy, la comédie romantique de ce début d’année 2013. Un film très réussi même s’il n’échappe pas aux limites du genre.

Pat sort de l’hôpital psychiatrique et revient vivre chez ses parents. Il est armé d’un optimisme à tout épreuve, prêt à reconstruire sa vie et surtout reconquérir sa femme. Mais la rechute n’est jamais loin et le chemin s’annonce long et difficile. Mais il va trouver un appui chez Tiffany, jeune veuve, dont la stabilité mentale n’est pas non plus le plus grand point fort. Du coup, leurs proches craignent qu’au lieu de s’aider, ils finissent pas se tirer mutuellement vers le bas.

Bon allez, je commence par mon coup de gueule habituel dans ce genre de situation. Pourquoi un film dont le titre original Silver Linings Playbook sort en France sous le titre de Happiness Therapy ? Non sérieusement ?… Comme d’habitude, je n’aurai pas de réponse à cette interrogation existentielle, alors je vais m’arrêter là. Et puis, ce n’est quand même pas ça qui va gâcher notre plaisir.

En effet, Happiness Therapy (puisqu’il faut bien l’appeler comme ça) possède assez de qualités pour en procurer une bonne grosse dose. Evidemment, comme pour toutes les comédies romantiques, on n’a pas vraiment de doute sur la manière dont tout ça va finir. L’important, c’est le comment. Et pour le coup, le chemin est ici tortueux, comme l’esprit des deux protagonistes, ornés de quelques cicatrices. Il ne réserve pas non plus de moments totalement inattendus, mais au moins n’est-il pas cousu de fil blanc.

Par contre, Happiness Therapy se distingue de la concurrence par une chose : l’impression initiale laissée par les deux protagonistes. En effet, ils n’apparaissent pas immédiatement comme terriblement sympathiques. Ils sont horripilants et de la même manière qu’ils ont du mal à tisser des liens normaux avec les autres, ils n’inspirent pas forcément une tendresse instantanée aux spectateurs. Mais ce film raconte un processus, où les personnages se reconstruisent eux-mêmes pour pouvoir reconstruire des relations avec les autres. La relation avec les spectateurs suit le même chemin. C’est, pour moi, la grande force de ce film, mais aussi sa grande limite car il est vrai qu’on a un peu de mal à y rentrer, étant parfois au bord de l’ennui lors de la première heure.

Heureusement, au fur et à mesure que les personnages s’ouvrent aux autres, on rentre dans l’histoire et on sent monter l’enthousiasme. Le film devient plus classique, mais fonctionne parfaitement car cela ressemble à une récompense pour la patiente du spectateur. Il s’achève pour un très beau final, en confirmant à quel point la danse, même de salon, peut véhiculer une foule d’émotion à l’écran. Le spectateur est alors totalement conquis, avec l’impression d’avoir lui aussi suivi cette Happiness Therapy particulièrement réjouissante.

happinesstherapyBradley Cooper est une des coqueluches d’Hollywood, sûrement l’acteur le plus en vogue avec Ryan Gosling. Il confirme dans Happiness Therapy l’étendu de son charme et de son charisme. Ce coup-ci, il est pourtant presque éclipsé par la formidable performance de Jennifer Lawrence, dont le jeu est peut-être moins spectaculaire, mais dont la formidable présence à l’écran contribue de manière magistrale à rendre l’histoire convaincante. Après Winter’s Bone et Hunger Games, elle confirme l’étendue de son talent. Enfin, un mot sur un Robert De Niro en pleine forme qui lui transforme un personnage assez antipathique en second rôle particulièrement délectable.

Happiness Therapy est au final une comédie romantique très réussie, car assez originale, en moins dans sa première partie. Si le fond est un peu léger, il évite vraiment le pathos dans lequel il aurait pu si facilement tomber.

Fiche technique :
Production : The Weinstein Company, Mirage Enterprises
Distribution : StudioCanal
Réalisation : David O. Russell
Scénario : David O. Russell
Montage : Jay Cassidy
Photo : Masanobu Takayanagi
Décors : Judy Becker
Musique : Danny Elfman
Effets spéciaux : DIVE
Costumes : Mark Bridges
Durée : 100 mn

Casting :
Bradley Cooper : Pat
Jennifer Lawrence : Tiffany
Robert De Niro : Pat Sr.
Jacki Weaver : Dolores
Chris Tucker : Danny
Anupam Kher : Dr Cliff Patel
John Ortiz : Ronnie
Julia Stiles : Veronica

AUF WIEDERSEHEN !

benoitxvi

benoitxviL’annonce de la démission de Benoît XVI a fait couler beaucoup d’encre, très souvent humoristique, jusqu’à notre Président qui s’est permis de sortir une petite blague pour l’occasion. Il s’agit d’un évènement à la portée paradoxale puisqu’elle constitue un fait rare en 2000 ans de l’histoire d’une des institutions les plus solides et le plus puissantes qu’ait connu l’humanité, mais qui paraît bien dérisoire face aux problèmes que connaît notre monde. Ce fut aussi l’occasion pour moi de me demander à quel point je me sentais concerné.

Je me définis volontiers comme catholique, même si ma pratique est proche du néant et que je connais une forte opposition intellectuelle à beaucoup de discours venus du Vatican. J’ai d’ailleurs lu récemment un commentaire à un article sur l’opposition de l’Eglise au mariage pour tous, où un opposant rappelait que le catholicisme se caractérise notamment par une hiérarchie que l’on est censée respecter et qu’il y avait en fait beaucoup de protestants qui s’ignoraient chez les catholiques. Je pourrais facilement dire que je fais partie du lot, si j’avais passé l’âge de me soucier de ce genre d’étiquettes.

En effet, la question n’est pas pour moi de savoir si la manière dont je vis ma foi est plus proche de telle ou telle obédience. C’est quelque chose que je me suis entièrement approprié, qui ne regarde que moi et que je n’ai pas envie de voir rentrer dans une case. Par contre, mon héritage est bien catholique, même si je me suis accordé un droit d’inventaire. J’en ai tiré des valeurs et des préceptes dont j’assume pleinement l’origine. Certains actes, comme la communion, gardent un sens pour moi. Après, je n’ai aucune réponse à apporter à la question de savoir si le corps du Christ est vraiment présent ou non dans l’hostie à ce moment-là, car, franchement, la question n’a ni sens, ni intérêt.

En fait, je ne peux pas m’empêcher de me sentir un tout petit peu concerné par la démission de Benoît XVI. Si je peux me permettre une comparaison osée, et donc forcément quelque peu mauvaise, le Pape pour quelqu’un pour moi, c’est un peu un maire de droite pour un de ses administrés de gauche (et j’en sais quelque chose). Vous avez beau être son premier opposant, vous n’avez pas envie qu’il dise n’importe quoi ou qu’il passe pour un con à la télévision, parce que ça rejaillirait sur l’image de votre ville. Bref, si certaines prises de positions du Pape, ou plus globalement de l’Eglise Catholique, me hérissent le poil, ce n’est pas uniquement parce que je suis en désaccord intellectuel avec elle, mais parce que cela touche quand même à une partie de ce que je suis, à laquelle je ne renoncerai pas, sous prétexte que je ne suis pas la ligne officielle.

Je ne regretterai pas Benoît XVI pour bien des raisons. Mais ce départ ne me réjouit pas que pour une question de désaccord intellectuel. Je le remercie de nous épargner le spectacle de déchéance physique et intellectuelle offert par Jean-Paul II. Je ne me fais guère d’illusion sur la relation que j’aurais avec son successeur. Mais être catholique, c’est aussi savoir ce qu’est l’espérance.

LA THESE DE L’ACCIDENT ABANDONNE

francepaysdegalles

francepaysdegallesIl y a une semaine, je concluais mon article concernant la défaite du XV de France face à l’Italie ainsi : Pour une équipe qui visait le Grand Chelem, le XV de France a tout simplement été lamentable aujourd’hui. Espérons qu’après avoir touché le fond, il saura rebondir. A moins qu’il ne puisse creuser encore… A ce moment-là, je n’imaginais pas sérieusement une seule seconde que la dernière option puisse se révéler finalement être une prédiction.

Comment les fringants vainqueurs des Australiens à l’automne ont-ils pu tomber si bas ? Qu’ils se ratent une fois, cela avait quelque chose d’étonnant, mais on pouvait dire que ce sont des choses qui arrivent. La défaite et surtout le niveau de jeu affiché contre le Pays de Galles ne permettent plus de soutenir la thèse de l’accident de parcours. Car la faillite fut une nouvelle fois totale et généralisée. Incapables d’avancer, les Bleus n’avaient aucune chance de marquer le moindre essai.

Rarement on a vu une Equipe de France si impuissante lorsqu’elle avait le ballon en main. Car elle l’a eu, il ne s’agit pas d’une défaite face à adversaire totalement dominateur qui vous prive de munitions. Mais les Français se sont désespérément heurtés à une défense galloise qui n’a jamais été prise à défaut. L’ultime action fut particulièrement révélatrice, voyant les Bleus reculer peu à peu alors qu’ils avaient la balle en main. C’était assez pathétique et totalement inattendu.

Encore une fois, l’ensemble des joueurs, à part Matthieu Bastareaud, a été tellement en-deçà de leur niveau réel qu’il est difficile de tirer la moindre conclusion d’une telle double déroute. Il s’agit de sortir de la spirale négative en injectant du sang neuf. Et ce coup-ci, le XV de France a vraiment besoin d’une grosse transfusion !

SCHIZOPHRENIE POLITIQUE

schizophrenie

schizophrenieA l’heure où l’argent public devient une denrée rare et précieuse, il est important d’éviter la schizophrénie politique et budgétaire. Certes, elle est toujours à proscrire. Disons que les temps actuels pourraient justement constituer l’occasion d’une réflexion sur le sujet. Surtout que l’actualité de ces jours derniers a donné de quoi largement alimenter le débat.

Au PS et plus largement à gauche, on aime parler d’Etat stratège ! A l’heure où l’on cherche à réindustrialiser notre pays, cette notion est d’autant plus importante. Favoriser l’industrie ne consiste pas, comme le voudraient certains, uniquement à baisser les salaire au nom de la sacro-sainte compétitivité (qui passe plus par la productivité que par le coût horaire, mais ceci est un autre débat). L’Etat doit être en mesure d’impulser de grandes politiques en faveur de secteurs d’avenir, avec tout un arsenal à sa disposition : subventions, orientation de la recherche publique, développement de la formation, commande publique…

Définir une stratégie revient à fixer des objectifs clairs et surtout cohérents, puis à chercher les moyens de les atteindre. Il faut alors définir des priorités, favoriser ce qui va dans leur sens et au contraire chercher à changer ce qui va dans le sens inverse. Cela paraît tellement évident qu’on voit mal le besoin de rappeler ce genre de banalités. Mais dans un monde politique dominé par l’urgence et le court terme, pressé par des médias qui changent de sujet et d’opinion comme Gérard Depardieu de nationalité et soumis à la dictature de l’image, il semblerait que certains principes de base soient ignorés.

On vient d’évoquer récemment une possible participation de l’Etat dans Petroplus et Peugeot. Si le sors des milliers de salariés sur le point de perdre leur emploi représente une urgence sociale, on peut vraiment s’interroger sur la pertinence d’un investissement de l’Etat dans le pétrole et l’automobile. Ce sont certes deux secteurs qui ne sont pas encore voués à disparaître. Mais à côté de cela, on dépense des millions d’euros d’argent public pour développer les transports en commun, favoriser le ferroutage, construire des pistes cyclables ou bien diminuer la consommation de fioul pour le chauffage.

Bref, l’argent public favorise, et heureusement, une mutation sociale qui va forcément engendrer un déclin de l’automobile et de la consommation de pétrole. Mais comment alors ne pas assumer la diminution des emplois dans ces secteurs ? Certes, les difficultés chez Peugeot ou Petroplus sont largement dues à la crise économique, mais cette dernière n’a fait qu’accélérer une tendance inéluctable à long terme, notamment du fait de l’intervention de l’Etat. Bref, ce dernier veut jouer les pompier sur un feu dont il a participé à l’embrasement. Voici un bel exemple de schizophrénie !

Evidemment, il n’est pas question ici de passer sous silence les délocalisations pour profiter de coûts salariaux inférieurs ailleurs. Mais personne ne semble vouloir admettre que de toute manière l’emploi dans l’automobile est voué à décliner, que c’est une bonne chose, tant que cela correspond à un recul de la place de la voiture dans notre vie. On peut prendre tant qu’on voudra Volkswagen comme modèle, même si tout le monde avait adopté la même stratégie que le constructeur allemand, c’est n’est pas pour autant que les Européens auraient acheté plus de voitures. Bien sûr, on aurait aimé que ce soit une entreprise française qui résiste le mieux à cette évolution. Mais elle n’en est pas moins inéluctable.

Un Etat stratège doit mesurer toutes les conséquences des politiques qu’il met en place, pas seulement celles qui font plaisir. Sans cela, la schizophrénie n’est pas prête de quittée nos politiques publiques.

SE JETER A L’EAU

sejeteraleau

sejeteraleauC’est quand même très facile de faire son malin, de se dire qu’on va y arriver, qu’on sera à la hauteur, voire même que l’on fera mieux que les autres. Cela fait envie, vu de loin, on est presque impatient, on a plein d’idées, de volonté et même de l’enthousiasme. On a hâte que ça commence et on a très peur que finalement ça n’ait pas lieu. Et puis arrive le moment où on réalise qu’il est trop tard pour reculer et qu’on va devoir de toute façon se lancer…

Là forcément, il y a un moment où tout ce que l’on avait mis de côté dans sa réflexion revient au galop. Le doute et les questions existentielles surviennent. On réfléchit à certaines implications ou difficultés qu’on avait minimisées, histoire de se donner du courage, mais que l’on sent là, tout près et désormais inévitables. On n’a peut-être pas les jambes qui flagellent, mais au moins la gorge qui se sert quelque peu parce qu’on ne peut plus se cacher. Et si tout ce qu’on a imaginé tourne au bide, cela se fera au vu et au su de tous. Bref, on a intérêt à assurer pour de vrai, pas que dans son imagination !

Mais les hésitations n’ont plus lieu d’être. De toute façon, c’est trop tard, plus de retour en arrière possible. Les autres comptent sur vous et la retraite n’est plus une option. Il faut alors s’atteler à la tâche sans retenu, faire le mieux que l’on peut et ne plus penser à rien d’autre. La fonction fait l’homme souvent, alors il est inutile de se lancer dans un concours de pronostics pour savoir si on sera digne de la confiance qu’on vous témoigne. Ce n’est qu’à la fin que le bilan pourra être fait et on ne peut savoir à l’avance quel en sera la teneur !

Qui vivra verra ! Advienne que pourra ! Mais après le temps des proverbes va vite venir le temps de l’action…

LES TRIBULATIONS D’UN CHINOIS EN CHINE : Le poids des ans

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lestribulationsdunchinoisenchineafficheJ’ai récemment revu Y’a-t-il Un Pilote Dans l’Avion que je n’avais pas depuis près de 25 ans et j’ai autant ri qu’à l’époque. J’ai fait encore plus fort en revoyant Les Tribulations d’un Chinois en Chine que j’avais dû voir une année ou deux plus tôt, alors que je n’étais qu’un tout jeune bambin pur et innocent (comme les choses ont bien changé…). J’en gardais un souvenir assez extraordinaire, un de mes premiers émois cinématographiques. Malheureusement, cette fois-ci, le poids des ans s’est fait sentir… et pas qu’au niveau de ma chute de cheveux…

Arthur Lempereur a tout pour lui : beau, jeune, immensément riche et une fiancée particulièrement charmante. Mais du coup, il s’ennuie, il s’ennuie terriblement. Alors sur les conseils de M. Goh, il part à Hong-Kong où le vieux sage lui explique que pour pimenter sa vie, il vient de commanditer son assassinat. Sentant sa vie menacée, Arthur doit y reprendre goût… Et cela semble marcher, même si la belle stripteaseuse, Alexandrine Pinardel, n’y est pas non plus étrangère.

Les Tribulations d’un Chinois en Chine est la seconde collaboration entre Philippe De Broca et Jean-Paul Belmondo, après le mythique Homme de Rio. Mais si ce dernier, au moins dans mon souvenir plus frais, mais qui date quand même d’une petite quinzaine d’années, reste un film d’aventure rythmé et divertissant, celui-ci sent le bric-à-brac monté un peu à la va-vite, sûr du succès du simple fait des têtes l’affiche. Mais au final, c’est terriblement inégal et parfois légèrement consternant.

Certes, en 1965, les moyens du cinéma français était à des années-lumière de ce qui se pratiquait de l’autre côté de l’Atlantique. Alors quand il s’agissait de donner dans le divertissement aventureux et exotique, la maigreur du budget était compensée par une bonne dose d’imagination et beaucoup, beaucoup de second degré. Les Tribulations d’un Chinois en Chine en est effectivement rempli, mais il apparaît du coup comme un écran de fumée pour masquer les très nombreuses faiblesses.

Le seul élément drôle de Les Tribulations d’un Chinois en Chine repose sur la présence constante aux côtés d’Arthur de son fidèle valet, interprété par Jean Rochefort, qui porte les valises même quand il s’agit d’escalader l’Himalaya. Le côté décalé du personnage, le comique de répétition fonctionnent très bien et auraient pu donner au film un supplément de charme et d’originalité. Cela lui permet au moins de ne pas se prendre au sérieux, mais cela n’est pas suffisant pour compenser son côté poussif et parfois un rien crétin.

Les amateurs de Jules Verne ne reconnaîtront que de loin l’histoire originale de Les Tribulations d’un Chinois en Chine. Certes, l’idée de base est la même, ça se passe en Asie, mais sinon pas grand chose en commun. Déjà, le film aurait du s’appeler les Tribulations d’un Français en Chine… Mais passons… Le film est entièrement conçu pour mettre en valeur un Jean-Paul Belmondo alors au faîte de sa gloire. Mais on a souvent l’impression qu’il est a été mis à l’écran et que tout le reste est vaguement improvisé, sans que personne ne sache vraiment très bien où tout cela doit aller. Cela donne des scènes beaucoup trop longues et chaque début de bonne idée est dilué par un manque de rythme flagrant, qui laisse au spectateur du XXIème siècle tout le temps de se focaliser sur certains décors de pacotille.

lestribulationsdunchinoisenchineReste évidemment à Les Tribulations d’un Chinois en Chine le charme immortel de Jean-Paul Belmondo. Le grand acteur, pas celui qui amène son yorkshire à Roland-Garros. Mais il se lance ici dans d’interminables cabotinages qui lassent vite. Alors, encore une fois, on lui préfèrera un Jean Rochefort dont le flegme et le second degré sont un vrai régal. Certains seront avant tout sensible au charme dévastateur d’Ursula Andress… ah Ursula…

J’aurais du rester sur le souvenir enfantin que j’avais de Les Tribulations d’un Chinois en Chine… Trop tard…

Fiche technique :
Réalisation : Philippe de Broca
Assistant : Claude Pinoteau
Scénario : Daniel Boulanger, d’après le roman éponyme de Jules Verne
Décors : François de Lamothe
Costumes : Jacqueline Moreau
Photographie : Edmond Séchan
Son : Antoine Bonfanti
Musique : Georges Delerue
Montage : Françoise Javet
Effets spéciaux : Gil Delamare
Durée : 110 minutes

Casting :
Jean-Paul Belmondo : Arthur Lempereur
Ursula Andress : Alexandrine Pinardel
Jean Rochefort: Léon
Maria Pacôme : Suzy Ponchabert
Valérie Lagrange : Alice Ponchabert
Darry Cowl : Biscoton, le fondé de pouvoirs
Paul Préboist : L’adjudant Cornac
Jess Hahn : Cornelius
Mario David : Le Sergent Roquentin
Valéry Inkijinoff : M. Goh
Alexandre Mnouchkine : Le directeur de la compagnie d’assurances
Joe Saïd : Charlie Fallinster, l’Al Capone des Mers du Sud
Gil Delamare : le pilote de l’avion
Boris Lenissevitch : le professeur

QUESTION LARGE, REPONSE LONGUE

voteetrangers

voteetrangersN.B : J’ai écrit ce texte dans le cadre d’un débat d’actu sur le site Ciao.fr. La question était « pour ou contre le vote des étrangers ». Vu comme la question était posée, c’était déjà mal parti et le contenu des interventions a confirmé mes craintes. Je n’ai donc pas pu résister à l’envie de participer 

Je m’étais toujours dit que je ne participerai jamais à un débat d’actualité sur Ciao. J’avoue même éviter au maximum de lire les avis de cette rubrique, qui pour moi, n’a rien à faire sur ce site. Mais m’exprimant régulièrement sur l’actualité sur mon blog et assez édifié par ce que j’ai pu lire pour l’instant, je prends ma plume (enfin mon clavier) cette après-midi pour ne pas laisser la pensée unique triompher.

Déjà, la question est formulée de la manière la plus vaste possible et dépasse largement ce qui devrait être débattu prochainement en France. Du coup, je trouve quand même terrifiant de voir comment tous ces avis quasi unanimes passent complètement sous silence le fait que ce droit existe déjà. Certes, il se limite aux ressortissants de l’Union Européenne et aux élections municipales (et européennes, mais pour le coup, tout le monde s’accordera que c’est logique), mais il existe. Et jusqu’à preuve du contraire, les panzers allemands n’occupent aucune de nos 36 000 communes et la mafia roumaine n’a pris le contrôle d’aucune d’elle. Mais j’y reviendrai.

L’argument le plus étonnant reste quand même le fait que cela ne constitue pas une priorité et que le gouvernement devrait s’occuper d’autre chose. Ok, bon moi je ne fais pas de sport, alors je vais demander la suppression du Ministre des Sports ! Depuis quand des difficultés économiques doivent-elles empêcher de traiter des problèmes de société ? On s’est tous arrêté de vivre à cause des subprimes ? En fait, c’est juste une façon de dire de façon détournée que l’on est contre et non concerné. Mais la question n’est pas de savoir si c’est prioritaire ou non, mais de savoir si c’est souhaitable ou pas. Si ça l’est, cela doit être adopté, quel que soit l’heure ou l’instant !

L’argument du contre-feu médiatique allumé pour détourner le débat des vrais problèmes est totalement fallacieux, pour ne pas dire qu’il constitue un monstrueux foutage de gueule ! Surtout quand il provient des mêmes personnes qui vont bloquer l’Assemblée Nationale pendant deux semaines et cherchent à tout prix à occuper les médias pour s’opposer à une autre réforme de société, tout en proclamant qu’on ferait mieux de s’occuper d’autre chose. Le parallèle entre les deux débats est d’ailleurs frappant.

Un deuxième argument absurde est que cette réforme est une manière pour la gauche de gagner des voix. Il serait évidemment malhonnête de dire que cela ne va pas globalement la favoriser (mais dans une infime proportion). Mais on peut tout à fait retourner l’argument en disant que la droite s’y oppose parce que cela va la défavoriser. Il faut alors se rappeler que c’est la gauche qui s’est le plus opposé au droit de vote des femmes, de peur que ces douces créatures sous l’influence de l’Eglise ne votent majoritairement contre eux. La question n’est pas de savoir pour qui ces gens vont voter, mais de savoir s’il est légitime qu’ils en aient le droit. Accorder ou non le droit de vote selon pour qui la personne va voter n’est pas vraiment compatible avec la démocratie.

Un autre argument qui n’en est pas un est le fait que les étrangers vont prioritairement voter pour des gens issus du même pays qu’eux et vont défendre leur intérêt particulier. Bref, ils vont voter pour des gens qui leur ressemblent et qui pensent comme eux. Non, sans blague ? Parce que les bons Français ne font pas ça ? J’avais pourtant l’impression que, vivant dans une ville très à droite et très catholique (je touche Versailles), la majorité municipale est essentiellement composée de personnes fréquentant assidument la paroisse et de beaucoup de mère de famille nombreuse au foyer. Encore une fois, il n’est toujours pas question de savoir pour qui ces gens vont voter, mais de savoir s’il est légitime qu’ils en aient le droit. Je me répète, je sais… De plus, cet argument se heurte à un problème technique, du moins pour les élections municipales, mais j’y reviendrai plus tard.

Enfin, peut-être mon préféré, c’est le « vous n’imaginez pas, un étranger va venir voter, influencer des décisions que les bons Français vont subir pendant des années, alors que lui sera peut-être reparti dans son pays ! ». Bon alors, prenons l’exemple de Monsieur X et Monsieur Y aux élections municipales… Très bon exemple, les élections municipales puisque c’est a priori la seule élection potentiellement concernée par une éventuelle réforme.

Monsieur X est Marocain, il vit depuis dix ans dans la commune de Z. Ses deux enfants y sont scolarisés. Il travaille comme épicier (oui je sais les clichés) dans cette même commune, où il est un commerçant très apprécié. Il paye ses impôts locaux en tant que contribuable privé et entreprise.

Monsieur Y est Français, il vient de finir son BTS commercial. Il a pris un studio dans la commune de Z, mais a bien l’intention de prendre un appart avec sa copine dès qu’elle aura fini ses études l’année prochaine. Ils ont envie de partir dans la commune de W, d’où est originaire sa copine.

La question est : qui de Monsieur X et de Monsieur Y est le plus à même de fonder son vote aux élections municipales sur des critères objectifs, défendant l’intérêt général des habitants de la commune de Z à court et long terme ? Ne répondez pas Monsieur Y, vous seriez de mauvaise foi. Cependant, c’est bien lui qui aura le droit de vote, pas Monsieur X. Certes, un contre-argument peut être que Monsieur X n’a qu’à demander la nationalité française. Il est fondé, j’y reviendrai également. Mais le but était de démontrer que la nationalité n’est pas forcément un critère pour savoir si vous êtes à même de prendre ou non les bonnes décisions au niveau local.

D’ailleurs, il est intéressant de regarder quels sont les critères qui permettent d’établir votre domicile électoral :
• Soit à la mairie de votre domicile,
• Soit à la mairie d’une commune dans laquelle vous êtes assujetti aux impôts locaux depuis au moins 5 ans,
• Soit à la mairie de votre résidence si vous y résidez de manière effective et continue depuis au moins 6 mois,
• Soit à la mairie de la commune où vous êtes assujetti à résidence obligatoire en tant que fonctionnaire public.

On s’aperçoit donc que l’on peut très bien voter dans une commune où on n’habite même pas. Il suffit d’être propriétaire sur la commune depuis au moins cinq ans. Bon, il est évident que c’est un cas d’école et que ce cas ne doit représenter qu’un nombre infinitésimal d’électeurs. Mais si j’écoute certains, ils doivent être abattus sur le champ !

En fait, de mon point de vue, le débat doit prendre de la hauteur et reformuler la question en se demandant sous quelle condition devient-on citoyen ?
La définition du mot citoyen est : Personne faisant partie de ceux qui, dans un état organisé, jouissent des mêmes droits et obéissent aux mêmes lois. Un étranger n’est donc pas un citoyen puisqu’il n’a pas le droit de vote.

L’étendue de la citoyenneté est un débat constant et légitime, car c’est une notion qui a beaucoup évoluée au cours de l’histoire. On pense évidemment au droit de votes des femmes qui va bientôt fêter ses 70 ans, mais on se souvient qu’au XIXème siècle, il a longtemps fallu être propriétaire ou justifier d’un certain revenu pour pouvoir voter. Plus récemment, on a abaissé l’âge d’entrée dans la citoyenneté de 21 à 18 ans.

Aujourd’hui, quelles sont les conditions pour être un citoyen en France :
– avoir 18 ans
– ne pas être déchu de ses droits civiques
– être de nationalité française…

…sauf qu’on l’a vu cette dernière condition souffre déjà des exceptions. Ce sont ces exceptions que certains, dont je fais pleinement partie, voudraient voir étendre.

Avant d’aller plus loin (pour ceux qui sont déjà arrivés jusque-là), un petit rappel. Les élections municipales sont des scrutins de liste. Donc ceux qui brandissent la crainte de voir apparaître des dérives communautaristes oublient de dire qu’il faut pour cela que se constituent des listes composées de personnes d’une même communauté. Et croyez mon expérience d’élu local, constituer une liste n’est pas une chose facile. Mais admettons. On oublie de dire également, que les postes de Maire et d’adjoints restent, et resteront dans le projet de réforme, réservés aux seuls citoyens français. Il faut donc que la liste en question soit composée d’un certain nombre de citoyens français. Une liste composée entièrement d’étrangers ne peut se constituer…

Bon, pour clarifier mon propos, mettons les pieds dans le plat. En gros, ce dont on a peur, c’est que des Magrébins barbus prennent le contrôle d’une commune de Seine-Saint-Denis. Déjà, dans beaucoup de ces communes, rien n’empêche une liste d’obédience islamiste de se présenter, du moment que ceux qui la composent aient acquis la nationalité française. Or, ces personnes existent déjà et aux dernières nouvelles, aucune mairie n’est tombée sous leur joug. Ah oui, mais si les étrangers votent, ils auront plus de voix et cela risque d’arriver…

Cela relève clairement du fantasme, mais admettons. On se retrouve là face à un typique « tant que le problème n’est pas trop visible, il n’existe pas ». Si jamais cela arrivait, le problème n’est pas que l’on ait donné le droit de vote des étrangers, mais que des territoires se retrouvent à ce point confinés dans leur statut de ghetto. Ce problème est une réalité que je ne vais pas développer ici, mais qui existera indépendamment de ces histoires de droit de vote. Et je reste persuadé que l’accorder à tous ceux qui font vivre ces territoires ne pourra qu’améliorer leur fonctionnement.

Pour finir (enfin dirons certains), j’en viens à la deuxième définition du mot citoyen : Celui qui habite dans une ville et y jouit du droit de cité. La commune reste l’échelon territorial administratif auquel on est profondément attaché, par lequel on est le plus concerné (en dehors du national bien sûr). Je le vis en tant que conseiller municipal. On n’a pas le même rapport avec sa ville de résidence qu’avec son département ou sa région, qui reste des notions largement administratives. Une commune, c’est une communauté de vie (non le mot communauté n’est pas un gros mot quand il n’est pas pris au sens de replis sur soi), où chacun joue un rôle et où chacun devrait avoir le droit de donner son avis, de participer à sa gestion et donc de voter pour désigner ceux qui en sont chargés. A Viroflay, nous avons une Allemande au Conseil Municipal et elle apporte une richesse au débat par un point de vue peut-être différent, mais tout aussi légitime que le mien (et pour le coup, on n’a pas du tout le même !).

Si je m’installe à Marseille, moi le Parisien, je serai toujours moins Marseillais que l’étranger qui habite cette ville depuis longtemps. Mais contrairement à lui, j’aurais le droit de vote. Et s’il vient d’un pays qui ne reconnaît pas la double nationalité, de quel droit vais-je lui demander de renoncer à sa première nationalité pour exercer un droit pour lequel il est plus légitime que moi ? C’est vrai que la France est un des rares véritable Etat-Nation et que nous restons très jacobins. Mais lier de manière irréductible nationalité, identité et citoyenneté ne correspond absolument pas à la manière dont chacun d’entre nous va se définir.

Après, on peut discuter à l’infini des modalités exactes d’une telle réforme. Faut-il l’accorder au bout de 5 ou 10 ans ? Personnellement, 5 ans me semble un bon chiffre. Les ressortissants de l’UE ont ce droit immédiatement, alors instaurer ce droit au bout de 10 ans seulement pour les autres serait pour moi totalement déséquilibré.

Après doit-on s’arrêter aux municipales ? Pourquoi pas les départementales ou les régionales ? Personnellement, je n’y serais pas opposé, mais vu le peu d’intérêt que ces élections suscitent, je doute que cela motive tellement plus les électeurs étrangers qui verront ces institutions comme des objets encore plus flous que les électeurs français.

Pour les législatives, je suis partagé. D’un côté, ce n’est pas totalement absurde que les étrangers qui payent des impôts élisent ceux qui en fixent le montant, alors que les Français de l’étranger ont désormais leurs députés (invention sarkozienne puisque ils sont censés voter plutôt à droite…) qui fixent le montant d’impôts qu’ils ne payeront de toute façon pas. Cependant, l’Assemblée Nationale prend aussi des décisions qui concernent la Nation en tant qu’entité. C’est pourquoi, je suis finalement tout de même plutôt opposé à étendre le collège électoral aux étrangers.

Pour le Président de la République, la question ne se pose pas. En tant que chef des armées, il ne peut naturellement être désigné que par les seuls électeurs nationaux.

En tout cas, je remercie tous ceux qui ont été au bout de cette lecture qu’ils soient ou non d’accord avec moi. Mais tant de fantasmes et d’inepties viennent troubler ce genre de débat qu’il m’a semblé important d’y apporter ma voix.

ENTRE INNOVATION ET TRADITION

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corruptionfootballComme certains semblent avoir découvert le dopage dans le cyclisme il y a à peine un mois, voici que l’on découvre la corruption dans le football. Après les révélations sur l’attribution de l’organisation de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, voici les matchs achetés pour favoriser des parieurs. Cela fait beaucoup en moins d’une semaine, mais est-ce vraiment étonnant ? Non, à moins d’être complètement aveugle ou naïf.

L’attribution des grandes compétitions a toujours été sujette à des manœuvres douteuses. La France est bien placée pour le savoir, quand on connaît les détails des échecs successifs de Paris pour obtenir les Jeux Olympiques. On s’est moins vanté par contre de la manière dont on a devancé la Turquie pour l’organisation de l’Euro 2016. Il n’y a eu sans doute pas de corruption, mais quelques intrigues de palais guère reluisantes. On se souvient aussi de la manière dont Atlanta a piqué les Jeux du centenaire à Athènes, ou bien les scandales autour de la victoire de Salt Lake City pour les Jeux d’hiver. Bref, rien de nouveau sous le soleil, argent et manœuvres politiques ont toujours été utilisés pour soutenir ce genre de candidatures. Le tort des Qatari ? Celui d’avoir tellement d’argent que ça ne pouvait pas ne pas se voir… Mais sinon, ils n’ont fait que perpétuer une longue tradition…

Par contre, l’irruption de l’argent des paris dans le football est un phénomène beaucoup plus récent. Et nettement plus condamnable aussi, puisqu’il touche à l’intégrité des compétitions, indépendamment du lieu où elles se déroulent. Par contre, la corruption et les matchs truqués ne représentent pas une innovation. Simplement, elles se déroulaient à l’intérieur du monde du football, avec des présidents prêts à tout pour faire gagner leur club. Désormais, ce sont des éléments extérieurs qui viennent acheter des victoires. Ceci est beaucoup plus inquiétant, car nettement plus incontrôlable. Mais la lutte contre ce phénomène s’organise. Espérons que les révélations récentes marquent avant tout la fin d’une certaine impunité.

La tricherie en sport a toujours existé et existera toujours. Mais si on peut comprendre que le désir de vaincre pousse certains à s’écarter du droit chemin, il est totalement insupportable de voir des forces qui se moquent du nom du vainqueur mais cherchent juste à maximiser leur gain venir troubler la noble incertitude du sport.

LINCOLN : Le poids des mots, le génie de Spielberg

lincolnaffiche

lincolnafficheParmi tous ceux qui, sur Terre, vivent en nous racontant des histoires (je ne parle pas des politiciens ici, mais bien des artistes…), il y a ceux qui pour nous intéresser et de se démarquer des autres sont obligés d’en faire plus : plus d’action, plus de rebondissements, plus de sexe, plus de provocation… Et puis, il y a ceux qui ont assez de talent pour vous passionner même lorsqu’ils vous parlent du temps qu’il fait. Steven Spielberg est de ceux-là, un extraordinaire conteur. Peut-être le plus grand de l’histoire du cinéma, ce qu’il nous confirme avec un formidable Lincoln.

Depuis 4 ans, la guerre de Sécession ensanglante les Etats-Unis d’Amérique. Le Président Lincoln, fraîchement réélu, cherche à tout prix à faire adopter un 13ème amendement à la Constitution qui abolirait l’esclavage, enlevant toute justification à ce conflit. Mais les résistances sont nombreuses au sein du Congrès. Surtout que le Sud est au bord de la défaite et serait prêt à négocier. Un processus qui pourrait être compromis si le texte est voté.

2012 nous avait montré avec Margin Call qu’on pouvait faire du grand cinéma avec les cours de la bourse et la crise économique. 2013 nous prouve que cela est également possible avec une bataille législative. Certes, le film politique n’est pas un genre nouveau et il existe quelques chefs d’œuvre du genre. Mais cela passe souvent par une dramatisation qui en fait des polars déguisés. Lincoln n’est pas un polar, c’est un récit sans fard et sans esbroufe, nous plongeant au cœur d’un des tournants les plus marquants de l’histoire politique américaine.

Lincoln est un film à base de gens debout ou assis et qui se parlent. Bien sûr, l’enjeu est assez important pour assurer un début d’intérêt. Mais pour le maintenir, le faire grandir encore et encore pendant 2h30, il faut du génie. Il faut savoir mettre en scène, au sens premier de terme, son propos. Il faut savoir créer une tension constante, il faut toujours créer l’envie chez le spectateur de connaître la suite des évènements, il faut rendre grandiose et puissant ce qui n’est que des mots. Des mots, toujours des mots, mais des mots qui frappent, qui serrent le cœur et qui marquent d’une encre indélébile l’Histoire, celle avec un grand H.

Je suis rentré dans Lincoln à la première seconde pour ne jamais en sortir. Le film n’est pas long, il est parfait (oui bon, la perfection n’est pas de ce monde, je sais, mais j’ai l’humeur lyrique aujourd’hui). Rien n’y est vain, rien n’y est inutile. Tout concourt à retranscrire toute la force de combat, tout l’enjeu pour un homme, un pays, pour l’humanité. Oui, c’est du très grand cinéma car, par le son, par l’image et par les acteurs, le film rend passionnant ce qui aurait pu être profondément ennuyeux !

Bien sûr, Lincoln est une hagiographie. Sans doute, le point de vue sur ce personnage mythique n’est-il pas totalement objectif, même si le film cherche à le dépeindre avec toute sa complexité. Comme le dit si bien un des personnages du film, pour voir aboutir une grande cause, il faut être prêt parfois à accepter les compromissions. Steven Spielberg est particulièrement sensible à cette thématique. Mais là où il a avait échoué avec Amistad, il réussit ici avec grandeur à délivrer un message de manière éclatante. Ce dernier est assez puissant pour ne pas chercher à regarder avec un microscope s’il respecte à lettre la vérité historique.

Le cinéma de Steven Spielberg s’est toujours démarqué par un sens de la narration hors du commun. Mais bien sûr, à côté de ça, il y a aussi un grand metteur en scène, même s’il n’est pas Kubrick ou Tarantino. Lincoln est un film également parfaitement abouti artistiquement. La complicité du réalisateur avec son compositeur John Williams fonctionne toujours aussi bien. Mais la réalisation et la photographie restent d’une sobriété remarquable, là où on avait pu reprocher à la Liste de Schindler un trop grand esthétisme. Elle est comme le plus réussi des maquillages, celui qui sublime la beauté, sans que l’on remarque pour autant sa présence. Il a mis sa caméra au service de son propos et elle l’a servi avec talent digne de la grandeur de la tâche.

lincolnLincoln sera aussi peut-être le plus grand rôle de la carrière de Daniel Day Lewis. Et quand on connaît la rareté de ses apparitions, tant il les choisit avec un soin particulier, on peut mesurer l’extraordinaire éclat de sa performance. Certes, rentrer dans la peau d’un personnage historique, c’est un peu l’Oscar assuré et l’usine à superlatifs. Mais ce coup-ci, ces derniers sont infiniment mérités et jamais trop élogieux. Je ne voudrais pas oublier ici Tommy Lee Jones qui apporte vraiment sa pierre au magnifique édifice que ce film constitue, même si c’est tout le casting qui est à saluer.

Steven Spielberg nous avait fait craindre un certain essoufflement avec Tintin et Cheval de Guerre. C’est reculer pour mieux rebondir, tant ce Lincoln est un film au contenu magistral et à la forme parfaite dans sa sobriété.

Fiche technique :
Production : 20th Century Fox, Dreamworks Pictures, Reliance Entertainment, Participant Media
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Steven Spieblerg
Scénario : , d’après le livre de Doris Kearns GoodwinTony Kushner
Montage : Michael Kahn
Photo : Janusz Kaminski
Format : 35mm
Décors : Rick Carter
Son : Ronald Judkins
Musique : John Williams
Directeur artistique : Leslie McDonald, David Crank, Curt Beech
Durée : 149 mn

Casting :
Daniel Day-Lewis : Abraham Lincoln
Joseph Gordon-Levitt : Robert Lincoln
David Strathairn : William Seward
Sally Field : Mary Todd Lincoln
Tommy Lee Jones : Thaddeus Steven
John Hawkes : Robert Latham
Hal Holbrook : Preston Blair
James Spader : W. N. Bilbo

EN DESSOUS DE TOUT

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italiefranceOn se demandait quel XV de France nous allions retrouver pour ce Tournoi des 6 Nations 2013. L’équipe poussive et hésitante du Tournoi 2012 ou celle fringante des tests matchs d’automne ? La proximité dans le temps nous permettait d’espérer la seconde, mais ce fut la première qui nous a été offerte. La première, mais en pire, tant le niveau affiché par l’Equipe de France cette après-midi à Rome fut déplorable.

Qu’il y-a-t-il à sauver ce la prestation du jour ? Rien, strictement rien. La France ne fut supérieure à l’Italie dans aucun compartiment du jeu, bien au contraire. La première mi-temps pouvait donner à penser que la Squadra Azura finirait par céder physiquement en fin de match. Ce ne fut absolument pas le cas. L’impact physique, tout autant que la détermination n’était pas du côté du XV de France et si nos trois-quarts vont vite, commettre autant de fautes de mains, être incapable de réceptionner une chandelle à la lutte annihilent totalement cet avantage.

Que peut faire Philippe Saint-André face à un tel désastre ? Pas grand chose, tant il fut massif. On peut pointer quelques défaillances individuelles, mais c’est toute l’équipe qui a sombre car personne côté français ne s’est montré digne de son rang. On peut évidemment s’attendre à des changements pour le prochain match, mais il est difficile aujourd’hui de faire des pronostics sur ceux qui en feront les frais.

Pour une équipe qui visait le Grand Chelem, le XV de France a tout simplement été lamentable aujourd’hui. Espérons qu’après avoir touché le fond, il saura rebondir. A moins qu’il ne puisse creuser encore…