Cédric Klapisch est un réalisateur plutôt sympathique, qui fait des films sympathiques, qui peuvent même devenir culte à l’occasion (l’Auberge Espagnole en particulier). Sa filmographie ne compte pas de grands chefs d’œuvre, mais la qualité constante de son travail fait de lui un réalisateur qui compte. Il fait incontestablement partie du club restreint des réalisateurs dont on va voir le nouveau film en disant « je vais voir le dernier… ». En allant voir Deux Moi, je me suis effectivement dit que j’allais voir le dernier Klapisch. Et comme d’habitude, sans être totalement bouleversé par la qualité du film, j’aurais passé un moment fort agréable. Et j’espère sincèrement que ce ne sera pas le dernier.
Deux Moi, comme son nom l’indique, est un film centré sur des personnages qui se comptent au nombre de deux. Le Moi en question est bien le moi freudien, avec deux protagonistes en quête d’eux-mêmes. C’est peut-être moins trépidant que des quêtes héroïques, pleines d’aventures et de dangers, mais au moins cela pourra parler à tout un chacun. Les deux personnages se montrent immédiatement attachants, assez en tout cas pour s’intéresser tout de suite à cette histoire. Et comme l’attachement ne fait que grandir, l’intérêt du spectateur ne faiblit jamais. Cela compense largement un fond narratif un peu léger, au bon sens du terme… mais aussi dans un sens un peu plus péjoratif. C’est plus plaisant que réellement profond.
Deux Moi offre deux beaux rôles à deux comédiens qui ont le vent en poupe. Ana Girardot et François Civil tiennent là des rôles qui semblent faits sur mesure. Ils donnent vie à leur personnage avec une certaine grâce, même si on aurait aimé les voir poussés plus loin dans leurs derniers retranchements. On retiendra aussi les deux beaux seconds rôles interprétés par Camille Cottin et François Berléand, qui ne sont pas loin d’être les vraies stars de ce film. Cédric Klapisch nous livre une réalisation relativement élégante, même si on l’a connu plus imaginatif. Cela résume au final ce film, où le réalisateur nous offre ce qu’il sait faire de mieux, ce qui n’est pas peu dire, sans avoir pris de vrais risques.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Ce qui me meut, France 2 Cinéma, Studio Canal Distribution : Studio Canal Réalisation : Cédric Klapisch Scénario : Cédric Klapisch Montage : Valentin Féron Photo : Élodie Tahtane Son : Cyril Moisson Musique : Loïk Dury, Christophe Minck Durée : 110 min
Casting : Ana Girardot : Mélanie François Civil : Rémyc François Berléand : le psy de Rémy Camille Cottin : la psy de Mélanie Eye Haïdara : la collègue de Rémy Pierre Niney : « Disque dur »
On associe facilement le cinéma d’animation avec l’enfance, l’humour et la légèreté. Bon tous ceux qui ont vu le Tombeau des Lucioles ou Valse avec Bachir savent qu’il peut aussi rimer avec gravité et drame. Ceux qui verront les Hirondelles de Kaboul en seront définitivement convaincus. Ce joli moment d’animation, sous la direction de Zabou Breitman, nous emmène au cœur de l’Afghanistan du temps où les Talibans régnaient en maîtres dans la capitale. Autant vous dire que cela ne ressemblait pas vraiment au Club Med, surtout pour les femmes éprises de liberté et d’art, comme l’héroïne de cette histoire. Mais la tyrannie aura brisé bien des destins et ces quelques images animées leur rend un très bel hommage.
Les Hirondelles de Kaboul semble être dans un premier temps un film chorale. Le scénario finira par relier tous les fils de l’histoire pour montrer à quel point l’horreur aura touché l’ensemble des Afghans, quels que soient leur âge ou leur histoire. La narration nous fait découvrir peu à peu qui ils sont. Assez progressivement pour maintenir éveillé la curiosité du spectateur, sans en faire trop pour respecter la gravité du sujet. Dans ce film, se mêlent l’humain et l’inhumain, c’est ce qui fait sa force et sa richesse. On y trouve des bons et des méchants, des victimes et des bourreaux, mais sans manichéisme. Chaque personnage possède sa zone grise, ce qui le rend soit terriblement attachant, soit terriblement effrayant.
Graphiquement, les Hirondelles de Kaboul nous plonge dans un univers aux couleurs pastels, les couleurs vives semblant avoir disparu de la vie des personnages. Le trait est dessiné « à la main », très loin des images de synthèse. Le contours des visages n’est jamais net, comme si la vie avait jeté un voile sur eux, même quand ils n’ont pas à porter un voile de tissu. Il y a une réelle synergie entre le dessin et le sujet. Le casting voix est de tout premier ordre. Le jeu est d’autant plus convaincant que les comédiens ont joué le film avant qu’il ne soit mis en images et non l’inverse. Ils ont donc bénéficié d’une totale liberté pour donner vie aux personnages à travers leur voix. Leur performance n’a rien d’un simple doublage. Comme ce film qui n’est pas tout à fait qu’un simple film d’animation.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Les Armateurs, Arte Réalisation : Zabou Breitman, Eléa Gobbé-Mévellec Scénario : Sebastien Tavel, Patricia Mortagne, Zabou Breitman, livre de Yasmina Khadra Montage : Françoise Bernard Distribution : Memento films Musique : Alexis Rault Durée : 80 min
Casting : Simon Abkarian : Atiq Zita Hanrot : Zunaira Swann Arlaud : Mohsen Hiam Abbas : Mussarat
Aller voir un film centré sur deux personnalités (je ne parle pas des artistes) que je déteste au plus haut point peut d’apparenter à une forme de masochisme. Peut-être s’agit-il d’une sorte de curiosité voyeuriste, un peu comme les petits vieux qui espionnent leurs voisins qu’ils méprisent par l’œilleton. Je retiendrai donc cette dernière raison liée à mon grand âge pour expliquer pourquoi j’ai été voir Thalasso. Cependant, vu mon manque d’enthousiasme vis-à-vis de ce film (doux euphémisme), je me dis que les années qui passent n’apportent pas qu’une sagesse susceptible de vous faire faire les bons choix.
Pendant une petite moitié, le film intrigue assez pour capter l’attention du spectateur. Michel Houellebecq et Gérard Depardieu sont égaux à eux-mêmes, tout en s’auto-parodiant de manière assez savoureuse. Ils ont bien des défauts, mais ne manquent sûrement pas d’autodérision. On s’en amuse, on sourit et on finit surtout par s’en lasser. Parce qu’au-delà de ça, Thalasso s’apparente à un grand néant. Le fil rouge narratif qui finit par se superposer a ce double numéro de cabotinage ne présente strictement aucun intérêt, même s’il parlera peut-être de manière plus flagrante à ceux qui ont vu l’Enlèvement de Michel Houellebecq, dont il fait réapparaître les principaux personnages. Les autres se contrefoutent royalement de cette histoire de vieille dame fugueuse qui finit par prendre toute la place. Cela nous mène à un final qui sonne avant tout comme un aveu d’impuissance, Guillaume Nicloux se montrant incapable d’apporter une conclusion à une histoire qui n’en est pas vraiment une.
Thalasso n’est pas un film. Pourtant, on peut faire un film, voire même un bon film, avec trois fois rien. Mais vraiment rien, ce n’est pas possible. L’intérêt de ce film repose uniquement sur la capacité d’autodérision du duo. Qu’on les aime ou qu’on les déteste, on appréciera cet aspect, mais au-delà de ça, il n’y a rien à aimer. La réalisation est fade et vous aurez déjà compris ce que je pense globalement du scénario. Un bon mot toutes les dix minutes, même prononcés par deux personnalités hors du commun, c’est quand même un peu léger. Extraire cinq minutes de ce film suffit à offrir tout ce qu’il y a d’intéressant. Les 88 minutes restantes nous permettent juste de toucher de près ce que signifie le vide.
LA NOTE : 5/20
Fiche technique : Production : Les films du Worso, Wild Bunch Distribution : Wild Bunch distribution Réalisation : Guillaume Nicloux Scénario : Guillaume Nicloux Montage : Guy Lecorne Photo : Christophe Offenstein Musique : Julien Doré Durée : 93 min
Casting : Michel Houellebecq : Michel Gérard Depardieu : Gérard Maxime Lefrançois : Maxime Mathieu Nicourt : Mathieu Daria Panchenko : Daria Françoise Lebrun : Françoise Jade Roberts : Sly Luc Schwartz : Luc
Beaucoup de films américains se caractérisent par de bonnes intentions un rien lourdingues, mais que l’on pardonne aisément car le reste est généralement assez bien foutu pour nous faire passer un excellent moment. Mais parfois le premier aspect l’emporte un peu trop sur l’autre pour que se montrer totalement magnanime. Late Night n’est pas foncièrement un mauvais film. Il comporte même pas mal de bonnes idées et des personnages plutôt réussis. Malheureusement, certaines ficelles sont bien trop grosses pour être honnêtes. Quand bien même les intentions étaient les meilleures du monde.
Late Night est un film féministe et souligne la richesse que procure la diversité culturelle. Dit comme cela, on ne peut évidemment qu’adhérer. Mais quand cela est mis en avant sans aucune subtilité, rendant une bonne partie de l’histoire cousue de fil blanc, on déchante quelque peu. Tout cela pour nous amener à un épilogue de quelques secondes tellement risible qu’il enlève la dernière couche de crédibilité que le propos pouvait encore garder. C’est dommage, parce qu’avant cela, on a parfois bien ri, on a fini par aimer tous ces personnages. Bref, on a été diverti comme le film nous le promettait. Mais l’indulgence du spectateur a ses limites.
Late Night met côte à côte un monstre sacré du cinéma avec une quasi-débutante (enfin de 40 ans quand même). Et force est de constater que les deux rivalisent en termes de talent et d’aura. Ce n’est certainement pas par l’interprétation que ce film pêche. Emma Thompson et Mindy Kaling apportent chacun leur pierre à l’édifice, si différentes, mais si complémentaires. Dommage que le film ne sache pas mieux exploiter la vraie synergie qui naît entre elles et qui aurait pu donner quelque chose d’une toute autre ampleur avec un scénario plus intéressant et mieux écrit. Reste au final un film oubliable et qui sera certainement vite oublié.
LA NOTE : 10/20
Fiche technique : Production : 3 Arts Entertainment, 30West, FilmNation Entertainment, Imperative, Kaling International, Stage 6 Films Distribution : ARP Sélection Réalisation : Nisha Ganatra Scénario : Mindy Kaling Montage : Eleanor Infante, David Rogers Photo : Matthew Clark Décors : Elizabeth J. Jones Musique : Lesley Barber
Emma Thompson : Katherine Newbury Mindy Kaling : Molly Patel John Lithgow : Walter Lovell Hugh Dancy : Charlie Fain Reid Scottt : Tom Campbell Amy Ryan : Caroline Morton
Grand Corps Malade fait partie de ses gens horripilants qui font preuve d’un talent fou dans tout ce qu’ils touchent. A l’image de Orelsan avec Comme c’est Loin, il avait parfaitement réussi son passage sur grand écran avec Patients. Dans les deux cas, ces artistes nous avaient livré des œuvres très personnelles racontant en grande partie leur propre histoire. Avec la Vie Scolaire, il nous offre une œuvre plus distanciée, nous plongeant dans le quotidien d’un collège des nos jours et non à l’époque de sa propre adolescence. Il s’agit d’un exercice très différent et a priori plus difficile (même si parler de soi ne l’est pas toujours). Mais force est de constater qu’il continue de s’en sortir avec beaucoup de brio.
La Vie Scolaire possède clairement moins de force que Patients. On en sort pas bouleversé, on y rit moins, on y pleure moins. Mais on en ressort la tête plein de questions, face à cette belle réflexion sur le système scolaire dans les quartiers difficiles. Une réflexion dont le plus grand mérite et le plus grand intérêt est d’embarquer dans le même élan les élèves, l’équipe éducative et même les parents (qui sont tout de même un peu plus en retrait). Traiter le problème par ces deux facettes indissociables, sans clichés, sans manichéisme n’était pas un exercice facile mais Grand Corps Malade et Medhi Idir s’en sortent beaucoup mieux que d’autres qui s’y sont essayés. Le seul reproche que l’on peut formuler à leur encontre reste l’absence d’une vraie conclusion. Certes la fin quelque peu ouverte permet à chacun de livrer sa propre interprétation, mais on aurait aimé qu’ils prennent vraiment parti.
La distribution de la Vie Scolaire offre à Zita Hanrot le grand rôle auquel son talent la destinait. Elle irradie à chaque fois qu’elle apparaît à l’écran et donne à son personnage profondeur et crédibilité, alors que cela n’avait rien de forcément évident. La vraie star du film reste néanmoins le casting adolescent qui nous offre une formidable galerie de personnages. Le jeune Liam Pierron livre une prestation remarquable qui sera, n’en doutons pas, remarqué (futur Oscar du Meilleur Espoir Masculin ?). Une réalisation subtile et maîtrisée finit de donner à ce film assez de qualités pour valoir un petit détour, mais peut-être pas le voyage. Mais à la fois, la Seine-Saint-Denis, ce n’est pas très loin !
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Mandarin production, Kallouche cinéma, France 3 cinéma Distribution : Gaumont Réalisation : Grand Corps Malade, Mehdi Idir Scénario : Grand Corps Malade, Mehdi Idir Montage : Laure Gardette Photo : Antoine Monod Décors : Sylvie Olivé Musique : Angelo Foley Durée : 111 min
Jusqu’à présent, aucun des films d’Arnaud Depleschin ne m’avait pleinement convaincu. Je continue à aller voir néanmoins sans aucune hésitation chacune de ses œuvres, car je reconnais à chacune d’elles un réel intérêt, mais gâché par un caractère inabouti et une forme qui pousse souvent le spectateur vers l’ennui. Je suis donc très heureux de dire que je suis enfin pleinement enthousiaste devant un long métrage de ce réalisateur majeur du cinéma hexagonal. En effet, Roubaix, une Lumière est un film remarquable à bien des points de vue.
Le seul regret devant Roubaix, une Lumière est de constater à quel point la promotion de ce film a tenté de le faire passer pour ce qu’il n’est pas. Non, il ne s’agit certainement pas d’un polar, du moins pas au sens auquel on l’entend d’habitude. Il s’agit d’un film de personnages, d’une chronique sociale, d’un portrait de la misère qui caractérise cette ville. Le choix de le faire à travers le quotidien d’un commissariat et au final à travers une enquête policière ne constitue que le choix du support pour un propos qui va bien au-delà. Un choix judicieux car, cette fois, il détourne totalement le spectateur de l’ennui. Ce dernier peut donc apprécier pleinement le récit, ses multiples facettes et sa profondeur.
Roubaix, une Lumière bénéficie de la présence à l’écran de Roschdy Zem. Etre dythirambique sur sa prestation semble inutile, tant il est couvert d’éloges à chacun de ses films. Ici, il prend ce pendant une dimension supplémentaire, celle d’un immense acteur qui rencontre un des quelques rôles qu’il parvient à habiter de tout son être. Grandiose, magnifique, incroyable, il n’y a guère de mots pour définir à quel point il irradie de talent. Léa Seydoux et Sara Forestier ont d’autant plus de mérite à occuper elles aussi une grande place à l’écran, dans des rôles qui les poussent, avec beaucoup de bonheur, en dehors de leur registre habituel. Tout cela concourt à la réussite de ce film qui marque un sommet dans la carrière d’Arnaud Depleschin.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Why Not Productions, Arte France Réalisation : Arnaud Desplechin Scénario : Arnaud Desplechin, Léa Mysius Montage : Laurence Briaud Photo : Irina Lubtchansky Distribution : Le Pacte Musique : Grégoire Hetzel Durée : 114 min
Casting : Roschdy Zem : Daoud Léa Seydoux : Claude Sara Forestier : Marie Antoine Reinartz : Louis
Des quelques réalisateurs dont le seul nom suffit à faire de la sortie de leur film un événement, Quentin Tarantino occupe une place à part. Peut-être parce que certains considèrent qu’il est le plus grand d’entre eux, mais surtout parce qu’il se fait assez rare sur les écrans pour renforcer le caractère événementiel de chacun de ses longs métrages. Son style si caractéristique continue de diviser, créant ainsi des débats sans fin et acharnés dès qu’il nous propose une nouvelle œuvre. Tout était donc réuni pour que Once Upon a Time… in Hollywood constitue l’événement cinématographique majeur de cet été, voire de l’année (enfin face à Avengers et Star Wars, c’est compliqué…). Effectivement, sa sortie alimente les discussions de tous les amateurs du 7ème art. Mais ce 9ème film de Tarantino (en comptant Kill Bill pour un seul) ne parviendra certainement pas à trancher définitivement la question.
Once Upon a Time… in Hollywood est un film d’un réalisateur sûr de son art et de son talent. Il fait ce qu’il sait faire de mieux et il le fait tellement bien que cela ce suffit à lui-même. Certains y verront un manque d’audace et de renouvellement. Les autres souligneront à quel point il traite d’un sujet, d’un univers, d’une époque qui n’ont une nouvelle fois strictement rien à voir avec le reste de sa filmographie. En ce sens là, il est bien l’égal des plus grands, voire même de Stanley Kubrick. Par contre, il est vrai que pour la deuxième fois consécutive, il se laisse quelque peu aller à une sorte de cabotinage un rien paresseux, ponctuant ainsi son film de quelques longueurs que l’on peut regretter. Le phénomène est moins marqué que dans les Huit Salopards, mais on s’ennuie parfois légèrement. On est en droit d’attendre le jour où Quentin Tarantino saura vraiment réinventer totalement Quentin Tarantino.
En attendant, Once Upon a Time… in Hollywood nous livre encore une fois des scènes de pur génie. Des moments où se rejoignent dans une parfaite osmose la perfection de la réalisation, celle de l’interprétation et celle de l’écriture. Le tout porté par une bande-originale encore une fois extraordinaire, même si on peut regretter qu’elle ne soit pas un tout petit peu plus présente. Tout cela nous mène vers un final absolument jouissif. Certes, là encore, cela rappelle d’autres scènes ponctuant sa filmographie, mais cela reste un spectacle assez extraordinaire pour ne pas s’en lasser. Il serait cruel d’en dire plus ici, mais cela reste le genre de scène que l’on a envie de raconter encore et encore.
Once Upon a Time… in Hollywood s’avère une bouffée de plaisir cinématographique absolu, également grâce à son duo d’acteurs. Evidemment, rassembler Leonardo Di Caprio et Brad Pitt à l’écran ne constitue pas une grande prise de risque. Leur seule présence à l’écran suffit à faire saliver les amateurs du 7ème art. Quentin Tarantino confirme son extraordinaire talent dans la direction des comédiens. Une scène en particulier constitue un moment de pure extase. Un moment qui ne paraît rien, mais qui en termes de performance dramatique pure représente un exercice particulièrement périlleux. Qui a déjà mieux que Leonardo Di Caprio dans ce film incarné un acteur médiocre ? Pas un mauvais acteur, ça c’est facile ! Mais un acteur banalement moyen, avec le parfait dosage pour que la piètre qualité du jeu saute aux yeux, sans qu’on ne sache vraiment pourquoi, sans en faire trop. Un vrai grand moment de cinéma !
Once Upon a Time… in Hollywood n’est clairement pas le plus grand film de Tarantino, même si certains défendent ce point de vue. Inégal, il a le défaut de ne pas être génial pendant deux heures et demi, mais seulement les trois quarts du temps. Mais on peut difficilement faire plus véniel comme péché.
LA NOTE : 15/20
Fiche technique : Production : Heyday Films, Sony Pictures entertainment, Visiona Romantica Réalisation : Quentin Tarantino Scénario : Quentin Tarantino Montage : Fred Raskin Photo : Robert Richardson Décors : Barbara Ling Distribution : Sony Pictures Releasing France Durée : 165 min
Casting : Leonardo DiCaprio : Rick Dalton Brad Pitt : Cliff Booth Margot Robbie : Sharon Tate Dakota Fanning : Squeaky Fromme Al Pacino : Marvin Schwarzs Damian Lewis : Steve McQueen Emile Hirsch : Jay Sebring Luke Perry : Scott Lancer Bruce Dern : George Spahn
L’avantage du cinéma coréen est qu’il nous déçoit rarement. On peut facilement imaginer qu’il génère lui aussi régulièrement des navets, mais le filtre des distributeurs hexagonaux fait que, dans notre pays, ce sont les meilleurs films du pays du matin calme qui arrivent sur nos écrans. Une nouvelle preuve avec le Gangster, le Flic et l’Assassin, qui confirme à quel point ce pays excelle dans l’art du polar, même si celui-ci échappe à quelques attributs qui font d’habitude la particularité des polars coréens. Ce film ne comptera pas parmi les plus grands chefs d’oeuvre en provenance de Séoul, mais compte parmi les meilleurs films de cet été cinématographique.
Le Gangster, le Flic et l’Assassin reste un film typiquement coréen par bien des points, mais avec peut-être une influence occidentale qui se fait plus sentir que d’habitude. Le personnage du flic ne ressemble guère à ceux que l’on voit habituellement dans ce genre de production. Cela crée un certain effet de surprise, mais cela édulcore quelque peu le mélange détonnant entre noirceur absolue et bouffonerie qui fait le charme des polars coréens. Que les amateurs éclairés se rassurent, on retrouve tout de même un mélange noirceur-humour, même si les l’humour trouve ici d’autres véhicules. Le film est un peu moins dépaysant, mais nous offre tout de même un spectacle particulièrement plaisant, avec le petit twist final qui va bien.
La Corée compte un nombre d’acteurs incroyables toujours aussi impressionnant. Le plus cinéphiles reconnaîtront Ma Dong-seok, que l’on avait découvert dans le Bon, la Brute et le Cinglé et dans Dernier Train pour Busan. Mais ses deux compères sont des nouveaux venus et ils font eux aussi preuve d’un incroyable talent. Le Gangster, le Flic et l’Assassin montre à quel point un film coréen ordinaire ne l’est jamais tout à fait. La réalisation de Lee Won-Ta est quant à elle typique des polars coréens, avec la scène de nuit sous la pluie qui va bien, même s’il ne possède pas tout à fait la maestria de certains de ses compatriotes. On s’en contentera cet été et s’en plaindre serait vraiment faire la fine bouche.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Kiwi Media Group, B.A. Entertainment Réalisation : Lee Won-Tae Scénario : Lee Won-Tae Montage : Sun-Mi Heo, Young Kyu Han Photo : Seung-cheol Park Décors : Cho Hwa-sung Distribution : Metropolitan Filmexport Musique : Cho Young-wuk Durée : 110 min
Casting : Ma Dong-seok : Jang Dong-su Kim Sung-kyu : K le tueur Kim Moo-yul : Jung Tae-seok
Au cinéma, la folie douce est souvent vue comme une qualité, nous offrant des personnages auquel on s’attache très vite et très fortement. Dans la vraie vie, ces personnes sont plutôt considérées comme des handicapés sociaux, mais on aimerait moins le cinéma s’il n’enjolivait pas quelque peu la réalité. Le 7ème art est rempli d’histoires d’amour improbables entre des êtres pas tout à fait comme les autres, nous offrant une bonne dose de poésie et d’humour. Perdrix se situe dans cette droite lignée. Elle y prend place avec brio et beaucoup de qualité, pour un joli vent de fraîcheur alors que la température est au plus haut ces derniers jours.
Perdrix est donc avant tout un film de personnage. Tout le talent d’Erwan Le Duc, dont c’est pourtant le premier film, est de nous le faire aimer immédiatement, sans que l’on sache vraiment pourquoi. Mais les bons films sont comme beaucoup d’histoires d’amour, personne ne sait pourquoi elles fonctionnent, mais elles fonctionnent et c’est tout ce qui compte. Le film est particulièrement léger, donne le sourire aux lèvres du début à la fin. On ne boude donc pas son plaisir devant ce joli divertissement très réussi et plein de bonnes surprises. C’est frais et digeste, parfait pour l’été.
Ce succès doit beaucoup à Maud Wyler et Swann Arlaud. La première tient avec Perdrix le rôle le plus marquant de sa jeune carrière. Elle s’en acquitte avec beaucoup de talent, dégageant un charme étrange, quand son personnage aurait pu facilement devenir particulièrement antipathique. Le second prend une place de plus en plus importante dans le paysage du cinéma hexagonal. Une place amplement mérité. Ils sont joliment secondés par le reste du casting, en particulier Fanny Ardant que c’est toujours un plaisir de voir à l’écran. Tout ce petit monde est parfaitement mis en valeur par la réalisation élégante d’Erwan Le Duc, dernier petit détail qui explique la qualité de ce film.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Domino Films Réalisation : Erwan Le Duc Scénario : Erwan Le Duc Montage : Julie Dupré Photo : Alexis Kavyrchine Décors : Astrid Tonnellier Distribution : Pyramide Distribution Son : Mathieu Descamps Musique : Julie Roué Durée : 102 min
Casting : Swann Arlaud : Pierre Maud Wyler : Juliette Fanny Ardant : Thérèse Alexandre Steiger : Michel Patience Munchenbach : Marion Nicolas Maury : Julien
Qui n’a jamais rêvé d’être un autre pour échapper la médiocrité de notre propre existence ? Allez, allez, vous pouvez l’avouer, cela arrive à tout le monde. Cela sert aussi de point de départ à de nombreuses histoires dans des genres et des contextes variés. Les Faussaires de Manhattan nous raconte exactement ce genre d’histoire. Celle d’une auteur quelque peu ratée qui connaît enfin la reconnaissance en imitant le style des autres et en créant de fausses lettres, soit autant de fausses pièces de collection que certains sont prêts à acquérir à prix d’or. Une histoire vraie qui donne un film tragi-comique relativement plaisant.
Le grand mérite de les Faussaires de Manhattan est d’oser nous présenter des personnages criblés de défauts et de faiblesses. Dans un premier temps, cela peut nous conduire à les trouver particulièrement antipathiques. Mais finalement, peu à peu, on s’y attache de plus en plus. Ce processus procure à cette histoire un intérêt supplémentaire. On apprécie d’autant plus une intrigue qui sans cela n’aurait pas forcément justifié un long métrage. Elle n’est pas totalement linéaire et réserve quelques rebondissements, sans être cependant d’une incroyable intensité narrative. Avec ces deux couches, le récit possède au final une épaisseur tout à fait respectable.
Melissa McCarthy et Richard E. Grant forment un duo de comédiens en parfaite osmose. Ils portent les Faussaires de Manhattan et lui donne un supplément de charme non négligeable. Ils se livrent à un petit numéro dans des rôles de composition, mais en gardant un naturel déconcertant. Ils apportent un peu d’éclat à la réalisation très sobre, pour ne pas dire un rien tristounette, de Marielle Heller. On la remerciera cependant d’avoir porté à l’écran cette histoire édifiante. Cela tient à première vue du fait divers sans envergure, mais en dit finalement long sur la notion de célébrité et sur le culte que l’on peut vouer aux artistes que l’on admire.
LA NOTE : 11/20
Fiche technique : Production : Archer Gray, Bob Industries, Fox Searchlight Pictures Distribution : Condor distribution Réalisation : Marielle Heller Scénario : Nicole Holofcener, Jeff Whitty, autobiographie de Lee Israël Montage : Anne McCabe Photo : Brandon Trost Décors : Stephen H. Carter Musique : Nate Heller Durée : 106 min
Casting : Melissa McCarthy : Lee Israel Richard E. Grant : Jack Hock Dolly Wells : Anna Ben Falcone : Alan Schmidt Gregory Korostishevsky : Andre Jane Curtin : Marjorie Stephen Spinella : Paul Christian Navarro : Kurt
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