Les grands acteurs peuvent interpréter toute sorte de rôles. C’est même en ça qu’ils sont grands. Mais malgré cela, certains gardent des prédispositions particulières pour certains types de personnage ou d’univers. De Niro restera à jamais un parfait gangster, bien qu’il ait été également éblouissant dans des rôles radicalement opposés. Vincent Lindon quant à lui semble né pour les films à forte dimension sociale. En Guerre en apporte une nouvelle preuve. Une nouvelle preuve aussi de la jolie complicité née entre le réalisateur Stéphane Brizé et cet acteur. Deux hommes que l’on imagine facilement réunis par beaucoup de choses. En premier lieu des convictions.
Il ne fait pas le moindre doute vers qui dans ce film penche le cœur de Stéphane Brizé. Cependant, son plus grand mérite est d’avoir su conserver une réelle impartialité. On peut même presque parler de détachement. En Guerre n’est certainement pas un film qui vous envoie une opinion au visage en vous priant d’être d’accord avec elle. Il cherche à relater des faits et à amener le spectateur à se faire sa propre opinion. Evidemment, une mise en scène n’est jamais totalement neutre, mais rien ici ne vous empêchera d’avoir un avis objectif. Les personnages, les propos, les situations ne sont jamais manichéennes, rien n’est blanc, ni noir. Cet équilibre représente une des grandes forces du film.
L’autre est l’histoire humaine que sous-tend En Guerre. C’est ici que je placerait un tout petit bémol avec un dénouement que je trouve peut-être un peu trop gros pour être vrai et du coup un peu facile. Mais ça n’enlève rien à l’émotion véhiculé par un film qui remue quand même autant les tripes qu’il secoue les idéaux du spectateur. Le personnage interprété par Vincent Lindon joue un rôle central, mais le film compte toute une galerie de protagonistes, pour beaucoup interprétés par des acteurs non professionnels. Au premier rang desquels la formidable Mélanie Rover. En tout cas, on ressort de ce film quelque peu secoué pour beaucoup de raisons. Un film qui fait sens dont l’impact est renforcé par une réalisation brillante. Bref, du cinéma d’utilité publique.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Nord-Ouest Films, France 3 cinéma Réalisation : Stéphane Brizé Scénario : Stéphane Brizé, Olivier Gorce Montage : Anne Klotz Photo : Eric Dumont Distribution : Diaphana Distribution Musique : Bertrand Blessing Durée : 113 min
Casting : Vincent Lindon : Laurent Amédéo Mélanie Rover : Mélanie Jacques Borderie : M. Borderie
Les générations ayant été profondément marquées par l’épidémie de SIDA telle qu’on la vivait dans les années 80 et 90 ont désormais l’âge de faire des films. Cela se ressent lorsque l’on lit les scénarios des productions hexagonales de ces dernières années, voire simplement de ces derniers mois. On pense évidemment à 120 Battements par Minute, mais le thème est présent au cœur de bien d’autres histoires. La preuve avec Plaire, Aimer et Courir Vite, le dernier film de Christophe Honoré. La maladie y joue ici un rôle essentiel dans l’intrigue, sans pour autant être à proprement parler le sujet du film.
Plaire, Aimer et Courir Vite nous parle avant tout du sujet le plus universel qui soit, à savoir l’amour. L’amour ici avec la perspective de la mort qui rôde, mais l’amour quand même. C’est en cela que l’histoire possède bien quelque chose d’universelle, dans les relations entre les personnages notamment. D’un côté, le film aurait pu être le même dans un autre temps, d’autres lieux, une autre sexualité… De l’autre, le film aurait été radicalement différent puisque tous ces éléments donnent à ce film un relief et un intérêt supplémentaires. Le grand mérite de ce film est d’arriver à dresser des portraits singuliers de personnages, d’une époque, d’un contexte, en montrant aussi ce qu’il y a de plus immuable dans les sentiments et les relations humaines.
Plaire, Aimer et Courir Vite confirme aussi que Vincent Lacoste prend une dimension supplémentaire à chacun de ses rôles. Il parvient même ici à se métamorphoser physiquement pour interpréter son personnage. Difficile cependant de séparer sa prestation de celle de Pierre Deladonchamps, tant les deux rôles s’entremêlent et n’auraient pas pu briller autrement qu’ensemble. Ils portent vraiment le film sur leurs épaules, avec l’aide discrète de Denis Podalydès, tout de même. C’est grâce à eux que Christophe Honoré signe un beau et grand film dramatique, qui ne sombre jamais dans le pathos. Un film qui nous faire sourire autant qu’il nous bouleverse. N’est-ce pas là un parfait résumé de la vie dans tout ce qu’elle a de plus universelle ?
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Les films pelléas, Arte France Cinéma, Canal + Réalisation : Christophe Honoré Scénario : Christophe Honoré Montage : Chantal Hymans Photo : Rémy Chevrin Décors : Stéphane Taillasson Distribution : Ad vitam Durée : 132 min
Casting : Vincent Lacoste : Arthur Pierre Deladonchamps : Jacques Denis Podalydès : Mathieu Adèle Wismes : Nadine Thomas Gonzalez : Marco Clément Métayer : Pierre Quentin Thébault : Jean-Marie Tristan Farge : Louis, Loulou Sophie Letourneur : Isabelle
Certaines affiches sont particulièrement alléchantes. Un réalisateur reconnu et un casting de prestige, autant d’éléments susceptibles de mettre l’eau à la bouche de tout cinéphile qui se respecte. Everybody Knows est un film qui a tout pour faire naître de telles attentes. Mais ces dernières créent un écueil pour le réalisateur. En effet, il ne pourra se contenter d’une médiocrité de film juste moyen sous peine de créer une grande déception. Il serait injuste de taxer ici Asghar Farhadi de médiocrité, mais force est de constater que son film ne parvient pas vraiment à satisfaire toutes les espérances du spectateur.
Il est incontestable qu’Everybody Knows constitue une oeuvre parfaitement maîtrisée. Alors pourquoi faire la fine bouche ? Parce que le talent ne fait pas forcément tout. Encore faut-il qu’il soit un minimum challengé par un minimum de prise de risques. Le scénario est brillant, mais sans surprise profonde, ni réelles aspérités. Le classicisme peut parfois constituer une qualité, il s’apparente cependant ici à une peur de sortir des chemins balisés. On ressort de ce film charmé certes, sans être pour autant tombé follement amoureux, comme on aurait pu légitimement l’espérer.
Everybody Knows repose beaucoup sur sa galerie de personnages. Là encore, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle aurait gagné à être un peu moins prévisible. Beaucoup d’entre eux cachent un secret qui ne nous fait jamais sursauter de surprise quand il est révélé. Reste tout de même le réel plaisir d’admirer le jeu du trio Penelope Cruz, Javier Barden et Ricardo Darin, trois monstres sacrés. Ils donnent la pleine mesure de leur immense talent, sans jamais cependant être repoussés dans leurs derniers retranchements. La réalisation élégante d’Asgar Farhadi avait donc sûrement mieux à nous proposer, même si la qualité du résultat dépassé largement le commun des longs métrages.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Memento Films Réalisation : Asghar Farhadi Scénario : Asghar Farhadi Montage : Hayedeh Safiyari Photo : José Luis Alcaine Distribution : Memento Films Musique : Javier Limon Durée : 132 min
Casting : Penelope Cruz : Laura Javier Bardem : Paco Ricardo Darin : Alejandro Barbara Lenie : Bea
Le cinéma et la télévision peuvent nous donner l’impression de bien connaître certains pays. Il suffit de s’y rendre pour se rendre compte à quel point il s’agit d’un miroir déformant. Je peux d’autant mieux en témoigner que je suis aux États-Unis à l’heure où j’écris ces lignes. Le Japon est un autre pays qui peut nous sembler particulièrement familier même sans y avoir jamais mis les pieds. Je n’ai jamais eu la chance de m’y rendre mais mon regard a déjà quelque peu changé en allant voir Senses, sorti en trois temps sur nos écrans.
Senses est un film en cinq parties, une par sens. Plus de 5 heures de film que la distribution en France a découpé en trois volets. L’histoire ordinaire de quatre japonaises ordinaires. Mais à travers elles, une immersion totale dans une société si singulière. Une société aux règles et contraintes multiples qui limitent l’épanouissement individuel. Avec une pudeur assez extraordinaire, le film nous fait partager l’aspiration à la liberté et au bonheur de ces femmes qui refusent à se résigner.
Certes, on flirte parfois avec l’ennui. Les scènes sont longues et toutes ne sont pas forcément passionnantes. Mais certaines le sont réellement. Notamment une sur la difficulté au Japon de simplement se toucher, quand on connaît le réconfort que peut apporter un contact physique. Le cinéma de Ryüsuke Hamaguchi rappelle par bien des côtés celui de Kechiche, la maestria artistique en moins. La réalisation est beaucoup plus sobre ici. Tout en retenu et en pudeur. Une forme qui en dit au moins aussi long que le fond et nous rend un peu plus familier avec ce pays à nul autre pareil. Même s’il ne remplacera jamais un voyage.
Depuis la naissance du mythe de Robin des Bois, les fictions mettent souvent en scène des « héros » aux revenus particulièrement modestes dont le vol est devenu le principal moyen de subsistance, sans que cela ne choque la morale outre mesure. Dans une histoire manichéenne, voler un méchant lui même voleur ne fait pas de vous son égal, mais au contraire un gentil. Heureusement, certaine histoire nous offre un propos plus nuancé. Par exemple, celle qui a servi de base au scénario de Comme des Rois.
Face à ce film, difficile de ne pas trouver sympathique ce duo père-fils qui se retrouve à arnaquer des personnes âgées trop crédules. Pourtant le charme opère. Mais ce qui rend Comme des Rois vraiment intéressant, c’est qu’il ne fait pas l’impasse sur le revers de la médaille. Ce dernier constitue même le cœur du film. On ressent de l’attachement, pour ne pas dire de l’affectation, pour les personnages, mais en mesurant toutes les imperfections qui les caractérisent et tous les dilemmes auxquels ils font face. C’est bien la combinaison de ces deux aspect qui fait que ce film mérite d’être vu.
Comme des Rois ne révolutionne certainement pas le genre. Un film social reposant sur le portrait de personnages, voilà quelque chose auquel le cinéma français nous a souvent habitué. Le film fonctionne ici particulièrement bien grâce aux talents conjugués de Kad Merad et Kacey Mottet Klein. Ils offrent à ce film un réel supplément d’âme à un propos qui n’est pas non plus d’une profondeur abyssale. On se réjouit également de voir Sylvie Testud, alors qu’elle se fait plutôt rare à l’écran ces derniers temps. Le tout aboutit à un film tendre et plus léger que grave. Un film qui divertit intelligemment.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Réalisation : Xabi Molia Assistants-réalisateurs : 1) Pierrick Vautier / 2) Clémentine Castel Scénario : Xabi Molia et Frédéric Chansel Productrices : Christie Molia, Marielle Duigou Directeur de la photographie : Martin de Chabaneix Directeur de production : Patrick Armisen Musique : Lullatone Décors : Pascale Consigny Montage : Thomas Marchand Son : Arnaud Trochu Directeur du casting : Nathalie Cheron Durée : 84 min
Casting : Kad Merad : Joseph Peretti Kacey Mottet Klein : Micka Peretti Sylvie Testud : Val Peretti, Lucie Bourdeu : Léa, Tiphaine Daviot : Stella Peretti Jenny Bellay : Giulia Marc Bodnar : Marek Amir El Kacem : Medhi Paulette Frantz : Mme Mannarino Nicky Marbot : Michel Le Tallec Saïd Benchnafa : Karim Clément Clavel : Stéphane
Après avoir négligé quelque peu cette chronique, il est temps d’y revenir avec un épisode qui prête plutôt à sourire, mais qui en dit long sur le fonctionnement du Parti Socialiste (et de tous les partis politiques en fait). Bon, il est vrai que je dis ça à peu près à chaque billet, je l’admets. Je vais donc vous parler de la Coopol, acronyme de Coopérative Politique. Je suis sûr que je viens de réveiller un mot oublié depuis longtemps chez les vieux militants et en prononcer un totalement inconnu chez les autres.
La Coopol était un réseau social destiné aux adhérents du PS et aux sympathisants. Un projet particulièrement ambitieux qui a été mené à peu près n’importe comment, qui a coûté un prix faramineux pour constituer au final un bide retentissant. A la limite, j’aurais presque envie de m’arrêter là, puisque tout est dit, mais je vais quand même vous contez de manière un peu plus précise comment ce fiasco s’est déroulé.
Tout cela partait pourtant d’une bonne idée. Développer un outil « réseau » pour un parti politique à la base militante forte et structurée localement comme le PS n’avait rien d’absurde. Un outil sur mesure qui offrirait à chacun des outils utiles à l’exercice de ses fonctions dans le parti, voilà qui aurait pu représenter une vraie source de progrès et surtout assurer une certaine continuité. Ainsi, par exemple, quand un secrétaire de Section changerait, le nouvel élu aurait pu retrouver un historique, une liste de contacts à jour, quelle que soit la manière dont la transition se serait déroulée. Bref, dans l’absolu, l’opération avait tout pour être un succès.
Tout ceux qui se sont frottés au déploiement de ce genre d’outils le savent bien. La réussite est délicate et nécessite au strict minimum trois choses: du temps, de la compétence et de la communication. Le déploiement de la Coopol s’est évidemment déroulé sans aucun de ces trois éléments, ce qui explique largement l’échec.
Du temps donc. Sauf que la Coopol s’est déployé dans une totale précipitation. Pourquoi une telle urgence ? L’UMP avait annoncé qu’il lançait lui aussi son propre réseau social. Il fallait absolument les devancer. Pourquoi ? Euh bah parce que ! Lorsque la Coopol est lancée, l’outil est encore loin d’être finalisé. On imagine que l’analyse des besoins a été vite fait mal fait et beaucoup des fonctionnalités qui aurait vraiment fait la différence par rapport à un simple boîte mail n’étaient encore pas présentes. Et surtout, le lancement s’est fait immédiatement à grande échelle. L’ensemble des adhérents et même les sympathisants sont invités à l’utiliser !
Ce genre d’outil se déploie progressivement à partir d’un noyau chargé dans un premier temps de le tester puis de le faire vivre, avant d’agglomérer des nouveaux utilisateurs progressivement. Vouloir en lancer un, non finalisé, rapidement et à grande échelle, représentait déjà un défi totalement insurmontable. Surtout quand on manque à ce point de compétences. Je ne veux surtout pas jeter la pierre aux permanents et aux militants qui ont œuvré à son déploiement. Je veux juste rappeler que ce genre d’opération constitue un métier, qui demande une formation spécifique. On touche là vraiment la limite des systèmes militants à grande échelle. La bonne volonté, l’enthousiasme et l’implication ne font pas tout et poussent à commettre des erreurs liées à certaine forme de naïveté. Croire que l’opération « Coopol » pouvait marcher relever tout à fait de cette dernière.
Enfin, il reste la communication et la pédagogie. Je peux d’autant mieux en parler que j’ai été chargé de cette dernière pour les Yvelines. Et oui, même si je prends du recul désormais, je ne prétends pas du tout avoir été exempt de cette naïveté que j’évoquais précédemment. Au niveau de ma Section, je me suis heurté à mon Secrétaire qui n’a jamais vu l’intérêt de cet outil. Il est vrai, je l’ai déjà souligné, que ma Section marchait particulièrement bien à l’époque, alors c’était d’autant plus difficile de faire changer des habitudes, surtout avec un outil aussi imparfait.
Au niveau fédéral, cette fonction m’a permis de vivre deux beaux moments de la vie interne de la Fédération des Yvelines. J’ai présenté d’abord la Coopol au Secrétariat Fédéral, c’est à dire l’instance où se réunissent les différentes personnes chargées de faire vivre et travailler des groupes thématiques… Si, si, ça a existé à une époque dans les Yvelines. Le contexte était particulier, suite à au décès de notre Premier Fédéral, la fédération étant dirigée transitoirement alors par deux vice-Secrétaires, entrée dans une phase de détestation absolue. Si j’ai pu réaliser mon intervention dans une certaine écoute, je me suis retrouvé au milieu de l’assemblée, en mesure d’entendre ce que murmurait chacun des deux à leur voisin, chacun à un bout de la table. Chaque prise de parole de l’un provoquait des commentaires désobligeants de la part de l’autre. Bonne ambiance !
Ma seconde intervention s’est déroulée en Conseil Fédéral, soit le « parlement » de la Fédération. Les circonstances ne m’ont pas aidé. Je me suis retrouvé en fin de programme, vers 23h, et la réunion avait lieu exceptionnellement dans une salle à l’acoustique déplorable. Du coup, personne ne m’écoutait, ceux qui auraient bien voulu ne m’entendaient pas et la salle me renvoyait un brouhaha absolument insupportable. Par contre, j’entendais bien les commentaires désagréables (sur le projet, pas sur moi, mais quand même) d’un personnage absolument exécrable que j’ai déjà évoqué dans un épisode précédent. Bref, je me suis vraiment demandé ce que je faisais là, pourquoi j’étais venu perdre ma soirée et traverser la moitié des Yvelines pour subir ça.
Suite à ça, ayant accompli le minimum de ma mission, je laissais la Coopol mourir de sa belle mort et décidais de ne plus mettre les pieds à la Fédération pour un moment…
J’aurais pu arrêter mon billet là, mais il y a un petit épilogue. En effet, pour préparer ce billet, j’ai essayé de voir si la Coopol existait encore et si je pouvais encore me connecter. Et bien la réponse est oui… Je n’y ai relevé absolument aucune activité récente, mais le PS continue de payer pour faire vivre cet projet totalement mort né. Vous avez dit incompétence ?
Un dilemme, qu’il soit moral ou amoureux, constitue un point de départ potentiel pour un bon scénario. En effet, conduire les spectateur à se demander quel sera finalement le choix du personnage représente une façon assez simple de faire naître une certaine forme de suspense. Et on peut multiplier le procédé au sein de la même histoire avec plusieurs décisions à prendre pour plusieurs personnages. C’est sur cela que repose Transit, le nouveau film du réalisateur allemand Christian Petzold, que l’on avait déjà remarqué en France avec Phoenix. Il nous livre là sans doute son film le plus abouti.
Transit possède une toile de fond qui peut quelque peu surprendre. En effet, il se déroule dans ce qui ressemble comme deux gouttes d’eau à la France d’aujourd’hui, mais une France secouée par des événements politiques totalement imaginaires, avec la prise de contrôle du territoire progressive par une armée fasciste et la traque de tous les réfugiés… y compris les réfugiés allemands. Ce point de départ est un peu déstabilisant, nous ancrant à la fois dans la réalité et dans l’imaginaire. Il nous fait perdre par mal de repères, mais c’est pour mieux nous rendre perméable à l’émotion. On peut aussi y voir là un écho à une évolution politique plutôt inquiétante qui sévit en Europe.
Mais Transit reste au final une histoire assez classique et intemporel de personnages déchirés face aux choix qu’ils ont à faire. Christian Petzold parvient cependant à croiser différentes couches de complexité pour autant de personnages, rendant chaque décision plus difficile et rendant imprévisible la suite des événements. Le spectateur est réellement pris par cette intrigue, romantique et romanesque. Tous ces éléments font de ce film une œuvre à la fois classique et originale. Il nous livre surtout une vraie histoire qui méritait d’être racontée.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : Schramm film, Neon productions, Arte France, Arte, ZDF Distribution : Les films du losange Réalisation : Christian Petzold Scénario : Christian Petzold, d’après la nouvelle de Anna Seghers Montage : Bettina Böhler Photo : Hans Fromm Décors : K.D.Gruber Musique : Stefan Will Durée : 101 min
Casting : Franz Rogowski : Georg Paula Beer : Marie Godehard Giese : Richard Lilien Batman : Driss Maryam Zaree : Melissa Barbara Auer : la femme aux deux chiens Jean-Pierre Darroussin : le narrateur
Wes Anderson fait partie de ces très rares réalisateurs possédant une personnalité artistique assez forte pour que l’on reconnaisse son style au premier regard. Un style qui séduit par sa poésie, la folie douce qui anime ses personnages, le tout mis en image avec une maîtrise et une originalité hors du commun. Des films reconnaissables, mais tous différents. L’Ile aux Chiens constitue une nouvelle œuvre qui ne ressemble à aucune autre, même si on est vite tenté de la comparer à Fantastic Mr. Fox, sa précédente incursion dans le monde de l’animation. Mais en tout cas, le talent est toujours aussi éclatant.
L’Ile aux Chiens est d’abord une belle histoire, pleine de poésie, d’aventures, de romance… Une histoire particulièrement romanesque qui montre ce qu’on peut faire d’un film d’animation où les animaux parlent (une petite pensée aux scénaristes de Comme des Bêtes, qui auront pris des notes devant ce film j’espère). Du rythme, des rebondissements et des personnages, humains et animaux, toujours aussi attachants. On est au cœur de tout ce qui a toujours fait le succès de Wes Anderson. Un univers enfantin, mais d’une subtilité et d’une richesse qui séduiront le plus adulte des spectateurs.
L’Ile aux Chiens est cependant comme tous les films de Wes Anderson. On ressent pour eux une profonde affection, une infinie tendresse, un vrai élan du cœur. Mais cela reste un rien platonique. La forme particulièrement soignée, où l’on sent que chaque élément est pensé au millimètre fait de ce film un exercice de style, d’une formidable qualité, mais qui n’arrive pas tout à fait à faire naître l’émotion brute et souvent inexplicable qui fait les réels chefs d’œuvre. Si on peut aimer profondément ce film, on saura toujours exactement pourquoi. Et un amour sans mystère ne sera jamais le plus passionnel qui soit.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : American Empirical Pictures Distribution : Twentieth Century Fox France Réalisation : Wes Anderson Scénario : Wes Anderson, d’après une histoire de Roman Coppola, Jason Schwartzman, Kunichi Nomura Montage : Andrew Weisblum Photo : Tristan Oliver Décors : Paul Harrod, Adam Stockhausen Musique : Alexandre Desplat Directeur artistique : Curt Enderle Durée : 101 min
Lorsque l’on aborde au travers un film un sujet extrêmement sérieux, voire explosif, on peut être tenté d’opter pour une forme sobre, voire austère, gage de sérieux. Il faut être sacrément sûr de soir et posséder un certain courage pour, au contraire adopter un forme originale, voire même provocante. C’est bien le choix audacieux réalisé par Samuel Maoz et son film Foxtrot. Une audace que l’on aimerait saluer en criant au génie. Malheureusement, cette qualité, même si elle inspire un profond respect, ne suffit pas à combler un spectateur.
Foxtrot nous surprend du début à la fin. Ou plutôt, nous surprend régulièrement, mais entre temps nous ennuie quelque peu. Les scènes sont la plupart du temps beaucoup trop longue. Leur côté décalé allume toujours une lumière d’intérêt, mais ensuite, une fois l’effet de surprise estompé, elle se dissipe rapidement. Tout cela fait surtout ressembler ce film à un exercice de style, sans émotion profonde. On en ressort pas bouleversé comme on aurait pu l’être. Cela tient en partie au choix d’un humour mordant et ironique, plutôt qu’une démonstration directe, mais comme on ne rit pas non plus réellement, le spectateur se trouve dans un entre deux qui a bien du mal à faire naître l’enthousiasme.
Foxtrot est à l’origine de vives polémiques dans son pays d’origine. C’est un film qu’il fallait oser faire et Samuel Maoz a osé. On ne peut qu’être admiratif pour cela. Il se révèle au final décevant, non pas parce qu’il l’est dans l’absolu, mais bien parce qu’on aurait vraiment aimé être entraîné par tant de témérité. Mais on reste uniquement spectateur d’un spectacle qui n’a pas su emporter le public avec lui à cause d’une forme au final plus sophistiquée que provocante. On reste donc un peu au milieu du gué, déçu d’être déçu.
LA NOTE:11/20
Fiche technique : Réalisation : Samuel Maoz Scénario : Samuel Maoz
Casting : Lior Ashkenazi : Michael Feldmann Sarah Adler : Daphna Feldmann
Avengers : Infinity War faisait partie des films les plus attendus cette année. Attendu évidemment en premier lieu par les fans de comics, impatients de voir enfin longuement le personnage de Thanos à l’écran. Mais ces dernières années, l’univers Marvel a su séduire sur grand écran un public bien plus large que les simples inconditionnels des bandes-dessinées. Et nombreux étaient ces amateurs de super-héros au cinéma à piaffer eux aussi. Le film par de nombreux aspects comble totalement ces attentes. Mais ne va guère plus loin.
Avengers : Infinity War marque une sorte d’aboutissement d’un processus relativement inédit de création d’un univers fictionnel au cinéma d’une telle ampleur en si peu de temps. Mais aboutissement rime aussi avec essoufflement. Le film nous livre de nouvelles batailles épiques et spectaculaires. Les mêmes batailles que l’on a déjà adoré auparavant. Les mêmes… c’est bien là le (léger) problème. Le plaisir est là, on a ce que l’on est venu chercher, mais rien de plus. Rien de bien nouveau non plus. Du coup, l’intérêt du film repose avant tout sur la personnalité d’un méchant particulièrement réussi. C’est un peu faible pour justifier 2h30 de film, qui, du coup, n’est pas exempt de longueurs.
Efficacité est bien le terme qui domine quand on pense à Avengers : Infinity War. Le film n’est pas sans âme, grâce à ses personnages mais sans génie artistique. Certes, il souffre de la sortie récente de Ready Player One qui nous a rappelé quel spectacle fantastique peut nous livrer un génie du cinéma quand il met en scène des batailles épiques. Anthony et Joe Russo sont pourtant loin d’être maladroits derrière la caméra, mais n’est pas Steven Spielberg qui veut. Au final, on suit ce film avec énormément de plaisir, il serait mentir de dire le contraire. On en ressort avec une réelle envie de voir la suite au plus vite (surtout vu la fin…). Mais on en ressort aussi en se disant que notre histoire d’amour avec les héros Marvel se situe désormais plus dans la routine que dans la passion. Parfois, cette dernière renaît, mais parfois ce sentiment constitue un prélude à la rupture.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Marvel Studios Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures Réalisation : Anthony Russo, Joe Russo Scénario : Christopher Markus, Stephen McFeely Montage : Jeffrey Ford, Matthew Schmidt Photo : Trent Opaloch Décors : Charles Wood Musique : Alan Silvestri Durée : 149 min
Casting : Josh Brolin : Tanos Elizabeth Olsen : Scarlet Witch Scarlett Johansson : Black Widow Robert Downey Jr. : Iron Man Chadwick Boseman : Black Panther Chris Pratt : Star-Lord Chris Hemsworth : Thor Chris Evans : Captain America Paul Bettany : Vision Mark Ruffalo : Hulk Tom Hiddleston : Loki
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