L’AMATEUR D’ESCARGOTS (Patricia Highsmith) : Excellentes nouvelles à la douzaine

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lamateurdescargotsAvant d’entrer dans la vif du sujet, j’ai une pensée pour la personne qui a récupéré mon exemplaire de l’Amateur d’Escargots à l’aéroport de Tunis. Qui a surtout récupéré un marque-page qui m’était particulièrement précieux et que j’ai donc perdu à jamais. Enfin j’espère que tout ça n’a pas fini bêtement dans une poubelle car il n’y a rien de plus triste qu’un livre jeté quand il pourrait être lu. Bref, j’ai depuis racheté un exemplaire pour pouvoir le finir et vous livrer cette critique ma foi très positive.

L’Amateur d’Escargots est un recueil de nouvelles étonnant pour deux raisons. Déjà par la variété des récits proposés. En effet, chacun développé une thématique différente, propose des intrigues aux mécanismes qui n’ont rien à voir les uns avec les autres et des personnages totalement dissemblables. On est donc à chaque fois surpris, et souvent agréablement surpris, surtout que certains sortent vraiment de l’ordinaire. Cela permet de découvrir qu’on peut même livrer deux récits parlant d’escargots, tout en étant radicalement différents. Ensuite, le livre se caractérise par une qualité vraiment constante, ce qui est rare dans ce domaine. Seul une des nouvelles ne m’a vraiment pas convaincu, alors que j’ai été enchanté par tous les autres.

Le style de Patricia Highsmith est vraiment plaisant. Elle se révèle une narratrice hors pair, sachant ménager ses effets avec maestria. Il est rare que l’on saisisse dès les premières lignes où elle veut nous mener, mais tout finit par être exposer au lecteur juste au bon moment pour en démultiplier l’impact. Sa plume est alerte, qualité indispensable pour un bon nouvelliste. On sent bien que l’Amateur d’Escargots constitue une sorte de récréation pour cette auteur qui a livré quelques chefs d’œuvre de la littérature policière. Mais une une récréation qui divertit pleinement le lecteur qui n’a donc aucune raison de se plaindre.

L’HELVETE UNDERGROUND (Grégoire Carbasse) : Poulpe suisse

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lhelveteundergroundPas d’été sur la plage et au bord de la piscine plein de lectures sans au moins un Poulpe ! Et comme j’ai encore une belle collection de volumes non lus qui m’attend dans ma bibliothèque, je ne suis pas encore tout à fait prêt à perdre cette habitude. Comme son titre l’indique, l’Helvète Underground nous emmène en Suisse. Cet épisode a été écrit par Grégoire Carbasse, surtout connu comme éditeur de guides de voyage, mais dont la propre plume n’est pas maladroite.

L’Helvète Underground, comme tous les Poulpe, est parfait pour une journée plage… mais une seule, puisqu’il ne dépasse pas 140 pages avec une police généreuse. Mais on retrouve donc ce qui fait le charme des récits de ce détective pas comme les autres. C’est direct, sans fioriture et on rentre assez vite dans le vif du sujet pour ensuite ne s’attarder inutilement sur rien. Un roman que l’on peut donc facilement lire d’une traite, en ayant juste le temps de parfaire son bronzage après une bonne baignade.

L’Helvète Underground n’est pas le meilleur Poulpe que j’ai lu, mais il est surtout loin d’être le plus mauvais. Le récit se situe dans la droite lignée des autres épisodes de la série, mais est bien menée. Il prend le temps malgré tout de nous présenter une belle galerie de personnages, entre mafia russe et milieu bancaire tout ce qu’il y a de plus suisse. Ce qui voit dans ce dernier une autre version du crime organisée seront donc ravis. Les autres aussi pour ceux qui aiment les courts récits bien écrits. Et bien sûr, tous ceux qui aiment le Poulpe !

LES AMANTS ETRANGERS (Philip José Farmer) : Amours stellaires

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lesamantsetrangersPour moi, Philip José Farmer reste avant tout l’auteur du formidable Cycle du Fleuve, une saga en 5 tomes que j’avais dévorée adolescent, après l’avoir découverte par hasard à la Médiathèque de Bourges et dont je garde un souvenir impérissable. J’avoue cependant n’avoir jamais vraiment songé à explorer le reste de son œuvre. C’est donc à une vraie curiosité un rien fébrile que je me suis lancé dans la lecture de Les Amants Etrangers, un roman de 1961, de pure science-fiction puisqu’il nous entraîne en 3050 sur une lointaine planète.

Découvrir un futur lointain, des mondes situés à l’autre bout de l’univers, nés de l’imagination fertile d’un auteur talentueux fait partie des premiers plaisirs de la lecture d’un roman de science-fiction. Mais ce dernier n’aura un grand intérêt que si tout cela sert de décor à une histoire solide et si possible proposant de vrais rebondissements. Les Amants Etrangers allient ces deux éléments dans un équilibre parfait. La description d’un avenir dominé par les ultra puritains est savoureuse, mais l’intérêt du lecteur est stimulé tout au long du roman par une vraie curiosité de savoir où vont le mener tous les fils de l’intrigue.

Certes, la conclusion de les Amants Etrangers est quelque peu capillotractée. Mais du coup, il est relativement impossible de l’anticiper, du moins dans tous ses détails. De plus, elle garde assez de cohérence pour rester convaincante. On ressort donc du roman sur un réel sentiment de satisfaction littéraire, surtout que le roman bénéficie du style particulièrement vivant et fluide de Philip José Farmer. Si ce dernier fait partie de ces pionniers de la science-fiction qui ont conservé leur aura même aujourd’hui, ce n’est pas pour rien. En tout cas, la lecture de ce roman me donne une forte envie de m’attaquer au reste de sa bibliographie.

LA REVANCHE DES SPELLMAN (Lisa Lutz) : Humour et autoréférence

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larevanchedesspellmanLes Spellman forment une famille des plus réjouissantes de la littérature policière contemporaine. Enfin policière en mode parodique car ici c’est l’humour et la fantaisie qui priment. Ces détectives sortant quel que peu de l’ordinaire nous avaient offert deux premiers tomes particulièrement réussis. C’est donc avec un vrai plaisir qu’on les retrouve pour la Revanche des Spellman. Un plaisir cependant réservé à ceux qui ont déjà lu les deux précédents volumes.

Une série comique atteint généralement son sommet paradoxalement quand elle cesse d’être hilarante pour ceux qui la prennent en cours de route. Quand l’autoréférence devient un élément essentiel de l’humour. C’est exactement ce qui arrive avec La Revanche des Spellman. Il est drôle pour lui même certes, mais encore par les ponts qu’il jette avec les récits précédents et surtout avec ce que l’on sait déjà des personnages, sans que Lisa Lutz ne prenne forcément la peine de tout réexpliquer en détail.

La série avance donc sur un rythme de croisière désormais avec la Revanche des Spellman. Mais un rythme plaisant sur lesquels les fans se sentent parfaitement bien. Ils dévoreront ce roman comme ils ont dévoré les deux précédents. Avec avidité et impatience, mais aussi avec une grande facilité dans la plume de Lisa Lutz est légère, vivante et surtout toujours imaginative. Longue vie aux Spellman !

100 DE SOLITUDE (Gabriel Garcia Marquez) : De la surprise à l’admiration

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100ansdesolitudeLe problème quand on s’attaque à un œuvre auquel un culte est voué autour de vous, c’est qu’on s’attend forcément à être aussi émerveillé que ses proches. J’ai toujours entendu dire dans ma famille que Cent Ans de Solitude constituait une œuvre extraordinaire. C’est donc presque fébrilement que je me suis attaqué à l’œuvre majeure de Gabriel Garcia Marquez. Il m’aura au final fait passer par différents sentiments : la surprise, la déception pour laisser place finalement à l’admiration.

La surprise d’abord car je n’imaginais pas du tout que Cent Ans de Solitude puisse ressembler à ça. Après l’avoir lu, c’est assez difficile de se rappeler ce que j’imaginais précisément, mais en tout cas pas à un récit aussi décalé et quasi ésotérique. Et j’avoue que dans un premier temps cette surprise s’est muée en déception. J’ai eu en effet un peu de mal à rentrer dans cet univers, à trouver un intérêt profond à ces délires imaginatifs, à cette invention permanente, cette fantaisie effrénée. Le personnages me laissaient assez froid et leurs péripéties également. Bref, je suis rentré dans ce roman vraiment à reculons.

Mais un peu comme pour une série que l’on finit par adorer même si on avait trouvé le pilote assez moyen, j’ai fini par être séduit par l’univers de Cent Ans de Solitude. Cela s’est fait assez progressivement, mais le plaisir a fini par largement dominer lors de la lecture de la deuxième moitié du roman. Et c’est finalement à regret que j’aurais quitté l’univers si singulier de ce roman à nul autre pareil. Je ne lui vouerai peut-être pas le même culte que certains membres de ma famille, mais au moins je suis heureux d’avoir eu l’impression de réaliser un beau voyage littéraire et dépaysant.

LES CONFIDENCES D’ARSENE LUPIN (Maurice Leblanc) : Belles confidences

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lesconfidencesdarsenelupinJe n’ai vraiment découvert l’univers d’Arsène Lupin que très récemment. Mais à chaque tome que je parcours, je m’y attache un peu plus. Les Confidences d’Arsène Lupin n’aura fait que renforcer cet attachement. En effet, il est pour l’instant mon volume préféré. Une nouvelle série de nouvelles, mais qui cette fois brille par sa constance dans la qualité. Un recueil qui permet donc de mieux comprendre comment ce personnage a réussi à rentrer à ce point dans la légende et l’imaginaire collectif de notre pays.

On pourrait cependant reprocher à Maurice Leblanc de ne pas vraiment chercher à se renouveler. Il est vrai que les récits se suivent et sont tout de même à peu près toutes sur le même schéma. Certes, à chaque fois la situation évolue, mais il est vrai qu’il y a énormément de similitudes entre tous ces récits. Mais la répétition donne aussi paradoxalement son intérêt à Les Confidences d’Arsène Lupin. A chaque fois, on se demande ce que l’auteur va bien pouvoir inventer pour mettre en lumière l’incroyable ingéniosité de son personnage.

Les Confidences d’Arsène Lupin possède un charme désuet, qui n’enlève rien au charme. Il faut bien imaginer comment ces récits ont pu être vu comme profondément immoraux au moment de leur sortie. En effet, le héros, c’est le méchant et c’est la police qui est tourné en ridicule. Il n’y a pourtant pas de quoi fouetter un chat, Arsène Lupin ne tuant jamais personne et est prompt à jouer les Robin des Bois. Mais il s’agit bien d’un vrai moment de l’histoire de la littérature, un de ces moments où les conventions immuables sautent. La postérité de ces récits est immense. Mais ce n’est pas une raison pour négliger l’original.

LE SIECLE, TOME 1 : LA CHUTE DES GEANTS (Ken Follett) : Plus fort que Stéphane Bern…

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lachutedesgeantsDans la vie il est important de pouvoir compter dur des valeurs sûres. Ainsi quand vous faites votre valise pour partir au soleil de Tunisie, que vous partez seul, vous la remplissez de bouquins à lire au bord de la piscine. Et là pas question de gâcher ses vacances avec de la mauvaise littérature. Heureusement, on peut toujours compter sur Ken Follett. De plus, Avec la Chute des Géants, premier volet de sa trilogie Le Siècle, il signe une de ses œuvres les plus marquantes. Une plongée vertigineuse au cœur de la première guerre mondiale.

Je me rappelle d’avoir dit un jour au Maire de Viroflay, après son discours du 11 novembre, que je n’avais jamais bien compris comment un simple assassinat avait pu déclencher a pu enflammer le monde et provoquer une des pires boucheries de l’histoire. Et bien grâce à Ken Follett, je sais tout à ce sujet désormais. La Chute des Géants est un formidable livre d’histoire, transformant en récit passionnant tous les ressorts de la politique et de la diplomatie européenne du début du XXème siècle. C’est clair, tout en étant très précis et exhaustif. On ressort de cette lecture infiniment moins ignorant.

Le plus grand mérite de La Chute des Géants est d’être à côté de ça un roman d’aventure et d’amour particulièrement enthousiasmant. C’est du pur Ken Follett. Les ressorts sont parfois grossiers, les personnages sont peints à la brosse plutôt qu’au pinceau fin. Ce n’est même pas particulièrement bien écrit. Mais tout cela est d’une efficacité absolue. On s’attache immédiatement aux personnages, on suit leurs mésaventures nombreuses et variés avec le cœur battant, avide de tourner les pages. Le livre est proche du pavé, mais se dévore comme un si chaque page ne pesait rien. Bref, un vrai, grand et profond bonheur littéraire pour l’été, pour l’hiver, pour l’automne ou le printemps. Pour tous les temps en fait.

MAIGRET ET SON MORT (George Simenon) : Brouillard épais

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maigretetsonmortLe plus difficile quand on écrit régulièrement des critiques de romans de Simenon est de ne pas trop se répéter, tant ils partagent des caractéristiques communes. Maigret et Son Mort possède pourtant quelques éléments qui le différencient quelque peu des autres romans mettant en scène le célèbre inspecteur à la pipe. Cependant, les fondamentaux restent les mêmes.

Avec Maigret et Son Mort, George Simenon délaisse le milieu petit bourgeois qu’il affectionne, pour explorer d’autres couches de la société. Cependant, le roman conserve une volonté de décrire de la situation sociale de son époque. Il nous emmène notamment sur la trace des populations immigrées et les quartiers où ils se concentrent. Cela permet au passage de voir que si les problématiques évoluent, certaines dimensions demeurent. On sent néanmoins que l’auteur n’est pas tout à fait aussi à l’aise que d’habitude dans un milieu qu’il connaît sûrement moins personnellement et on a parfois un peu de mal à croire à certains éléments de l’intrigue. Mais cela ne retire rien aux mérites de ce récit.

Maigret et Son Mort présente une intrigue plus complexe que la majorité des autres romans de Simenon. Comme il n’est pas plus long, il est surtout plus dense. Du point de départ à l’arrivée, l’histoire connaîtra des changements assez inattendus de destination et l’arrivée de personnages brutaux et inattendus. Il y a un vrai mystère installé dès le départ, dont il est impossible de deviner tout ce qui se cache derrière. Ces virages à 90° peut parfois perdre quelque peu le lecteur, plus habitué à un récit plus linéaire. Cependant, il n’y a rien de pire que la monotonie, alors il serait bien dommage de s’en plaindre.

LA PETITE BOULANGERIE DU BOUT DU MONDE (Jenny Colgan) : Gourmandise légère

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lapetiteboulangerieduboutdumondeIl y avait bien longtemps que je n’avais pas lu un peu de « chick lit ». Moi qui aime beaucoup varier les plaisirs et les genres littéraires, il me fallait remédier à ce manque au plus vite. C’est fait avec la Petite Boulangerie du Bout du Monde de Jenny Colgan. Evidemment il n’est pas question ici de grande littérature, mais bien d’un moment de pure détente légère. Un roman particulièrement fleur bleue. Mais les bons sentiments sont parfois comment le bon pain. C’est bon quand c’est chaud, mais ça refroidit vite.

La Petite Boulangerie du Bout du Monde ne vous marquera pas comme peuvent le faire les grands romans. Vous l’oublierez aussi vite que vous l’aurez lu. Mais le long de sa lecture, vous oublierez aussi tout le reste. Evidemment, il vaut mieux avoir une âme de midinette, ou au moins une petite midinette qui sommeille en vous, pour apprécier pleinement ce roman. Mais Jenny Colgan arrive à créer un univers assez riche et séduisant et donner vie à des personnages assez attachants pour que l’on entre totalement dans cette histoire. Le roman est construit autour de différentes intrigues qui s’enroulent autour du destin de la personnage principale. Elles sont assez nombreuses et variées pour faire de ce roman autre chose qu’une simple romance, tendance collection Harlequin.

Le style de Jenny Colgan est vraiment léger et fait que l’on dévore la Petite Boulangerie du Bout du Monde comme un morceau de pain sorti du four. Avec gourmandise et célérité ! L’écriture est fluide, vivante et limpide. Cela caractérise souvent les romans de ce genre, mais ici cette qualité est encore plus prégnante. Bien sûr l’échelle de la chick lit n’est pas celle de la littérature, mais sur celle propre à ce genre, ce roman se situe assez haut. Alors avis aux midinettes en mal de lecture légère, n’hésitez pas et dévorer cette gourmandise littéraire.

PIERRE DE SANG (David Gemmell) : Trilogie achevée

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pierredesangQuand on tient un excellent personnage, il est forcément tentant de l’utiliser encore et encore à longueur de romans. Mais l’histoire de la littérature le montre. La trilogie reste le format au-delà duquel il est dangereux de s’aventurer. David Gemmell l’a bien compris en concluant son triptyque au centre du quel se situe Jon Shannow, qui reste une figure marquante de l’œuvre du romancier anglais. Comme il est décédé en 2006, on peut facilement imaginer que ce Pierre de Sang n’aura jamais de suite. Mais il vaut mieux parfois savoir s’arrêter sur une bonne impression.

Pierre de Sang se situe bien sûr dans la continuité des deux premiers épisodes, mais en laissant vingt ans s’écouler depuis l’Ultime Sentinelle, David Gemmel a l’occasion de nous livrer une vision quelque peu différente de son personnage. Pas une réinvention non plus, mais un dernier petit élan pour donner à ce dernier épisode un supplément d’intérêt. Car pour le reste, il reste très fidèle à l’univers de cette saga qui rappelle encore plus ici la Tour Sombre de Stephen King. Sans atteindre le même génie que cette dernière, on est là face à une œuvre foisonnante et imaginative, mais parfois difficile à suivre.

Pierre de Sang ne renonce en rien à l’aspect très ésotérique de son œuvre. Du coup, la clarté de la narration rappelle parfois David Lynch au meilleur de sa forme. Mais quelque part, cela fait partie du charme de cette œuvre. Elle mériterait sans doute une deuxième lecture pour l’apprécier pleinement. En attendant, on peut se laisser bercer par le charme singulier de cette saga à la frontière entre science-fiction et fantasy, qui tient là une conclusion réussie.