DOSSIER BENTON (Patricia Cornwell) : Un passé bien présent

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dossierbentonQuiconque me connaît un peu sait très bien que je suis du genre à toujours lire ou à regarder une série dans l’ordre et de manière exhaustive. Mais non, je ne suis pas un psychopathe, même si je soupçonne un certain nombre de personnes de le penser. Il m’arrive donc de faire des exceptions comme je suis en train de le faire avec les livres mettant en scène Kay Scarpetta. Après Mordoc, j’ai donc lu Dossier Benton, sans avoir lu les épisodes précédents… Mais parfois, on regrette de ne pas être un vrai psychopathe.

J’ai pourtant beaucoup aimé Dossier Benton. C’est peut-être même le livre de la série que j’ai le plus apprécié jusqu’à présent. Pourtant, j’ai la sensation que cela aurait été encore plus le cas si j’avais lu le roman qui le précède en premier lieu mais les autres aussi. En effet, il se situe vraiment dans la continuité de Cadavre X et fait référence à beaucoup d’événements passés. Heureusement, Patricia Cornwell arrive à être toujours assez claire pour que le lecteur qui a sauté des épisodes, comme c’était mon cas, ne soit jamais perdu.

Dans Dossier Benton, Patricia Cornwell pousse vraiment son personnage dans ses retranchements. Elle le met en danger et la déstabilise comme jamais. Cela donne un éclairage nouveau sur l’héroïne et la place dans des situations dont elle ne pourra surmonter ces épreuves comme elle l’a fait précédemment. Cela attise la curiosité du lecteur, heureux de sortir de la routine. Les personnages qui lui font face ont assez d’épaisseur pour être des adversaires à la hauteur et nous offrir un agréable moment littéraire.

LE TRONE DE FER, L’INTEGRALE TOME 4 (George RR Martin) : Vous avez dit addictif ?

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letronedeferintegrale4Sur Terre, tous les geeks ont vu au moins une saison de Game of Thrones (le Trône de Fer en VF et pour les romans). Tous ? Non, un d’entre eux résiste encore et toujours… Et c’est moi ! Par contre, je poursuis inlassablement ma lecture, ce qui me permet tout de même participer un minimum aux discussions sur le sujet. Je viens donc de terminer le 4ème tome de l’Intégrale, ce qui correspond au 4ème tout court de l’édition originale, mais aux tomes 10, 11 et 12 de l’édition française la plus classique. S’il paraît que la série est très hautement addictive, les romans le sont tout autant.

Le tome 4 de l’Intégrale du Trône de Fer ne constitue en fait qu’une première partie d’un 4ème volet. En effet, on y retrouve que la moitié des personnages habituels, les événements concomitants concernant les autres sont relatés dans le 5ème tome. C’est quelque peu frustrant puisque l’on ignore tout de ce que devient John Snow par exemple. Frustrant parce que l’on plonge totalement dans cet univers toujours plus complexe, toujours plus riche d’intrigues et de personnages. On aimerait tout savoir, toujours plus vite, impatient de voir ce qu’il va devenir de chacun des protagonistes.

Le tome 4 de l’Intégrale du Trône de Fer reste une œuvre toujours aussi dense. Il est ardu d’avancer dans cette multitude de nom de personnages et de lieux, que l’on a du mal à retenir. Les allers et retours vers la liste des personnages qui figure au début du roman sont fréquents. Mais cela fait l’unicité de cette saga. Qu’elle ait connu un tel succès commercial sans être facilement accessible prouve bien toute sa qualité. Ce tome est avant tout centré sur les intrigues de pouvoir au sein des palais. Pas de récit de grandes batailles ou d’affrontements spectaculaires. Mais cela n’enlève rien à la violence et la tension d’un récit qui nous tient toujours en haleine.

L’HOMME DE DE JERUSALEM (David Gemmell) : Heureux mélange des genres

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lhommedejerusalemCertaines œuvres connaissent un succès mondial immédiat qui les voit publiées simultanément dans les toutes les langues au quatre coins de la planète. D’autres doivent faire preuve de patience. Ainsi l’Homme de Jérusalem a été publié dans sa langue d’origine (l’anglais) en 1987 et n’a connu son édition française que 15 ans plus tard. Editions multiples d’ailleurs, puisque depuis il a changé de titre francophone et est intitulé désormais Le Loup dans l’Ombre (pourquoi ?… bonne question…). Comme c’est sous le premier que je l’ai lu, c’est celui-ci que je vais conserver pour la suite de cet avis. Un avis globalement positif.

L’Homme de Jérusalem rappelle par bien des points la Tour Sombre de Stephen King. La figure du héros est proche, le mélange entre science-fiction, heroic fantasy et western. Mais du coup, les deux univers partage une grande richesse très plaisante. Surtout que tous les éléments s’imbriquent avec beaucoup de cohérence, formant un univers singulier dans lequel il est très agréable de pénétrer. Cela tombe bien car ce roman marque le début d’une trilogie qui se situe dans un cycle plus grand. Cependant, il forme une œuvre totalement autonome qui peut être lue indépendamment de tout autre et qui propose un vrai dénouement, n’appelant pas de suite de manière obligatoire.

On peut néanmoins regretter que le récit perd de sa clarté dans les derniers instants. Les événements se bousculent, les renversements de situation se multiplient et il faut s’accrocher quelque peu pour suivre et comprendre ce qui se passe exactement à la fin. C’est quelque peu étonnant que tout au long de la grand majorité de l’Homme de Jérusalem, on a pu apprécier la qualité de la plume de David Gemmel qui sait introduire chaque élément de l’univers où il nous invite en prenant le temps au lecteur de prendre ses repères. Mais globalement, il s’agit d’un excellent à la frontière entre plusieurs genres, dont il se démarque de part la qualité de l’écriture.

DOCTEUR J’ABUSE (Wôo Manh) : A fond la forme

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docteurjabuseNouvelle critique pour un nouveau Poulpe. Enfin, nouveau dans le sens où je l’ai lu il y a quelques jours, car Docteur J’Abuse est sorti en 1997. L’auteur est cette fois-ci un certain Wôo Manh, sur lequel Internet ne donne que peu d’information. Une nouvelle enquête qui ne nous emmène pas au bout du monde pour une fois, mais simplement à Aix en Provence. Ainsi que dans un autre monde étrange et dangereux. Celui des labos pharmaceutiques.

Docteur J’Abuse se démarque des autres romans de la série par sa qualité d’écriture. Du coup, on est un peu étonné que l’auteur soit à ce point inconnu. Mais si le récit bénéficie d’une jolie plume, il n’est par contre pas le plus inoubliable de la série. Cela pourtant très bien, mais la deuxième partie n’est clairement pas à la hauteur d’une entrée en matière prometteuse. Cela donne globalement, un roman agréable, mais oubliable.

Docteur J’Abuse se situe donc dans la moyenne de la série des Poulpe. Une nouvelle fois très court, il nous fait ressentir la même frustration que ses petits frères. Les bonnes idées ne vont pas au bout et le tout se termine toujours dans une certaine précipitation. Bien sûr, des romans plus longs changeraient le concept même de la série, mais ce personnage unique aux auteurs multiples mériterait quelques récits d’une autre ampleur.

LA JOIE DE VIVRE (Emile Zola) : En rose et noir

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lajoiedevivreQuand on lit un livre intitulé la Joie de Vivre, on se dit qu’on va bien se marrer. Bon, quand on sait que l’auteur est Emile Zola et qu’il s’agit d’un des romans de la série des Rougon Macquart, on est soudain saisi d’un doute. Il est vrai qu’ils se terminent rarement dans un happy end, plein d’allégresse. Mais ce volet tient une place à part dans la saga, plus centré sur la psychologie des personnages que sur la volonté de brosser un portrait exhaustif de l’époque et de la société. Il s’agit plus d’une réflexion sur la manière dont on peut voir l’existence.

La Joie de Vivre est en fait un roman sur « l’affrontement » entre le pessimisme et l’optimisme. Cela conditionne beaucoup de choses, la capacité à être heureux et à rendre heureux les autres notamment. L’histoire tourne autour de deux personnages incarnant chacun une de ces deux « philosophies ». Une histoire qui courre sur beaucoup d’années, presque toute la vie des personnages, ce qui constitue une autre originalité de ce roman par rapport au reste de la saga. On est donc plutôt surpris si on est comme moi un lecteur exhaustif des Rougon Macquart.

La Joie de Vivre n’est pas le plus intéressant roman de la saga, mais pas le moins agréable à lire. En effet, Emile Zola s’éloigne quelque peu de son projet naturaliste et limite donc les descriptions pour se concentrer sur ses personnages. Certains ne regretteront pas ce virage, même si du coup, cela donne peut-être à ce roman un côté plus « ordinaire ». Mais comme la réflexion est pertinente et portée par une plume toujours aussi incroyable, peu importe sa place dans le grand tableau des Rougon Macquart, cela reste une grande œuvre littéraire.

 

MORDOC (Patricia Cornwell) : Ne jamais dire fontaine

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mordocIl ne faut jamais avoir des idées totalement arrêtées sur quoi que ce soit. Voici un principe de vie assez sain et qui permet de ne pas passer à côté de certains petits plaisirs sans raison valable. Ainsi, après avoir lu les deux premiers volets, j’avais décidé de ne pas poursuivre la lecture des enquêtes menées par Kay Scarpetta, la légiste crée par Patricia Cornwell. Mais voilà, les hasards de la vie ont fait que j’ai récupéré dans ma bibliothèque Mordoc, une nouvel opus de cette série (le huitième pour être précis). Et j’avoue que je l’ai lu finalement avec plus de plaisir que les deux précédents. Et c’est tant mieux, car j’en ai d’autres en stock.

Mordoc reprend des éléments assez classiques. Un tueur passablement psychopathe qui décide de communiquer avec ceux qui essayent de l’arrêter. Bon objectivement, c’est totalement idiot de sa part puisqu’il finira évidemment par semer des indices, mais sans cela beaucoup de scénarios de polars tomberaient à l’eau. Et quand la narration est menée avec l’habilité d’une Patricia Cornwell, cela donne un récit tout de même plaisant dans lequel on se laisse entraîner sans aucune résistance. Si le dénouement est peut-être un peu en deçà de ce qu’on pouvait espérer, ce roman n’en consistue pas moins un petit moment agréable de divertissement littéraire.

Le récit a le grand mérite d’être très vivant. Il est largement centré sur les personnages, les dialogues, ce qui donne un style assez alerte. On ressent une certaine proximité avec les protagonistes, ce qui facilite évidemment notre empathie envers eux. Cela apporte un petit quelque chose en plus, un soupçon d’attachement, qui fait la différence par rapport à ce qui aurait pu être une pure histoire policière classique. Cela ne fait pas de Mordoc le polar du siècle, mais permet de mieux comprendre le succès de cette romancière.

DELIVREZ-MOI ! (Jesper Fforde) : Rebond raté

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delivrezmoiL’Affaire Jane Eyre a été un des romans les plus réjouissants et surprenant qu’il m’ait été donné de lire. Par son originalité et son humour, l’univers crée de Jasper Fforde donnait envie d’y revenir au plus vite. C’est donc ce que j’ai fait en m’attaquant à la lecture de Délivrez-moi !, tome suivant des aventures Thursday Next, détective littéraire et agent des OpSecs. Mais il est toujours difficile de rebondir après des débuts si réussis, surtout une fois que l’effet de surprise est passé. Ce n’est donc pas totalement étonnant que ce deuxième tome ne soit pas tout à fait à la hauteur.

Délivrez-moi ! souffre d’une histoire qui a bien du mal à démarrer et dont on a un peu de mal à saisir les enjeux profonds. Le lecteur parvient donc difficilement à y rentrer pleinement. Cela ne déclenche donc guère d’enthousiasme, même si le dénouement est quelque peu plus animé. Jasper Fforde reprend donc les éléments du premier volet mais cette fois-ci, il ne semble pas savoir trop quoi en faire pour donner vie à un récit qui ne soit pas qu’un support négligeable de son imagination débordante.

Le roman reste écrit avec un certain talent, même si l’auteur ne prend peut-être pas assez le temps de reposer discrètement les bases de son univers, dont on ne se souvient pas forcément de tous les ressorts si on a lu le premier volet quelques mois avance celui. Cependant, je reste persuadé que Thursday Next nous doit une revanche et que ses aventures suivantes sauront redonner de l’intérêt à cet univers relativement unique. J’imagine mal l’imagination de Jasper Fforde ne pas lui permettre de faire bien mieux que ce Délivrez-moi ! assez moyen.

MON AMI MAIGRET (George Simenon) : Maigret à Marseille

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monamimaigretJ’ignore pourquoi j’ai toujours cru que Mon Ami Maigret était le premier de la série écrite par George Simenon. En préparant cette critique, je viens de m’apercevoir que ce n’est pas du tout le cas (mais alors pas du tout) et cela met en l’air tout le fil rouge que je pensais donner à mon texte. Cependant, cela ne va pas me gâcher le plaisir de vous parler de ce roman qui se situe dans la droite lignée de l’œuvre du romancier belge. Et il est des lignées nettement moins prestigieuses.

Pour Mon Ami Maigret, le célèbre inspecteur à la pipe se délocalise à Marseille. Cela n’empêche pas George Simenon d’explorer encore et toujours les dessous inavouables de la société de son temps. Cela donne comme à son habitude une jolie galerie de personnages plus ou moins fréquentables. L’inspecteur y navigue avec sa capacité habituelle à percer à jour les motivations et tout ce qu’ils cherchent à cacher. Même si cette fois, il a dans ses pattes un collègue de Scotland Yard venu étudier ses méthodes.

La présence d’un alter ego apporte une touche de nouveauté à Mon Ami Maigret. Pour une fois, il doit parfois justifier et expliquer ses méthodes, alors que d’habitude il peut en user à loisir sans que ses collègues, et accessoirement le lecteur, ne sache où cela va le mener. Cela fait apparaître le personnage sur un jour quelque peu différent. Mais une nouvelle fois très court, ce roman ne va pas non plus très loin dans cette exploration et ce petit surplus néanmoins agréable reste largement anecdotique.

LES AVENTURIERS DE LA MER, TOME 2 : LE NAVIRE AUX ESCLAVES (Robin Hobb) : Le récit largue les amarres

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lenavireauxescalvesL’insupportable habitude des éditeurs français de découper les œuvres d’héroic fantasy en plusieurs tomes, quand l’œuvre anglo-saxonne originale est un pavé, donne des romans mal équilibrés. C’était le cas du premier volet de la saga les Aventuriers de la Mer, qui ne constitue qu’un premier tiers d’un roman sous sa vraie forme. Une simple introduction donc, qui a bien du mal du coup à enthousiasmer totalement. Heureusement, les choses s’améliorent avec le deuxième tome, le Navire aux Esclaves. Même s’il ne s’agit que d’une deuxième tiers donc sans réelle conclusion.

Depuis que j’ai lu un tome de Trône de Fer sous sa forme originale et que j’ai vu la différence, je pense que je vais finir par m’efforcer de faire la même chose avec toutes les sagas ainsi charcutées. Le Navire aux Esclaves nous permet de plonger enfin dans un peu d’action après une longue présentation des personnages et des enjeux lors de l’épisode précédent. Mais c’est vrai que le récit s’arrête un peu arbitrairement. Certes, cela crée une certaine frustration qui donne envie de connaître la suite. Mais cela donne aussi l’impression injuste que l’auteur de ne sait pas trop où aller.

Globalement, le Navire aux Esclaves m’a permis tout de même d’entrer définitivement dans cette saga. Elle n’a pas (pour l’instant ?) le même charme que l’Assassin Royal, dont elle constitue une sorte de spin-off. Cependant, les fans de Robin Hobb reconnaîtront le style de la romancière et auront toutes les chances d’être à nouveau séduits. Encore une fois, je ne pourrai pas me qualifier de totalement enthousiaste, mais tout de même assez happé par le récit pour vouloir le poursuivre avec un grand plaisir.

ARSENE LUPIN, GENTLEMAN CAMBRIOLEUR : Naissance d’une légende

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arsenelupingentlemancambrioleurDans la série « et si je lisais enfin le premier livre de la série », je voudrais Arsène Lupin ! Un autre du même style suivra bientôt, mais je garde un peu de suspense. Arsène Lupin, Gentleman-Cambrioleur est un recueil de 9 nouvelles, constituant les premières aventures du célèbre héros. Elles sont parues initialement entre 1905 et 1907 dans le journal Je Sais Tout, avant sa sortie sous forme de recueil cette même dernière année. Vu la postérité qui suivit, on imagine bien que ce fut un grand succès.

Arsène Lupin, Gentleman-Cambrioleur constitue un des derniers avatars d’une littérature qui marchait main dans la main avec la presse. Le divorce est depuis longtemps consommé et cela a tué ce genre littéraire particulier qu’est la nouvelle (qui ne survit que dans quelques niches, comme la science-fiction et plus largement le fantastique). Cela donne un côté un peu vieillot à ces histoires courtes, un peu naïve car il faut aller droit au but. Mais cela leur offre surtout un charme particulier, surtout que la plume de Maurice Leblanc n’est pas la plus désagréable qui soit.

Arsène Lupin, Gentleman-Cambrioleur nous permet de revivre les grands débuts d’un personnage historique de la littérature. Un des premiers anti-héros, criminel attachant. Il brouille la frontière entre le bien et le mal, car entre deux vol à son propre profit, il joue aussi les redresseurs de tort. Cette ambiguïté fait tout l’intérêt le charme du personnage et on imagine l’audace que cela représentait au début du XXème siècle. Comme tout recueil, celui-ci est inégal mais on le parcourt avec plaisir, surtout si on est capable de le replacer dans son contexte. Et puis quoi de plus beau qu’une naissance. Surtout quand il s’agit de celle d’une légende.