LE HUITIEME SORTILEGE (Terry Pratchett) : Quand les Monty Python couchent avec Tolkien

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lehuitiemesortilegeLes annales du Disque-Monde constituent une des séries les plus célèbres du monde de l’heroic fantasy. Par sa qualité tout d’abord, mais surtout pour son ton unique et inimitable. En effet, les annales du Disque-Monde sont parmi les livres les plus hilarants jamais écrits. L’absurde et le 27ème degré sont présents à toutes les pages. Le 8ème sortilège est le deuxième tome de cette étonnante saga (donc chaque tome peut être lu indépendamment).

Le Disque-Monde est menacé de destruction. Pour les sauver, les 8 sortilèges originels doivent être invoqués en même temps. Le problème est que le 8ème s’est retrouvé par accident dans la tête du plus mauvais sorcier de l’histoire, Rincevent. Accompagné de Deux-fleurs, de son bagage (les adeptes de la série comprendront !) et de Cohen le Barbare, il s’en va donc pour sauver le monde…

Le Disque-Monde est dans la forme l’antithèse absolue du Seigneur des Anneaux. Ceux que ce dernier ennuie profondément (pauvres d’eux !) trouveront peut-être ici une bonne, que dis-je une très bonne raison, de se réconcilier avec l’heroic fantasy. En fait, cette lecture est à conseiller au moins autant aux fans des Monty Python. D’ailleurs, le fait que tout ce petit monde soit britannique n’est pas non plus complètement un hasard. Terry Pratchett a su mixer les deux influences pour former ce cocktail détonnant.

Même si Rincevent, comme précédemment mentionné, était à la magie ce que la bicyclette est au bourdon, il bénéficiait tout de même d’un privilège accordé aux hommes de l’art : à l’heure du trépas, ce serai la Mort elle-même qui viendrait réclamer son dû (au lieu de refiler le boulot à une personnification anthropomorphique et mythologique d’échelon inférieur, comme c’est souvent le cas) Ce petit extrait est un excellent exemple de l’humour de Pratchett. Le livre regorge de métaphores, de détails, de remarques, d’aparté, qui ne font pas avancer l’intrigue mais nous plie souvent en deux. Il y’a une imagination dans l’écriture que je n’ai trouvé que chez un Frédérique Dard, dans un style très différent. Créer un monde délirant est déjà une grande preuve d’imagination, mais le décrire avec une écriture aussi créative tient du prodige !

Mais à côté de ça, il y’a une vraie intrigue. Bien sûr, tout cela n’apparaît parfois que comme un prétexte aux délires de l’auteur, mais elle est bien réelle, construite et pleine de rebondissements. Disons-le tout net, le suspense n’est pas insoutenable, mais là encore, on prend plaisir à voir où l’imagination de l’auteur va nous conduire. Et ce n’est pas toujours là où on s’attendait, même si la trame narrative est sans doute ce qu’il y’a de plus classique dans Le Huitième Sortilège.

Le seule reproche que l’on peut peut-être formuler à l’encontre du Huitième Sortilège est peut-être que toutes les qualités que je viens de citer précédemment sont tellement présentes qu’elles pourraient en lasser certains. Personnellement, j’en redemande, mais je peux comprendre que certains trouvent que c’est un peu « too much ». Nous pourrons donc disserter sur ce sujet passionnant : trop d’humour tue-t-il l’humour ?

Les Annales du Disque-Monde sont un univers que je pénètre à peine puisque je n’ai pour l’instant lu que les deux premiers volets. Mais avec le Huitième Sortilège, je comprends déjà pourquoi elle connaît un tel succès !

LE JUGE TI A L’OEUVRE (Robert Van Gulik) : Enquêtes dépaysantes !

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lejugetialoeuvreLe polar historique est un genre littéraire très en vogue. Il est vrai que le meurtre est une tradition universelle, que ce soit du point de vue temporel ou géographique. Et depuis que les hommes vivent en société organisée, il y’a toujours une « police » sous une forme ou sous une autre. Cependant, cela ne fait que quelques années que les écrivains se sont décidés à explorer cette source de richesse. Pourtant, ce genre a connu ses précurseurs. Parmi eux, Robert Van Gulick, qui dès la fin des années 40 a crée le personnage du juge Ti, magistrat de la Chine du VIIème siècle, célèbre pour ses qualités de détectives.

Le Juge Ti à l’œuvre est un recueil de courtes nouvelles, généralement entre dix et vingt pages. 8 enquêtes où le juge Ti nous fait découvrir son sens de l’observation, de la déduction, et encore plus, sa capacité à juger les hommes sur ce qu’ils sont vraiment et non leur apparence ou leur milieu social.

Le juge Ti est un personnage historique, même si les aventures relatées ici sont totalement imaginaires. Sa légende qui a traversé les siècles est l’équivalent en Chine de celle d’un Sherlock Holmes en Occident. Robert Van Gulick est d’ailleurs un vrai spécialiste de la culture chinoise dont l’érudition se ressent à chaque page.

C’est d’ailleurs, là que réside le principal intérêt, dans l’exotisme du contexte de ces enquêtes. La Chine du VIIème siècle y est décrit à la fois avec précision et modernisme. Un peu comme dans la série Rome, il n’y a aucun idéalisation, ni vision romantique des choses. Beaucoup des enquêtes se déroulent dans le milieu des maisons closes et un chat est appelé un chat. Il faut dire que parmi les sujets d’étude de Robert Van Gulick, l’érotisme chinois occupe une très bonne place.

Du côté des enquêtes proprement dites, le Juge Ti à l’Oeuvre ressemble à du Miss Marple. C’est sympathique, intelligent, mais très pépère. Les raisonnement sont clairs et parfaitement compréhensibles. Le suspense est souvent réel, même si quelques dénouements se voient arriver d’un peu loin. Un peu comme Columbo, le plus intéressant est de savoir comment le Juge Ti va démasquer le coupable, encore plus que sa réelle identité.

Le style est léger, riche en dialogue. Le Juge Ti à l’Oeuvre se lit facilement, aucune nouvelle ne vous prendra guère plus d’un quart d’heure. Il peut donc être idéal pour des courts moments de transports ou pour tous ceux qui attendent longtemps entre deux moments de lecture. En plus, vu son épaisseur, vous ne vous démonterez pas l’épaule en le portant.

Le Juge Ti à l’Oeuvre est donc un livre original qui ravira les amateurs de polar et les amateurs de romans historiques. La série comporte une quinzaine de volumes. Celui-ci est le premier que je lis, je ne peux donc dire s’il se place dans les meilleurs ou non.

LE GANG DES CAFOUILLEUX (Jimmy Breslin) : Cosa nostra n’est plus ce qu’elle était !

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legangdescafouilleuxLa mafia est un sujet qui a inspiré bien des auteurs, sans parler des cinéastes. Le Parrain, tout d’abord le roman de Mario Puzo, puis la trilogie de Coppola, est bien entendu l’archétype du genre. Ce n’est que plus récemment que certains ont commencé à trouver ce milieu, ses codes, ses coutumes comme étant matière à plaisanterie. La série Les Sopranos a très fortement bousculé les clichés du genre. Mais des 1973, un roman, le Gang des Cafouilleux, nous décrivait la mafia new-yorkaise comme un ramassis de crétins égocentriques et mégalomanes.

Kid Sally Palumbo se verrait bien calife à la place du calife, poussé en cela pas sa grand-mère. Malheureusement, ni lui, ni ses acolytes n’ont vraiment les capacités intellectuelles à la hauteur de leurs ambitions. A New-York, le calife se nomme Baccala qui occupe ses troupes en organisant une compétition de cyclisme sur piste. Mario débarque depuis sa Calabre pour participer à la course. Mais sa vraie ambition dans la vie, c’est d’être un artiste. Son destin croisera celui d’Angela, la sœur de Kid Sally, dont l’intelligence est à des années-lumière de celle de son frère.

Le Gang des Cafouilleux est donc écrit sur le ton de la parodie. Les magouilles montées par les gangsters n’ont généralement rien de glorieuses et se terminent souvent pas un fiasco. Les personnages sont vulgaires, idiots mais persuadés d’être les maîtres du monde. Bref une vision très différente de la pègre que celle véhiculée par un film de Martin Scorcese. Malheureusement, le livre a un peu de mal à trouver le ton juste.

Le Gang des Cafouilleux est incontestablement un livre amusant. Relativement court, il n’occupera que peu de vos longues soirées d’hiver. Mais il manque cruellement d’une trame narrative assez épaisse pour dépasser le seul intérêt amusé que l’on éprouve pour les personnages. La fin est à l’image du destin de ses malfrats : décevante, malgré les rêves de gloire qui les habitait pourtant. On repose donc ce livre une fois terminé sans avoir passé un mauvais moment, mais sans en retirer un enthousiasme quelconque.

Le seul vrai élément de bravoure du Gang des Cafouilleux est sa traduction qui a du retranscrire en français l’accent italien. Ainsi la première phrase de dialogue est « Jé veux juste faire du dottore des chiens un mouchard. Il mé dit jouste qui c’est le type qu’a mon chien ». Ceci renforce bien sûr le ridicule des personnages et donne un peu de vie aux dialogues qui constituent l’élément le plus réussi de ce roman. Prononcés par un Joe Pesci, certains pourraient devenir cultes sous la caméra d’un Scorcese. Malheureusement, ils resteront dans les pages de ce livre pas vraiment raté, mais loin d’être totalement réussi.

Si Le Gang des Cafouilleux vous passe sous la main, vous pourrez toujours prendre un peu de temps pour le lire. Ce dernier ne sera pas perdu, mais pourra tout aussi bien être consacré à revoir les meilleurs épisodes des Sopranos.

MILLENIUM, TOME 2 : LA REINE DANS LE PALAIS DES COURANTS D’AIR (Stieg Larsson) : Le livre qui est le dernier et ce n’est pas juste

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Milleniumtome3Comme le veut l’expression, ce sont souvent les meilleurs qui partent les premiers. On pourrait proposer cette formule pour définir la carrière littéraire de Stieg Larsson, mort avant même la publication de l’œuvre qui allait faire de lui un des auteurs les plus lus de part le monde de cette décennie. Le destin de la trilogie Millénium est donc un des plus étonnants de l’histoire de la littérature. Surtout qu’il n’était pas du tout prévu que cela se limite à trois volumes. Mais une crise cardiaque en a voulu autrement et La Reine dans le Palais des Courants d’Air la conclura à jamais. Et vue la qualité du bouquin, on ne pourra que le regretter.

Lisbeth Salander a donc été sauvée de justesse par l’arrivée de Michael Blomkvist. La balle qu’elle a reçu en pleine tête n’a pas pénétré sa boîte crânienne et elle devrait s’en tirer sans séquelle. Malheureusement, son père a également a survécu au coup de hache que sa fille qui a infligé. Les voilà à deux chambres l’un de l’autre, encore trop faibles pour faire quoique ce soit. Mais au-dehors, l’agitation médiatique, policière et politique ne retombe pas et ils sont encore très nombreux à souhaiter voir Lisbeth disparaître de la circulation.

L’histoire de la Reine dans le Palais des Courants d’Air reprend donc exactement là où La Fille qui rêvait d’un Bidon d’Essence et d’une Allumette s’est arrêtée. Et ce qui semblait être la fin des malheurs de Lisbeth Salander n’est en fait que le début d’une nouvelle série. Mais cette fois, elle est trop faible pour repousser l’aide de Michael Blomkvist. On retrouve donc notre « couple » de héros unissant leurs efforts comme dans Les hommes qui n’aimaient pas les Femmes. Ils forment la pierre angulaire de Millenium, c’est sans doute pour ça que ce tome fonctionne bien mieux que le deuxième, où nos deux héros suivaient des chemins séparés.

La magie fonctionne donc à nouveau et s’achèvera dans une scène de procès qui constitue un moment de pure jouissance littéraire (le premier qui chante « même les draps s’en souviennent » sort tout de suite !). Il vient conclure un livre que l’on a forcément dévoré, tant les récits de Stieg Larsson sont captivants. Le terme prend ici réellement son sens tant on du mal à lâcher La Reine dans le Palais des Courants d’Air une fois que l’on est plongé dedans ! Mais bon, avoir pour geôliers Lisbeth Salander et Michael Blomkvist est une aliénation des plus agréables.

La Reine dans le Palais des Courants d’Air et la saga Millénium dans son ensemble nous auront donc fait rencontrer deux personnages parmi les plus extraordinaires de la littérature contemporaine. On peut déjà être sûrs qu’ils deviendront légendaires et que la frustration de ne pas les voir repartir pour de nouvelles aventures sera éternelle.

La Reine dans le Palais des Courants d’Air ne saurait donc manquer à toute bonne bibliothèque qui se respecte.

LE ROYAUME D’EPINES ET D’OS, TOME 2 : LE PRINCE CHARNEL (Greg Keyes) : Une suite qui ne déçoit pas !

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leroyaumedepinesetdos2Ces derniers temps, je vous ai parlé de plusieurs séries d’heroic fantasy plutôt sympathiques. Mais là, on va changer de catégorie pour rentrer dans la catégorie super poids lourd avec le deuxième tome du Royaume d’Epines et d’Os : Le Prince Charnel. J’en profite au passage pour remercier ma meilleure amie qui après m’avoir fait découvrir le premier tome a eu l’excellente idée de m’offrir les quatre constituant la saga pour mon anniversaire. Bah oui, ce n’est pas ma meilleure amie pour rien ! En tout cas, je n’attendrai pas plus d’un an entre deux tomes ce coup-ci !

Le Roi de Bruyère s’est donc éveillé. La fin du monde est donc proche si on en croit la prophétie. Aspar est donc chargé de le tuer avant qu’il ne soit trop tard. Mais, lors de leur précédente rencontre, le Roi de Bruyère lui a sauvé la vie. Il commence donc à se demander s’il est vraiment du bon côté. Pendant ce temps, Neil part à la recherche d’Anne, héritière du trône de Crotheny, dont la survie est indispensable à la sauvegarde du monde.

Bon évidemment, raconté comme ça à ceux qui n’ont pas lu le premier tome, le synopsis paraît confus. Pourtant, il n’en est rien. C’est d’ailleurs une des plus grandes qualités de la saga du Royaume d’Epine et d’Os. Pourtant, le récit met en scène moult royaumes, moult personnages, moult références à un passé imaginaire de ce monde inventé de toute pièce. Dans le Prince Charnel tout se complexifie encore car les cartes se brouillent et la frontière entre le bien et le mal ne semble plus aussi nette qu’au début. Bref, cette saga est d’une incroyable richesse sans jamais pourtant perdre le lecteur. Peu d’œuvres de ce genre peuvent en dire autant !

Mais si la marmite est pleine d’ingrédients, reste encore à la faire bouillir. Et là encore, le Royaume d’Epine et d’Os se démarque largement de la concurrence. Le Prince Charnel est encore plus intense que le premier volet puisque la phase d’introduction est passée et l’on plonge directement dans l’action. Une action qui vous fait dévorer les pages les unes après les autres sans pouvoir vous arrêter. Ce livre se dévore, s’engloutit avec une gourmandise effrénée, mais qui, elle, ne vous fera ni grossir, ni frôler la crise cardiaque.

Greg Keyes est donc un auteur dont l’imagination est à la hauteur du talent littéraire. Le style n’a peut-être rien d’extraordinaire, mais la magie de ce que sa plume fait naître ne nous laisse de toute façon ni l’envie, ni le temps de s’arrêter contempler des métaphores sublimes ou des formules de styles inattendues. C’est juste limpide, clair, précis et totalement au service de l’intrigue.

Le Royaume d’Epines et d’Os, tome 2 : le Prince Charnel est donc absolument indispensable à tout amateur d’heroic fantasy. Mais les autres pourront trouver eux aussi matière à un grand moment de bonheur littéraire.

VIF-ARGENT, TOME 2 : LE ZENITH DE VIF-ARGENT (Stan Nichols) : Fantasy et frustration

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vifargent2Bon, je ne vais pas rappeler les circonstances qui ont fait que ce bouquin ait atterri dans ma bibliothèque. Pour cela, référez vous à mon avis sur le premier tome. Enfin pour ceux qui ont suivi, ils apprendront donc que le Père Noël…enfin mes nouveaux voisins m’ont apporté également le deuxième tome de la saga Vif-Argent… Mais malheureusement pas le troisième, que je vais devoir acheter avec mes propres sous… Que la vie est dure parfois ! Je pense bientôt lancer une grande souscription pour m’aider…

Trêve de plaisanterie et revenons à notre résistance qui mûrit peu à peu son grand projet : fonder un état libre où pourront s’installer tous ses membres. Mais d’ici là, reste à trouver le lieu idéal et surtout à veiller à ce que le secret reste bien gardé, alors que la répression se fait de plus en plus pressante.

Le Zénith de Vif-Argent est un roman qui se dévore… mais pas forcément parce qu’il est particulièrement passionnant. Déjà, il n’est pas très long. Mais surtout, on avale les pages dans l’espoir de voir l’intrigue vraiment décoller et avancer vers un dénouement attendu pour le troisième tome. Mais au final, dans ce livre, l’histoire avance relativement peu, même si les évènements se précipitent nettement dans les derniers chapitres.

Attention, je ne dis absolument pas ici que le Zénith de Vif-Argent est ennuyeux et qu’il ne s’y passe rien. Simplement, le fil rouge de l’intrigue ne se déroule que très peu. A côté de ça, on retrouve les scènes d’actions, les combats à l’épée au corps à corps qui avaient séduit dans le premier tome. Certes, du coup, on peut trouver tout ça un peu vain et rébarbatif, mais le charme des personnages continue d’agir. Ainsi, on est bien plus frustré que déçu. On se doute bien que le dernier tome sera beaucoup plus dense et, du coup, on a très envie de s’y plonger au plus vite. On a même du mal à imaginer que tout puisse se résoudre en un seul tome. Enfin, je vous dirai ça très bientôt.

Le style de Stan Nichols reste très agréable. La certaine confusion signalée dans le premier tome est totalement effacée par un résumé de ce dernier au début du Zénith de Vif-Argent. Cette petite piqûre de rappel nous permet de nous remettre les idées au clair. Cependant, encore une fois, on ne pourra que regretter l’absence d’une carte de ce monde. Cela ferait évidemment très « Tolkien », mais à la fois, ça reste avant tout une très bonne idée ! Toutefois, ce livre se lit encore plus facilement que l’Eveil de Vif-Argent car on peut se laisser totalement porter par le récit, sans se creuser la tête pour essayer de se rappeler le contexte géopolitique de ce monde imaginaire.

Le Zénith de Vif-Argent confirme donc qu’il s’agit là d’une bonne série d’heroic fantasy, sans être la meilleure. En fait, tout se jouera dans le troisième et dernier tome qui donnera tout son sens à la saga. Nous verrons donc bientôt si c’est l’enthousiasme ou la déception qui dominera au final.

LES ENFANTS DE L’ATLANTIDE, TOME 2 : L’ARCHIPEL DU SOLEIL (Bernard Simonay) : Un flash-back qui relance le récit

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lesenfantsdelatlantide2Jehn a désormais pleinement conscience qu’il est la réincarnation de Astyan, Titan fondateur de l’Atlantide. Les souvenirs lui reviennent et sont relatés ici. La fondation de l’Empire, les siècles de paix et de prospérité avant l’apparition de la secte du Serpent qui a juré de libérer l’humanité de la tutelle, pourtant bienveillante, des Titans. Mais il restera à Jehn à comprendre ce qui s’est passé pendant les siècles où il fut absent de la Terre et durant lesquels l’Atlantide a disparu.

Les Enfants de l’Atlantide, tome 2 : l’Archipel du Soleil n’est donc, à quelques pages près, qu’un long flash-back. Cependant, cela n’altère en rien l’intérêt du récit car il nous transporte à une époque et surtout un contexte très différents. Nous découvrons une civilisation avancée technologiquement sur bien des points ayant prospéré avant l’époque néolithique. Rien n’est encore dévoilé sur ce qui provoquera sa chute, même si on voit bien que des jalons sont posés.

Si le premier tome était un livre d’aventures sympathique, Les Enfants de l’Atlantide, tome 2 : l’Archipel du Soleil élargit considérablement la portée du récit. D’un destin individuel, nous passons à la description de tout un monde. Ainsi, ce second tome ne donne pas une seule seconde une impression de déjà-vu. Au contraire, on a envie de lire la suite pour voir comment l’auteur va relier ces récits si différents. On en a déjà une idée, mais cela maintient l’intérêt du lecteur pour poursuivre la lecture de la saga (qui compte quatre tomes en tout).

Ce constat fonctionne aussi pour le personnage principal. Jehn, chasseur d’une petite tribu isolée, et Astyan, Titan qui dirige un empire, sont à la fois la même personne et deux personnages diamétralement opposés. La suite du récit devrait logiquement montrer comment l’un peut redevenir l’autre, même si cette métamorphose a largement été entamée dans le premier volet. Là encore, l’intérêt pour le récit en bénéficie largement.

Le style de Bernard Simonay reste toujours aussi agréable. Les batailles épiques qui se déroulent dans Le Enfants de l’Atlantide, tome 2 : l’Archipel du Soleil sont parfaitement décrites, ce qui n’est pourtant pas toujours évident à réaliser. On visualise très bien la tactique des protagonistes sur le champ de bataille, sans pour autant avoir droit à de longues et fastidieuses descriptions. Le récit est toujours vif et le plus souvent tourné vers l’action. Les allergiques à Tolkien peuvent être rassurés…sans pour autant que les fans ne soient découragés de se plonger dans cette saga.

Les Enfants de l’Atlantide, tome 2 : l’Archipel du Soleil réussit donc parfaitement à donner un second souffle à cette tétralogie. Cependant, malgré toutes ses qualités, elle reste une œuvre parmi beaucoup d’autres dans un genre très prolifique. On est là plutôt dans le haut du panier certes, mais pas dans le culte non plus. Les amateurs du genre fantasy seront donc ravis, les autres pourront se laisser tenter, sans en faire forcément une priorité. 

VIF-ARGENT, TOME 1 : L’EVEIL DE VIF ARGENT (Stan Nichols) : Fantasy et conspirations

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vifargent1Je n’ai pas l’habitude de raconter ma vie dans mes avis, mais je ne peux m’empêcher de vous raconter comment j’ai acquis L’Eveil de Vif-Argent. Cela reste une anecdote, mais une anecdote parmi les plus étonnantes qui me soient arrivées. J’ai depuis peu de nouveaux voisins d’en face. Visiblement, ils ont du surestimer la place qu’ils ont dans leur nouvel appartement. En effet, un midi, rentrant du travail pour déjeuner, je vois sur le trottoir plusieurs cartons sortis avec la poubelle à papier. Par curiosité, j’y jette un oeil et quelle ne fut pas ma surprise d’y découvrir plusieurs dizaines (je n’ai pas compté, mais à vue de nez entre 50 et 100) de romans… Et pas des vieux romans de gare, non beaucoup d’éditions originales de livre de science-fiction et de fantasy d’auteurs parmi le plus connus du genre. Passé l’étonnement, j’ai été cherché chez moi un grand sac de voyage et j’ai ramené tout ça chez moi, alors qu’il se mettait à pleuvoir des cordes… C’était un peu Noël avant l’heure mais aussi une petite colère intérieure contre mes nouveaux voisins, qui s’apprêtaient à jeter au rebus pour plus de 500 euros de bouquins… Je suis trop attaché aux livres pour pouvoir comprendre, surtout que ce ne sont pas les bouquinistes ou même les associations qui auraient été très heureux de récupérer tout ça qui manquent !

Voilà, la parenthèse est fermée, revenons à l’Eveil de Vif-Argent, premier volet d’une trilogie signée Stan Nicholls. Le synopsis est des plus classiques. Un monde imaginaire, un pouvoir tyrannique, des résistants, de la magie, des épées… Et un personnage principal, Reeth Caldason, un des derniers représentants d’une ancienne race de guerriers, massacrée par le pouvoir en place et son bras armé, l’ordre des paladins. Atteint d’un étrange mal, il va devoir renoncer à sa vie solitaire pour se joindre au Chapitre, une société secrète dont le but est de renverser la dictature qui règne à Bhealfa.

L’Eveil de Vif-Argent ressemble donc à bien des oeuvres littéraires d’heroic fantasy qui peuplent les rayons des libraires. Si elle n’est pas la plus inoubliable, elle fait tout de même partie du haut du panier. N’ayant pas encore lu la suite, je ne peut encore juger la trilogie dans son ensemble, mais les débuts sont plutôt prometteurs. Notamment pas la frustration qu’elle engendre… En effet, ce premier tome relate surtout la manière dont le destin des différents personnages se rejoint et plante un décor général. Mais beaucoup d’éléments que l’on devine comme extrêmement importants ne sont qu’évoquer, titillant notre curiosité et stimulant notre envie de connaître la suite… Je ne peux donc qu’espérer qu’elle soit à la hauteur, ce dont je devrais vous faire part très prochainement.

Le style de Stan Nicholls est très agréable à lire, car très vivant. Les dialogues et les scènes d’action dominent largement. Certes, du coup, le manque de description fait que le lecteur est parfois un peu perdu, vu que le monde décrit ici est totalement imaginaire. Il manque d’ailleurs une carte, qui aurait éclairé le récit. Mais bon, les allergiques au style « tolkiennien » seront ici ravis. Et puis, le rythme du récit et des péripéties fait que l’on s’accommode très bien de ne pas saisir toujours toutes les subtilités du contexte, on se laisse simplement porter par les aventures.

Une des grandes réussites de l’Eveil de Vif-Argent réside dans la qualité de ses personnages. Jamais caricaturaux, très humains car toujours imparfaits, ils participent fortement à la qualité d’un récit qui, au moins dans ce premier tome, repose pour une large part sur eux. Au final, on s’y attache et on a très envie de les retrouver au plus vite dans la suite de leurs aventures.

L’Eveil de Vif-Argent est donc le premier volet d’une trilogie d’heroic fantasy qui semble de très bonne qualité. Les amateurs du genre peuvent se jeter dessus. Je conseillerai aux autres peut-être d’autres séries, mais je doute que ce roman fasse passer un mauvais moment à quiconque.

MILLENIUM, TOME 2 : LA FILLE QUI REVAIT D’UN BIDON D’ESSENCE ET D’UNE ALLUMETTE : Le livre qui provoquait une déception toute relative

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Milleniumtome2Tout est relatif comme dirait Albert et il arrive que des oeuvres objectivement excellentes vous déçoivent parce que vous vous attendiez encore à mieux. L’inverse existe également d’ailleurs. En tout cas, avec La Fille qui rêvait d’un Bidon d’Essence et d’une Allumette, je me suis retrouvé dans la première situation. Tout ça à cause de mon papa qui m’avait assuré qu’il était encore plus extraordinaire que le premier tome. Je ne partage pas son avis !

Lisbeth Salander parcourt le monde, profitant de la petite fortune qu’elle a acquise grâce à ses talents de pirate informatique. Elle a rompu toute relation avec Mikael Blomkvist car l’idée qu’elle en soit amoureuse lui est insupportable. Mais pendant ce temps, Nils Bjurman, son tuteur qu’elle a humilié, ressasse sa haine et rêve de vengeance. Mais elle a les moyens de le faire chanter, alors il ne voit plus qu’une seule solution : la faire assassiner.

L’avantage d’un deuxième tome, c’est que l’on peut se dispenser d’introduire les personnages et de sauter directement dans le feu de l’action. La Fille qui rêvait d’un Bidon d’Essence et d’une Allumette ne saisit malheureusement pas cette occasion. Certes, l’auteur ne perd pas complètement son temps et s’attarde sur l’évolution d’un de ses personnages principaux, mais en tant que lecteur, j’ai un peu rongé mon frein en attendant que l’histoire démarre vraiment.

Une fois qu’elle est partie, il est vrai, le rythme est haletant et on se laisse rapidement prendre par l’intrigue. Seulement, là encore, je trouve La Fille qui rêvait d’un Bidon d’Essence et d’une Allumette en retrait par rapport à Les Hommes qui n’aimaient pas les Femmes. On est plus dans l’action que dans un mystère qui s’éclaircit peu à peu. Du coup, la lecture est moins passionnée, on est moins dévoré par une irrésistible envie de savoir la suite.

Cependant, entendons-nous bien. La Fille qui rêvait d’un Bidon d’Essence et d’une Allumette reste un excellent polar. Simplement, le premier volet de la saga avait mis la barre très très haut. D’ailleurs, il est fortement déconseillé de lire ce deuxième opus sans avoir lu Les Hommes qui n’aiment pas les Femmes. Trop de choses vous échapperait et vous ne saisiriez pas toute la subtilité des personnages et surtout de leurs relations.

Comme ce livre reste intrinsèquement de tout premier ordre, je tiens à terminer sur une note fortement positive. En effet, en matière de rebondissement totalement inattendu, la Fille qui rêvait d’un Bidon d’Essence et d’une Allumette fait très fort. Comme ça, au détour d’un passage visiblement anodin, un élément crucial tombe, sans crier gare et sans surtout que le lecteur s’y soit attendu ne serai-ce qu’une seule seconde. La surprise en elle-même est déjà de taille, mais le tour de force est le fait que l’existence même d’une surprise à ce moment précis en constitue également une ! Il ne s’agit donc pas du retournement de situation final attendu dans le sens où on sait qu’il va avoir lieu, même si on en ignore le contenu. Il s’agit donc là d’un rebondissement type Kiss Cool, un rebondissement double effet !

La Fille qui rêvait d’un Bidon d’Essence et d’une Allumette reste un polar de très haut niveau et dont le succès est amplement mérité. La déception dont j’ai fait part est réellement subjective. Mais toute critique l’est forcément…