









En politique, quand vous devez faire face à un tel choix, vous avez deux options. Soit vous nommez quelqu’un au centre de votre électorat, soit quelqu’un au centre de l’opinion. Les deux options présentent leurs avantages et leurs inconvénients et je ne crois pas que l’une soit meilleure que l’autre dans l’absolu. A mon sens, François Hollande n’a pas vraiment eu le choix car son électorat s’était déjà largement délité. La catastrophe des municipales s’expliquait largement par la bouderie d’une partie de l’électorat de gauche. Il aurait pu en effet tenter de le reconquérir, mais cela semblait difficile sans appuis politiques. Or, une partie du PS était déjà embarquée dans un esprit de Fronde et les représentants d’EELV n’attendaient qu’un prétexte pour quitter le gouvernement. C’est la malédiction de la présidentialisation à outrance du système politique français. Quand vous êtes un Président fragilisé, vous perdrez définitivement des alliés, chacun se positionnant déjà pour l’échéance suivante en misant sur votre défaite.
François Hollande ne pouvait donc que choisir un Premier Ministre correspondant à un point d’équilibre de l’opinion. Or, à l’époque personne d’autre ne l’incarnait mieux que Manuel Valls, si ce n’est peut-être François Bayrou, mais le Président aurait alors totalement perdu le PS. Je doute que François Hollande ait été assez naïf pour ignorer son caractère clivant et ses ambitions personnelles qui ne manqueraient pas de naître. Le principe même d’un choix par défaut est bien d’avoir des défauts. Evidemment, vu comment tout cela s’est fini, il serait tentant de se lancer dans les « et si… ». Et si Bernard Cazeneuve… Et si un choix audacieux… mais c’est évidemment un exercice vain et facile.
Il ne faut pas oublier non plus, même si les intéressés ne s’en vantent sûrement pas, que Manuel Valls a bénéficié du soutien appuyé d’Arnaud Montebourg et de Benoît Hamon. Ces deux derniers cherchaient avant tout à se débarrasser de Jean-Marc Ayrault et à marquer l’arrivée de leur génération au sommet (à une marche près). Ils ont cependant fait définitivement pencher la balance du côté de l’ancien Maire d’Evry. Quand on connaît la suite (voir la fin du billet), on peut là aussi se dire que c’était une erreur de faire confiance à cet attelage et qu’il était évident qu’il ne tiendrait pas la route. Mais c’est toujours plus facile de voir les évidences du passé. Beaucoup plus difficile de connaître celle du futur.
Cela faisait déjà de longues années qu’en tant que militant socialiste, je ne portais pas Manuel Valls dans mon cœur. Non pas pour forcément pour ses idées, mais plutôt au contraire pour son absence d’idées. Pour moi, il était celui qui prenait systématiquement la parole pour contester le bien-fondé des positions prises par le PS, quelles qu’elles soient. Une façon assez efficace pour exister médiatiquement car il était devenu le bon client qui va gentiment cracher sur ses camarades dès qu’une caméra se présentait. Par contre, jamais il n’avait proposer un texte au moment des congrès du Parti et je reste convaincu que ce n’est pas quelqu’un qui n’a jamais eu de convictions profondes. Il s’est construit politiquement en suivant le vent, plus qu’en soufflant lui-même.
Lors de son passage au Ministère de l’Intérieur, il avait continué son numéro de mec de gauche qui dit des trucs de droite pour se démarquer des copains. Si c’était horripilant quand le PS était dans l’opposition, une fois au pouvoir, ça commençait à devenir nettement plus problématique. Après, je fais partie des rares personnes de gauche à ne pas considérer qu’en dehors de mon propre spectre idéologique étroit, il n’y a que le mal et la vilenie. J’espérais sans doute naïvement qu’arrivée si près du sommet, il changerait quelque peu de manière de fonctionner. Je lui reconnaissais également sa grande loyauté depuis le soir des premiers tours des primaires où il s’était rangé derrière Hollande. Enfin, j’espérais surtout que la politique entreprise finirait pas porter ses fruits, au grand bénéfice des Français, et que c’est son gouvernement qui les récolterait.
Un gouvernement sans représentant d’EELV donc. Vu le peu d’amitié que j’ai pour ce parti et pour beaucoup de ses idées, j’aurais pu m’en réjouir. Surtout que, comme je l’ai déjà souligné plus haut, cela devait forcément arriver, car un tel allié en politique va toujours finir par s’éloigner de vous pour vous concurrencer à une échéance électorale prochaine. Au moins, c’était fait ! Mais évidemment, cela rétrécissait encore le spectre politique sur lequel François Hollande pouvait s’appuyer.
Quelques mois plus tard, le 23 août, Arnaud Montebourg organise la Fête de la Rose dans ses terres de Saône et Loire. Il sait parfaitement ce qu’il compte faire ce jour-là. Pour donner plus d’ampleur à son futur coup d’éclat, il invite Benoît Hamon, sans lui dire ce qu’il prépare. Il le fait boire un peu, pour qu’il baisse sa garde. Puis Arnaud Montebourg se lance dans un grand discours contre la politique du gouvernement dont il fait parti. Benoît Hamon le suivra dans ses élans, mais lui de manière totalement improvisée. Arnaud Montebourg obtiendra ce qu’il cherchait. Il est viré du gouvernement et se voit déjà comme sauveur de la gauche en 2017. Benoît Hamon le suit dans la charrette, mais sans l’avoir du tout cherché, lui qui venait d’obtenir le prestigieux Ministère de l’Education. Il doit abandonner ses ambitions et des projets de réformes. Beaucoup de ses proches, dont une partie venait de la Fédération des Yvelines où il s’était implanté, se retrouve au chômage du jour au lendemain, sans l’avoir vu venir.
Le destin rend parfois la monnaie de leur pièce aux grands guignols et les deux compères n’ont toujours pas connu le destin dont il rêvait ce jour là. Ils auront par leurs manœuvres mesquines craché sur l’idée même de l’unité qui sous-tend un parti politique. Ils auront à jamais perdu mon respect car au-delà du PS, ils ont ainsi avant tout renoncé à leur capacité à défendre l’intérêt général à travers leur fonction de Ministre, pour assouvir leurs ambitions mal placées. En politique, évidemment, une rédemption est toujours possible. Rien n’indique qu’ils ne la connaîtront pas. Tout comme Manuel Valls d’ailleurs. Mais franchement, je pense vraiment que notre pays peut se passer de ces trois-là…




Le contenu de Purée d’Avocat Sauce Chili n’a rien de révolutionnaire. Un polar auquel se mêle un peu de géopolitique et des acteurs au passé trouble qui se dévoile peu à peu. Par rapport au reste de l série, ce volume se démarque par contre vraiment par la qualité de la narration. Les coups de théâtre et les rebondissements sont nombreux et convaincants. S’il n’est pas plus long que la moyenne, sa trame s’avère beaucoup plus riche que d’habitude. Cela reste un simplement divertissement littéraire et policier, mais vraiment de qualité. L’intrigue tient debout et on la suit de bout en bout, avec une réelle impatience de voir où elle va bien pouvoir nous mener.
Purée d’Avocat Sauce Chili est de plus très bien écrit. Tant mieux car la richesse de la narration n’aurait pu être appréciée si elle avait été porté par un style confus. Pour faire tenir autant d’éléments dans aussi peu de pages, ce dernier va forcément à l’essentiel, même s’il prend tout de même le temps de nous offrir quelques beaux personnages. Je ne sais pas quelle place exacte Francisco Gonzales Ledesma occupe dans l’histoire du polar espagnol, mais en tout cas il donne envie de s’intéresser à ce qui s’écrit de l’autre côté des Pyrénées dans ce style. Le cinéma nous a parfois offert un aperçu. Ne doutons pas que la littérature soit du même niveau.




Etre à égalité numérique avec l’autre opposition avait une conséquence fâcheuse. En effet, le Conseil Municipal désigne en son sein les membres d’un certain nombre de commissions diverses et variées. Les règles de désignation en vigueur nous permettait, quand nous étions quatre contre trois, d’occuper systématiquement la place restant pour un représentant de l’opposition. Ces commissions revêtent une grande importance car elles représentent une des rares occasions pour un élu d’opposition d’avoir accès à une information détaillée sur les dossiers en cours. Le Maire m’avait indiqué qu’il ne comptait pas nous départager et m’avait donc demandé de voir avec la troisième tête de liste comment on se répartissait les postes.
Nous avions un énorme avantage sur les représentants de l’autre opposition : nous connaissions très bien ces différentes instances et savions parfaitement dans lesquelles il était le plus importants de siéger. Je préparais donc une proposition de répartition à première vue équitable, mais qui nous permettait d’être présent dans toutes les commissions les plus stratégiques. L’autre opposition acceptât sans broncher… en me disant juste « on pourra tourner en milieu de mandat ». J’ai du me débrouiller pour esquiver une réponse, puisqu’il n’était évidemment pas question de le faire. De toute façon, le moment venu, ils oublièrent totalement cette condition.
J’avoue que je ne garde ni grands ni de très bons souvenirs de ce deuxième mandat. Déjà parce que je savais que j’allais finir par démissionner. Ensuite, parce que j’ai eu l’impression de continuer à consacrer beaucoup trop d’énergie à convaincre une partie de mes collègues de tenir notre ligne et à notre conception du travail de l’opposition. Comme je l’ai déjà expliqué ici, il n’existait pas vraiment de sujet sur lequel surfer et grâce auquel nous pouvions attiser le mécontentement de la population. Face à cette situation, soit on fait feu de tout bois et on part du principe que l’on peut trouver à redire à toutes décisions, soit on se concentre sur quelques sujets où on sait être particulièrement pertinents. Ma conception de la politique me conduisait invariablement vers cette seconde attitude, qui m’avait vu m’opposer si souvent à notre précédente tête de liste. Je pensais en avoir fini, mais un de nos trois élus et un camarade assidu à nos réunions de préparation des Conseils restaient clairement sur la première attitude. Si la tension n’était pas aussi forte qu’à une certaine époque, j’avoue garder un souvenir parfois désagréable de ces réunions. Cependant, je tenais bon. Notamment je refusais que l’on émette le moindre soupçon de malhonnêteté à l’encontre du Maire et de son équipe. Si leur médiocrité était sans borne, je n’ai jamais rien constaté qui puisse pousser mes reproches sur un autre terrain. Et je m’en réjouis.
Nos deux angles d’attaque principaux reposaient sur les finances de la ville et le retard pris par la commune en termes d’accessibilité. Sur le premier sujet, nous avons tout essayer pour faire de la pédagogie auprès de la population, mais avec le recul, en termes de communication, c’était perdu d’avance. Le sujet était trop complexe et ne pouvait être expliqué en quelques slogans. Après, j’estime aussi que c’était notre rôle de faire ce travail, indépendamment de l’incapacité de la plupart des citoyens d’aller vraiment au fond des choses.
Pour l’accessibilité, les choses étaient un peu différentes. Les meilleurs documents produits par notre groupe pendant toutes ces années furent de loin ceux tournant autour de ce sujet. Nous avions fait le nécessaire pour illustrer graphiquement les problématiques et les quelques retours s’avérèrent positifs. Il faut dire que sur ce sujet, la majorité avait pendant de nombreuses années totalement oublié de traiter le sujet. Mais le Maire n’était pas vraiment du genre à faire des mea culpa. Ceci provoquera ma seule véritable colère en séance du Conseil Municipal, quand moi, élu socialiste, je me suis retrouvé à défendre la loi de 2005 sur la mise en accessibilité. Une loi votée par le gouvernement Balladur. Je me rappelle de regards un peu étonnés des élus de la majorité en m’entendant ainsi hausser le ton, tranchant avec mon attitude habituelle, plutôt faite de longues argumentations un peu fades. Avec le recul, je me dis que j’aurais dû adopter ce style plus souvent, car seul un grand silence me répondit. Un grand silence comme un aveu de culpabilité car ils savaient que je ne m’étais pas énervé pour rien et que j’avais raison.
Vous me direz, on ne s’engage pas ainsi en politique si on n’est pas persuadé d’avoir souvent raison. Mais parfois, cette conviction est assez forte pour l’emporter sur la mauvaise foi du camp d’en face. J’ai eu rarement cette joie. Mais rien qu’une fois, je vous promets que cela valait le coup !

Le Complot contre l’Amérique est un dystopie, faussement autobiographique. Il nous raconte l’histoire d’une Amérique qui finit par élire, en 1940, Charles Lindbergh, aux sympathies nazies et antisémites notoires, au lieu d’offrir un troisième mandat à Roosevelt. On peut facilement imaginer que la face de la guerre s’en verra changer et surtout le quotidien des juifs vivants aux Etats-Unis. La figure d’un Président terriblement populiste, jouant constamment avec la vérité en rappelle évidemment un autre. Certes, le récit est surtout tourné vers le quotidien du narrateur, plutôt que sur ce qui se passe précisément à la Maison Blanche, mais, placée dans le contexte actuel, l’œuvre prend incontestablement une dimension supplémentaire.
Le Complot contre l’Amérique n’en demeure pas moins un extraordinaire roman, indépendamment du reste. Passionnant et remarquablement bien écrit, il se dévore avec avidité. Il s’agit d’un immense œuvre profondément politique, tout en nous plongeant dans le quotidien de citoyens ordinaires. Le récit est vivant et riche, tourné vers les péripéties, même si le narrateur, âgé de sept ans nous fait largement partager ses réflexions. Mais jamais elles ne viennent couper le rythme de la narration. Le seul bémol que l’on peut formuler est un dénouement pas vraiment à la hauteur du reste et qui laisse le lecteur quelque peu sur sa faim. C’est dommage, mais pas assez pour ne pas apprécier la grande de ce très fort moment de littérature.






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