I HAVE MADE A PLACE (Bonnie ‘Prince’ Billy), WHO (The Who), THANKS FOR THE DANCE (Leonard Cohen) : Les vieux sont là

IhavemadeaplacebonnieprincebillyOn commence avec un artiste américain particulièrement prolifique, mais que je ne connaissais pas du tout. Will Oldham, connu aussi sous le nom de Bonnie ‘Prince’ Billy, évolue dans un univers entre folk et country. I Have Made a Place est sorti en 2019. On y découvre la conviction de cet artiste qui met de l’énergie dans chacun de ses titres. C’est propre et maîtrisé, il y a de diversité et de la qualité à chaque morceau. Mais rien n’est jamais très original. Au final, c’est plutôt sympathique et ça se laisse écouter, mais sans jamais vraiment marquer les esprits.

whothewhoOn enchaîne avec des vieux routiers du rock, à savoir le groupe The Who et leur album sobrement intitulé Who. Ce n’est finalement que le 12ème album d’un groupe qui a pourtant débuté sa carrière en 1965.Et simplement le deuxième depuis 1982. Ce album constitue donc en lui-même un petit événement. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le groupe est en pleine forme, malgré le poids des ans. Certes, le résultat est très classique, typique de ce qu’ils ont proposé tout au long de leur carrière, mais tout simplement excellent. La maîtrise est totale, on les sent totalement sûrs de leur musique. Il y a beaucoup de variété entre les titres et la qualité est constante. L’âge ne leur pas fait perdre leur énergie car certains titres sont très rock. Un album qui se savoure du début à la fin.

thanksforthedanceleonardcohenOn termine par Thanks for the Dance, album posthume de l’immense Leonard Cohen. Si on doit retenir trois choses de cet album, c’est sa voix, sa voix et sa voix. Dès qu’on l’entend, on est saisi et fasciné et même s’il parle bien plus souvent qu’il ne chante réellement. La qualité est constante du début à la fin de l’album. Il faut évidemment aimer son style si particulier. Mais si c’est le cas, alors cet album est un vrai régal.

TWO HANDS (Big Thief), VALVE BONE WOE (Chrissie Hynde), THEY FOUND MY BODY IN A BAG (Bror Gunnar Jansson) : Divine surprise

twohandsbigthiefOn commence par un groupe américain, Big Thief, et son album Two Hands, sorti en 2019. Le leader au chant et à la guitare est une femme, Adrianne Lenker, ce qui est assez rare pour le signaler. D’ailleurs, on est tout de suite marqué par sa petite voix fluette. Sur les premiers titres, elle vient se poser sur de petites mélodies, un rien sucrées, mais qui manquent cruellement de corps et d’originalité. Ce n’est pas non plus particulièrement harmonieux. Ensuite, le groupe fait preuve parfois d’un peu plus de punch, avec notamment Not, le meilleur titre de l’album. Ca retombe à nouveau sur la fin pour un résultat globalement pas désagréable, mais tout simplement transparent.

valvebonewoechrissiehyndeBien avant Adrianne Lenker, il y a eu Chrissie Hynde, la leader des Pretenders. Mais c’est en solo qu’elle nous offre Valve Bone Woe, un album pas rock du tout. En effet, elle nous surprend en nous offrant une série de reprises de classiques du jazz. Elle éblouit de sa classe et de son élégance, pour un résultat tout simplement excellent. Elle est la parfaite crooner au féminin. Cela est particulièrement frappant avec la reprise de I Am a Fool to Want You de Frank Sinatra. Elle finit par nous surprendre avec le dernier titre de l’album et une reprise, en français, de Que Reste-t-il de nos Amours ? de Charles Trenet. Cela vient conclure un album vraiment remarquable qui ravira toutes les oreilles.

theyfoundmybodyinabagbrorgunnarjanssonOn reste dans l’ambiance jazz avec Bror Gunnar Jansson, un artiste suédois et son album They Found My Body in a Bag. C’est plus du blues que du jazz, même si certains titres tirent aussi sur le rock. Il se démarque par une voix assez originale, mais qui ne rentre jamais vraiment en harmonie avec sa musique, comme si la production de l’album était restée inaboutie et ce, quel que soit le style. Pas de banalité, mais jamais d’enthousiasme. Encore fois avec une fin d’album faite de longs instrumentaux sans grand intérêt et qui sonnent comme du pur remplissage.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 28 : Les grands guignols

episode28Il est temps de quitter Viroflay pour reprendre le fil de mon récit à l’échelle nationale. La déroute socialiste aux municipales aura eu en effet une conséquence quasi immédiate : le départ de Jean-Marc Ayrault de Matignon et l’arrivée de Manuel Valls. Certains qualifieront cet événement de tournant du quinquennat, mais je ne partage pas vraiment cette vision des choses. Parce que je reste convaincu que ce choix fut avant tout un choix par défaut et même aujourd’hui, je ne vois pas qui aurait pu être nommé à sa place. Il est une conséquence. Pas une cause.

En politique, quand vous devez faire face à un tel choix, vous avez deux options. Soit vous nommez quelqu’un au centre de votre électorat, soit quelqu’un au centre de l’opinion. Les deux options présentent leurs avantages et leurs inconvénients et je ne crois pas que l’une soit meilleure que l’autre dans l’absolu. A mon sens, François Hollande n’a pas vraiment eu le choix car son électorat s’était déjà largement délité. La catastrophe des municipales s’expliquait largement par la bouderie d’une partie de l’électorat de gauche. Il aurait pu en effet tenter de le reconquérir, mais cela semblait difficile sans appuis politiques. Or, une partie du PS était déjà embarquée dans un esprit de Fronde et les représentants d’EELV n’attendaient qu’un prétexte pour quitter le gouvernement. C’est la malédiction de la présidentialisation à outrance du système politique français. Quand vous êtes un Président fragilisé, vous perdrez définitivement des alliés, chacun se positionnant déjà pour l’échéance suivante en misant sur votre défaite.

François Hollande ne pouvait donc que choisir un Premier Ministre correspondant à un point d’équilibre de l’opinion. Or, à l’époque personne d’autre ne l’incarnait mieux que Manuel Valls, si ce n’est peut-être François Bayrou, mais le Président aurait alors totalement perdu le PS. Je doute que François Hollande ait été assez naïf pour ignorer son caractère clivant et ses ambitions personnelles qui ne manqueraient pas de naître. Le principe même d’un choix par défaut est bien d’avoir des défauts. Evidemment, vu comment tout cela s’est fini, il serait tentant de se lancer dans les « et si… ». Et si Bernard Cazeneuve… Et si un choix audacieux… mais c’est évidemment un exercice vain et facile.

Il ne faut pas oublier non plus, même si les intéressés ne s’en vantent sûrement pas, que Manuel Valls a bénéficié du soutien appuyé d’Arnaud Montebourg et de Benoît Hamon. Ces deux derniers cherchaient avant tout à se débarrasser de Jean-Marc Ayrault et à marquer l’arrivée de leur génération au sommet (à une marche près). Ils ont cependant fait définitivement pencher la balance du côté de l’ancien Maire d’Evry. Quand on connaît la suite (voir la fin du billet), on peut là aussi se dire que c’était une erreur de faire confiance à cet attelage et qu’il était évident qu’il ne tiendrait pas la route. Mais c’est toujours plus facile de voir les évidences du passé. Beaucoup plus difficile de connaître celle du futur.

Cela faisait déjà de longues années qu’en tant que militant socialiste, je ne portais pas Manuel Valls dans mon cœur. Non pas pour forcément pour ses idées, mais plutôt au contraire pour son absence d’idées. Pour moi, il était celui qui prenait systématiquement la parole pour contester le bien-fondé des positions prises par le PS, quelles qu’elles soient. Une façon assez efficace pour exister médiatiquement car il était devenu le bon client qui va gentiment cracher sur ses camarades dès qu’une caméra se présentait. Par contre, jamais il n’avait proposer un texte au moment des congrès du Parti et je reste convaincu que ce n’est pas quelqu’un qui n’a jamais eu de convictions profondes. Il s’est construit politiquement en suivant le vent, plus qu’en soufflant lui-même.

Lors de son passage au Ministère de l’Intérieur, il avait continué son numéro de mec de gauche qui dit des trucs de droite pour se démarquer des copains. Si c’était horripilant quand le PS était dans l’opposition, une fois au pouvoir, ça commençait à devenir nettement plus problématique. Après, je fais partie des rares personnes de gauche à ne pas considérer qu’en dehors de mon propre spectre idéologique étroit, il n’y a que le mal et la vilenie. J’espérais sans doute naïvement qu’arrivée si près du sommet, il changerait quelque peu de manière de fonctionner. Je lui reconnaissais également sa grande loyauté depuis le soir des premiers tours des primaires où il s’était rangé derrière Hollande. Enfin, j’espérais surtout que la politique entreprise finirait pas porter ses fruits, au grand bénéfice des Français, et que c’est son gouvernement qui les récolterait.

Un gouvernement sans représentant d’EELV donc. Vu le peu d’amitié que j’ai pour ce parti et pour beaucoup de ses idées, j’aurais pu m’en réjouir. Surtout que, comme je l’ai déjà souligné plus haut, cela devait forcément arriver, car un tel allié en politique va toujours finir par s’éloigner de vous pour vous concurrencer à une échéance électorale prochaine. Au moins, c’était fait ! Mais évidemment, cela rétrécissait encore le spectre politique sur lequel François Hollande pouvait s’appuyer.

Quelques mois plus tard, le 23 août, Arnaud Montebourg organise la Fête de la Rose dans ses terres de Saône et Loire. Il sait parfaitement ce qu’il compte faire ce jour-là. Pour donner plus d’ampleur à son futur coup d’éclat, il invite Benoît Hamon, sans lui dire ce qu’il prépare. Il le fait boire un peu, pour qu’il baisse sa garde. Puis Arnaud Montebourg se lance dans un grand discours contre la politique du gouvernement dont il fait parti. Benoît Hamon le suivra dans ses élans, mais lui de manière totalement improvisée. Arnaud Montebourg obtiendra ce qu’il cherchait. Il est viré du gouvernement et se voit déjà comme sauveur de la gauche en 2017. Benoît Hamon le suit dans la charrette, mais sans l’avoir du tout cherché, lui qui venait d’obtenir le prestigieux Ministère de l’Education. Il doit abandonner ses ambitions et des projets de réformes. Beaucoup de ses proches, dont une partie venait de la Fédération des Yvelines où il s’était implanté, se retrouve au chômage du jour au lendemain, sans l’avoir vu venir.

Le destin rend parfois la monnaie de leur pièce aux grands guignols et les deux compères n’ont toujours pas connu le destin dont il rêvait ce jour là. Ils auront par leurs manœuvres mesquines craché sur l’idée même de l’unité qui sous-tend un parti politique. Ils auront à jamais perdu mon respect car au-delà du PS, ils ont ainsi avant tout renoncé à leur capacité à défendre l’intérêt général à travers leur fonction de Ministre, pour assouvir leurs ambitions mal placées. En politique, évidemment, une rédemption est toujours possible. Rien n’indique qu’ils ne la connaîtront pas. Tout comme Manuel Valls d’ailleurs. Mais franchement, je pense vraiment que notre pays peut se passer de ces trois-là…

LOOKOUT LOW (Twin Peaks), ALL MIRORS (Angel Olsen), GHOSTEEN (Nick Cave and the Bad Seeds) : Non éloge de la paresse

lookoutlowtwinpeaksOn commence par un groupe américain au nom plus connu que le groupe en question. En effet, on pense rarement à eux quand on pense à Twin Peaks. En tout cas, ils ont sorti en 2019 un album intitulé Lookout Low. Ils nous y offrent un rock un peu jazzy, maîtrisé mais très propre sur lui. C’est relativement agréable mais très classique. On regrette vite le manque de personnalité dans la voix et les mélodies. Le groupe gagnerait vraiment à se lâcher. L’album est au final assez monotone et absolument pas marquant.

allmirorsangelolsenOn reste aux États-unis avec Angel Olsen et son album All Mirors. On y découvre une petite voix timide qui interprète des titres pop-rock, très années 80. La production est propre et maîtrisée et peu paraître dans un premier temps pas très originale. Mais au final, les mélodies font naître un univers mystérieux et éthéré. Mais surtout un univers réellement personnel, pas inintéressant. L’album se laisse écouter avec un certain plaisir non feint.

ghosteennickcaveOn termine en Australie avec une vieille connaissance, à savoir Nick Cave et son groupe the Bad Seeds. Quand on lance Ghosteen, on est immédiatement saisi dès que sa voix se fait entendre. Puis on est surpris quand on l’entend monter très haut dans les aigus. Les mélodies sont parfois très symphoniques, avec chœurs et cordes. Mais le plus souvent, elles sont portées par de simples airs de piano. Mais le tout manque un peu de corps et se révèle un rien monotone. Au fur et à mesure de l’album, il parle de plus en plus et chante de moins en moins, donnant au final un album un peu paresseux.

PUREE D’AVOCAT SAUCE CHILI : Savoureux Poulpe

pureedavocatsauchechiliQuoi de mieux pour sortir du confinement qu’un excellent Poulpe. En effet, Purée d’Avocat Sauce Chili est un des meilleurs épisodes de la série qu’il m’ait été donné de lire. Peut-être parce que la série s’ouvre ici à des auteurs étrangers, en la personne de Francisco Gonzales Ledesma, un auteur de polar espagnol. Il a même écrit le livre dans sa langue natale puisqu’il est indiqué un nom de traducteur. Mais rassurez-vous, l’inspecteur aux longs bras continue bien d’exercer ses talents à Paris et ce roman respecte totalement l’esprit de la série.

Le contenu de Purée d’Avocat Sauce Chili n’a rien de révolutionnaire. Un polar auquel se mêle un peu de géopolitique et des acteurs au passé trouble qui se dévoile peu à peu. Par rapport au reste de l série, ce volume se démarque par contre vraiment par la qualité de la narration. Les coups de théâtre et les rebondissements sont nombreux et convaincants. S’il n’est pas plus long que la moyenne, sa trame s’avère beaucoup plus riche que d’habitude. Cela reste un simplement divertissement littéraire et policier, mais vraiment de qualité. L’intrigue tient debout et on la suit de bout en bout, avec une réelle impatience de voir où elle va bien pouvoir nous mener.

Purée d’Avocat Sauce Chili est de plus très bien écrit. Tant mieux car la richesse de la narration n’aurait pu être appréciée si elle avait été porté par un style confus. Pour faire tenir autant d’éléments dans aussi peu de pages, ce dernier va forcément à l’essentiel, même s’il prend tout de même le temps de nous offrir quelques beaux personnages. Je ne sais pas quelle place exacte Francisco Gonzales Ledesma occupe dans l’histoire du polar espagnol, mais en tout cas il donne envie de s’intéresser à ce qui s’écrit de l’autre côté des Pyrénées dans ce style. Le cinéma nous a parfois offert un aperçu. Ne doutons pas que la littérature soit du même niveau.

JAIME (Brittany Howard), FREE (Iggy Pop), FABULA MENDAX (The Monochrome Set) : L’iguane à la peau dure

jaimebrittanyhowardBrittany Howard est connue pour être la leader du groupe Alabama Shakes. Mais elle poursuit également une carrière solo depuis 2019, avec l’album Jaime. Un style volontairement brouillon qui rappelle parfois Prince ou Macy Gray (ou tout simplement Alabama Shakes… ce qui est assez logique). Ce n’est pas toujours hyper harmonieux, mais ça se laisse écouter avec un certain plaisir la plupart du temps. Malheureusement, cela sombre aussi de temps en temps dans un n’importe quoi assez pénible à écouter. Bref, un album pas tout à fait abouti.

freeiggypopOn ne présente plus Monsieur Iggy Pop. Free est son dernier album en date, et rien moins que son 18ème album (sans même compter les 5 album avec The Stooges et un album en duo avec James Williamson). Sa voix unique est toujours aussi puissante. Le poids des ans fait peut-être qu’elle est plus posée, mais reste terriblement prenante. On apprécie particulièrement le single James Bond, délicieusement jazzy et vraiment classe. Il interprète ses titres avec un petit côté crooner un peu espiègle, toujours avec conviction, même dans le calme. Sur la fin, quelques titres ressemblent plus à des récitations de poème et viennent conclure un album assez court (10 titres, 33 minutes).

fabulamendaxthemonochromesetThe Monochrome Set est un groupe anglais des années 80, reformé en 2012, qui nous offre, dans leur album Fabula Mendax, un son naviguant entre pop, rock et folk particulièrement accrocheur. Les titres sont souvent parcourus de sonorités étranges, accompagnées par des chœurs. Les instrumentations sont particulièrement travaillées. Le résultat est toujours imaginatif et plein d’énergie. L’album se montre au final très varié et surtout d’une grande qualité constante.

TOUT CA, POUR CA : 10 ANS DE MILITANTISME AU PARTI SOCIALISTE : EPISODE 27 : Deuxième petit tour

episode27aJe ne garde pas un souvenir vraiment marquant du premier Conseil Municipal de mon deuxième mandat. Déjà parce que ce n’était pas mon premier Conseil Municipal tout court. Mais aussi parce que je m’y suis rendu en faisant grise mine. Nous étions un élu de moins et nous nous retrouvions donc plus que jamais relégué en bout de table dans la salle du Conseil. Je me souviens simplement d’avoir fait le choix de présenter ma candidature pour le poste de Maire. J’indiquais en préambule que je le faisais évidemment de manière symbolique, pour que vive jusqu’au bout le processus démocratique. Je n’ai naturellement récolté que les trois voix de mon groupe, l’autre opposition décidant de s’abstenir.

Etre à égalité numérique avec l’autre opposition avait une conséquence fâcheuse. En effet, le Conseil Municipal désigne en son sein les membres d’un certain nombre de commissions diverses et variées. Les règles de désignation en vigueur nous permettait, quand nous étions quatre contre trois, d’occuper systématiquement la place restant pour un représentant de l’opposition. Ces commissions revêtent une grande importance car elles représentent une des rares occasions pour un élu d’opposition d’avoir accès à une information détaillée sur les dossiers en cours. Le Maire m’avait indiqué qu’il ne comptait pas nous départager et m’avait donc demandé de voir avec la troisième tête de liste comment on se répartissait les postes.

Nous avions un énorme avantage sur les représentants de l’autre opposition : nous connaissions très bien ces différentes instances et savions parfaitement dans lesquelles il était le plus importants de siéger. Je préparais donc une proposition de répartition à première vue équitable, mais qui nous permettait d’être présent dans toutes les commissions les plus stratégiques. L’autre opposition acceptât sans broncher… en me disant juste « on pourra tourner en milieu de mandat ». J’ai du me débrouiller pour esquiver une réponse, puisqu’il n’était évidemment pas question de le faire. De toute façon, le moment venu, ils oublièrent totalement cette condition.

J’avoue que je ne garde ni grands ni de très bons souvenirs de ce deuxième mandat. Déjà parce que je savais que j’allais finir par démissionner. Ensuite, parce que j’ai eu l’impression de continuer à consacrer beaucoup trop d’énergie à convaincre une partie de mes collègues de tenir notre ligne et à notre conception du travail de l’opposition. Comme je l’ai déjà expliqué ici, il n’existait pas vraiment de sujet sur lequel surfer et grâce auquel nous pouvions attiser le mécontentement de la population. Face à cette situation, soit on fait feu de tout bois et on part du principe que l’on peut trouver à redire à toutes décisions, soit on se concentre sur quelques sujets où on sait être particulièrement pertinents. Ma conception de la politique me conduisait invariablement vers cette seconde attitude, qui m’avait vu m’opposer si souvent à notre précédente tête de liste. Je pensais en avoir fini, mais un de nos trois élus et un camarade assidu à nos réunions de préparation des Conseils restaient clairement sur la première attitude. Si la tension n’était pas aussi forte qu’à une certaine époque, j’avoue garder un souvenir parfois désagréable de ces réunions. Cependant, je tenais bon. Notamment je refusais que l’on émette le moindre soupçon de malhonnêteté à l’encontre du Maire et de son équipe. Si leur médiocrité était sans borne, je n’ai jamais rien constaté qui puisse pousser mes reproches sur un autre terrain. Et je m’en réjouis.

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Nos deux angles d’attaque principaux reposaient sur les finances de la ville et le retard pris par la commune en termes d’accessibilité. Sur le premier sujet, nous avons tout essayer pour faire de la pédagogie auprès de la population, mais avec le recul, en termes de communication, c’était perdu d’avance. Le sujet était trop complexe et ne pouvait être expliqué en quelques slogans. Après, j’estime aussi que c’était notre rôle de faire ce travail, indépendamment de l’incapacité de la plupart des citoyens d’aller vraiment au fond des choses.

Pour l’accessibilité, les choses étaient un peu différentes. Les meilleurs documents produits par notre groupe pendant toutes ces années furent de loin ceux tournant autour de ce sujet. Nous avions fait le nécessaire pour illustrer graphiquement les problématiques et les quelques retours s’avérèrent positifs. Il faut dire que sur ce sujet, la majorité avait pendant de nombreuses années totalement oublié de traiter le sujet. Mais le Maire n’était pas vraiment du genre à faire des mea culpa. Ceci provoquera ma seule véritable colère en séance du Conseil Municipal, quand moi, élu socialiste, je me suis retrouvé à défendre la loi de 2005 sur la mise en accessibilité. Une loi votée par le gouvernement Balladur. Je me rappelle de regards un peu étonnés des élus de la majorité en m’entendant ainsi hausser le ton, tranchant avec mon attitude habituelle, plutôt faite de longues argumentations un peu fades. Avec le recul, je me dis que j’aurais dû adopter ce style plus souvent, car seul un grand silence me répondit. Un grand silence comme un aveu de culpabilité car ils savaient que je ne m’étais pas énervé pour rien et que j’avais raison.

Vous me direz, on ne s’engage pas ainsi en politique si on n’est pas persuadé d’avoir souvent raison. Mais parfois, cette conviction est assez forte pour l’emporter sur la mauvaise foi du camp d’en face. J’ai eu rarement cette joie. Mais rien qu’une fois, je vous promets que cela valait le coup !

LE COMPLOT CONTRE L’AMERIQUE (Philip Roth) : Si c’était vrai…

lecomplotcontrelameriqueCertaines œuvres prennent un sens et une dimension supplémentaires quand elles sont lues à une certaine époque avec laquelle elles rentrent en résonance. Par exemple, on lit certainement 1984 différemment aujourd’hui qu’il y a trente ans, quand on imaginait pas nos vies ainsi à la merci de structures pouvant accéder à toute l’information que nous laissons sur nous sur Internet. Lire en 2020 le Complot contre l’Amérique de Philip Roth, écrit en 2002, se révèle une excellente idée. Parce que ce que le romancier avait imaginé pour son pays 60 ans plus tôt s’avère être prophétique de ce qui arrivera à son pays 15 ans plus tard.

Le Complot contre l’Amérique est un dystopie, faussement autobiographique. Il nous raconte l’histoire d’une Amérique qui finit par élire, en 1940, Charles Lindbergh, aux sympathies nazies et antisémites notoires, au lieu d’offrir un troisième mandat à Roosevelt. On peut facilement imaginer que la face de la guerre s’en verra changer et surtout le quotidien des juifs vivants aux Etats-Unis. La figure d’un Président terriblement populiste, jouant constamment avec la vérité en rappelle évidemment un autre. Certes, le récit est surtout tourné vers le quotidien du narrateur, plutôt que sur ce qui se passe précisément à la Maison Blanche, mais, placée dans le contexte actuel, l’œuvre prend incontestablement une dimension supplémentaire.

Le Complot contre l’Amérique n’en demeure pas moins un extraordinaire roman, indépendamment du reste. Passionnant et remarquablement bien écrit, il se dévore avec avidité. Il s’agit d’un immense œuvre profondément politique, tout en nous plongeant dans le quotidien de citoyens ordinaires. Le récit est vivant et riche, tourné vers les péripéties, même si le narrateur, âgé de sept ans nous fait largement partager ses réflexions. Mais jamais elles ne viennent couper le rythme de la narration. Le seul bémol que l’on peut formuler est un dénouement pas vraiment à la hauteur du reste et qui laisse le lecteur quelque peu sur sa faim. C’est dommage, mais pas assez pour ne pas apprécier la grande de ce très fort moment de littérature.

ENDERNESS (A.A. Bondy), YAWNY YAWN (Bill Ryder-Jones), PAST GOLD LIFE (Fruit Bats) : Fruits savoureux

endernessaabondyA.A. Bondy est un artiste rock américain dont Enderness, sorti en 2019, est son 4ème album. La musique qu’il nous propose nous semble tout d’abord jouée au ralenti. Mais on ne peut s’empêcher de trouver ça classe, grâce à une voix assez prenante. On aimerait un peu plus de punch pourtant. La légère distorsion de la voix peut agacer. Les instrumentations marquent plus le rythme qu’elles ne forment une réelle mélodie. Au final, on est face à un vrai univers musical, doté d’une réelle personnalité, mais qui ne s’avère pas spécialement emballant.

yawnyyawnbillryderjonesOn poursuit avec Bill Ryder-Jones, un artiste dont j’ai déjà souligné la qualité de quatre de ces précédents albums. Je ne pourrais malheureusement pas en dire autant de Yawny Yawn, une version acoustique de Yawn, un des albums que j’avais pourtant apprécié. Les titres sont tous sur le mode voix posée sur un petit air de piano. L’artiste murmure, il ne chante pas vraiment. Le résultat ne possède strictement aucun relief, est totalement monotone. Tous les titres se ressemblent désespérément. C’est tellement insignifiant qu’on a du mal à y prêter attention et on en oublierait même parfois qu’on est en train dé l’écouter.

goldpastlifefruitbatsOn termine avec une belle surprise, Fruit Bats et leur album Gold Past Life. Il s’agit de leur 9ème album et vue sa qualité, je serai curieux de connaître la valeur du reste de leur œuvre. On est tout de suite charmé par le son groovie et jazzy, porté par une voix réellement originale. Mais il n’y a pas que l’accroche qui est très bonne. Leur pop joyeuse rappelle celle des Scissor Sisters. Il y a beaucoup de maîtrise, une réelle conviction dans les interprétations. La qualité est constante, les titres sont variés. Bref, c’est top !

I AM EASY TO FIND (The National), FATHER OF THE BRIDE (Vampire Weekend), STONECHILD (Jesca Hoop) : Wonderful week-end !

iameasytofindthenationalOn commence par un groupe américain, The National, dont j’ai déjà pu apprécier plusieurs album. Le dernier en date, I am Easy to Find, est sorti en 2019. Il nous offre un rock calme, assez typique du groupe, mais cette fois-ci relativement transparent. Certaines instrumentations sont étonnement brouillonnes. Le groupe paraît très en-dedans. La voix de Matt Berninger ne perce pas à travers la musique. C’est d’autant plus audible que l’album compte de nombreux duos et sa voix ne supporte jamais la comparaison. Aucun titre ne retient vraiment l’attention et le tout est globalement longuet et monotone.

fatherofthebridevampireweekendVampire Weekend est un autre groupe de rock américain, mais nettement plus énergique. Father of the Bride est là pour le prouver. Pourtant l’album s’ouvre avec un titre plutôt calme, porté par des chœurs. Leur musique est souvent posé, toujours maîtrisée et surtout toujours interprétée avec une réelle conviction. Le groupe mord dans ses titres pour notre plus grand bonheur. La voix de Ezra Koening et les instrumentations sont vraiment au top. Cela donne un album varié, où les titres s’enchaînent avec une qualité constante (et très haute, vous l’aurez compris).

stonechildjescahoopJesca Hoop est elle-aussi américaine, mais se produit dans un registre plus folk. Stonechild nous permet de découvrir sa belle voix, qui se produit dans une ambiance quelque peu fantomatique. C’est beau, maîtrisé, envoûtant parfois. Parfois un peu monotone aussi, mais cette monotonie s’exprime au sein des titres, car ces derniers sont tout de même relativement variés. Cette monotonie donne finalement à sa musique quelque chose d’hypnotique. Le résultat est globalement solide et se laisse écouter avec plaisir. Notamment au travers des belles balades que compte cet album.