On commence cet avis avec un groupe américain de rock expérimental, Grizzly Bear, et leur album Painted Ruins, sorti en 2017. Un tel style musical laisse penser que cela n’était pas gagner d’avance pour me séduire. Les premières secondes n’y sont en effet pas parvenues avec cette voix aiguë pas très agréable qui nous accueille. Elle est vite rejointe par une voix grave qui n’a rien d’emballante non plus. Tout cela au milieu d’une ambiance éthérée d’une grande froideur. Le tout est plutôt lancinant, certes maîtrisé, mais sans réelle énergie créatrice. Ce n’est ni vraiment beau, ni jamais entraînant. Quelques passages ne s’avèrent certes pas désagréables, mais le tout reste avant tout transparent.
On poursuite avec Morrissey, l’ancien chanteur des Smiths, un artiste britannique dont le nom est particulièrement familier. Mais avant d’écouter Low In High School, je ne connaissais pas grand chose, on peut même dire rien, de son œuvre. Dès les premières secondes, j’ai réalisé pourquoi l’homme est un mythe du rock. Le résultat est classique, mais accroche immédiatement l’oreille. Il y a de la conviction et surtout de la qualité dans tous les titres. Ces derniers ne se ressemblent pas, certains ayant même une dimension symphonique. Le tout est vraiment excellent et ravira tous les amateurs de rock pur et dur.
On termine avec un artiste français pour qui j’ai beaucoup de sympathie, à savoir Sansévérino. Je ne dis pas ça uniquement parce que je l’ai entendu chanter à un meeting de François Hollande, mais aussi parce que j’apprécie sa musique. Et avec Montreuil-Menphis je n’ai pas été déçu. On est immédiatement plongé dans le swing et l’humour qui caractérisent son univers. On retrouve aussi tout l’énergie dont il sait faire preuve et le léger côté dissonant de son style. Les textes sont encore plus aboutis que d’habitude, avec beaucoup de second degré. Il y aborde des sujets très variés, toujours avec le même bonheur. La qualité des titres reste constante, même quand il nous offre quelques escapades dans le rock pur et dur lui aussi.
Un des éléments les plus fascinants dans le cinéma japonais, et en particulier celui d’animation, est l’absence parfois totale d’éléments explicites en rapport avec les rapports amoureux ou la sexualité. Pas le même le début d’un baiser, même dans un récit débordant d’une certaine sensualité. La même histoire racontée par un Occidental comporterait une dimension « romantique », voire carréement « érotique ». Un exemple frappant est donné par Liz et l’Oiseau Bleu, une histoire d’amitié entre deux lycéennes, d’une innocence totale au premier degré,… mais d’une grande ambiguïté si on creuse un peu. Et c’est bien de cette dernière qu’il tire tout son intérêt.
Le graphisme de Liz et l’Oiseau Bleu confirme la volonté de renouer avec un trait « à la main », loin du tout numérique qui semblait être devenu la norme. C’est doux et apporte une dimension poétique supplémentaire. Cela manque peut-être parfois quelque peu de personnalité, mais cela n’agresse jamais les yeux en tout cas. On peut facilement penser que la distribution de ce film en France tient beaucoup au succès de Silent Voice. Il constitue certainement une œuvre mineure comparée à ce dernier, mais assez agréable pour se laisser porter par cette histoire touchante sur les renoncements qu’il faut parfois consentir pour grandir et avancer.
Il existe des mythes qui irriguent l’imaginaire et donnent naissance à de multiples œuvres de fiction, à l’imagination plus ou moins débordante. Cette liberté est d’autant plus grande que le public méconnait la réalité qui se cache derrière. Les templiers constituent un bon exemple de ce genre de mythes. Rares sont ceux qui connaissent les faits historiques les concernant sur le bout des doigts, mais beaucoup plus nombreux sont ceux qui ont déjà lu ou vu une histoire les mettant en scène. Comme par exemple, Le Livre du Cercle, premier tome de l’Ame du Temple qui nous ramène au temps des croisades.
La politique est un monde impitoyable, qui ferait passer Dallas pour le royaume des Bisounours. Au cinéma, bizarrement (ou pas), il donne naissance le plus souvent à des thrillers haletants, bien plus souvent à qu’à des récits de combats nobles pour la défense du bien commun (même si ces derniers existent aussi heureusement). El Reino ne va certainement pas redorer l’image de la politique. Par contre, il démontre une nouvelle fois la capacité du cinéma espagnol de nous livrer des œuvres noires et intenses.
La principale limite d’El Reino réside dans son personnage principal, pourtant remarquablement interprété par Antonio de la Torre. En effet, on a bien du mal à ressentir un attachement profond pour cet homme à la personnalité pour le moins ambigüe. Du coup, si on est marqué par la force des péripéties, on a du mal à ressentir la petite pointe d’émotion qui aurait pu donner à ce film un supplément d’âme et par la même une dimension supplémentaire. Mais la réalisation brillante de Rodrigo Sorogoyen compense largement ce léger manque pour nous livrer une œuvre forte et vraiment pas rassurante quant aux mœurs dans les hautes sphères du pouvoir.
Au village aussi l’on a de beaux assassinats, dit la chanson. Il est vrai que les zones rurales recèlent bien des histoires sombres et sanglantes. Y compris les zones rurales de Colombie, dans des terres où les logiques claniques liées à l’appartenance à des tribus indiennes dominent. Elles n’ont rien à envier à la Sicile et peuvent nous offrir des histoires qui n’ont pas à rougir devant le Parrain et autre Gomorra. La preuve avec les Oiseaux de Passage, dont le titre ne donne pas vraiment une idée immédiate du contenu de ce film, qui nous raconte comment le développement de la production de cannabis et le trafic qui s’en suit a apporté le trouble et la violence dans ces régions dans les années 70.
Les Oiseaux de Passage bénéficie également d’une réalisation élégante. Ciro Guerra et Cristina Gallego donnent à leur film une réelle identité visuelle qui contribue largement à la qualité du film. C’est aussi par ses qualités esthétiques que l’on rentre profondément dans cette histoire fascinante. Tout cela met parfaitement en lumière un casting de très haut niveau. On peut particulièrement en avant Carmina Martinez, impressionnante en matrone chef de clan. Au final, on assiste à un spectacle étonnant, à ne pas mettre devant les yeux les plus sensibles et qui apportent une vraie nouveauté à un genre que l’on pouvait imaginer éculé.
Savoir faire preuve d’un minimum de patience est une vertu. Cela permet également de ne pas passer à côté de certaines choses qui valent le coup si l’on sait attendre suffisamment. J’aurais ainsi pu abandonner la lecture de la saga d’Alvin le Faiseur après un premier volet pas forcément hyper emballant. J’aurais pu même m’arrêter après cent pages de ce deuxième tome, le Prophète Rouge, parce que je ne voyais alors rien venir, ne saisissant toujours pas vraiment ce qui pouvait constituer le fond de l’histoire et donner de l’épaisseur aux personnages. Et puis, après cette très longue mise en place, tout a semblé de mettre en mouvement pour le plus grand bonheur du lecteur.
Il faut parfois se battre pour obtenir certaines choses. Certains combats valent vraiment le coup d’être menés. Mais parfois, une fois la victoire obtenue, on se dit qu’on aurait mieux fait de rester au fond de son lit ou de son canapé, ou tout simplement d’aller voir autre chose à la place. J’aurais mis du temps, faute d’horaires me convenant, et je me suis finalement rendu dans un cinéma quelque peu improbable pour aller voir Synonymes, me disant qu’il a quand même reçu l’Ours d’Or à Berlin. Certes, je savais que je prenais un risque puisque les critiques spectateurs se montraient aussi mauvaises que les critiques presse élogieuses. En bon démocrate, j’aurais dû écouter la voix du peuple et m’abstenir !
J’aurais vraiment aimé pouvoir sauver quelque chose dans ce film. Même dans le pire navet, j’ai quand même tendance à saluer la performance des comédiens, qui sont rarement les premiers responsables dans de tel naufrage. Mais il n’y a pas grand-chose à sauver non plus à ce niveau-là. A la fois comment donner vie de manière crédible à des dialogues aussi crétins et prétentieux ? Pour ne pas noircir outre mesure, je qualifierai la réalisation d’honnête mais sans que ça ne puisse le moins du monde justifier l’achat d’un billet. Il n’existe donc aucune raison d’aller voir Synonymes. Cela tombe bien, l’immense majorité des spectateurs n’y sont pas allés.
Parfois, comme ça, pour déconner, je vais voir un film allemand dont le sujet central est le viol. Oui, je sais mettre de la joie et de la déconne dans mes soirées ! Evidemment, présenté comme cela, je ne vais pas vraiment donner envie d’aller voir Comme Si de Rien n’Etait. Ce serait un tort, vue la qualité du film, même s’il ne fait pas vraiment rêver dans un premier temps. Il faut dire que ce film est en fait l’œuvre de troisième cycle d’Eva Trobisch. Mais certaines étudiantes sont assez douées pour faire oublier qu’elles ne sont qu’étudiantes pour démontrer qu’elles sont simplement déjà des réalisatrices de talent.
Pour un film d’étudiant, Comme Si de Rien n’Etait ne bénéficie pas non plus de moyens très importants. Mais à la fois, le sujet n’en demandait pas plus que ceux dont disposait Eva Trobisch. Elle a cependant assez de sens artistique pour nous livrer un long métrage, et rien qui ressemble à un exercice d’étudiant ou à un téléfilm. Elle dirige parfaitement toute la distribution. Aenne Schwarz se démarque particulièrement en portant une grande partie du film sur ses épaules dans un rôle qui demande beaucoup de retenue et de subtilité. Si le film se caractérise par les mêmes qualités, c’est en grande partie grâce à elle. Elle nous livre donc ce témoignage poignant d’une horreur ordinaire auquel nous devons tous prêter l’attention qu’elle mérite.
On commence par une valeur sûre de la scène rock internationale actuelle, à savoir les Américains de Queens of the Stone Age et leur album Villains, sorti en 2017. Il y livre un rock puissant et plein de conviction, mais malgré cela pas vraiment accrocheur. Le tout est un peu lisse, plein d’une parfaite maîtrise, mais sans doute trop pour le coup. Les titres s’enchaînent sans tube en puissance à l’horizon. Cela donne quelque peu l’impression d’un groupe en roue libre, qui se contente de ce qu’il sait déjà faire sans jamais sortir de sa zone de confort.
On poursuit avec l’Anglais Marc Almond qui signe avec Shadows and Reflections pas moins de son 31ème album depuis 1981. Il interprète ses titres avec une conviction évidente sur des instrumentations souvent assez simples. Son énergie est réellement communicative. Le tout est très propre et maîtrisé, distrayant, mais pas très original. On traverse l’album agréablement et en douceur, sans rien rencontrer de terriblement accrocheur et on en ressort sans en garder un grand souvenir.
On termine en restant en Angleterre avec le encore jeune Jake Bugg, 25 ans et déjà 4 albums à son actif, dont ce Hearts That Strains. Contrairement à ce qu’il a pu produire auparavant, on est plus dans la douceur que l’énergie. Il fait preuve d’une belle maîtrise et d’une réelle maturité. On parvient ainsi à apprécier pleinement la voix. On retiendra notamment un joli duo avec Noah Cyrus. L’album est plein d’une douce mélancolie. Il est surtout d’une qualité très élevée du premier au dernier titre.
Le Nom des Gens reste un film culte pour tous ceux qui ont baigné et baigne toujours dans la même culture politique que moi. Neufs ans ont passé et on attendait avec impatience que Michel Leclerc nous offre une nouvelle œuvre du même acabit. Certes, il y a bien eu la Vie Très Privée de Monsieur Sim entre temps, mais qui n’a pas laissé un souvenir particulièrement impérissable. Pour la Lutte des Classes, il a cherché à retrouver l’esprit de son premier grand succès et les ingrédients qui y ont contribué. Mais on fait que parfois les mêmes ingrédients ne donnent pas toujours la même saveur au plat et qu’il existe toujours un danger que ce dernier sente passablement le réchauffé. Heureusement, il n’en est rien ici.
Michel Leclerc reste un des meilleurs directeurs d’acteurs du cinéma hexagonal. Si Leïla Bekhti est parfaite comme à son habitude, il parvient à contrôler Edouard Baer qui joue la comédie du début à la fin, sans jamais cabotiner une seule seconde (ou juste ce qu’il faut). Il donne la pleine mesure de son talent, ce qui n’est pas peu dire. On peut dire la même chose de Ramzy Bedia dont l’aura de sympathie est indéniable. Au final, la Lutte des Classes livre un propos d’une profondeur bien supérieure à ce que laisse penser son statut de comédie. Le film certes rire, mais donne beaucoup à réfléchir aussi. Un mélange détonnant mais salutaire.
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