Qui a dit qu’un excellent polar doit forcément comporter un crime affreux, un serial killer et beaucoup de litres de sang ? En tout cas, personne n’ayant lu Hérésie de Charles Willeford, un auteur américain dont la longue carrière s’est étalée des années 50 à la fin des années 80. Ce roman-ci, relativement court, a été publié en 1971. Une histoire pas forcément hyper spectaculaire donc, mais assez bien écrite pour emporter l’adhésion du lecteur.
Hérésie est une histoire mettant en scène un peintre, un milliardaire, un critique d’art et une fiancée un peu exaspérante. Rien qui ne se prête à de folles aventures donc. Mais la sauce prend. Charles Willeford ne crée par un suspense insoutenable à chaque page, mais on se demande toujours où tout cela va nous mener. Et par deux retournements de situation, cela nous conduira dans des directions quelque peu inattendues. Pour écrire des roman, il faut savoir écrire des histoires et Charles Willeford possède visiblement un très bon sens de la narration. Qui plus est, il nous propose des personnages très réussis qui nous attachent encore plus à l’histoire.
Il possède également un style agréable et vivant. Hérésie flirte avec le polar type « littérature de gare », mais avec ce petite touche de talent littéraire qui fait la petite différence (bien que je sois un amateur éclairé de ce genre littéraire qui n’a rien de péjoratif à mes yeux). Le roman est vite avalé, mais avalé avec plaisir. Pas un festin de roi, ni un met d’une finesse absolue. Mais une bonne cuisine littéraire qui réjouit et rassasie.
Je parle souvent des films qu’on espérait géniaux et qui ne sont que bons et qui du coup nous déçoivent, ou à l’inverse des films dont on attendait rien et qui nous enthousiasment parce qu’ils se révèlent simplement meilleurs qu’espéré. Heureusement parfois, il y a des films dont on attend énormément et qui ont la simple et bonne idée d’y répondre. Tous les nouvelles productions issues des studios Pixar suscitent toujours une attente fébrile. Alors quand en plus la critique encense le film, on se rend au cinéma avec une gourmandise non feinte ! Au final, Vice-Versa comblera les plus grands appétits !
Vice-Versa est un vrai moment de bonheur cinématographique. C’est drôle, émouvant, intelligent et j’en passe. Allez, si je veux chercher la petite bête, je parlerais d’un moment un peu faible au milieu, quand il devient un simple film d’aventures un peu enfantin et perd de sa richesse. Mais ce léger trou d’air permet simplement à ce petit bijou de repartir de plus belle pour un final parfaitement réussi. Maîtrise de l’écriture et bien sûr maîtrise visuelle. Le style de Pixar est devenu un standard, mais un standard particulièrement élevé, avec toujours le même sens de l’esthétisme et une imagination toujours aussi foisonnante.
Vice-Versa est drôle, terriblement drôle… par moments, mais aux moments où il le faut. L’humour est ici au service d’une histoire beaucoup plus riche et non le but premier. Cependant, il y en a ici pour tous les goûts, des petites têtes blondes qui apprécieront les gags visuels cartoonesques et premier degré aux adultes exigeants qui saisiront les 256 degrés suivant dont l’humour de ce film est pourvu. Il y a bien plus d’un niveau de lecture de cette histoire qui déboussolera peut-être les plus petits, mais comblera vraiment toutes les autres générations. On a souvent dit ça des films de Pixar, mais cela prend ici une nouvelle dimension.
Vice-Versa est émouvant, terriblement émouvant… par moments, mais aux moments où il faut. Emouvant parce qu’il parle de chacun de nous, de la façon dont nous fonctionnons. On se reconnaît forcément un peu dans ce tiraillement interne entre différentes émotions. On est aussi touché parce qu’on s’attache aux personnages… et aux personnages qui vivent au sein des personnages. Arriver à donner une personnalité propre à chacune des composantes d’une personnalité propre est le principal tour de force de ce film vraiment étonnant.
Vice-Versa est intelligent, terriblement intelligent… tout le temps, du début jusqu’à la fin. Il livre une réflexion sur l’être humain, sur la fin de l’enfance d’une rare pertinence. On peut toujours contester le fondement profond et scientifique de la conclusion, mais franchement, on est face à un film d’animation, pas d’une thèse en psychologie. La démonstration est assez convaincante pour se laisser convaincre. Elle est surtout enthousiasmante, vivifiante et magistrale !
A mettre devant tous les yeux !
LA NOTE : 16/20
Fiche technique :
Production : Pixar Animation Studios, Walt Disney Pictures
Réalisation : Pete Docter, Ronaldo Del Carmen
Scénario : Pete Docter, Meg LeFauve, Josh Cooley
Décors : Ralph Eggleston
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Parfois de très grands artistes ne sont pas reconnus à la juste valeur, car leur moyen d’expression ne bénéficie pas d’assez de considération pour cela. C’est le cas à mon sens de Brad Bird, qui a dirigé deux chefs d’œuvre du 7ème art, ayant connu un succès à la fois critique et commercial. Mais alors pourquoi tant d’indifférence ? Parce que ces deux grands succès, Les Indestructibles et Ratatouille, sont deux films d’animation, dont on retient généralement le nom du studio dont ils sont issus, très rarement le nom du réalisateur. Le voir passer à un film avec de « vrais » acteurs pouvait donc lui apporter enfin une reconnaissance amplement méritée. Malheureusement, A la Poursuite de Demain est en train de passer relativement inaperçu. Pourtant le talent est bel et bien là.
A la Poursuite de Demain reprend un thème assez classique dans la science-fiction et de la fantasy. Un jeune homme, ou plutôt une jeune fille dans le cas présent, appelé à un grand destin (en gros, sauver le monde), alors que rien ne l’y a jamais préparé. Cela a donné par exemple le très moyen Jupiter de Andy et Lana Wachowski plus tôt cette année. Mais quand ces derniers s’enferment dans un cinéma du toujours plus spectaculaire, espérant ainsi retrouver le souffle magique qui les avait habité pour Matrix, Brad Bird nous rappelle ici de manière assez magistrale ce qui fait un grand film : un bon scénario et de bons personnages. Le reste n’est que décor et accessoire…
A la Poursuite de Demain nous propose une formidable histoire. Elle ne cherche pas à tout prix l’originalité, à choquer ou à provoquer un suspense insoutenable. Mais elle est tout simplement parfaitement construire, riche et jamais cousue de fil blanc. Le film délivre aussi un vrai message étonnement subtil et intéressant, quand le tout aurait pu sombrer particulièrement facilement dans une bouilli poético-écologiquo-ridicule. Il véhicule au contraire de vraies valeurs positives, sans pour autant tomber dans le bien pensant facile, sans alourdir son propos d’une guimauve écœurante. On en ressort donc avec un vrai sourire aux lèvres… tout en ayant quand même assisté à un vrai film d’aventures !
Mais un film d’aventures ne veut pas dire un clip vidéo ou un déluge d’effets spéciaux. La réalisation de Brad Bird est sobre, totalement au service de son histoire. Certes, quand elle a besoin d’un décor spectaculaire, il y met les moyens, mais cela reste toujours un moyen, jamais une fin. On retiendra notamment un joli moment de bravoure mettant en scène notre Tour Eiffel nationale. Les quelques scènes d’action sonnent plus comme de courts intermèdes au sein d’une intrigue qui elle prend son temps pour avancer. La bande-annonce pouvait d’ailleurs donner une fausse idée de ce qu’est A la Poursuite de Demain. On est là totalement à contre-courant d’un Jurassic World qui tombe quant à lui tête la première dans une course au « toujours plus » qui n’a jamais empêché de produire un navet. Et c’est vraiment tant mieux !
Pour finir, ce qui fait vraiment de A la Poursuite de Demain un vrai délice cinématographique, ce sont ses personnages. Les quatre figures principales sont immédiatement terriblement attachantes (enfin pour le « méchant », c’est évidemment plus ambigu). Cela nous plonge au cœur de l’histoire, nous permet de nous l’approprier de manière quasi instantanée, pour ne jamais en ressortir. Bien sûr, les quatre acteurs sont à saluer en premier lieu. Honneur aux deux jeunes filles, Britt Robertson et Raffey Cassidy, absolument épatantes! Hugh Laurie passe avec bonheur du petit au grand écran, sans jamais tomber dans un cabotinage qui lui tendait pourtant les bras. Quand à George Clooney… Bref George Clooney.
Et pour ainsi dire, bref, Brad Bird !
LA NOTE : 15,5/20
Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures, A113
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures
Il nous avait manqués, les revoilà. Qui ?, me demandez-vous. Les dinosaures du Trias qui peuplent Jurassic Park (mais on n’en est plus à une approximation près) ! Cette fois, on change même de dimension, puisque le film nous emmène même carrément à Jurassic World. Tout un programme qui pouvait mettre l’eau à la bouche et ravir petits et grands. Plus de dix ans nous sépare de l’épisode précédent, on pouvait donc légitimement imaginer que les idées nouvelles seraient nombreuses et les progrès techniques nous offriraient des images spectaculaires comme jamais. De grands espoirs donc… De grands espoirs largement déçus.
Jurassic World nous offre un monde de médiocrité. Le film débute déjà très mal, avec une mise en route laborieuse et déjà bien lourdingue. En gros, le scénario introduit un à un, longuement et en détail, tous les clichés qui peupleront le film. Certes, ils étaient relativement inévitables et pas forcément hyper gênants dans un pur divertissement comme celui-là. Mais les envoyer comme ça à la figure du spectateur ne l’incite pas à le mettre en confiance. Mention spéciale pour les habituelles valeurs familiales, si habituelles à Hollywood, mais qui nous agressent ici de manière assez spectaculaire et immédiate.
Pour les nouvelles idées, on repassera. Allez, je suis sévère, il y en a quelques unes et même des bonnes. Mais tout de même, le fil rouge principal, la création d’un super tyrannosaure, ne permet pas vraiment de renouveler le concept. Et à côté de ça, on a trop souvent l’impression de vivre un recyclage en règle de tout ce que nous avait offert les trois premiers épisodes. En gros, on fait pareil, mais avec plus de tout, et notamment plus de dents… Franchement, ce n’était pas la peine de remettre le couvert après tant d’années pour nous resservir autant d’éléments qui sentent le réchauffé.
La réalisation est au diapason du reste. Quelques jolis plans, quelques moments d’imagination, d’élégance, bref un peu de talent chez Colin Trevorrow. Mais ces bons moments mettent généralement en lumière les éléments les plus anodins. Au contraire, quand il s’agit de donner vie aux rares bonnes idées, il fait preuve d’une médiocrité confondante. L’usage du ralenti à un moment des plus cruciaux et les plus intenses par exemple montre juste un réalisateur en manque flagrant de génie et personnalité. Clichés sur le fond, clichés sur la forme donc !
LA NOTE : 9/20
Fiche technique :
Production : Universal Pictures, Amblin Entertainment, Legendary Pictures
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Colin Trevorrow
Scénario : Colin Trevorrow, Rick Jaffa, Amanda Silver, Derek Connolly
Je continue de faire mon rebelle littéraire et à ne pas regarder Game Of Thrones à la télévision, mais à lire le Trône de Fer. Je continue donc ma progression en m’attaquant au 4ème tome, intitulé l’Ombre Maléfique, venant après un troisième épisode qui m’avait laissé sur ma faim, puisqu’il ne s’y passait pas grand chose. Heureusement, George R.R. Martin redresse la barre et nous propose un roman nettement plus emballant.
En effet, l’intrigue met un bon coup d’accélérateur au cour de l’Ombre Maléfique. Toutes les histoires parallèles qui avaient stagné dans l’épisode précédent se mettent à avancer de manière beaucoup plus franche. Du coup, on entre cette fois avec beaucoup plus d’enthousiasme dans le récit. Cela n’atteint pas les sommets du deuxième tome, mais on sent une progression prometteuse pour la suite, les forces en présence ayant pour beaucoup cessé de se regarder en chiens de faïence. L’alternance de péripéties intimistes et de considérations beaucoup plus « géostratégique » redonnent sa richesse à cette saga.
L’Ombre Maléfique reste néanmoins un récit si dense qu’on a l’impression d’y progresser en se frayant un chemin à la machette. Les personnages sont toujours aussi nombreux et si on est désormais familiers avec la plupart, certains nouveau surviennent et on a parfois un peu de mal à les situer. Mais cela fait aussi partie du charme de cette saga. Il faut savoir s’abandonner à cette légère sensation d’égarement constant. Une fois qu’on s’y fait ce n’est pas si désagréable. De toute façon, si cela l’était, il est peu probable que cette saga ait conquis autant de fans de part le monde.
Montagnes russes au programme de cet avis, avec heureusement deux sommets et un creux. Le premier sommet est constitué de For The Good Times, deuxième album du groupe de folk américain The Little Willies. Ce nom ne me disait rien, je l’avoue volontiers. Par contre, le nom d’un de ses deux leaders m’est déjà nettement plus familier. En effet, ce groupe est formé autour de Norah Jones, qui chante la plupart des morceaux en duo avec Richard Julian. Ces deux voix sont parfaitement complémentaires, s’enrichissent mutuellement, le tout avec beaucoup de profondeur et de maîtrise. Enfin avouons-le, la voix de Norah domine quand même quelque peu. Le résultat est d’une qualité constante tout au long d’un très bon album. On notera notamment Wide Open Road et If You Got The Money, I’ve Got the Time.
On poursuit avec If…, album solo de Bill Ryder-Jones, habituel guitariste du groupe anglais The Coral. Il s’agit d’une œuvre quasi purement instrumentale. Seul quelques murmures évaporés viennent animer quelques titres. Le piano domine la plupart des morceaux avec des apports variés, notamment des violons à plusieurs reprises. Mais le résultat est globalement chiant et un rien lugubre.
On termine avec Soul 2… Non il ne s’agit pas de la suite d’un film, mais d’un album de reprises de titres appartenant à ce genre musical, faisant suite à un premier sorti en 2008. Cet album est signé Seal, un mégastar internationale, présente depuis le début des années 90. Un artiste tellement connu que j’ai été stupéfait de réaliser que je connaissais que deux titres de sa discographie, malgré une carrière aussi longue. Je suis donc heureux d’avoir découvert cet album qui nous offreune foule de titres où la voix chaude, douce et suave de Seal nous ravit. Du vrai miel musical ! Seal fait preuve d’une parfaite maîtrise, peut-être même un peu trop, puisque le seul reproche que l’on peut faire à cet album, c’est d’être un peut-être un peu trop lisse. Mais globalement, ce n’est que du bonheur ! Je mettrai particulièrement en avant Whishing on a Star, un titre de 1978, originalement interprété par Rose Royce.
Rarement une bande-annonce n’aura fait autant envie que celle de Mad Max : Fury Road. Envie décuplée par les critiques éminemment positives que ce film a reçu, y compris par ceux qui ne sont pas forcément tendres avec les films de genre. Alors quand on est quand même moi un vrai amateur de ces derniers, l’envie atteignait des sommets. Fallait-il encore que le résultat soit à la hauteur des attentes ainsi crées. Pour mon plus grand bonheur, il l’est… ou presque.
Mad Max : Fury Road est un film qui allie de manière rare maîtrise et démesure. Démesure dans le bruit, la fureur et l’action. Démesure dans la description d’un monde décadent où la folie et la violence règnent en maître. Démesure dans l’imagination visuelle, où des détails totalement gratuits mais hautement spectaculaires viennent nous surprendre à chaque plan. Maîtrise dans la réalisation qui ne transforme jamais ce film en clip vidéo. Maîtrise dans une narration qui va droit au but, livre au spectateur ce qu’il est venu chercher. Maîtrise dans une esthétique qui allie futurisme et vintage, rendant un hommage appuyé à la trilogie initiale, tout en la réinventant de manière profonde.
Mais… parce qu’il y a pour moi deux « mais » qui, sans gâcher mon plaisir, m’ont empêché de tomber dans l’enthousiasme complet qui aurait pu faire de Mad Max : Fury Road un vrai film culte. Déjà, si j’ai souligné que la narration allait droit au but, ce qui est plutôt une qualité en soi, il n’empêche qu’elle ne prend pas le temps du coup de donner la moindre épaisseur aux personnages. Du coup, notre attachement est extrêmement limité et c’est avant tout le spectacle pyrotechnique qui nous fait vibrer, bien sûr que la mise en danger des protagonistes. Ensuite, si le spectacle est assez incroyable pendant deux heures… il est relativement répétitif… Ce n’est pas vraiment qu’on se lasse, mais on finit par sombrer dans une sorte de routine, certes terriblement excitante, mais une routine quand même.
LA NOTE : 14,5/20
Fiche technique :
Production : Kennedy Miller Productions, Village Roadshow Pictures
Réalisation : George Miller
Scénario : George Miller, Brendan McCarthy, Nick Lathouris
Cette année est sorti sur nos écrans un excellent film nous racontant l’histoire d’un ancien ouvrier syndicaliste finissant vigile dans un hypermarché, le tout porté par l’interprétation magistrale d’un formidable acteur. Je veux bien sûr parler… de Jamais de la Vie avec Olivier Gourmet. Bon j’admets cela peut aussi définir La Loi du Marché, dont on a infiniment plus parlé, suite au Prix d’Interprétation reçu à Cannes par Vincent Lindon.
Le jeu des comparaisons est peut-être quelque peu malvenu car au final les films n’ont pas du tout le même esprit. Jamais de la Vie était un polar sur fond social, La Loi du Marché est un film social tout court. Mais le point de départ est tellement similaire qu’il est difficile d’échapper à la sensation de voir deux fois le même film à quelques semaines d’intervalle. Et de mon point de vue, la comparaison n’est pas toujours favorable au film dont on a le plus parlé. Stéphane Brizé signe un film remarquable à bien des points de vue, mais qui présente bien des limites.
La réalisation de Stéphane Brizé est d’une grande sobriété. Ceci n’est ni un vice, ni une vertu en soi, mais ce choix, s’il permet au film de ce focaliser sur son propos, rend d’autant plus exigeant sur le reste. La performance des seconds rôles, alors qu’ils sont interprétés en grande majorité par des comédiens non professionnels, montre bien la qualité de la direction d’acteurs. Au-delà de ça, La Loi du Marché reste un remarquable témoignage, décrivant de manière minutieuse la violence des petites humiliations que la situation de chômeur impose. C’est sur ce plan-là que le film mérite tout le bien qui en a été dit. Cependant, j’ajouterai que l’absence d’une vraie conclusion limite le film à sa dimension descriptive.
Je finirai sur un petit mot sur la performance de Vincent Lindon. Elle est en tout point remarquable, dans le sens où elle s’apparente plus à une incarnation qu’à un jeu de comédien. Il y a là une fusion rare entre l’acteur et son personnage. Méritait-il pour autant son prix d’interprétation ? Personnellement, je reste quelque peu circonspect. En effet, le personnage subi constamment les événements, de manière assez passive, sans exprimer d’émotions fortes. Je nie pas la subtilité du jeu de Vincent Lindon qui arrive parfaitement à transmettre beaucoup de sentiments et d’émotions à travers un registre d’expression congru… Néanmoins, le rôle reste limité et toute la subtilité du monde n’arrive pas à le faire totalement oublier. Je fais peut-être mon difficile et n’enlève rien à tout ce qui est remarquable dans La Loi du Marché.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Production : CNord-Ouest productions, Arte France Cinema
Cela me fait toujours un peu de peine quand je me montre incapable d’apprécier l’œuvre d’un réalisateur pourtant salué par la critique et les cinéphiles les plus avertis. Arnaud Desplechin est de ceux-là. En effet, je suis très loin d’avoir apprécié aussi bien Un Conte d’Hiver ou encore Jimmy P. Mais tout vient à point à qui sait attendre, puisque c’est avec un vrai bonheur que j’ai apprécié pleinement Trois Souvenirs de ma Jeunesse. Un film plein de sensibilité, de poésie… et non dénué d’un certain érotisme.
Dieu sait si les films sur les amours de jeunesse donnent souvent des résultats désastreux. La nostalgie de leurs auteurs, un regard soit idyllique, soit à l’inverse totalement condescendant, conduit trop souvent ces derniers à livrer un propos sans intérêt entre ridicule et clichés. Mais Trois Souvenirs de ma Jeunesse ne se laisser pas dévorer par la nostalgie. Elle est présente, le film étant raconté « à la première personne » par un narrateur faisant preuve d’un certain recul par rapport aux événements. Mais le cœur du film reste avant tout une grande histoire d’amour entre deux personnages d’exception. Qu’ils sortent tout juste de l’adolescence ne change pas grand chose.
Le cinéma d’Arnaud Desplechin place toujours ses personnages au centre de ses œuvres parce qu’ils constituent un sujet en eux-mêmes. Paul et Esther forment un couple exceptionnel. Vous aurez bien du mal à vous identifier à eux, mais ils valaient bien un film. Trois Souvenirs de ma Jeunesse est sublimée par une casting de jeunes acteurs vraiment formidable. Le duo forme par Quentin Dolmaire et Lou Roy Lecollinet est étonnamment crédible dans des rôles loin d’être évidents, où ils auraient vite pu rendre leurs personnages antipathiques. Il n’en est rien, bien au contraire, et cela donne un très beau moment de cinéma, porté par une réalisation élégante et subtile qui retranscrit parfaitement à l’écran toutes les dimensions du sentiment amoureux.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique :
Production : Why Not Productions, France 2 Cinéma
Réalisation : Arnaud Desplechin
Scénario : Arnaud Desplechin, Julie Peyr
Montage : Laurence Briaud
Photo : Irina Lubtchansky
Décors : Toma Baqueni
Distribution : Le Pacte
Son : Nicolas Cantin, Sylvain Malbrant, Stéphane Thiebaut
Chaque année, mon petit cœur de cinéphile bat très fort pour un ou deux films qui n’ont pas forcément déchaîné l’enthousiasme chez le commun des mortels, fut-il critique de cinéma ! Ceci est la définition même de la subjectivité et le monde serait évidemment des plus tristes si tout à chacun se prenait de passion pour exactement les mêmes choses que son voisin. C’est donc sans aucun complexe que je vais vous dire tout l’immense bien que j’ai pensé de Un peu, Beaucoup, Aveuglément !
Très souvent notre subjectivité est liée à notre propre histoire. Très certainement que cette dernière joue un rôle important dans mon enthousiasme à propos de Un Peu, Beaucoup, Aveuglément ! Cette histoire de deux êtres qui tombent profondément amoureux en dehors de tout contact physique m’a rappelé quelques passages de ma propre existence. Alors forcément, il s’en est dégagé pour moi une émotion assez particulière et qui, je le conçois, peut échapper au plus grand nombre. Mais les qualités de ce flim ne tiennent pas qu’à cette résonnance toute particulière.
Si le point de départ est déjà original en lui même, c’est son traitement aussi qui est à saluer. On pouvait vraiment craindre une certaine paresse de la part de Clovis Cornillac, dont c’est le premier film. Allez certes, il cabotine un peu et à un peu de mal à se diriger lui-même, mais il arrive à donner à Un Peu, Beaucoup, Aveuglément un équilibre, un souffle, un sens de la narration qui nous font croire à ce point de départ pourtant improbable. Il rend les deux personnages particulièrement attachants, ce qui est se révèle totalement indispensable dans une comédie romantique. Il ne néglige pas non plus les très bons personnages secondaires (Manu Payet dans un caméo génial!) qui viennent enrichir le tout. Bref, ça fonctionne à la perfection, ça nous arrache pas mal de sourires, cherche à nous raconter quelque chose plutôt que de faire de l’humour pour de l’humour. Et ça nous touche. En tout cas, moi, ça m’a touché en plein cœur…
LA NOTE : 15/20
Fiche technique :
Production : Cine Nomine, Fair Play Production, Vamonos Films
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