THE DARK NIGHT : The Dark Night au rendez-vous !

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thedarknightafficheIl devait être le film évènement de cet été et The Dark Night, le Chevalier Noir n’a déçu ni les fans, ni les critiques qui l’ont unanimement salué, alors qu’ils avaient accueilli plus que fraîchement Batman Begins, l’épisode précédent de la nouvelle franchise Batman. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les auteurs n’ont pas hésité à prendre des risques puisqu’ils ont repris dans le rôle du méchant, le Joker, qui avait été si magnifiquement interprété par Jack Nicholson, il y’a vingt ans, dans le premier Batman de Tim Burton.

Faire mieux que ce dernier ? Cela aurait été difficile si le personnage et le film étaient restés sur le même registre. The Dark Night n’est en rien un remake, c’est une vision différente du mythe de l’homme chauve-souris et de son plus coriace ennemi. Et cette vision est d’un remarquable intérêt aussi bien artistique que narratif. En tout cas, on ne pourra pas reprocher à ce film de s’être contenté de chercher à vider le porte-feuille des fans mais, au contraire, de chercher à attirer tous les amateurs de bon, de très bon cinéma.

Le Gotham City de Cristopher Nolan ne ressemble en rien à celui de Tim Burton. Ici, pas de délires gothiques et de décors grandioses, mais une ville qui ressemble comme deux gouttes d’eau au New York actuel. Enfin, à la fois, Gotham City, c’est justement le surnom de NYC. De manière générale, The Dark Night se veut un récit qui intègre des problématiques de société très actuelles, concernant la gestion de la violence et de la criminalité. Evidemment, dans le monde réel, personne ne se ballade la nuit en costume en cuir… Enfin si plein de gens, mais pas pour pourchasser la grande criminalité. Alors disons que ce film nous livre l’image de notre monde réel dans lequel Batman existerait et pas pour fréquenter des boîtes sado-maso.

Le Joker interprété par le regretté Heath Ledger ne ressemble en rien à celui légendaire joué par Jack Nicholson. Moins délirant, plus sombre, plus sadique, plus inquiétant, plus terrifiant, ce rôle marquera également l’histoire du cinéma. D’ailleurs, s’il y’a un point commun entre les deux versions du Joker, c’est que dans les deux cas, il représente, et de loin, la grande star du film. Si Christian Bale est peut-être moins transparent que Michael Keaton à l’époque, ils sont tous deux nettement en retrait par rapport à leur ennemi, dont le charisme irradie tout au long de chacun des deux films. Heath Ledger sera donc décédé à l’aube d’une formidable carrière car le talent dont il fait preuve ici n’a rien à envier à celui dont fait preuve son prédécesseur dans ses plus grands rôles.

En fait, la seule vraie ressemblance entre les deux films se situe au niveau du personnage de notre héros masqué en lui-même. Personnage torturé, se posant moult questions sur sa place dans ce bas monde, il ne ressemble en rien à un héros sûr de lui et confiant dans la justesse de son combat. Mais encore une fois, il manque quelque peu d’épaisseur et ses interrogations existentielles ressemblent un peu à une tentative désespérée de lui donner de la consistance. En plus dans les deux cas, l’acteur qui l’interprète offre une prestation un tout petit peu fade.

thedarknightMais la grande force de The Dark Night est son intrigue, nettement plus complexe que celle du Batman de Tim Burton. Il nous plonge au cœur de la pègre de Gotham qui vit des jours difficiles depuis l’apparition simultanée du héros ailé et de Harvey Dent, le nouveau procureur qui affiche une volonté farouche de combattre le crime. Ils s’en inquiètent avant qu’un inquiétant personnage, le Joker, leur propose de régler tous leurs problèmes en assassinant Batman. Mais son caractère sadique et déjanté ne les pousse pas lui faire confiance. Il décide alors de mettre Gotham à feu et à sang pour pousser la pègre à lui remettre la moitié de sa fortune… mais aussi et surtout pour le plaisir…

Les intrigues secondaires se croisent et se recoupent, les rebondissements sont nombreux, bref The Dark Night n’est en rien une collection de scènes d’actions dénuées de tout fil conducteur . C’est une vraie histoire au dénouement qui en surprendra plus d’un et qui maintient la tension jusqu’au bout. L’histoire est particulièrement prenante. Le personnage du Joker inquiète et fascine, créant à la fois une sensation de malaise et une impatience de le revoir à l’écran. On pourra toujours discuter de la morale parfois limite véhiculée par ce film, mais elle n’est pas assez omniprésente pour que cela soit réellement gênant. Autre petit défaut peut-être : le film n’est pas totalement exempt de quelques longueurs, mais, là aussi, rien de vraiment notable.

The Dark Night est évidemment également un film d’action… Et qui dit film d’action, dit scènes d’action… Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles sont réussies. Intensité, grand spectacle, réussite technique, tout y est ! Vus les moyens déployés, on peut considérer que c’était la moindre des choses, mais fallait-il encore le faire. Surtout, que toutes ces scènes ne cèdent jamais à la tentation du délire pyrotechnique et reste centrée sur l’affrontement entre les personnages. Il aurait été dommage que la performance si remarquable de Heath Ledger ait été mise au second plan par une pluie d’effets visuels.

The Dark Night a donc répondu à toutes les attentes qu’il avait suscitées. Personnellement, je préfère encore la vision de Tim Burton du mythe, mais cette nouvelle version ravira tout de même une large majorité de cinéphiles.

Fiche technique :
Production : Warner Bros Pictures, legendary Pictures, DC Comics, Syncopy
Distribution : Warner Bros France
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan, Jonathan Nolan, d’après l’histoire de David Goyer et les personnages de Bob Kane
Montage : Lee Smith
Photo : Wally Pfister
Format : 2.35:1, Digital Intermediate, Imax, Panavision
Décors : Nathan Crowley
Musique : James Newton Howard, Hans Zimmer
Effets spéciaux : BUF, Double Negative
Durée : 152 mn

Casting :
Christian Bale : Bruce Wayne, Batman
Heath Ledger : The Joker
Aaron Eckhart : Harvey Dent
Michael Caine : Alfred
Maggie Gyllenhaal : Rachel Dawes
Gary Oldman : Gordon
Morgan Freeman : Lucius Fox
Monique Curnen : Det. Ramirez
Cillian Murphy : Scarecrow
Eric Roberts : Salvatore Maroni 

RATATOUILLE : Un film qu’il est trop bon !

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ratatouilleafficheRatatouille est un film qui appelle nombre de jeux de mots. « Ratatouille, un film qui met l’eau à la bouche », « Ratatouille fait monter la sauce »… Mais je me contenterai d’un « Ratatouille, un film qu’il est trop bon !’

Avec ce film Pixar assoie définitivement sa supériorité sur l’animation américaine. Dreamworks, son plus féroce concurent aura montré ses limites cet été avec un troisième épisode de Shrek, sympa mais qui tourne un peu en rond niveau créativité. Pixar, lui, se renouvelle à chaque fois.

Déjà, on pouvait s’attendre au meilleur puisque pour Ratatouille, c’est Brad Bird qui est aux manettes. Ce dernier est l’auteur des Indestructibles, pour moi, le meilleur film des studios Pixar. Et une fois encore, il démontre l’étendu de son talent en signant un petit chef d’œuvre.

De chef, il en est d’ailleurs question tout au long du film puisqu’il relate les aventures d’un rat qui se trouve être le plus grand cuisinier de son époque. Evidemement, sa qualité de rongeur ne l’aide pas à exercer ses talents, les rats étant rarement bienvenus dans les cuisines des grands restaurants parisiens. Cependant, caché dans la toque d’un jeune homme un peu gauche et timide, il arrivera à devenir indirectement le chef le plus prisé de la Ville Lumière. Bien sûr, le scénario est bien plus riche que ça, mais je gâcherai pas le plaisir de ceux qui ne l’ont pas encore vu en parlant trop longuement de l’histoire.

Par contre, je ne vais pas manquer de souligner à quel point le scénario de ce dessin animé est abouti. Sous des aspects enfantins et cartoon, il recèle une vraie profondeur, une vraie poésie, une vraie magie, de l’intelligence, du rythme… Bref une vraie histoire, pas une série de gags visuels… même si ces derniers sont nombreux et très réussis, j’y reviendrai. Les personnages, humains et animaux, sont très attachants. Ils affichent tous une vraie personnalité sans que le film ne soit manichéen ou gnangnan. Même le héros, Rémy, un rat qui cuisine, possède une réelle épaisseur qui le rend crédible ! Cela donnerait presque envie de retirer la mort aux rats de la cave.

ratatouilleEvidemment, tout cela n’aurait pas été possible sans la qualité phénoménale de l’animation. Déjà, c’est beau ! Et même les humains ! Cela peut paraître tout bête, mais dans Némo par exemple, j’avais trouvé les personnages humains très laids, ce qui m’avait un peu déçu. Dans Ratatouille, ils gardent un aspect cartoon mais aussi un certain réalisme très esthétique (le réalisme esthétique, je crois que je viens d’inventer une nouvelle tendance de l’art contemporain !). Et que dire des rats ! L’expressivité de leur visage, de leur regard, de leurs mimiques est absolument subjuguant. Ceci participe fortement à l’épaisseur des personnages et de leur personnalité. Et tout cela, n’empêche évidemment pas des moments de pur bonheur visuel !

Si vous avez été élevé au Tom et Jerry et autres Bip-bip, vous trouverez votre bonheur dans Ratatouille. Un vrai humour cartoon qui se superpose avec un scénario fouillé de manière étonnamment complémentaire. L’un sert l’autre et inversement. Aucune séquence ne semble superflue, le moindre gag sert l’histoire autant que l’histoire amène gags sur gags. Un peu comme si Woody Allen avait écrit un épisode de Bip-bip et le Coyotte !

Ratatouille, un vrai bonheur pour les petits et les grands !

N.B : si vous n’y allez pas avec votre petit neveu de 5 ans, allez y en V.O. pour l’accent français que prenne tous les personnages, ce qui ajoute encore plus au charme et à l’humour du film

Casting
Avec les voix en VO de :
Patton Oswalt : Remy
Lou Romano : Linguini
Janeane Garofalo : Colette
Brad Garrett : Gusteau
Peter Sohn : Emile
Brian Dennehy : Django
Ian Holm : Skinner
Peter O’Toole : Ego

Et les voix en VF de :
Guillaume Lebon : Rémy
Thierry Ragueneau : Linguini
Camille : Colette
Jean-pierre Marielle : Gusteau
Pierre-françois Martin-laval : Emile
Gabriel Ledoze : Django
Julien Kramer : Skinner
Bernard Tiphaine : Ego
et avec la participation exceptionnelle de Guy Savoy, Cyril Lignac et Christophe Hondelatte

Fiche Technique
Réalisateur : Brad Bird
Scénaristes : Emily Cook, Kathy Greenberg, Brad Bird
Producteur : Brad Lewis
Producteurs exécutifs : John Lasseter, Andrew Stanton
Compositeur : Michael Giacchino
Artiste Histoire, animateur : Peter Sohn
Consultant cuisine : Thomas Keller
Chef décorateur : Harley Jessup
Directrice de la photographie/mise en lumière : Sharon Calahan
Directeur de la photographie/prise de vues : Robert Anderson
Superviseur des personnages : Brian Green
Directeur de l’animation : David Devan
Superviseur des finitions : Sanjay Bakshi
Superviseurs de l’animation : Mark Walsh, Dylan Brown
Superviseur technique : Michael Fong
Directrice artistique : Belinda Van Valken Burg
Superviseur de la simulation : Christine Waggoner
Superviseur des effets : Apurva Shah
Consultant culinaire : Michael Warch
Attachées de presse : Aude Thomas et Floriane Mathieu
Distributeur : BVI

LES PROMESSES DE L’OMBRE : Sombre, si sombre

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lespromessesdelombreafficheDavid Cronenberg n’a pas pour l’habitude de réaliser de gentilles comédies romantiques ou de charmantes petites bleuettes… Pourtant, à côté de la noirceur des Promesses de l’Ombre, une partie de sa filmographie pourrait se ranger aux côtés de la Mélodie du Bonheur.

Bon, j’exagère un tantinet, mais Les Promesses de l’Ombre est un film noir, profondément noir, extrêmement noir… Pendant longtemps, les films de David Cronenberg ont été rangés dans le malsain, le bizarre et l’étrange. Son univers n’était pas toujours facile à pénétrer, à l’instar de celui de David Lynch, et une bonne part de la force du message se perdait dans la bizarrerie qui pouvait parfois même prêter à sourire. Ainsi, si j’ai adoré Existenz, je m’étais profondément ennuyé devant Crash et avait vu Faux-semblants et Spider avec un intérêt qui tenait plus de la curiosité que de l’enthousiasme.

Mais tous reconnaissaient un réel talent cinématographique, notamment au niveau de la photographie et de le direction d’acteurs. Et en délaissant enfin ses obsessions sur le corps, ses transformations et autres mutilations, David Cronenberg a rejoint le rang des grands réalisateur unanimement salué aussi bien par la critique que par les spectateurs. Son précédent film, History of Violence, avait été une première étape, Les Promesses de l’Ombre constitue une éclatante confirmation.

Ce film raconte l’histoire d’Anna, infirmière londonienne, qui assiste à l’accouchement d’une femme inconnue qui meurt en couches. Elle n’a sur elle que son journal, écrit en russe, et la carte d’un restaurant. A partir de ces éléments, Anna va tenter de retrouver la famille de l’enfant. Mais la mère était une prostituée exploitée par la mafia russe locale. Or, le fameux journal raconte les tortures qu’elle a subit et donne le nom de ses tortionnaires. Les mafieux russes, sous leurs airs policés, vont alors tenter de remettre la main sur le carnet… de gré ou de force.

Les Promesses de l’Ombre est bien plus riche que ne le laisse penser son synopsis de film noir classique. Si par certains aspects, le film peut rappeler les classiques du genres des années 50-60, vous n’y verrez pas des hommes en imperméable se tirer gentiment dessus sans qu’une goutte de sang de coule. Dans les Promesses de l’Ombre, la violence y est crue, terriblement réaliste et secoue bien fort le spectateur dans son fauteuil. Mais elle n’est jamais gratuite, le réalisateur ne s’y attarde pas, ce n’est pas un film d’action où Bruce Willis flingue à tout va. Non, on assiste à des éclairs de violence peu nombreux et brefs, mais d’une force incroyable et qui marquent durablement.

lespromessesdelombreMais Les Promesses de l’Ombre, c’est surtout une étude très profonde de ses personnages. Le film n’est jamais manichéen et les personnages sont souvent pas bien plus complexes que ce que l’on croit au premier abord. Certes, certains sont des monstres, de terribles monstres, mais le film montre également leur humanité. Le choc n’en est que plus fort, la monstruosité d’autant plus dérangeante, surtout que jamais le film ne donne d’excuses aux exactions commises par les personnages.

Comme je l’ai dit plus haut, David Cronenberg est un des maîtres de la direction d’acteurs. Et pour Les Promesses de l’Ombre, il a rassemblé un quatuor d’acteurs qui livrent ici une performance rare. L’osmose entre le réalisateur et son casting est saisissant et contribue énormément à la réussite de ce film.

Honneur aux dames, avec Naomi Watts. A l’instar de Jodie Foster, elle n’a jamais choisi des rôles faciles ou inintéressants. A 40 ans, son talent atteint ici sa plénitude, dans ce rôle de femme à la fois forte et fragile, qui fait face à une situation qui la dépasse mais face à laquelle elle refuse de baisser les bras. Elle joue juste et apporte une bonne part de sa crédibilité au film.

Armin Mueller-Stahl est un acteur allemand que l’on avait plutôt l’habitude de voir dans des séries B. Il tient ici un rôle clé, qu’il interprète avec le plus grand des talents. Il est parfait aussi bien dans la froideur monstrueuse que dans la bonhomie de grand-père paisible. Il passe de l’un à l’autre avec la même réussite et contribue fortement à la noirceur dérangeante de ce film.

Pour une des premières fois de mon existence, je vais dire du bien de Vincent Cassel. Certes, il est peut-être le seul du casting à en faire un tout petit peu trop, mais c’est très léger. Et puis cela est aussi de la nature de son personnage, gangster chien fou, frôlant souvent l’hystérie. Le contraste avec la froideur et le calme effrayants de son père est saisissant et met en exergue le caractère de chacun de ces deux personnages et, par la même occasion, le malaise qu’ils provoquent chez le spectateur.

Enfin, le meilleur pour la fin… Et quand je dis, le meilleur, le mot est faible. Déjà fantastique dans History of Violence, Viggo Mortensen est ici littéralement fabuleux. En dire trop sur son personnage serait un crime, tant c’est lui, avec son évolution, ses surprises et ses contradictions, qui porte le film sur ses épaules. Comment le cinéma a-t-il pu ignorer un tel talent aussi longtemps ? Tous les amateurs de cinéma ne peuvent que remercier Peter Jackson encore et encore pour en avoir fait son Aragorn. Dans Les Promesses de l’Ombre, il livre un des scènes les plus fantastiques de l’histoire du cinéma… une scène dans un sauna qu’il interprète entièrement nu… Ah là, je vois les yeux de mon lectorat féminin qui s’allument…

Plus sérieusement, à l’heure de bilans et des rétrospectives de cette fin d’année, on peut attribuer aux Promesses de l’Ombre le titre tout à fait mérité de meilleur film de l’année.

Fiche technique :
Production : Eastern promises films ltd, Serendipity Point Films, BBC Films, Focus features, Kudos, Scion films
Distribution : Metropolitan film export
Réalisation : David Cronenberg
Scénario : Steve Knight
Montage : Ronald Sanders
Photo : Peter Suschitzky
Format : 1.85 ; Dolby SR SRD DTS
Décors : Carol Spier
Musique : Howard Shore
Durée : 100 mn

Casting :
Viggo Mortensen : Nikolaï
Naomi Watts : Anna
Vincent Cassel : Kirill
Arlin Mueller-Stahl : Semyon
Sinead Cusack : Helen
Jerzy Skolimowski : Stepan

BOULEVARD DE LA MORT : A vrombir de plaisir !

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boulevarddelamortaffichePrenez le pitch d’un film de série Z (et encore, s’il y’avait une 27ème lettre à l’alphabet, elle s’appliquerait ici), qui logiquement ne pourrait donner naissance qu’à un nanar sans intérêt, mais mettez Quentin Tarantino derrière la caméra et vous obtiendrez Boulevard de la Mort, un moment de pur bonheur.

Boulevard de la Mort commence, et s’étire quelque peu, avec Julia, Shanna et Ariène, trois jeunes filles au physique de pin-up (c’est fait exprès évidemment !). Les trois complices font la tournées des bars d’Austin, une ville qui sent bon l’Amérique profonde. Mais ces endroits sont aussi fréquentés pas des personnages quelque peu mystérieux, comme « Stuntman Mike » et son bolide vrombissant.

Boulevard de la Mort est typique du genre Tarantino. De longs (trop longs diront les détracteurs) passages sans action, ponctués de dialogues à n’en plus finir et qui, de plus, sont souvent de la conversation courante et sans rapport avec l’histoire… puis en quelques secondes, un déluge de violence brute qui vous scotchent au fauteuil. Les dialogues sont sans doute la petite faiblesse de Boulevard de la Mort…Enfin tout est relatif, on est juste loin des discussions inoubliables sur les Mc Donald du monde entier dans Pulp Fiction. Par contre, le contraste entre les moments de calme et de tempête, les ruptures de rythme soudaines fonctionnent toujours aussi bien et nous rappellent pourquoi on aime tant les films de ce réalisateur.

Encore une fois, Tarantino a su faire renaître de ses cendres un acteur que l’on pensait définitivement has been. Cette fois, c’est Kurt Russell qui se voit offert un dernier grand rôle. Si ce film ne semble pas avoir eu le même effet que Pulp Fiction a eu sur la carrière de John Travolta, il n’en restera pas moins un des moments majeurs de la carrière de l’inoubliable Snake Plissken. Le reste de la distribution est remarquablement bien dirigé, même si les actrices ont été avant tout sélectionnées pour leur physique digne des magazines masculins des années 60. Enfin, on pourra noter que Quentin Tarnatino s’offre également le plaisir d’incarner un petit rôle. S’il est habitué à apparaître dans les films de ses potes, Robert Rodriguez en tête, c’est la première fois qu’il se dirige lui-même.

boulevarddelamortQue dire par contre de la qualité de la réalisation… Un concours de superlatifs ne suffirait pas pour qualifier le talent de Tarantino qui confirme une nouvelle fois que seuls un Welles ou un Kubrick peuvent prétendre avoir atteint une maîtrise technique aussi poussée. En plus d’être un des meilleur réalisateur de l’histoire, il est incontestablement sans peu d’égaux en tant que directeur de la photographie. La bande-son est encore une fois phénoménale, par la qualité des musiques qui peuplent le film, mais surtout par la façon dont elles portent l’histoire, dont elles font partie intégrante d’elle. Elles ne sont pas simplement un élément de décoration. Mais ce qu’il y’a eu de plus remarquable encore que pour ses films précédents, c’est que dans tous ces élements, Quentin Tarantion a cherché, et réussi, à recréer l’aspect sonore et visuel du cinéma populaire des années 60. Ce n’est pas qu’un hommage, même plus qu’une imitation, c’est une renaissance et une recréation dans les moindres détails, même les plus infimes, même les plus anodins.

Après, les esprits chagrin se demanderont pourquoi Tarantino utilise son talent incommensurable pour rendre hommage au (mauvais) cinéma populaire d’autrefois (tendance cinéma de quartier sur Canal). Tout simplement parce que c’est ce cinéma qui lui a donné l’amour du cinéma, parce qu’il est l’essence même du 7ème art, spectaculaire et populaire, et parce que c’est ce qu’il a envie de faire ! Après tout, c’est ce qui compte ! Et puis, honnêtement, le spectateur averti y trouve aussi son compte !

Fiche technique :
Titre : Boulevard de la mort
Titre version francophone au Québec : À l’épreuve de la mort
Titre original : Death Proof
Réalisation : Quentin Tarantino
Scénario : Quentin Tarantino
Dialogues : Quentin Tarantino
Directeur de la photo : Quentin Tarantino
Photographe de plateau : Andrew Cooper
Décorateurs : Steve Joyner, Caylah Eddleblute
Ingénieur du son : Greg Zimmerman
Costumes : Nina Proctor
Maquilleurs : Howard Berger, Gregory Nicotero
Chef cascadeur : Jeff Dashnaw
Montage : Sally Menke
Pays d’origine : États-Unis
Producteurs : Quentin Tarantino, Robert Rodriguez, Elizabeth Avellan, Erica Steinberg
Producteurs exécutif : Bob Weinstein, Harvey Weinstein

Casting :
Kurt Russell : Stuntman Mike / « Mike le cascadeur »
Zoë Bell : Zoë
Rosario Dawson : Abernathy
Rose McGowan : Pam
Vanessa Ferlito : Arlene « Butterfly »
Sydney Tamiia Poitier : Jungle Julia
Jordan Ladd : Shanna
Tracie Thoms : Kim
Mary Elizabeth Winstead : Lee Montgomery
Quentin Tarantino : Warren, le barman

KINGDOM OF HEAVEN : Jerusalem, objet de toutes les passions

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kingdomofheavenafficheRidley Scott n’est pas du genre à réaliser des petits films sans ambition. Kingdom of Heaven n’échappe pas à la règle. Le film se veut grandiose, épique et cherche à faire passer un message fort. Beaucoup ont trouvé le résultat inégal, voire décevant. Personnellement, je l’ai trouvé excellent et cela a fait de Kingdom of Heaven un de mes films préférés.

Au XIIème siècle, Balian est un forgeron au cœur du Royaume de France, rongé par le souvenir de sa femme qui vient de se suicider après la mort de leur enfant. Godefroy de Gibelin, à la tête d’une troupe de croisés, vient le trouver et lui révèle qu’il est son père. Légèrement moins surpris que Luke Skywalker, Balian repousse d’abord la proposition de suivre son nouveau papa jusqu’à Jérusalem. Mais après, avoir tué son propre frère, prêtre du village qui a ordonné que sa femme soit décapitée avant d’être enterrée, il fuit son village et rejoint la troupe sur la route de Messine.

La période des croisades a rarement inspiré les cinéastes. Riddley Scott a donc abordé un thème relativement vierge de références. Il a donc pu donner libre court à sa vision des évènements. Esthétiquement, il a choisi le réalisme. De toute façon, depuis Gladiator, on est loin du temps des films historiques où les héros arborent des tuniques immaculés du début à la fin. Le Jérusalem de Kingdom of Heaven est sale, peuplée d’hommes peu recommandables et à l’hygiène plus que douteuse. Le sang coule pendant les batailles, les hommes meurent en hurlant, sans que Ridley Scott ne cherche à mettre ceci en avant.

Car si Kingdom of Heaven est si spectaculaire, ce n’est pas par l’hémoglobine à foison. Non, au contraire, c’est sur des plans larges qui nous permettent d’assister à des batailles épiques où s’affrontent chevaliers et fantassins, tours de siège et catapultes, le tout dans des décors grandioses jusqu’à l’horizon. Bref, un film à gros moyens, mais quand on connaît les qualités de cinéastes de Ridley Scott, on peut facilement s’imagine qu’il en a fait le meilleur usage qui soit.

kingdomofheavenEnsuite, viennent le points qui prêtent un peu plus à discussion. Tout d’abord, les acteurs. Enfin, surtout l’acteur principal, Orlando Bloom. Il faut dire qu’il possède le seul rôle un minimum consistant de toute la distribution, Liam Neeson tenant une nouvelle fois le rôle du mentor qui meurt dès le début du film, certains diront même que le film est entièrement conçu pour assurer sa promotion. Si l’acteur était fabuleusement talentueux, cela n’aurait pas forcément posé de problème, mais le bel Orlando est, avouons-le, un tout petit peu limité. Mais j’insiste sur le un tout petit peu car Kingdom of Heaven constitue largement son meilleur rôle et, personnellement, je trouve qu’il s’en sort plutôt bien. En tout cas, un million de fois mieux que ce que l’on pouvait craindre.

Mais la plus grosse polémique sur ce film, concerne l’intrigue et surtout le message qu’il essaye de véhiculer. Kingdom of Heaven nous narre un court moment de l’histoire de Jérusalem mais se veut une allégorie de son histoire globale passée et même présente. Lieu saint des trois monothéismes, Jérusalem a toujours été au cœur de toutes les passions et continue de l’être. Personnellement, au lieu d’être une faiblesse du film, je trouve au contraire que c’est un de ses très grandes forces, car le message est délivré avec une grande intelligence. Il n’y a aucun manichéisme. Il ne s’agit absolument pas là d’un affrontement entre de gentils croisés contre de méchant sarrasins, ni l’inverse d’ailleurs. Il n’y a ni méchant, ni gentil…

… excepté notre héros… Ici, effectivement, le film souffre peut-être d’une toute petite faiblesse. Oie blanche au milieu des brutes, homme privilégiant l’honneur avant toute chose, Balian manque d’aspérités pour être réellement intéressant. Certes, par son regard impartial sur les deux camps, il est le messager de ce que veut nous délivrer Ridley Scott, mais au final, cela affadit terriblement le personnage. C’est un peu dommage, car il est vraiment le seul protagoniste à être aussi caricatural. Et comme, il s’agit là du personnage principal, il est vrai que cela pèse… mais pas tant que ça au final.

Pour moi, Kingdom of Heaven est un grand film, bien au-delà de son aspect spectaculaire ! La morale est très intelligente et on est heureux de voir un film délivré un message sans que ce dernier n’alourdisse l’intrigue. Mais on en n’attendait pas moins d’un réalisateur de la trempe de Ridley Scott.

Fiche technique :
Titre : Kingdom of Heaven (États-Unis et France), Royaume des cieux (Québec)
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : William Monahan
Production : Ridley Scott pour Scott Free Productions (R.-U.) et 20th Century Fox (USA)
Musique : Harry Gregson-Williams
Photographie : John Mathieson
Montage : Dody Dorn et Chisako Yokoyama
Pays d’origine : États-Unis
Tournage: Maroc
Genre : Aventure, film de guerre, historique
Durée : 145 minutes, 187 minutes pour la version longue (uniquement disponible en DVD)
Dates de sortie : 4 mai 2005 (France) ; 6 mai 2005 (USA)

Casting :
Orlando Bloom : Balian d’Ibelin
Eva Green : Sibylle
Liam Neeson : Godefroy d’Ibelin (en fait c’est un personnage composite, inspiré de Godefroy de Bouillon et Barisian d’Ibelin, le vrai père de Balian)
Jeremy Irons : Tiberias (nom donné dans le film au personnage historique Raymond III, comte de Tripoli et prince de Tiberias)
Marton Csokas : Guy de Lusignan
Jon Finch : Héraclius, patriarche de Jérusalem
Brendan Gleeson : Renaud de Châtillon
Ghassan Massoud : Saladin
Edward Norton : Baudouin IV
Alexander Siddig : Imad al-Din al-Isfahani
David Thewlis : Roger de Moulins, grand maître de l’Ordre de Saint-Jean de l’Hôpital
Karim Saleh : émissaire de Saladin

IMPITOYABLE : Un genre se réveille, un réalisateur se révèle

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impitoyableafficheQuand on associe les mots acteur et western, on peut penser à deux noms. Soit on pense classicisme, méchants indiens et chemise impeccable du début à la fin du film et c’est le nom de John Wayne qui nous vient à l’esprit. Soit on pense violence, duel, poussière, sang et sueur, et on clame le nom de Clint Eastwood. Mais si John Wayne a incarné l’age d’or du western, Clint Eastwood est synonyme de son crépuscule… et de sa renaissance avec Impitoyable, dont il est également le réalisateur.

Impitoyable fut un des plus grande surprise cinématographique du début des années 90. Tout d’abord parce qu’il consacra définitivement Clint Eastwood comme un grand réalisateur puisque Impitoyable fut récompensé de l’oscar du meilleur film. Surprise aussi parce que depuis les derniers westerns de Sergio Leone à la fin des années 60, ce genre était totalement tombé en désuétude.

Impitoyable, c’est aussi un peu l’histoire d’Eastwood lui-même. En effet, il raconte l’histoire de deux tueurs, aux exploits légendaires, mais depuis longtemps retirés comme fermier au fin fond de l’ouest. Afin d’assurer l’avenir de leur famille, qui est loin d’être le cas par leur seule activité agricole, il décide d’accepter un dernier contrat. Il s’agit d’éliminer les deux agresseurs d’une prostituée, dont les collègues se sont cotisées pour réunir la somme de la récompense. Mais elles vivent dans une bourgade sur lequel veille un shérif peu commode, lui aussi vieux routier de l’ouest.

Clint Eastwood, Morgan Freeman, Gene Hackman, trois acteurs pour trois rôles de héros rattrapés par leur âge. Des personnages dont la carrière est aussi longue et légendaire que leurs interprètes. L’histoire de William Munny est aussi un peu celle du western en lui-même, en sommeil pendant de longues années pour renaître pour un dernier tour de piste. D’ailleurs, Impitoyable n’a pas vraiment relancé le genre, et seul un Open Rage fut vraiment digne d’intérêt depuis lors.

impitoyableIl faut dire, il est difficile de rivaliser avec Impitoyable, et surtout avec le talent d’Eastwood. Il a connu les dernières heures de l’âge d’or d’Hollywood et il en est le digne héritier. Son style déborde d’élégance. La photographie est sublime, le montage posé. Bref, on peut y accoler le mot classique, mais au sens noble du terme. Clint Eastwood n’est pas un réalisateur de clip vidéo, mais un vrai cinéaste.

Son talent n’a également pas son pareil pour diriger les acteurs. Impitoyable est avant tout un film de personnage avant d’être un film d’action. Le rythme de narration est un peu lent, mais c’est parce qu’il s’efforce de nous faire réellement connaître les protagonistes de cette histoire. Mais ces derniers sont assez savoureux et surtout assez remarquablement interprétés pour qu’Impitoyable ne soit en rien un film contemplatif, mais une grande et passionnante histoire.

Impitoyable fait déjà sans aucun doute des grands classiques éternels du 7ème art. Un grand film d’un immense réalisateur.

Fiche technique :
Réalisation : Clint Eastwood
Production : Clint Eastwood, David Valdes; Malpaso
Scénario : David Webb Peoples
Musique : Lennie Niehaus, Clint Eastwood
Directeur de la photographie : Jack N. Green
Directeur artistique : Adrian Gorton, Rick Roberts
Décors : Henry Bumstead
Montage : Joel Cox
Sortie: 7 août 1992 (USA), 9 septembre 1992 (France)
Durée: 131 minutes

Distribution :
Clint Eastwood : William Munny
Gene Hackman : Little Bill Daggett
Morgan Freeman : Ned Logan
Richard Harris : English Bob
Jaimz Woolvett : le Kid de Schofield
Frances Fisher : Strawberry Alice
Anna Thomson : Delilah Fitzgerald
Saul Rubinek : W.W. Beauchamp 

LES NOCES REBELLES ; Quand la médiocrité du quotidien nous offre un chef d’oeuvre

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lesnocesrebellesafficheCombien de comédies romantiques ? Combien de fins heureuses ? Combien de « et il vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ? Le cinéma nous en offre beaucoup. On ressort de ces films avec une folle envie de tomber amoureux, une folle envie de prendre dans ses bras la première inconnue et lui dire « je t’aime » ! Le cinéma est une machine à rêves, il est rare qu’il choisisse de les briser. Mais les Noces Rebelles, le nouveau film de Sam Mendes, met à rude à épreuve notre foi dans l’amour et le bonheur éternels.

Frank et April Wheeler s’étaient promis d’être un couple hors du commun, de vivre leur vie intensément, de ne jamais renoncer à leurs rêves. Mais alors qu’ils ont à peine la trentaine, ils vivent l’existence caricaturale des banlieusards américains. Lui travaille dans l’entreprise où son père a travaillé toute sa vie. Il y occupe un emploi qu’il déteste, prenant chaque matin le même train, quittant la grande maison qu’ils ont acheté pour élever leurs deux enfants. Elle rêvait d’être actrice et se retrouve femme au foyer, dans une banlieue peuplée de gens inintéressants et médiocres. Mais elle refuse de perdre espoir et se décide à convaincre son mari de vivre leurs rêves tant qu’il en est encore temps et de partir vivre à Paris.

15 ans après Titanic, Leonardo Di Caprio et Kate Winslet ont bien mûri. Leurs personnages aussi. Les Noces Rebelles nous compte l’histoire d’un couple qui a renoncé à être « the king of the world », qui en souffre et qui se le reproche mutuellement. Ce film est tellement loin de l’image du couple véhiculée d’habitude par le cinéma, que ce film a profondément marqué les esprits de tous ceux qui l’ont vu. Après l’on pourra débattre sur le fait que la réalité ressemble malheureusement plus souvent à ça, mais je ne pense pas que cela soit l’objet d’une critique cinéma.
Les Noces Rebelles est surtout un film sur l’oppression qu’exercent les normes sociales sur nos aspirations. Bien sûr, le film se déroule dans les années 50, une époque beaucoup moins « libérée ». On peut d’ailleurs faire facilement la parallèle entre ce film est Loin du Paradis, où une femme blanche tombait amoureuse de son jardinier noir. Mais la réflexion reste évidemment d’actualité. Combien de fois renonçons-nous parce que cela ne se fait pas, parce que ce n’est pas « raisonnable » ? Bien sûr, cela ne nous consume pas comme les personnages de ce film, et heureusement. Mais la réflexion est forte, profonde, touchera chacun d’entre nous, surtout que la mise en image est d’une splendeur époustouflante.

lesnocesrebellesLa caméra de Sam Mendes est une des plus élégante du cinéma américain, on le savait déjà. Il nous avait déjà prouvé son talent prodigieux avec Americain Beauty, mais Les Noces Rebelles est encore un cran au dessus. Filmer la tension du quotidien est un exercice difficile car cela repose beaucoup plus dans les moments de silence, dans les non-dits que dans les explosions de colère passagers. Ce film déborde de tension, une tension transmise au spectateur de la première à la dernière seconde. Ne croyez pas une seule seconde que l’on peut s’ennuyer devant ce film, tant chaque plan vous enserre l’esprit et le c?ur. On ne ressort pas indemne de ce film, qui vous prend littéralement aux tripes. Il révèle au grand jour la médiocrité de nos quotidiens, la mort de nos désirs, alors que le cinéma, la publicité, la morale et la société tout entière essayent de nous vendre ça pour du bonheur. Frank et April ont tout pour être heureux, disent leurs voisins, qui refusent d’imaginer qu’ils puissent être malheureux. Car si eux le sont, alors ils le sont tous !

L’autre grand monsieur des Noces Rebelles est Leonardo Di Caprio. Pourtant, dieu sait ce que j’ai pu détester cet acteur quand il traînait sa bouille indécemment juvénile de blondinet bien pensant. Ce temps est loin désormais et il faut que j’arrête de faire référence à cette époque à chacune des critiques que j’écris sur un film où il joue. Leonardo Di Caprio est un immense acteur, réellement immense et plus rien ne l’empêchera de rentrer à jamais dans l’histoire du 7ème art. Sa performance dans les Noces Rebelles est un modèle par sa justesse et sa force. Il fait à la fois preuve d’une retenue qui rend son personnage humain et accessible, et d’une expressivité qui transmet chaque once des sentiments qui le torturent. Ce film lui doit beaucoup, le cinéma dans son ensemble également désormais.

Les Noces Rebelles sera peut-être battu par l’extraordinaire Slumdog Millionnaire demain aux Oscars. Mais tout autre année, aucun doute n’aurait plané sur le nom du film lauréat !

Fiche technique :
Production : Dreamworks Pictures, BBC Films, Evamere Entertainment, Neal Street
Distribution : Paramount
Réalisation : Sam Mendes
Scénario : Justin Hayes
Montage : Tariq Anwar
Photo : Roger Deakins
Décors : Kristi Zea
Son : Danny Michael
Musique : Thomas Newman
Effets spéciaux : John Stifanich
Costumes : Gail Fitzgibbons
Maquillage : Michele Paris
Directeur artistique : Terri Carriker-Thayer
Durée : 125 mn

Casting :
Kate Winslet : April Wheeler
Leonardo DiCaprio : Frank Wheeler
Kathryn Hahn : Milly Campbell
David Harbour : Shep Campbell
Kathy Bates : Mrs Givings
Richard Easton : Mr Givings
Michael Shannon : John Givings
Ryan Simpkins : Jennifer Wheeler
Ty Sympkins : Michael Wheeler

KUNG-FU PANDA : le retour du cartoon !

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kungfupandaafficheQuand on pense film d’animation, plutôt qu’un film comme Valse avec Bachir, on pense plus volontiers aux cartoons qui ont peuplé notre enfance tous les dimanches soir. Ah Tom et Jerry, Bip Bip et le Coyotte, Bugs Bunny… Que du bonheur ! Depuis, nous avons eu droit à une nouvelle vague de films d’animation, toujours aussi drôles, mais plus dans le second degré et visant un public plus adulte : Shrek, Les Indestructibles (du même réalisateur que le film dont il est question ici) ou encore Monstres et Cie… Autant de films qui rassemblent toute la famille autour d’un DVD, les plus petits se régalant des gags visuels, les plus vieux se délectant des clins d’œil et des références aux styles qu’ils parodient. Il est vrai qu’il nous manquait un vrai bon dessin-animé à l’ancienne, un vrai cartoon, surtout axé sur l’humour premier degré, mais l’humour premier degré drôle (Horton, sorti récemment, étant sympa mais sans plus !). Et bien, ceci se retrouve dans un film très réussi et véritablement hilarant : Kung-fu Panda !

L’idée de base est gentillette. Po, un panda bedonnant, fils d’un canard vendeur de nouilles, rêve secrètement de devenir le roi du kung-fu et de rejoindre ses idoles, les 5 Cyclones : tigresse, grue, mante, vipère et singe. Ce rêve semble totalement hors de portée jusqu’au jour où…

Bref de toute façon, on ne va pas voir Kung-Fu Panda pour l’épaisseur du scénario. Certes, une histoire sympa ne gâche rien et c’est plutôt le cas ici. Les péripéties sont très nombreuses, s’enchaînent avec rythme et ne s’endort jamais dans de longs passages lénifiants ou moralisateurs. Les personnages sont attachants, aux personnalités variées et dont les relations marchent très bien. Le personnage du méchant est lui aussi très réussi, ce qui est capital pour rendre un film vraiment bon.

kungfupandaGraphiquement, le film est vraiment réussi. C’est à la fois un style très cartoon, très dessin animée au sens premier du terme, tout en gardant la beauté d’une production Dreamworks. On n’a plus l’aspect un peu trop « images de synthèse », que je n’aime pas trop dans un Monde de Nemo par exemple, tout en gardant les possibilités qu’offrent l’informatique en termes d’effets visuels. Bref, c’est beau, parfaitement animé et agréable aux yeux.

Mais la plus grande qualité de Kung-Fu Panda, c’est avant tout que c’est drôle ! On rit beaucoup, on rit souvent ! Humour premier degré souvent, mais de très bonne facture ! Jamais redondant, jamais lourdingue, jamais grossier bien sûr. Mais toujours efficace ! Que les gags soient purement visuels, ou alors situationnels, ils font toujours mouche, provoquant l’hilarité du spectateur. Pas de temps mort, pas de passages ennuyeux, ce film est d’une remarquable densité, rare pour un film comique quelque il soit.

Kung-Fu Panda est donc un vrai divertissement familial qui ravira les grands et les petits ! Pour les plus grands, je conseille surtout de voir ce film en VO (enfin de toute façon, la question ne se pose pas…) vu la qualité du casting vocal. Il n’y a peu de films, d’animation ou pas, qui peuvent se targuer de réunir une telle brochette de stars.

Puissions-nous ne jamais cesser d’être de grands enfants !

Fiche technique :
Production : Paramount pictures, Dreamworks SKG animation
Réalisation : Mark Osborne, John Stevenson
Montage : C.K. Norness
Photo : Yong Duk Jhun
Décors : Raymond Zibach
Distribution : Paramount pictures france
Musique : Hans Zimmer
Durée : 98 mn

Casting :
Jack Black : Po
Angelina Jolie : Tigresse
Dustin Hoffman : Shinfu
Lucy Liu : Vipère
Jackie Chan : Singe 

GRAN TORINO : Dien est parmi nous…et il s’appelle Clint

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grantorinoafficheIl est des exercices quelque peu lassant ! On doit toujours chercher de nouveaux mots, de nouvelles façons d’exprimer la même idée. Parler du génie de Clint Eastwood rentre totalement dans cette catégorie. Quand, en plus, il nous offre un nouveau film tout juste quatre mois après la sortie du précédent, on ne peut, en tant que critique, que s’écrier « quand c’est trop, c’est trop ! » Merde à la fin, nous ne sommes pas non plus des machines à compliments ! Mais bon, que voulez-vous, Gran Torino donne surtout envie de s’écrirer « que c’est bon ! ».

Walt est un octogénaire qui traîne son aigreur depuis la guerre de Corée, où il a vécu et du commettre les pires horreurs. De plus, il vit dans un quartier où une large majorité de la population est d’origine asiatique. Alors quand il se retrouve veuf, on pense qu’il va s’enfoncer inexorablement dans sa solitude et sa méchanceté. Mais encore plus que les Asiatiques, Walt ne supporte pas l’injustice et va se retrouver mêler au conflit entre ses voisins, qu’il déteste, et un gang local.

Gran Torino surprendra plus d’un spectateur. Non pas parce qu’il est génial, car venant de Clint Eastwood, ça n’a plus rien de surprenant. Non, c’est par le ton du film que l’on est plutôt décontenancé, surtout lorsque l’on a vu maintes fois la bande-annonce. En effet, il s’agit en grande partie d’une comédie et l’ancien interprète de l’inspecteur Harry, après 50 ans de carrière, nous faire rire comme il ne l’avait encore jamais fait. Comme quoi, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Néanmoins, la bande-annonce n’est pas totalement mensongère puisque le ton s’inverse brutalement sur la fin.

Le personnage de Walt est d’une incroyable richesse. A première vue, il prête à rire (un peu jaune) par sa méchanceté bête et méchante, son racisme primaire et son aigreur permanente. Mais on découvre vite que tout cela n’est qu’une façade qui cachent bien des douleurs profondes. Le ressort comique est donc loin d’être épuisé lorsque le personnage évolue vers une autre dimension, beaucoup plus profonde et riche d’émotions, mais tout aussi réussie. Walt, et Gran Torino globalement, inspirent aux spectateurs successivement des sentiments aussi extrêmes que diverses. Le tout avec même et extraordinaire réussite.

Il faut également saluer bien bas la performance de la jeune Ahney Her, révélation de ce film, qui interprète un jeune fille aussi sympathique et espiègle que Walt est méchant et acariâtre. La réussite de ce personnage est absolument décisive dans l’immense réussite qu’est Gran Torino. C’est en effet par elle que l’évolution de Walt s’amorce et si cela n’avait pas été crédible, le scénario s’en serait vu considérablement affaibli. Mais cela fonctionne au contraire à la perfection, comme tout le reste dans ce film.

GrantorinoJe tiens encore à insister sur l’immense richesse de ce film. Le scénario nous offre une histoire si simple, mais si réussie, si inspirante, si drôle, si bouleversante… Gran Torino n’est pas un film, c’est un concentré de cinéma pur, d’émotions à l’état brut. Comme si Clint Eastwood avait décidé de nous offrir d’un coup tout ce que son talent nous avait distillé pendant cinquante ans de carrière. Les neurones du spectateur se retrouvent tous stimulés en même temps. Voir ce film est presque une épreuve physique tant on l’impression d’avoir vu des dizaines de films d’un coup, en un peu moins de deux heures… Et de très bons films !

Evidemment, Gran Torino porte la patte de Clint Eastwood quant à l’élégance de la mise en image. La sobriété de la photographie ne retire en rien son incroyable qualité. Elle ne brille pas inutilement, car l’essentiel n’est pas là. Mais elle est au service des acteurs et du scénario, qui ne s’en retrouvent que magnifiés. Comme si ils en avaient besoin…

Après Slumdog Millionnaire, Les Noces Rebelles, The Wrestler, l’Etrange Histoire de Benjamin Button, Gran Torino vient s’ajouter à ce début d’année cinématographique d’une exceptionnelle qualité. Clint Eastwood est depuis longtemps au panthéon des réalisateurs tant qu’il tournera, il y trônera bien plus haut qu’aucun autre ne peut espérer aller.

Fiche technique :
Production : Malpaso, Bouble Nickel Entertainement, Village Roadshow
Distribution : Warner Bros Pictures
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Nick Schnenk
Montage : Joel Cox, Gary D. Roach
Photo : Tom Stern
Format : 35mm
Décors : James J. Murakami
Musique : Kyle eastwood, Michael Stevens
Costumes : Deborah Hopper
Directeur artistique : John Warnke
Durée : 115 mn

Casting :
Clint Eastwood : Walt Kowalski
Christopher Carley : Le père Janovich
Bee Vang : Thao
Ahney Her : Sue
Brian Haley : Mitch Kowalski
Geraldine Hughes : Karen Kowalski
Brian Howe : Steve Kowalski

IL ETAIT UNE FOIS DANS L’OUEST : Une légende de l’Ouest

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IletaitunefoisdanslouestafficheDe tous les westerns spaghetti, Il était une fois dans l’Ouest est le plus grand. De tous les westerns, Il était une fois dans l’Ouest est pour moi le plus grand. Bon, je n’irai pas jusqu’à dire que de tous les films, Il était une fois dans l’Ouest est le plus grand. Mais parmi les plus grands, oui, c’est incontestable.

Il était une fois dans l’Ouest débute sur un quai de gare pour une scène mémorable. Trois hommes à la mine patibulaire attendent l’arrivée d’un train, visiblement armée de mauvaises intentions. Il finit par arriver mais l’homme qu’ils attendent ne semble pas être là. Mais alors que le train repart, ils entendent un air d’harmonica et aperçoivent l’homme en question qui les fixe de l’autre côté de la voie… La suite ? En dire plus serait un crime et j’invite tous ceux qui ne l’ont pas encore fait à se précipiter sur ce film pour la connaître.

Bon, je sens que certains d’entre vous attendent un peu plus d’explications avant de croire mes propos.

Il était une fois dans l’Ouest est l’apogée du style Sergio Leone. Cet homme était capable de vous raconter une histoire complexe rien qu’à partir de gros plans sur les visages ou de longs travellings silencieux. Mais son cinéma ne se résume pas qu’à ça. Car ce qui fait la force de ses films, c’est le contraste entre ces longs moments de calme, où il nous fait sentir qu’il va se passer quelque chose et pendant lesquels la tension monte peu à peu, et les moments où les armes se déchaînent et où les cow-boys dégainent leur colt aussi vite que leur ombre.

Il était une fois dans l’Ouest est donc ce mélange rare de plans sublimes et inoubliables avec des moments de pur souffle épique. Sergio Leone a sorti le western spaghetti de son statut de sous-western pour, au contraire, réaliser des œuvres artistiquement mille fois plus abouties que le western classique machiste et anti-indien à la John Wayne.

Les films de Sergio Leone, et Il était une fois dans l’Ouest en particulier, doivent aussi leur succès à la formidable synergie entre le réalisateur et le compositeur, à savoir Ennio Morricone. Seuls les couples Steven Spielberg-John Williams et Tim Burton-Dany Elfman peuvent soutenir la comparaison. Il était une fois dans l’Ouest est la bande-originale la plus aboutie d’Ennio Morricone. Les principaux thèmes sont magnifiques, dégageant un souffle épique incroyable. La musique n’est pas ici seulement écrite pour accompagner l’action, mais elle en fait intégralement partie. Une fois que vous aurez vu le film, vous n’aurez plus qu’à réécouter la musique pour avoir l’impression de revivre le film.

IletaitunefoisdanslouestMais un autre couple est au cœur du succès d’Il était une fois dans l’Ouest. Ou plutôt, deux paires. Deux paires d’yeux bleus de deux légendes d’Hollywood. Enfin, si Charles Bronson est légendaire, c’est surtout pour avoir joué dans Il était une fois dans l’Ouest car le reste de sa filmographie n’est pas vraiment au niveau. Avec un réalisateur autant amateur de gros plans que Sergio Leone, le regard des acteurs joue un rôle évidemment capital. D’un côté, les petits yeux rentrés dans leurs orbites de Charles Bronson, deux petits points bleus à l’image de son personnage si mystérieux et dont on ne sait si peu. De l’autre, le grand regard clair de Henry Fonda qui colle parfaitement avec la suffisance et la confiance en soi de son personnage, tueur implacable et sans pitié. Ce duo mythique nous fera vivre un duel final mémorable.

Enfin, un peu de douceur dans ce monde de brute, avec la présence de Claudia Cardinale, une des plus belles actrices de l’histoire. Elle est la grâce incarnée, le charme absolu et contraste avec les manières rustres et souvent antipathiques des personnages qui l’entourent. Sa présence n’est en rien accessoire, sa beauté étant un élément fondamental de l’histoire. Bien sûr, elle ne gâte en rien le plaisir du spectateur.

Il était une fois dans l’Ouest est un monument intemporel du cinéma. Un film, de part sa beauté et sa force, que l’on ne se lasse jamais de voir et de revoir.

Fiche technique
Titre : Il était une fois dans l’Ouest
Titre original : C’era una volta il West
Titre anglais : Once Upon a Time in the West
Réalisation : Sergio Leone
Scénario : Dario Argento, Bernardo Bertolucci, Sergio Donati, Sergio Leone
Photographie : Tonino Delli Colli
Musique : Ennio Morricone
Production : Fulvio Morsella
Distribution : C.I.C.
Date de sortie : 21 décembre 1968 (Italie), 27 août 1969 (France)
Film italo-américain, tourné en anglais, post-synchonisé en italien.
Format : Couleurs – 2,35:1 (Cinémascope) – 35 mm
Genre : drame, western
Durée : 165 minutes
Langue de tournage : anglais
Film interdit aux moins de 13 ans à sa sortie en France, sans interdiction de nos jours.

Distribution
Charles Bronson : l’homme à l’harmonica
Henry Fonda : Frank
Claudia Cardinale : Jill McBain
Jason Robards : Manuel Gutierrez dit Cheyenne
Frank Wolff : Brett McBain
Lionel Stander : le barman
Keenan Wynn : le shérif de Flagstone
Gabriele Ferzetti : Morton (patron du chemin de fer)
Paolo Stoppa : Sam
Jack Elam : Snaky (membre du gang de Frank)
Woody Strode : Stony (membre du gang de Frank)
Enzo Santaniello : Timmy McBain (l’enfant assassiné par Frank)
Marilù Carteny : Maureen McBain