Le polar noir chinois a fait sa place dans le paysage cinématographique français. Diao Yinan s’était déjà fait remarquer sur nos écrans avec Black Coal. Le revoici distribué chez nous avec le Lac aux Oies Sauvages. Une nouvelle plongée dans une Chine loin du miracle économique, où se côtoient misère et violence. Si le film n’échappe pas à tous les stéréotypes du genre, il nous livre un scénario assez original et inattendu pour réellement nous tenir en haleine tout du long.
Je ne sais pas s’il pleut aussi souvent à verse en Chine que dans les polars qui en sont issus. Ce n’est qu’un détail, mais assez révélateur des quelques éléments récurrents que l’on trouve régulièrement dans ce genre de film. Malgré tout cela nous transporte dans un monde assez éloigné du notre pour ne pas du tout tomber dans une impression de déjà-vu. Le cœur de l’intrigue, vraiment réussi, aurait pu sans doute être transposé dans des décors plus familiers. Mais le Lac aux Oies Sauvages y aurait évidemment perdu beaucoup de son intérêt à nos yeux de spectateurs occidentaux en mal de dépaysement.
La réalisation de Diao Yinan est typiquement chinoise, sans excès. Bref, le Lac aux Oies Sauvages est assez lent et un rien contemplatif, mais sans jamais faire perdre à l’histoire sa densité et plonger le spectateur dans l’ennui. La photographie est de toute beauté. Elle contribue à créer une ambiance fascinante qui sublime l’histoire. Enfin, le film est l’occasion de découvrir ou redécouvrir le talent de Gwei Lun Mei qui irradie réellement à l’écran, avec un jeu plein de sensibilité. Elle contribue à la belle réussite de ce film. Incontournable pour les amateurs du genre.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Memento Films Production Réalisation : Diao Yinan Scénario : Diao Yinan Montage : Jinley Kong Photo : Jingsong Dong Distribution : Memento Films Production Directeur artistique : Liu Qiang Durée : 107 min
Casting : Ge Hu : Zenong Zhou Lun-Mei Kwei : Aiai Liu Fan Liao : le chef de la brigade criminelle Regina Wan : Shujun Yang Qi Dao : Hua Hua
Certains réalisateurs possèdent un style particulièrement marqué qui ne laisse pas indifférent. Terrence Malick fait partie de ceux-là. Je fais partie de ceux qui ont par exemple trouvé The Tree of Life absolument extraordinaire. Mais je me rappelle aussi très bien de toutes les personnes quittant la salle avant la fin. Je dois admettre que certains de ses films plongent même les spectateurs les plus bienveillants à son égard dans un ennui des plus profonds. Aller voir un de ses films s’apparente donc toujours à un pari. Et un pari risqué puisque la plupart de ses films frôlent les trois heures. C’est un nouvelle fois le cas avec Une Vie Cachée. Mais cette fois, la réussite est pleinement au rendez-vous.
Avec une bonne demi-heure de moins, Une Vie Cachée serait sûrement définitivement un grand film. Cependant, s’il était plus court, il ressemblerait moins à un film de Terrence Malick. La grande force de ce film est de parvenir à allier la puissance esthétique de la réalisation avec une histoire particulièrement forte. On assiste ici à un vrai récit, avec un enjeu fort, une tension dramatique qui saisit le spectateur et le rive à ce film. Il souffre de quelques longueurs en son milieu, mais la première et la dernière partie sont absolument passionnantes. Le propos est riche et bouscule le spectateur. Il prouve aussi que son style si particulier ne le condamne pas à un cinéma uniquement contemplatif. Il peut être aussi au service d’un scénario puissant.
Une Vie Cachée nous offre quelques plans absolument sublimes. Le décor alpin est déjà beau en lui-même, mais il est ici magnifié. Mais la caméra de Terrence Malick sait aussi livrer des scènes intimistes dans des espaces étroits tout aussi belles. Il laisse aussi plus de place aux jeux des acteurs, en offrant de vrais dialogues quand il est connu pour user et abuser des voix-offs, encore bien présentes cependant. L’alternance entre les deux est vraiment au service de l’histoire, décuplant l’émotion qu’elle véhicule et son caractère dramatique. Terrence Malick livre là une de ses œuvres les plus aboutis, peut-être moins spectaculaire que The Tree of Life, mais qui pourra séduire un public plus large.
LA NOTE : 14,5/20
Fiche technique : Production : Elizabeth Bay Productions, Studio Babelsberg Réalisation : Terrence Malick Scénario : Terrence Malick Montage : Rehman Nizar Ali, Joe Gleason, Sebastian Jones Photo : Jörg Widmer Décors : Sebastian T. Krawinkel Distribution : UGC Distribution Musique : James Newton Howard Durée : 173 min
Casting : August Diehl : Franz Jägerstätter Valerie Pachner : Franziska Jägerstätter Maria Simon : Resie Bruno Gans : Juge Lueben Matthias Schoenaerts : Capitaine Herder
On dit souvent que les adaptations cinématographiques des romans sont décevantes par rapport au livre dont ils sont issus. Une solution pour éviter cette déception, commencer par voir le film pour ensuite lire le livre. C’est ce que j’ai fait avec Ne le Dis à Personne… d’Harlan Coben. J’avais le souvenir d’avoir adoré le film de Guillaume Canet, mais plus du tout le souvenir du contenu exact de l’intrigue et encore moins de son dénouement. C’est donc avec un plaisir infini que j’ai redécouvert cette histoire, cette fois couchée sur le papier.
En tant qu’écrivain amateur, j’ai forcément une admiration sans borne pour tous ceux qui savent raconter des histoires. Mais ceux qui le savent vraiment ! Harlan Coben fait partie de ces rares élus. Son récit, malgré une certaine complexité, est d’une clarté totale de la première à la dernière ligne. Il sait quand alimenter son lecteur en éléments nouveaux pour le faire avancer dans le récit, lever un coin du mystère, répondre aux questions qu’il se pose… tout en le poussant à s’en poser de nouvelles aussitôt. C’est ce cheminement qui rend Ne le Dis à Personne… aussi plaisant à lire.
Harlan Coben n’est pas l’auteur au style le plus spectaculaire de l’histoire de la littérature. Ses personnages ne le marquent pas non plus profondément. Pas de profondeur philosophique ou de grandes réflexions sur la nature humaine ici. Mais beaucoup de bonheur tout de même. Celui de dévorer un vrai bon polar, aussi bien écrit qu’il est bien raconté. C’est tellement fluide que l’on tourne les pages sans même s’en rendre compte, avide de connaître le fin mot de l’histoire. Ne le Dis à Personne… n’a rien de très original au fond. Si ce n’est d’être presque parfait dans son classicisme. Et c’est déjà une immense qualité.
Devenir fou n’est pas quelque chose qui arrive tous les jours, ni très facilement. Mais le cinéma n’étant pas tout à fait le reflet de la réalité, on y assiste souvent à des chutes vers la folie, parfois particulièrement spectaculaires et rapides, spectacle parfois particulièrement fascinant. Un nouvel exemple avec The Lighthouse. Mais si ce genre de glissement d’un personnage vers la folie est un point de départ solide pour bâtir une histoire, il faut l’agrémenter de bien d’autres choses pour lui donner du sens et par là même un certain intérêt. C’est bien ce qui manque ici, où l’esthétisme ne peut rattraper une profonde vanité.
A toutes les critiques que l’on peut énoncer à l’encontre de The Lighthouse, on a parfois l’impression que Robert Eggers pense qu’il pourra y opposer un seul argument : « oui mais c’est en noir et blanc ! ». Il est vrai que cela donne une vraie personnalité visuelle au film mais cela paraît parfois aussi comme un artifice pour masquer le vide qui l’habite et se donner un style un peu « intello ». Mais un joli creux reste désespérément creux. Le spectacle proposé est relativement gratuit et finit très vite par lasser. Le film dure près de deux heures et on a l’impression d’assister toujours plus ou moins à la même chose, même si tout va crescendo. Plus l’histoire avance, plus la frontière entre délire et réalité se brouille, mais ni l’un, ni l’autre ne nous émeut. Les allers et retours incessants entre les deux nous laissent donc totalement froid.
The Lighthouse aurait pu éventuellement valoir le détour pour voir Robert Pattinson dans un rôle loin de son registre habituel. Mais il y a longtemps que cet acteur a su s’éloigner de son image de jeune premier de l’époque de Twilight. Ce n’est pas le premier rôle dans un univers barré et un rien malsain. Mais Robert Eggers n’est pas David Cronenberg. Du coup, il n’y a aucune effet de surprise à attendre de ce côté là. Et voir Willem Dafoe jouer le rôle d’une personnage ayant quelque peu perdu la raison n’est pas non plus une nouveauté jamais vue. Bref, à part la photographie absolument sublime, ce film n’allume vraiment rien dans l’œil du spectateur qui s’ennuie profondément. Au lieu de tomber dans la folie, il tombe dans une torpeur dont il ne sortira qu’en quittant la salle.
LA NOTE : 07/20
Fiche technique : Production : A24, New Regency, RT Features Réalisation : Robert Eggers Scénario : Robert Eggers, Max Eggers Montage : Louise Ford Photo : Jarin Blaschke Décors : Craig Lathrop Distribution : Universal Pictures International France Son : Damian Volpe Musique : Mark Korven Durée : 118 min
Casting : Willem Dafoe : Thomas Robert Pattinson : Ephraim
Dans un premier temps, je n’avais pas forcément imaginé aller voir la Vie Invisible d’Euridice Gusmao. Quelle erreur funeste aurais-je commis ! Récompensé par le Prix Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, ce film est des petits bijoux qui viennent enchanter les salles obscures en cette fin d’année. Beau, passionnant, touchant, ce film nous propose une histoire forte, peuplée de personnages marquants et nous offrant un vrai panorama sur un pays et une époque. Ce film est donc à ajouter dans la longue liste des petits chefs d’œuvre cinématographiques venus du Brésil.
La Vie Invisible d’Euridice Gusmao est un vrai mélodrame. Ce terme prend parfois un sens péjoratif. Il n’en est rien ici et redonne au contraire à ce genre toutes ses lettres de noblesses. Pas d’émotion facile ou de grosses ficelles narratives, mais un récit poignant qui prend des allures de fresques familiales et quasi historiques. Car à travers le destin de deux sœurs et de leur famille, c’est toute une société que l’on découvre et que l’on voit évoluer. La construction du récit est vraiment remarquable. Il prend progressivement de l’épaisseur pour laisser le temps au spectateur de s’imprégner de chaque couche, qui est aussi réussie que la précédente. Il passera par beaucoup d’émotions, toujours plus fortes et toujours sincères.
La Vie Invisible d’Euridice Gusmao est porté par deux merveilleuses actrices. Carol Duarte et Julia Stockler forme un formidable duo. La réussite de ce film repose largement sur la qualité de leur interprétation, même si c’est tout le casting qui est à saluer. Karim Aïnouz fait preuve d’une réelle maîtrise artistique en tout point, de la photographie en passant par l’écriture et la direction d’acteurs donc. Son film a reçu un prix réellement mérité, sans aucune contestation possible, ce qui est quand même assez rare quand on parle du palmarès cannois. Un film qui ne laissera donc aucun regret à quiconque se laissera tenter. J’invite donc tous les amateur de beaux films à faire comme moi.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique : Production : RT Features Réalisation : Karim Aïnouz Scénario : Muriel Hauser, Inés Bortagaray, Karim Aïnouz, roman de Martha Batalha Montage : Heike Parplies Photo : Hélène Louvart Décors : Rodrigo Martirena Distribution : ARP Sélection Musique : Benedikt Schiefer Durée : 139 min
Casting : Carol Duarte : Euridice Julia Stockler : Guida Gégrorio Duvivier : Antenor Barbara Santos : Filomena Flavia Gusmao : Ana Maria Manoella : Zelia Antonio Fonseca : Manuel Fernanda Montenegro : Euridice âgée
Quand un artiste ne sait pas comment intitulé un de ses albums, il lui reste toujours la possibilité de lui donné son propre nom. Certes, cela ne marche qu’une fois par carrière, mais c’est un procédé assez classique. Ainsi Mark Kozelek a sorti en 2018 un album tout simplement intitulé Mark Kozelek. Il s’ouvre avec une mélodie aiguë sur laquelle vient se poser une voix grave, mais un peu cassée. Cela donne le ton du reste de cet album. Le chant y est rarement harmonieux, les paroles étant même souvent beaucoup plus parlées que chantées. Le tout ne présente pas un grand intérêt et s’avère particulièrement monotone.
On poursuit avec Damien Jurado et son album The Horizon just Laughed. Il nous propose onze chansons douces, portées par une voix plutôt intéressante. Il fait preuve d’une vraie maîtrise artistique qui lui permet de ne proposer que des titres de qualité. Cependant, aucun d’eux ne marque spécialement l’auditeur qui aura tout de même profiter d’un moment musical fort agréable.
On termine par une de mes artistes fétiches, Lily Allen. Son dernier album en date, No Shame, nous proposent des sonorités plus électro qu’à l’habitude, voire même un peu de hip-hop. Les premiers titres ne sont vraiment pas top avant de retrouver un peu plus d’énergie et de conviction. On retrouve alors toute la fraîcheur qui la caractérisent, avec notamment quelques jolies ballades. La production est globalement de qualité, les titres sont variés, mais il n’y jamais de réelle étincelle créative. L’album n’est donc pas au niveau de ses œuvres précédentes. On retiendra tout de même le sympathique Waste où elle retrouve un peu de sa flamme.
Le cinéma a ceci de magique qu’il peut rendre positif quelque chose qui dans la vie ne l’est franchement pas. Par exemple, les tics et les tocs ne sont pas forcément des caractéristiques qui rendent la vie plus plus belles pour ceux qui en sont frappés et ceux qui y sont confrontés. Pourtant, le 7ème art nous a souvent proposé des personnages qui en présentent, et parfois même des sévères, pour qu’au final cela les rendent plutôt sympathiques. Une nouvelle preuve avec Brooklyn Affairs, deuxième film d’Edward Norton. Cependant, cela ne s’avère tout de même pas suffisant pour donner tout son intérêt à un film.
Brooklyn Affairs se situe entre le polar et le film de gangsters. Mais ce que l’on retiendra surtout c’est le syndrome de Gilles de la Tourette dont est frappé son personnage principal. Parce que pour le reste, l’intrigue passionne peu. Elle ne possède pas l’épaisseur qui justifie deux heures et demi de film et du coup tout est dilué et perd en impact. On entre assez facilement dans l’histoire, mais à mesure que le mystère se dissipe, on est généralement assez déçu des explications données. On finit sur une impression assez désagréable de « tout ça, pour ça ». On ne s’est pas tant ennuyé que ça, mais on a quand même l’impression de s’être fait avoir par un scénario qui parvient simplement à masquer longtemps sa faiblesse.
Edward Norton s’offre avec Brooklyn Affairs un rôle qu’il a taillé exprès pour lui-même. Cependant, tous les rôles « avec handicap » ne sont pas des rôles oscarisables potentiels. Pas de Dustin Hoffman dans Rain Man ici. Je doute que ce rôle, et le film en général, marque réellement les mémoires. Edward Norton n’est pas réalisateur maladroit, son film présentant une certaine élégance artistique. Mais tout cela manque passablement d’une vraie flamme créatrice. Tout est trop attendue, cadrée pour vraiment émouvoir ou étonner. Il ne signe pas un film raté, mais une œuvre pas totalement aboutie et qui aurait dû être nettement plus audacieuse pour s’avérer réellement marquante.
LA NOTE : 10/20
Fiche technique : Production : Class 5 films, MWM, Warner Bros Pictures Distribution : Warner Bros France Réalisation : Edward Norton Scénario : Edward Norton, roman de Jonathan Lethem Montage : Joe Klotz Photo : Dick Pope Décors : Beth Mickle Musique : Daniel Pemberton Directeur artistique : Michael Ahern Durée : 144 min
Casting : Eward Norton : Lionel Essrog Gugu Mbatha-Raw : Laura Rose Alec Baldwin : Moses Randolph Bobby Cannavale : Tony Vermonte Willem Dafoe : Paul Bruce Willis : Frank Minna Ethan Suplee : Gilbert Coney Cherry Jones : Gabby Horowitz Robert Wisdom : Billy Rose
La poésie et le cinéma font parfois bon ménage, parfois un peu moins. Juger un film poétique peut permettre d’en souligner les grandes qualités. Mais c’est aussi parfois une manière extrêmement polie de dire qu’un film est un tantinet ennuyeux. It must Be Heaven est effectivement très poétique. Mais il est aussi, admettons-le, un tantinet ennuyeux. Léger euphémisme pour ne pas dire carrément chiant. Ses qualités sont indéniables. Mais ses défauts le sont tout autant.
It Must Be Heaven est parcouru d’une douce poésie, portée par un humour absurde. Elia Suleiman nous propose sa vision décalée sur la Palestine, Paris et New York. Le problème est que l’on ne saisit pas toujours ce qu’il cherche à nous dire. Cela donne au film un caractère très répétitif et pour tout dire relativement lassant. On aimerait pourtant rentrer pleinement dans cet univers qui parvient tout de même assez sympathique et amusant. Mais Elia Suleiman a tout simplement oublié de le rendre accessible au spectateur. Se sentant bêtement exclu, ce dernier finit par s’en détourner.
Tout cela est vraiment dommage car It Must Be Heaven est visuellement assez abouti. La réalisation apporte une touche esthétique indéniable et met parfaitement en valeur des personnages que l’on ne comprend pas toujours par ailleurs. En choisissant de faire de lui-même le personnage principal de son film, Elia Suleiman donne définitivement l’impression de nous livrer un univers extrêmement personnel. Sans doute un peu trop pour être partagé. Un OVNI cinématographique donc, mais avec un extra-terrestre qui ne parle pas tout à fait la même langue que nous.
LA NOTE : 08/20
Fiche technique : Production : Possibles Média, Rectangle Productions, Nazira Films, Zeynofilm, Pallas Film, Doha Film Institute Réalisation : Elia Suleiman Scénario : Elia Suleiman Montage : Véronique Lange Photo : Sofian El Fani Distribution : Le Pacte Directeur artistique : Juna Suleiman Durée : 97 min
Casting : Elia Suleiman : Elia Suleiman Tarik Kopty : le voisin Grégoire Colin : Homme dans le métro Vincent Maraval : producteur Gael Garcia Bernal : lui-même
Une histoire peut ressembler soit à un long fil que l’on déroule et qui vous mène au dénouement dans un même mouvement. Certaines ressemblent au contraire à un puzzle où chaque pièce se met en place une à une, sans que l’on puisse voir au début comment tout cela va bien pouvoir former une image cohérente. Seules les Bêtes est l’archétype de ce dernier genre de construction. Une histoire racontée du point de vue de chaque protagoniste, qui dévoilera chacun une part de vérité. Un puzzle réussi est un puzzle où toutes les pièces s’emboîtent à la perfection. Celui proposé ici a été découpé avec la plus grande précision.
Ce genre de film peut facilement tomber dans deux pièges. Soit il propose des surprises qui n’en sont pas, soit il propose des éléments surprenants car totalement incohérents et irréalistes. Seules les Bêtes échappe avec brio à ces deux écueils. La qualité de la narration est ici assez remarquable pour intriguer immédiatement le spectateur qui se demande bien quel peut être le rapport entre tous les faits qui lui sont présentés. Elle se poursuit sur la même lancée pour livrer une explication finale qui s’avère à la fois convaincante et inattendue. On est là dans le pur plaisir que peut nous faire ressentir un bon polar. C’est futile, mais c’est bon.
Seules les Bêtes offre enfin un premier rôle, et un beau, à Laure Calamy. Cette actrice, pour qui j’ai une affection particulière, prouve qu’elle a largement les épaules pour ça. A ses côtés, Denis Menochet livre une présentation à hauteur de son talent. La vraie révélation reste néanmoins la jeune Nadia Tereszkiewicz qui marque vraiment le film de sa présence. Globalement, que ce soit à l’écriture ou à la réalisation, Dominik Moll fait preuve d’une maîtrise totale. On regrette amèrement qu’il se fasse si rare sur nos écrans, avec un film tous les 5 ans environ. Mais peut-être que c’est justement cette rareté qui lui permet de nous offrir des œuvres toujours aussi abouties.
LA NOTE : 13,5/20
Fiche technique : Réalisation : Dominik Moll Scénario : Dominik Moll et Gilles Marchand, d’après l’œuvre de Colin Niel. Décors : Emmanuelle Duplay Costumes : Virginie Montel et Isabelle Pannetier Photographie : Patrick Ghiringhelli Montage : Laurent Roüan Musique : Benedikt Schiefer Producteur : Simon Arnal-Szlovak, Carline Benjo, Barbara Letellier et Carole Scotta Durée : 117 minutes
Casting : Denis Ménochet : Michel Farange Laure Calamy : Alice Farange Valeria Bruni Tedeschi : Evelyne Ducat Damien Bonnard : Joseph Bonnefille Bastien Bouillon : Cédric Vigier Guy Roger N’drin : Armand Nadia Tereszkiewicz : Marion Marie Victorie Amie : Brigitte Fred Ulysse : le père d’Alice Colin Niel : le vendeur de la coopérative
Cette année aura été pour moi celle de la découverte littéraire de deux Prix Nobel de littérature français. Après le Chercheur d’Or de JMG Le Clézio, récompensé en 2008, j’ai eu l’occasion de lire la Révolte des Anges d’Anatole France, qui a reçu lui la distinction en 1921. Un roman fantastique sorti à la veille de la Première Guerre Mondiale. Un récit original et étonnant, porté par une très belle plume. Mais un récit qui manque parfois un peu de corps pour vraiment passionner, une fois la curiosité de départ dépassée.
La Révolte des Anges rappelle quelque part les Lettres Persanes. Avant d’être un récit fantastique, il avant tout une portrait mordant de la société française de l’époque. Anatole France utilise l’artifice d’un faux regard extérieur pour porter un jugement supposé neutre sur ses contemporains. Certes, le roman propose aussi une forte ligne narrative autour des anges qui se rebellent contre Dieu (le titre ne sort pas de nul part) mais cela ressemble plutôt à un prétexte. L’équilibre entre les deux est un peu bancal, le récit ne sachant jamais dans quelle voix clairement s’engager. Entre deux, il ne parvient pas à accrocher totalement l’intérêt du lecteur.
La Révolte des Anges est en tout cas particulièrement bien écrit. Le style d’Anatole France est fluide et sans fioriture. Cela rend la lecture très agréable. Cependant, si j’ai bien compris à la lecture de le Chercheur d’Or pourquoi JMG Le Clézio a pu recevoir un tel prix, ce roman ne m’a pas permis de bien comprendre pourquoi Anatole France a été pareillement récompensé. Cependant, par son originalité, ce livre m’a rendu curieux de découvrir le reste de son œuvre. Celle d’un Prix Nobel de littérature est de toute façon rarement à ignorer.
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