






Étirer une scène à l’infini pour plonger le spectateur dans l’attente de la chute est un procédé de mise en scène fort respectable. Mais répéter l’opération pour quasiment chacune d’elles finit surtout par plonger le spectateur dans un certain ennui. L’effet de surprise disparaît et finit par être remplacé par une réelle impatience, pour ne pas dire un agacement. Surtout que certaines scènes de A Ghost Story ne sont pas non plus toutes indispensables. Bref, il n’y avait pas vraiment matière à proposer un long métrage.

LA NOTE : 11/20
Fiche technique :
Production : Sailor Bear, Zero Trans Fat productions, Ideaman Studios
Distribution : Universal Pictures International
Réalisation : David Lowery
Scénario : David Lowery
Montage : David Lowery
Photo : Andrew Droz Palermo
Musique : Daniel Hart
Durée : 92 min
Casting :
Casey Affleck : C
Rooney Mara : M

Je dois admettre que j’ai toujours esquivé les séances de collage. Une seule en dix ans, pas de quoi se vanter. Mais il faut dire que nous disposions à la Section de militants chevronnés et motivés par ce genre d’exercice. Tellement motivés d’ailleurs que chaque cession s’étirait en longueur et décourageait toutes les bonnes volontés voulant leur apporter un peu d’aide. En effet, la plupart des militants, moi le premier, ont autre chose à faire entre 23h et 1h du matin, heure traditionnelle des collages, comme par exemple dormir !
Je vais donc vous parler plutôt de l’exercice que j’ai beaucoup pratiqué. Sur les marchés, dans les gares, à des carrefours, dans le froid, le chaud, sous la pluie ou la neige… le tractage donc ! J’ai déjà évoqué ma première fois dont l’approche m’avait beaucoup stressé avant de découvrir que cela se résumait avant tout à surmonter l’indifférence totale des gens qui passent autour de vous pour les convaincre de prendre le bout de papier que vous lui tendez. Certes, je me suis déjà fait traiter de connard à l’occasion d’un tractage, mais on se dit que c’est plus motivant que le vide que vous renvoie l’immense majorité des passants.
Pour tracter, il faut évidemment un tract. En réaliser un est un exercice délicat car il faut savoir allier dans un subtil équilibre la forme et le fond. Donner envie de lire, tout en faisant passer un vrai message. Au PS, on adore produire des tracts et on pourrait penser que cela procure à se parti un talent particulier pour les rendre efficaces et percutants. Ceux qui suivent ce récit et ont déjà compris comment la médiocrité a toujours régné en maître dans les hautes sphères de ce Parti et ne seront pas surpris par l’idée que j’ai eu à distribuer un nombre phénoménal de tracts déplorables sur la forme et sur le fond. Mais un bon petit soldat comme moi s’exécute. Et puis comme de toute façon, personne ne les lit…
Distribuer des tracts représente tout un art. Si vous rester droit comme un piquet le bras près du corps avec un tract dans la main, vous n’allez pas en distribuer beaucoup. Mes camarades les plus expérimentés ont développé diverses techniques pour optimiser leur efficacité. Il y a tout d’abord la technique de la poissonnière, qui consiste à crier haut et fort ce que l’on distribue. « C’est la gauche à Viroflay » par exemple. Dans une ville aussi marquée de l’autre bord, cela ne garantissait pas un taux de distribution optimal, mais au moins cela provoquait un élan de sympathie chez les rares personnes partageant nos convictions. Cependant, estimant que prêcher des convaincus fait partie des travers du militantisme au PS, je n’ai jamais adopté cette technique.
Il y a ensuite la technique du barrage qui consiste à tendre le bras, tract à la main, pour carrément barrer le passage à celui qui vient vers vous. Ce dernier comprend qu’il n’aura la voie libre que s’il saisit le papier. Il s’exécute souvent pour gagner en tranquillité, mais pas sûr qu’il garde un très bon souvenir de cette rencontre. La technique n’est donc pas optimale en termes d’image. Enfin, on peut aussi essayer d’entamer la conversation avec ceux qui passent autour. Une remarque sur le cabas un peu lourd, sur l’indiscipline des enfants ou le temps qu’il fait et une fois le contact établi, zou, on glisse discrètement le tract que la personne n’ose alors plus refuser. Cette technique est tout à fait valable mais demande une énergie folle par tract distribué. Au final, on en distribue moins et pas sûr que ceux qui ont trouvé preneur soit plus lu au final.
Personnellement, j’ai donc développé un technique faisant un peu la synthèse de toutes celles-ci. Le bras décollé du corps mais sans être agressif, une tentative de capter le regard de ceux qui passent pour leur dire simplement « bonjour ». Souvent par politesse, les personnes se sentent alors obligées de prendre votre tract. Pas toujours évidemment. Tracter en apprend d’ailleurs beaucoup sur le comportement moutonnier des gens. Lorsqu’un groupe arrive si le premier prend le tract, vous pouvez être sûr qu’une bonne partie du groupe fera de même, n’osant pas paraître plus impolie que la première personne à être passée. Evidemment, l’inverse est vrai et un refus initial risque fort de provoquer des refus en cascade.
Reste enfin la question fondamentale : est-ce que ça sert à quelque chose ? En termes de lecture, vous l’aurez compris, l’impact est faible. Enfin, il y a une seule exception. Les distributions aux gares aux gens qui vont prendre leur train. Il suffit alors d’observer le nombre de personnes en train de parcourir le tract sur le quai de la gare en attendant leur transport pour voir que dans ces circonstances, oui, vos tracts sont lus. En dehors de ça, le résultat est beaucoup plus aléatoire.
En fait, tracter revient surtout à faire acte de présence auprès de la population. Ne plus le faire n’aura pas de conséquences immédiates, mais d’autres prendront votre place et gagneront en influence auprès de la population. C’est évidemment surtout vrai pour les enjeux locaux, on l’a vu dans mon billet précédent sur les élections européennes, mais ça l’est toujours plus ou moins.
Au cours de mes dix ans de militantisme, j’ai vu apparaître des militants FN venir tracter de manière de plus en plus fréquente et assumée. J’ai vécu des marchés où nous étions seuls face à eux. Ce jour-là, je n’ai surtout pas lâché une seule seconde le meilleur emplacement sur le marché que nous tenions pour être arrivé avant eux et j’ai prolongé l’exercice pour ne pas partir et les laisser seuls. Ce jour-là, j’en ai voulu à toutes ces formations politiques de gauche, enclines à nous faire la leçon, mais qui était comme d’habitude totalement absente. Ce-jour là, j’étais fier d’appartenir au PS et fier d’être là, dans un exercice peut-être futile, mais qui reste encore un outil démocratique de contact avec le terrain que les réseaux sociaux ne pourront jamais totalement remplacer.
Je finirai ce billet par une pensée pas vraiment amicale à cet homme, sympathisant d’extrême-droite connu, qui est venu me parler plus d’une dizaine de fois lors de distributions au marché, me demandant toujours qui nous étions. Un brin facho, mais pas physionomiste. Après ma réponse, il me rétorquait invariablement « ah mais vous savez, je suis profondément anti-socialiste ». Je lui faisais remarquer qu’à force j’étais bien au courant. Nous parlions alors un peu politique et je réalisais combien peut parfois se mêler chez certain une réelle forme d’intelligence et de culture et la plus grande bêtise et la plus profonde ignorance.
Les personnes de ce genre n’hésiteront évidemment pas à saisir le pouvoir si on leur laisse. On ne leur fera évidemment pas barrage en distribuant des tracts. Si cela y contribue, cela vaut bien quelques heures passées à distribuer ces papiers un peu vains en eux-mêmes. Mais c’est souvent le geste et ce qu’il symbolise qui compte.

Lucky repose donc sur cet ultime et brillant numéro d’acteur. Car il faut l’avouer, en dehors de l’émotion due à la présence de Harry Dean Stanton à l’écran, le film flirte parfois avec l’ennuyeux. Flirte seulement heureusement. Faisant moins d’une heure et demi, il a la bonne idée de ne pas se prolonger plus que nécessaire. Le temps d’apprécier la découverte d’un personnage assez remarquable, et pas que par son âge, et de savourer une vision moins caricaturale que d’habitude de l’Amérique profonde.

LA NOTE :12/20
Fiche technique :
Réalisation : John Carroll Lynch
Scénario : Logan Sparks et Drago Sumonja
Photographie : Tim Suhrstedt
Montage : Robert Gajic
Musique : Elvis Kuehn
Durée : 88 minutes
Casting :
Harry Dean Stanton : Lucky
David Lynch : Howard
Ron Livingston : Bobby Lawrence
Ed Begley Jr. : docteur Christian Kneedler
Tom Skerritt : Fred
Beth Grant : Elaine
James Darren : Paulie
Barry Shabaka Henley : Joe
Yvonne Huff : Loretta
Hugo Armstrong : Vincent
Bertila Damas : Bibi
Ana Mercedes : Victoria

Proposer un film lent et contemplatif quand il place la notion d’attente au coeur de son propos peut apparaître comme une bonne idée. Sauf que du coup le spectateur attend plus qu’il ne contemple. Ce n’est qu’il se passe rien dans les Gardiennes, mais tout se passe lentement. Chaque scène s’étire plus que de raison, diluant ainsi toute tension narrative et par la même occasion l’intérêt du spectateur. C’est dommage car le scénario recèle en sin sein les éléments d’une histoire puissamment dramatique.

LA NOTE : 10/20
Fiche technique :
Production : Les films du Worso, Pathé, Versus production, Rita productions, Orange studio
Distribution : Pathé distribution
Réalisation : Xavier Beauvois
Scénario : Xavier Beauvois, Frédérique Moreau, Marie-Julie Maille, d’après le roman d’Ernest Pérochon
Montage : Marie-Julie Maille
Photo : Caroline Champetier
Décors : Yann Mégard
Musique : Michel Legrand
Durée : 134 min
Casting :
Nathalie Baye : Hortense Sandrail
Laura Smet : Solange
Iris Bry : Francine Riant
Olivier Rabourdin : Clovis
Cyril Descours : Georges Sandrail
Nicolas Giraud : Constant Sandrail
Gilbert Bonneau : Henri
Mathilde Viseux : Marguerite
Yann Bean : John




Si Alain Chabat a signé dans sa carrière un des films les plus cultes de l’histoire du cinéma français (Asterix et Obelix, Mission Cléopâtre), il a également signé plusieurs comédies à moitié réussies, parfois même aux trois quart ratées. Avec Santa et Cie, il signe un film avant tout, pour ne pas dire uniquement, léger mais abouti. L’humour fait mouche, les personnages sont attachants, l’histoire est rythmée. Le tout saupoudré d’un rien de poésie qui ne fait pas de mal, surtout que cela n’alourdit en rien le reste, qui demeure beaucoup plus digeste qu’une bûche avec trop de matière grasse.

LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Réalisateur et scénario : Alain Chabat
Production : Alain Goldman
Musique : Matthieu Gonet
Durée : 100 minutes
Casting :
Alain Chabat : Santa
Pio Marmaï : Thomas
Golshifteh Farahani : Amélie
Bruno Sanches : Magnus et tous les autres lutins
Louise Chabat : toutes les lutines
David Marsais : l’inspecteur Olivier Le Guennec
Grégoire Ludig : le commissaire Stéphane Bertoli
Audrey Tautou : Wanda, la femme de Santa
Johann Dionnet : le frère de Thomas
Jean-Pierre Bacri : le Père Noël rouge
Thomas VDB : le dealer de bonne humeur
Patrick Timsit : l’oncle d’Amélie
Kyan Khojandi : le cousin d’Amélie
George Clooney constitue pour moi une idole absolue. C’est donc par solidarité avec lui que j’ai été voir Bienvenue à Suburbicon, malgré un accueil critique plus que mitigé. Et forcément en tant que socialiste, la solidarité est essentielle pour moi. Surtout qu’un scénario signé des frères Coen ne pouvait pas donner à mon sens quelque chose de foncièrement mauvais. Comme quoi on peut se tromper car il s’agit incontestablement d’un film raté auquel il manque trop de choses pour être vraiment intéressant.
Bienvenue à Suburbicon se veut tout d’abord une satyre de l’Amérique blanche des banlieues américaines dans les années 60… même si beaucoup de thèmes sont encore d’actualité. Le trait est malheureusement trop grossier pour ne pas se contenter d’enfoncer des portes ouvertes. Le film est aussi un nouveau récit de quidams se lançant dans une entreprise criminelle qui les dépasse progressivement. Un thème récurrent chez les frères Coen. Mais ils retrouvent ici incapables de se renouveler et semblent à cours d’idées nouvelles.
Le jeu des acteurs reste ce qui sauve (un peu) Bienvenue à Surbibicon. Matt Damon et Julianne Moore prennent beaucoup de plaisir dans leur rôle, parfaitement secondé par Oscar Isaac. Tout le monde s’amuse et empêche le film de totalement sombrer. Ce n’est cependant pas suffisant pour compenser les faiblesses citées plus haut. Au final, ni les frères Coen, ni George Clooney n’arrivent à donner de l’épaisseur, ni étincelle, ni fantaisie à cette histoire. Comme quoi rassembler autant de talent dans un même film ne suffit pas à garantir le succès. Heureusement qu’il reste la solidarité !
LA NOTE : 09/20
Fiche technique :
Production : Black Bear Pictures, Dark Castle Entertainment, Huahua Media, Silver Pictures, Smokehouse Pictures
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : Geroge Clooney
Scénario : Ethan & Joel Coen, George Clooney, Grant Heslov
Montage : Stephen Mirrione
Photo : Robert Elswit
Décors : James D. Bissell
Musique : Alexandre Desplat
Directeur artistique : Christa Munro
Durée : 105 min
Casting :
Matt Damon : Gardner Lodge
Julianne Moore : Margaret / Rose
Noah Jupe : Nicky
Oscar Isaac : Roger
Glenn Fleshler : Ira
Alex Hassell : Louis
Leith M. Burke : M. Meyers
Karimah Westbrook : Mme Meyers
Gary Basaraba : Oncle Mitch

Je vais faire tout mon possible pour ne pas spoiler le film pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu, même si grande est la tentation. Je dirais simplement que pour le fan, tout se joue dans une des premières scènes du film. On reprend là où l’Episode VII s’était arrêté, Rey tend son sabre laser à Luke et là… Chuuuut ! Simplement, soit vous trouvez ce qui se passe ensuite totalement surprenant, inattendu et du coup génial (c’est mon cas), soit vous trouvez que c’est une insulte impardonnable et vous basculez à mon avis irrémédiablement dans le côté obscur des contempteurs de Star Wars, Episode VIII : les Derniers Jedi.
Je souhaite de tout cœur pour vous que ce ne soit pas le cas car sinon vous passerez à côté d’un grand moment d’audace scénaristique. Non pas dans l’absolu, mais au moins dans le contexte d’une saga faisant l’objet d’un tel culte. Depuis deux ans, des millions des fans ont attendu des réponses, échafaudé des théories, imaginé ce à quoi pourrait ressembler Star Wars, Episode VIII : les Derniers Jedi. Le film leur envoie au final un grand coup de pied au cul en ne leur proposant absolument pas ce qu’ils attendaient sur de nombreux points. Beaucoup ont pris ça comme une déclaration de guerre. C’est à mon sens surtout une manière assez brillante de tourner une page, de passer à autre chose, surtout après avoir tant reprocher à l’Episode VII de s’être contenté de reprendre des éléments déjà connus.
Le fan que je suis a aimé profondément Star Wars, Episode VIII : les Derniers Jedi. En plus du côté totalement inattendu que j’ai évoqué plus haut et dont il est difficile de parler sans trop en dire, je retiendrai deux éléments. Tout d’abord, les personnages qui prennent une dimension et une complexité supplémentaire. Ils quittent surtout leur caractère profondément manichéen inhérent à la Saga (le côté obscur contre le côté lumineux) pour apparaître torturés, shakespeariens et du coup nettement plus intéressants. Cela rend surtout leurs réactions et leurs actes beaucoup moins prévisibles.

Star Wars, Episode VIII : les Derniers Jedi n’est cependant pas exempt de défauts loin de là. Mais aucun film de la saga ne l’est et je ne crois pas qu’il fasse pire ou moins bien qu’aucun autre. Ce qui m’a le plus dérangé ce sont quelques faiblesses « techniques » avec des séquences visuellement un peu ratées (spéciale dédicace à Mary Poppins), ce qui est assez impardonnable pour un tel film. On peut aussi reprocher un arc narratif assez superflu qui vient allonger le film de manière artificielle. A cela s’ajoute quelques incohérences, des lois de la physique bafouées, mais là franchement, je ne vois pas pourquoi faire ces reproches à cet épisode en particulier, c’est juste de la mauvaise foi !
Star Wars, Episode VIII : les Derniers Jedi marque donc la fin d’une époque et offre la perspective d’une direction nouvelle. Que les grognons restent nostalgiques à jamais de l’attaque des pots de yaourt… pardon de l’Etoile de la Mort de l’Episode IV ! Les autres seront heureux d’emprunter cette nouvelle voie et étant heureux de ne pas savoir où elle va les mener.
LA NOTE : 14/20
Fiche technique :
Production : Walt Disney Studios Motion Pictures, Lucasfilm, Bad Robot Productions
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International
Réalisation : Rian Johnson
Scénario : Rian Johnson
Montage : Bob Ducsay
Photo : Steve Yedlin
Décors : Rick Heinrichs
Musique : John Williams
Durée : 152 min
Casting :
Adam Driver : Ben Solo / Kylo Ren
Carrie Fisher : Générale Organa
Mark Hamill : Luke Skywalker
Oscar Isaac : Poe
John Boyega : Finn
Daisy Ridley : Rey
Gwendoline Christie : capitaine Phasma
Lupita Nyong o : Maz
Domhnall Gleeson : Général Hux
Kelly Marie Tran : Rose Tico



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