L’Amérique profonde semble constituer une source d’inspiration toujours renouvelée. Surtout quand il s’agit de nous offrir des films noirs. Nouvel exemple avec Cold In July, qui ne présente pas pour seul intérêt d’offrir un premier rôle au cinéma à Michael C. Hall, qui a donné vie à Dexter Morgan à la télévision. Même si ce film n’est pas non plus inoubliable.
Cold in July est un polar noir assez classique. Le personnage central est un monsieur tout le monde plongé malgré lui dans un tourbillon de sang et de violence. Le scénario nous offre quelques fausses pistes, si bien qu’à la moitié du film, on ne sait toujours pas trop quel est vraiment le nœud principal de l’histoire. La première partie est donc particulièrement prometteuse et on prend un vrai plaisir à avancer ainsi à tâtons dans cette intrigue. C’est avec une vraie impatience que l’on attend de savoir vraiment où tout cela va nous mener…
Bon personnellement, j’ai été un peu déçu de la réponse. C’est vrai que c’est inattendu, mais je n’ai pas trouvé ça non plus hyper intéressant. Certes, l’histoire est assez bien construite et menée pour que Cold in July reste plaisant à suivre. Mais je n’ai pas pu me détacher d’un léger sentiment de déception. Et comme ni la performance de Michael C. Hall, ni la réalisation de Jim Mickle ne sort vraiment de l’ordinaire, j’en suis ressorti sans m’être ennuyé, mais sans être vraiment marqué par ce à quoi j’avais assisté.
LA NOTE: 11,5/20
Fiche technique :
Production : Bullet Pictures, Backup Media, Paradise city
Réalisation : Jim Mickle
Scénario : Jim Mickle, Nick Damici
Montage : John Paul Horstmann, Jim Mickle
Photo : Ryan Samul
Décors : Russell Barnes, Daniel R. Kersting
Distribution : The Jokers / Le Pacte
Musique : Jeff Grace
Costumes: Liz Vastola
Directeur artistique : Annie Simeone
Autres infos : d’après l’oeuvre de Joe R. Lansdale
La richesse est une qualité que j’apprécie particulièrement pour juger de la qualité d’un scénario. Il est évidemment de très bons films ne traitant que d’un seul sujet, mais si plusieurs sont traités en parallèle avec le même bonheur, c’est encore mieux. Cependant, évidemment, il y a le risque que les sujets se télescopent et se brouillent ainsi mutuellement. La richesse se transforme alors quelque peu en bouilli. C’est un peu le cas avec Mon Amie Victoria.
Le personnage principal de Mon Amie Victoria est victime de beaucoup de choses. Elle est noire, elle est orpheline, elle est pauvre, elle n’a pas un caractère très combatif et elle n’a pas toujours le hasard avec elle. Cela fait beaucoup pour une petite fille puis pour une jeune femme. Le petit malaise que j’ai ressenti devant ce film est que Jean-Paul Cyverac a toujours l’air de plus ou moins suggérer que c’est quand même surtout du racisme dont est victime. Or, j’ai quand même passé une bonne partie du film avec l’envie de crier « mais secoue-toi un peu !!!! », ce qui a considérablement limité ma capacité d’empathie envers le personnage.
Au final, Mon Amie Victoria est un film sans conclusion. Je n’ai pas tout compris où tout cela était censé nous mener. Le propos ne prend jamais de hauteur et est largement parsemé de clichés. La figure de la famille gauche-caviar à la bonne conscience souvent contre-productive est trop caricaturale pour être vraiment intéressante. Au final, le film poste incontestablement de très bonnes questions, s’attaque à des sujets très pertinents, mais livre des réponses trop partielles pour être vraiment convaincantes.
LA NOTE : 9/20
Fiche technique :
Réalisation : Jean-Paul Civeyrac
Scénario : Jean-Paul Civeyrac, d’après le roman de Doris Lessing
Montage : Louise Narboni
Photographie : David Chambille
Producteur : Philippe Martin Coproducteur : Olivier et Jacques-Henri Bronckart
2014 n’aura pas été la plus grande année cinématographique qui soit. Peu de très grands films, mais cela ne l’empêche pas de nous avoir offert de très bons moments de cinéma. Mon classement comportera donc beaucoup de coups de cœur, dont les qualités artistiques pures n’auraient pas du leur permettre d’être si bien placées, mais faute de concurrence, ils bénéficient de mon enthousiasme totalement subjectif.
De mon point de vue, la première place du film de Xavier Dolan ne souffre aucune contestation. Il est de loin le plus le plus marquant de cette année, aussi bien sur la forme et sur le fond. Un vrai choc porté par un duo de comédiens éblouissant. Anne Dorval et Antoine Olivier Pilon ont offert les deux performances les plus impressionnantes de cette année.
2014 reste une bonne année pour le cinéma francophone avec trois films classés. Même si, pour moi, il est paradoxal que le cinéma français batte son record d’audience dans le monde grâce au Lucy de Luc Besson à qui je décernerai volontiers le titre de plus mauvais film de l’année. C’est assez inexplicable tant ce film est lourdingue et ridicule.
Et si on ne doit réduire 2014 qu’à une seule scène, je choisirais les dernières minute de Whiplash. La preuve qu’un film imparfait peut prendre soudainement une toute autre dimension en offrant un pur moment de grâce cinématographique.
1-MOMMY
Un film qui vous prend aux tripes et les sert très fort. La plus grosse vague d’émotion brute de 2014 qui secoue le spectateur comme rarement, grâce notamment à la performance hallucinante des deux acteurs principaux.
2-GONE GIRL
Un film assez classique dans sa réalisation, mais de très loin le meilleur scénario de l’année. Un polar qui offre de vraies surprises et des personnages beaucoup plus étonnants et intéressants que ce que les premières minutes laissent penser.
3-12 YEARS A SLAVE
Récompensé par plusieurs Oscars, donc celui du meilleur film, 12 Years A Slave nous fait mesurer toute l’horreur de la condition d’esclave, sans jamais tomber dans une surenchère visuelle. Un film parfois dur, mais instructif et porté par une histoire passionnante.
4-NEW YORK MELODY
Une anti-comédie romantique qui nous enchante par la musique qui la traverse. Un film au scénario parfaitement écrit, mais aussi un vrai film sur le processus de création artistique.
5-LA FAMILLE BELIER
Bon, certains se demanderont ce que fait ce film si haut dans le classement. Un film léger, mais un film enthousiasmant et beaucoup plus riche et intelligent ce qu’il paraît. Un film qui nous ferait presque aimer Sardou, c’est dire !
6-INTERSTELLAR
Encore un grand film signé Christopher Nolan. Artistiquement parlant, c’est peut-être ce qui s’est fait de mieux cette année. Le tout accompagné d’un scénario encore une fois formidablement bien écrit, arrivant à allier complexité et clarté. Dommage qu’un manque de rythme vienne quelque peu gâcher le plaisir.
7-DEUX JOURS, UNE NUIT
De très loin le film des frères Dardenne que j’ai le plus aimé. Une histoire très forte, remarquablement portée par Marion Cotillard dans un rôle qui lui vaut encore une fois d’être nominée aux Oscars dans un film européen, exploit dont on ne mesure pas assez la portée dans son propre pays. Le tout est mis en image avec beaucoup de sobriété qui fait à la fois la force et la faiblesse d’un film qui ne comporte par exemple aucune musique.
8-LES GARDIENS DE LA GALAXIE
Marvel s’autoparodie et cela donne un résultat particulièrement savoureux. Humour et aventures sont au rendez-vous pour le film à grand spectacle le plus réussi de l’année.
9-BOYHOOD
Un film tourné sur une dizaine d’années avec les mêmes acteurs que l’on voit grandir et vieillir. Une très belle histoire surtout, pleine d’émotion et d’humanité. Le film présente un intérêt qui va bien au-delà de la simple originalité de l’idée de base.
10-LE VENT SE LEVE
L’ultime film de la carrière d’Hayao Miyazaki n’est peut-être pas son plus réussi. Mais un grand film assurément !
11-WHIPLASH
Troisième film « musical » de ce classement. Un film qui swingue et effraye par moments. Un film fort sur la souffrance de l’apprentissage quand on vise la perfection. Un film imparfait mais qui offre une fin absolument extraordinaire.
12-MALEFIQUE
Une réussite que je n’attendais pas avec une Angelina Jolie extraordinaire. Un film qui est loin d’être aussi enfantin qu’il en a l’air et qui revisite avec bonheur un des mythes Disney.
Je sais que vous vous demandez tous pourquoi je n’ai toujours pas proposé mon classement des meilleurs films de l’année alors que nous sommes déjà le10 janvier. Bon, je vous accorde que l’actualité permet difficilement de penser à des choses aussi futiles, alors je vous pardonne le fait que cela nous vous a pas même effleuré l’esprit. Si je tarde tant, c’est avant tout parce que cette semaine fut marquée de mon côté par de nombreuses réunions politiques pour cause de Conseil Municipal et par une bonne grippe qui m’a mis KO ces deux derniers jours. Mais surtout c’est parce qu’il fallait que je prenne le temps de rédiger la critique du dernier film devant figurer dans ce classement, à savoir Whiplash et que je n’ai vu que dans les premiers jours de janvier. (A noter que les films sorti le 31 décembre, notamment A Most Violent Year, que je n’ai pas encore vu, seront considérés comme des films sortis en 2015).
Whiplash est pendant 100 minutes un excellent film, mais qui m’a laissé quelque peu circonspect. Le thème n’est pas nouveau, celui du jeune prodige bourré de talent qui doit faire face à mentor incapable de la moindre compassion. Et la morale que le film en tire est ambiguë : justifie-t-il ces comportements proche du sadisme mais qui pousse à donner le meilleur d’eux-mêmes aux victimes de ces tortures ou bien les dénoncent-ils au contraire ? La réponse donnée par Damien Chazelle n’a rien d’évident et cela m’a quelque peu gêné car cela reste le thème central du film. Sans point de vue tranché, le film n’a pas vraiment de sens au-delà de ses qualités purement cinématographiques.
Et puis, vient les dernières minutes pour ce qui est peut-être la meilleurs scène de l’année. Un très grand moment de cinéma qui à lui seul justifie le très grand intérêt que l’on peut porter à ce film. Une scène qui change également quelque peu la perspective avec laquelle on regarde Whiplash. Il s’agit d’un face à face entre deux personnages quelque peu extrêmes, où il n’y a pas forcément un bon et un méchant (même si je pense que l’empathie du spectateur penche clairement d’un côté) et donc duquel il ne faut pas forcément attendre une leçon de morale.
Du coup, on peut enfin apprécier pleinement le travail artistique réalisé par Damien Chazelle. Je dois admettre que cet enthousiasme est une nouvelle preuve du faible très personnelle que j’éprouve pour les films où la musique joue un rôle central. Mais la qualité de Whiplash ne tient pas seulement au swing entraînant des morceaux qui le parcourt. La musique est bien présente, mais le film parvient aussi à nous faire ressentir toute la souffrance du personnage, celle qu’on lui inflige mais aussi celle qu’il s’inflige à lui-même, le tout sublimé par l’interprétation fantastique de Miles Teller, révélation éclatante de ce film. C’est une plongée au cœur des limites de la volonté humaine, une resplendissante mise en images du prix à payer pour n’être pas simplement très bon, mais tout simplement le meilleur. Le tout donne justement un des films parmi les meilleurs de 2014.
LA NOTE : 15/20
Fiche technique :
Production : Blumhouse Productions, Bold Films, Exile Entertainment, Right of Way Films
Les seconds rôles ne tiennent pas, contrairement à ce que leur nom indique, une place secondaire au cinéma. Ce sont souvent eux qui font basculer un long métrage du statut de très bon film à celui de chef d’œuvre. Certains acteurs auront passé toute leur carrière à occuper ce poste stratégique. Mais parfois ce genre de comédiens se voient tout de même à un moment donné offrir le grand rôle de leur vie, pour prouver qu’ils auraient pu occuper plus souvent le haut de l’affiche. C’est le cas de Timothy Spall, pilier du cinéma anglais, avec Mr Turner. Son interprétation lui a même valu un prix à Cannes. Mais un grand rôle fait-il forcément un grand film ?
J’ai aimé Mike Leigh lorsqu’il remportât la Palme d’Or avec Secrets et Mensonges. Mais il est vrai que, depuis, j’ai bien du mal à suivre la critique dans son enthousiasme unanime à son sujet. Pour faire simple, je me suis quand même fermement ennuyé pendant les 2h30 que dure Mr Turner. Certes, un peu moins pendant la dernière heure, mais j’ai quand même trouvé le temps particulièrement long. Ce film nous montre certainement beaucoup de choses sur la vie de cet immense artiste, sur son travail et son époque, mais à force de ne rien vouloir expliciter, il ne nous apprend pas grand chose. Trop d’éléments nous échappent pour que l’on suive avec enthousiasme ce biopic qui n’en est pas vraiment un du coup.
Reste une réalisation élégante et l’interprétation assez exceptionnelle de Timothy Spall. Il n’y a strictement rien à dire sur son prix à Cannes. Il reste lui même, avec son physique relativement inoubliable, mais arrive tout de même à incarner totalement son personnage. Il prouve que la ressemblance physique n’est pas un point obligé pour donner vie à une figure historique à l’écran. Le talent suffit parfois. Et celui de Timothy Spall est sûrement plus immense que ne le laisse penser sa place habituelle dans les castings.
LA NOTE : 9/20
Fiche technique :
Production : A Thin Man Film, Film4, Focus Features, BFI, Diaphana, Amusement Park Films, France 3 Cinéma, Xofa productions, Lipsync Prod.
J’aurais donc enchaîné en deux jours, un film sur AQMI (Timbuktu… la critique viendra plus tard… quand j’aurais vu la fin puisque ma projection a été interrompue 20 minutes avant le dénouement, pour cause de surchauffe inopinée du projecteur), un film sur les khmers rouges (le Temps des Aveux) et un film sur les conséquences de la Révolution Culturelle, Coming Home, donc je vais vous parler ici. Fallait garder le moral pendant les fêtes ! Il est intéressant de voir comment tous ces sujets pas si éloignés entre eux ont pu donner des films aussi radicalement différents.
Coming Home n’est pas un film politique, mais un mélo. Certes, le contexte historique sert de point de départ, mais ce qui compte ce sont les relations entre les personnages. Un triangle entre une femme amnésique, son mari de retour après des années mais qu’elle ne reconnaît pas et leur fille rongée par la culpabilité. Tout l’enjeu du scénario est de savoir si cette famille totalement éclatée va réussir à se reformer et permettre aux protagonistes d’accéder à une forme de bonheur et d’apaisement.
Au final, Coming Home propose un scénario assez linéaire. Certaines scènes dégagent une émotion réelle et touchante, mais il manque quand même cette étincelle qui nous bouleverserait définitivement. On ne s’ennuie pas vraiment, mais on est bercé par un certain train-train dont rien ne vient jamais vraiment nous sortir. Une expérience pas désagréable donc, mais qui n’a rien d’exceptionnelle, malgré trois acteurs formidables, dont Gong Li, qui surjoue peut-être un tantinet, mais toujours avec son immense talent.
Il y a-t-il un être humain derrière le bourreau ? Voilà une question difficile à laquelle beaucoup d’œuvres ont tenté de répondre. Le Temps des Aveux en fait partie. Il s’agit d’une histoire vraie, mais il n’en reste pas moins que la manière dont elle a été portée à l’écran est issue évidemment des choix scénaristiques et artistiques de Régis Wargnier. Ce dernier développe son film selon deux axes, mais qui ne présentent au final pas tout à fait le même intérêt.
Le Temps des Aveux nous plonge au cœur de la prise du pouvoir des khmers rouges au Cambodge. Il nous relate, aux premiers jours de la « Révolution », le face à face entre Douch, qui dirigera plus tard le terrible camp S21 où mourront des milliers de Cambodgiens, et un anthropologue français, fait prisonnier et soupçonné d’espionnage. Le film nous en apprend beaucoup sur cette période, le fonctionnement des khmers et sur l’évacuation des ressortissants étrangers lorsque la capitale est tombée. Pourtant le film est toujours focalisé sur l’intrigue, sans éléments purement descriptifs ou superflus pour l’avancée de la narration, nous faisant découvrir l’Histoire à travers l’histoire. De ce point de vue là, le film est une totale réussite.
Mon sentiment est par contre plus mitigé sur le portrait du bourreau. Je cherche peut-être la petite bête, mais je suis ressorti de le Temps des Aveux un petit peu frustré. A force de vouloir traité son sujet avec objectivité et distance, Régis Wargnier ne tire pas de conclusion ou de leçon. Peut-être parce qu’il y en a pas justement pour une question aussi complexe. Mais du coup, le film manque légèrement d’un sens profond pour prendre une dimension supplémentaire. Certes, il n’y a rien de mal à pousser le spectateur à tirer ses propres conclusions, mais cela donne à ce film une certaine froideur quand on aurait aimé un peu plus d’émotion et de parti pris. Il n’en reste pas moins que ce film est un des meilleurs de cette fin d’année cinématographique.
MA NOTE : 13,5/20
Fiche technique :
Production : Les films du Cap, Gaumont, Scope Pictures, Bophana production, France 3 Cinéma, OCS
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Régis Wargnier
Scénario : Régis Wargnier, Antoine Audouard, d’après le livre de François Bizot (Le portail)
Ridley Scott semble se spécialiser désormais dans la réécriture des histoires mythiques déjà portées à l’écran. Après avoir donné une seconde jeunesse à Robin des Bois (enfin personnellement, j’avais été très déçu), le voilà lancé dans une sorte de remake des Dix Commandements. Une sorte simplement car le point de vue adopté dans Exodus n’est pas du tout le même que dans la chef d’œuvre de Cécil B. De Mille.
Sans vouloir trop dévoilé le contenu du film, Exodus propose une vision de la Fuite d’Egypte mettant en doute, sans vraiment trancher, la réalité d’une intervention divine. C’est un peu l’histoire de Moïse telle qu’elle aurait pu être historiquement. Malheureusement, l’idée n’est qu’à moitié exploitée. Déjà parce que la dernière des plaies ne peut difficilement être expliquée autrement que par une forme ou une autre de magie. C’est un point parmi tant d’autres, mais il suffit à remettre en cause toute la démarche et l’intérêt profond de cette réécriture de l’histoire.
Mais plus globalement, Exodus manque de consistance. Il n’y a pas réellement de temps morts, mais le film s’étire quelque peu en longueur. A 77 ans, il serait facile de parler de déclin au sujet de Ridley Scott, mais il est vrai qu’il a bien du mal à nous proposer un film dont le souffle épique ferait l’unanimité. Personnellement, j’ai adoré Prometheus, mais je sais bien que je suis un des rares dans ce cas. Je suis sûr qu’il y en aura pour être conquis par Exodus, car l’homme sait encore tenir une caméra avec un incomparable talent, mais il ne me comptera pas ce coup-ci dans ses supporters.
LA NOTE : 11/20
Fiche technique :
Production : Chernin Entertainment, Scott Free productions, Babieka, Volcano Films
Distribution : 20th Century Fox
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Steven Zaillian, Jeffrey Caine, Bill Collage, Adam Cooper
On considère souvent que Benjamin Gates est l’Indiana Jones du pauvre, ou encore que le Trou Noir est le Star Wars du pauvre. Et bien désormais, grâce à la French, nous avons le Heat du pauvre. Pourtant, le duo Jean Dujardin – Gille Lellouche a de la gueule, mais certainement pas autant que l’inoubliable confrontation entre Al Pacino et Robert de Niro. Mais si ce film est vraiment raté, c’est avant tout à cause d’un scénario particulièrement mal écrit et mal équilibré.
J’aurais pu émettre la même critique sur ce film que celle que j’ai formulée pour Secret d’Etat, c’est à dire la transformation du personnage « historique » en héros sans grande ambiguïté. Mais franchement, c’est le dernier des soucis comparés aux autres faiblesses de la French. Pour résumer, le film est atrocement long, hyper répétitif. On passe plusieurs heures à contempler Jean Dujardin tourner en rond sans arriver à avancer. Il perd son temps et nous aussi. Les à côtés du scénario, notamment la relation du Juge Michel avec sa femme, sont traités de la même façon : on s’éloigne du point de départ, non pour avancer, mais pour y retourner aussi sec. Et comme en plus, on sait très bien comment tout cela va finir, l’histoire finit de perdre le reste d’intérêt qu’il pouvait présenter.
La comparaison avec Heat n’est pas qu’un trait d’ironie. On se demande vraiment si Cédric Jimenez a volontairement voulu rendre hommage au chef d’œuvre de Michael Mann avec la French. La scène, largement dévoilée dans la bande-annonce, où le juge fait directement face aux voyou est une référence peut-être involontaire, mais flagrante. Le problème, c’est qu’en plus du scénario faiblard, les acteurs ne sont pas au top de leur forme. Gille Lellouche a ses limites, ce n’est pas nouveau. Quant à Jean Dujardin, il nous propose un jeu entièrement à base de froncements de sourcils. Certes, il fronce les sourcils comme personne, mais ça reste un peu léger quand même.
LA NOTE : 08/20
Fiche technique :
Production : Légende Films, Gaumont, France 2 Cinéma, Scope pictures
Cocorico ! Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai envie de faire de cette critique un moment d’autosatisfaction nationale ! Peut-être parce qu’à bien des niveaux, dire tout le bien que je pense de la Famille Bélier va me pousser à émettre des opinions inhabituelles pour moi. Alors, moi qui me désespère souvent du cinéma français, j’ai envie de crier cette fois-ci à sa suprématie ! Ca durera peut-être uniquement le temps de quelques paragraphes, mais ce film m’aura donné les arguments pour le faire, alors autant en profiter.
Si la Famille Bélier avait été un film américain, il aurait été un très mauvais film. D’ailleurs, pendant un petite demi-heure, j’ai eu l’impression qu’il prenait ce chemin et je commençais à regretter mon choix. Hollywood nous propose souvent ces « feel good movie », bref ces films qui donnent le moral, où se mêlent la comédie, le mélo avec derrière toujours une leçon de vie. Ok, parfois ça donne un très bon résultat, comme pour Happiness Therapy, mais cela donne le plus souvent souvent des films lourdingues, à l’humour lourdingue, à l’émotion lourdingue et à la morale lourdingue. On échappe ici à tout cela.
Commençons par l’humour. Dans une comédie américaine, il y a toujours un passage d’humour scatophile. Peut-être parce qu’avec ça, Hollywood est persuadé d’être transgressif et politiquement incorrect. Il n’en est rien, c’est juste une autre manière d’être horriblement conformisme, en plus de ne jamais m’arracher personnellement ne serait-ce qu’un sourire. Dans la Famille Bélier, il y a aussi de l’humour à propos de fluides corporels, mais sans être une seule seconde vulgaire, alors cette fois, oui, j’ai ri aux éclats ! Ca n’a rien d’artificiel, c’est juste la vie qui est comme ça. On reste peut-être au premier degré, mais au moins c’est vraiment drôle. Bon, je veux bien admettre que dès que ça parle de cul, ça me fait rire, mais quand même !
La Famille Bélier fait aussi un peu pleurer. Ok, là aussi, les esprits chagrins feront remarquer que je pleure à la fin des épisodes de Cold Case et que je ne suis donc pas une référence en la matière. Mais ce film reste un beau film sur l’adolescence. Et dieu sait si je déteste au plus haut point la plupart des films sur l’adolescence. Certes, je dois admettre que ce n’est pas la première fois ces derniers temps que j’apprécie un film sur ce sujet (Respire notamment… mais c’est aussi un film français, donc tout va bien). Peut-être que je vieillis et que j’oublie ce que c’était vraiment que cette période de la vie. Mais je ne crois pas. Enfin si, je vieillis bel et bien, mais telle n’est pas la question ici…
La Famille Bélier est aussi un film sur la différence. Dis comme ça, ça peut faire peur. Il y avait un milliers de pièges tendus devant Eric Lartigau et ils les évitent tous brillamment. Il y a une morale à cette histoire, mais elle n’est jamais assénée avec les gros sabots que l’on pouvait craindre. Déjà parce que le scénario s’amuse à renverser constamment les rôles. Parce que le message n’est pas simplement « faut être gentil avec les gens différents », mais aussi « les gens différents, faites un effort vous aussi ! ». Et ça, jamais un film hollywoodien ne l’aurait dit ! Bien sûr, cela ne suffit pas de rendre ce film digne des meilleurs traités de philosophie, mais le propos n’en reste pas moins convaincant et réellement enthousiasmant ! On en ressort le cœur léger, un petite larme aux coins des yeux, mais surtout un sourire aux lèvres qui mettra de longues minutes à disparaître.
De toute façon, j’étais obligé d’adorer la Famille Bélier, parce qu’il offre la scène de meeting électoral que tout élu local ou militant politique rêverait de vivre. Alors rien que pour ça, merci Monsieur Lartigau !
La Famille Bélier est aussi un film sur la musique. Je sais que, à la base, j’adore les films sur la musique. Si mon autre moment d’enthousiasme comparable à celui-ci cette année a été pour New York Melody, ce n’est certainement pas pour rien. Et là, je lis dans les yeux de beaucoup d’entre vous… Michel Sardou… putain Michel Sardou !!!!! Alors déjà, soyons clair, on n’entend pas Michel Sardou chanter une seule seconde dans ce film, il n’y apparaît pas et on ne l’entend jamais ! Et ce film prouve une chose, c’est que la valeur d’une chanson dépend beaucoup de celle de son interprète ! Peut-être que le film aurait été encore meilleur si Eric Lartigau avait choisi Brel à la place. Mais ça n’enlève rien à la performance assez étonnante de Louane Emera et ce qu’elle arrive à susciter dans les scènes où elle chante.
Certes Louane Emera chante certainement mieux qu’elle ne joue la comédie. Mais franchement, il n’y a pas grand chose à reprocher à sa performance, si ce n’est qu’elle ne constitue pas la révélation dramatique du siècle. Cependant, c’est juste insupportable de voir tous les commentaires se focaliser sur François Damiens, Karine Viard et Eric Elmosnino, sous prétexte qu’ils ont déjà leur diplôme de vrais acteurs adultes. C’est la jeune fille qui porte la Famille Bélier sur ses épaules et c’est avant tout elle qu’on doit féliciter pour la grande réussite que constitue ce film. Un mot tout de même sur les autres : François Damiens est excellent, Karine Viard aussi et Eric Elmosnino insupportable. Ah merde… ça, c’est que j’aurais logiquement du dire si je ne déviais pas de mes habitudes. Bon je maintiens la première partie de ma phrase. Par contre, Karine Viard en fait quand même des tonnes (pardon Karine, je reste ton plus grand fan, je ne dirai plus jamais du mal de toi, promis) et Eric Elmosnino est juste génial, lui qui d’habitude me donne des boutons.
Et pour conclure, je ne dirais qu’une seule chose : la vie c’est plus marrant, c’est moins désespérant, en chantant…
PS : ce film m’a fait prendre conscience qu’à part détester l’homme et ses prises de position, je ne connaissais pas du tout la discographie de Michel Sardou, vu qu’aucun de ses disques de lui n’a jamais franchi le seuil de la maison. C’est clair que Sardou par Sardou, avec sa voix toute plate, ça le fait quand même nettement moins…
LA NOTE : 15,5
Fiche technique :
Production : QUARANTE 12 Films, Nexus Factory, Jérico, UMedia, Vendôme production, Mars Films
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Eric Lartigau
Scénario : Victoria Bedos, Eric Lartigau, Thomas Bidegain, Stanislas Carre de Malberg
Montage : Jennifer Augé
Photo : Romain Winding
Décors : Olivier Radot
Musique : Evgueni Galperine, Sacha Galperine, Michel Sardou
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