François, François, François… Non, je ne parle pas à François Hollande, même si ça peut m’arriver de m’adresser à lui ainsi (enfin virtuellement, je n’ai pas encore mes entrées à l’Elysée). Je parle à François Ozon, un des réalisateurs les plus brillants du cinéma français, mais qui me laisse toujours un peu sur ma faim. Et c’est une nouvelle fois le cas avec Une Nouvelle Amie.
François Ozon maîtrise totalement son sujet artistiquement. Comme toujours, Une Nouvelle Amie est parfaitement réalisé, chaque image est ciselée, les comédiens sont parfaitement dirigés, la narration est fluide et rythmée. Il n’y a pas de défaut, on frôle la perfection, mais le tout ressemble du coup quelque peu à un exercice de style, un peu lisse, un peu froid. Or le sujet, un homme qui se travestit après la mort brutale de son épouse et qui entame une relation ambiguë avec la meilleure amie de cette dernière, appelait plutôt un style avec un peu plus d’aspérités.
Mais au-delà de cette réserve, Une Nouvelle Amie se caractérise quand même avant tout par un scénario remarquable, beaucoup plus intéressant que le laissait supposer la bande-annonce. Il propose une vraie matière à réflexion, évite tous les clichés et n’enfonce jamais de portes ouvertes. C’est aussi l’occasion de rendre compte une nouvelle fois de l’immensité du talent de Romain Duris, véritablement étonnant dans ce rôle difficile.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique :
Production : Mandarin films, FOZ, Mars Films, France 2 Cinéma, Canal plus
Distribution : Mars distribution
Réalisation : François Ozon
Scénario : François Ozon, d’après un roman de Ruth Rendell
Montage : Laure Gardette
Photo : Pascal Marti
Décors : Michel Barthélémy
Musique : Philippe Rombi
Costumes : Pascaline Chavanne
Durée : 105 mn
Casting :
Romain Duris : David, Virginia
Anaïs Demoustier : Claire
Raphaël Personnaz : Gilles
Isild le Besco : Laura
Aurore Clément : Liz, la mère de Laura
Bruno Perard : Eva Carlton
Jean-Claude Bolle-Reddat : Robert, le père de Laura
Christopher Nolan a la particularité d’être à la fois un grand, un très grand, un immense réalisateur, mais aussi un grand, un très grand, un immense, un sublime, un incroyable, un formidable, un fantastique scénariste. Cela fait beaucoup pour un seul homme, mais le génie est une des choses les moins bien partagées sur cette Terre. Pourtant, si Interstellar est une nouvelle fois un vrai grand film, c’est par son scénario qu’il pêche un peu. Même si c’est aussi son scénario qui fait sa force.
Parlons donc du scénario. Celui d’Interstellar est typique de ceux de Christopher Nolan (à part peut-être ceux de sa trilogie Batman). D’une incroyable complexité, pouvant potentiellement donné mal à la tête, mais totalement compréhensible si on fait preuve d’une vraie concentration (et ici, si on possède quelques notions de physique relativiste). En effet, tout est cohérent, précis, réglé au millimètre et surtout expliqué de A à Z, sans zone d’ombre. On peut aussi accepter de ne pas tout comprendre, de ne pas traquer partout les indices et les explications et alors le tout prend une forme totalement poétique. A la fois poétique et cartésien, le cinéma de Nolan est un paradoxe digne de ceux soulevés par la théorie de la relativité.
On peut reprocher aux scénarios de Nolan un aspect très mécanique. Une mécanique complexe et parfaitement huilée, mais où chaque élément, y compris les personnages, s’apparentent à des rouages. C’est fascinant, mais au final très froid, ne laissant pas beaucoup de place à l’émotion. Interstellar est sûrement son film le plus chaleureux, celui où l’humain joue le plus grand rôle. Il aurait donc pu être son plus grand film, le premier où il aurait mis sa formidable intelligence, son imagination infinie, mais aussi un peu de son cœur.
Mais voilà, le scénario d’Interstellar souffre d’un gros défaut. On devine le dénouement beaucoup trop vite. L’habitude de semer des indices se retourne contre Nolan, car cette fois il dévoile de manière trop évidente là où il veut nous emmener. Du coup, la tension narrative ne porte plus que sur le comment on va arriver à destination, et se retrouve ainsi considérablement atténuée. Si cela n’est pas gênant pour une comédie romantique, cela nous empêche ici d’être totalement passionné, d’être totalement immergé dans le spectacle proposé, oubliant que l’on est simplement dans un fauteuil de cinéma. De plus, on peut ajouter à ça des ultimes minutes un peu longues et superflues.
Cependant, Interstellar reste une telle merveille de réalisation que l’on ne peut que savourer avec délectation le spectacle proposée. La très belle musique de Hans Zimmer sublime l’incroyable beauté des images que nous livre Christopher Nolan. Le film reste une leçon magistrale d’esthétique et en fait tout simplement de cinéma. Et comme le tout s’appuie sur des acteurs de la trempe de Matthew McConaughey, ce film s’apparente tout de même au final à un petit bijou, imparfait certes, mais tout de même particulièrement précieux.
LA NOTE : 15/20
Fiche technique :
Production : Legendary Pictures, Syncopy, Lynda Obst Productions, Paramount pictures, Warner Bros pictures
La guerre civile en Irlande a souvent été racontée au cinéma du point de vue irlandais, assez peu du point de vue britannique. ’71 nous relate le conflit au travers l’histoire d’un jeune soldat anglais qui croyait être affecté dans un lieu tranquille, avant d’être finalement envoyé avec son unité au milieu d’un Belfast coupé en deux, où une partie de la population voue à ses compagnons et lui une haine qui peut être mortelle. Le résultat est très classique, mais non dénué d’intérêt.
L’histoire du jeune soldat se retrouvant plongé au milieu d’un conflit qui le dépasse et dont il se sent totalement étranger est un sujet maintes fois porté à l’écran. On a pu en voir une autre version récemment avec Fury. ’71 ne révolutionne pas le propos. Le but est clairement de montrer qu’il n’y a jamais de mal et de bien absolus et que la cause qu’on défend n’est au final ni plus noble, ni plus noblement défendue que pour le camp d’en face. L’armée britannique, l’IRA et ses différentes factions sont renvoyées dos à dos. Il n’y a au final pas de héros dans un tel conflit, mais beaucoup de victimes.
Sur la forme aussi, ’71 n’a rien de révolutionnaire. La réalisation est propre et soignée. Elle est avant tout au service de l’histoire, sans effets esthétiques superflus. Elle arrive néanmoins à créer une certaine tension et une ambiance assez immersive. Tout cela fait que l’on regarde ce film avec un intérêt soutenu, mais sans réel enthousiasme. Il lui manque peut-être un petit peu d’émotion pour vraiment prendre une dimension supplémentaire.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique :
Production : Crab Apple Films, Protagonist Pictures, Wrap Films
Après avoir manqué la Naissance des Pieuvres et Tomboy, je ne pouvais pas passer à côté de Bande de Filles, le nouveau film de Céline Sciamma, réalisatrice française unanimement saluée par la critique et dont je ne connaissais pas encore l’univers. Avec ce film, elle s’attaque de front à deux sujets qui sont souvent susceptibles de donner de très mauvais résultats : l’adolescence et la banlieue. Mais quand le talent parle, le résultat est à la hauteur des attentes.
Bande de Filles est un film qui a bien des qualités. Le propos repose sur un fil narratif solide, avec de vrais rebondissements et une évolution des personnages parfois surprenantes, jamais cousues de fil blanc, même si cela reste au fond assez logique. Il ne s’agit pas d’un film militant, il délivre simplement une réflexion intéressante et non dénuée de profondeur sur de nombreux sujets. Cela reste un film de personnages avant tout. Ces derniers sont aussi insupportables qu’attachants, apportant une ambiguïté qui fait toute la richesse de ce film. Les questions qu’il soulève n’ont pas de réponses simples.
Bande de Filles nous propose un casting assez étonnant, composé de jeunes actrices plus formidables les unes que les autres, avec au premier rang d’entre elles Karidja Touré, qui fait là une première apparition à l’écran particulièrement remarquée. Elle bénéficie évidemment du très beau travail de direction et de mise en scène de Céline Sciamma, qui soigne aussi bien la forme que le fond. On regrettera juste une petite tendance à allonger plus que nécessaire les scènes qui donne parfois un aspect contemplatif au film et qui n’est jamais loin d’essouffler le propos. Mais on est plongé assez profondément dans l’histoire pour ne pas en ressortir pour si peu.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Production : Hold Up Films, Lilies films, Arte France Cinéma
Raconter une histoire vraie nécessite de faire un choix. Est-ce que le but est de relater les faits le plus objectivement possible et au plus près de la réalité ou bien est-ce que le choix est d’adopter un point de vue ? Les deux démarches peuvent, pour une même histoire, donner des résultats très différents. Aucune n’est meilleure que l’autre dans l’absolu, mais en adopter une de manière radicale est un exercice périlleux. Vie Sauvage en est la preuve.
Vie Sauvage est un film sans point de vue pendant près des deux tiers. Il nous raconte l’histoire de ce père qui aura caché ses deux fils pendant plus de dix ans, leur faisant mener une vie nomade en marge de la société, refusant de se contenter des vacances scolaires, alors que c’est sa femme qui avait quitté le domicile conjugal. Je pense qu’à la lecture de ce résumé la plupart d’entre vous sont déjà prêts à formuler une opinion sur les nombreux sujets que ce film soulève. Et bien Cédric Kahn n’en défend aucune, relatant les faits de manière particulièrement distanciée.
Dans la dernière partie, Vie Sauvage n’émet toujours pas d’opinion sur le fond, mais au moins nous fait-il partager un point de vue moins neutre, à savoir celui des deux enfants devenus de jeunes adultes. Le spectateur a alors une chance de sortir de l’intérêt poli avec lequel il a suivi ce film plutôt bien, mais assez froidement réalisé, pour aller vers plus d’émotion. Mais cela restera très limité. Comme l’est l’impact de ce film au final.
LA NOTE : 10,5/20
Fiche technique :
Réalisation : Cédric Kahn
Scénario : Nathalie Najem et Cédric Kahn, d’après l’œuvre de Laurence Vidal, Okwari Fortin, Shahi’Yena Fortin et Xavier Fortin
A chaque année, son avis de tiers provisionnel et son Woody Allen, l’un étant généralement beaucoup plus sympathique que l’autre. Le cru 2014 est plutôt emprunt de légèreté. En effet, Magic in the Moonlight est une comédie romantique fort sympathique, sans prétention, avec cette petite touche de génie propre au cinéaste new-yorkais. De génie ou de magie ?
Magic in the Moonlight reprend vraiment les éléments d’une comédie romantique, tout ce qu’il y a de plus hollywoodienne. Deux personnages qui à première vue ont tout pour se détester vont visiblement finir par tomber amoureux l’un de l’autre, en passant par quelques rebondissements. On y retrouve aussi le contraste entre un homme plus âgé, désabusé et un rien misanthrope et une jeune fille qui attend qu’on voit autre chose en elle que ce que voit la plupart de ses prétendants. Ca a donc un petit côté My Fair Lady, un peu rétro, mais tout à fait charmant.
Magic in the Moonlight reste néanmoins un film de Woody Allen par la subtilité des dialogues… et leur omniprésence. Comme d’habitude, les personnages parlent beaucoup, tout le temps et sans arrêt. Mais la légèreté qui domine les transforme en une musique douce et savoureuse. Ce film est au final un plaisir futile, mais un vrai plaisir, porté par un duo de comédiens forcément parfaitement dirigés comme dans tous ces films.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Production : Dippermouth, Gravier Productions, Perdido Productions
Rebondir après un succès historique, dépassant de loin la pure logique, n’est pas chose facile. Il est tentant d’essayer de reprendre les mêmes ingrédients et notamment un de ses acteurs vedettes en pensant que cela aboutira à la même magie. Mais cela n’est que rarement le cas, le succès étant une science trop inexacte pour être reproductible. Olivier Nakace et Eric Toledano viennent d’en faire l’expérience avec Samba.
Samba a bien des qualités. C’est un beau film, qui traite plusieurs sujets touchants en parallèle avec une certaine intelligence. Que ce soit le fond social ou la jolie histoire d’amour, le résultat évite l’écueil d’un pathos trop prononcé pour créer une petite étincelle de magie. On retrouve bien là la formule qui avait marché avec Intouchables. Mais cette fois, il ne s’agit pas d’un feu d’artifice, juste d’une étincelle. Mais globalement, il n’y a rien à dire, le film fonctionne et fait passer un bon moment.
Mais Samba a essuyé aussi bien des critiques. Elles sont pour beaucoup justifiées, même si les défauts mis en avant n’arrivent pas à gâcher totalement le plaisir. On a notamment parlé de l’accent africain très artificiel d’Omar Sy. Il est vrai que pendant les premières minutes, on entend que ça et on est un peu circonspect. Puis, on apprend à connaître le personnage, on finit par être touché et on oublie ce détail. Certes, tout cela empêche ce film d’être aussi marquant qu’il aurait pu l’être, mais il arrive à conjuguer avec un certain bonheur bons sentiments, humour (mention spécial à Tahar Rahim, vraiment génial dans un rôle plutôt inhabituel pour lui) et mine de rien un joli message humaniste.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique :
Production : Quad Films, Ten films, Gaumont, TF1 Films production, Korokoro
Distribution : Gaumont distribution
Réalisation : Olivier Nakache, Eric Toledano
Scénario : Olivier Nakache, Eric Toledano, d’après de le roman de Delphine Coulin
L’humanité se porterait évidemment beaucoup mieux s’il n’y avait plus de guerre. Par contre, le 7ème art en souffrirait beaucoup, tant le film de guerre constitue un des genres majeurs et indémodables du cinéma. Et de toutes les guerres, c’est avant tout la deuxième guerre mondiale qui a inspiré les scénaristes. Nouvel exemple, avec Fury, à la facture très classique, mais très réussi qui nous emmène au cœur d’un tank à quelques heures de l’armistice.
Le scénario de Fury reprend des éléments déjà vus mille fois et le fond du propos est sans surprise. Le film tourne autour de l’arrivée d’un jeune bleu idéaliste au milieu d’une équipe de soldats expérimentés et désabusés. Cela offre l’occasion à des échanges sur les horreurs de la guerre, son impact sur les hommes et la frontière entre conscience et sens du devoir. Mais il est vrai que la manière dont tous ces éléments est assemblée est plus subtile qu’il n’y paraît. Le film navigue longtemps entre la ligne « la guerre c’est mal » et celle « les soldats sont des héros ». Il démontre ainsi la complexité de la question et l’absence d’une réponse simple et sans ambiguïté… Dommage par contre que la longue séquence finale, en favorisant le spectaculaire, fait pencher le tout vers un manichéisme qu’il avait jusqu’alors évité.
Fury est bien un film de guerre moderne. Il est violent, parfois même dur visuellement. La volonté de réalisme peut être jugée quelque peu morbide, mais elle sert ici incontestablement le propos. C’est une manière peut-être quelque peu primaire de montrer l’horreur d’un tel conflit, mais force est de constater que cela frappe l’esprit de manière très efficace. Et quand le tout est sublimé par un Brad Pitt au sommet de son art, alors on est là face à un film qui dégage une vraie force, malgré les mauvais penchants hollywoodiens qui finissent par ressortir sur la fin.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Production : Columbia Pictures, QED International, LStar Capital, Le Grisbi productions, Crave Films
Le désir de vengeance sert de moteur à une multitude de scénarios chaque année. Cela semble même constituer le refuge de tous les auteurs en mal d’inspiration, car il n’y a pas besoin d’être vraiment imaginatif pour pondre un telle histoire, tant les codes sont archi connus et usés. On pourrait penser que Derek Kolstad n’avait pas beaucoup d’idées pour écrire le scénario de John Wick, assez minimaliste… mais pas tant que ça.
C’est le fil rouge de John Wick qui est vraiment… comment dire… épuré. Il s’agit d’une histoire de vengeance pure et simple, relativement linéaire, sans vraiment d’à côté, ni d’intrigues secondaires. Le film aurait pu donc vite devenir extrêmement bourrin. Certes, il ne brille au final pas non plus par sa subtilité, mais on notera tout de même un effort pour à la fois développer une vraie personnalité aux personnages, en particulier le premier d’entre eux, et surtout de créer une ambiance et un univers beaucoup plus originaux que l’histoire qui s’y déroule. Ca n’atteint pas des sommets, mais au moins, cela sauve le film.
John Wick a pour principal intérêt ses très belles scènes de combat. On est à l’exact opposé de ce que nous proposait il n’y a pas longtemps The Raid. Pas de chorégraphie frénétique, mais au contraire une impression de mécanique de précision où chaque mouvement lent et contrôlé est là pour faire mouche. Cela fait plaisir de voir un film un peu à contre-courant du toujours plus qui devra bien s’arrêter un jour s’il ne veut pas sombrer définitivement dans le ridicule. Surtout que le choix fait ici n’enlève rien au caractère particulièrement spectaculaire et un rien terrifiant de ces scènes. Simplement, elles se répètent un certain nombre de fois pendant le film et l’intérêt qu’on leur porte a quand même tendance à décroître.
John Wick signe aussi le retour dans un premier rôle de Keanu Reeves, qui semble ne s’être jamais tout à fait remis d’avoir été Néo dans Matrix. Bon, encore une fois, il compense par un certain charisme son manque évident de talent de comédien. Certes, il doit ici interprété un personnage assez taiseux et inexpressif, mais son interprétation constitue une des limites de ce film… de toute façon quelque peu limité.
LA NOTE : 10,5/20
Fiche technique :
Réalisation :David Leitch et Chad Stahelski
Scénario : Derek Kolstad
Décors : Susan Bode
Costumes : Luca Mosca
Cinématographie : Jonathan Sela
Montage : Elísabet Ronaldsdóttir
Musique : Tyler Bates, Joel J. Richard. Bande Originale par « Le Castle Vania », Scott Tixier, « M86 & Susie Q » et « the Candy Shop Boys »
Production : Basil Iwanyk, David Leitch, Eva Longoria, Chad Stahelski et Mike Witherill
Si on avait encore besoin d’une preuve que, quoiqu’on en dise, il y a quand même des putains de films au Festival de Cannes, voici Léviathan, qui y a reçu le Prix du Scénario cette année. Une récompense amplement méritée que j’approuve totalement. Certes, je serai un poil (mais juste un poil) moins enthousiaste que mes collègues à son sujet, mais il n’en reste pas moins que nous sommes là devant un très bon film.
Comment parler d’un grand scénario sans rien en dévoiler? Car raconter quoique ce soit s’apparenterait évidemment à un crime contre le cinéma. Celui de Léviathan conjugue un fil narratif vraiment prenant et dont on ignore à chaque instant la direction qu’il va prendre l’instant suivant, avec une dénonciation très forte du système et de la corruption qui règnent en Russie. Ces deux aspects sont traités avec un immense talent, une grande intelligence et un vrai sens de l’écriture. Le point de départ s’apparente à un David contre Goliath assez classique, celui d’arrivée… En tout cas, le résultat est réellement remarquable et totalement convaincant.
Je mettrais simplement un bémol très personnel. Le film est peut-être un peu trop long. Certes, il correspond au format de beaucoup de films russes, mais Andrei Zvyagintsev étire un peu l’action à chaque scène, donnant à son film un ton assez contemplatif. Or le sujet aurait peut-être appelé un rythme plus soutenu pour frapper encore plus le spectateur. Personnellement, je ne me suis jamais ennuyé une seule seconde, mais j’ai parfois craint que ça finisse par arriver. Cela m’a empêché de basculer totalement dans l’enthousiasme, même si, objectivement, nous sommes là devant un des meilleurs films de l’année.
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