De mon point de vue, Captain America : First Avenger est des meilleurs films de super-héros de ces dernières années, tant il avait su respecter à la lettre l’esprit du comics original, y compris d’un point de vue graphique. C’est donc avec une certaine impatience que j’attendais, Captain America : le Soldat de l’Hiver. Mais aussi avec une certaine appréhension car le personnage du Soldat de l’Hiver n’est certainement pas le plus réussi de l’univers Marvel. Là aussi, malheureusement, la fidélité est de mise.
Captain America : le Soldat de l’Hiver manque tout simplement d’intérêt, de cœur, de moelle, de souffle épique… C’est bien foutu, carré, parfois spectaculaire, mais on ne peut pas s’empêcher d’en avoir un peu rien à foutre de ce qui se passe à l’écran. En plus, le scénario n’échappe pas à quelques faiblesses, voire quelques moments franchement crétins. Les protagonistes semblent s’être lancés dans un concours de platitude, ce qui est quand même un petit exploit quand on compte Robert Redford à son casting.
Au final, le meilleur moment de Captain America reste la petite scène cachée au milieu du générique qui annonce la prochaine production Marvel. Les amateurs de comics seront ravis cette fois de voir enfin apparaître deux personnages qui ne pouvaient pas rester plus longtemps sans prendre vie à l’écran.
LA NOTE : 9/20
Fiche technique : Production : Marvel Entertainment, Marvel Studios, Sony Pictures Imageworks
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Réalisation : Anthony Russo, Joe Russo
Scénario : Chrsitopher Markus, Stephen McFeely, d’après la BD de Jack Kirby et Joe Simon
Montage : Jeffrey Ford
Photo : Trent Opaloch
Décors : Peter Wenham
Musique : Henry Jackman
Durée : 136 mn
Casting : Chris Evans : Steve Rogers, Captain America
Scarlett Johansson : Natasha Romanoff, Black Widow
La confusion entre le virtuel est le réel est un sujet qui hante le cinéma depuis une vingtaine d’années. Le sujet se prête aux clichés et on peut parfois avoir l’impression que tout a déjà été dit. Pourtant, il nous réserve encore de belles surprises comme Her, le dernier film de Spike Jonze, qui n’avait jamais vraiment confirmé les espoirs qu’avaient fait naître Dans la Peau de John Malkowitch. 15 plus tard, il nous offre un nouvelle preuve de son réel talent de réalisateur.
Tomber amoureux de son système d’exploitation constitue évidemment une idée assez saugrenue, surtout pour tous les utilisateurs de Windows Vista. Il est vrai que l’on reste un peu circonspect au début du film. Certes, un ordinateur qui a la voix de Scarlett Johansson est tout de suite plus sexy, mais ça ne peut pas tout expliquer non plus. Mais la plus grande force de Her est d’arriver à nous faire entrer et croire en cette histoire, qui devient au final d’une grande logique. Le film nous livre au final une belle réflexion sur les raisons pour lesquelles nous tombons amoureux.
D’un point de vue plus formel, Her souffre peut-être d’une légère longueur excessive. Un peu plus de deux heures, alors que le film se répète parfois un peu. L’intrigue avance toujours, mais souvent en faisant des cercles plutôt qu’en ligne droite. Cependant, jamais l’ennui ne gagne le spectateur du fait de la qualité de la mise en scène de Spike Jonze, mais aussi évidemment du charisme toujours aussi ravageur de Joaquin Phoenix.
Pendant longtemps, le cinéma français a été plutôt réfractaire à la comédie romantique. Puis le genre s’est peu à peu imposé dans le paysage hexagonal, avec une ou deux belles réussites par an. En 2014, on peut déjà compter sur Situation Amoureuse : c’est Compliqué. Une comédie bien foutue, drôle et pas aussi cousue de fil blanc que bien d’autres œuvres du genre.
… bon bah voilà, j’ai tout dit… ou presque. Situation Amoureuse : c’est Compliqué reprend le principe du triangle amoureux, soit le sujet le plus vieux et le plus éternel qui soit. Mais l’amour possède ça de merveilleux qu’il constitue un sujet inépuisable. Le trio marche bien grâce à des personnages très différents, mais sans jamais être caricaturaux, et des acteurs bien dans leur jeu. Anaïs Demoustier et Emmanuelle Chriqui incarnent deux idéaux féminins qui, sans être opposés, nous permettent de partager le dilemme de l’homme qui se trouve au milieu. Ce dernier est remarquablement interprété par un Manu Payet, qui confirme tout son talent, dès lors qu’il est correctement dirigé.
L’aspect purement comédie de Situation Amoureuse : c’est Compliqué tient dans ses rôles secondaires. De ce côté là, c’est un peu plus basique et lourdingue, même si cela nous arrache quelques bons fou-rires. C’est sans doute là la principale limite de ce film. Mais ce dernier n’essaye pas d’être autre chose qu’un très sympathique divertissement, alors on pardonne ces faiblesses et on prend un vrai plaisir avec cette comédie romantique made in France.
Rien ne ressemble plus à une adaptation d’une pièce de théâtre au cinéma qu’une autre adaptation d’une pièce de théâtre au cinéma. Diplomatie n’échappe pas à l’effet « théâtre filmé » qui plombe beaucoup de ce genre de productions. Pour surmonter ce petit handicap, il faut trouver d’autres qualités. Par exemple, un intérêt historique ou deux grands acteurs…
Diplomatie nous fait vivre les dernières heures de l’occupation allemande à Paris, quand le gouverneur de la capitale s’apprête à raser la ville, et une bonne partie de ses habitants, à coup de dynamite. L’ordre vient de Berlin et il a seul la responsabilité d’exécuter cet ordre monstrueux. Face à lui, sa conscience… et le consul de Suède venu la titiller. Certes les circonstances décrites ici tiennent plus de la légende que de la reconstitution historique. Mais l’épisode fait partie de la mémoire nationale, notamment depuis le livre et le film Paris Brûle-t-il ? Il reprend donc ici une seconde jeunesse même si rien ne s’est a priori exactement passé comme cela.
Diplomatie brille surtout par l’immense talent des deux acteurs qui se font face à face dans ce huis clos psychologique. D’un côté, André Dussolier qui livre une performance certes sans surprise. Il fait du André Dussolier et il le fait bien ! La vraie star de ce film reste Niels Arelstrup dont le charisme irradie à chaque seconde. Il tient le film sur ses épaules, mais celles de ce géant du cinéma français sont assez larges pour le supporter sans trembler.
Diplomatie est au final un numéro d’acteurs se suffisant à lui-même, dans un film assez court et chargé d’une portée symbolique suffisant pour largement justifier son passage sur grand écran.
LA NOTE : 13/20
Fiche technique : Production : Gaumont, Blue Print, Film Oblige, WDR / Arte
Distribution : Gaumont
Réalisation : Volker Schlöndorff
Scénario : Volker Schlöndorff, Cyril Gely d’après la pièce de Cyril Gely
Dans la série des réalisateurs qui ont un style bien à eux, après Jim Jarmush, je voudrais Wes Anderson. Si les deux réalisateurs sont parmi les plus fameux du cinéma indépendant américain, leur style pourrait être difficilement plus opposés. Si le premier nous livre des films sombres et lents, le second nous offre généralement des œuvres frénétiques et joyeuses. C’est une nouvelle fois le cas avec The Grand Budapest Hotel.
Si on reconnaît la qualité d’un cinéaste au prestige du casting qu’il est capable de rassembler devant la caméra, alors Wes Anderson est un des plus grand réalisateur de notre époque. Mais on peut imaginer que tourner dans un film comme The Grand Budapest Hotel constitue une expérience particulièrement stimulante pour un comédien car les acteurs s’amusent devant la caméra, cela se sent et cela est relativement communicatif. Le petit grain de folie de Wes Anderson semble atteindre toute la distribution, qui s’en donne à cœur joie pour faire vivre cette histoire pleine d’imagination, de fantaisie, d’enthousiasme et d’humour.
Mais voilà… parce qu’il y a un mais… on est tenté de faire la comparaison avec Moonrise Kingdom, son précédent film qui avait rencontré un immense succès. Et il faut bien avouer que The Grand Budapest Hotel est moins drôle, moins enthousiasmant, moins fantaisiste et moins imaginatif que son prédécesseur, malgré beaucoup de similitudes stylistiques. C’est évidemment toujours un peu injuste de juger un film en le comparant à un autre, mais il est difficile d’y échapper dans le cas présent. La différence ce situe peut-être un dans un ton un peu plus sérieux, quand Moonrise Kingdom assumait pleinement son aspect enfantin. Du coup, la mayonnaise prend un tout petit peu moins bien, mais reste néanmoins savoureuse.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : American Empirical Pictures, , Fox Searchlight Pictures, Indian Paintbrush, Studio Babelsberg
Si j’ai parlé de surprises multiples lors de ma critique précédente, consacrée à la Grande Aventure Lego, je vais au contraire mettre en avant la constance pour vous parler de Only Lovers Left Alive, le dernier film de Jim Jarmush. Ce dernier, s’il nous raconte toujours des histoires très différentes, possèdent un style particulièrement caractéristique et ce n’est pas ce film qui va changer la donne.
Only Lovers Left Alive est donc un film lent, onirique, beaucoup plus poétique que basé sur une réelle intrigue. Bref, du Jim Jarmush dans le texte ! Il faut bien avouer le film a un peu de mal à démarrer et on s’ennuie quelque peu pendant les premières minutes. Puis, une fois que les deux personnages principaux, magnifiquement interprétés par Tilda Swinton et Tom Hiddelson, sont réunis, on se laisse séduire par cette ambiance un rien psychédélique et décalée.
Only Lovers Left Alive nous présente des vampires bien loin de l’univers de Twillight… même si en fait je n’ai jamais vu Twillight, alors je ne suis pas super bien placé pour juger. On assiste à une belle histoire d’amour entre deux êtres dont l’univers semble s’écrouler autour d’eux, comme s’ils n’appartenaient plus vraiment à cette époque, à ce monde. Très certainement un sentiment souvent ressenti par Jim Jarmush lui-même, tant il traverse toute son œuvre.
LA NOTE : 12/20
Fiche technique : Production : Recorded Pictures Company, Pandora Film, Lago Film, Neue Road Movies, ARDD Degeto
Faire un film à partir de personnages Lego, voilà qui, à première vue, ne présageait à rien d’autre qu’un vulgaire produit marketing médiocre et sans âme. Mais les amateurs de jeux vidéos savaient déjà que ces petites têtes jaunes peuvent être le support de créations très réussies et surtout bourrées d’un humour second degré particulièrement efficace. La bande-annonce de La Grande Aventure Lego était déjà très drôle, mais on pouvait craindre qu’elle nous présente tous les moments dignes d’intérêts de ce film. Il n’en est rien et on tient là peut-être la plus grosse surprise de ce début d’année.
Ils étaient sûrement peu nombreux à être prêts à parier que la Grande Aventure Légo obtiendrait une moyenne de 4,1/5 chez les critiques et 4/5 et chez les spectateurs sur Allociné. C’est dire si le pari est réussi. Et il l’est pour une raison principale : le film est très drôle. Vraiment très drôle même, lorsque l’on a soi-même passé une partie de son enfance à jouer avec les célèbres petites briques. Les auteurs ont su multiplier les clins d’œil à un tas de toutes petites choses qui vont parler à ceux qui sont dans cette situation, le tout avec un humour et une subtilité étonnants. Si on ajoute à ça beaucoup de références hilarantes à l’univers geek, on obtient ce résultat particulièrement jouissif !
De plus, la Grande Aventure Légo est porté par un scénario beaucoup plus riche, solide et inattendu que ce que l’on pouvait imaginer. On va donc de surprises en surprises, quand graphiquement le film est lui aussi très créatif, à défaut d’être vraiment beau. Bref, tout les éléments se situent à un niveau très élevé et qui mérite un vrai respect artistique. On est face à du vrai cinéma et non une pub géante pour l’entreprise danoise. Allez si on doit faire une seule critique, c’est peut-être une légère longueur excessive, même si on ne boude pas une seule seconde son plaisir.
LA NOTE : 14,5/20
Fiche technique : Production : Warner Bros., Village Roadshow Pictures, LEGO, Vertigo Entertainment, Warner Animation Group, Animal Logic, Lin Pictures
Distribution : Warner Bros
Réalisation : Phil Lord, Christopher Miller
Scénario : Phil Lord, Christopher Miller
Montage : David Burrows, Chris McKay
Photo : Barry Peterson, Pablo Plaisted
Décors : Grant Freckelton
Musique : Mark Mothersbaugh
Durée : 110 mn
Casting :
Chris Pratt : Emmet Brickowoski
Will Ferrell : Lord Business, President Business, le père
Lorsque j’ai vu la bande-annonce d’Ida, film polonais en noir et blanc, parlant d’une nonne orpheline, je me suis dit que je n’irai sûrement pas voir ce film sous peine de devoir acheter des anti-dépresseurs à la pelle en sortant. Mais, si dans la vie j’ai parfois un peu de mal à admettre que j’ai eu tort, en matière de cinéma, il m’arrive de revenir sur mes décisions. J’ai donc fini par me laisser convaincre par les critiques très élogieuses et je ne le regrette pas.
Déjà parce que Ida n’est pas aussi sinistre que la bande-annonce le laissait penser. Certes, on ne se bidonne pas toutes les deux minutes et on n’en ressort pas vraiment le cœur léger et plein d’entrain. Cependant, le film est aussi parfois parcouru par quelques ondes positives qui participent largement à donner de l’épaisseur au personnage et à faire naître un grand attachement chez le spectateur. On est forcément touché par cette femme qui n’a rien connu qu’un isolement austère et qui se confronte au monde pour en savoir plus sur ses origines.
La réalisation en noir et blanc est d’une sobre élégance. Le procédé n’est pas le plus original qui soit et l’utiliser fait un peu « je veux faire film d’auteur, mais je n’ai pas d’imagination ». Mais il colle très bien avec l’ambiance générale d’Ida et Pawel Pawlikowski fait preuve d’une réelle maîtrise esthétique. Cependant, malgré toutes ces qualités, il n’arrive pas toujours à rendre son film totalement passionnant, même s’il réserve quelques moments de grâce et nous touche assez pour nous permettre de vivre une belle rencontre.
LA NOTE : 12,5/20
Fiche technique : Production : Opus Film
Distribution : Memento Films Distribution
Réalisation : Pawel Pawlikowski
Scénario : Pawel Pawlikowski, Rebecca Lenkiewicz
Montage : Jaroslaw Kaminski
Photo : Ryszard Lenczewski, Łukasz Zal
Décors : Marcel Slawinski, Katarzyna Sobanska
Son : Claus Lynge
Musique : Kristian Selin Eidnes Andersen
Maquillage : Anna Niuta Kieszczynska, Tomasz Sielecki
En ce début d’année, on beaucoup parlé du Crocodile de Botswanga, comédie française qui nous parlait de l’Afrique avec humour et second degré. On a par contre malheureusement assez peu parlé des Rayures du Zèbre, qui sur un ton un peu plus sérieux néanmoins, nous emmenait aussi de l’autre côté de la Méditerranée. C’est vraiment regrettable car ce film regorge de qualités et ne méritait pas de passer aussi peu inaperçu.
Les Rayures du Zèbre est une vraie comédie dramatique. On rit beaucoup et on pleure aussi un peu. C’est un film riche, où l’humour n’empêche pas une certaine profondeur, voire une certaine gravité. Un regard tendre sur les travers des deux mondes et sur ces personnages à la fois si distants et si proches. Un film qui a aussi le mérite d’aller à l’essentiel (il dure 1h20 seulement) pour ne jamais diluer son propos dans du superflu. On ne peut donc que saluer le travail de Benoît Mariage, à la réalisation et au scénario, qui nous avait déjà séduit il y a dix ans avec les Convoyeurs Attendent.
Les Rayures du Zèbre confirme le talent polymorphe de Benoît Poelvoorde. Un rôle taillé à sa mesure où il peut exprimer toute sa force comique, mais aussi dramatique. Un grand acteur quand il est correctement dirigé et c’est bien le cas ici. Ce film confirme aussi la très bonne santé du cinéma belge qui nous offre chaque année de beaux moments d’une grande richesse.
Les éléments d’un polar noir à la françaises sont souvent les mêmes. Un flic flirtant avec la légalité, hanté par son passé, des histoires de vengeance qui le pousse à certaines extrémités… Pourtant, on ne s’en lasse pas quand c’est bien fait. Mais quand un réalisateur, Fred Cavayé en l’occurrence, les utilise deux fois de suite de manière extrêmement similaire, on est en droit de crier à l’imposture. Surtout qu’autant A Bout Portant était un particulièrement convaincant, autant Mea Culpa souffre de trop de faiblesses pour entraîner l’adhésion du spectateur.
Mea Culpa est un film raté dans à peu près toutes ses dimensions. L’intrigue est faiblarde, sans imagination et au final assez peu crédible. Les personnages semblent sortis d’un concours de poncif pour scénaristes sans talent. L’ambiance sombre tire plutôt sur la grisaille. Et si Fred Cavayé garde une certaine maîtrise dans la réalisation de scènes d’action, il se heurte quand même à un manque de moyens évidents. Enfin, tous ceux qui ont vu A Bout Portant auront une impression constante de déjà-vu… en beaucoup moins bien.
Mea Culpa ne présente donc qu’un intérêt limité et ne confirme pas le potentiel d’un réalisateur dont on pensait qu’il pouvait durablement injecter un peu de sang neuf dans le monde du polar noir à la française. Mais si au troisième film, il en est déjà à s’auto-parodier, on peut craindre que son inspiration soit déjà épuisée. Espérons qu’il me fasse mentir avec son prochain film.
LA NOTE : 7/20
Fiche technique : Production : LGM Productions, uFilm
Commentaires récents