FLIGHT et DIE HARD 5 – BELLE JOURNEE POUR MOURIR : Vodka frelatée

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flightafficheCe dimanche, j’ai passé une après-midi cinématographique fortement marquée par la vodka. Tout d’abord avec Flight, dans lequel le personnage principal, un pilote de ligne qui arrive miraculeusement à sauver son avion du crash grâce à une manœuvre aussi audacieuse que désespérée, en boit beaucoup. Ceci lui vaudra évidemment beaucoup d’ennuis lorsque les enquêteurs se demandent si sa consommation d’alcool et de stupéfiants n’auraient pas joué un rôle dans l’accident. Un film qui commence comme un film catastrophe, mais qui se révèle en fin de compte être consacré à l’alcoolisme et à ses méfaits.

Ah ce qu’on aimerait revoir Robert Zemeckis nous livrer un grand et beau film, comme il savait le faire dans les années 80, avec notamment la trilogie Retour Vers le Futur ou Qui Veut la Peau de Roger Rabbit ?. Ce ne sera pas pour cette fois, tant il s’efforce de crasher son film à l’inverse de son personnage. En effet, le Flight débute par 30 superbes premières minutes, celles qui se passent dans l’avion. Ensuite, nous avons le droit à un propos sur l’alcoolisme qui arriverait presque à être un minimum subtil, avec certaines ambiguïtés, même si tout cela reste quelque peu attendu.

flightPuis vient tout d’abord l’avant-dernière scène, celle qui constitue le dénouement de l’intrigue. Elle est marquée par une forte tension narrative, qui aurait pu la rendre acceptable, même si forcément elle nous conduit à la conclusion que l’alcool et le mensonge, c’est mal ! A la fois, on peut difficilement attendre autre chose d’un film hollywoodien. Mais le pire est à venir avec une ultime scène d’une lourdeur apocalyptique, un long discours moralisateur à l’excès, qui donne avant tout envie de se coller deux doigts au fond de la gorge pour vomir. Elle prend surtout le spectateur pour un débile profond, lui expliquant comme à un enfant de quatre ans ce qu’il est censé conclure de tout cela, alors que le propos était déjà au final assez limpide et direct. Cela vient balayer tout ce qu’on avait pu aimer dans cette histoire pour ranger Flight dans la catégorie des films ratés, malgré une réalisation (Robert Zemeckis reste Robert Zemeckis) et une interprétation (Denzel Washington, toujours aussi impeccable et Kelly – L’Auberge Espagnole – Reilly, toujours aussi charmante) au top.

diehard5afficheDie Hard 5 – Belle Journée pour Mourir nous amène en Russie, patrie de la vodka. Malheureusement, on sent dès les cinq premières minutes que le scénario sera catastrophique et qu’il y a de fortes chances que tout le reste suive. C’est effectivement bien le cas, tant la pauvreté de l’intrigue est désespérante malgré deux rebondissements obligatoires. Les scènes d’action sont sans aucune imagination et Bruce Willis erre au milieu de tout ça, en essayant de rappeler au spectateur qu’il est bien John McLane, le même personnage que dans l’inoubliable Piège de Cristal. Mais cela ne prend pas, ce vieux sur le retour n’a rien à voir avec le héros du génial Une Journée en Enfer ! Bref, un cinquième épisode sans aucun intérêt et qui maintient artificiellement en vie une franchise sous perfusion.

 
 
 
FLIGHT
Production : Paramount Pictures, Parkes / MacDonald Productions, Imagemovers
Distribution : Paramount Pictures France
Réalisation : Robert Zemeckis
Scénario : John Gatins
Montage : Jeremiah O’Driscoll
Photo : Don Burgess
Format : 35mm
Décors : Nelson Coates
Son : Randy Thom
Musique : Alan Silvestri
Effets spéciaux : Michael Lantieri, Kevin Baillie
Durée : 138 mn
 
Casting :
Denzel Washington : Whip Whitaker
John Goodman : Harling Mays
Kelly Reilly : Nicole
Don Cheadle : Hugh Lang
Melissa Leo : Ellen Block
Bruce Greenwood : Charlie Anderson
 
DIE HARD 5 – BELLE JOURNEE POUR MOURIR
Production : Dune Enetrtainment, Ingenious Film Partners, Origo Film Group, 20th Century Fox
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : John Moore
Scénario : Skip Woods, d’après les personnages de Roderick Thorp
Montage : Dan Zimmerman
Photo : Jonathan Sela
Décors : Daniel T. Dorrance
Musique : Marco Beltrami
Costumes : Bojana Nikitovic
Durée : 97 mn
 
Casting :
Bruce Willis : John McClane
Jai Courtney : Jack McClane
Sebastian Koch : Komarov
Mary Elizabeth Winstead : Lucy
Yuliya Snigir : Irina
Radivoje Bukvic : Alik
Cole Hauser : Collins

WADJDA et SYNGUE SABOUR – PIERRE DE PATIENCE : Combats de femmes

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Le hasard du calendrier et de la programmation cinématographique m’a conduit à voir dans la même soirée deux films assez proches par leur sujet : Wadjda et Syngué Sabour – Pierre de Patience. Deux films sur la condition féminine dans deux pays dont ce n’est pas vraiment le point fort, à savoir l’Arabie Saoudite et l’Afghanistan. Deux très beaux films surtout, très émouvants, même si l’un m’a plus convaincu que l’autre.

wadjdaafficheWadjda est déjà un événement en soi puisqu’il s’agit du premier film tourné en Arabie Saoudite, un pays où il n’y a aucune salle de cinéma. Un film qui plus est réalisé par une femme, Haifa Al Mansour, et qui traite forcément de sujets assez tabous. Une histoire simple, celle d’une jeune fille qui a l’aube de l’adolescence ne rêve que d’une seule chose : avoir un vélo. Mais dans une société d’une telle lourdeur, aussi oppressante pour les femmes, cela tourne vite à l’aventure qui va demander beaucoup de courage et d’entêtement.

Wadjda rejoint la démarche de Une Séparation, le film iranien qui a séduit le monde entier l’année dernière. Il ne s’agit pas d’un film revendicatif ou porteur d’un message contestataire flagrant. Non, il nous montre la société saoudienne telle qu’elle est, sans rien qui puisse être frappé par la censure. Mais il nous la montre avec un rien d’ironie qui en souligne son absurdité parfois totale. Pas la peine d’en rajouter, le quotidien se suffit à lui-même pour délivrer un message fort. Une démonstration brillante qui amène le spectateur à sourire, tout en mesurant toute l’horreur de cette oppression.

wadjdaWadjda n’est jamais frappé de lourdeur grâce notamment à son remarquable personnage principal. Cette jeune fille espiègle, un rien rebelle et surtout terriblement têtue délivre à elle seule un formidable message d’espoir. La tendresse que l’on ressent immédiatement pour elle nous fait rentrer dans l’histoire et surtout apporte un vrai rayon de soleil dans une société qui en manque tant. Le film n’est donc jamais déprimant et l’on en sort avec une petite part de l’énergie déployée par la jeune fille pour accéder au vélo de ses rêves. Un grand bravo donc à Waad Mohammed qui lui donne vie.

synguesabourafficheSyngué Sabour – Pierre de Patience est quant à lui l’adaptation par l’auteur elle-même du Prix Goncourt 2008. Une histoire qui nous emmène en Afghanistan, où la guerre vient de commencer, à la rencontre d’une femme qui veille son mari, un taliban, plongé dans le coma depuis quelques jours. Devant cet homme à la fois si familier et étranger, immobile et silencieux, elle va libérer sa propre parole, lui dire enfin ce qu’elle peut ressentir et par la même se libérer le corps et l’esprit.

Syngué Sabour – Pierre de Patience est donc un monologue face à un personnage immobile, sous forme d’un huis-clos dans une pièce assez réduite. On peut reconnaître un grand mérite à Atiq Rahimi pour avoir tout de même réussi à nous livrer un vrai film, grâce à quelques flashbacks, mais surtout une caméra jamais statique. Mais forcément elle se heurte aux limites de l’exercice et d’un point de vue purement artistique, le résultat est parfois à l’étroit. Ceci n’enlève rien à l’intérêt du propos, même si tout cela nous mène à une fin que l’on voit venir d’un peu trop loin.

Cependant, on ne peut que saluer la prestation de Golshifteh Farahani sur les épaules de laquelle repose une grande partie du film et qui s’en sort magistralement. Et je ne dis pas ça que parce qu’elle est incroyablement belle. L’émotion ne pouvait passer que par elle et elle parvient parfaitement à nous la transmettre. C’est en grande partie grâce à elle que Syngé Sabour – Pierre de Patience constitue tout de même globalement une belle réussite. 

WADJDA :
Production : Razor Film
Distribution : Pretty pictures
Réalisation : Haifaa Al Mansour
Scénario : Haifaa Al Mansour
Montage : Andreas Wodraschke
Photo : Lutz Reitemeier
Décors : Thomas Molt
Son : Sebastian Schmidt
Durée : 97 mn

Casting :
Reem Abdullah : La mère
Waad Mohammed : Wadjda
Abdullrahman Al Gohani : Abdallah
Ahd : Mme Hussa
Sultan Al Assaf : le père

SYNGUE SABOUR – PIERRE DE PATIENCE
Production : Studio 37, The Film, Razor Film, Corniche, Arte France Cinéma, Jahan-E-Honar Productions
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Atiq Rahimi
Scénario : Atiq Rahimi, Jean-Claude Carrière d’après le roman d’Atiq Rahimi
Montage : Hervé De Luze
Photo : Thierry Arbogast
Décors : Erwin Prib
Son : Dana Farnzanehpour, Noemi Hampel, Lars Ginzel
Musique : Max Richter
Durée : 102 mn

Casting :
Golshifteh Farahani : La femme
Hamidreza Javdan : L’homme
Massi Mrowat : Le jeune soldat
Hassina Burgan : La tante

PASSION : Un bon remake, pas de génie

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passionafficheBrian De Palma fait tant souffrir les cinéphiles. Comment un tel génie a-t-il pu exploser en vol à ce point ? Depuis son échec en 1990 avec le Bûcher des Vanités, on aimerait tant retrouver le réalisateur des inoubliables Phantom of the Paradise, Scarface ou les Incorruptibles. A chacune de ses nouvelles productions, on guette, on scrute le retour de la petite étincelle qui ferait toute la différence. Mais si Passion est un agréable polar, le retour du grand Brian se fait encore attendre. Encore et encore…

Isabelle travaille sous les ordres de Christine au sein d’une grande société internationale de marketing. Elle est fascinée par sa supérieure, qui ne fait rien pour éliminer l’ambiguïté de leurs rapports. Mais quand elle se fait voler une de ses idées par sa chef, son regard change et la relation se tend au point de devenir malsaine et violente. Une tension qui pourrait conduire au pire.

Passion est une remake de Crime d’Amour d’Alain Corneau, sorti à l’été 2010. Il est vrai que le scénario avait tout pour séduire Brian de Palma et ce dernier se l’est approprié avec une grande fidélité. C’est d’ailleurs une des principales limites du film, si vous avez déjà vu sa version originale. Certes, reste l’intérêt de voir dont les deux hommes traitent de manière un peu différente la même histoire, mais du coup, le suspense ne tient plus. Or c’est un des points fort de cette histoire.

Passion a le grand mérite d’arriver à nous faire croire à cette histoire, en rendant crédible la tension qui va naître entre les deux personnages, ce qui n’était pas toujours le cas de Crime d’Amour. Il faut dire que l’on touche là à certaines obsessions de Brian De Palma. La tension sexuelle est omniprésente et explique notamment les aspects parfois irrationnels des réactions des personnages. Le réalisateur américain est comme un poisson dans l’eau et s’en donne à cœur joie, avec tout le talent qu’il possède encore.

Mais il se heurte aussi aux limites de ce scénario qui n’a, dans sa trame principale, pas grand chose d’original. Or le cinéma de Brian De Palma a été fait à sa grande époque d’inattendu, de surprenant et de dérangeant. Dans Passion, si l’ambiance est parfois un rien malsaine, tout cela tient avant tout de l’exercice de style. C’est totalement maîtrisé, sans doute trop. Le film est peut-être moins froid que pouvait l’être Crime d’Amour, mais il n’arrive pas à faire naître des sentiments ambigus chez le spectateur. On assiste à l’affrontement entre les deux femmes, mais on reste trop en dehors, on ne prend pas partie.

passionBrian De Palma garde une certaine élégance dans la caméra, même si son esthétisme montre bien qu’une partie de lui-même est resté à jamais dans les années 80. On retrouve ses tics de réalisateur, notamment l’écran coupé en deux. Il le maîtrise tout ça à la perfection, mais cela donne un côté daté à sa réalisation. Il continue à nous offrir de beaux plans séquences, à soigner sa photographie et son montage. Mais il semble toujours en quête de lui même, cherchant à renouer le film d’une carrière en nous offrant ce qui a fait son succès. Cela reste beau à regarder, mais une beauté peut-être désormais un peu trop nostalgique.

Entre Passion et Crime d’Amour, le match du casting se termine sur un match nul. En effet, d’un côté Rachel McAdams ne peut lutter avec le talent et la classe de Kristin Scott Thomas. De l’autre, Noomi Rapace nous livre une interprétation beaucoup plus convaincante que Ludivine Sagnier qui n’était pas taillée pour le rôle. On pourrait alors rêver à une troisième version opposant Kristin Scott Thomas à Noomi Rapace.

Passion ne signera pas donc pas le retour du mot chef d’œuvre dans la filmographie de Brian De Palma, qui signe là un remake un peu superflu d’un film auquel il apporte son sens artistique, mais qui se heurte aux même limites du scénario.

Fiche technique :
Réalisation : Brian De Palma
Scénario : Brian De Palma, d’après le scénario original d’Alain Corneau et Nathalie Carter
Directeur de la photographie : José Luis Alcaine
Montage : François Gédigier
Direction artistique : Astrid Poeschke
Décors : Cornelia Ott Décorateur de plateau : Ute Bergk
Costumes : Karen Muller Serreau
Musique : Pino Donaggio
Durée : 100 min

Casting :
Rachel McAdams : Christine
Noomi Rapace : Isabelle
Karoline Herfurth : Dani
Paul Anderson : Dirk
Rainer Bock : Inspecteur Bach
Benjamin Sadler : le procureur
Michael Rotschopf : l’avocat d’Isabelle
Max Urlacher : Jack Koch
Leila Rozario : la femme dans l’ascenseur
Alexander Yassin : le concierge

DES ABEILLES ET DES HOMMES : Les abeilles font le buzz

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desabeillesetdeshommesafficheIl paraît que l’humanité est bientôt vouée à disparaître. Non que notre espèce soit sur le point de s’échanger quelques bombes nucléaires en guise de politesses, mais nous serions des victimes collatérales du déclin du nombre d’abeilles de part le monde. En effet, ces petites bêtes sont indispensables à la reproduction de bon nombre de végétaux. Sans elles, nous allons mourir de faim. On en est un peu plus persuadé en allant voir des Abeilles et des Hommes, un documentaire qui laisse cependant un peu sur sa faim.

Markus Imhoof nous fait voyager d’un bout à l’autre de la Terre pour établir toujours le même constat : partout les populations d’abeilles reculent. Doit-on alors prendre très au sérieux la citation d’Einstein qui veut que si l’abeille disparaît du globe, alors l’humanité n’a plus que quatre ans à vivre ?

Des Abeilles et des Hommes est sûrement très intéressant pour qui ne connaît pas du tout le sujet, grâce à une très jolie forme, sur laquelle je reviendrai. Ceux qui ont déjà un peu étudié le problème iront voir ce film pour avoir des éléments de réponses supplémentaires à deux questions : pourquoi les abeilles disparaissent-elles ? Quelles seraient les conséquences de leur extinction ? Malheureusement, ils ne seront guère plus éclairés en sortant. Le film devient réellement concret et factuel que dans son dernier tiers. Les deux premiers sont plutôt consacrés à une réflexion et une présentation générale du problème.

Des Abeilles et des Hommes a la bonne idée de ne pas désigner de boucs émissaires. En tant qu’ingénieur agronome, j’y suis allé avec une certaine appréhension, ayant la crainte d’assister à un énième brûlot à charge contre ces vilains agriculteurs, dont on oublie trop souvent qu’ils nous nourrissent. Non, le propos est plus général et rappelle bien la multiplicité des causes. C’est l’occasion d’une réflexion plus globale sur nos modes de vie et sur l’absurdité de certains de nos choix. Le tout est présenté avec une certaine poésie et le propos reste totalement accessible, même pour ceux qui ne savent même pas ce que ce signifie le terme entomologie.

Des Abeilles et des Hommes n’aboutit pas à une conclusion pessimiste sur le « on va tous mourir ». La dernière partie, la plus intéressante à mon sens, n’épargne pas non plus les apiculteurs, se demandant si ce n’est pas non plus une trop forte domestication qui est à la base de ce déclin, quand des espèces sauvages gagnent du terrain sur leurs petites sœurs. Il y a là une vraie prise de hauteur, une volonté de regarder la situation de manière globale et de se démarquer des débats trop partisans. Le film apporte alors un éclairage original sur la question et présente alors un intérêt indéniable. Cependant, encore une fois, je regrette l’absence d’éléments plus factuels pour éclairer l’ensemble.

desabeillesetdeshommesAu-delà de son intérêt intellectuel, Des Abeilles et des Hommes constitue également un très beau film cinématographiquement parlant. Les gros plans sur les insectes n’échappent pas à une certaine anthropisation, mais est-ce vraiment évitable si on veut un minimum toucher le spectateur ? Certaines séquences sont vraiment superbes et rendent le propos très vivant. Markus Imhoof enchaîne parfaitement les témoignages d’humains, avec les scènes de la vie animale. Là encore, le tout n’est pas dénué d’une certaine poésie qui nous fait oublier à quel point certaines séquences constituent avant tout des prouesses techniques.

Mon esprit de biologiste est donc ressorti quelque peu frustré de Des Abeilles et des Hommes. Je n’y ai rien trouvé qui m’ait choqué, mais je n’en suis pas ressorti avec l’impression d’avoir appris beaucoup de choses.

Casting :
Réalisateur et scénariste : Markus Imhoof
Chef monteur : Anne Fabini
Ingénieur du son : Nils Kirchhoff
Directeur de la photographie : Attila Boa
Compositeur : Peter Scherer (II)
Mixage : Bernhard Maisch
Directeur de la photographie : Jörg Jeshel

Avec la voix ce Charles Berling

HAPPINESS THERAPY : Hymne à la joie

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happinesstherapyafficheJ’adore les comédies romantiques. C’est comme pour Britney Spears ou les vignettes Panini, j’assume totalement, même si cela contredit mon image d’homme mature et viril… Comment ? Qui a dit que je n’avais jamais eu cette image ? Bref, passons et parlons plutôt de Happiness Therapy, la comédie romantique de ce début d’année 2013. Un film très réussi même s’il n’échappe pas aux limites du genre.

Pat sort de l’hôpital psychiatrique et revient vivre chez ses parents. Il est armé d’un optimisme à tout épreuve, prêt à reconstruire sa vie et surtout reconquérir sa femme. Mais la rechute n’est jamais loin et le chemin s’annonce long et difficile. Mais il va trouver un appui chez Tiffany, jeune veuve, dont la stabilité mentale n’est pas non plus le plus grand point fort. Du coup, leurs proches craignent qu’au lieu de s’aider, ils finissent pas se tirer mutuellement vers le bas.

Bon allez, je commence par mon coup de gueule habituel dans ce genre de situation. Pourquoi un film dont le titre original Silver Linings Playbook sort en France sous le titre de Happiness Therapy ? Non sérieusement ?… Comme d’habitude, je n’aurai pas de réponse à cette interrogation existentielle, alors je vais m’arrêter là. Et puis, ce n’est quand même pas ça qui va gâcher notre plaisir.

En effet, Happiness Therapy (puisqu’il faut bien l’appeler comme ça) possède assez de qualités pour en procurer une bonne grosse dose. Evidemment, comme pour toutes les comédies romantiques, on n’a pas vraiment de doute sur la manière dont tout ça va finir. L’important, c’est le comment. Et pour le coup, le chemin est ici tortueux, comme l’esprit des deux protagonistes, ornés de quelques cicatrices. Il ne réserve pas non plus de moments totalement inattendus, mais au moins n’est-il pas cousu de fil blanc.

Par contre, Happiness Therapy se distingue de la concurrence par une chose : l’impression initiale laissée par les deux protagonistes. En effet, ils n’apparaissent pas immédiatement comme terriblement sympathiques. Ils sont horripilants et de la même manière qu’ils ont du mal à tisser des liens normaux avec les autres, ils n’inspirent pas forcément une tendresse instantanée aux spectateurs. Mais ce film raconte un processus, où les personnages se reconstruisent eux-mêmes pour pouvoir reconstruire des relations avec les autres. La relation avec les spectateurs suit le même chemin. C’est, pour moi, la grande force de ce film, mais aussi sa grande limite car il est vrai qu’on a un peu de mal à y rentrer, étant parfois au bord de l’ennui lors de la première heure.

Heureusement, au fur et à mesure que les personnages s’ouvrent aux autres, on rentre dans l’histoire et on sent monter l’enthousiasme. Le film devient plus classique, mais fonctionne parfaitement car cela ressemble à une récompense pour la patiente du spectateur. Il s’achève pour un très beau final, en confirmant à quel point la danse, même de salon, peut véhiculer une foule d’émotion à l’écran. Le spectateur est alors totalement conquis, avec l’impression d’avoir lui aussi suivi cette Happiness Therapy particulièrement réjouissante.

happinesstherapyBradley Cooper est une des coqueluches d’Hollywood, sûrement l’acteur le plus en vogue avec Ryan Gosling. Il confirme dans Happiness Therapy l’étendu de son charme et de son charisme. Ce coup-ci, il est pourtant presque éclipsé par la formidable performance de Jennifer Lawrence, dont le jeu est peut-être moins spectaculaire, mais dont la formidable présence à l’écran contribue de manière magistrale à rendre l’histoire convaincante. Après Winter’s Bone et Hunger Games, elle confirme l’étendue de son talent. Enfin, un mot sur un Robert De Niro en pleine forme qui lui transforme un personnage assez antipathique en second rôle particulièrement délectable.

Happiness Therapy est au final une comédie romantique très réussie, car assez originale, en moins dans sa première partie. Si le fond est un peu léger, il évite vraiment le pathos dans lequel il aurait pu si facilement tomber.

Fiche technique :
Production : The Weinstein Company, Mirage Enterprises
Distribution : StudioCanal
Réalisation : David O. Russell
Scénario : David O. Russell
Montage : Jay Cassidy
Photo : Masanobu Takayanagi
Décors : Judy Becker
Musique : Danny Elfman
Effets spéciaux : DIVE
Costumes : Mark Bridges
Durée : 100 mn

Casting :
Bradley Cooper : Pat
Jennifer Lawrence : Tiffany
Robert De Niro : Pat Sr.
Jacki Weaver : Dolores
Chris Tucker : Danny
Anupam Kher : Dr Cliff Patel
John Ortiz : Ronnie
Julia Stiles : Veronica

LES TRIBULATIONS D’UN CHINOIS EN CHINE : Le poids des ans

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lestribulationsdunchinoisenchineafficheJ’ai récemment revu Y’a-t-il Un Pilote Dans l’Avion que je n’avais pas depuis près de 25 ans et j’ai autant ri qu’à l’époque. J’ai fait encore plus fort en revoyant Les Tribulations d’un Chinois en Chine que j’avais dû voir une année ou deux plus tôt, alors que je n’étais qu’un tout jeune bambin pur et innocent (comme les choses ont bien changé…). J’en gardais un souvenir assez extraordinaire, un de mes premiers émois cinématographiques. Malheureusement, cette fois-ci, le poids des ans s’est fait sentir… et pas qu’au niveau de ma chute de cheveux…

Arthur Lempereur a tout pour lui : beau, jeune, immensément riche et une fiancée particulièrement charmante. Mais du coup, il s’ennuie, il s’ennuie terriblement. Alors sur les conseils de M. Goh, il part à Hong-Kong où le vieux sage lui explique que pour pimenter sa vie, il vient de commanditer son assassinat. Sentant sa vie menacée, Arthur doit y reprendre goût… Et cela semble marcher, même si la belle stripteaseuse, Alexandrine Pinardel, n’y est pas non plus étrangère.

Les Tribulations d’un Chinois en Chine est la seconde collaboration entre Philippe De Broca et Jean-Paul Belmondo, après le mythique Homme de Rio. Mais si ce dernier, au moins dans mon souvenir plus frais, mais qui date quand même d’une petite quinzaine d’années, reste un film d’aventure rythmé et divertissant, celui-ci sent le bric-à-brac monté un peu à la va-vite, sûr du succès du simple fait des têtes l’affiche. Mais au final, c’est terriblement inégal et parfois légèrement consternant.

Certes, en 1965, les moyens du cinéma français était à des années-lumière de ce qui se pratiquait de l’autre côté de l’Atlantique. Alors quand il s’agissait de donner dans le divertissement aventureux et exotique, la maigreur du budget était compensée par une bonne dose d’imagination et beaucoup, beaucoup de second degré. Les Tribulations d’un Chinois en Chine en est effectivement rempli, mais il apparaît du coup comme un écran de fumée pour masquer les très nombreuses faiblesses.

Le seul élément drôle de Les Tribulations d’un Chinois en Chine repose sur la présence constante aux côtés d’Arthur de son fidèle valet, interprété par Jean Rochefort, qui porte les valises même quand il s’agit d’escalader l’Himalaya. Le côté décalé du personnage, le comique de répétition fonctionnent très bien et auraient pu donner au film un supplément de charme et d’originalité. Cela lui permet au moins de ne pas se prendre au sérieux, mais cela n’est pas suffisant pour compenser son côté poussif et parfois un rien crétin.

Les amateurs de Jules Verne ne reconnaîtront que de loin l’histoire originale de Les Tribulations d’un Chinois en Chine. Certes, l’idée de base est la même, ça se passe en Asie, mais sinon pas grand chose en commun. Déjà, le film aurait du s’appeler les Tribulations d’un Français en Chine… Mais passons… Le film est entièrement conçu pour mettre en valeur un Jean-Paul Belmondo alors au faîte de sa gloire. Mais on a souvent l’impression qu’il est a été mis à l’écran et que tout le reste est vaguement improvisé, sans que personne ne sache vraiment très bien où tout cela doit aller. Cela donne des scènes beaucoup trop longues et chaque début de bonne idée est dilué par un manque de rythme flagrant, qui laisse au spectateur du XXIème siècle tout le temps de se focaliser sur certains décors de pacotille.

lestribulationsdunchinoisenchineReste évidemment à Les Tribulations d’un Chinois en Chine le charme immortel de Jean-Paul Belmondo. Le grand acteur, pas celui qui amène son yorkshire à Roland-Garros. Mais il se lance ici dans d’interminables cabotinages qui lassent vite. Alors, encore une fois, on lui préfèrera un Jean Rochefort dont le flegme et le second degré sont un vrai régal. Certains seront avant tout sensible au charme dévastateur d’Ursula Andress… ah Ursula…

J’aurais du rester sur le souvenir enfantin que j’avais de Les Tribulations d’un Chinois en Chine… Trop tard…

Fiche technique :
Réalisation : Philippe de Broca
Assistant : Claude Pinoteau
Scénario : Daniel Boulanger, d’après le roman éponyme de Jules Verne
Décors : François de Lamothe
Costumes : Jacqueline Moreau
Photographie : Edmond Séchan
Son : Antoine Bonfanti
Musique : Georges Delerue
Montage : Françoise Javet
Effets spéciaux : Gil Delamare
Durée : 110 minutes

Casting :
Jean-Paul Belmondo : Arthur Lempereur
Ursula Andress : Alexandrine Pinardel
Jean Rochefort: Léon
Maria Pacôme : Suzy Ponchabert
Valérie Lagrange : Alice Ponchabert
Darry Cowl : Biscoton, le fondé de pouvoirs
Paul Préboist : L’adjudant Cornac
Jess Hahn : Cornelius
Mario David : Le Sergent Roquentin
Valéry Inkijinoff : M. Goh
Alexandre Mnouchkine : Le directeur de la compagnie d’assurances
Joe Saïd : Charlie Fallinster, l’Al Capone des Mers du Sud
Gil Delamare : le pilote de l’avion
Boris Lenissevitch : le professeur

LINCOLN : Le poids des mots, le génie de Spielberg

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lincolnafficheParmi tous ceux qui, sur Terre, vivent en nous racontant des histoires (je ne parle pas des politiciens ici, mais bien des artistes…), il y a ceux qui pour nous intéresser et de se démarquer des autres sont obligés d’en faire plus : plus d’action, plus de rebondissements, plus de sexe, plus de provocation… Et puis, il y a ceux qui ont assez de talent pour vous passionner même lorsqu’ils vous parlent du temps qu’il fait. Steven Spielberg est de ceux-là, un extraordinaire conteur. Peut-être le plus grand de l’histoire du cinéma, ce qu’il nous confirme avec un formidable Lincoln.

Depuis 4 ans, la guerre de Sécession ensanglante les Etats-Unis d’Amérique. Le Président Lincoln, fraîchement réélu, cherche à tout prix à faire adopter un 13ème amendement à la Constitution qui abolirait l’esclavage, enlevant toute justification à ce conflit. Mais les résistances sont nombreuses au sein du Congrès. Surtout que le Sud est au bord de la défaite et serait prêt à négocier. Un processus qui pourrait être compromis si le texte est voté.

2012 nous avait montré avec Margin Call qu’on pouvait faire du grand cinéma avec les cours de la bourse et la crise économique. 2013 nous prouve que cela est également possible avec une bataille législative. Certes, le film politique n’est pas un genre nouveau et il existe quelques chefs d’œuvre du genre. Mais cela passe souvent par une dramatisation qui en fait des polars déguisés. Lincoln n’est pas un polar, c’est un récit sans fard et sans esbroufe, nous plongeant au cœur d’un des tournants les plus marquants de l’histoire politique américaine.

Lincoln est un film à base de gens debout ou assis et qui se parlent. Bien sûr, l’enjeu est assez important pour assurer un début d’intérêt. Mais pour le maintenir, le faire grandir encore et encore pendant 2h30, il faut du génie. Il faut savoir mettre en scène, au sens premier de terme, son propos. Il faut savoir créer une tension constante, il faut toujours créer l’envie chez le spectateur de connaître la suite des évènements, il faut rendre grandiose et puissant ce qui n’est que des mots. Des mots, toujours des mots, mais des mots qui frappent, qui serrent le cœur et qui marquent d’une encre indélébile l’Histoire, celle avec un grand H.

Je suis rentré dans Lincoln à la première seconde pour ne jamais en sortir. Le film n’est pas long, il est parfait (oui bon, la perfection n’est pas de ce monde, je sais, mais j’ai l’humeur lyrique aujourd’hui). Rien n’y est vain, rien n’y est inutile. Tout concourt à retranscrire toute la force de combat, tout l’enjeu pour un homme, un pays, pour l’humanité. Oui, c’est du très grand cinéma car, par le son, par l’image et par les acteurs, le film rend passionnant ce qui aurait pu être profondément ennuyeux !

Bien sûr, Lincoln est une hagiographie. Sans doute, le point de vue sur ce personnage mythique n’est-il pas totalement objectif, même si le film cherche à le dépeindre avec toute sa complexité. Comme le dit si bien un des personnages du film, pour voir aboutir une grande cause, il faut être prêt parfois à accepter les compromissions. Steven Spielberg est particulièrement sensible à cette thématique. Mais là où il a avait échoué avec Amistad, il réussit ici avec grandeur à délivrer un message de manière éclatante. Ce dernier est assez puissant pour ne pas chercher à regarder avec un microscope s’il respecte à lettre la vérité historique.

Le cinéma de Steven Spielberg s’est toujours démarqué par un sens de la narration hors du commun. Mais bien sûr, à côté de ça, il y a aussi un grand metteur en scène, même s’il n’est pas Kubrick ou Tarantino. Lincoln est un film également parfaitement abouti artistiquement. La complicité du réalisateur avec son compositeur John Williams fonctionne toujours aussi bien. Mais la réalisation et la photographie restent d’une sobriété remarquable, là où on avait pu reprocher à la Liste de Schindler un trop grand esthétisme. Elle est comme le plus réussi des maquillages, celui qui sublime la beauté, sans que l’on remarque pour autant sa présence. Il a mis sa caméra au service de son propos et elle l’a servi avec talent digne de la grandeur de la tâche.

lincolnLincoln sera aussi peut-être le plus grand rôle de la carrière de Daniel Day Lewis. Et quand on connaît la rareté de ses apparitions, tant il les choisit avec un soin particulier, on peut mesurer l’extraordinaire éclat de sa performance. Certes, rentrer dans la peau d’un personnage historique, c’est un peu l’Oscar assuré et l’usine à superlatifs. Mais ce coup-ci, ces derniers sont infiniment mérités et jamais trop élogieux. Je ne voudrais pas oublier ici Tommy Lee Jones qui apporte vraiment sa pierre au magnifique édifice que ce film constitue, même si c’est tout le casting qui est à saluer.

Steven Spielberg nous avait fait craindre un certain essoufflement avec Tintin et Cheval de Guerre. C’est reculer pour mieux rebondir, tant ce Lincoln est un film au contenu magistral et à la forme parfaite dans sa sobriété.

Fiche technique :
Production : 20th Century Fox, Dreamworks Pictures, Reliance Entertainment, Participant Media
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Steven Spieblerg
Scénario : , d’après le livre de Doris Kearns GoodwinTony Kushner
Montage : Michael Kahn
Photo : Janusz Kaminski
Format : 35mm
Décors : Rick Carter
Son : Ronald Judkins
Musique : John Williams
Directeur artistique : Leslie McDonald, David Crank, Curt Beech
Durée : 149 mn

Casting :
Daniel Day-Lewis : Abraham Lincoln
Joseph Gordon-Levitt : Robert Lincoln
David Strathairn : William Seward
Sally Field : Mary Todd Lincoln
Tommy Lee Jones : Thaddeus Steven
John Hawkes : Robert Latham
Hal Holbrook : Preston Blair
James Spader : W. N. Bilbo

ZERO DARK THIRTY : Ou comment Maya a gagné à Où Est Charlie ?

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zerodarkthirtyafficheKathryn Bigelow a sans doute signé l’Oscar le plus inattendu avec son Démineurs. Une film que j’avais beaucoup apprécié, sans imaginer qu’il puisse remporter le prix le plus prestigieux du cinéma mondial. Un film qui apportait une regard neuf et sans concession sur la souffrance psychologique des soldats américains embraqués dans une guerre sans fin en Irak et en Afghanistan. Faire un film sur la traque et l’exécution de Ben Laden aurait pu donner le pire résultat qui soit. Mais elle était la femme de la situation et nous livre finalement ce très réussi Zero Dark Thirty.

11 septembre 2001, Oussama Ben Laden devient l’ennemi mondial numéro 1. Mais les années passent et il reste introuvable. Alors, la CIA se tourne progressivement vers d’autres priorités. Maya ne veut pourtant pas lâcher la piste qui la conduirait à Abu Ahmed, le messager personnel du leader d’Al-Qaïda, malgré les ordres de sa hiérarchie. Seule contre tous, sa persévérance finira par payer…

Bon, je ne gâche pas trop le suspense en laissant entendre que Zero Dark Thirty se termine par l’exécution de Oussama Ben Laden. L’intérêt du film est évidemment dans le comment, dans la découverte de l’envers du décor d’évènements qu’on nous a raconté à la télévision. En cela, ce film est un remarquable film d’espionnage, infiniment plus réaliste que le reste du genre. Kathryn Bigelow mélange forcément beaucoup de fiction avec la réalité, surtout que le scénario avait été écrit avant que Ben Laden ne soit retrouvé (et a donc été profondément transformé suite à cela).

Il y a eu une forte polémique aux Etats-Unis autour de Zero Dark Thirty, l’accusant de faire l’apologie de la torture. Le film nous livre surtout une vision loin de toute naïveté. On sait quand même très bien qu’elle s’est pratiquée longuement après 2001 et il aurait été ridicule de nier son rôle dans l’obtention de renseignements. Certes, Kathy Bigelow ne cherche pas à dénoncer. En fait, son film ne cherche pas à donner une opinion. Il reconstitue les évènements, nous les montre de manière assez froide et distante. A chacun de se faire une opinion.

Ce recul et cette neutralité donnent tout son intérêt à Zero Dark Thirty. Bien sûr, c’est un hommage aux services de renseignements américains, à la ténacité de certains de ses agents. Mais justement, le film montre bien à quel point ce ne sont pas de super-héros à la James Bond, mais juste de hommes et des femmes prêts à mettre toute leur énergie pour chercher une aiguille dans une botte de foin. Il montre l’ingratitude de ce travail de fourmi, où l’on risque sa vie, sans vraiment vivre de grandes aventures, faites de glamour et d’action.

Mais ce regard un peu froid constitue aussi la limite de Zero Dark Thirty, d’un point de vue cinématographique. Il bride quelque peu l’enthousiaste du spectateur, qui peut s’enflammer pour un film à thèse fortement romancé, comme l’a pu être JFK d’Oliver Stone en son temps. Ce film parle plus à notre raison qu’à notre cœur, même si la longue scène finale de l’assaut est assez prenante pour avoir le cœur qui se serre un peu en pensant à la portée des évènements.

Tout comme Démineurs, Zero Dark Thirty est un film magnifique visuellement, mais qui manque un peu d’une légère étincelle. Kathy Bigelow est une réalisatrice remarquable, le travail de photographie sur ce film était vraiment sublime. Si on y rajoute la musique d’Alexandre Desplat, on est vraiment face à une œuvre artistiquement très abouti. Mais encore une fois, j’ai aussi trouvé que tout cela reste quand même un rien contemplatif et manque d’un léger souffle. Au final, il y a peut-être un bon quart d’heure de trop. A vouloir éviter les raccourcis, l’histoire décortique un rien à l’excès les évènements.

zerodarkthirtyZero Dark Thirty repose fortement sur les épaules de la pourtant frêle Jessica Chastain. Mais son interprétation remarquable, qui pourrait lui valoir un Oscar (même si on espère tous qu’Emmanuelle Riva sera récompensée à sa place), sublime vraiment son personnage. Elle arrive à nous faire ressentir toute la force et toute la faiblesse qui se trouvent réunis dans cette femme dont la ténacité parfois horripilante sera finalement récompensée.

Zero Dark Thirty évite donc tous les pièges dans lesquels il aurait pu facilement tomber. Témoignage historique plutôt qu’œuvre de fiction passionnante, il fait définitivement de Kathy Bigelow une grande réalisatrice.

Fiche technique :
Production : Annapurna Pictures
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Kathryn Bigelow
Scénario : Mark Boal
Montage : William Goldenberg
Photo : Greig Fraser
Décors : Jeremy Hindle
Son : Paul N.J. Ottosson
Effets spéciaux : Richard Stutsman
Directeur artistique : Ben Collins, Rod McLean
Durée : 149 mn

Casting :
Jessica Chastain : Maya
Joel Edgerton : Patrick
Jason Clarke : Dan
Jennifer Ehle : Jessica
Reda Kateb : Ammar
Kyle Chandler : Joseph Bradley

LE DERNIER REMPART : He’s back !

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ledernierrempartafficheIl nous l’avait dit qu’il serait de retour, il nous l’avait promis et il a tenu parole. Après des caméos dans les deux The Expandables, Arnold Schwarzenegger est à nouveau sur nos écrans avec Le Dernier Rempart. Certes, cela pouvait faire peur à première vue. On pouvait craindre l’ode à l’auto-défense écervelé. Finalement, on a droit à un joli moment d’auto-dérision et tout simplement un bon western.

Ray Owens a connu la violence et la mort lorsqu’il était flic à Los Angeles. Désormais, il est le simple shérif d’une petite ville désespérément tranquille à la frontière entre Etats-Unis et Mexique. Mais au même moment, le pire chef de cartel qui soit s’évade selon un plan qui va l’amener à traverser cette sympathique bourgade. Mais cette dernière va se préparer à le recevoir.

S’il y a une chose que l’on ne peut pas reprocher à Arnold Schwarzenegger, c’est bien de manquer de sens de l’auto-dérision. Il en avait fait déjà preuve dans Last Action Hero, un de mes films culte, dans les années 90, où il n’hésitait pas à se dépeindre comme un abruti et à démonter tous les codes des films d’action qui ont fait sa fortune. Au moins, l’homme à du recul sur lui-même et sur son œuvre qui, si elle ne nous a jamais fait mal à la tête, nous a quand même réservé quelques très bons moments de bonheur cinématographique.

Et bien, Le Dernier Rempart se situe exactement dans la même lignée. On retiendra notamment cette réponse donnée par son personnage à la question « how do you feel ? » : « Old ! ». Le film est constellé de clins d’œil à sa propre carrière et à son retour à 65 ans dans le cinéma d’action. Il est aussi marqué constamment par un humour parodique et très second degré. Les méchants sont des caricatures et les héros ne sont pas vraiment des héros. Plutôt des gens comme tout le monde qui cherchent à faire comme les héros des films d’action. Bref, ce film ne se prend jamais au sérieux et on l’apprécie d’autant plus pour cela.

A côté de ça, Le Dernier Rempart est un western, un vrai. Certes, on se situe au XXI ème siècle mais qu’importe, les codes sont les mêmes. Il y a toujours des shérifs et des hors-la-loi qui s’attaquent aux petites villes. Cela donne quelques belles fusillades et un duel final que n’auraient pas renié John Ford ou Sergio Leone. Et si les voitures de sport ont remplacé les chevaux, on retrouve vraiment tout ce qui a fait la grandeur du western des années 60. Entre John Wayne et Arnold Schwarzenegger, les mentons des shérifs sont tout toujours aussi carrés.

Pour couronner le tout, Le Dernier Rempart nous livre des scènes d’action convaincantes et parfaitement réalisées. Certes, encore une fois, elles ne se prennent pas au sérieux et sont fortement marquées par le second degré, mais cela ne les empêche pas d’être particulièrement spectaculaires et réussies. Tout ces ingrédients font de ce film un excellent moment de divertissement bon enfant et qui ne vous coûtera pas trop de neurones.

ledernierrempartLe Dernier Rempart est un peu plus qu’une série B. Il suffit de regarder le casting. Aux côtés d’un Arnold Schwarzenegger toujours inexpressif, mais toujours aussi parfaits dans ses rôles, on retrouve notamment le trop rare Forest Whitaker, pour une contraste entre flic du FBI des villes contre shérif des champs. Le méchant est interprété par Eduardo Noriega, que l’on avait déjà vu récemment dans un western crépusculaire, Blackthorn. Il est secondé par Peter Stormare qui est décidément spécialiste des rôles d’homme de main des pires truands. Il faut dire qu’avec son physique…

Le Dernier Rempart est donc une des bonnes surprises de ce début d’année, grâce à une bonne dose d’auto-dérision, qui n’enlève rien au caractère spectaculaire et jouissif de l’action.

Fiche technique :
Production : Lionsgate, Di Bonaventura Pictures
Distribution : Metropolitan Filmexport
Réalisation : Kim Jee-Woon
Scénario : Andrew Knauer
Montage : Steven Kemper
Photo : Ji Yong Kim
Format : 35mm
Décors : Franco Carbone
Musique : Mowg
Effets spéciaux : Josh Hakian
Directeur artistique : James F. Oberlander
Durée : 104 mn

Casting :
Arnold Schwarzenegger : Ray Owens
Rodrigo Santoro : Franck Martinez
Eduardo Noriega : Gabriel Cortez
Luis Guzman : Mike Figuerola
Johnny Knoxville : Lewis Dinkum
Forest Whitaker : Agent Bannister
Peter Stomare : Burell

MARIAGE A MENDOZA : Tous les chemins mènent à la même histoire

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mariageamendozaafficheIls sont deux, trois, plus rarement quatre. Ce sont le plus souvent des hommes, même si ça peut aussi marcher en version couple. Ils ne s’aiment pas, ils s’ignorent ou bien ils ne se connaissent pas. Ils vont faire la route ensemble et cela va être l’occasion de créer ou de renouer des liens, de voir naître une amitié, une complicité, un amour fraternel. Voilà la recette immuable du road movie. Il n’y a pas longtemps, le cinéma français nous avait offert Comme des Frères, avec Nicolas Duvauchelle. Voici, désormais Mariage à Mendoza, avec Nicolas Duvauchelle. Mais les mêmes ingrédients ne donnent pas toujours le même résultat.

Antoine et Marcus, deux frères, débarquent à Bueno Aires pour se rendre au mariage de leur cousin. Mais le premier est passablement déprimé car en rupture quasi-consommée avec son épouse. Le second espère que ce voyage remontera le moral à son cadet. Mais lui aussi ne va pas très bien, suivant un traitement qui lui évite de sombrer dans la dépression. Le trajet ne s’annonce donc pas de tout repos.

Mariage à Mendoza est un film qui ne fonctionne jamais très bien, à n’importe quel niveau que ce soit. Déjà, les deux personnages principaux, et les secondaires d’ailleurs, ne sont ni convaincants, ni vraiment attachants. En fait, on s’en fout un peu de ce qui leur arrive, on ne compatit pas vraiment à leurs malheurs. Du coup, cette légère indifférence ressurgit sur tout le film, que l’on suit sans aucun enthousiasme, pour ne pas dire un léger ennui.

Plus globalement, c’est le scénario de Mariage à Mendoza qui est bancal. Certes, les péripéties sont nombreuses et relativement variées, mais ne sont jamais vraiment très drôles et souvent pas très plausibles. Bref, on n’y croit pas, en plus de s’en tamponner un peu le coquillard. Certes, on voyage un peu, l’Argentine semble un très joli pays. Mais, ce pays nous livre assez de films intéressants permettant de les découvrir directement pour ne pas y voir une raison fondamentale d’aller voir ce film très moyen.

Comme on se situe dans un domaine cinématographique où l’offre est pléthorique, on a bien du mal à pardonner une certaine médiocrité. On traverse Mariage à Mendoza avec une impression constante de déjà-vue, mais de déjà-vue en mieux… Edouard Deluc avait bien droit de faire ce film, peut-être qu’il y a mis des éléments assez personnels, mais son œuvre apparaît avant tout pour le spectateur comme une énième version d’une histoire mainte fois racontée. Les routes ne sont jamais les mêmes, mais le parcours des personnages l’est souvent.

mariageamendozaEdouard Deluc fait donc preuve d’une certaine timidité pour son premier film. Sa réalisation est propre, sans être ni brillante, ni particulièrement imaginative. Là encore, Mariage à Mendoza ne brille pas particulièrement, sans être foncièrement désagréable. Mais aucune lueur d’intérêt profond ne s’allume jamais au fond des yeux des spectateurs. Le réalisateur n’est pas parvenu à insuffler un vrai souffle à un film qui ne décolle jamais d’une certaine platitude. Et malheureusement, on ne peut même pas dire qu’il a mal exploité un potentiel, car l’idée de départ n’était même pas prometteuse.

Nicolas Duvauchelle met infiniment moins d’enthousiasme dans Mariage à Mendoza que dans Comme des Frères. Le casting est comme le reste du film, sans conviction. Philippe Rebbot est parfois totalement horripilant et l’apparition de Benjamin Biolay est trop courte pour changer quoique ce soit. On se réjouira simplement du charme très prononcé de la jeune et jolie Paloma Contreras.

Mariage à Mendoza n’est pas vraiment un film raté, mais un film pas assez réussi pour donner de l’intérêt à une histoire déjà vue mille fois.

Fiche technique :
Réalisation : Édouard Deluc
Scénario : Anaïs Carpita, Édouard Deluc, Thomas Lilti et Philippe Rebbot
Directeur de la photographie : Pierre Cottereau
Montage : Chantal Hymans
Directeur artistique : Françoise Joset et Ignacio Luppi
Musique : Herman Düne
Durée : 1 h 34

Casting :
Nicolas Duvauchelle : Antoine
Philippe Rebbot : Marcus
Benjamin Biolay : Xavier
Gustavo Kamenetzky : Gonzalo
Paloma Contreras : Gabriela
Sarah Grappin : Mélanie
César Bordón : Emilio
Gonzalo Suárez : Le rabatteur