LE MONDE FANTASTIQUE D’OZ : Sam Raimi, le vrai magicien

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lemondefantastiquedozaffichePour moi, il y’a deux réalisateurs dont l’œuvre et le talent sont bien trop sous-estimés. D’un côté, John McTiernan, l’auteur de Predator, Piège de Cristal, A la Poursuite d’Octobre Rouge et Last Action Hero, auquel les studios n’ont inexplicablement jamais fait confiance, qui n’a rien tourné depuis dix ans et va même passer quatre mois en prison. De l’autre, Sam Raimi qui nous a offert Evil Dead, Un Plan Simple, Spider-Man (le vrai, pas la daube sortie l’année dernière), Jusqu’en Enfer et enfin Le Monde Fantastique d’Oz. Ce dernier vient de sortir sans grand tambour, ni trompettes, alors qu’il est un vrai régal.

Certes, le Monde Fantastique d’Oz n’est pas doté du scénario le plus inoubliable, ni le plus complexe, ni le plus original de l’histoire du 7ème art. Pas de Dorothy ici, mais le récit de l’arrivée du fameux magicien à Oz. On pourrait donc parler de prequel, mais ce film forme vraiment une œuvre indépendante que l’on peut apprécier pleinement sans rien savoir de l’œuvre la plus connue. Bien sûr, on retrouve de nombreux clins d’œil aux évènements futurs, mais cela ne gâche en rien le plaisir de tout en ignorer. L’intrigue reste tout de même bien construite, rythmée et pleine de rebondissements (mais pas trop!), jamais cucul, dotée de personnages attachants, à défaut de grande profondeur. On reste certes dans le divertissement pur, mais une divertissement d’une incroyable qualité cinématographique.

lemondefantastiquedozEn effet, le Monde Fantastique d’Oz, c’est une idée à chaque plan. Une créativité visuelle formidable se retrouve dans la photographie, dans les angles de vue, le montage ou encore le format même de l’image. Le tout est porté par des effets spéciaux de toute beauté… justement parce qu’ils ont un léger côté rétro et pastel qui respecte totalement l’esprit des précédentes adaptations. Il s’agit peut-être d’imperfections dues à un manque de moyen, mais cela donne une personnalité graphique à ce film artistiquement remarquablement abouti. Enfin, la musique signée Danny Elfman vient apporter sa pierre, et non des moindres, à ce très bel édifice.

Sam Raimi a au moins la chance d’avoir encore la confiance de producteurs. Ceci pour notre plus grand bonheur. Espérons que la critique et le public sauront enfin voir l’immensité du talent de ce réalisateur rare, qui aime peut-être trop les films de genre pour être tout à fait pris au sérieux mais qui n’a pourtant rien à envier à un Tim Burton notamment.

Fiche technique :
Production : Walt Disney Pictures, Roth Films
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures International France
Réalisation : Sam Raimi
Scénario : Mitchell Kapner, David Lindsay-Abaire, d’après le roman de L. Frank Baum
Montage : Bob Murawski
Photo : Peter Deming
Décors : Robert Strombert
Musique : Danny Elfman
Durée : 130 mn
 
Casting :
James Franco : Oz
Mila Kunis : Theodora
Rachel Weisz : Evanora
Michelle Williams : Annie, Glinda
Zach Bradd : Frank, Finley
Bill Cobbs : Maître Tinker
Tony Cox : Knuck

 

THE PLACE BEYOND THE PINES : Voleur et gendarme

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theplacebeyondthepinesafficheMiroir, miroir, dis-moi qui est le plus beau ? Ryan Gosling ou Bradley Cooper ? Bradley Cooper ou Ryan Gosling ? Difficile de les départager, surtout quand ils se montrent aussi brillants l’un que l’autre dans le très beau The Place Beyond The Pines. Une histoire de gendarme et de voleur, qui épouse les deux points de vue. Un thème qui a toujours irrigué le cinéma, mais qui tient là une vision originale et brillante.

The Place Beyond the Pines est un film en trois parties. En dire plus serait criminel, tant le scénario dans sa construction même est plein de surprises et est intimement lié au cœur de l’intrigue. On regrettera simplement que la dernière partie soit peut-être un peu trop longue, alors que le spectateur est impatient d’arriver à la conclusion. Mais c’est bien le seul et léger reproche que l’on peut faire à ce film, qui n’est en fait pas un polar, mais un film riche sur les rapports humains et familiaux, la culpabilité ou encore l’adolescence.

theplacebeyondthepinesTout cela donne une galerie de personnages complexes et profonds, offrant une grande part de son intérêt à The Place Beyond The Pines. Surtout que ce dernier est sublimé par la qualité de l’interprétation de nos deux stars, l’un ténébreux, l’autre tout en séduction. Si on ajoute à ça, une réalisation léchée à la fois sublime et discrète, on aboutit à un des meilleurs films de ce premier trimestre.

 

Fiche technique :
Production : Focus Features, Sidney Kimmel Ent., Electric City, Verisimilitude, Pines Prod., Silverwood films, Hunting Lane
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Derek Cianfrance
Scénario : Derek Cianfrance, Ben Coccio, Darius Marder
Montage : Jim Helton, Ron Patane
Photo : Sean Bobbitt
Décors : Inbal Weinberg
Musique : Mike Patton
Directeur artistique : Michael Ahern
Durée : 140 mn
 
Casting :
Bradley Cooper : Avery Cross
Ryan Gosling : Luke
Eva Mendes : Romina
Rose Byrne : Jennifer
Dane DeHaan : Deluca
Bruce Greenwood : Bill Killcullen
Ben Mendesohn : Robin Van Der Zee

LA RELIGIEUSE : Valeurs actuelles

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lareligieuseafficheAdapter au cinéma un roman de Denis Diderot en 2013 peut sembler une drôle d’idée. Surtout quand le livre en question, la Religieuse, n’est pas vraiment un roman d’aventures intemporel. Pourtant, Guillaume Nicloux a pleinement réussi son pari avec un film convaincant, à défaut d’être totalement passionnant. Un film qui nous montre bien que même si les années et les mœurs passent, les êtres humains sont toujours les mêmes.

Bien sûr, on envoie rarement de nos jours sa propre fille moisir au fond d’un couvent parce qu’on ne peut pas lui payer de dot pour la marier. Mais on retrouve dans la Religieuse le thème de l’individu broyé par le système et la société qui reste, et restera sûrement toujours, actuel. Si les circonstances sont différentes, les mécanismes restent les mêmes, de la destruction de la volonté individuelle au mépris de celui qui cherche à se révolter de la part de ceux qui ont accepté de subir. Ce film est donc un peu plus qu’un simple film historique en costume, même si au final le scénario est un peu répétitif et aurait été mieux exploité avec un bon quart d’heure de moins.
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Reste le plaisir d’admirer le jeu remarquable de la jeune Pauline Etienne et un contre-emploi surprenant (c’est le propre du contre-emploi me direz-vous…) de Louise Bourguoin en mère supérieure sadique.

Fiche technique :

Production : Les films du Worso, Belle Epoque Films, Versus productions
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Guillaume Nicloux
Scénario : Guillaume Nicloux, Jérôme Beaujour, d’après l’oeuvre de Diderot
Montage : Guy Lecorne
Photo : Yves Cape
Musique : Max Richter
Directeur artistique : Olivier Radot
Durée : 114 mn
 
Casting :
Pauline Etienne : Suzanne Simonin
Françoise Lebrun : Mère Supérieure du couvent Sainte Marie
Isabelle Huppert : Mère Supérieure du couvent Saint Eutrope
Louise Bourgoin : Mère Supérieure du couvent Sainte Marie
Martina Gedeck : la mère de Suzanne
Agathe Bonitzer : Soeur Thérèse
Alice de Lencquesaing : Soeur Ursule
Gilles Cohen : le père de Suzanne
François Négret : Maître Manouri

AU BOUT DU CONTE : Le conte n’est pas tout à fait bon

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auboutduconteafficheAgnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri forment un couple que l’on peut considérer comme un pilier du cinéma français. Rarement décevants, ils nous livrent régulièrement des comédies des mœurs à la française qui saisissent les petits travers et péripéties de nos quotidiens ordinaires. Touchants et drôles, leurs films nous renvoient à nous-même, tout en nous livrant souvent de belles histoires. Avec Au Bout du Conte, ils ont essayé d’enrichir leur palette d’artiste, en nous proposant une réalisation et une narration plus originales. Malheureusement, l’exercice est loin d’être totalement maîtrisé.

A Bout du Conte est un film où plusieurs intrigues parallèles se croisent, les protagonistes étant liés entre eux. On est donc pas très loin du film à sketchs, genre qui donne souvent par nature des films inégaux. Ici, la qualité est plutôt homogène, mais rarement enthousiasmante. Assez long, le film manque de rythme et à force de flirter avec l’ennui, on y plonge parfois par moments. On est surtout un peu frustré face à tant de bonne volonté mal récompensée.

auboutduconteL’idée de base de Au Bout du Conte est de mêler dans un univers quotidien et contemporain des références aux contes de fée les plus connus. On retrouvera ainsi par exemple un Petit Chaperon Rouge (Agathe Bonitzer) croqué par un Grand Méchant Loup, qui prend ici la forme d’un séducteur manipulateur, magistralement interprété par un Benjamin Biolay qui est le seul à vraiment sortir du lot. Visuellement, le film a fait l’objet d’un travail beaucoup plus poussé que d’habitude chez Bacri et Jaoui. Bref, un gros effort pour rendre la forme attrayante. Dommage que le fond reste bien en deçà de qu’il nous ont déjà maintes fois proposé.

Quand on a une filmographie aussi longue, chacune de ses œuvres est forcément comparées aux autres. Et incontestablement, Au Bout du Conte ne fait pas partie des films les plus marquants du couple.

Fiche technique :

Production : Les films A4, France 2 Cinéma, Memento Films production, La Ciénfacture, Hérodiade
Distribution : Memento Films Distribution
Réalisation : Agnès Jaoui
Scénario : Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri
Photo : Lubomir Bakchev
Décors : François Emmanuelli
Son : Jean-Pierre Duret
Musique : Fernando Fiszbein
Costumes : Nathalie Raoul
Durée : 112 mn
 
Casting :
Agathe Bonitzer : Laura
Arthur Dupont : Sandro
Valéri Crouzet : Eléonore
Jean-Pierre Bacri : Pierre
Dominique Valadié : Jacqueline
Benjamin Biolay : Maxime
Agnès Jaoui : Marianne
Didier Sandre : Guillaume Casseul
Clément Roussier : Julien

20 ANS D’ECART, 40 ANS : MODE D’EMPLOI : Influences croisées

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20ansdecartCes dernières semaines sur nos écrans, on aurait pu penser pouvoir facilement comparer la manière dont le cinéma français et américain vont traiter le même sujet. En effet, sont sortis quasiment simultanément 20 Ans d’Ecart d’un côté et 40 Ans Mode d’Emploi de l’autre. Mais ces deux films ne sont pas tout à fait révélateur de la culture dont ils sont issus et vont même piocher chez l’autre beaucoup d’élements. Malheureusement, pas tout à fait avec la même réussite.

20 Ans d’Ecart est une comédie romantique francaise. Or s’il y a bien un genre où le cinéma américian règne en maître, c’est bien celui là. Cela aurait pu changer avec le génial Arnacoeur, mais ce film prouve une nouvelle fois que le cinéma hexagonal n’est pas au niveau quand il veut imiter ce qui se fait de l’autre côté de l’Atlantique. Le résultat reste sympathique et gentillet, mais n’est vraiment drôle que par intermittence. On se prend d’affection pour les personnages, mais sans vraiment les trouver profondément touchants. Bref, on est en mode long métrage qui ressemble plus à un bon téléfilm. A réserver pour une soirée pluvieuse donc ! Bon en plus, personnellement, j’ai décidemment du mal avec Pierre Ninet, ce qui va devenir un handicap cinématographique sévère ces prochainées années, tant il est devenu en quelques mois la coqueluche du cinéma tricolore.

40ansmodedemploi40 Ans Mode d’Emploi est par contre un film nettement plus intéressant, à la fois intelligent et drôle. Réalisé par Judd Appatow, il marque un tournant dans la carrière de ce dernier qui quitte la comédie totalement potache pour aller vers quelque chose doté d’un peu plus de profondeur. Bon, il y a encore quelques séquelles, comme dans une scène tournant autour du pet au lit… Ca ne dure pas longtemps, mais m’a prouvé une nouvelle fois à quel point je ne suis pas du tout branché humour scatophile ! Mais le film brille surtout par un scénario pariculièrement bien construit et qui échappe au modèle classique fâcherie-réconcilliation qui caractérise la plupart des comédies sur les vieux couples. Non, il y a beaucoup plus de péripéties et de rebondissements au cours de ces 2 heures 14 au cours desquelles on ne voit vraiment pas le temps passé. C’est très long pour une comédie, mais 40 Ans Mode d’Emploi est un peu plus qu’une comédie, mais aussi une réflexion légère mais pas superficielle sur l’usure du temps sur le couple et sur nos rêves en général. Bref, ça ressemblerait presque à une comédie des moeurs à la française… avec quelques pets en plus…

20 ANS D’ECART
Fiche technique :
Réalisation : David Moreau
Scénario : Amro Hamzawi et David Moreau, d’après une idée originale d’Amro Hamzawi
Décors : Jean Rabasse
Costumes : Isabelle Pannetier
Photographie : Laurent Tangy
Son : Lucien Balibar
Montage : Cyril Besnard
Musique : Guillaume Roussel
Durée : 93 minutes
 
Casting :
Virginie Efira : Alice Lantins
Pierre Niney : Balthazar Apfel
Charles Berling : Luc Apfel, le père de Balthazar
Gilles Cohen : Vincent Kahn, le patron d’Alice
Camille Japy : Elisabeth Lantins, la sœur d’Alice
Michaël Abiteboul : Simon Meyer, collègue et ami d’Alice
Amélie Glenn : Lise Duchêne, la nouvelle rédactrice en chef québécoise
Louis-Do de Lencquesaing : l’ex d’Alice, père de sa fille
Diana Stewart : Tracy Kimmel, la patronne du groupe
François Civil : le jeune dans l’amphi
Blanche Gardin : la photographe, Patrick
 
40 ANS : MODE D’EMPLOI
Fiche technique :
Production : Apatow productions, Forty productions
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Judd Apatow
Scénario : Judd Apatow
Montage : David L. Bertman, Jay Deuby, Brent White
Photo : Phedon Papamichael
Décors : Jefferson Sage
Musique : Jon Brion
Directeur artistique : Andrew Max Cahn
Durée : 134 mn
 
Casting :
Paul Rudd : Pete
Leslie Mann : Debbie
Maude Apatow : Sadie
Iris Apatow : Charlotte
Jason Segel : Jason
Annie Mumolo : Barb
Megan Fox : Desi

SPRING BREAKERS : Sous le soleil

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springbreakersafficheLes Etats-Unis, terre de contraste… Ok, voilà un formulation bateau qui pourrait s’appliquer à beaucoup de pays. Mais elle vient assez naturellement quand on pense à cette tradition du spring break, moment de beuverie et de débauche où les adolescents américains oublient qu’ils vivent dans une des sociétés les plus puritaines qui soit. Vous avez dit hypocrisie ? Bon, je ne suis pas ici pour lancer ce passionnant débat, mais pour vous parler de Spring Breakers, un film assez dérangeant… mais réussi puisque c’est fait exprès…

 Spring Breakers est un film troublant car il n’offre aucun point de vue. Il montre ces jeunes filles tomber dans la débauche et la violence. On voit leur fascination pour l’argent et les armes monter et les amener vers une fin que l’on imagine très vite guère proche de celle d’un conte de fée. Le tout est porté par regard crû et toujours distant, qui insiste lourdement, nous force à regarder en face et à affronter notre malaise. La réalisation est certes très esthétisante, mais cela passe avant tout par des effets de répétition nous montrant encore et encore les mêmes images, souvent au ralenti. Les images sont froides et nous donne ainsi froid dans le dos quand on a assiste à cette chute inexorable de quatre adolescentes un peu délurées vers des choses beaucoup plus graves.

springbreakersSpring Breakers est donc un film assez à part. Il ne brille pas par son scénario, ni par un vrai suspense. Mais le sujet, surtout vu de chez nous où cette tradition semble assez étrange, fascine, interpelle, éveille une curiosité qui ne faiblit pas. On se demande tout du long où Harmony Korine veut nous mener. Surtout que le rythme, assez contemplatif au début, accélère crescendo pour nous maintenir dans le film dès qu’on aurait la tentation d’en sortir.

Spring Breakers constitue la confirmation du pouvoir de caméléon de James Franco, assez méconnaissable dans ce rôle de gangster d’apparat. Ce ne sera jamais le plus grand acteur du monde, mais au moins prend-il toujours le risque de s’attaquer à des rôles toujours différents ! Sa prestation qui met elle-aussi souvent mal à l’aise restera comme un des éléments marquants de ce film.

Fiche technique :

Production : Hero Entertainment, Annapurna Pictures, Muse Rabbit Bandini Radar, MJZ O Salvation Pop Films, Iconoclast
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Harmony Korine
Scénario : Harmony Korine
Montage : Douglas Crise
Photo : Benoit Debie
Décors : Elliott Hostetter
Musique : Skrillex, Cliff Martinez
Durée : 92 mn
 
Casting :
James Franco : Alien
Vanessa Hudgens : Candy
Selena Gomez : Faith
Ashley Benson : Brit
Rachel Korine : Cotty
Gucci Mane : Archie

NO : Hymne à la joie

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noafficheQuand on est un militant politique, on rêve de mener un grand combat historique qui rentrerait dans l’histoire. Pour cela, quoi de mieux qu’une dictature qui tombe… Bon le problème, c’est qu’il faut vivre préalablement dans une dictature, ce qui n’est jamais une sinécure. Personnellement, je n’y tiens pas, je renonce donc à vivre une telle expérience. Je me contenterai de les vivre par procuration, en allant voir des films comme No par exemple. 

No nous emmène en 1988 au Chili. Sous la pression internationale, le Général Pinochet, un sympathique démocrate, est forcé d’organiser un référendum pour rester au pouvoir. Ses opposants ne sont pas d’illusions et savent le combat truqué et perdu d’avance. Pourtant, ils vont lutter avec les armes qui leur sont offertes, soit 15 minutes chaque jour à la télévision. Pour élaborer leur campagne, ils font appel à un publicitaire jeune et innovant qui va leur proposer un thème central inattendu : la joie !

No nous raconte une grande, une très grande histoire. Ce qui aurait du n’être qu’une anecdote devient un tournant historique pour le destin de tout un peuple. Le tout nous ait raconté avec beaucoup de talent narratif. Il ne se passe rien de spectaculaire, mais Pablo Larrain est parfaitement parvenu à créer une tension, un suspense qui maintient un intérêt constant et une curiosité qui ne faiblit jamais. On entre dans ce combat, on le partage avec ses protagonistes et par la même occasion leurs émotions.

noNo souffre cependant d’un léger paradoxe. Il nous raconte comment introduire la gaieté, l’énergie et l’humour permettent de remporter un combat politique. Par contre, le film manque quelque peu de ces trois éléments. La réalisation de Pablo Lorrain est sobre, pour ne pas dire un rien tristounette. Le film aurait mérité aussi un peu plus de punch dans la narration et sans doute vingt minutes de moins. Cela n’enlève rien au caractère passionnant de ce qui nous ait raconté. C’est juste que c’est raconté un peu lentement.

En tout cas, No donne une envie folle de se consacrer un peu plus au combat politique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est plus que jamais nécessaire.

Fiche technique :

Production : Fabula, Participant Media, Funny Balloons, Canana Films
Réalisation : Pablo Larrain
Scénario : Pedro Peirano, d’après la pièce de Antonio Skarmeta
Montage : Andrea Chignoli
Photo : Sergio Armstrong
Décors : Maria Eugenia Hederra
Distribution : Wild Bunch Distribution
Musique : Carlos Cabezas
Directeur artistique : Estefania Larrain
Durée : 118 mn
 
Casting :
Gael Garcia Bernal : René Saavedra
Alfredo Castro : Lucho Guzman
Antonia Zegers : Veronica Carvajal
Luis Gnecco : José Tomas Urrutia
Marcial Tagle : Costa
Nestor Cantillana : Fernando Arancibia
Pascal Montero : Simon Saavedra

WEEK-END ROYAL : Le Roi Murray

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weekendroyalafficheIl y a des acteurs qu’on a toujours plaisir à retrouver. D’autant plus quand leurs apparitions sont rares. On sait que les voir à l’écran constituera un moment privilégié qu’il faudra savourer à sa juste valeur. Bill Murray fait partie de ceux-là. Du coup, je n’ai pas voulu rater Week-end Royal, même si j’ai du pour cela me rendre à l’UGC Orient-Express, épreuve toujours pénible pour un cinéphile. J’y ai vu un film plaisant, qui réserve de belles surprises, même si le tout est au final quelque peu inégal.

Mon envie était d’autant plus forte que dans Week-end Royal, Bill Murray incarne un personnage historique que je ne peux évidemment qu’admirer : Franklin Delano Roosevelt. On y découvre la vie privée de ce grand Président. On doit d’ailleurs saluer les auteurs de la bande-annonce de ce film qui n’ont dévoilé qu’une partie du sujet, la rencontre entre le Roi d’Angleterre et le Président des Etats-Unis, et nous laisse découvrir avec surprise ce qui constitue en fait le cœur du film : la relation entre le Président et les femmes. Des relations ni simples, ni monogamiques, vous vous en doutez bien.

weekendroyalWeek-end Royal est donc un film riche, mais tout n’est pas traité avec la même réussite. Les meilleures scènes sont les têtes-à-têtes entre Roosevelt et George VI. Entre un Président infirme et un Roi bègue, cela donne quelques échanges savoureux et très intelligents, sur la manière dont le pouvoir déforme l’image que l’on a de ceux qui exercent, qui restent, quoi qu’on le veuille, de simples êtres humains. L’histoire d’amour entre Daisy et le Président, qui constitue vraiment le fil rouge du film, est aussi très agréable à suivre, car jamais cousue de fil blanc du fait de son caractère quelque peu inhabituel. Par contre, beaucoup de personnages secondaires, notamment celui de la Reine Elisabeth, sont moins réussis et les nombreuses scènes qui les mettent en avant sont parfois un peu longuettes.

Week-end Royal n’est donc pas un film politique, mais un film sur ceux à qui sont confiés le pouvoir et le destin des peuples. On a déjà fait mieux sur le sujet, mais le résultat reste quand même très agréable. Et puis, il y a Bill Murray…

Fiche technique :

Production : Daybreak Pictures, Film Four, Free Range Films
Distribution : Diaphana
Réalisation : Roger Michell
Scénario : Richard Nelson
Montage : Nicolas Gaster
Photo : Lol Crawley
Décors : Simon Bowles
Musique : Jeremy Sams
Costumes : Dinah Collin
Durée : 94 mn
 
Casting :
Bill Murray : FDR
Laura Linnet : Daisy
Samuel West : Bertie, George VI
Olivia Colman : Elizabeth
Elizabeth Marvel : Missy
Olivia Williams : Eleanor
Elizabeth Wilson : Mrs. Roosevelt

A LA MERVEILLE : Pas deux fois, Terrence !

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alamerveilleafficheEvidemment, quand quelque chose fonctionne bien, il est tentant de vouloir le reproduire. Cela marche bien avec les objets, un peu moins avec les œuvres d’art. L’inspiration ne vient pas sur commande et quand on la force, le résultat est souvent décevant. C’est exactement ce qui semble expliquer qu’A la Merveille, le nouveau film de Terrence Malick, constitue une réelle déception. En effet, en voulant absolument nous livrer un Tree of Life 2, il nous sert un film qui sent le réchauffé et qui manque passablement d’intérêt.

Les détracteurs de la Palme d’Or 2011 soutiendront qu’il n’y a pas de différence entre les deux films, ils sont tout aussi ennuyeux et abscons l’un que l’autre. Les deux films sont en effet constitués de scènes du quotidien, sans réel scénario, avec une voix-off qui débite des propos philosophiques pas toujours hyper compréhensibles. Mais si The Tree of Life réservait surtout des moments de pure magie et de pur émotion, A la Merveille ne réserve rien. Que du vide et du vent.

Certes, Terrence Malick sait toujours aussi bien filmer tout et n’importe quoi pour le rendre sublime. Il y a quelque chose de prodigieux chez ce réalisateur un peu à part et A la Merveille est une nouvelle preuve de ce talent unique. Mais une série de belles images ne font pas un film. Le spectateur attend qu’on lui dise quelque chose. Or il n’y a ici aucun propos. On assiste à la vie d’un couple et aux interrogations d’un prêtre qui vit dans le même quartier, mais dont on se demande bien ce qu’il vient foutre ici. Le tout est commenté par les personnages eux-mêmes en voix-off, qui débitent inlassablement des phrases tellement obscures et creuses qu’elles en deviennent pénibles. On a vraiment envie qu’elles se taisent et qu’on nous remette la Moldau pour pouvoir simplement apprécier ces images, sans que cela soit pollué par ce discours sans intérêt.

alamerveilleLe principal problème de A la Merveille est qu’il nous montre des personnages dont on sait tellement peu de chose qu’on se moque éperdument de ce qu’il peut leur arriver. On mesure surtout la différence de charisme entre Brad Pitt et Ben Affleck. Ce dernier, dans ce rôle quasi muet, est totalement transparent, semble toujours un peu perdu et surjoue systématiquement ses expressions. Tout cela renforce vraiment l’impression d’assister à une version ratée de The Tree of Life.

Le résultat : 112 minutes d’ennui et d’envie de demander à Terrence Malick d’arrêter définitivement la drogue… ou de se foutre de nous en essayant de nous refourguer deux fois le même film !

Fiche technique :

Production : FilmNation Entertainment, Redbud Pictures

Distribution : Metropolitan FilmExport

Réalisation : Terrence Malick

Scénario : Terrence Malick

Montage : A.J. Edwards, Keith Fraase, Shane Hazen, Christopher Roldan, MArk Yoshikawa

Photo : Emmanuel Lubezki

Format : 35mm

Décors : Jeanette Scott

Son : Craig Berkey

Directeur artistique : David Crank

Durée : 112 mn

 

Casting :

Ben Affleck : Neil

Olga Kurylenko : Marina

Rachel McAdams : Jane

Javier Bardem : Père Quintana

Tatiana Chiline : Tatiana

Romina Mondello : Anna

Charles Baker : Charles

 

MOBIUS : Jean Dujardin, seigneur de l’anneau

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mobiusafficheComme il semble chaque jour un peu plus improbable que je devienne George Clooney plus tard dans la vie, je viens de changer d’ambition et de décider de devenir finalement Jean Dujardin. Parce que franchement, à chaque nouveau film, notre star nationale gagne en classe et en charisme. Nouvelle preuve avec Möbius, un polar plutôt bien foutu (je rajouterais pour un film français, si j’étais mauvaise langue), qu’il éclabousse de son talent même s’il ne peut en gommer tous les défauts.

Le scénario de Möbius a pour moi une grande qualité, celle de se concentrer sur l’essentiel. Du suspense et de la tension qui provoquent un vrai intérêt chez le spectateur et qui arrive donc à se passer des rebondissements et des contre-pied à répétition qui sont devenus la norme pour ce genre de film. Une intrigue qu’on pourrait qualifier à l’ancienne et qui nous porte tout au long du film avec beaucoup de plaisir. Il est simplement dommage que tout cela aboutisse à un dénouement à rallonge pas hyper convaincant, avec pour moi quelques incohérences (ou alors quelque chose m’a échappé) qui donne un peu l’impression qu’Eric Rochant ne savait pas trop comment conclure. Cela n’enlève rien par ailleurs à sa très belle réalisation.

mobiusUn mot tout de même sur l’autre star de ce film, Cécile de France. Si on connaît son immense talent depuis fort longtemps, on est vraiment heureux de la voir quitter dans Möbius ses habits de femme-enfant pour celle d’une adulte. Elle ne perd rien de son charme bien au contraire. Elle y gagne en assurance et en impact dans son interprétation. Comme une deuxième naissance pour devenir définitivement une très grande actrice.

Möbius est un polar globalement maîtrisé qui nous maintient sous tension tout du long, mais se montre un peu plus hésitant au moment d’achever le chemin.

Fiche technique :
Production : Samsa Films, Recifilms, Axel Films, Artémis Productions, Les Productions du Trésor
Distribution : EuropaCorp Distribution
Réalisation : Eric Rochant
Scénario : Eric Rochant
Montage : Pascale Fenouillet
Photo : Pierre Novion
Format : 35mm
Décors : Philippe Chiffre
Son : Marc Engels
Musique : Jonathan Morali
Maquillage : Katja Reinert
Durée : 103 mn
 
Casting :
Jean Dujardin : Moïse / Grégory Liubov
Cécile de France : Alice
Tim Roth : Rostovsky
Emilie Dequenne : Sandra
John Lynch : Joshua
Vladimir Menshov : Quitusais
Aleksei Gorbunov : Khorzov