LES FEMMES DU BUS 678 : Femmes de combat

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lesfemmesdubus678afficheL’Egypte a été au cœur de l’actualité depuis un an et encore plus depuis quinze jours avec les élections présidentielles et le procès Moubarak. Du coup, il serait dommage que passe inaperçu la sortie de Les Femmes du Bus 678, un film qui dénonce les agressions sexuelles dont sont sont victimes les femmes de ce pays. Une démarche courageuse qui suffit à donner son intérêt à un film dont la valeur artistique est plus limitée.

Fayza, Seba et Nelly n’auraient jamais du se croiser dans cette immense ville qu’est le Caire, où la société est très compartimentée. Mais toutes les trois vont se dresser face au machisme ambiant et dénoncer les agressions sexuelles dont elles sont victimes. Elle vont cependant se heurter à toute une société qui vit dans le déni et les pousse à renoncer. Y compris leurs proches.

Le principal intérêt de Les Femmes du Bus 678 tient donc dans son sujet. Mohamed Diab s’est appuyé sur divers témoignages et affaires réels. Il y dénonce la négation des violences faites aux femmes, qui peut aller d’une simple main baladeuse dans le bus à une véritable agression. Mais comment se révolter quand les autres vont considèreront comme déshonorée si vous osez en parler ? Le film cherche à briser des tabous d’une société où les traditions sont encore particulièrement présentes, pour ne pas dire pesantes.

On ne peut évidemment qu’être touché et prendre fait et cause pour ces trois femmes. La justesse de leur combat est indéniable. Du coup, on entre vraiment dans Les Femmes du Bus 678 et on soutient leur lutte du fond de notre cœur. Une partie de la salle a applaudi au générique de fin, chose déjà assez rare, surtout qu’elle était loin d’être pleine. Le propos renvoie vraiment à une réalité et transcende donc les limites de la fiction.

Surtout que Les Femmes du Bus 678 souffre quand même d’un certain nombre de limites sur la forme. Déjà le scénario arrive à mêler question de fond et une vraie narration, mais présente quand même quelques faiblesses. Le propos flirte souvent avec un certain manichéisme qui le rend parfois très prévisible. Le moment le plus intéressant est lorsque les lignes se brouillent. On peut simplement regretter que, très vite, tout revienne dans l’ordre attendu.

lesfemmesdubus678La réalisation et la direction d’acteurs de Mohamed Diab sont elles-aussi plus efficaces que brillantes. C’est propre, ça ne donne pas du tout l’impression « téléfilm », mais cela reste quand même sans grande imagination. On aurait aimé plus de subtilité dans la captation des émotions des protagonistes. Plus globalement, Les Femmes du Bus 678 reste un peu entre deux, préférant un premier degré pur à une véritable émotion ou au contraire une véritable ironie.

Les Femmes du Bus 678 tire aussi son intérêt d’une interprétation vraiment convaincante. L’affection que l’on ressent pour les trois jeunes femmes ne tient pas qu’à leur statut de victimes, mais bien aussi par le talent avec lequel elles sont incarnées. On saluera en premier lieu Bushra Rozza, étonnante alors qu’elle est surtout connue pour être une chanteuse de variété très populaire en Egypte. La voir jouer la moins libérée des trois, la seule voilée, est un vrai contre-emploi, mais surtout une vraie réussite.

Au final, Les Femmes du Bus 678 est un film auquel on pardonne volontiers bien des défauts. Mais traiter de manière un peu naïve un combat si salutaire vaut parfois bien plus que traiter avec subtilité un sujet sans intérêt.

Fiche technique :
Production : Dollar Film, New Century productions
Distribution : Pyramide distribution
Réalisation : Mohamed Diab
Scénario : Mohamed Diab
Montage : Amr Salah El din
Photo : Ahmed Gabr
Son : Ahmed Gaber
Musique : Hani Adel
Durée : 100 min

Casting :
Nahed El Sebaï : Nelly
Bushra Rozza : Fayza
Nelly Karim : Seba
Omar El Saeed : Omar
Bassem Samra : Adel

SUR LA ROUTE : Un mythe littéraire à l’écran

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surlarouteafficheAu Trivial Pursuit, jeu que j’affectionne particulièrement, j’ai un point faible qui m’a coûté quelques victoires : le camembert marron. Certes, je reste un lecteur plutôt assidu, mais il me manque quand même de larges pans d’une véritable culture littéraire. Parmi les grands classiques que je n’ai jamais lus, il y a Sur la Route, de Jack Kerouac. Mais heureusement, j’ai pu me rattraper, un peu, en allant voir son adaptation cinématographique qui vient de sortir sur nos écrans.

Sal Paradise commence une carrière d’écrivain à New-York. Alors qu’il vient de perdre son père, il rencontre Dean Moriarty, un peu fou, mais au charme et au charisme ravageurs. Déterminés à vivre leur vie pleinement, ils vont prendre la route ensemble à plusieurs reprises, ce qui offrira au final à Sal son premier roman.

Sur la Route est évidemment à classer dans la catégorie des road-movies. On peut même considérer d’ailleurs que c’est le roman de Kerouac qui a inventé le concept (même si on peut aussi considérer que l’Odyssée est le vrai premier… enfin mon professeur de français de 6ème considérait qu’il était à l’origine de tout). Le film est donc constitué d’un fil rouge, sur lequel se greffent des voyages et des rencontres. On est donc proche du film à sketchs, même si chaque épisode du chemin fait évoluer les personnages.

Sur la Route est raconté à la première personne, avec Sal comme narrateur. On partage ses impressions, ses réflexions. Mais le film nous raconte tout autant le parcours de Dean. Les deux hommes suivent un chemin parallèle avant un dénouement que je ne révèlerai évidemment pas. L’affection que l’on peut ressentir pour cette histoire tient donc dans une large mesure dans l’affection que l’on peut ressentir pour les personnages. Personnellement, je les ai beaucoup aimés, ce qui m’a permis de vraiment entrer et apprécier ce film.

Sur la Route propose une multitude de personnages secondaires constants, ou croisés le long du voyage. Forcément, c’est un peu inégal, mais globalement toutes les séquences apportent quelque chose et jamais on ne sort de l’histoire. La seule qui laisse plus perplexe est celle avec Viggo Mortensen qui semble être là simplement pour offrir un rôle à cet immense acteur. Il y a une vraie cohérence entre le point de départ et d’arrivée, ce qui rend le propos convainquant.

Walter Salles, réalisateur brésilien, a préparé cette adaptation de Sur la Route pendant de longues années. Le roman a fait l’objet de plusieurs tentatives, certaines par des cinéastes très prestigieux comme Coppola, depuis les années 50, mais qui n’ont jamais abouties. N’ayant pas lu le roman, je ne peux évidemment pas juger la qualité du travail finalement réalisé, même si beaucoup de critiques ont porté justement sur les choix qu’il a du faire. Reste qu’il signe un film plutôt élégant, à la photographie soignée. La volonté de reproduire l’ambiance d’après-guerre et le désir de liberté de toute une génération se concrétise avec un certain brio.

surlarouteSur la Route fonctionne aussi grâce à ses deux acteurs principaux. On avait découvert Sam Riley dans Control, où il interprétait Ian Curtis, le chanteur de Joy Division. On l’avait un peu perdu de vue depuis, mais il signe là un retour vraiment brillant. Son alter ego, Garrett Hedlund, s’est fait remarqué lui dans Eragorn (j’en rigole encore !) et surtout dans Tron, l’Heritage. Son rôle tout en charme et en charisme n’aurait pu être incarné par n’importe quel acteur et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il s’en sort particulièrement bien. Le reste du casting, notamment féminin, est plutôt prestigieux avec Kristen Stewart et Kirsten Dunst, mais aussi les apparitions de Viggo Mortensen et Steve Buscemi.

Si j’ai vraiment apprécié Sur la Route le film, je dois avouer que son plus grand mérite aura été de me donner une irrépressible envie de lire le roman.

Fiche technique :
Production : MK2 films, American Zoetrope, Videofilmes, Vanguard films, Film 4, Jerry Leider Cy
Réalisation : Walter Salles
Scénario : Jose Rivera, d’après le roman de Jack Kerouac
Montage : François Gedigier
Photo : Eric Gautier
Décors : Carlos Conti
Distribution : MK2
Musique : Gustavo Santaolalla, Charlie Haden, Brian Blade
Durée :
137 mn

Casting :
Garrett Hedlund : Dean Moriarty / Neal Cassady
Sam Riley : Sal Paradise / Jack Kerouac
Kristen Stewart : Marylou / LuAnne Henderson
Kirsten Dunst : Camille / Carolyn Cassady
Viggo Mortensen : Old Bull Lee / William S. Burroughs
Amy Adams : Jane / Joan Vollmer
Alice Braga : Terry / Bea Franco

INDIAN PALACE : Le 3ème âge à l’ombre des éléphants

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indianpalaceafficheDe part mes origines, certes lointaines (un arrière-grand-père), j’ai un attachement particulier à l’Inde. Du coup, j’ai quelque peu hésité à aller voir Indian Palace, une comédie anglaise, qui sentait tout de même le ramassis de clichés à plein nez. D’ailleurs, mes parents, qui vont en Inde chaque année ou presque, s’y sont refusés et ont même trouvé quelque peu saugrenue mon intention d’aller le voir. Mais au final, je ne regrette pas, surtout que le vrai sujet du film n’est pas du tout l’Inde…

Des retraités quittent l’Angleterre pour diverses raisons, principalement financières, pour séjourner au Marigold Hotel à Jaïpur en Inde. Ce dernier se révèle moins luxueux qu’annoncé dans les publicités, malgré les efforts et l’énergie de son gérant, le jeune Sonny. Chacun d’eux va alors vivre une expérience qui va leur faire comprendre que leur existence est loin d’être terminée.

Indian Palace porte en fait essentiellement sur ces retraités anglais qui semblaient condamnés à une fin de vie sinistre et sans joie. L’Inde n’est qu’un prétexte, un décor. Certes, cette histoire ne serait pas transposable ailleurs, mais qu’importe si tout est un peu édulcoré, un peu carte postale. On est face à une sorte de road movie du troisième âge, mais où la route parcourue l’est surtout dans les esprits. De nouvelles perspectives s’ouvrent et redonnent goût à la vie… ou pas…

En effet, Indian Palace nous offre autant d’histoires que de personnages et chacune d’elles ne va pas déboucher sur un happy end, malgré le ton assez léger du film. On est presque proche du film à sketchs, même si tout est raconté en parallèle. Et comme d’habitude, cela débouche sur un résultat inégal. Tout ne fonctionne pas, tout n’est pas convaincant, mais globalement ça se tient. Au final, si on se prête au jeu, il se dégage de ce film une réelle émotion portée par un vraie optimiste très agréable.

Indian Palace essaye tout de même de nous parler de l’Inde, en particulier de l’opposition entre la partie de la société qui s’occidentalise à grand pas et celle qui reste attachée à une culture traditionnelle. Sauf que cette dernière, comme elle est représentée dans le film, est déjà hyper moderne. Le sujet des intouchables est lui aussi évoqué, mais sans vraiment entrer dans le cœur du sujet. Bref, comme on pouvait le pressentir en voyant la bande-annonce, la partie vraiment « indienne » du film est loin d’être la plus intéressante.

indianpalaceLa multitude des intrigues parallèles fait que le film est plutôt rythmé. Même si on n’est pas toujours totalement convaincus, au moins, on ne s’ennuie pas. La réalisation de John Madden, dont l’œuvre majeur, Shakespeare in Love a quand même reçu l’Oscar du meilleur film, est très professionnelle, mais sans génie particulier. Il faut dire que depuis Slumdog Millionnaire, on sait comment un Occidental peut filmer l’Inde avec un talent infini.

Le lien avec Slumdog Millionnaire tient aussi à la présence de Dev Patel à l’affiche. Cela permet de voir comment un film forme un tout où chaque élément se tire mutuellement vers le haut. Ou inversement, car à l’image du film, sa performance n’a cette fois rien d’inoubliable. La vraie fraîcheur vient de cette bande d’acteurs soixantenaires. Un grand bravo au trio Bill Nighy, Tom Wilkinson et surtout l’immense Judi Dench. Par contre Maggie Smith est moins convaincante, même si c’est surtout son personnage qui est à blâmer.

Indian Palace est donc au final un film sympathique, mais inégal. Un fond de réflexion qui porte sur la vieillesse, bien plus sur la société Indienne, parfois convaincant et empli d’un optimisme réjouissant.

Fiche technique :
Production : Blueprint puctures, Imagenation Abu Dhabi FZ, Participant Medi
Distribution : 20th Century Fox
Réalisation : John Madden
Scénario : Ol Parker, d’après le roman de Denorah Moggach
Montage : Chris Gill
Photo : Ben Davis
Décors : Alan MacDonald
Musique : Thomas Newman
Durée : 124 mn

Casting :
Judi Dench : Evelyn Greenslade
Tom Wilkinson : Graham Dashwood
Bill Nighy : Douglas Ainslie
Penelope Wilton : Jean Ainslie
Maggie Smith : Miuriel Donnelly
Celia Imrie : Madge Hardcastle
Dev Patel : Sonny Kapoor

DE ROUILLE ET D’OS : De corps et d’émotion

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derouilleetdosafficheJacques Audiard est depuis déjà longtemps considéré comme un des réalisateurs majeurs de l’Hexagone. Mais depuis l’immense succès de Un Prophète, chacun de ses futurs films est désormais considéré comme un véritable événement. C’est bien le cas de De Rouilles et d’Os qui a animé tous les discussions au début du Festival de Cannes, avant d’être totalement oublié par le palmarès. Une injustice ?

Ali arrive à Antibes, sans argent, mais avec son fils de 5 ans, à Antibes, vivre chez sa sœur. Vu son physique plutôt impressionnant, il va trouver un travail de videur dans une boîte de nuit. Il y fait la connaissance d’Alice, une femme vers qui tous les regards se tournent. Mais suite à un accident, elle est amputée des deux jambes. D’abord désespérée, elle va trouver un soutien inattendu chez cette homme à qui tout l’opposait.

Dans De Rouille et d’Os, on retrouve tout ce que l’on aime chez Audiard. Déjà cette incroyable capacité à capter les émotions de ses personnages pour donner une intensité dramatique phénoménale à ses intrigues. De Rouille et d’Os monte encore d’un cran dans ce domaine, au dépend d’une histoire plus simple que Dans un Prophète. Simple, mais particulièrement riche, avec une multitude de thématiques abordées.

Audiard, c’est aussi un incroyable metteur en scène. Un sens de l’image et du cadrage rare, qui fait de De Rouille et d’Os un vrai régal pour les yeux. Pourtant, il ne s’intéresse pas aux paysages, mais encore et toujours aux personnages, à leur émotions, à leurs corps. Le film parle beaucoup du rapport au corps et au physique. Les acteurs en font partie pas uniquement par leur expressivité ou par leurs dialogues, mais par leur être tout entier. Le tout donne un film d’un intensité visuelle remarquable qui sublime les émotions.

Mais… Parce que oui, il y a un mais… Honnêtement, je ne fais pas partie des gens ayant été totalement enthousiasmé par Un Prophète. J’avais trouvé le rythme beaucoup trop lent et du coup, j’avais parfois été au bord de l’ennui. Pour de Rouille et d’Os, c’est presque la même chose. Le défaut est moins présent ici, mais j’estime qu’avec une petite demi-heure de moins, le film serait meilleur. Jacques Audiard a une légère tendance à répéter un point de son propos, comme pour s’assurer que le spectateur a bien compris avant de passer à la suite. Sauf qu’on avait déjà compris dès le début…

Bon, je cherche un peu la petite bête. Mais ce genre de considération fait la différence entre l’admiration et l’enthousiasme. J’ai une admiration sans borne pour de Rouille et d’Os. Mais je n’ai pas ressenti le même enthousiasme que pour Sur Mes Lèvres, mon Audiard préféré, peut-être moins abouti artistiquement, mais plus direct, nerveux et réalisé avec les tripes.

derouilleetdosNiveau casting, de Rouille et d’Os marque une confirmation et une révélation. La révélation s’appelle Marion Cotillard… Bon ok, je fais un peu de provocation, mais malgré tout le mal que je pense que l’être humain, on ne peut qu’en dire du bien à la vision de ce film. Une interprétation juste et poignante d’un rôle qui aurait pu tuer le film s’il avait sombré dans un pathos surjoué. La confirmation s’appelle Matthias Schoenaerts, lui qu’on avait découvert dans l’extraordinaire Bullhead, qui reste pour encore pour moi le meilleur film de l’année. Un acteur au physique hors du commun qui compense une expressivité limitée par une justesse remarquable et un travail corporel impressionnant.

De Rouille et d’Os est un film admirable à tout point de vue. Une qualité artistique rare, au service d’une histoire très touchante, mais qui souffre tout de même d’un léger manque de souffle.

Fiche technique :
Production : Why Not productions, Page 114, France 2 Cinéma, Les films du fleuve, RTBF, Lumière et Lunanime
Réalisation : Jacques Audiard
Scénario : Jacques Audard, Thomas Bidegain, d’après le recueil de nouvelles de Craig Davidson
Montage : Juliette Welfling
Photo : Stéphane Fontaine
Décors : Michel Barthélémy
Distribution : UGC
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 115 mn

Casting :
Marion Cotillard : Stéphanie
Matthias Schoenaerts : Ali
Armand Verdure : Sam
Céline Sallette : Louise
Corinne Masiero : Anna
Bouli Lanners : Martial
Jean-Michel Correia : Richard

MOONRISE KINGDOM : Poésie singulière

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moonrisekingdomafficheWes Anderson est un des réalisateurs les plus singuliers d’Outre-Atlantique. Son univers a des allures enfantines, mais avec un second degré accessible aux adultes. Il rappelle celui de René Goscinny et dieu sait si cette comparaison est flatteuse venant de moi. Pour rester dans le cinéma, il y a un peu de Tim Burton chez lui, le gothique et l’aspect sombre en moins. Mais c’est avant tout un réalisateur de grande qualité qui nous livre une nouveau petit bijou : Moonrise Kingdom.

Branle-bas de combat chez la compagnie scout d’une petite île au large de la Nouvelle-Angleterre. Le jeune Sam, 12 ans, s’est enfuit. Même état d’esprit chez les Bishop, puisque leur fille Suzy semble avoir fugué. Ils ne mettront pas longtemps avant de s’apercevoir que les deux adolescents entretiennent une correspondance depuis quelques mois et ont décidé de fuir ensemble, eux qui se sont toujours sentis à part et rejetés.

Moonrise Kingdom est un film parcouru d’une folie douce, à l’image de celle qui frappe la plupart de ses protagonistes. Il en naît une grande poésie de cette histoire qui ne paye pas de mine mais qui arrive à nous proposer un très moment de cinéma. Une histoire simple mais qui brille par la richesse de ses à-côtés, la finesse de son humour et son aspect décalé tout à fait délectable. Ceux qui ont aimé Fantastic Mr. Fox retrouveront ce même talent, ce même imagination fertile.

Wes Anderson maîtrise à la perfection la confrontation entre l’innocence enfantine et les problèmes d’adultes, afin de mieux faire ressortir l’absurdité de ces derniers. Car Moonrise Kingdom ne tire pas son intérêt de son aspect compte de fées, mais bien de ce que ça révèle sur tout ce dont on s’embarrasse avec l’âge et qui nous empêche tout simplement d’être heureux. C’est plus drôle que profond, mais le propos est infiniment plus intelligent qu’il en a l’air. Le tout est souligné par une très belle bande originale signée Alexandre Desplats, auquel un bel hommage est rendu pendant le générique de fin.

Il est évident que la forme de Moorise Kingdom peut quelque peu surprendre. Pris au premier degré, on peut même trouver ce film quelque peu crétin… A la fois, il ne faut vraiment avoir aucun sens du second degré pour ne pas voir celui qui parcourt ce film. On est vraiment dans le second degré, pas le troisième ou le quatrième. Tout reste très accessible. C’est peut-être plutôt les aspects quelque peu enfantins qui peuvent rebuter certains. Mais bon, même avec une minuscule âme d’enfant, on a toute les chances d’apprécier pleinement ce film.

Le seul léger reprocher que je formulerai à l’encontre de Moonrise Kingdom est un léger manque de rythme. Le film est court, tout juste un peu plus d’une heure et demi, mais l’histoire qui reste assez simple aurait pu se conclure avec une petite dizaine de minutes de moins. On se laisse bercer par l’histoire, alors qu’elle se prêtait plutôt à nous emporter. Rien de bien méchant, mais suffisant pour que l’enthousiasme ne devienne totalement débordant.

moorisekingdomOn reconnaît la qualité de réalisateur de Wes Anderson, quand on voit le fabuleux casting qu’il a réussi à réunir, malgré un budget limité. Si Bill Murray et Frances McDormand en couple d’avocats complètement lunaires sont tout à fait dans le registre qu’on leur connaît, on apprécie particulièrement les performances de Bruce Willis, Edward Norton et Harvey Keitel dans de jolis contre-emplois. Il est évident qu’ils n’auraient jamais accepté de tels rôles pour un jeune débutant. Enfin, ne passons pas sous silence le vrai talent dont font preuves l’ensemble du casting « enfantin », en particulier les deux acteurs principaux : Jared Gilman et Kara Hayward. Toutes les scènes ne sont pourtant pas faciles, notamment celles où les deux jeunes gens découvrent l’amour.

Moonrise Kingdom a apporté un souffle de rêverie et de poésie sur le Festival de Cannes dont il a fait l’ouverture. Un vrai beau moment de bonheur cinématographique !

Fiche technique :
Production : StudioCanal, Focus Features Int’l, Indian Paintbrush, American Empirical
Réalisation : Wes Anderson
Scénario : Wes Anderson, Roman Coppola
Montage : Andrew Weisblum
Photo : Robert Yeoman
Décors : Adam Stockhausen
Distribution : StudioCanal
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 94 mn

Casting :
Jared Gilman : Sam
Tilda Swinton : Services sociaux
Frances McDormand : Mme Bishop
Bill Murray : Mr. Bishop
Edward Norton : Chef Scout Ward
Bruce Willis : Capitaine Sharp
Kara Hayward : Suzy
Jason Schwartzman : le cousin Ben

MEN IN BLACK III : Entre noir clair et noir foncé

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mib3afficheNée en 1997, la franchise Men In Black semblait enterrée, mais elle revient pour un troisième épisode, 10 ans après le second. L’avantage d’être un peu oublié, c’est que l’on attend plus grand chose de vous, voire même on n’imagine pas autre chose qu’une gentil navet. Cependant, prendre une décennie pour écrire un scénario peut faire espérer qu’elle revienne avec plein de nouvelles bonnes idées et nouveautés. La vérité se situe au final au milieu de tout ça.

Boris l’animal, un des pires criminels jamais arrêtés par l’Agent K, s’échappe de la prison située sur la lune. Il en ressort obsédé par deux choses : éliminer son vieil ennemi et provoquer l’invasion de la planète Terre pas son peuple belliqueux. Pour empêcher ce double drame, l’Agent J. n’a d’autre choix que de remonter dans le temps et croiser le chemin de son équipier du temps où ce dernier était encore jeune.

Men in Black III propose une bonne idée qui permet un certain renouvellement : le voyage dans le temps. Pas simplement pour le plaisir des anachronismes, mais surtout pour connaître un peu mieux l’Agent K, qui se caractérisait avant tout jusqu’à présent par un mutisme et un certain désenchantement. On découvrira donc les origines de cette personnalité, le tout se terminant sur une jolie surprise scénaristique. Bon, honnêtement, on aurait pu s’attendre à un effort supplémentaire pour trouver des idées novatrices. Certes, ça reste dans l’esprit, mais attendre dix ans pour ans pour ça, c’est un tantinet décevant

Les amoureux des deux premiers épisodes seront donc tout de même ravis. Les autres pourront prendre Men in Black III pour ce qu’il est au fond, un aimable divertissement familial, drôle et bien foutu. Le scénario reste un peu léger, on vient de le voir, mais on passe tout de même un bon moment. Comme l’histoire ne nous fait donc découvrir que peu de choses vraiment nouvelles, elle se concentre donc essentiellement sur les rebondissements et les péripéties, proposées à un rythme soutenu. A défaut de nous surprendre, au moins, cela nous met à l’abri de l’ennui.

Visuellement, le film n’a rien de très surprenant non plus. En effet, le film se concentre avant tout sur les personnages humains. Bien sûr, on retrouve les éternels extra-terrestres se faisant passer pour des humains par d’habiles déguisements, mais de manière beaucoup moins fréquente que dans les épisodes précédents. On peut y voir une qualité, car on peut considérer que les premiers films avaient quelque peu fait le tour de la question. L’humour est donc au final plus classique, mais toujours aussi efficace. On ne rit pas forcément aux éclats toutes les cinq minutes, mais le film ne se prend définitivement pas au sérieux.

mib3Men in Black III n’est donc ni moins bon, ni vraiment meilleur à ce que l’on attendait. C’est propre, distrayant, professionnel, bref très hollywoodien. On peut toujours discuter de l’intérêt d’un tel film, mais je serai de mauvaise foi, si je disais que je n’ai pas passé un bon moment. Cet épisode n’est pas l’épisode de trop, mais on se dit que le nombre limité de nouvelles idées n’incite pas à l’optimisme quant à un quatrième ou un cinquième opus.

Ce Men in Black III met d’autant plus en avant Will Smith que Tommy Lee Jones est absent de l’écran une bonne partie du film. Il s’acquitte de son rôle avec son charme habituel, mais sans non plus forcer son talent plus que ça. A l’image du film en fait. Son partenaire est cette fois essentiellement un Josh Brolin chez qui on sent un vrai bonheur d’être là et une implication bien plus convaincante.

Au final, Men in Black III n’a évidemment rien à voir avec le vrai bonheur qu’avait constituer le premier épisode. Mais on a connu bien des franchises dont le troisième était d’une qualité bien moindre que celui-là. Il y a même bien des franchises où même le premier était bien en dessous…

Fiche technique :
Production : Amblin Entertainment, Media Magik Entertainment, Hemisphere Media Capital, Columbia Pictures
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Barry Sonnenfeld
Scénario : Etan Cohen
Montage : Don Zimmerman
Photo : Bill Pope
Décors : Bo Welch
Musique : Danny Elfman
Durée : 104 mn

Casting :
Will Smith : L’agent J
Josh Broslin : L agent K jeune
Tommy Lee Jones : L agent K
Emma Thompson : L agent O
Jemaine Clement : Boris

MSS BALA : Funeste concours

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missbalaafficheLe cinéma mexicain reste un des cinémas les plus dynamiques. Il nous offre régulièrement des œuvres pleines d’énergie, nées de la violence de cette société marquée par la guerre contre le trafic de drogue. Cette dernière est justement au cœur de Miss Bala. Un film proprement réalisé, mais au final sans vraie surprise.

Laura et son amie Uzu s’inscrivent pour participer à un concours de beauté dans la région de Tijuana. Malheureusement, le soir même, elles se retrouvent au cœur d’une fusillade dans une boîte de nuit. Laura arrive à s’échapper, mais elle va, alors qu’elle recherche son amie disparue, recroiser le chemin du caïd à l’origine du massacre. Ce dernier, va faire pression sur elle et l’utiliser dans sa guerre contre la police… tout en lui promettant de retrouver Uzu et de lui permettre de concourir au concours de miss.

Miss Bala repose sur un principe très classique, celui de l’innocente victime entraînée malgré elle dans une histoire qui la dépasse et qui va voir sa vie mise en danger. Mais il est vrai qu’on est loin ici de Night and Day. Car elle ne se fait pas, pour une fois, enlever par un gentil qui a les apparences contre lui et dont elle va finir par épouser la cause. Non cette fois, elle est bien entraînée par de vrais méchants qui vont la forcer à devenir complice d’actes dont la seule motivation est l’argent et la défense du commerce de la drogue.

En fait, Miss Bala est un film sans gentils, en dehors de l’héroïne bien sûr. Du coup, elle ne peut compter sur personne. Police et malfrats sont engagés dans une guerre violente et sans merci. Ils ne soucient guère du sort d’une victime innocente qui est vue par tous comme un moyen d’atteindre le camp d’en face. C’est la description de cette spirale infernale et visiblement sans issue qui forme le cœur de cette histoire, qui porte une vision désabusée et assez fataliste sur la violence qui gangrène la société mexicaine.

Le tout donne un film quelque peu bancal, entre le film social et le film de gangsters pur et dur. Le film est violent, dur même parfois, mais on ne peut pas à proprement parler d’action ou de grand spectacle. De même, la vision sur la société reste quelque peu superficielle et manque quelque peu de profondeur. La critique a salué ce mélange des genres. J’en suis plutôt ressorti frustré, même si le film reste tout de même intéressant et plutôt bien foutu.

La réalisation est sobre et si la violence est crue, ce n’est jamais de manière voyeuriste ou inutilement spectaculaire. On est souvent dans le caméra à l’épaule, mais sans pour autant vous donner la nausée. Miss Bala ne ressemble pas du tout à un clip vidéo. La photographie essaye d’être la plus réaliste possible et de nous faire ressentir l’ambiance des rues mexicaines. Cela colle parfaitement à la finalité du film, mais du coup ne constitue pas en soi un intérêt particulier.

missbalaLes deux personnages principaux fonctionnent bien. Mais si l’un provoque bien le dégoût, l’héroïne quant à elle n’inspire pas toute la sympathie nécessaire à faire de Miss Bala un film totalement enthousiasmant. Certes, c’est du au fait sans doute que le personnage est réaliste et tout de même un tantinet ambigu. On y gagne sans doute en intérêt sur le fond, mais on y perd un peu en émotion pure.

Le duo Stéphanie Sigman – Noe Hernandez confirme la richesse du cinéma mexicain en termes de comédien. Aucun des deux n’est éblouissant, mais ils interprètent leurs rôles respectifs avec assez de conviction et de talent pour que l’on y croit. Ils tirent le film vers le haut et ne sont en rien responsables de ses petites imperfections.

Je suis moins enthousiaste que la plupart des critiques au sujet de Miss Bala. Je lui reconnaît un grand intérêt, une forme tout à fait correcte, mais un manque trop flagrant d’émotion.

Fiche technique :
Gerardo NARANJO – Réalisation
Gerardo NARANJO – Scénario & Dialogues
Mauricio KATZ – Scénario & Dialogues
Matyas ERDELY – Images
Ivonne FUENTES – Décors
Emilio KAUDERER – Musique
Gerardo NARANJO – Montage
Pablo LACH – Son

Casting :
Stephanie SIGMAN – Laura Guerrero
Noe HERNANDEZ – Lino Valdez
James RUSSO – Jimmy
Jose YENQUE – Kike Cámara
Irene AZUELA – Jessica Berlanga

LA CABANE DANS LES BOIS : Surprises au coin du bois

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lacabanedanslesboisafficheA la base, je n’avais pas l’intention de voir la Cabane dans les Bois. Et ce pour de mauvaises raisons. En effet, je pensais qu’il s’agissait vraiment un film d’horreur classique, avec une bande de jeunes ayant la mauvaise idée d’aller s’enfermer dans une forêt habitée par un quelconque serial killler ou un monstre des plus communs. Les critiques étaient bonnes, mais je ne les avais pas lues en détail, et je ne savais pas donc pas que ce film réservait bien des surprises. Finalement, je me suis retrouvé au cinéma à une heure où il n’y avait que ça d’intéressant et que je n’avais pas vu. Et tant mieux !

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont cinq et vont passer un week-end dans une cabane isolé, près d’un lac. Victimes idéales pour un film d’horreur ? Mais est-ce que tout ça arrive vraiment par hasard ?

Si comme moi, vous allez voir la Cabane dans les Bois en ne connaissant que le titre et l’affiche, en étant du coup persuadé que vous allez assister à un spectacle archi prévisible et connu d’avance, et bien les premières secondes vont vous plonger dans une grande perplexité. Vous ne verrez d’abord pas le rapport entre la scène d’ouverture et le sujet. Certes, très vite, le lien est fait, mais reste alors à comprendre le pourquoi. Cela prendra une bonne partie du film et fait au final une large partie de son intérêt.

La Cabane dans les Bois n’est pas à proprement parler une parodie. Il y a certes beaucoup de second degré sans ce film, mais il reprend tout de même l’ensemble des codes du genre et on imagine très vite qu’il y a un grand danger qui rôde derrière le moindre buisson. Mais l’histoire est beaucoup plus riche que prévue, vous l’aurez compris. Je suis évidemment un peu coincé car en dire plus pourrait facilement gâcher une bonne partie du plaisir des futurs spectateurs. Et comme je vous incite plutôt à aller le voir…

La Cabane dans les Bois n’est donc pas du tout réservé aux amateurs inconditionnels de film de genre, type Massacre à la Tronçonneuse ou Vendredi 13. Bien sûr, ce sont eux qui apprécieront le plus les références multiples et la manière donc les codes les plus classiques sont utilisés pour une histoire de plus grande ampleur que d’habitude. Mais d’autres pourront aimer cette histoire originale, inattendue et qui fait au final autant sourire que peur. Il n’y a pas forcément de vrais gags, mais le film est parcouru par une ironie constante.

Drew Goddard signe là son premier film. On le connaissait déjà comme scénariste, à la télé pour les séries comme Alias ou Lost, mais aussi au cinéma avec l’excellent Cloverfield. Il est ici à la fois à l’écriture et derrière la caméra. Et pour une première, c’est une réussite puisqu’il fait preuve d’une vraie maîtrise et d’un talent certain, que ça soit dans le rythme, la mise en scène ou la direction d’acteurs. Certes, ça reste plus professionnel que brillant, mais cela permet vraiment au spectateur de rentrer dans la Cabane dans les Bois et de profiter au maximum de ce spectacle très divertissant.

lacabanedanslesboisLe casting ne recèle pas de grosses révélations, mais une vraie surprise que je dévoilerai pas non plus ici, puisqu’elle ne survient qu’à la fin. Le groupe est composé de jeunes acteurs qui tiennent là le plus grand rôle et s’en sortent plutôt bien et Chris « Thor » Hemsworth. Ce dernier est plus à l’aise sans son costume de dieu asgardien, même s’il n’est définitivement pas un grand acteur… ni même un acteur si je voulais être vraiment méchant. Si un nom était à retenir, ce serait celui de Fran Franz qui fait preuve de la personnalité la plus originale. Enfin, le casting est complété par l’éternel second rôle américain Richard Jenkins, un comédien qu’on voit tout le temps et dont on ne connaît que rarement le nom.

La Cabane dans les Bois n’est pas un chef d’œuvre. Mais son côté inattendu et surprenant, le tout enrobé par une mise en scène plus que correcte, en fait un film qui sort quelque peu du lot.

Fiche technique :
Réalisation : Drew Goddard
Scénario : Drew Goddard et Joss Whedon
Direction artistique : Martin Whist
Décors : Kendelle Elliott
Costumes : Shawna Trpcic
Photographie : Peter Deming
Montage : Lisa Lassek
Musique : David Julyan
Production : Joss Whedon

Casting :
Kristen Connolly : Dana Polk
Chris Hemsworth : Curt Vaughan
Fran Kranz : Marty Mikalski
Jesse Williams : Holden McCrea
Anna Hutchison : Jules Louden
Richard Jenkins : Steve Hadley
Bradley Whitford : Richard Sitterson
Brian J. White : Alex Truman
Amy Acker : Wendy Lin

BABYCALL : Friture sur la ligne

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babycallafficheLe cinéma nordique bénéficie incontestablement d’un effet Millenium. Depuis le succès mérité de la trilogie cinématographique suédoise tirée des roman de Stieg Larsson, les films venus du froid sont distribués avec une fréquence inédite. Il faut dire qu’il y a longtemps que le Grand Nord a largement envahi le polar littéraire, il n’y a pas de raison qu’il n’en soit pas de même sur grand écran. De plus, il possède une star, désormais hollywoodienne, qui passe de la Suède à la Norvège sans problème. Ainsi Noomi Rapace est à l’affiche d’un film norvégien, Babycall.

Anna s’installe dans un nouvel appartement avec son fils de 8 ans. Elle est frappée d’une paranoïa issue de la maltraitance qu’ils ont subi de la part du père de l’enfant, qui, d’après les services sociaux, n’a pas abandonné l’idée de récupérer l’enfant et a pris un nouvel avocat pour cela. Ces derniers lui demandent aussi de ne plus dormir avec son enfant, ce qui ferait mauvais effet lors d’un éventuel procès. Pour calmer son angoisse, elle achète tout de même un babyphone. Mais avec ce dernier, elle va aussi capter des son inquiétants venus d’un autre appartement.

Babycall est un film plutôt réussi dans ses deux premiers tiers. La tension s’installe lentement, une tension qui fait naître un vraie malaise chez le spectateur. Les détails se dévoilent peu à peu, dressant un tableau qui semble cohérent et inquiétant. C’est au fond assez classique mais plutôt bien foutu, sous la caméra plutôt élégante de Pal Sletaune. On attend avec une certaine avidité le dénouement qu’on espère à la hauteur de ce préambule prometteur.

Malheurseusement, le dernier tiers part un peu en sucette. Déjà avant, il y a quelques détails qui intriguent bien avant, mais on se dit que tout va prendre un sens au final. C’est le cas, mais tout cela n’est guère convaincant. On est dans le procédé classique du « en fait, ce n’est pas du tout ce que vous croyiez ». Sauf qu’on voit un peu arriver de longues minutes avant ce qui est censé être le retournement de situation final. Et surtout quand on repense à tout ce qui a précédé, on se dit que tout ne colle pas à la perfection. En fait, au-lieu de donner à Babycall un intérêt supplémentaire, ce brusque changement de perspective lui retire une grande partie de son intérêt.

Babycall aurait pu briller par la qualité de ses personnages. Seulement, tout tourne autour de Anna. Les autres protagonistes font presque partie du décor. Du coup, on a du mal à vraiment s’attacher et surtout à s’intéresser aux relations qu’elle peut tisser avec les autres. C’est notamment vrai de son fils, auquel finalement le scénario ne s’intéresse que très peu. Cela fait qu’au final, on reste en recul de cet histoire qui nous intrigue beaucoup plus qu’elle nous passionne.

babycallGlobalement, Babycall ne voit pas ses bonnes idées développées jusqu’au bout. Le film est riche, mais chacun des aspects laisse quelque peu sur sa faim. Il reste globalement tiède et si Pal Sletaune fait preuve d’une vraie maîtrise aussi bien visuelle que narrative, notamment au niveau du rythme, il n’a pas su lâcher la bride à son imagination. C’est dommage car il avait entre les mains de quoi faire quelque chose de beaucoup plus intéressant que ça.

Babycall tient quasiment entièrement sur les épaules de Noomi Rapace. Pas n’importe quelles épaules donc. Elle fait vraiment son maximum pour donner vie à son personnage et fait preuve d’une expressivité remarquable. Cependant, elle se heurte forcément aux limites du scénario et n’arrive donc pas à faire de Anna un personnage totalement convaincant.

Babycall n’aurait peut-être pas été distribué si Millenium n’avait pas aussi bien marché. Ce n’est pas un mauvais film, mais ce n’est pas certain non plus qu’on aurait foncièrement regretté son absence sur nos écrans.

Fiche technique :
Production : 4 1/2, Pandora Filmprodiktion, BOB Film Sweden
Distribution : Jour2Fête
Réalisation : Pal Sletaune
Scénario : Pal Sletaune
Montage : Jon Endre Mork
Photo : John Andreas Andersen
Décors : Roger Rosenberg
Musique : Fernando Velazquez
Maquillage : Anja Dahl
Durée : 97 mn

Casting :
Noomi Rapace : Anna
Kristoffer Joner : Helge
Velte Qvenild Werring : Anders
Stig R. Amdam : Ole
Maria Bock : Grete

MARGIN CALL : Tout simplement passionnant !

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margincallafficheLe monde de la finance a été au cœur de l’actualité depuis bientôt 4 ans avec la crise financière qui n’en finit plus de terminer de s’achever. Il était logique que le cinéma s’en empare. On a eu droit à quelques documentaires excellents, Inside Job en tête. Mais les fictions n’étaient pour l’instant pas vraiment à la hauteur (Wall Street 2, Ma Part du Gâteau). Heureusement, Margin Call est arrivé. Un film remarquable à tout point de vue !

Les employés d’une grande entreprise de Wall Street voit débarquer dans leurs locaux une équipe chargée de faire le sale boulot, à savoir annoncer à plus de la moitié du personnel qu’il est licencié. Parmi les perdants, le responsable de la gestion des risques qu’ils interrompent en plein travail. Mais avant de partir, il demande à un de ses subordonnées, qui ne fait pas partie de la charrette, de poursuivre ce sur quoi il se penchait. Car cela s’annonce explosif pour la société, voire même pour l’économie entière.

La chose la plus remarquable dans Margin Call reste son scénario qui arrive à transformer le trading en support pour un vrai polar. Il rend concret cette activité si mystérieuse et abstraite et nous révèle comment ces apprentis-sorciers manipulent des outils dont ils ne maîtrisent guère les répercussions possibles. Le tout de manière très claire, pas besoin d’avoir un bac+5 en finance pour comprendre (même si avoir lu quelques journaux et savoir vaguement ce que sont les subprimes peut aider). C’est tout simplement passionnant autant par la mécanique de l’intrigue que par l’univers dont il nous révèle le fonctionnement.

Aller plus loin dans l’analyse du scénario pourrait conduire à gâcher les multiples surprises qu’il réserve. Non qu’il soit plein de rebondissements et de fausses pistes, comme c’est devenu l’habitude. Non, il y a un vrai suspense, mais il est bien plus subtil que cela. C’est surtout la richesse du propos qui fascine. La dimension humaine est centrale puisque beaucoup de choses reposent sur la manière dont les différents personnages vont gérer les dilemmes auxquels ils font face. Margin Call n’est pas un film contemplatif ou même réellement introspectif. Mais il en dit beaucoup sur l’âme humaine.

Le tout est réalisé avec un immense talent par J.C. Chandor qui signe là un premier film de haut niveau. Un sens de l’image, un sens de la narration, un sens du rythme, rien ne manque ! Un sujet qui aurait pu être plombant, technique ou au contraire tourner au ridicule irréaliste. C’est à la fois fascinant et convaincant, ce qui n’était vraiment pas gagné au départ. La tension monte progressivement avec une maîtrise vraiment impressionnante pour un petit bleu. Bref, Margin Call pourrait bien signer le début d’une très prometteuse carrière.

margincallLe moins que l’on puisse dire, c’est que pour un premier film, Margin Call bénéficie d’un casting très haut de gamme. En tête, deux vieux routiers du cinéma hollywoodien qui fait étalage de leur immense talent : Kevin Spacey et Jeremy Irons dans deux rôles taillés pour eux, mais dont ils s’acquièrent avec beaucoup de conviction. La jeune génération est elle aussi au niveau, avec un Zachary Quinto qui quitte définitivement son statut d’ex-acteur de série, un Paul Bettany égal à lui-même (ce qui est un beau compliment) et Simon The Mentalist Baker qui est aussi bon sur petit que grand écran. Entre les deux, la désormais rare Demi Moore qui nous rappelle qu’elle a encore de beau reste. Elle est sûrement celle qui apporte le plus de classe et d’humanité à cette distribution détonante.

Margin Call est au final un des meilleurs films de cette première moitié de 2012. Un des plus surprenants en tout cas ! Il lui manque peut-être l’élégance formelle absolue de la Taupe, mais nous sommes là à nouveau devant un grand film qui nous prouve que tension et suspense peuvent venir de bien d’autres choses que l’action ou la violence.

Fiche technique :
Production : Benaroya Pictures, Before The Door Pictures, Washington Square Films
Distribution : ARP Selection
Réalisation : J.C. Chandor
Scénario : J.C. Chandor
Montage : Pete Beaudreau
Photo : Frank G. DeMarco
Décors : John Paino
Musique : Nathan Larson
Durée : 107 mn

Casting :
Kevin Spacey : Sam Rogers
Paul Bettany : Will Emerson
Jeremy Irons : John Tuld
Zachary Quinto : Peter Sullivan
Simon Baker : Jared Cohen
Penn Badgley : Seth Bregman
Mary McDonnell : Mary Rogers
Demi Moore : Sarah Robertson
Stanley Tucci : Eric Dale