UNE BOUTEILLE A LA MER : Les mots par delà les murs

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unebouteillealamerafficheLes tensions religieuses au Proche-Orient ont inspiré deux très bons films en 2011 : le magnifique Et Maintenant On Va Où ? et la surprenante comédie le Cochon de Gaza. 2012 semble partie sur cette lancée avec une nouvelle production française de qualité qui nous plonge au cœur du conflit israélo-paléstinien : Une Bouteille à la Mer. Une œuvre au message simple, pleine d’un optimiste humaniste qui redonne un peu d’espoir.

Tal est une jeune française de 17 ans, dont la famille vient tout juste de s’installer en Israël. Un attentat dans son quartier la bouleverse et la pousse à vouloir comprendre le sens de tout ceci. Par l’intermédiaire de son frère, militaire à la frontière avec Gaza, elle envoie un message dans une bouteille, espérant qu’elle s’échoue et soit récupérée par un Palestinien acceptant de dialoguer avec elle. Quelques jours plus tard, le miracle se produit et elle reçoit une réponse.

Une Bouteille à la Mer est une belle histoire. Comme beaucoup de belles histoires, elle est un peu trop belle pour être vraie. Mais comme beaucoup de belles histoires trop belles pour être vraie, on a envie d’y croire. On est au cinéma, face à une fiction, pas face à un documentaire. Alors pourquoi pas ne pas rêver deux secondes. Surtout que, je vous rassure, le film ne se termine pas par « ils se marient et ont beaucoup d’enfants ». Le film n’est pas (trop) fleur bleue. Il est tout simplement optimiste. Et il n’y pas forcément de mal à l’être de temps en temps.

Au-delà de la naissance d’une amitié épistolaire improbable, Une Bouteille à la Mer cherche à mettre en parallèle le quotidien de chaque côté de la frontière. Les deux personnages n’ont rien d’exceptionnel, à part leur volonté d’échapper à la haine brute et aveugle. Mais ni l’un, ni l’autre ne peut échapper la peur, à la violence et la pression de la société dans laquelle ils vivent. Un des grands mérite du film est ne pas chercher à tout prix à nous expliquer qu’au fond, ils sont pareils. Non, ils vivent dans des mondes très différents, même s’ils ne vivent qu’à 45 km l’un de l’autre et forcément, leur personnalité, leur façon de voir le monde en est profondément affecté. Après, contrairement à tous ceux qui les entourent, il acceptent de considérer le point de vue l’autre, mais sans forcément le comprendre ou le partager.

Une Bouteille à la Mer est aussi un film sur l’adolescence. Une adolescence dans un contexte assez particulier, mais une adolescence quand même, avec son premier amour, ses premières cigarettes, ses interrogations. On regretterait presque que cet aspect ne soit que secondaire, tant il est traité avec beaucoup d’intelligence. Je souligne trop souvent que la vision cinématographique de cet âge si particulier tourne le plus souvent à la caricature et au ridicule. Il n’en est rien ici et cela joue beaucoup à l’attachement que l’on peut ressentir pour les personnages. Sans cela, on n’arriverait pas à rentrer aussi profondément dans cette histoire et on n’arriverait définitivement pas à y croire.

unebouteillealamerLa réalisation de Thierry Binisti est sobre et parfaitement au service de son histoire et de ses personnages. Il alterne les passages touchants, drôles et dramatiques avec le même bonheur. Il arrive à insuffler ce qu’il faut de rythme pour arriver à nous faire entrer dans cette histoire entre deux êtres qui ne peuvent se voir et se rencontrer.

Les deux acteurs sont parfaitement dans leur rôle. On avait remarqué Mahmud Shalaby dans les Hommes Libres, où il incarnait…un juif. Comme quoi, ces deux peuples ne sont définitivement pas si éloignés que cela. Quant à la jeune Agathe Bonitzer, elle quitte ici définitivement les rôles de petite fille qu’elle interprète depuis longtemps dans divers films français. Beaucoup de sensibilité dans une interprétation sobre et crédible.

Une Bouteille à la Mer est donc une belle histoire, très bien racontée. On espère juste un jour pouvoir en retrouver quelques unes de ce type au journal de 20h.

Fiche technique :
Production : TS productions, EMA Films, Lama Films, France 3 Cinéma
Distribution : Diaphana
Réalisation : Thierry Binisti
Scénario : Valérie Zenatti, Thierry Binisti, d’après le roman de Valérie Zenatti
Montage : Jean-Paul Husson
Photo : Laurent Brunet
Décors : Boaz Katznelson
Musique : Benoît Charest
Costumes : Halada Attalah
Durée : 99 mn

Casting :
Agathe Bonitzer : Tal
Mahmoud Shalaby : Naïm, Gazaman
Hiam Abbass : Intessar
Riff Cohen : Efrat
Abraham Belaga : Eytan
Jean-Philippe Ecoffey : Dn
Smadi Wolfman : Myriam
François Loriquet : Thomas
Salim Daw : Ahmed

LA TAUPE : Londres, nid d’espions

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lataupeafficheJohn Le Carré est un auteur au style unique et et reconnaissable. Une écriture puissante, épaisse et d’une formidable densité. Des intrigues complexes dans lesquels les lecteurs sont plongés sans ménagement et de manière brutale. Bref une œuvre qu’on ne peut adapter fidèlement à l’écran sans un immense talent. Tomas Alfredson avait prouvé qu’il en avait à revendre avec Morse, petit bijou du cinéma européen (lamentablement adapté aux US sous le titre Laisse-moi Entrer). Il le confirme avec le premier vrai chef d’œuvre de 2012, la Taupe.

Le patron MI6 envoie en secret un de ses agents en Hongrie pour une mission secrète, connue que des deux hommes. Et pour cause, il s’agit de récolter des informations sur une taupe qui aurait été implantée par les Soviétiques au sommet de l’espionnage britannique. Mais la mission tourne au fiasco et il est renvoyé, entraînant avec lui son fidèle adjoint, George Smiley. Ce dernier est cependant rappelé quelques temps plus tard par le ministre lui-même pour enquêter sur un éventuel agent-double, dont l’existence semble de plus en plus probable.

La Taupe est tout simplement un film remarquable, passionnant, alors que l’œuvre littéraire n’était certainement pas celle qui se prêtait le plus à un adaptation cinématographique. Mais le résultat est à la hauteur, tous les pièges ayant été évités avec un formidable brio. Un film aux qualités si nombreuses que l’on ne sait où commencer, tant le travail de Tomas Alfredson est impressionnant. Il prouve ici que l’on peut créer une incroyable tension et un fascinant suspense sans aucune scène d’action.

Comme on pouvait s’y attendre, la Taupe possède un scénario incroyablement dense. Pourtant le film arrive à éviter une complexité excessive. Certes, il faut rester un minimum concentré, mais tout est exposé de manière claire, logique et parfaitement ordonné. Pourtant, les nombreux flashbacks, la multitude des personnages auraient pu créer la confusion. Il n’en est rien, ce qui permet au spectateur de reste totalement dans l’histoire et de la dévorer, comme on dévore un roman passionnant.

La Taupe est un film tout en tension. Un tension qui naît des rapports entre les personnages où se mêlent la défense de la patrie avec l’ambition, l’hypocrisie et la jalousie. La vision du MI6 donnée par John Le Carré, lui-même ancien espion, n’est guère flatteuse. Si 2011 nous a livré deux très beaux films sur les coulisses de la politique (les Marches du Pouvoir et l’Exercice de l’Etat), ceux de l’espionnage ne sont pas mal non plus.

lataupeMais cet aspect de la Taupe ne prend vraiment son intérêt que par la merveilleuse façon dont cette tension est visuellement retranscrite à l’écran. La manière dont Tomas Alfredson capte les regards, fait ressortir par des petits riens la nature profonde des personnages fait de ce film une œuvre totalement aboutie. Le travail sur la photographie, la musique et surtout les couleurs démontre à quel point la réussite de ce film ne doit rien au hasard. On est face à un travail cinématographique majeur qui n’est pas là juste pour épater la galerie, mais au service, on l’a vu plus haut, d’un scénario fort et complexe.

La Taupe acquiert définitivement son statut de grand film par son casting. Mais ce n’est pas que la liste de noms qui est impressionnante, c’est aussi la manière dont Tomas Alfredson a su transformer ses acteurs. Au premier rang d’entre eux, un Gary Oldman totalement méconnaissable. On connaissait son immense talent, mais il tient là peut-être son plus grand rôle. Il incarne littéralement son personnage, donnant même l’impression d’avoir abandonné son propre corps pour celui d’un autre. Le reste de la distribution est au diapason. On citera en particulier un Colin Firth égal à lui-même, ce qui est en soit un beau compliment, et Toby Jones, dont le physique particulier ne lui permet pas de mener une carrière à la hauteur de son talent.

Adapter la Taupe à l’écran était donc un vrai pari, mais parfaitement relevé par Tomas Alfredson qui nous offre là le premier moment de pur enthousiasme cinématographique de 2012.

Fiche technique :

Production : Studiocanal, Working Title, Karla films, Paradis films, Kinowelt
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Tomas Alfredson
Scénario : Bridget O’Connor, Peter Straughan, d’après le roman de John Le Carré
Montage : Dino Jonsäter
Photo : Hoyte Van Hoytema
Décors : Maria Djurkovic
Musique : Alberto Iglesias
Costumes : Jacqueline Durran
Durée : 127 mn

Casting :

Gary Oldman : George Smiley
Mark Strong : Jim Prideaux
Colin Firth : Bill Haydon
John Hurt : Control
Ciaran Hinds : Roy Bland
Tom Hardy : Ricky Tarr
Benedict Cumberbatch : Peter Guillam
Toby Jones : Percy Allenine
Kathy Burke : Connie Sachs

TUCKER ET DALE FIGHTENT LE MAL : Quand George Feydeau rencontre Sam Raimi

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tuckeretdalefightentlemalafficheMélanger des genres peut donner des résultats assez inattendus. Parfois pour le pire, mais souvent pour le meilleur. Rien que par son titre, on sent bien que Tucker et Dale Fightent le Mal est une parodie de « slash movie ». C’est un genre qui a le vent en poupe depuis Scream et il est vrai que l’on supporte de moins en moins quand ce genre de film se prend trop au sérieux. Mais ce nouveau mélange d’horreur-comédie brille par une originalité particulière.

Une groupe de jeunes étudiants partent camper au fin fond de l’Amérique profonde, peuplée, on le sait depuis Délivrance, de dégénérés, ayant tendance à se muer en tueurs en série. C’est exactement ce qu’ils pensent de Tucker et Dale, qu’ils croisent à une station service. Or, ces derniers ne sont en fait que deux braves types, tout heureux d’avoir enfin pu acheter une petite maison au bord d’un lac pour pouvoir y passer leurs vacances à pêcher et boire des bières. Mais quand ils sauvent une des étudiantes de la noyade et la mettent au chaud, ses camarades sont persuadés qu’ils vont la tuer, ou même bien pire, et se décident à la sauver.

Tucker et Dale Fightent le Mal est tout simplement un vaudeville. Bon, il n’y a pas d’amant dans le placard, mais on retrouve exactement la même mécanique comique, à base de quiproquos et de mauvaises interprétations dues à de mauvais timings. Un ressort classique au théâtre, un rien ringardisé au cinéma, mais qui retrouve ici une seconde jeunesse. Cela ne ressemble surtout à rien de connu et renouvelle vraiment un genre qui se basait jusqu’à présent toujours un peu sur les mêmes idées.

La première qualité de Tucker et Dale Fightent le Mal est donc d’être très drôle. Un humour très premier degré certes, mais terriblement efficace. Cela ne tombe surtout jamais dans le vulgaire ou l’utra-lourdingue, alors que ce n’était pas gagné au départ. Certes, on retrouve les clichés du genre, comme les étudiantes aux formes généreuses assez peu habillées, mais sans qu’il n’y est pour autant de blagues en dessous de la ceinture. Pas de pipi-caca non plus. Bref, le plus grand mérite de Eli Craig est d’avoir constamment renoncé à la facilité, de s’être tenu à sa très bonne idée de départ, sans perdre son sang froid et sans en faire trop. Il y a donc une vraie maîtrise qui fait de ce film un peu plus qu’une série B.

D’un autre côté, la plus grande limite de Tucker et Dale Fightent le Mal, c’est de n’être que drôle. C’est là la grande différence avec Scream qui fasait rire, mais qui faisait aussi peur. Rien de cela ici. Le film commence comme un film d’horreur classique, mais une fois que l’on a compris que la mécanique était tout autre, il n’essaye plus de reprendre les codes du genre, à part les morts qui s’accumulent et l’hémoglobine qui coule. Ces derniers sont au service de l’humour, pas pour effrayer les âmes sensible. Le scénario se concentre uniquement sur l’idée de départ et l’exploite jusqu’au bout. C’est peut-être tant mieux, mais cela condamne ce film à rester dans le sympathique, sans entrer dans le génial.

tuckeretdalefightentlemalTucker et Dale Fightent le Mal fonctionne à la perfection aussi grâce aux petits à côté. Mine de rien, ce film apporte une petite dose de réflexion sur les préjugés et la confiance en soi. Pas de la philosophie hyper profonde, mais le tout est traité avec assez d’intelligence pour apporter un vrai plus et surtout nous permettre de nous attacher terriblement aux personnages. Cela confirme vraiment la qualité d’écriture d’un scénario dont le titre ne nous le laissait pas présager.

Tucker et Dale Fightent le Mal nous livre un quatuor d’acteurs plutôt sympathiques. Le seul qu’on a déjà eu l’occasion d’apercevoir est Alan Tudyk, dans l’excellent Chevalier notamment. Mais lui, comme ses compagnons ont pour l’instant plutôt joué dans des troisièmes rôles et le plus souvent dans des séries. Mais on peut remercier comme il se doit Tyler Labine, Katrina Bowden et Jesse Moss pour le très bon moment qu’ils nous font passer en leur compagnie.

Tucker et Dale Fightent le Mal est donc un film plutôt surprenant, remarquablement bien écrit pour une comédie premier degré, mais qui fait vraiment rire.

Fiche technique :
Réalisation : Eli Craig
Scénario : Morgan Jurgenson et Eli Craig
Décors : Sean Blackie, Amber Humphries et Thomas Walker
Costumes : Mary Hyde-Kerr
Pays d’origine : Canada
Genre : Horreur, comédie
Durée : 88 minutes
Dates de sortie française : 1er fevrier 2012 (en salles)
Producteur : Thomas Augsberger
Musique : Natasha Duprey et Andrew Kaiser

Casting :
Tyler Labine : Dale
Alan Tudyk : Tucker
Katrina Bowden : Allison (Ally)
Jesse Moss : Chad
Philip Granger : Sheriff
Brandon Jay McLaren : Jason
Christie Laing : Naomi
Chelan Simmons : Chloe
Travis Nelson : Chuck
Alex Arsenault : Todd
Adam Beauchesne : Mitch
Joseph Allan Sutherland : Mike
Karen Reigh : Cheryl
Tye Evans : Le père de Chad

ELLES : Risible

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ellesafficheAh j’ai bien ri devant Elles. Je n’ai pas été le seul, car plusieurs éclats de rire ont raisonné dans la salle venant de derrière moi (vu que je suis toujours au troisième rang) et ce à ne nombreuses reprises. Le signe d’un bon moment partagé par l’ensemble de l’audiance ? Pas vraiment. Le problème ? Ce n’est pas du tout censé être un film comique, mais un film sur la prostitution… Mais j’ai rarement vu un film aussi ridicule à tous points de vue !

Anne, journaliste pour un magazine féminin, enquête sur les étudiantes qui se prostituent pour financer leur cursus et leur logement. Elle rencontre Alicja et Charlotte qui vont se dévoiler de manière très crue, tandis qu’à la maison son couple bat de l’aile. Ces échanges vont la bouleverser et remettre en cause sa propre existence.

Il y a tellement de choses à redire à Elles qu’on ne sait par où commencer. Bon, globalement, si je devais résumer le message de ce film en une phrase, ça serait : il vaut mieux être une pute épanouie qu’une bourgeoise frustrée… Je caricature un peu, mais à peine. La vision donnée par ce film de la prostitution laisse pantois. Bon certes, on reste dans un contexte bien particulier, mais le film semble nier tout caractère traumatisant à cette situation. Bien sûr, on a droit à une petite scène de violence pour montrer que ce n’est quand même pas un métier sans risque, mais ça sonne presque comme un alibis.

A côté de ça, Elles nous narre les états d’âme de cette journaliste de renom, mais franchement… on en a absolument rien à faire. Son grand fils sèche le cours, olalala quelle horreur ! Bon, le but doit être de créer un contraste entre les quotidiens des différents personnages, mais en passant tant de temps sur celui qui n’a justement rien de passionnant, on plonge très vite le spectateur dans l’ennui le plus profond. Globalement, aucun personnage ne fonctionne dans ce film, ce qui finit d’achever toute parcelle d’intérêt dans le propos.

Mais si le fond est désastreux, que dire de la forme ? Là, on touche le fond justement, ce n’est pas peu dire. Elles est un film extrêmement cru, ce n’est pas peu dire non plus. Il est d’ailleurs interdit au moins de 12 ans. Je ne me rappelle pas avoir jamais vu de « golden shower » au cinéma. Bon là, je sais, vous êtes quelques uns à vous demander ce que c’est, mais ne voulant pas choquer les âmes les plus sensibles, je ne l’expliquerai pas ici. Le contenu sexuellement explicite aurait pu avoir un intérêt s’il était au service de quelque chose, mais il n’en est rien. Il est juste là pour masquer un vide abyssal et un propos qui n’en n’est pas un.

ellesElles recèle quelques scènes tellement ridicules qu’on en est gêné pour le réalisateur. Une scène de masturbation dans la salle de bain provoque déjà un début d’hilarité mal venue. Mais le film décroche le pompon du ridicule avec une scène de repas où la journaliste imagine que ses invités sont remplacés par les clients des deux jeunes femmes. Sauf que l’un est nu et joue « Les Feuilles Mortes » que tout le monde reprend en cœur. Certes, cela fait référence à un autre passage du film, mais tout de même, c’est complètement surréaliste tellement c’est risible. Mais de manière générale, l’usage à plusieurs reprises de musique classique pour accompagner des scènes sans intérêt, tout ça pour essayer de leur donner de la profondeur et de la grandeur, montre bien combien Malgorzata Szumowska sombre dans le n’importe quoi artistique.

On est presque peiné de citer les acteurs qui ont participé à ce naufrage. La pauvre Juliette Binoche ne pouvait pas grand chose pour sauver son personnage et sombre gentiment avec lui. Par contre, on retiendra tout de même comme seul et unique motif de satisfaction les performances des deux jeunes filles, incarnées par Anaïs Demoustier et Joanna Kulig.

Au final, si Elles pousse le spectateur à la réflexion, c’est parce qu’il se demande si le fond est bien consternant et la forme risible… ou bien si c’est l’inverse.

Fiche technique :

Production : Slot machine, Memento Films, Liberator productions, Zentropa, Canal + Poland, ZDF
Distribution : Haut et Court
Réalisation : Malgorzata Szumowska
Scénario : Malgorzata Szumowska, Tine Byrckel
Montage : Françoise Tourmen, Jacek Drosio
Photo : Michal Englert
Son : André Rigaut
Musique : Pawel Mykietyn
Costumes : Katarzyna Lewinska
Durée : 96 mn

Casting :
Juliette Binoche : Anne
Anaïs Demoustier : Charlotte
Joanna Kulig : Alicja
Louis-Do Lencquesaing : Patrick
Ali Marhyar : Saïd
François Civil : Florent

ANOTHER HAPPY DAY : Famille, je vous…

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anotherhappydayafficheDans la série des films qui vous font aimer votre propre famille en comparaison avec celle des autres, voici Another Happy Day. Une sorte de mini Festen (toute proportion gardée) à l’américaine, qui dynamite les valeurs traditionnelles de ce beau pays. Une film méchamment drôle, drôlement méchant, mais aussi terrifiant et émouvant.

Lynn arrive avec deux plus jeunes fils, Ben et Elliot, chez ses parents pour une occasion heureuse : un mariage. Il s’agit de celui de son troisième fils, demi-frère des deux autres, qu’elle n’a pas élevé, après avoir fui son ex-mari violent, Paul, avec sa fille. Toute la famille est là, à l’exception de cette dernière qui veut éviter de revoir son père biologique, auquel elle n’a pas parlé depuis sept ans. Il règne une ambiance particulièrement pesante, marquée par les tensions entre Lynn, Paul et sa nouvelle femme, sous le regard d’Elliot qui partage son temps entre les moments de lucidité ironique et l’abus d’alcool et de stupéfiants.

Another Happy Day est le premier film de Sam Levinson, fils de Barry Levinson, le réalisateur de Good Morning Vietnam et Rain Man. J’aurais donc pu commencer ma critique par « dans la série les chiens ne font pas de chats ». Remerciez-moi, je vous ai épargner ce lieu commun. Bon, après, il faut voir si ce film est une façon d’exorciser ce qui se passe dans la famille Levison. Franchement, je n’espère pas pour eux…

En effet, Another Happy Day est un film sur des gens qui se détestent et se méprisent, mais qui sont bien obligés de cohabiter puisqu’ils font partie de la même famille. Et comme pour la plupart d’entre eux, les apparences sont ce qu’il y a de plus important, tout cela donne une montagne d’hypocrisie, de non-dits, de messes-basses et de mesquineries cruelles et méchantes à n’en plus finir. Au milieu de tout cela, Lynn et son fils Elliot ont un grave défaut : ils expriment ce qu’ils ont sur le cœur et refusent de se soumettre à la dictature ambiante.

Il faut dire qu’ils ont de quoi se révolter. Mais comment faire quand votre propre famille ne cherche qu’à vous faire taire, à vous expliquer que tout est de votre faute puisque vous n’acceptez pas de faire comme si. Certaines scènes de Another Happy Day sont quelque part plus violentes que n’importe quel bain de sang, juste par une seule petite réflexion, une compassion que l’on refuse, un geste de mépris presque anodin. Face à cela, un des grands intérêt du film repose sur le contraste entre les efforts désespérés de Lynn pour faire comprendre ce qu’elle ressent et le regard cynique et désabusé d’Elliot.

Avec ce sujet, Another Happy Day aurait pu devenir soit une vraie comédie grinçante, soit un vrai drame psychologique. Sa grande originalité et sa grande force est de se situer entre les deux. Certes, certains passages sont d’une cruauté sans borne, mais le personnage d’Elliot apporte un détachement par rapport aux situations qui nous permet de contempler tout cela avec beaucoup d’ironie. Les « méchants » sont tellement mesquins et au fond malheureux qu’on arrive à rire d’eux, même si on prend évidemment pitié pour cette pauvre Lynn et pour sa fille.

anotherhappydayAnother Happy Day est un film qui va crescendo. Il est vrai qu’on a un peu de mal à rentrer dans cette histoire lors du premier tiers du scénario. Mais au fur et à mesure que l’on se rapproche du mariage, lorsque tous les personnages sont rassemblés et que la tempête peut éclater à tout moment, on se prend au jeu et on exulte devant le spectacle de cette famille très éloignée de l’idéal puritain qu’elle essaye de suivre.

Another Happy Day nous offre une très belle galerie de personnages et par la même occasion une très beau casting. Retenons trois nom : Elle Barkin nous offre une très belle performance qui est peu toujours sur le même registre, mais parfaitement exécutée. Ezra Miller confirme qu’il sait parfaitement incarné les adolescents torturés, après ses prestations remarquées dans City Island (un vrai petit chef d’œuvre bien trop inaperçu) et We Nee to Talk About Kevin. Enfin Demi Moore n’a peut-être le rôle plus subtil et le plus intéressant, mais elle brille par son charisme de vraie star d’Hollywood.

Another Happy Day est donc un film profondément humaniste… mais qui ne nous donne pas vraiment envie d’aimer certains humains.

Fiche technique :
Production : Mandalay Vision, Filmula, Prop Blast Films, Cineric, Taggart Productions
Distribution : Memento Films
Réalisation : Sam Levinson
Scénario : Sam Levinson
Montage : Ray Hubley
Photo : Ivan Strasburg
Décors : Michael Grasley
Musique : Olafur Arnalds
Durée : 119 mn

Casting :
Elle Barkin : Lynn
Ezra Miller : Elliot
Ellen Burstyn : Doris
Demis Moore : Thomas Haden Chirch
Kate Bosworth : Alice
George Kennedy : Joe

SHERLOCK HOLMES : JEU D’OMBRES : Un retour réussi pour le duo Holmes-Watson

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sherlockholmesjeudombresafficheLe premier volet de la nouvelle adaptation des aventures de Sherlock Holmes, incarné par Robert Downey Jr., était loin d’avoir fait l’unanimité et possédait bon nombre de farouche détracteurs. Le nouveau volet, Sherlock Holmes : Jeu d’Ombres a toutes les chances de produire le même résultat, tant les ingrédients sont les mêmes. Après, tout est une question de goût.

Sherlock Holmes connaît désormais le nom de son ennemi, le Professeur Moriarty. Il soupçonne ce dernier d’être au centre d’une gigantesque machination criminelle. Il fera tout pour l’arrêter, même gâcher le mariage de son fidèle Watson, dont l’aide lui sera précieuse. Et il se jettera d’autant plus dans la bataille que son ennemi menace ceux qu’il aime. Un duel qui pourrait bien changer le cours de l’histoire.

Sherlock Holmes : Jeu d’Ombres présente tout de même une grande différence avec le premier volet. On n’est plus ici dans le mystère à résoudre. Certes les intentions du Professeur restent longtemps mystérieuses, mais on est avant tout dans une sorte de jeu d’échec entre deux cerveaux géniaux, chacun essayant d’anticiper et de contrer les attaques de l’adversaire. Le célèbre détective a enfin un adversaire à sa mesure dans ce domaine et c’est sûrement cet aspect du scénario qui reste le plus intéressant et qui fait fonctionner ce film.

Un autre aspect confère une dose de charme supplémentaire à Sherlock Holmes : Jeu d’Ombres. En effet, il laisse une large place à la relation entre le détective et son éternel acolyte. Une relation ambiguë, où les allusions à tout autre chose qu’une simple amitié virile se multiplient. Ceci est fait avec beaucoup de finesse et de subtilité et donne à leur numéro de duelliste un aspect politiquement incorrect des plus savoureux.

En fait, ce qui divise vraiment les spectateurs reste la réalisation de Guy Ritchie. Clip vidéo indigeste, esthétique énergique pour d’autres. Personnellement, elle ne me dérange pas du tout, même si je dois admettre qu’il use et abuse un peu toujours des mêmes effets. Les anticipations de Holmes sont filmées exactement de la même façon que dans le premier volet. Les ralentis sont également toujours autant présents et s’ils donnent quelques très beaux résultats, comme une fusillade dans la forêt, cela tourne parfois au tic cinématographique. Du coup, on peut aisément comprendre que cela en insupporte certains.

Mais de mon point de vue, le principal reproche que l’on peut formuler à l’encontre de Sherlock Holmes : Jeu d’Ombres repose sur un début quelque peu longuet. Le film dure quand même un peu plus de deux heures, mais a quelque peu de mal à se mettre totalement en route. Heureusement, le rythme va crescendo et nous fait rentrer de plus en plus profondément dans cette intrigue qui au final nous fait passer globalement un très bon moment.

sherlockholmesjeudombresMais Sherlock Holmes : Jeu d’Ombres, c’est surtout le plaisir de retrouver l’inoubliable duo Robert Downey Jr – Jude Law, qui fait rêver toutes les filles. Comme je l’ai évoqué plus haut, le scénario leur donne vraiment l’occasion de s’en donner à cœur joie et ils ne s’en privent pas les bougres ! Ils s’amusent comme des petits fous, frisent parfois le cabotinage, mais c’est pour notre plus grand bonheur. A leurs côtés, Noomi Rapace, la Lisbeth Salander du Millenium suédois, commence une prometteuse carrière hollywoodienne, même si le rôle lui permet nettement moins de briller que celui qui l’a rendue célèbre. Enfin, Jared Harris, échappé de Mad Men, campe un Professeur Moriarty machiavélique. Mais force est de constater qu’il ne peut rivaliser de charisme avec son adversaire. C’est sûrement une des plus flagrantes limites de ce film.

Comme le premier épisode, Sherlock Holmes : Jeu d’Ombres reste un aimable divertissement donc la réalisation pourra exaspérer ou apparaître comme un facteur d’originalité. Reste un impayable duo d’acteurs !

Fiche technique :
Production : Warner Bros, Village Roadshow, Silver Pictures, Wigram Productions
Distribution : Warner Bros Entertainment France
Réalisation : Guy Ritchie
Scénario : Michele Mulroney, Kieran Mulroney, d’après les personnages de Sir Arthur Conan Doyle
Montage : James Herbert
Photo : Philippe Rousselot
Décors : Sarah Greenwood
Musique : Hans Zimmer
Durée : 127 mn

Casting :
Robert Downey Jr : Sherlock Holmes
Jude Law : Docteur John Watson
Noomi Rapace : Mme Simza Heron
Jared Harris : Pr. James Moriarty
Stephen Fry : Mycroft Holmes
Rachel McAdams : Irene Adler
Paul Anderson : Colonel Sebastian Moran
Kelly Reilly : Mary Watson

LES TUEURS : A l’origine du film noir

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lestueursafficheLe flash-back est devenu une mode cinématographique tellement répandue qu’elle en devient exaspérante. C’est désormais quand un film commence vraiment par le début qu’on le remarque. Pourtant, cette frénésie ne doit pas nous faire oublier que cette technique, à une époque où elle paraissait encore innovante, a pu donner de très grands films. Peut-être même le plus grand de l’histoire, avec Citizen Kane, mais aussi d’autres classiques inoubliables comme les Tueurs de Robert Siodmak.

Dans une petite et paisible ville de l’Amérique profonde, débarquent deux tueurs à gage. Ils viennent pour tuer « le Suédois », gérant de la station service. Ce dernier, averti avant leur arrivée, ne cherchera même pas à fuir et se laissera exécuter. Jim Reardon, enquêteur pour la compagnie auprès de laquelle la victime avait souscrit une assurance-vie, va alors mener une investigation pour savoir pourquoi on en est arrivé là.

Les Tueurs est un grand classique du film noir, pour ne pas dire l’archétype. C’est aussi un film puzzle puisque l’enquête prend la forme de différents témoignages sur le passé de la victime, permettant de reconstituer peu à peu un tableau cohérent. Le tout s’achèvera par un vrai rebondissement. Bref, un film à la forme extrêmement moderne, pourtant sorti en 1946, dont on comprend  aisément qu’il ait profondément influencé l’histoire du 7ème art. Il constitue également l’apogée de la carrière de Robert Siodmark, également auteur du Corsaire Rouge.

Les Tueurs nous rappelle aussi qu’il était une époque où on ne pouvait être réalisateur sans un vrai sens artistique. C’était l’époque du noir et blanc, où le travail sur l’éclairage donnait sa personnalité à un film. Là aussi, on est devant un modèle du genre, avec des ambiances plus ou moins lumineuses selon le ton de la scène. Les ombres deviennent presque des acteurs à part entière et il se dégage de ce film une beauté esthétique remarquable. On peut bien sûr faire également de beaux films en couleur, mais le noir et blanc garde son charme si particulier, lorsqu’il est talentueusement exploité.

lestueursOn pourrait éventuellement reprocher à les Tueurs un manque d’originalité quant au fond du scénario. Il est vrai qu’il s’agit d’un film noir à l’intrigue somme toute classique, une histoire de truands, avec une femme au milieu. Mais il faut évidemment replacer les choses dans leur contexte et si ce n’est pas le premier film du genre de l’histoire du cinéma, on était encore à une époque où les codes et les archétypes étaient à inventer. Ce film se situe à l’aube de l’âge d’or hollywoodien des années 50 et 60 dont il peut revendiquer une parcelle de paternité.

Les Tueurs, c’est aussi un casting comme on n’en fait plus. Burt Lancaster – Ava Gardner, voilà un couple historique du 7ème art, à une époque où les effets spéciaux n’avaient pas encore dispensés les acteurs d’être expressifs. Il y a toujours cette impression de « surjeu », comme dans beaucoup de classique, mais il y’a un tel talent à l’écran que l’on n’y prête guère attention.

Les Tueurs est donc un classique qui doit figurer dans toutes les bonnes cinémathèques de cinéphile. Un de ces films qui ont inventé le cinéma et dont on ressent encore l’influence aujourd’hui.

THE DESCENDANTS : Ceux qui restent sont aussi des gens formidables

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thedescendantsafficheBon, j’en ai marre. Il y en a toujours pour les mêmes, toujours les mêmes qui reçoivent fleurs et compliments. Cela suffit ! Un peu de partage, d’égalité, de redistribution. Mais que voulez-vous, quand c’est mérité, c’est mérité… On n’y peut rien et c’est plus fort que nous. Certaines personnes méritent tout le bien que l’on pense d’eux et le confirment à chacune de leur sortie. C’est notamment le cas de George Clooney, au sommet de son art dans The Descendants.

Matt King est un père et un mari distant, pris par son travail d’avocat et la gestion d’un patrimoine familial possédé en commun avec une dizaine de cousins. Mais un jour sa vie bascule quand sa femme sombre dans le coma suite à un accident de bateau. Il va donc devoir s’occuper seul de ses deux filles, âgées de 10 et 17 ans. Et gérer la découverte du fait que sa femme avait un amant.

Si on regarde The Descendants de très loin, on peut se dire que c’est un film sur la mort et le deuil. Il est vrai que ces deux éléments jouent un rôle central dans ce film. Mais c’est avant tout un film sur les vivants, sur ceux qui restent, sur l’existence qui continue et qui n’a aucune raison d’arrêter d’être heureuse. Voici un film qui traite un sujet plutôt grave et sombre, mais avec un recul et détachement qui remettent les choses à leur place. Les morts n’ont pas que des qualités et savoir leur dire au revoir constitue une forme de libération.

The Descendants est un film très émouvant, très bien senti, mais aussi très drôle. On passe un peu constamment du rire aux larmes, mais c’est le premier qui domine largement. Le final est notamment remarquable de sobriété et d’intelligence, avec un magnifique dernier plan, tout simple, mais qui en dit presque aussi long que tout le reste du film. Bref, un film humaniste au propos parfaitement maîtrisé, qui reste très accessible, tout en évitant totalement le piège des lieux communs.

thedescendantsSi le fond ne souffre guère de défauts, la forme est un tout petit peu moins parfaite. En effet, The Descendants souffre de quelques longueurs. Rien de bien méchant, mais avec vingt minutes de moins, le film aurait été encore meilleur. Il y a notamment sur la fin une scène au final inutile, même si elle semble apporter une conclusion à un large pan de l’intrigue. Du coup, le film à du coffre, à défaut d’avoir pleinement du souffle.

Concernant l’interprétation, on retiendra avant tout un nouveau très grand rôle pour George Clooney. Il s’annonce d’ailleurs comme un très sérieux rival pour notre Jean Dujardin national. Les derniers Golden Globes n’ont d’ailleurs pas pu les départager car chacun d’eux est reparti avec un prix, l’un comme meilleur acteur dans une comédie, l’autre comme meilleur acteur dans une tragédie. A moins que Di Caprio ne les mette d’accord. Dans tous les cas, le vainqueur aura bien mérité sa statuette. Mais n’oublions pas à ces côtés, la jeune Shailen Woodley dont les débuts sur grand écran sont particulièrement réussis.

Nominés également pour le meilleur film, réalisateur et scénario, je doute que The Descendants rafle toutes les statuettes. Mais il constitue incontestablement un de premiers très bons films de l’année 2012.
 
Fiche technique :
Production : Ad HominemEnterprises
Distribution : 20th Century Fox
Réalisation : Alexander Payne
Scénario : Nat Faxon, Alexander Payne, Jim Rash, d’après le livre de Kaui Hart Hemmings
Montage : Kevin Tent
Photo : Phedon Papamichael
Décors : Jane Ann Stewart
Son : Jose Antonio Garcia
Musique : Dondi Bastone
Effets spéciaux : Mark Dornfeld
Maquillage : Julie Hewett
Directeur artistique : T.K. Kirkpatrick
Durée : 110 mn

Casting :
George Clooney : Matt King
Shailene Woodley : Alexandra King
Amara Miller : Scottie King
Nick Krause : Sid
Patricia Hastie : Elizabeth King
Kaui Hart Hemmings : Noé, la secrétaire de Matt
Beau Bridges : cousin Hugh
Robert Forster : Scott
Barbara Lee Southern : Alice «Tutu» Thorson

LA COLLINE AUX COQUELICOTS : Un style s’affirme…un peu

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lacollineauxcoquelicotsafficheLes chiens ne font pas des chats… Voilà, c’était le lieu commun du jour… Bon, pour ce n’est vraiment pas original pour introduire le deuxième film de Goro Miyazaki, le fils de Hayao. Et comme tel père, tel fils (deuxième lieu commun du jour, promis c’est de dernier…), les deux travaillent pour les studios Ghibli. Après, un premier film, Les Contes de Terremer, qui marchait quelque peu dans les traces paternelles, voici la Colline aux Coquelicots, un film qui s’affranchit nettement de l’influence de son aîné.

Pendant les années 60, une partie des élèves d’un lycée se mobilisent pour sauver de la destruction un vieux bâtiment qui leur sert de foyer. Ce combat va rapprocher Umi et Shun. Une histoire d’amour adolescente semble en train de naître. Mais en apprenant à se connaître, ils vont découvrir des éléments de leur passé qui les relient et qui va tout changer.

Un simple élément prouve que l’œuvre du fils n’est pas forcément parti pour ressembler à celle du père : il n’y a aucun élément de fantastique dans la Coline aux Coquelicots. Il s’agit d’une histoire réaliste sur l’adolescence, parcourue d’un peu de nostalgie. Une histoire assez simple, mais pas simpliste, qui réserve beaucoup de surprises et beaucoup de poésie.

Cependant, il est vrai que le principal reproche que l’on peut adresser à La Colline aux Coquelicots est peut-être un léger manque de densité. L’histoire est intéressante, mais pas passionnante. Les personnages sont attachants, mais pas inoubliables. Le tout est porté par un graphisme classique et sobre, exploitant somme toute assez peu les possibilités offertes par l’animation. Ce n’est pas le premier film de ce genre japonais réaliste, mais on est quand même loin d’avoir un sujet aussi fort que pour le Tombeau des Lucioles notamment.

On pourra tout de même apprécier une vision de l’adolescence plutôt réussie, ce qui n’est pas rien quand on connaît le nombre de films qui se plantent totalement à ce niveau-là. On y retrouve beaucoup d’éléments propres à la culture japonaise. Les films d’animation venus de ce pays, et dieu sait s’ils sont nombreux, mettent le plus souvent en scène des protagonistes de cet âge là, que ce soit dans un cadre réaliste comme ici ou pour aller combattre des Chevaliers d’Or vêtus d’armures de bronze. Mais il y a quand même dans ce film quelque chose de beaucoup plus universel, une nostalgie qui pourra toucher n’importe qui. L’histoire est également intemporelle et le lien avec les années 60 est assez ténu.

lacollineauxcoquelicotsGraphiquement, La Colline aux Coquelicots se situe dans la tradition Ghibli, au niveau des personnages humains notamment. Mais, comme je l’ai évoqué plus haut, il n’y pas d’imagination graphique foisonnante. Tout se concentre sur l’intrigue. Un tel contraste avec l’œuvre d’Hayao n’est peut-être pas anodin. Il y a sûrement une volonté chez Goro de se démarquer de l’œuvre de son géniteur, histoire de se faire un prénom, comme l’on dit. Surtout que le jeune homme a déjà 45 ans, il serait donc grand temps…

Il faut être cependant honnête et constater qu’une autre différence existe entre les deux œuvres. Une différence de qualité et d’intérêt. Encore une fois, la Colline aux Coquelicots est fort sympathique et se laisse regarder, mais n’a rien à avoir avec des chefs d’œuvres comme Princesse Mononoke ou Porco Rosso. Cela viendra peut-être avec le temps, mais quand on regarde les œuvres de jeunesse d’Hayao, on se situait déjà bien plus haut que ça.

La carrière de Goro Miyazaki reste néanmoins à suivre. Espérons qu’il fasse encore mieux que ce la Colline aux Coquelicots. Mais enfin, c’est déjà pas mal.

Fiche technique :
Production : Studio Ghibli, NTV, Dentsu, Walt Disney Company, Toho Company
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Réalisation : Goro Miyazaki
Scénario : Hayao Miyazaki, Keiko Niwa, d’après le manga de Tetsuro Sayama et Chizuru Takahashi
Photo : Atsushi Okui
Musique : Satoshi Takebe
Durée : 91 mn

Casting :
Masami Nagasawa : Umi
Junichi Okada : Shun
Keiko Takeshita : Hana
Yuriko Ishida : Miki
Rumi Hiiragi : Sashiko
Teruyuki Kagawa : Tokumaru

 

MILLENIUM : LES HOMMES QUI N’AIMAIENT PAS LES FEMMES : Adaptation et remake, ça fait beaucoup pour un seul film

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milleniumafficheQu’il est difficile de parler de Millenium : les Hommes qui n’Aimaient pas les Femmes de manière objective, sans faire incessamment des comparaisons. En effet, ce film réussi l’exploit d’être à la fois l’adaptation d’un des plus grands succès de l’histoire de la littérature moderne (succès beaucoup plus mérité que pour Da Vinci Code soit dit en passant) et le remake d’un film européen, sorti il y a moins de trois ans. Ca fait beaucoup et à moins d’avoir vécu dans une grotte depuis cinq ans, on voit mal comment on ne pourrait pas mettre tout cela en parallèle. J’assure donc la part de subjectivité de cet avis.

Le journaliste Mikael Blomkvist est embauché par Henrik Vanger, un des plus riches industriels de Suède, pour enquêter sur le meurtre supposé de la nièce de ce dernier, survenu dans les années 60. Supposé car aucun corps n’a jamais été retrouvé. Le vieil homme est persuadé que le coupable se cache dans sa famille. Pour mener ses investigations, Mikael va recevoir l’aide de Lisbeth Salander, une jeune femme aussi mystérieuse que douée en informatique.

Allez, commençons par mon aparté préféré : les problèmes de traduction. Bon, cette fois, ce n’est pas le titre français qui pose problème, mais le titre original du film : The Girl with the Dragon Tattoo. Un titre qui n’a rien à voir avec le titre du roman en suédois, à la grande colère de la veuve de Stieg Larsson, qui a dénoncé cette édulcoration ridicule. Parenthèse refermée.

Si la question est : Millenium : les Hommes qui n’Aimaient pas les Femmes est-il une bonne adaptation du roman de Stieg Larsson ? La réponse est oui. Si la question est : Présente-t-il vraiment un intérêt supérieur à la version suédoise déjà sortie sur nos écrans ? La réponse est plutôt non. Enfin, si la question, ce film est-il vraiment digne du talent de David Fincher ? La réponse est pour le coup clairement non !

Il faut savoir que David Fincher a accepté de réaliser Millenium : les Hommes qui n’Aimaient pas les Femmes, en échange du financement de son The Social Network qui lui tenait à cœur. On est donc face à un film de commande, pas de l’accomplissement d’un rêve d’artiste. Et cela se ressent. Certes, même sans y mettre beaucoup du sien, il arrive à nous livrer un film plutôt brillant, mais sans cette étincelle de génie qu’il arrive à insuffler dans les projets dans lesquels il s’investit vraiment. Du coup, on n’est pas franchement convaincu de la supériorité de cette version sur celle de Niels Arden Oplev.

Certes, l’adaptation suédoise avait parfois des allures de téléfilm… pour la simple et bonne raison que c’était ce qu’elle était à la base. Mais elle arrivait à capter l’ambiance du livre et à lui rester extrêmement fidèle. C’est exactement ce qu’a également réussi David Fincher. Donc de ce point de vue match nul… Sauf qu’il y a quand même quelque chose qui m’a quelque peu gêné. Lorsque j’ai entendu parler du remake américain, j’ai supposé que l’intrigue serait transposée aux Etats-Unis… Et bien pas du tout, l’histoire se situe toujours en Suède. Mais du coup, il est assez ridicule de voir les personnages parler anglais alors que tout est écris en suédois et de sortir quelques mots de cette langue de temps en temps. Cela donne un aspect assez artificiel. Je reste persuadé que ce Millenium : les Hommes qui n’Aimaient pas les Femmes aurait gagné à être moins fidèle au roman.

milleniumMais là où la version de David Fincher n’a pas su faire la différence, c’est sur le casting. Entre Daniel Craig et Michael Nyqvist, le match est quasi nul. Par contre, Rooney Mara n’a pas pu égaler l’extraordinaire performance de Noomi Rapace. N’allez pas penser qu’elle est pour autant décevante et que ça nomination aux Oscars est imméritée. Simplement, la barre était extrêmement haute. Si la première version fait oublier tous ces défauts, c’est en grande partie grâce à elle, surtout quand on connaît l’importance de son personnage dans la saga Millenium.

Ce Millenium : les Hommes qui n’Aimaient pas les Femmes de David Fincher reste un excellent film avec un scénario fantastique qui fait que l’on ne s’ennuie pas une seule seconde sur les 2h38. Un film parfaitement réalisé, à défaut de l’être brillamment. Un film au casting que l’on applaudirait des deux mains, si on ne savait pas déjà qu’on pouvait faire encore mieux. Du coup, à ceux qui, comme moi, ont lu le livre et vu la première adaptation, je ne sais trop quelle conclusion apporter. Par contre, pour ceux qui n’ont fait ni l’un, ni l’autre, je n’ai qu’un conseil. Et il est excellent, croyez-moi. Vous ne regretterez pas une seule seconde de l’avoir suivi…

… lisez le livre !

 

Fiche technique :
Production : Columbia Pictures, MGM, Scott/Rudin, Yellow Bird
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : David Fincher
Scénario : Steven Zaillian, d’après le livre de Stieg Larsson
Montage : Kirk Baxter, Angus Wall
Photo : Jeff Cronenweth
Décors : Donald Graham Burt
Musique : Trent Reznor & Atticus Ross
Durée : 158 mn
 
Casting :
Daniel Craig : Mikael Blomkvist
Rooney Mara : Lisbeth Salander
Christopher Plummer : Henrik Vanger
Stellan Skarsgard : Martin Vanger
Steven Berkoff : Frode
Robin Wright : Erika Berger
Joely Richardson : Anita Vanger