MARTHA MARCY MAY MARLENE : Pas tout à fait concluant

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marthamarcymaymarleneafficheCe n’est pas la première fois que je le dis, mais il y a des films dont on sait pas très bien quoi penser. On ne sait pas bien si on a aimé ou non. On peut en dire le plus grand bien, mais aussi le critiquer très sévèrement. Martha Marcy May Marlene a fait cet effet sur moi. Peut-être que, comme j’enchaîne les films, je ne me suis pas laissé le temps de bien digérer et de me faire une opinion définitive. Enfin, je vais tout de même faire de mon mieux pour vous décrire mon ressenti.

Après deux ans de silence, Martha affolée, perdue, appelle sa sœur, Lucy pour qu’elle vienne la chercher dans un coin isolé. Elle a fuit une secte et son leader, manipulateur et séducteur, mais s’enferme dans le silence et cache la vérité. Il va être dur de se reconstruire et impossible d’oublier. Surtout quand monte la peur d’être pourchassée par ses anciens compagnons.

Martha Marcy May Marlene est un film relativement inclassable. Bien sûr, il possède tout de même un thème central bien identifié : celui du processus d’embrigadement qui peut faire glisser un individu vers un comportement totalement aberrant et destructeur et évidemment, son pendant, la difficulté presque insurmontable de pouvoir totalement en sortir. Pourtant, on ne sent pas chez Sean Durkin la volonté de vraiment faire un film sur ça. Il n’y a pas de volonté de généraliser le propos, mais simplement de nous montrer un parcours individuel. Bien sûr, le spectateur peut toujours extrapoler et en tirer des conclusions, mais le film ne le fait pas pour nous.

En fait, ce qu’il manque à Martha Marcy May Marlene, c’est une conclusion claire. Le dénouement est lui-même interprétable de manières diverses, mais plus généralement, c’est le propos qui n’aboutit pas vraiment. Le spectateur passe tout le film à se demander où l’histoire va le mener, quel va être le sens de tout ça, mais il est bien obligé de constater à la fin qu’il n’est arrivé nul part. Cela l’empêche de rentrer totalement dans le film et c’est dommage.

C’est d’autant plus dommage que Martha Marcy May Marlene est un film par contre totalement maîtrisé sur la forme. La photographie est très réussie, sobre comme l’est la réalisation. Les deux récits parallèles, le présent et le passé, se mélangent de manière claire et logique. Il y a une vraie progression dans la tension, qui est présente dès les premières secondes, mais qui se renforce au fur et à mesure que le tableau devient plus clair. On apprécie donc ce que l’on voit, mais comme je viens de l’expliquer, on reste trop à l’extérieur pour être totalement enthousiaste.

marthamarcymaymarleneReste tout de même de Martha Marcy May Marlene de très beaux personnages. Evidemment, celui de Martha est central et son parcours reste tout de même magnifiquement décrit. Celui du « gourou » est aussi très convaincant. Il aurait été facile de tomber dans la caricature entre la pauvre victime innocente et le manipulateur diabolique et vicieux. Il n’en est rien et, même si cela contribue sans doute au caractère quelque peu flou du propos, cela constitue tout de même une incontestable qualité.

La direction d’acteurs et évidemment ces derniers font incontestablement partie des points fort de Martha Marcy May Marlene. Elizabeth Olsen est une jolie révélation, déjà parce qu’elle l’est, jolie, mais avant tout parce que c’est visiblement une comédienne talentueuse. A suivre donc. En face d’elle, John Hawkes, qu’on avait pu découvrir dans la série Deadwood et dans divers seconds rôles, tient là un rôle beaucoup plus consistant, qu’il interprète avec beaucoup de justesse, malgré l’ambivalence du personnage.

Martha Marcy May Marlene est objectivement un bon film. Mais on en reste sans doute trop purement spectateur pour l’apprécier à sa juste valeur.

Fiche technique :
Production : Fox Searchlight Pictures, Maybach Cunningham, FilmHaven Entertainment, BorderLine Films, This is That prod.
Réalisation : Sean Durkin
Scénario : Sean Durkin
Montage : Zachary Stuart-Pontier
Photo : Jody Lee Lipes
Décors : Chad Keith
Distribution : 20th Century Fox France
Musique : Daniel Bensi, Saunder Juriaans
Costumes: David Tabbert
Durée : 102 mn

Casting :
Elizabeth Olsen : Martha
John Hawkes : Patrick
Christopher Abbott : Max
Brady Corbet : Watts
Hugh Dancy : Ted
Maria Dizzia : Katie
Julia Garner : Sarah
Sarah Paulson : Lucy

BULLHEAD : Il était une fois en Belgique

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bullheadafficheLa Belgique est connu pour un certain nombre de choses, comme sa faculté à vivre sans gouvernement, ses frites et ses habitants particulièrement sympathiques. Elle l’est moins pour son cinéma, si ce n’est par C’est Arrivé Près de Chez Vous et un certains nombres d’acteurs et d’actrices qui font le bonheur des films hexagonaux, dont la magnifique Cécile de France. Et bien, c’est un tort puisque ce pays ne produit pas qu’un multitude de bières merveilleuses, mais aussi des films magistraux, comme Bullhead.

Jacky est fils d’éleveur taiseux, qui soit gérer les blessures du passé. Mais il tient tout de même une place importante dans un vaste trafic d’hormones. L’assassinat d’un agent fédéral qui enquêtait sur le sujet va rendre tout à coup les acteurs de la filières particulièrement méfiants. Les rapports deviennent tendus et l’étau se resserre autour de ce petit monde, qui ressemble à s’y méprendre à une mafia.

Ce film aurait pu s’appeler Le Parrain chez les taureaux. Mais c’est surtout à Il Etait une Fois en Amérique qu’il fait penser. Une histoire d’amitié entre l’enfance et l’âge adulte entre des personnages qui vivent dans un monde illégal et violent. On sait bien que ce genre d’histoire est particulièrement cinégénique et on le pensait réservé aux réalisateurs d’origine italienne. Mais Michael R. Roskam n’a rien à envier à un Sergio Leone ou à un Coppola tant son film est abouti, fascinant, passionnant.

Bon, je m’emballe un tantinet, mais c’est assez mérité. Il y a tout de même une grande différence entre Bullhead et les films que je viens de citer. On n’y retrouve pas ce romantisme, ces décors urbains magistraux et ce sens de l’esthétisme grandiose. On est ici dans le monde de la terre, pour un film noir, poisseux, où la violence dans les rapports humains n’est pas cachée par des manières et des apparences. Du coup, ce film a un côté dépaysant, malgré la proximité géographique, nous faisant découvrir un monde où le cinéma ne nous avait jamais emmené.

Bullhead est donc un film à la fois classique et radicalement original. Il explore également profondément la personnalité de son personnage principal, beaucoup moins séduisant, moins brillant, qu’un Don Corleone, mais infiniment plus complexe. On ressent pour lui une affection plus sincère qu’une simple admiration ou qu’une fascination morbide. Cela donne une vision plus réaliste, plus humaine d’une forme de grand banditisme, qui nous procure tout de même encore une fois le frisson d’une vie dictée par la violence.

Bullhead se démarque par un scénario particulièrement brillant, où la tension est palpable de la première à la dernière seconde. Il est d’une remarquable intelligence en nous dévoilant peu à peu des éléments qui viennent enrichir l’intrigue et nous apporte un regard nouveau sur les évènements qui ont précédé. On rentre totalement dans ce histoire pour n’en sortir qu’après un dénouement certes classique et logique, mais qui conclut parfaitement ce film. Une vraie maîtrise dans l’écriture, à partir d’un sujet qui peut laisser dubitatif.

bulheadLa réalisation est sobre, mais pas moins aboutie. La tension palpable ne l’est pas que par la qualité du scénario. Elle est aussi visuelle. Nous faire pénétrer dans l’esprit d’un personnage aussi peu bavard que Jacky peut passer que par les images. Les moments d’intimité, où il se retrouve seul dans sa chambre, en disent plus long sur lui que tous les dialogues. On pénètre dans son esprit, nous faisant plonger encore plus profondément dans cette histoire, dans cet univers à la fois étonnement proche et étonnement dépaysant.

L’interprétation est à l’image du film, sans esbroufe, pas forcément hyper spectaculaire, mais totalement maîtrisée et aboutie. Matthias Schoenaerts constitue la vraie révélation de ce casting. Et la qualité de sa performance ne se limite pas à son physique particulièrement impressionnant. Son rôle quasi muet (bon j’exagère un peu là) n’aurait pu être aussi convainquant sans un vrai talent d’acteur.

Bullhead est sans doute le deuxième grand film de 2012, après la Taupe. Comme quoi, certains cinémas ne font peut-être pas dans la quantité, mais dans la qualité.

Fiche technique :
Production : Savage Film, Eyeworks, Artemis produtions, Waterland Film
Distribution : Ad Vitam
Réalisation : Michaël R. Roskam
Scénario : Michaël R. Roskam
Montage : Alain Dessauvage
Photo : Nicolas Karakatsanis
Son : Benoit De Clerck
Musique : Raf Keunen
Directeur artistique : Walter Hoevenaars
Durée : 129 mn

Casting :
Matthias Schoenaerts : Jacky Vanmarsenille
Jeroen Perceval : Diederick Maes
Jeanne Dandoy : Lucia Schepers
Barbara Sarafian : Eva Forrestier
Tibo Vandenborre : Antony De Greef
Frank Lammers : Sam Raymond
Sam Louwyck : Marc De Kuyper

CHEVAL DE GUERRE : Spielberg, intermittent du génie

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chevaldeguerreafficheLongtemps considéré comme le roi absolu du blockbuster, Steven Spielberg multiplie désormais les films qui divisent les critiques. On peut faire remonter cette tendance à Munich, qui remonte à 2006. Son adaptation de Tintin a laissé froid une bonne partie du public et Cheval de Guerre, qui vient de sortir sur nos écrans, divise carrément l’opinion. Certains y voient un grand film d’aventures à l’ancienne, d’autres soulignent un récit qui frise parfois le ridicule. En fait, les deux ont raison…

Albert et Joey vivent une amitié d’une rare intensité dans cette Angleterre du début du XXème siècle. Mais la Première Guerre Mondiale éclate et va les séparer. Albert est trop jeune pour s’enrôler, tandis que Joey est réquisitionné. Mais ils se retrouveront, Albert le promet. Précision : Albert est un fils de fermier et Joey, un jeune cheval.

Bon, commençons par ce qui fâche. Enfin avant ça, je tiens à préciser que je n’ai absolument aucune sympathie pour les chevaux, si ce n’est bien saignant avec des pommes de terre sautées. Seulement, il existe bien d’autres choses à reprocher à ce scénario et je pense que, même si je trouve l’idée de base un peu ridicule, cela n’a guère jouer sur mon opinion sur ce film, que j’ai de toute façon globalement aimé. Mais voilà, cheval ou pas, Cheval de Guerre a une intrigue marquée pas de gros moments de faiblesse.

Cheval de Guerre repose sur un axe narratif clair : la relation entre Albert et Joey. Cependant, une longue partie du film nous rapporte les aventures de ce dernier, alors que le premier a totalement disparu du panorama. Du coup, tout tension disparaît, on a juste une série de péripéties qui, de plus, se rassemblent beaucoup. Le long passage avec Niels Arelstrup n’a tout simplement aucun intérêt et pourrait être éliminé sans que le film ne change d’un iota. Il y a globalement un défaut de maîtrise dans ce scénario dont on aurait pu retirer une bonne demi-heure. De plus, certains dialogues frisent le hors-jeu, notamment dans la première partie du film. Quant aux bons sentiments… A la fois, si on en a peur, il ne faut pas aller voir un Spielberg…

Autre facteur de division, la vison que nous donne Cheval de Guerre de… la guerre justement. Venant du réalisateur de Il Faut Sauver le Soldat Ryan, c’est un peu étonnant. La vision de la violence est très édulcorée et la scène de combat entre deux tranchées n’arrive pas à la cheville de la scène du débarquement. Pourtant, l’horreur a bien du être comparable entre ces époques. Les raisons de ce choix sont sûrement multiples.

Déjà, Steven Spielberg a du avoir en tête qu’un tel sujet, le cheval, pas la guerre, pouvait séduire un public large et pas seulement adulte. Il ne fallait pas le rebuter par une violence trop omniprésente. Mais plus sûrement, ce film est un hommage à un cinéma désormais désuet. On est plus proche du Jour le plus Long que du Soldat Ryan. Il y a là un choix artistique délibéré, qui rappelle un peu la volonté d’un Tarantino de faire revivre des genres cinématographiques en voix d’extinction, en reprenant la plupart des codes de l’époque. Personnellement, je l’ai accepté. Après, c’est sûr que Steven fait tout ça sans le moindre sens du second degré, contrairement à Quentin. Mais bon, chacun son style.

Cheval de Guerre possède tout de même une qualité qui fait qu’il serait dommage de totalement bouder son plaisir. Il y a un grand réalisateur derrière la caméra et ça se voit. Peut-être un peu par intermittence pour le coup, mais ce film recèle quelques moments de grâce cinématographique qui porte la marque des plus grands. Le temps d’une chevauchée à travers les tranchées, sur une musique de John Williams, un vrai souffle épique se lève, porté par une photographie de toute beauté. Ca ne dure que trois minutes, mais trois minutes qui nous rappellent pourquoi Steven Spielberg fait partie des réalisateurs qui ont fait aimer passionnément le cinéma à des millions de gens. Certes, il en fait parfois un peu trop, comme ces derniers plans avec en fond un ciel improbable ou cette exécution vue à traver les pales d’un moulin, mais le 7ème art ne s’est jamais nourri de mesure et de retenu.

chevaldeguerreNiveau casting, le meilleur acteur de Cheval de Guerre reste de loin… le cheval. D’ailleurs, je trouve dommage qu’il n’est pas été crédité au générique… Je n’ai peut-être pas bien vu, mais il doit bien avoir un nom dans vraie vie et il n’est pas cité… Sinon, ce film nous fait rendre compte que tout le monde vieillit, y compris Emma Watson, qui joue désormais les mères de famille. Si les ans ont ajouté quelques rides, ils n’ont rien enlevé de son talent. Par contre, ce qui m’a vraiment gêne, c’est le fait d’avoir choisir des acteurs anglais, allemands et français pour jouer les différents personnages de différentes nationalités pour finalement les faire tous parler anglais, souvent avec un accent à couper au couteau… Ca renforce la faiblesse de certains passages, en y ajoutant un soupçon de ridicule.

Cheval de Guerre n’est définitivement pas un grand Spielberg. Mais certains passages nous prouvent qu’il ne lui manque qu’un scénario en béton armé pour nous proposer à nouveau un vrai chef d’œuvre inoubliable.

Fiche technique :
Production : DreamWorksSKG, Reliance Entertainment, Amblin Enetrtainment, The Kennedy/Marshall Company, Touchstone Pictures
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Lee Hall, Richard Curtis, d’après le roman de Michael Morpurgo
Montage : Michael Kahn
Photo : Janusz Kaminski
Décors : Rick Carter
Musique : John Williams
Durée : 146 mn

Casting :
Jeremy Irvine : Albert Narracott
Peter Mullan : Ted Narracott
Emily Watson : Rose Narracott
Niels Arestrup : le grand père
David Thewlis : Lyons
Tom Hiddleston : Capitaine Nicholls
Benedict Cumberbatch : Major Jamie Stewart
Eddie Marsan : Sergent Fry

ALBERT NOBBS : Glenn Close pas si loin de l’Oscar

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albertnobbsafficheOn a beaucoup parlé de la performance de l’extraordinaire Meryl Streep dans le très mauvais la Dame de Fer (enfin d’après ce que j’ai lu, je ne l’ai pas vu), récompensé par un Oscar visiblement mérité. Il est par contre fort regrettable que celle-ci ait éclipsé celle de Glenn Close dans Albert Nobbs, un très beau film qui est malheureusement sorti dans l’anonymat, lors d’une semaine très riche cinématographiquement.

Au XIXème siècle, Albert Nobbs est un majordome d’un hôtel de Dublin. Il est particulièrement discret, réservé, presque secret. Ceci pour une très bonne raison, il est en fait une femme qui se travestit pour travailler et survivre. Alors qu’elle semble condamnée à l’isolement, elle croise la route de Hubert, homme à tout faire, embauché pour des travaux de peinture et qui s’avère partager le même secret. Cette rencontre va la pousser à s’ouvrir et reprendre, un peu, confiance en elle.

Albert Nobbs est un film à la fois social et humain. Le premier aspect lui donne son intérêt, le second son émotion, formant un tout indivisible qui nous offre un résultat remarquable. L’histoire se focalise sur un personnage, son destin, son expérience si particulière, mais arrive par ce biais là à nous offrir un tableau très large de toute une société et de toute une époque. Cette richesse donne à ce film une dimension auquel son caractère assez sobre ne le destinait pas forcément.

Que le titre de ce film soit tout simplement le nom du personnage principal n’est évidemment pas un hasard. Il constitue avant tout le récit du destin de cette femme qui doit nier ce qu’elle est pour pouvoir survivre. Elle vit évidemment dans la crainte que son secret soit éventé, ce qui l’empêche de nouer de réelles relations avec autrui. D’ailleurs, le spectateur a un peu de mal à se connecter avec ce personnage si fermé. Puis, on suit le même chemin qu’elle et on apprend peu à peu à la connaître. A mesure qu’elle retrouve un peu d’assurance, on s’attache de plus en plus et on la soutient dans ses projets. Qu’on soit obliger d’apprendre à l’aimer ne diminue en rien l’affection qu’on lui porte, bien au contraire, il est d’autant plus solide et sincère.

Albert Nobbs nous propose également une large galerie de personnages qui constitue un vrai portrait de société. Certes, cela ressemble parfois à un catalogue d’archétypes, mais sans pour autant tomber dans le cliché. Et puis, si le film ne nous permettait pas de comprendre pourquoi cette société pouvait amener une femme à se travestir pour travailler, le propos aurait grandement perdu en intérêt et aurait eu une portée limitée. Le personnage d’Albert Nobbs n’est pas qu’un objet de curiosité, c’est avant tout le produit d’une lutte pour survivre, à une époque où la société n’aidait pas les plus faibles et où le basculement dans la misère était toujours irrémédiable.

albertnobbsAlbert Nobbs est à la fois un film historique et universel. Car si le contexte sociétal est bien daté, les sentiments sont intemporels. Le temps passe, mais beaucoup de gens sont encore obligés de cacher ce qu’ils sont pour avoir droit à une chance de réussir. Le poids du regard des autres joue un rôle très important dans ce film d’une remarquable intelligence et d’une grande sensibilité. On ne peut qu’être touché par cette histoire subtile, parfois surprenante, qui arrive à créer une vraie tension narrative. Jamais le film ne sombre dans la facilité et ne devient cousu de fil blanc. Jusque dans les dernières minutes, on se demande où va nous mener l’intrigue.

Albert Nobbs permet surtout de mesure l’immense talent de Glenn Close. Cette grande dame du cinéma n’en est pas à son premier grand rôle, mais celui-ci occupera à n’en pas douter une place spéciale dans sa carrière. Elle y est absolument extraordinaire et si l’Oscar lui avait été accordé, cela aurait été tout autant mérité. Du coup, elle éclipse quelque peu le reste du casting, même si on retiendra la nouvelle très belle performance de Mia Wasiwoska (la Alice de Tim Burton) et Janet McTeer, remarquable pour une actrice qui avait pour l’instant essentiellement jouer des seconds rôles dans des séries.

Albert Nobbs est donc un des tous meilleurs films de ce premier trimestre cinématographique. On peut vraiment regretter la discrétion de sa sortie, alors que cette histoire terriblement émouvante pourra en séduire plus d’un.

Fiche technique :
Production : Chrysalis Films, Mockingbird Pictures, Parallel Film prod., WestEnd Films
Distribution : Chrysalis Films
Réalisation : Rodrigo Garcia
Scénario : Glenn Close, John Banville, Gabrielle Prekop, Istvan Szabo, d’après George Moore
Montage : Steven Weisberg
Photo : Michael McDonaough
Décors : Patrizia von Brandenstein
Musique : Brian Byrne
Durée : 113 mn

Casting :
Glenn Close : Albert Nobbs
Mia Wasikowska : Helen
Brendan Gleeson : Dr. Holloran
Jonatha Rhys Meyers : Vicomte Yarrell
Aaron Johnson : Joe
Brenda Fricker : Polly
Janet McTeer : Hubert Page

SECURITE RAPPROCHEE : Efficace et ryhtmé

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securiterapprocheeafficheParadoxalement, une bande-annonce qui ne donne pas envie peut se révéler finalement être une bonne bande-annonce. J’ai vu celle de Sécurité Rapprochée un très grand nombre de fois et jamais cela n’a fait naître chez moi la moindre envie, sans vraiment savoir pourquoi. Cependant, après avoir lu des critiques plutôt positives, je me suis quand même décidé à aller le voir. Et j’ai pu alors constater que la bande-annonce, contrairement à ce qu’on pouvait craindre, ne racontait qu’une toute petite partie d’un film qui se laisse finalement voir avec plaisir.

Matt Weston travaille pour la CIA mais n’a pas vraiment la carrière qu’il espérait. Il est basé au Cap, en Afrique du Sud, et chargé de garder une planque qui ne sert quasiment jamais. Ce n’est pas vraiment le poste qui lui permettra de se faire remarquer et d’obtenir sa mutation à Paris. Un jour, Tobin Frost, un ancien espion, considéré comme un traître, que l’agence recherchait depuis des années, est emmené dans la planque, sous bonne garde, après qu’il se soit rendu et avant son rapatriement pour les Etats-Unis. Mais très rapidement, la cachette est prise d’assaut et Matt Weston doit fuir avec le prisonnier dont il a désormais la charge.

Le scénario de Sécurité Rapprochée constitue à la fois la plus grande force et le plus grande faiblesse de ce film. En effet, ce dernier possède tout d’abord la qualité indéniable d’être particulièrement rythmé. C’est solide, percutant, bref on ne s’ennuie pas une seconde et on se laisse facilement prendre par l’intrigue. Le tout est vraiment tourné vers l’action et les à-côtés, comme les interrogations philosophiques sur la condition d’espion, restent assez limités pour ne pas alourdir le tout. Nous sommes donc là devant une œuvre terriblement efficace, qui atteint parfaitement son but, du moment que l’on n’attend pas trop de lui.

D’un autre côté, Sécurité Rapprochée est aussi un scénario extrêmement classique. L’histoire a comme des airs de déjà-vu. Le principe du face à face entre un agent inexpérimenté et un vieux baroudeur et celui de l’agent qui ne peut plus faire confiance, ni recevoir l’appui de ses collègues et de ses supérieurs, n’a rien de révolutionnaire, bien au contraire. De plus, ce qui sert de rebondissement final est quand même extrêmement prévisible. Cependant, comme déjà dit, on se laisse vraiment prendre par le rythme de l’action et on ne prend guère le temps de se focaliser sur ces légers défauts.

securiterapprocheeLa réalisation de Sécurité Rapprochée est plutôt soignée. Comme le scénario, elle est plutôt nerveuse et nous place au cœur de l’action. Cependant, jamais elle ne se transforme en bouilli type clip vidéo provoquant le décès de tous les épileptiques photosensibles de la salle. On avait remarqué le réalisateur, Daniel Espinosa, suédois, contrairement à ce que peut laisser penser son nom, avec Easy Money, film venu du Nord de l’Europe, contrairement à ce que peut laisser penser son titre. Le passage de l’autre côté de l’Atlantique est plutôt réussi et il s’est visiblement bien adapté à l’efficacité hollywoodienne. On peut peut-être simplement lui reprocher une photographie tirant un peu sur le sépia, qui faisait hyper novateur y a dix ans, mais qui tient désormais plus du tic que de la prouesse artistique.

Le casting est à l’image du film, c’est à dire avant tout efficace, mais de manière quelque peu idéal. En effet, Denzel Washington ne tient pas là le rôle de sa vie, mais s’en acquitte avec un grand professionnalisme, suffisant pour donner à son personnage un minimum de crédibilité. Par contre, Ryan Reynolds est définitivement un acteur relativement inexpressif et la plus-value qu’il apporte à Sécurité Rapprochée est somme toute limitée.

Sécurité Rapprochée est donc un film efficace à défaut d’être génial et vraiment innovant. Mais son rythme lui permet de faire oublier ses faiblesses et de faire totalement entrer le spectateur dans l’histoire.

Fiche technique :
Production : Intrepid pictures, Moonlighting films, Relativity Media, Stuber productions
Distribution : Universal Pictures International France
Réalisation : Daniel Espinosa
Scénario : David Guggenheim
Montage : Richard Pearson
Photo : Oliver Wood
Décors : Brigitte Broch
Musique : Ramin Djawadi
Costumes : Susan Matheson
Durée : 116 mn

Casting :
Denzel Washington : Tobin Frost
Ryan Reynolds : Matt Weston
Vera Farmiga : Catherine Linklater
Brendan Gleeson : David Barlow
Sam Shepard : Harlan Whitford
Ruben Blades : Carlos Villar
Nora Arnezeder : Ana Moreau

CHRONICLE : Anti-héros

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chronicleafficheDepuis un peu plus de dix ans, les super-héros sont devenus des sujets à la mode au cinéma. Tous les héros de comics américains ont eu droit à leur adaptation, voire même déjà en plusieurs versions différentes (Hulk et bientôt Spiderman). Evidemment, le sujet a fini par inspiré des histoires en dehors de l’archétype du héros en costume qui sauve le monde. Après les super-héros sans super-pouvoirs dans Kickass, voilà les adolescents dotés de super-pouvoirs, mais qui n’ont rien de héros, avec Chronicle. Un film plutôt bien foutu, à défaut d’être génial.

Un soir de fête, trois étudiants tombent sur un phénomène mystérieux. Très vite, ils font découvrir qu’ils sont désormais dotés de pouvoirs télékinésiques. Ils semblent d’ailleurs devenir chaque jour un peu plus puissants. Mais l’un d’entre eux, Andrew, est un adolescent mal dans sa peau qui a de plus en plus de mal à gérer ces extraordinaires capacités. Au point d’en devenir dangereux ?

Bon qu’il se dénonce ! Qui ? Celui qui a réalisé la bande-annonce de Chronicle ! Parce que ceux qui, comme moi, l’ont vu 53 fois ont en fait vu 53 fois le film, aux cinq dernières minutes près. Ce n’est peut-être qu’un détail, qui n’enlève rien aux qualités intrinsèques de ce film, mais c’est le genre de choses qui m’énerve au plus haut point. Bon certes, il faut dire aussi que le scénario est quelque peu linéaire et ne réserve guère de véritables renversements de situation. C’est d’ailleurs là sa principale limite, qui en fait un film plaisant… mais limité justement.

En fait, Chronicle est un film avant tout sur l’adolescence. C’est juste le contexte qui est un peu original et qui rend le film nettement plus spectaculaire qu’un film intimiste. Et force est de constater que le propos, sans atteindre des sommets de profondeur (c’est une figure de style ça, non ?), est nettement mieux senti que bien des films sérieux qui tombent dans la caricature ou le n’importe quoi caractérisé. La tension est vraiment basée sur les rapports entre les personnages, les interrogations, le mal-être ou la jalousie propres à l’adolescence. Déjà que les jeunes gens de cet âge sont généralement des êtres malfaisants, alors imaginez avec des super-pouvoirs…

Par contre ceux qui iraient voir Chronicle uniquement pour voir un film spectaculaire et plein d’action, risquent fort de ressortir déçu. Seuls les dix dernières minutes nous proposent vraiment un déluge d’effets spéciaux et du grand spectacle. Et cela ne constitue pas forcément le meilleur moment de ce film, qui est visuellement moyen, comparé à ce que l’on peut réaliser aujourd’hui. Cependant, l’essentiel est une nouvelle fois ailleurs, principalement dans la longue glissade de ce jeune adolescent sous le regard impuissant de ses amis. Un sujet en fait universel et extrêmement classique.

chronicleGlobalement, si Chronicle fonctionne, c’est parce que le film est rythmé, focalisé sur son sujet et ne se perd ni dans des considérations ésotériques, ni dans des scènes spectaculaires mais qui ne feraient pas avancer l’intrigue ou les personnages. Le film dure un peu moins d’une heure et demi et c’est suffisant. Comme je l’ai dit, le sujet et le film sont limités, mais cette limite est assumée et Josh Tank ne cherche jamais à les masquer artificiellement.

Le casting nous offre trois acteurs adolescents faisant leur job proprement, mais on ne décèle chez aucun d’eux une vraie graine de stars. Mais bon depuis qu’un certain Jean D. est passé de Brice de Nice aux Oscars, on ne peut plus jurer de rien. Dane DeHaan arrive tout de même à donner assez de crédibilité à son fondage de plombs pour que l’on y croit. Il ne faudrait donc pas lui retirer tout mérite quant à la réussite que constitue Chronicle.

Chronicle est donc un film globalement très réussi, même si aucun élément n’est génial ou révolutionnaire. Mais le tout est rythmé, tient de bout et au final emporte l’adhésion du spectateur.

Fiche technique :
Production : Film Afrika Worldwide, Adam Schoreder productions, Davis Entertainment
Distribution : 20th Century Fox France
Réalisation : Josh Tank
Scénario : Josh Tank, Max Landis
Montage : Elliot Greenberg
Photo : Matthew Jensen
Décors : Stephen Altman
Costumes : Dianna Cilliers
Durée : 84 mn

Casting :
Dane DeHaan : Andrew Detmer
Alex Russell : Matt Garetty
Michael B. Jordan : Steve Montgomery
Michael Kelly : Rochard Detmer
Ashley Jinshaw : Casey Letter
Bo Petersen : Karen Detmer
Anna Wood : Monica

AU PAYS DU SANG ET DU MIEL : Loin d’Hollywood, si près de nous

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aupaysdusangetdumielafficheAngelina Jolie a un parcours des plus étonnants. Icône glamour d’Hollywood, elle enchaîne les navets avec quelques grands rôles parfois difficiles (l’Echange ou Un Cœur Invaincu notamment). Elle est à la fois connue pour son histoire d’amour avec Brad Pitt et ses engagements humanitaires, pour lesquels elle ne fait pas que de la figuration (ambassadrice du Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU). Pour son premier film de l’autre côté de la caméra, elle a effectué un choix étonnant et passablement risqué. Un film, Au Pays du Sang et du Miel, sur un sujet difficile, la guerre en Bosnie, tourné sur place avec des acteurs locaux dans la langue du pays. Un véritable défi, relevé avec un talent non exempt de maladresses.

Ajla et Danijel sont deux jeunes gens qui auraient pu commencer une histoire d’amour comme il en existe tant. Mais ce soir là, un attentat ravage le dancing où ils se trouvent. Très vite, une guerre civile ravage la Bosnie et les transforme en ennemis. Ils se retrouvent quelques mois plus tard dans un camps militaire où elle est gardée comme esclave. Mais de tels sentiments peuvent-ils perdurer au milieu d’un telle barbarie ?

Au Pays du Sang et du Miel est un film témoignage, bien plus qu’un film politique à thèse. Bien sûr, il y a des méchants, les Serbes, et des victimes, les musulmans bosniaques. Mais le film ne juge pas, il relate. Son plus grand défaut est même de tourner quelque peu au catalogue. Toutes les formes d’exactions doivent être montrées, étirant ainsi l’intrigue sur plus de deux heures, la faisant souvent tourner en rond, au point d’en devenir répétitive. La prise de recul est minimale, il n’y a pas d’explications, à part quelques discours nationalistes de la part du général serbe, et Angelina Jolie ne cherche pas à remettre les choses dans leur contexte. Le film ne s’attarde même pas vraiment sur la passivité de l’Occident, même si elle est tout de même évoquée. Mais reste la barbarie, que l’on sait réelle, mais dont on prend conscience ici de manière très directe.

Au Pays du Sang et du Miel reste avant tout l’histoire de Ajla et Danijel. Une histoire d’amour au milieu de l’horreur, voilà un sujet bien casse-gueule, où les bons sentiments peuvent facilement rendre ridicule le reste du propos, aussi honorable soit-il. Angelina Jolie a presque réussi à éviter tous les pièges qui se dressaient devant elle. La relation ambiguë entre un bourreau et sa victime ne constitue pas non plus un sujet nouveau. Il est traité ici avec beaucoup d’intelligence, sans lourdeur et si le dénouement est au fond le seul possible, il s’en dégage tout de même l’émotion d’une grande histoire. On ne ressort pas tout à fait indemne de ce film.

aupaysdusangetdumielOn sent bien qu’Angelina Jolie a mis beaucoup d’elle dans ce film. Dénoncer tout ce qu’on veut, bien au chaud à Hollywood est à la portée de la première star venue. Mais le risque artistique est ici trop réel pour que la démarche ne soit pas d’une totale sincérité. On ne réalise pas un film en bosniaque de plus de deux heures, aussi dur, pour se faire mousser. Surtout que sa réalisation reste d’une sobriété remarquable, entièrement au service de son sujet. Certes, le point de vue reste romanesque, avec toutes les limites que cela suppose, mais Au Pays du Sang et du Miel reste une fiction, pas un documentaire.

Le casting est donc composé entièrement d’acteurs locaux, presque tous entièrement inconnus. Seul Rade Serbedzija est un visage connu d’Hollywood, puisqu’on l’a vu dans des seconds rôles dans Eyes Wide Shut, Mission Impossible II, Snatch, Harry Potter ou X-Men le Commencement. Les deux personnages principaux sont interprétés pas deux très beaux acteurs. On savait grâce à Emir Kusturica que la région n’en manquait pas. On pourra donc ajouter Zana Marjanovic et Groan Kostic à la liste.

Au Pays du Sang et du Miel n’est donc vraiment pas ce qu’on attendait d’une actrice comme Angelina Jolie. Mais c’est l’être humain qui s’est investi dans cette œuvre poignante et convaincante, malgré un caractère romanesque parfois maladroit.

Fiche technique :
Production : GK Films
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : Angelina Jolie
Scénario : Angelina Jolie
Montage : Patricia Rommel
Photo : Dean Semler
Décors : Jon Hutman
Musique : Gabriel Yared
Durée : 127 mn

Casting :
Rade Serbedzjia : Nebojsa
Zana Marjanovic : Ajla
Goran Kostic : Danijel
Nikola Djuricko : Darko
Branko Djuric : Aleksandar
Dzana Pinjo : Nadja

DOS AU MUR : Divertissant à défaut d’inspiration

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dosaumurafficheComme je ne sais absolument pas comment commencer cette critique, et bien je vais la commencer en vous racontant que je ne sais absolument pas comment commencer cette critique. Je ne sais pas si c’est un bon début, mais je n’ai pas trouvé mieux. Alors évidemment, ce n’est pas très bon signe de manquer à tel point d’inspiration pour vous parler d’un film, Dos au Mur en l’occurence. Pourtant, il fait passer un bon moment, à défaut d’être génial ou de réinventer quoique ce soit.

La foule se presse au cœur de Manhattan. Depuis quelques minutes, un homme se tient sur la corniche d’un grand hôtel de New-York, prêt à sauter. Une tentative de suicide qui va très vite monopoliser l’attention des badauds, des médias et de la police. Mais l’inspectrice qui négocie avec lui va rapidement avoir des doutes sur ses réelles motivations.

Le synopsis que je viens de vous livrer en dit beaucoup moins long que la très mauvais bande-annonce qui a fait la promotion Dos au Mur. Certes, le scénario reste globalement très linéaire et offre très vite au spectateur beaucoup d’éléments qui lui font comprendre le véritable fond de l’histoire. Mais tout de même, il est dommage, pour un film basé presque uniquement sur le principe « les choses ne sont pas ce qu’elles sont en apparence », de trop en dire puisque cela tue un peu tout intérêt.

Dos au Mur est en fait un film de « casse » très classique. Ce n’est pas tant sur le dénouement qu’il y a un suspense, mais sur le comment vont-ils y arriver. De ce point de vue, le film est assez bien mené, même si on a déjà vu mille fois mieux. Le film nous offre un dernier tiers beaucoup plus tourné vers l’action, encore une fois bien foutu, sans être la séquence la plus spectaculaire de l’année. Globalement, nous sommes là devant un pur divertissement, qui peut faire passer un vrai bon moment si on arrive à rentrer dans l’histoire, en oubliant limites et imperfections.

Paradoxalement, ce qui fait la plus grande force de Dos au Mur fait aussi sa faiblesse. En fait, le scénario déroule son idée de base, assez bonne au demeurant, et ne cherche pas constamment à nous entraîner dans de fausses pistes et surtout sans chercher à entretenir un faux suspense qui aurait ressemblé à de grosses ficelles bien trop visibles. Mais du coup, on peut reprocher au film un sérieux manque d’ambition. Cependant, il vaut absolument mieux qu’il se soit contenter de faire bien, sans chercher à faire mieux, au risque probable d’en devenir mauvais.

dosaumurLa réalisation de Asger Leth est à l’image du film. Professionnelle, efficace, mais sans prise de risque, ni imagination débridée. On aurait pu attendre mieux d’un ancien 1er assistant de Lars Van Trier. Là encore, le manque d’ambition est patent, mais d’un autre côté, il fait de Dos au Mur un film qui a au moins le mérite d’atteindre son but premier, sans se disperser.

Dos au Mur nous propose un casting lui aussi très professionnel. Le trio Sam Worthington, Elizabeth Banks et Jamie Bell s’acquitte de sa tâche sans zèle, mais avec le minimum de crédibilité. Ils ont quand même l’air de prendre un minimum de plaisir à jouer, un plaisir assez communicatif. Ed Harris est lui d’une autre trempe, mais son rôle de « méchant » est un peu trop caricatural et trop peu présent pour que son talent face à la différence. Enfin, un mot enfin sur la révélation de ce film : Genesis Rodriguez. Bon, soyons honnête, ce n’est pas vraiment une révélation artistique, mais plutôt esthétique. Les quelques secondes où on la voit en sous-vêtements pourraient presque justifier à elles-seules la vision de ce film. Quel corps, mama mia !

Dos au Mur fera sûrement partie de ces films qu’on aura déjà oublié quand on repensera à l’année cinématographique 2012, mais qu’on prendra éventuellement plaisir à voir, ou même revoir, un soir d’ennui devant sa télé.
Fiche technique :
Réalisation : Asger Leth
Scénario : Pablo F. Fenjves, Chris Gorak, Erich Hoeber et Jon Hoeber
Décors : Alec Hammond
Costumes : Susan Lyall
Photographie : Paul Cameron
Casting : Deborah Aquila, Ross Meyerson et Tricia Wood
Montage : Kevin Stitt
Musique : Henry Jackman
Production : Mark Vahradian et Lorenzo di Bonaventura
Durée : 102 minutes
 
Casting :
Sam Worthington : Nick Cassidy
Elizabeth Banks : Lydia Mercer
Jamie Bell : Joey Cassidy
Anthony Mackie : Mike Ackerman
Génesis Rodríguez : Angie
Ed Harris : David Englander
Kyra Sedgwick : Suzie Morales
Edward Burns : Jack Dougherty
Titus Welliver : Nathan Marcus
Geoffrey Cantor : Gordon Evans
J. Smith-Cameron : la psychiatre
William Sadler : le groom

LA VERITE SI JE MENS 3 : Plus deuxième division que champion du monde

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laveritesijemens3afficheVu que le premier était très bon et le deuxième encore meilleur, il était logique qu’il y en ait un troisième. La Vérité Si Je Mens n’échappe pas à la règle et revient pour un nouveau petit tour en compagnie de nos amis « chaaaaaaaaaaaampions du monde ! ». Mais bon, comme on pouvait s’y attendre, même si les retrouvailles font plaisir, c’est un petit coup de mou qui est au rendez-vous.

Les ex-rois du Sentiers, désormais expatriés à Aubervilliers font face à une nouvelle concurrence : celle des Chinois. Alors le jour où ils sont victimes d’un coup tordu, ils accusent immédiatement le plus puissant de la communauté asiatique et lui annoncent qu’ils seront prêts à se battre. Mais ils ne pourront guère compter sur l’aide de Patrick, englué dans un contrôle fiscal. Et évidemment pas sur celle de Serge qui gère désormais les affaires de son beau-père à sa manière. C’est à dire en les conduisant tout droit à la catastrophe.

Allez, ne boudons pas notre plaisir, ceux qui ont aimé les deux épisodes précédents auront plaisir à retrouver toute cette petite bande dans la Vérité Si Je Mens 3. Les codes sont les mêmes, les personnages n’ont pas changé, bref, on retrouve tout le charme qui a fait leur succès. Mais bon, l’amour s’étiole toujours un peu avec le temps, c’est bien connu, à moins de toujours redoubler d’imagination et au prix d’un éternel renouvellement. Dans ce domaine, Thomas Gilou a été frileux. Très frileux. Trop frileux ?

En effet, le scénario de la Vérité Si Je Mens 3 souffre de deux gros défauts. Déjà et sans rien dévoiler des rebondissements qui le ponctuent, la mécanique mise en œuvre ressemble comme deux gouttes d’eau à celle du deuxième épisode. Du coup, on est guère surpris et on se doute immédiatement de comment tout cela va finir. Il y a peut-être un petit suspense sur le comment, mais sur le gros du déroulé des évènements, c’est copie conforme. Du coup, l’incontestable atout du deuxième épisode devient ici un air de déjà-vue qui gâche un peu le plaisir.

Ensuite, la Vérité Si Je Mens 3 manque parfois cruellement de rythme. Le film dure deux heures, c’est une demi-heure de trop pour une comédie. Les dix dernières minutes notamment sont absolument interminables, rappelant un peu les multiples dénouements du Seigneur des Anneaux… sauf que ce dernier intervenait après 9h de film. Cela confirme l’impression générale d’un manque de courage chez Thomas Gilou, qui semble n’avoir osé rien couper de peur de supprimer un passage amusant ou de raccourcir le rôle d’un de ses acteurs vedettes. Mais cela se fait au prix d’une dilution qui sans jamais vraiment nous conduire à l’ennui ne permet jamais au film de devenir réellement enthousiasmant.

laveritesijemens3Restent néanmoins quelques passages vraiment drôles, faisant de la Vérité Si Je Mens 3 un divertissement passable pour soir de pluie. Les éléments du scénarios sont plus ou moins bien réussis. Le meilleur reste l’histoire d’amour entre Patrick et sa contrôleuse fiscale. A l’inverse, les relations entre Serge et son beau-père n’apportent vraiment rien et n’arrachent guère qu’un sourire circonspect. Sans parler d’épisode de trop, ce film fait rentrer la saga dans le rang et une quatrième volet pourrait facilement la faire basculer du côté obscur du navet.

La bande d’acteurs est toujours la même, à part Vincent Elbaz qui reprend son rôle du premier volet, abandonné à Gad Elmaleh dans le deuxième. La Vérité Si Je Mens repose quand même largement sur le duo Gilbert Melki et José Garcia qui apporte le plus d’impact comique. Les autres s’acquittent de leur rôle avec talent, à défaut de génie.

La Vérité Si Je Mens 3 est donc très loin de constituer une totale réussite. Il ne fait pas passer un moment désagréable, mais un manque de rythme en fait une comédie de seconde zone.

Fiche technique :
Production : Les films Manuel Munz, Vertigo productions, La vérité productions, Télégraphe
Distribution : Mars distribution
Réalisation : Thomas Gilou
Scénario : Michel Munz, Gérard Bitton
Montage : Catherine Renault
Photo : Robert Alazraki
Décors : Jacques Rouxel
Musique : Hervé Rakotofiringa
Costumes : Catherine Bouchard
Durée : 119 mn

Casting :
Richard Anconina : Eddie
José Garcia : Serge
Bruno Solo : Yvan
Vincent Elbaz : Dov
Gilbert Melki : Patrick
Aure Atika : Karine
Amira Casar : Sandra
Léa Drucker : Muriel Salomon
Elisa Tovati : Chochona

EL CHINO : Humour argentin sauce aigre-douce

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elchinoafficheDepuis le triomphe mondial de Dans Ses Yeux, récompensé par un Oscar du meilleur film étranger, le cinéma argentin à droit de cité sur nos écrans. Après les Acacias, une très jolie histoire d’amour, voici El Chino, deuxième film venu de Bueno Aires sorti en 2012 en France. On y retrouve la grande star nationale, Ricardo Darin, qui prouve ici sa polyvalence puisqu’il quitte le monde du polar pour la pure comédie.

Roberto est un vieux garçon, à la vie réglée comme du papier à musique, à la fois quincailler et misanthrope. Bref, l’archétype du grognon au grand cœur, même s’il n’admettra jamais cette dernière qualité. Il la met pourtant en œuvre, le jour où il croise Jun, un Chinois ne parlant pas un mot d’Espagnol, perdu et qui recherche son oncle. Mais en attendant que l’ambassade fasse le nécessaire pour retrouver ce dernier, il se retrouve obligé d’héberger ce compagnon avec lequel il n’est guère possible de communiquer.

El Chino est une comédie drôle. J’aurais presque envie d’arrêter ma critique ici, tant cette qualité est suffisante pour un film de ce type. L’humour est ici purement situationnel et repose sur le ressort archi-classique du solitaire qui voit ses habitudes bousculées par un tiers avec lequel il est obligé de cohabiter. Un principe déjà mille fois mis en œuvre. Mais quand cela fonctionne, et c’est le cas ici, on continue d’en rire volontiers de bon cœur.

Si El Chino se démarque par une certaine originalité, c’est grâce à ces personnages. Non qu’ils soient vraiment révolutionnaires, mais ont assez de personnalité pour être marquants. Celui de Roberto est à la fois un archétype et quelqu’un auquel on s’attache immédiatement. Jun est lui plus inattendu, mais il joue quand même essentiellement un rôle de faire-valoir, ou du moins d’élément perturbateur. Vous rajoutez au milieu une femme essayant désespérément d’attirer l’attention de ce vieux garçon et vous obtenez un cocktail qui fonctionne vraiment bien.

El Chino est un film qui exploite pleinement une bonne idée de départ, sans chercher à se dissiper. Cependant, du coup, le scénario tourne quand même un tout petit peu en rond. Il n’y a guère de surprises entre le début et le dénouement. Certes, il y a des péripéties, mais rien qui ne remette en cause le concept initial. C’est sans doute là la plus grande limite de ce film, mais que cela ne soit réellement problématique.

elchinoComme tous les films basé sur un solitaire obligé de renoncer à sa solitude, El Chino véhicule un message humaniste. Vous vous doutez bien que tout cela ne se termine pas sans que le personnage central ne soit quelque peu sorti de sa misanthropie. Il est délivré avec beaucoup d’intelligence et n’alourdit en rien le film. Il fait même partie intégrale du charme que dégage cette production argentine. Là encore, certains éléments sont plutôt inattendus, à défaut d’être totalement inoubliables.

El Chino repose beaucoup, pour ne pas dire essentiellement, sur le formidable charisme de Ricardo Darin. Il est clair que sans lui, le cinéma argentin serait toujours dans un total anonymat cinéphile. Il nous livre là une nouvelle très grande performance. Il s’amuse visiblement à interpréter ce personnage qui tient plus de l’ours que de l’humain. Et cet enthousiasme est tout à fait communicatif. A ses côtés, Muriel Santa Ana et Ignacio Huang se montrent à la hauteur, contribuant eux-aussi incontestablement au charme de ce film.

Au-delà d’un certain dépaysement, El Chino est une très bonne comédie, sans prétention, mais avec quelques qualités rares, insufflées par son merveilleux interprète principal.

Fiche technique :
Production : Pampa films, Tornasol Films, Telefe
Distribution : Eurozoom
Réalisation : Sebastián Borensztein
Scénario : Sebastián Borensztein
Montage : Pablo Barbieri Carrera
Photo : Rodrigo Pulpeiro
Son : Eduardo Esquide
Musique : Lucio Godoy
Directeur artistique : Valéria Ambrosio, Laura Musso
Durée : 100 mn

Casting :
Ricardo Darin : Roberto
Muriel Santa Ana : Mari
Ignacio Huang : Jun
Enric Cambray : Roberto jeune
Ivan Romanelli : Leonel